§ 3. Endomorphismes de fredholm et endomorphismes de riesz
1. Morphismes stricts et applications linéaires de rang fini
Proposition 1 02RE
Soient E et F des espaces localement convexes, un sous-espace fermé de codimension finie de E et une application linéaire continue de E dans F. Pour que soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que en soit un.
Supposons d’abord que l’application linéaire est injective. On a alors Ker() , si bien que Ker() est de dimension finie. Soit S un sous-espace vectoriel de E supplémentaire de Ker(). L’espace E est somme directe topologique de , Ker() et S (EVT, I, p. 15, cor. 4 et prop. 3). Si est un morphisme strict d’image fermée, il définit par restriction un isomorphisme de sur un sous-espace vectoriel fermé de F, et a fortiori un isomorphisme de sur un sous-espace vectoriel fermé de F. Inversement, supposons que définisse par restriction un isomorphisme de sur et que soit fermé dans F. On a . Il en résulte que est somme directe topologique de et (S), et est fermé dans F (loc. cit.). Puisque est fermé et que l’on a , l’espace est séparé et définit par restriction un isomorphisme de S sur (EVT, I, p. 15, cor. de la prop. 3), donc aussi de sur . Cela prouve que est un morphisme strict d’image fermée.
Passons au cas général. Posons Ker() et . L’espace localement convexe s’identifie à un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de G. Notons l’application linéaire continue déduite de par passage au quotient. Pour que (resp. ) soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que (resp. ) en soit un. Cela nous ramène au cas déjà traité.
Corollaire 1 02RF
Supposons F séparé. Soit . Si est un morphisme strict d’image fermée de E dans F, alors il en est de même de .
Comme F est séparé, le noyau de est un sous-espace vectoriel fermé de E ; il est de codimension finie dans E et a même restriction que à Ker(). Le corollaire découle ainsi de la proposition.
Corollaire 2 02RG
Soit T un sous-espace vectoriel séparé de dimension finie de F. Notons la surjection canonique. Pour que soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que en soit un.
L’application identique de T sur lui-même se prolonge en une application continue (EVT, II, p. 26, remarque). Le noyau S de est un supplémentaire topologique fermé de T. Soit le projecteur d’image S associé à la décomposition . Pour que soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que en soit un. Or et ont même restriction à (S), qui est un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de E, et l’assertion résulte de la proposition.
2. Applications de Fredholm
Soient E et F des espaces localement convexes. Dans ce numéro, on note la congruence modulo des éléments et de .
Si G est un espace localement convexe, et si et sont des éléments de , les relations et entraînent la relation .
On dit qu’un élément de est un quasi-inverse de l’élément de si l’on a et .
Supposons que soit un quasi-inverse de . Si est un élément de et est un élément de tels que et , alors est un quasi-inverse de puisque et .
Si et sont des quasi-inverses de , alors puisque
Définition 1 02RH
Soient E et F des espaces localement convexes. On dit qu’un élément de est une application de Fredholm[^1] s’il possède un quasi-inverse. Une application de Fredholm de E dans E s’appelle un endomorphisme de Fredholm de E.
On notera l’ensemble des applications de Fredholm de E dans F, et l’ensemble des endomorphismes de Fredholm de E.
Remarque 02RI
Soient E, F et G des espaces localement convexes, et des applications linéaires continues.
1) Supposons que soit une application de Fredholm et notons un quasi-inverse de . Comme est un quasi-inverse de , l’application est une application de Fredholm.
2) Supposons que et soient des applications de Fredholm, et soit (resp. ) un quasi-inverse de (resp. ). Alors est une application de Fredholm de E dans G et est un quasi-inverse de . En effet, on calcule
3) Supposons que et soient des applications de Fredholm, et soit un quasi-inverse de . Alors est une application de Fredholm et est un quasi-inverse de .
En effet, est une application de Fredholm d’après la première remarque. Soit un quasi-inverse de ; d’après la seconde remarque, est une application de Fredholm et en est un quasi-inverse. On a , d’où ; ceci prouve l’assertion.
4) Supposons que et soient des applications de Fredholm, et soit un quasi-inverse de . Alors est une application de Fredholm et est un quasi-inverse de .
La démonstration est analogue à celle de la remarque précédente.
Lemme 1 02RJ
Soient E et F des espaces localement convexes et une application de Fredholm de E dans F. Le noyau et le conoyau de sont de dimension finie.
Soit un quasi-inverse de . Le noyau de est contenu dans l’image de l’application linéaire de rang fini , donc est de dimension finie. L’image de contient le noyau de l’application linéaire de rang fini , donc est de codimension finie dans F.
Proposition 2 02RK
Soient E et F des espaces localement convexes séparés et un élément de . Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) L’application est une application de Fredholm;
(ii) L’application est un morphisme strict, son noyau est de dimension finie, son image est fermée et de codimension finie dans F ;
(iii) Il existe des sous-espaces vectoriels fermés de codimension finie de E et de F tels que définisse par passage aux sous-espaces un isomorphisme de sur ;
(iv) Il existe des décompositions en somme directe topologique et telles que et soient de dimension finie, que s’annule sur et définisse par passage aux sous-espaces un isomorphisme de sur .
(i) (iii) : Soient un quasi-inverse de le noyau de et celui de . Comme les applications linéaires et sont continues et de rang fini, et sont des sous-espaces vectoriels fermés de codimension finie de E et F respectivement. Soit . On a
d’où . On a donc ; on a de même . Les applications linéaires continues et déduites de et sont alors des isomorphismes réciproques l’un de l’autre, puisque et (resp. et ) coïncident sur (resp. sur ).
(iii) (ii) : Soient et vérifiant l’hypothèse de (iii). On a Ker() et Im(), donc Ker() est de dimension finie et Im() est fermé et de codimension finie dans F. Il résulte de la prop. 1 de III, p. 39 que l’application est un morphisme strict.
(ii) (iv) : Supposons la condition (ii) satisfaite. Le sous-espace vectoriel fermé Ker() de E est de dimension finie, et il existe un sous-espace vectoriel de E supplémentaire topologique de (EVT, II, p. 27, cor. 2). Le sous-espace vectoriel Im() de F est fermé et de codimension finie, et il admet un supplémentaire topologique dans F. D’après la prop. 1 de III, p. 39, l’application est un morphisme strict, donc induit un isomorphisme de sur .
(iv) (i) : Sous les hypothèses de (iv), l’application linéaire de F dans E qui coïncide avec sur et est nulle sur est un quasi-inverse de .
Remarque 5 02RL
Soient E, F des espaces localement convexes séparés et une application de Fredholm. Si est bijectif, alors est un isomorphisme (en effet, est un morphisme strict d’après la prop. 2, (ii)).
3. Indice d’une application de Fredholm
Soient E, F et G des espaces localement convexes.
Soit une application de Fredholm. Les espaces vectoriels Ker() et Coker() sont de dimension finie (lemme 1 de III, p. 41). Rappelons que le nombre entier
(1) dim Coker() dim Ker() codim Im() dim Ker()
s’appelle l’indice de et est noté ind() (A, V, p. 126).
Si et sont des applications de Fredholm, il en est de même de III, p. 41, remarque 2), et l’on a (A, V, p. 127, lemme 2)
(2) ind() ind() ind().
Supposons E et F séparés et soit F une application de Fredholm ; adoptons les notations de la condition (iv) de la prop. 2 de III, p. 42. On a alors ind() dim(F) dim(E). Munissons le dual de chacun de ces espaces de la topologie faible (resp. de la topologie compacte, de la convergence bornée). Alors s’identifie à la somme directe topologique de et , et à celle de et , et induit un isomorphisme de sur et s’annule sur . Donc la transposée est une application de Fredholm (loc. cit.). Le noyau de est , et sa dimension est celle de , c’est-à-dire celle du conoyau de . Donc
(3) ind() dim Ker() dim Ker(). De plus, l’image de est , et la dimension du conoyau de est donc égale à la dimension de , qui est celle du noyau de . On en déduit
(4) ind() ind().
Supposons E et F séparés et soit F une application de Fredholm d’indice 0. Alors est un morphisme strict d’après la prop. 2 de III, p. 42. Comme dim Ker() codim Im(), l’application est un isomorphisme dès qu’elle est injective ou surjective.
Proposition 3 02RM
Soient E et F des espaces localement convexes et . Soit resp. un sous-espace fermé de codimension finie de E (resp. F). On suppose que applique dans et l’on note l’application qui coïncide avec sur . Pour que soit une application de Fredholm, il faut et il suffit que en soit une. On a alors
(5) ind() ind() codim codim.
Soient et les injections canoniques. Ce sont des applications de Fredholm, et l’on a
ind() codim, ind() codim.
Comme , on voit que est une application de Fredholm si et seulement si en est une (remarques 3 et 4 de III, p. 41). S’il en est ainsi, on a
ind() ind() ind() ind() ind() ind(),
d’où la formule (5).
Proposition 4 02RN
Soient E et F des espaces localement convexes séparés, une application de Fredholm, et le prolongement de aux complétés. Alors est une application de Fredholm et l’on a Ker() Ker() et ind() ind().
Adoptons les notations de la condition (iv) de la prop. 2 de III, p. 42. Comme les espaces vectoriels et sont de dimension finie, ils sont complets. Le complété de (resp. ) s’identifie à l’adhérence de dans (resp. de dans ), et (resp. ) est somme directe topologique de et (resp. et ). L’application linéaire définit par restriction un isomorphisme de sur et s’annule sur . La proposition résulte alors de l’implication (iv)(i) de loc. cit.
4. Endomorphismes de Riesz
Soit E un espace vectoriel et soit un endomorphisme de E.
La suite (Ker()) de sous-espaces vectoriels de E est croissante ; leur réunion est un sous-espace de E stable par qu’on appelle nilespace de .
La suite (Im()) de sous-espaces vectoriels de E est décroissante ; leur intersection est un sous-espace de E stable par qu’on appelle conilespace de .
Lemme 2 02RO
Soit E un espace vectoriel et soit un endomorphisme de E qui possède un indice (A, V, p. 126).
Si deux des propriétés suivantes sont satisfaites, il en est de même de la troisième :
(i) L’endomorphisme est d’indice 0 ;
(ii) Le nilespace N de est de dimension finie ;
(iii) Le conilespace I de est de codimension finie.
Pour tout entier , l’endomorphisme possède un indice, égal à ind() (A, V, p. 127, lemme 2). La suite (dim(Ker())) d’entiers naturels est croissante ; pour qu’elle soit stationnaire, il faut et il suffit que le nilespace de soit de dimension finie. La suite (codim(Im())) d’entiers naturels est croissante ; pour qu’elle soit stationnaire, il faut et il suffit que le conilespace de soit de dimension finie. Supposons la condition (i) satisfaite ; la relation
dim(Ker()) codim(Im()) ind() ind()
entraîne alors l’équivalence des condition (ii) et (iii). Inversement, si les conditions (ii) et (iii) sont satisfaites, cette formule entraîne que la suite ind()) est stationnaire, donc est d’indice nul.
Lemme 3 02RP
Soit E un espace vectoriel et soit un endomorphisme de E qui possède un indice. Supposons que l’indice de est nul. Soit N le nilespace de et I son conilespace.
a) L’espace E est alors somme directe des sous-espaces N et I (décomposition de Weyr–Fitting, cf. A, VIII, §2, n, p. 25).
b) L’endomorphisme induit, par passage aux sous-espaces, un endomorphisme nilpotent de N et un automorphisme de I.
c) Notons l’endomorphisme de E qui est nul sur N et qui coïncide avec sur I. On a et l’endomorphisme est le projecteur d’image N et de noyau I.
d) Tout endomorphisme de E qui commute à stabilise N et I, et commute à .
L’endomorphisme vérifie les propriétés du lemme précédent.
Soit tel que Ker() . Alors Ker() Ker() pour tout entier ; comme ind() ind() , cela entraîne Im() Im() pour , donc I = Im(). Il résulte de A, VIII, p. 25, prop. 2 que les assertions a) et b) sont satisfaites.
Pour tout , on a et , donc et . Pour tout , on a . Cela entraîne que et que est le projecteur d’image N et de noyau I.
Soit un endomorphisme de E qui commute à . Soit tel que N = Ker() et I = Im(). Soit ; on a , donc . Soit ; il existe tel que ; alors, . Cela prouve que stabilise N et I.
Prouvons enfin que et sont permutables. Pour tout dans N, on a . Soit ; les éléments et de E appartiennent à I et leurs images par sont toutes deux égales à , donc ils sont égaux. Par linéarité, cela entraîne que et commutent.
Remarque 02RQ
Supposons qu’il existe un entier tel que Ker() Ker() (resp. Im() Im()); on a alors Ker() Ker() (resp. Im() Im()) pour tout entier .
Supposons d’indice nul. Pour tout entier , on a
ind() ind() codim(Im()) dim(Ker()).
Les conditions Ker() Ker() et Im() Im() sont donc équivalentes. Lorsqu’elles sont satisfaites, l’espace vectoriel E est somme directe de Ker() et de Im() (A, VIII, p. 25, prop. 2), l’espace Ker() est de dimension finie, et induit par passage aux sous-espace un automorphisme de Im().
Définition 2 02RR
Soit E un espace localement convexe séparé. On appelle endomorphisme de Riesz de E tout endomorphisme de Fredholm de E dont le nilespace est de dimension finie et le conilespace est de codimension finie.
Proposition 5 02RS
Soit E un espace localement convexe séparé. Tout endomorphisme de Riesz de E est d’indice zéro.
Cela résulte de la définition et du lemme 2.
Exemple 1 02RT
Tout automorphisme de E est un endomorphisme de Riesz de E. Si E est de dimension finie, tout élément de est un endomorphisme de Riesz de E.
Exemple 2 02RU
Si est une famille finie d’espaces localement convexes séparés et un élément de pour tout dans I, l’endomorphisme de l’espace localement convexe est un endomorphisme de Riesz si et seulement en est un pour tout .
Exemple 3 02RV
Soit E un espace localement convexe séparé sur , et soit son complexifié. Soit un endomorphisme de E. Pour que soit un endomorphisme de Riesz, il faut et il suffit que son complexifié soit un endomorphisme de Riesz de .
Proposition 6 02RW
Soit E un espace localement convexe séparé et soit un endomorphisme de Riesz de E. Notons N le nilespace de et I son conilespace.
a) Les sous-espaces N et I de E sont fermés et stables par , et l’espace E est leur somme directe topologique ;
b) L’endomorphisme définit par restriction un automorphisme de I ;
c) L’espace vectoriel N est de dimension finie et définit par restriction un endomorphisme nilpotent de N ;
d) Soit l’élément de qui est nul sur N et coïncide avec sur I. C’est un endomorphisme de Riesz de E et un quasi-inverse de qui commute à . L’endomorphisme de E est le projecteur d’image N et de noyau I. Tout élément de qui commute à stabilise N et I, et commute à .
Soit un entier naturel tel que Ker() et Im() . Comme E est séparé et est continu, N = Ker() est fermé dans E. Comme est un endomorphisme de Fredholm, il en est de même de , et I = Im() est fermé (III, p. 42, prop. 2). D’après le lemme 2, l’espace E est somme directe de N et I et l’assertion a) résulte alors de la prop. 3 de EVT, I, p. 15.
Comme I est fermé, de codimension finie dans E et stable par , l’application déduite de est un endomorphisme de Fredholm (III, p. 44, prop. 3) ; elle est aussi bijective, donc c’est un automorphisme de I (III, p. 42, prop. 2). Cela prouve b) et les assertions restantes découlent du lemme 2.
L’endomorphisme défini dans l’assertion d) de la proposition est un quasi-inverse de , que l’on appelle le quasi-inverse canonique de .
Les endomorphismes de Riesz jouissent de certaines des propriétés de stabilité des applications de Fredholm.
Proposition 7 02RX
Soit E un espace localement convexe séparé et soit un endomorphisme de E.
a) Soit un sous-espace fermé de codimension finie de E, stable par . Notons l’élément de qui coïncide avec sur . Alors est un endomorphisme de Riesz si et seulement si en est un ;
b) Supposons que est un endomorphisme de Fredholm d’indice 0. Soit le complété de E et soit le prolongement par continuité de . Alors est un endomorphisme de Riesz si et seulement si en est un ;
c) Munissons le dual de E de la topologie de la convergence bornée, de la topologie de la convergence compacte, ou de la topologie faible. Si est un endomorphisme de Riesz de E, alors est un endomorphisme de Riesz de .
a) Pour que soit un endomorphisme de Fredholm d’indice nul, il faut et il suffit que en soit un (III, p. 44, prop. 3). D’autre part, pour tout , on a Ker() Ker(), d’où
dim Ker() dim Ker() dim Ker() codim,
donc la suite (dim Ker()) est bornée si et seulement si la suite (dim Ker()) l’est. Par suite, est un endomorphisme de Riesz de E si et seulement si est un endomorphisme de Riesz de (lemme 2).
b) D’après la prop. 4 de III, p. 44, pour tout , l’application est un endomorphisme de Fredholm de tel que Ker() Ker() et ind() ind() ind(). Par suite, est un endomorphisme de Riesz si et seulement si est un endomorphisme de Riesz.
c) La transposée est un endomorphisme de Fredholm d’indice 0 de III, p. 43, n). Comme le noyau de est l’orthogonal de l’image de (EVT, IV, p. 27, prop. 2), la suite (Ker()) est stationnaire. Cela prouve que est un endomorphisme de Riesz de .
Proposition 8 02RY
Soient E un espace localement convexe séparé et un endomorphisme de E. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) est un endomorphisme de Riesz de E ;
(ii) Il existe un quasi-inverse de qui commute à ;
(iii) Il existe un sous-espace vectoriel fermé de E, de codimension finie, stable par , tel que induise un automorphisme de .
L’implication (i) (ii) résulte de la prop. 6, d).
Supposons que possède un quasi-inverse qui est permutable à . Le noyau de est un sous-espace vectoriel fermé de E, de codimension finie, stable par et . Comme on a pour tout , les applications et induisent des automorphismes de réciproques l’un de l’autre. Donc (ii) implique (iii).
Enfin, l’implication (iii) (i) résulte de l’assertion a) de la prop. 7 et du fait qu’un automorphisme est un endomorphisme de Riesz.
Proposition 9 02RZ
Soit E un espace localement convexe séparé et soient des éléments permutables de . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Les endomorphismes et sont des endomorphismes de Riesz ;
(ii) L’endomorphisme est un endomorphisme de Riesz.
Supposons que et soient des endomorphismes de Riesz ; notons et leurs quasi-inverses canoniques. Les endomorphismes et de E commutent (prop. 6, d)). L’endomorphisme est un quasi-inverse de qui commute à , donc est un endomorphisme de Riesz (prop. 8).
Supposons inversement que est un endomorphisme de Riesz, et soit son quasi-inverse canonique. Puisque commute à , les endomorphismes et commutent d’après la prop. 6, d). De même et commutent. Donc les endomorphismes et de E commutent ; il en découle que l’endomorphisme de E est un quasi-inverse de et que est un quasi-inverse de . D’après la prop. 8 et sont des endomorphismes de Riesz.
Soit un endomorphisme de Riesz de E. Si est un automorphisme de E, l’endomorphisme de E n’est pas nécessairement un endomorphisme de Riesz de E, même si est de rang fini. Si est un endomorphisme de rang fini de E, l’endomorphisme n’est pas nécessairement un endomorphisme de Riesz (cf. III, p. 120, exercice 3).
Proposition 10 02S0
Soient E et F des espaces localement convexes, et . Posons et .
a) Soit . L’application définit par restriction un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de Ker() sur Ker() et définit par passage aux quotients un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de Coker() sur Coker();
b) Si l’image de est fermée dans E, celle de est fermée dans F ;
c) Si Ker() possède un supplémentaire topologique dans E, alors Ker() en possède un dans F. Si Im() possède un supplémentaire topologique dans E, alors Im() en possède un dans F ;
d) Si est un morphisme strict, alors est un morphisme strict ;
e) Si est un automorphisme de E, alors est un automorphisme de F ;
f) Si est un endomorphisme de Fredholm de E, alors est un endomorphisme de Fredholm de F, et l’on a ind() ind();
g) Supposons E et F séparés. Si est un endomorphisme de Riesz de E, alors est un endomorphisme de Riesz de F.
Remarquons tout d’abord les formules
Démontrons alors deux lemmes.
.
On a et .
On a pour tout entier . On calcule alors
,
d’où le résultat.
Lemme 5 02S2
Soit un élément de . Posons . Si est un inverse de , alors est un inverse de . Si est un quasi-inverse de , alors est un quasi-inverse de . Si commute à , alors commute à .
En utilisant les formules (6), on calcule
d’où
ce qui démontre le lemme.
Démontrons la prop. 10. Compte tenu du lemme 4, il suffit de démontrer l’assertion a) pour . D’après les formules (6), les applications et définissent par passage aux sous-espaces des applications linéaires continues Ker() Ker() et Ker() Ker(), et par passage aux quotients des applications linéaires continues Coker() Coker() et Coker() Coker().
Puisque et , les applications et d’une part, et d’autre part, sont des isomorphismes réciproques l’un de l’autre. Cela prouve a).
Pour que l’image d’une application linéaire continue soit fermée, il faut et il suffit que le conoyau de cette application soit un espace séparé. Ainsi b) résulte de a).
Notons et Ker() les injections canoniques. Supposons que Ker() possède un supplémentaire topologique dans E, et soit Ker() une rétraction linéaire continue de . Posons . On a ; Ker()) et
donc est une rétraction linéaire continue de et Ker() possède un supplémentaire topologique dans F. Cela démontre la première assertion de c). La seconde se démontre de manière analogue, en remarquant que si Coker() est une section linéaire continue de la surjection canonique de E sur Coker(), alors en est une de la surjection canonique de F sur Coker().
Notons Ker() Im() et Ker() Im() les applications linéaires continues bijectives déduites de et . D’après les formules (6), l’application définit par passage aux quotients une application linéaire continue Ker() Ker(), et définissent par passage aux sous-espaces des applications linéaires continues Im() Im() et Im() Im().
Notons Im() Ker() l’application composée de l’injection canonique Im() et de la surjection canonique Ker(); elle est continue. On a et , d’où
Cela prouve que est la bijection réciproque de . Si est stricte, l’application est continue, et il en est de même de , ce qui prouve que est stricte. Cela démontre d).
D’après le lemme 5, si est un automorphisme de E, alors en est un de F. De même, si est un endomorphisme de Fredholm de E, alors en est un de F, et l’on a alors ind() ind() d’après a). Ceci démontre e) et f). Enfin, si E et F sont séparés et que est un endomorphisme de Riesz de E, alors en est un de F d’après le lemme 5 et la condition (ii) de la prop. 8 ; c’est l’assertion g).
5. Applications de Fredholm et applications de Riesz entre espaces de Fréchet
Proposition 11 02S3
Soient E et F des espaces de Fréchet. Pour qu’une application linéaire continue de E dans F soit une application de Fredholm, il faut et il suffit que son noyau et son conoyau soient de dimension finie.
Cela résulte de la caractérisation des applications de Fredholm donnée par la condition (ii) de la prop. 2 de III, p. 42 et du lemme suivant :
Lemme 6 02S4
Soient E et F des espaces de Fréchet et . On suppose que l’image de est de codimension finie dans F. Alors l’image de est fermée dans F et est un morphisme strict.
Soit G un sous-espace vectoriel de F supplémentaire de Im(); le sous-espace G est fermé (EVT, I, p. 14, cor. 1), donc l’espace quotient est un espace de Fréchet (TG, IX, p. 25, prop. 4). Soit la surjection canonique. L’application est surjective, donc stricte (EVT, I, p. 19, cor. 3). L’assertion résulte alors du cor. 2 de III, p. 40.
Proposition 12 02S5
Soient E et F des espaces de Fréchet. Munissons leurs duals et de la topologie faible, de la topologie de la convergence compacte, ou de la topologie de la convergence bornée. Soit . Pour que soit une application de Fredholm de E dans F, il faut et il suffit que soit une application de Fredholm de dans .
La condition est nécessaire (III, p. 43, n). Démontrons qu’elle est suffisante. Si est une application de Fredholm, c’est un morphisme strict (III, p. 42, prop. 2), donc est un morphisme strict d’image fermée (EVT, IV, p. 28, th. 1 et p. 29, cor. 3). Compte tenu des isomorphismes canoniques Coker() Ker() et Ker() Coker() (EVT, IV, p. 27, prop. 2), les espaces vectoriels Ker() et Coker() sont de dimension finie et est une application de Fredholm (prop. 2 de III, p. 42).
Proposition 13 02S6
Soient E un espace de Fréchet et .
a) L’endomorphisme est un endomorphisme de Riesz si et seulement si son nilespace N est de dimension finie et son conilespace I est de codimension finie ;
b) Munissons de la topologie de la convergence bornée, de la topologie de la convergence compacte, ou de la topologie faible. Si est un endomorphisme de Riesz de , alors est un endomorphisme de Riesz de E.
a) Supposons que le nilespace N est de dimension finie et que le conilespace I est de codimension finie. Comme Ker() et Im(), le noyau de est de dimension finie et l’image de est de codimension finie. D’après la définition et la proposition 11, l’application est un endomorphisme de Riesz. La réciproque découle de la définition.
b) D’après la proposition 12, l’hypothèse implique que est un endomorphisme de Fredholm d’indice ind() ind() (n, formule (4)). Soit . Comme l’image de est fermée et a pour orthogonal le noyau de (EVT, IV, p. 27, prop. 2), la suite (Im()) est stationnaire, et est donc un endomorphisme de Riesz.
6. Caractérisation spectrale des endomorphismes de Riesz
Soient E un espace de Banach complexe et un endomorphisme de E. Rappelons que l’on note Sp() le spectre de relativement à l’algèbre de Banach unifère cf. § 7 de I, p. 127).
Supposons que 0 est un point isolé de Sp(); rappelons qu’on note alors le projecteur spectral associé à et à la partie ouverte et fermée du spectre de cf. n de I, p. 131). On a pour tout germe de fonction holomorphe au voisinage de Sp() qui est égal à 1 au voisinage de 0 et nul au voisinage de Sp().
Par passage aux sous-espaces, l’endomorphisme induit un endomorphisme quasi-nilpotent de l’image de , dont le spectre est réduit à , et un automorphisme du noyau de , dont le spectre est Sp()loc. cit.).
Proposition 14 02S7
Soit E un espace de Banach complexe. Pour qu’un élément de soit un endomorphisme de Riesz de E, il faut et il suffit que l’une des deux conditions suivantes, qui s’excluent mutuellement, soit satisfaite :
(i) L’endomorphisme de E est un automorphisme de E ;
(ii) Le point 0 est un point isolé de Sp() et le projecteur est de rang fini.
Lorsque la condition (ii) est satisfaite, l’image de est le nilespace de et le noyau de est le conilespace de .
Tout automorphisme de E est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 47, remarque 1). Si satisfait à la condition (ii), le noyau F de est un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de E, stable par . Soit l’endomorphisme de F déduit de . Son spectre est contenu dans (n de I, p. 131), donc est un automorphisme de F. Il en résulte que est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 48, prop. 8).
Inversement, soit un endomorphisme de Riesz de E. Notons N son nilespace et I son conilespace. D’après la prop. 6 de III, p. 47, l’espace E est somme directe topologique de N et I, et l’application définit par passage aux sous-espaces un endomorphisme nilpotent de N et un automorphisme de I. En particulier, on a Sp() et Sp(). Si N est nul, alors I = E et est un automorphisme de E. Sinon, 0 est un point isolé de Sp() et est le projecteur d’image N et de noyau I (prop. 2 de I, p. 129) ; en particulier, il est de rang fini.
Remarque 02S8
Soit E un espace de Banach réel et soit un endomorphisme de E. Supposons que 0 soit un point isolé du spectre complexe de , c’est-à-dire du spectre de l’endomorphisme de l’espace normable complet complexifié de E (I, p. 85, n). La partie du spectre complexe de est ouverte et fermée, et invariante par conjugaison ; notons le projecteur spectral qui lui est associé (n de I, p. 85). La proposition 14 vaut mutatis mutandis dans ce cadre.
Exercices
See the exercises for § 3.
[^1]: Certains auteurs disent aussi « opérateur à indice » ou « quasi-isomorphisme ».