§ 4. Perturbations dans les espaces de Banach
1. Morphismes directs
Définition 1 02SH
Soit E un espace vectoriel topologique. On dit qu’un sous-espace vectoriel de E est direct s’il admet un supplémentaire topologique.
Pour qu’un sous-espace vectoriel F de E soit direct, il faut et il suffit qu’il existe dans un projecteur d’image F. Si est un tel projecteur, E est somme directe topologique de F et du noyau de . Le noyau de est F ; si E est séparé, F est donc fermé.
Soient F un sous-espace vectoriel direct de E et un sous-espace vectoriel de E contenant F ; alors F est un sous-espace vectoriel direct de .
Tout sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de E est direct (EVT, I, p. 15, prop. 3), et tout sous-espace vectoriel F de E contenu dans l’adhérence de est direct (en effet, il existe un projecteur d’image F et un tel projecteur est nécessairement continu).
Proposition 1 02SI
Soit E un espace localement convexe. Tout sous-espace vectoriel de dimension finie de E est direct.
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. Notons S un supplémentaire topologique de l’adhérence de dans F, qui est un sous-espace direct de E. L’espace est séparé et de dimension finie ; il existe donc un entier tel que soit isomorphe à (EVT, I, p. 14, th. 2). Il existe alors une application linéaire continue prolongeant l’application identique de (EVT, II, p. 26, remarque). Le noyau de est un supplémentaire topologique de dans S, et aussi de F dans E.
Définition 2 02SJ
Soient E et F des espaces localement convexes et soit une application linéaire continue de E dans F. On dit que est un morphisme direct si est un morphisme strict dont le noyau est un sous-espace vectoriel direct de E et l’image un sous-espace vectoriel direct de F.
Soit . Pour que le noyau et l’image de soient des sous-espaces vectoriels directs de E et F respectivement, il faut et il suffit qu’il existe des décompositions et en sommes directes topologiques telles que soit représenté par une matrice où est bijectif. Comme le noyau de est alors , que l’application linéaire canonique de sur est un isomorphisme, et que l’image de est , on voit que est un morphisme strict si et seulement si est un isomorphisme de sur . Notons l’élément de représenté par la matrice . Alors l’application linéaire est le projecteur dans F de noyau et d’image , l’application linéaire est le projecteur dans E de noyau et d’image , et l’on a .
Réciproquement, on a le résultat suivant :
Proposition 2 02SK
Soient E et F des espaces localement convexes, soient et . On suppose que . Alors est un morphisme direct. De plus, est un projecteur continu dans E de noyau Ker() et est un projecteur continu dans F d’image Im().
Posons et . On a
donc et sont des projecteurs. Ils sont continus. Soient et l’image et le noyau de , et soient et l’image et le noyau de . Puisque , on a
Ker() Ker() Ker() Ker(),
donc Ker() Ker() Ker() . Similairement, on déduit des inclusions
Im() Im() Im() Im()
que l’image de est . Les espaces et sont des sous-espaces vectoriels directs de E et F respectivement.
L’espace vectoriel E est somme directe topologique de et , et définit par restriction une application linéaire bijective de sur . Pour tout , on a , et l’application de sur coïncide avec sur . Par conséquent, est un isomorphisme de sur et est un morphisme strict de E dans F.
Soient E et F des espaces localement convexes et . Pour que soit un morphisme direct injectif (resp. surjectif), il faut et il suffit qu’il existe dans tel que (resp. ) (cf. TG, III, p. 47 et 48).
Proposition 3 02SL
Soient E et F des espaces de Banach. Les ensembles suivants sont des parties ouvertes de l’espace de Banach
a) L’ensemble des isomorphismes de E sur F ;
b) L’ensemble des morphismes directs injectifs de E dans F, et plus précisément, pour tout sous-espace vectoriel fermé de F, l’ensemble des éléments de dont l’image est un supplémentaire topologique de ;
c) L’ensemble des morphismes directs surjectifs de E dans F, et plus précisément, pour tout sous-espace vectoriel fermé de E, l’ensemble des éléments de dont le noyau est un supplémentaire topologique de .
De plus, l’application de sur est analytique.
Par définition, est l’ensemble des éléments inversibles de l’algèbre normée complète . D’après TG, IX, p. 40, prop. 14, c’est une partie ouverte de . L’application de dans est analytique (LIE, III, § 1, n, exemple 2).
Si l’ensemble est vide, il est ouvert. Sinon, soit un isomorphisme de E sur F. L’application est alors un isomorphisme de sur qui transforme en . L’ensemble est donc ouvert dans . De plus, si est un élément de , on a , et l’application de sur est donc analytique.
Soit un sous-espace vectoriel fermé de F. Pour tout , soit l’élément de défini par . L’application de dans est continue, et est l’ensemble des éléments de tels que appartienne à . Comme est ouvert dans d’après ce qui précède, l’ensemble est ouvert dans . Il en est de même de , qui est la réunion des lorsque parcourt l’ensemble des sous-espaces vectoriels fermés de F.
Soit un sous-espace vectoriel fermé de E, et soit l’application canonique de E sur l’espace de Banach quotient . Pour qu’un élément de appartienne à , il faut et il suffit que l’application de E dans appartienne à . Comme précédemment, on en déduit que est ouvert dans ; il en est de même de , qui est la réunion des .
2. Perturbation des applications de Fredholm
Théorème 1 02SM
Soient E et F des espaces de Banach. L’ensemble des applications de Fredholm de E dans F est ouvert dans l’espace de Banach , et l’application ind() de dans est localement constante.
Le théorème résulte de l’énoncé plus précis suivant :
Proposition 4 02SN
Soient E et F des espaces de Banach, une application de Fredholm et un quasi-inverse de . Il existe un voisinage ouvert U de dans et une application analytique telle que
(i) On a ;
(ii) Pour tout dans U, l’application est un quasi-inverse de , et en particulier est une application de Fredholm ;
(iii) Pour tout dans U, on a ind() ind().
D’après la prop. 2 de III, p. 42, (ii), il existe des décompositions en somme directe topologique et , et il existe , tels que et soient de dimension finie et que soit représentée par la matrice relativement à ces décompositions.
Soit U l’ensemble des éléments de tels que, dans la représentation matricielle de par rapport à ces décompositions, on a . Comme est ouvert dans (prop. 3 de III, p. 57), U est un voisinage ouvert de dans . Pour dans U, posons
On a et l’application est analytique (loc. cit.). Modulo les applications linéaires continues de rang fini, on a les congruences
Par suite, est un quasi-inverse de . Tout élément de U définit par restriction un isomorphisme de sur un supplémentaire topologique de dans F. D’après la prop. 3 de III, p. 44, on a donc
ind() codim codim
= dim(F) dim(E) ind(),
ce qui conclut la démonstration.
3. Perturbation des endomorphismes de Riesz
Lemme 1 02SO
Soit E un espace de Banach. Soient et des projecteurs continus de E tels que . Alors induit un isomorphisme de Im() sur Im(), et induit un isomorphisme de Ker() sur Ker().
Considérons les applications linéaires continues de Im() dans Im() et de Im() dans Im(). Pour tout Im(), on a , d’où
Il en résulte que l’on a . D’après le cor. 1 de I, p. 22 est un automorphisme de Im(). On démontre de même que est un automorphisme de Im(). Cela implique que est un isomorphisme de Im() sur Im(), d’où la première assertion du lemme. La seconde s’en déduit en remplaçant et par et respectivement.
Théorème 2 02SP
Soit E un espace de Banach. L’ensemble des endomorphismes de Riesz de E est ouvert dans . L’application qui à un élément de associe la dimension de son nilespace est semi-continue supérieurement sur .
Le théorème résulte de l’énoncé plus précis suivant :
Proposition 5 02SQ
Soient E un espace de Banach et un endomorphisme de Riesz de E. Soit N (resp. I) le nilespace (resp. le conilespace) de . Notons la dimension de N. Il existe un voisinage ouvert U de dans et une application analytique telle que
(i) L’endomorphisme est le projecteur d’image N et de noyau I ;
(ii) Pour tout , l’application linéaire est un projecteur de rang qui appartient au bicommutant de et, en particulier, qui commute à . De plus, induit un automorphisme de Ker();
(iii) Tout élément de U est un endomorphisme de Riesz dont le nilespace est de dimension .
Si K = , notons Sp() le spectre de relativement à l’algèbre . Lorsque K = , notons Sp() le spectre complexe Sp de I, p. 85, n). D’après la prop. 14 de III, p. 54, le point 0 est isolé dans Sp(). Soit un nombre réel tel que tout élément de Sp() soit de module . Notons V l’ouvert dans formé des nombres complexes de valeur absolue ; soit la fonction holomorphe sur V définie par si et si . Si (resp. ), notons l’ensemble des éléments de dont le spectre (resp. dont le spectre complexe) est contenu dans V. L’ensemble est un voisinage ouvert de dans et l’application de dans est holomorphe (I, p. 76, prop. 10 et I, p. 85, n).
Soit . L’endomorphisme est le projecteur spectral ; il commute à , et induit par passage aux sous-espaces un automorphisme de Ker() cf. III, p. 53, n).
Le projecteur a pour image N et pour noyau I (III, p. 54, prop. 14) ; son rang est . D’après le lemme 1, l’ensemble U des éléments tels que soit de rang est un voisinage ouvert de . L’ensemble U et l’application de U dans satisfont aux conditions (i) et (ii) de la proposition.
Soit . Puisque induit un automorphisme de Ker(), qui est un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de E, l’endomorphisme est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 48, prop. 8), le nilespace de est contenu dans l’image de , et est de dimension .
4. Conorme d’une application linéaire continue
Soient E et F des espaces normés, une application linéaire continue, N le noyau de et I son image. Notons la surjection canonique de E sur et l’injection canonique de I dans F. Soit l’application linéaire bijective de sur I telle que . L’espace vectoriel est muni de la norme quotient, c’est-à-dire que
(2) inf
pour tout . L’application est continue et , d’où (3) sup,
la borne supérieure étant prise dans . On appelle conorme de le nombre
(4) inf,
la borne inférieure étant prise dans . On a donc
pour tout élément de . Posons . On a et
(6) inf inf.
Lorsque est l’application nulle, l’espace est réduit à 0 et l’on a et . Lorsque , on déduit de (3) et (4) les inégalités
Lorsque est injectif, on a
(8) inf,
et, pour tout , on a
Notons l’injection canonique de l’espace normé F dans son complété . On a .
Remarque 02SR
Par définition, pour que l’on ait , il faut et il suffit que l’application linéaire bijective soit bicontinue, c’est-à-dire que soit un morphisme strict (TG, III, p. 16). On a alors
Lemme 2 02SS
Soit un nombre réel. Si , alors pour tout élément Im(), il existe un élément de E tel que et . Réciproquement, si pour tout Im() il existe tel que et , alors .
C’est une conséquence des formules (2) et (5) et de la définition de la conorme de .
Proposition 6 02ST
Soient E et F des espaces normés et . Notons B l’ensemble des éléments de E de norme . Posons
- .
La conorme de est égale à la distance de 0 à P dans F. Si l’espace normé E est complet ou si est un morphisme strict, la conorme de est égale à la distance de 0 à Q dans F.
Soit N le noyau de ; soit la surjection canonique et soit l’application déduite de par passage au quotient. L’ensemble est l’ensemble des éléments de de norme . On a
puisque l’application est injective. En d’autres termes, P se compose des éléments de F de la forme avec et . Notons la distance de 0 à P dans F. On a
inf inf d’après (6).
Supposons que soit un morphisme strict. Soit . L’ensemble est un voisinage de 0 dans . L’adhérence de dans est égale à . Elle est contenue dans l’ensemble qui est égal à puisque est convexe. On a par suite et la distance de 0 à Q dans F satisfait aux inégalités . Puisque ceci a lieu pour tout , on a .
Supposons que ne soit pas un morphisme strict, mais que l’espace normé E soit complet. On a alors (remarque ci-dessus). L’adhérence de dans (E), qui est égale à (E), n’est pas un voisinage de 0 dans (EVT, I, p. 17, th. 1). Il existe alors des points de Q arbitrairement proches de 0, d’où .
Proposition 7 02SU
Soient E un espace de Banach et F un espace normé. L’application de dans est semi-continue supérieurement.
Soit . Il s’agit de prouver que pour tout nombre réel , l’ensemble des éléments tels que est un voisinage de . Notons B l’ensemble des éléments de E de norme . D’après la prop. 6, il existe tel que et . La distance de à l’ensemble fermé est strictement positive. L’ensemble V des éléments de vérifiant les relations et est un voisinage de dans . Soit . Pour tout , on a
Par conséquent n’appartient pas à (B), et l’on a d’après la prop. 6.
Proposition 8 02SV
Soient E un espace de Banach, F un espace normé. Pour tout , on a .
Notons l’injection canonique de l’espace normé F dans son complété . On a . Comme l’application linéaire est bijective et isométrique, on a également . Il suffit donc de démontrer la proposition lorsque l’espace normé F est complet, ce que nous supposons dans la suite de la démonstration.
Si est nul, on a . Si n’est pas un morphisme strict, alors n’en est pas un (EVT, IV, p. 29, cor. 3), et l’on a .
Supposons désormais que est un morphisme strict non nul. Notons N le noyau de et I son image, et considérons la décomposition canonique de
Le noyau de est l’orthogonal de I dans (EVT, IV, p. 27, prop. 2), et définit par passage au quotient une isométrie de sur (EVT, IV, p. 9, prop. 10). Par ailleurs, définit une isométrie de sur l’orthogonal de N dans (EVT, IV, p. 8, prop. 9). La décomposition canonique de est donc
où . On a alors
(EVT, IV, p. 7, prop. 8) d’où d’après la formule (10).
5. Sous-espaces vectoriels de dimension finie d’un espace normé
L’énoncé suivant sera démontré dans TA, à paraître, comme corollaire du théorème de Borsuk–Ulam.
Théorème 3 02SW
Soient un entier positif, V un espace vectoriel normé réel de dimension et W un sous-espace vectoriel de V de dimension . Soit S la sphère unité de V. Il n’existe pas d’application continue telle que pour tout .
Théorème 4 (Krein, Krasnoselskii, Milman) 02SX
Soit E un espace normé, et soient F et G des sous-espaces vectoriels de E. Supposons que la dimension de G soit finie et strictement inférieure à celle de F. Il existe un élément de F de norme 1 dont la distance à G est égale à 1.
Il suffit de traiter le cas où le corps K est égal à . Soit la dimension de G. En remplaçant F par un sous-espace vectoriel de F de dimension contenant G, on se ramène au cas où dim(F) . Raisonnons par l’absurde en supposant que la conclusion du théorème n’est pas satisfaite. Soit S la sphère unité de F. Pour tout , la distance de à G est alors strictement inférieure à , et l’on peut choisir un élément de G pour lequel on a . Notons l’ensemble des éléments de S tels que ; c’est un voisinage ouvert de dans S. Il existe une partition continue localement finie de l’unité sur S subordonnée au recouvrement de S (TG, IX, p. 46, prop. 3 et p. 51, prop. 6). Soit l’application continue donnée par
pour tout . Soit . On a pour tout , et il existe tel que , puisque , donc
Cette propriété de contredit le théorème 3.
Proposition 9 02SY
Soient E et F des espaces normés, et une application linéaire continue de E dans F dont le noyau est de dimension . La conorme de est égale à la distance de à l’ensemble des applications dont le noyau est de dimension au moins .
Lorsque , on a et dim(E) , d’où . Supposons désormais non nulle, et donc . Soit un élément de tel que et démontrons que son noyau est de dimension . Soient un élément de norme 1 de Ker() et son image dans Ker(). On a (formule (5) de III, p. 61)
d’où . Or est la distance de à Ker(). Le théorème 4 implique alors que l’on a dim Ker() dim Ker() . Cela prouve l’inégalité . L’inégalité réciproque résulte du lemme plus précis qui suit.
Lemme 3 02SZ
Soit un nombre réel tel que . Il existe une application linéaire continue , de rang 1 et de norme telle que le noyau de contienne celui de et soit de dimension .
Notons l’application canonique de E sur Ker(). Il existe tel que et (formule (6) de III, p. 61). D’après le théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 24, cor. 2), il existe une forme linéaire continue sur l’espace normé Ker() telle que et . L’application linéaire de E dans F est continue, de rang 1, et l’on a . Le noyau de l’application contient celui de et ; comme Ker(), sa dimension est donc au moins . D’autre part, l’application linéaire induit, par passage aux sous-espaces, une application linéaire de Ker() dans Im() de noyau Ker() Ker(), de sorte que dim(Ker()) dim(Ker()) . La conclusion en résulte.
Corollaire 1 02T0
Soient E et F des espaces normés, et soient des applications linéaires continues non nulles de E dans F dont les noyaux ont une même dimension finie. On a alors
Notons la dimension commune des noyaux de et . Soit A l’ensemble des applications linéaires continues de E dans F dont le noyau est de dimension . Comme , on a dim(E) et l’ensemble A contient 0. D’après la proposition 9, et sont respectivement les distances de et de à l’ensemble A dans . Il suffit alors d’appliquer la formule cf. TG, IX, p. 13).
Corollaire 2 02T1
Soient E et F des espaces de Banach et soient et des applications linéaires continues non nulles de E dans F dont les images ont une même codimension finie dans F. On a alors
Le morphisme est strict (III, p. 52, lemme 6). Le noyau de l’application linéaire continue est l’orthogonal (Im()) de Im() (EVT, IV, p. 27, prop. 2), donc dim(Ker()) codim(Im()), et de même dim(Ker()) codim(Im()). Les noyaux de et ont par suite une même dimension finie. Comme
(EVT, IV, p. 7, prop. 8 et prop. 8 de III, p. 63), l’assertion résulte du corollaire 1, appliqué à et .
6. Perturbations des applications linéaires continues injectives ou surjectives
Dans ce numéro, on adopte les conventions suivantes : si E est un espace vectoriel de dimension finie, dim(E) désigne sa dimension ; si E est un espace vectoriel de dimension infinie, on pose dim(E) . Si est une application linéaire dont le noyau ou le conoyau est de dimension finie, on pose ind() dim Coker() dim Ker(), le calcul étant effectué dans .
Soient E et F des espaces normés. On note l’ensemble des morphismes stricts injectifs de E dans F, et l’ensemble des morphismes stricts de E dans F dont le noyau est de dimension finie.
Proposition 10 02T2
Soient E et F des espaces normés. L’ensemble est ouvert dans . C’est l’intérieur de l’ensemble des applications de qui sont injectives.
Soit A l’ensemble des applications linéaires continues injectives de E dans F. Pour qu’une application soit un morphisme strict, il faut et il suffit que sa conorme soit strictement positive (III, p. 62, remarque). Or est la distance de au complémentaire de A dans (III, p. 65, prop. 9). La proposition en résulte.
Proposition 11 02T3
Soient E et F des espaces de Banach. L’ensemble est ouvert dans . C’est l’intérieur de l’ensemble des applications de dont le noyau est de dimension finie.
Soit A l’ensemble des applications linéaires continues de E dans F dont le noyau est de dimension finie.
Soit un élément de . On a alors (III, p. 62, remarque). Tout élément dont la distance à est appartient alors à A (III, p. 65, prop. 9), de sorte que est un point intérieur de A.
Réciproquement, soit un élément de A qui n’est pas un morphisme strict. On a III, p. 62, remarque). Soit un élément de qui diffère de par une application linéaire de rang fini ; d’après le corollaire 1 de III, p. 40, le morphisme ne peut être strict d’image fermée ; comme un morphisme strict de E dans F a une image fermée dans F (EVT, IV, p. 28, th. 1), cela signifie que n’est pas un morphisme strict. On a donc . Soit un nombre réel . D’après ce qui précède, le lemme 3 de III, p. 66 permet de construire par récurrence une suite d’éléments de satisfaisant aux conditions suivantes :
(i) On a ;
(ii) Pour tout est une application linéaire continue de rang 1 et de norme ;
(iii) Pour tout , le noyau de est de dimension et est contenu dans celui de .
La suite est une suite de Cauchy dans l’espace de Banach . Soit sa limite. Le noyau de contient celui de pour tout ; il est de dimension infinie. Comme
la distance de au complémentaire de A est inférieure à . Ceci ayant lieu pour tout , on conclut que n’est pas un point intérieur de A.
Proposition 12 02T4
Soient E et F des espaces de Banach et un élément de . Tout tel que appartient à et satisfait les relations
dim Ker() dim Ker(),
dim Coker() dim Coker(),
ind() ind().
Comme est strict, on a . Notons B la boule ouverte de centre et de rayon dans . Pour tout B, on a dim Ker() dim Ker()(III, p. 65, prop. 9) et (prop. 11).
Pour , notons l’ensemble des éléments tels que ind() . Si , l’ensemble est l’ensemble des applications de Fredholm de E dans F d’indice qui appartiennent à B (III, p. 52, prop. 11) ; il est ouvert dans B d’après le th. 1 de III, p. 58.
Démontrons que les ensembles sont fermés dans B. Soit un point adhérent à . Comme les ensembles , pour , sont ouverts dans B et deux à deux disjoints, on a ou .
Supposons . Notons la dimension de Ker(). Choisissons un sous-espace vectoriel T de F de dimension dont l’intersection avec Im() soit réduite à 0 et un supplémentaire topologique S de Ker() dans E (III, p. 55, prop. 1). Considérons l’application linéaire continue de dans F. Elle est injective. L’application linéaire est un morphisme strict puisque appartient à . L’image de est donc fermée (EVT, IV, p. 28, th. 1). D’après la prop. 1 de III, p. 39, la restriction de à S est un morphisme strict d’image fermée de S dans F, et est un morphisme strict d’image fermée de dans F.
D’après la prop. 10, il existe un voisinage U de dans B tel que, pour tout , l’application linéaire de dans F est injective. Soit un élément de U. On a alors Ker() donc définit par restriction et passage au quotient une application linéaire injective de Ker() dans , ce qui implique que Ker() est de dimension au plus . On a également , donc
codim(Im()) dim(T) codim,
cela entraîne ind() et contredit l’hypothèse que est adhérent à .
Si est un élément de tel que soit non vide, on a puisque est ouvert et fermé dans B et B est connexe. Si est vide pour tout , on a ind() pour tout . L’application ind() est donc constante sur B. Enfin, pour tout , on a
dim Coker() ind() dim Ker()
ind() dim Ker() dim Coker().
Cela conclut la démonstration.
Corollaire 1 02T5
Les fonctions définies par dim Ker() et par dim Coker() sur sont semi-continues supérieurement. La fonction ind() est localement constante sur .
Corollaire 2 02T6
La fonction dim Coker() est localement constante sur l’ensemble des morphismes stricts injectifs de E dans F.
En effet, on a dim Coker() ind() pour .
Lemme 4 02T7
Soient E et F des espaces de Banach. Pour qu’un élément de soit un morphisme strict de E dans F, il faut et il suffit que soit un morphisme strict de dans . Dans ce cas, on a dim Coker() dim Ker() et dim Ker() dim Coker().
Pour que soit un morphisme strict, il faut et il suffit que en soit un (EVT, IV, p. 29, cor. 3) ; dans ce cas, l’image de est fermée (EVT, IV, p. 28, th. 1) et l’espace vectoriel Ker() (resp. Coker()) est canoniquement isomorphe au dual de l’espace normé Coker() (resp. Ker()) d’après EVT, IV, p. 27, prop. 2. Le lemme en résulte.
Soient E et F des espaces de Banach. On note l’ensemble des applications linéaires continues surjectives de E dans F et l’ensemble des applications linéaires continues de E dans F dont l’image est de codimension finie. Tout élément de est un morphisme strict d’image fermée (III, p. 52, lemme 6). Il résulte du lemme 4 que et sont les images réciproques respectives de et par l’application continue de dans .
Proposition 13 02T8
Soient E et F des espaces de Banach. Les ensembles et sont ouverts dans . Plus précisément, si est un élément de et un élément de tel que , on a et
dim Ker() dim Ker(), dim Coker() dim Coker(),
ind() ind().
On a vu ci-dessus que . De plus, pour tout élément de , on a et (EVT, IV, p. 7, prop. 8 et III, p. 63, prop. 8). D’après la prop. 12, il résulte de ces relations que si , alors appartient à et qu’on a les inégalités
dim Ker() dim Ker(), dim Coker() dim Coker()
ainsi que l’égalité ind() ind(). La proposition résulte alors du lemme 4.
Corollaire 1 02T9
Les fonctions définies par dim Ker() et par dim Coker() sur sont semi-continues supérieurement. La fonction ind() est localement constante sur .
Corollaire 2 02TA
La fonction définie par dim Ker() est localement constante sur .
En effet, on a dim Ker() ind() pour tout .
Exercices
See the exercises for § 4.