Bourbaki

§ 3. Endomorphismes de fredholm et endomorphismes de riesz

1. Morphismes stricts et applications linéaires de rang fini

Proposition 1 02RE

Soient E et F des espaces localement convexes, E1E_1 un sous-espace fermé de codimension finie de E et uu une application linéaire continue de E dans F. Pour que uu soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que u∣E1u|E_1 en soit un.

Supposons d’abord que l’application linéaire u∣E1u|E_1 est injective. On a alors E1∩E_1\cap Ker(uu) ={0}=\{0\}, si bien que Ker(uu) est de dimension finie. Soit S un sous-espace vectoriel de E supplémentaire de E1+E_1+ Ker(uu). L’espace E est somme directe topologique de E1E_1, Ker(uu) et S (EVT, I, p. 15, cor. 4 et prop. 3). Si uu est un morphisme strict d’image fermée, il définit par restriction un isomorphisme de E1⊕SE_1\oplus S sur un sous-espace vectoriel fermé de F, et a fortiori un isomorphisme de E1E_1 sur un sous-espace vectoriel fermé de F. Inversement, supposons que uu définisse par restriction un isomorphisme de E1E_1 sur u(E1)u(E_1) et que u(E1)u(E_1) soit fermé dans F. On a u(E)=u(E1)⊕u(S)u(E) =u(E_1)\oplus u(S). Il en résulte que u(E)u(E) est somme directe topologique de u(E1)u(E_1) et uu(S), et est fermé dans F (loc. cit.). Puisque u(E1)u(E_1) est fermé et que l’on a u(E1)∩u(S)={0}u(E_1)\cap u(S) =\{0\}, l’espace u(S)u(S) est séparé et uu définit par restriction un isomorphisme de S sur u(S)u(S) (EVT, I, p. 15, cor. de la prop. 3), donc aussi de E1⊕SE_1\oplus S sur u(E)u(E). Cela prouve que uu est un morphisme strict d’image fermée.

Passons au cas général. Posons N=E1∩N = E_1\cap Ker(uu) et G=E/NG = E/N. L’espace localement convexe E1/NE_1/N s’identifie à un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie G1G_1 de G. Notons v:G→Fv: G\rightarrow F l’application linéaire continue déduite de uu par passage au quotient. Pour que uu (resp. u∣E1u|E_1) soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que vv (resp. v∣G1v|G_1) en soit un. Cela nous ramène au cas déjà traité.

Corollaire 1 02RF

Supposons F séparé. Soit v∈Lf(E;F)v\in \mathscr{L}^f(E; F). Si uu est un morphisme strict d’image fermée de E dans F, alors il en est de même de u+vu+v.

Comme F est séparé, le noyau de vv est un sous-espace vectoriel fermé de E ; il est de codimension finie dans E et u+vu+v a même restriction que uu à Ker(vv). Le corollaire découle ainsi de la proposition.

Corollaire 2 02RG

Soit T un sous-espace vectoriel séparé de dimension finie de F. Notons π:F→F/T\pi : F\rightarrow F/T la surjection canonique. Pour que uu soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que π∘u\pi \circ u en soit un.

L’application identique de T sur lui-même se prolonge en une application continue q:F→Tq: F\rightarrow T (EVT, II, p. 26, remarque). Le noyau S de qq est un supplémentaire topologique fermé de T. Soit p:F→Fp: F\rightarrow F le projecteur d’image S associé à la décomposition F=T⊕SF = T\oplus S. Pour que π∘u\pi \circ u soit un morphisme strict d’image fermée, il faut et il suffit que p∘up\circ u en soit un. Or p∘up\circ u et uu ont même restriction à u−1\overset{-1}{u}(S), qui est un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de E, et l’assertion résulte de la proposition.

2. Applications de Fredholm

Soient E et F des espaces localement convexes. Dans ce numéro, on note u≡vu\equiv v la congruence modulo Lf(E;F)\mathscr{L}^f(E; F) des éléments uu et vv de L(E;F)\mathscr{L}(E; F).

Si G est un espace localement convexe, et si u′u' et v′v' sont des éléments de L(F;G)\mathscr{L}(F; G), les relations u≡vu\equiv v et u′≡v′u'\equiv v' entraînent la relation u′∘u≡v′∘vu'\circ u\equiv v'\circ v.

On dit qu’un élément ww de L(F;E)\mathscr{L}(F; E) est un quasi-inverse de l’élément uu de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) si l’on a w∘u≡1Ew\circ u\equiv 1_E et u∘w≡1Fu\circ w\equiv 1_F.

Supposons que ww soit un quasi-inverse de uu. Si u1u_1 est un élément de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) et w1w_1 est un élément de L(F;E)\mathscr{L}(F; E) tels que u1≡uu_1\equiv u et w1≡ww_1\equiv w, alors w1w_1 est un quasi-inverse de u1u_1 puisque w∘u≡w1∘u1w\circ u\equiv w_1\circ u_1 et u∘w≡u1∘w1u\circ w\equiv u_1\circ w_1.

Si ww et w1w_1 sont des quasi-inverses de uu, alors w1≡ww_1\equiv w puisque

w1=1E∘w1≡w∘u∘w1≡w∘1F=w w_1= 1_E\circ w_1\equiv w\circ u\circ w_1\equiv w\circ 1_F=w

Définition 1 02RH

Soient E et F des espaces localement convexes. On dit qu’un élément uu de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) est une application de Fredholm[^1] s’il possède un quasi-inverse. Une application de Fredholm de E dans E s’appelle un endomorphisme de Fredholm de E.

On notera F(E;F)\mathscr{F}(E; F) l’ensemble des applications de Fredholm de E dans F, et F(E)\mathscr{F}(E) l’ensemble des endomorphismes de Fredholm de E.

Remarque 02RI

Soient E, F et G des espaces localement convexes, u:E→Fu: E\rightarrow F et v:F→Gv: F\rightarrow G des applications linéaires continues.

1) Supposons que uu soit une application de Fredholm et notons u1u_1 un quasi-inverse de uu. Comme uu est un quasi-inverse de u1u_1, l’application u1u_1 est une application de Fredholm.

2) Supposons que uu et vv soient des applications de Fredholm, et soit u1u_1 (resp. v1v_1) un quasi-inverse de uu (resp. vv). Alors v∘uv\circ u est une application de Fredholm de E dans G et u1∘v1u_1\circ v_1 est un quasi-inverse de v∘uv\circ u. En effet, on calcule

(u1∘v1)∘(v∘u)=u1∘(v1∘v)∘u≡u1∘1F∘u=u1∘u≡1E (u_1\circ v_1)\circ (v\circ u) =u_1\circ (v_1\circ v)\circ u\equiv u_1\circ 1_F\circ u=u_1\circ u\equiv 1_E
(v∘u)∘(u1∘v1)=v∘(u∘u1)∘v1≡v∘1F∘v1=v∘v1≡1G (v\circ u)\circ (u_1\circ v_1) =v\circ (u\circ u_1)\circ v_1\equiv v\circ 1_F\circ v_1=v\circ v_1\equiv 1_G

3) Supposons que uu et v∘uv\circ u soient des applications de Fredholm, et soit w1w_1 un quasi-inverse de v∘uv\circ u. Alors vv est une application de Fredholm et u∘w1u\circ w_1 est un quasi-inverse de vv.

En effet, w1w_1 est une application de Fredholm d’après la première remarque. Soit u1u_1 un quasi-inverse de uu; d’après la seconde remarque, u∘w1u\circ w_1 est une application de Fredholm et (v∘u)∘u1(v\circ u)\circ u_1 en est un quasi-inverse. On a u∘u1≡1Fu\circ u_1\equiv 1_F, d’où v∘u∘u1≡vv\circ u\circ u_1\equiv v; ceci prouve l’assertion.

4) Supposons que vv et v∘uv\circ u soient des applications de Fredholm, et soit w1w_1 un quasi-inverse de v∘uv\circ u. Alors uu est une application de Fredholm et w1∘vw_1\circ v est un quasi-inverse de uu.

La démonstration est analogue à celle de la remarque précédente.

Lemme 1 02RJ

Soient E et F des espaces localement convexes et uu une application de Fredholm de E dans F. Le noyau et le conoyau de uu sont de dimension finie.

Soit v:F→Ev: F\rightarrow E un quasi-inverse de uu. Le noyau de uu est contenu dans l’image de l’application linéaire de rang fini 1E−v∘u1_E-v\circ u, donc est de dimension finie. L’image de uu contient le noyau de l’application linéaire de rang fini 1F−u∘v1_F-u\circ v, donc est de codimension finie dans F.

Proposition 2 02RK

Soient E et F des espaces localement convexes séparés et uu un élément de L(E;F)\mathscr{L}(E; F). Les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) L’application uu est une application de Fredholm;

(ii) L’application uu est un morphisme strict, son noyau est de dimension finie, son image est fermée et de codimension finie dans F ;

(iii) Il existe des sous-espaces vectoriels fermés de codimension finie E1E_1 de E et F1F_1 de F tels que uu définisse par passage aux sous-espaces un isomorphisme de E1E_1 sur F1F_1;

(iv) Il existe des décompositions en somme directe topologique E=E1⊕E2E = E_1\oplus E_2 et F=F1⊕F2F = F_1\oplus F_2 telles que E2E_2 et F2F_2 soient de dimension finie, que uu s’annule sur E2E_2 et définisse par passage aux sous-espaces un isomorphisme de E1E_1 sur F1F_1.

(i) =⇒=\Rightarrow (iii) : Soient vv un quasi-inverse de u,E1u, E_1 le noyau de 1E−v∘u1_E-v\circ u et F1F_1 celui de 1F−u∘v1_F-u\circ v. Comme les applications linéaires 1E−v∘u1_E-v\circ u et 1F−u∘v1_F-u\circ v sont continues et de rang fini, E1E_1 et F1F_1 sont des sous-espaces vectoriels fermés de codimension finie de E et F respectivement. Soit x∈E1x\in E_1. On a

(1F−u∘v)(u(x))=u((1E−v∘u)(x))=u(0)=0 (1_F-u\circ v)(u(x)) =u((1_E-v\circ u)(x)) =u(0) = 0

d’où u(x)∈F1u(x)\in F_1. On a donc u(E1)⊂F1u(E_1)\subset F_1; on a de même v(F1)⊂E1v(F_1)\subset E_1. Les applications linéaires continues u1:E1→F1u_1: E_1\rightarrow F_1 et v1:F1→E1v_1: F_1\rightarrow E_1 déduites de uu et vv sont alors des isomorphismes réciproques l’un de l’autre, puisque v∘uv\circ u et 1E1_E (resp. u∘vu\circ v et 1F1_F) coïncident sur E1E_1 (resp. sur F1F_1).

(iii) =⇒=\Rightarrow (ii) : Soient E1E_1 et F1F_1 vérifiant l’hypothèse de (iii). On a E1∩E_1\cap Ker(uu) ={0}=\{0\} et F1⊂F_1\subset Im(uu), donc Ker(uu) est de dimension finie et Im(uu) est fermé et de codimension finie dans F. Il résulte de la prop. 1 de III, p. 39 que l’application uu est un morphisme strict.

(ii) =⇒=\Rightarrow (iv) : Supposons la condition (ii) satisfaite. Le sous-espace vectoriel fermé E2=E_2= Ker(uu) de E est de dimension finie, et il existe un sous-espace vectoriel E1E_1 de E supplémentaire topologique de E2E_2 (EVT, II, p. 27, cor. 2). Le sous-espace vectoriel F1=F_1= Im(uu) de F est fermé et de codimension finie, et il admet un supplémentaire topologique F2F_2 dans F. D’après la prop. 1 de III, p. 39, l’application u∣E1u|E_1 est un morphisme strict, donc uu induit un isomorphisme de E1E_1 sur F1F_1.

(iv) =⇒=\Rightarrow (i) : Sous les hypothèses de (iv), l’application linéaire de F dans E qui coïncide avec u1−1u^{-1}_1 sur F1F_1 et est nulle sur F2F_2 est un quasi-inverse de uu.

Remarque 5 02RL

Soient E, F des espaces localement convexes séparés et u:E→Fu: E\rightarrow F une application de Fredholm. Si uu est bijectif, alors uu est un isomorphisme (en effet, uu est un morphisme strict d’après la prop. 2, (ii)).

3. Indice d’une application de Fredholm

Soient E, F et G des espaces localement convexes.

Soit u:E→Fu: E\rightarrow F une application de Fredholm. Les espaces vectoriels Ker(uu) et Coker(uu) sont de dimension finie (lemme 1 de III, p. 41). Rappelons que le nombre entier

(1) dim Coker(uu)−- dim Ker(uu) == codimF_F Im(uu)−- dim Ker(uu)

s’appelle l’indice de uu et est noté ind(uu) (A, V, p. 126).

Si u:E→Fu: E\rightarrow F et v:F→Gv: F\rightarrow G sont des applications de Fredholm, il en est de même de v∘u(v\circ u(III, p. 41, remarque 2), et l’on a (A, V, p. 127, lemme 2)

(2) ind(v∘uv\circ u) == ind(vv) ++ ind(uu).

Supposons E et F séparés et soit u:E→u: E\rightarrow F une application de Fredholm ; adoptons les notations de la condition (iv) de la prop. 2 de III, p. 42. On a alors ind(uu) == dim(F2_2)−- dim(E2_2). Munissons le dual de chacun de ces espaces de la topologie faible (resp. de la topologie compacte, de la convergence bornée). Alors E′E' s’identifie à la somme directe topologique de E1′E'_1 et E2′E'_2, et F′F' à celle de F1′F'_1 et F2′F'_2, et tu^tu induit un isomorphisme de F1′F'_1 sur E1′E'_1 et s’annule sur F2′F'_2. Donc la transposée tu:F′→E′^tu: F'\rightarrow E' est une application de Fredholm (loc. cit.). Le noyau de tu^tu est F2′F'_2, et sa dimension est celle de F2F_2, c’est-à-dire celle du conoyau de uu. Donc

(3) ind(uu) == dim Ker(tu^tu)−- dim Ker(uu). De plus, l’image de tu^tu est E1′E'_1, et la dimension du conoyau de tu^tu est donc égale à la dimension de E2′E'_2, qui est celle du noyau E2E_2 de uu. On en déduit

(4) ind(tu^tu) =−=- ind(uu).

Supposons E et F séparés et soit u:E→u: E\rightarrow F une application de Fredholm d’indice 0. Alors uu est un morphisme strict d’après la prop. 2 de III, p. 42. Comme dim Ker(uu) == codimF_F Im(uu), l’application uu est un isomorphisme dès qu’elle est injective ou surjective.

Proposition 3 02RM

Soient E et F des espaces localement convexes et u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). Soit E1(E_1(resp. F1)F_1) un sous-espace fermé de codimension finie de E (resp. F). On suppose que uu applique E1E_1 dans F1F_1 et l’on note u1∈L(E1;F1)u_1\in \mathscr{L}(E_1; F_1) l’application qui coïncide avec uu sur E1E_1. Pour que uu soit une application de Fredholm, il faut et il suffit que u1u_1 en soit une. On a alors

(5) ind(uu)−- ind(u1u_1) == codimF(F1)−_F(F_1)- codimE(E1)_E(E_1).

Soient i:E1→Ei: E_1\rightarrow E et j:F1→Fj: F_1\rightarrow F les injections canoniques. Ce sont des applications de Fredholm, et l’on a

ind(ii) == codimE(E1)_E(E_1), ind(jj) == codimF(F1)_F(F_1).

Comme j∘u1=u∘ij\circ u_1=u\circ i, on voit que uu est une application de Fredholm si et seulement si u1u_1 en est une (remarques 3 et 4 de III, p. 41). S’il en est ainsi, on a

ind(jj) ++ ind(u1u_1) == ind(j∘u1j\circ u_1) == ind(u∘iu\circ i) == ind(uu) ++ ind(ii),

d’où la formule (5).

Proposition 4 02RN

Soient E et F des espaces localement convexes séparés, u:E→Fu: E\rightarrow F une application de Fredholm, et u^:E^→F^\widehat{u}:\widehat{E}\rightarrow \widehat{F} le prolongement de uu aux complétés. Alors u^\widehat{u} est une application de Fredholm et l’on a Ker(u^\widehat{u}) == Ker(uu) et ind(u^\widehat{u}) == ind(uu).

Adoptons les notations de la condition (iv) de la prop. 2 de III, p. 42. Comme les espaces vectoriels E2E_2 et F2F_2 sont de dimension finie, ils sont complets. Le complété de E1E_1 (resp. F1F_1) s’identifie à l’adhérence de E1E_1 dans E^\widehat{E} (resp. de F1F_1 dans F^\widehat{F}), et E^\widehat{E} (resp. F^\widehat{F}) est somme directe topologique de E^1\widehat{E}_1 et E2E_2 (resp. F^1\widehat{F}_1 et F2F_2). L’application linéaire u^\widehat{u} définit par restriction un isomorphisme de E^1\widehat{E}_1 sur F^1\widehat{F}_1 et s’annule sur E2E_2. La proposition résulte alors de l’implication (iv)⇒\Rightarrow(i) de loc. cit.

4. Endomorphismes de Riesz

Soit E un espace vectoriel et soit uu un endomorphisme de E.

La suite (Ker(unu^n))n∈N_{n\in\mathbf{N}} de sous-espaces vectoriels de E est croissante ; leur réunion est un sous-espace de E stable par uu qu’on appelle nilespace de uu.

La suite (Im(unu^n))n∈N_{n\in\mathbf{N}} de sous-espaces vectoriels de E est décroissante ; leur intersection est un sous-espace de E stable par uu qu’on appelle conilespace de uu.

Lemme 2 02RO

Soit E un espace vectoriel et soit uu un endomorphisme de E qui possède un indice (A, V, p. 126).

Si deux des propriétés suivantes sont satisfaites, il en est de même de la troisième :

(i) L’endomorphisme uu est d’indice 0 ;

(ii) Le nilespace N de uu est de dimension finie ;

(iii) Le conilespace I de uu est de codimension finie.

Pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, l’endomorphisme unu^n possède un indice, égal à nn ind(uu) (A, V, p. 127, lemme 2). La suite (dim(Ker(unu^n)))n∈N_{n\in\mathbf{N}} d’entiers naturels est croissante ; pour qu’elle soit stationnaire, il faut et il suffit que le nilespace de uu soit de dimension finie. La suite (codimE_E(Im(unu^n)))n∈N_{n\in\mathbf{N}} d’entiers naturels est croissante ; pour qu’elle soit stationnaire, il faut et il suffit que le conilespace de uu soit de dimension finie. Supposons la condition (i) satisfaite ; la relation

dim(Ker(unu^n))−- codimE_E(Im(unu^n)) == ind(unu^n) =n=n ind(uu) =0= 0

entraîne alors l’équivalence des condition (ii) et (iii). Inversement, si les conditions (ii) et (iii) sont satisfaites, cette formule entraîne que la suite (n(n ind(uu))n∈N_{n\in\mathbf{N}} est stationnaire, donc uu est d’indice nul.

Lemme 3 02RP

Soit E un espace vectoriel et soit uu un endomorphisme de E qui possède un indice. Supposons que l’indice de uu est nul. Soit N le nilespace de uu et I son conilespace.

a) L’espace E est alors somme directe des sous-espaces N et I (décomposition de Weyr–Fitting, cf. A, VIII, §2, no2^o2, p. 25).

b) L’endomorphisme uu induit, par passage aux sous-espaces, un endomorphisme nilpotent de N et un automorphisme uIu_I de I.

c) Notons vv l’endomorphisme de E qui est nul sur N et qui coïncide avec uI−1u^{-1}_I sur I. On a u∘v=v∘uu\circ v=v\circ u et l’endomorphisme 1E−u∘v1_E-u\circ v est le projecteur d’image N et de noyau I.

d) Tout endomorphisme de E qui commute à uu stabilise N et I, et commute à vv.

L’endomorphisme uu vérifie les propriétés du lemme précédent.

Soit n∈Nn\in \mathbf{N} tel que Ker(unu^n) =N= N. Alors Ker(umu^m) == Ker(unu^n) pour tout entier m⩾nm\geqslant n; comme ind(umu^m) =m=m ind(uu) =0= 0, cela entraîne Im(umu^m) == Im(unu^n) pour m⩾nm\geqslant n, donc I = Im(unu^n). Il résulte de A, VIII, p. 25, prop. 2 que les assertions a) et b) sont satisfaites.

Pour tout x∈Nx\in N, on a v(x)=0v(x) = 0 et u(x)∈Nu(x)\in N, donc u(v(x))=0u(v(x)) = 0 et v(u(x))=0v(u(x)) = 0. Pour tout x∈Ix\in I, on a u(v(x))=v(u(x))=xu(v(x)) =v(u(x)) =x. Cela entraîne que u∘v=v∘uu\circ v=v\circ u et que 1E−u∘v1_E-u\circ v est le projecteur d’image N et de noyau I.

Soit ww un endomorphisme de E qui commute à uu. Soit n∈Nn\in \mathbf{N} tel que N = Ker(unu^n) et I = Im(unu^n). Soit x∈Nx\in N; on a un(w(x))=w(un(x))=0u^n(w(x)) =w(u^n(x)) = 0, donc w(x)∈Nw(x)\in N. Soit x∈Ix\in I; il existe y∈Ey\in E tel que x=un(y)x=u^n(y); alors, w(x)=w(un(y))=un(w(y))∈Iw(x) =w(u^n(y)) =u^n(w(y))\in I. Cela prouve que ww stabilise N et I.

Prouvons enfin que ww et vv sont permutables. Pour tout xx dans N, on a v(w(x))=0=w(v(x))v(w(x)) = 0 =w(v(x)). Soit x∈Ix\in I; les éléments v(w(x))v(w(x)) et w(v(x))w(v(x)) de E appartiennent à I et leurs images par uu sont toutes deux égales à w(x)w(x), donc ils sont égaux. Par linéarité, cela entraîne que vv et ww commutent.

Remarque 02RQ

Supposons qu’il existe un entier n⩾0n\geqslant 0 tel que Ker(unu^n) == Ker(un+1u^{n+1}) (resp. Im(unu^n) == Im(un+1u^{n+1})); on a alors Ker(umu^m) == Ker(unu^n) (resp. Im(umu^m) == Im(unu^n)) pour tout entier m⩾nm\geqslant n.

Supposons uu d’indice nul. Pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, on a

nn ind(uu) == ind(unu^n) == codimE_E(Im(unu^n))−- dim(Ker(unu^n)).

Les conditions Ker(unu^n) == Ker(un+1u^{n+1}) et Im(unu^n) == Im(un+1u^{n+1}) sont donc équivalentes. Lorsqu’elles sont satisfaites, l’espace vectoriel E est somme directe de Ker(unu^n) et de Im(unu^n) (A, VIII, p. 25, prop. 2), l’espace Ker(unu^n) est de dimension finie, et uu induit par passage aux sous-espace un automorphisme de Im(unu^n).

Définition 2 02RR

Soit E un espace localement convexe séparé. On appelle endomorphisme de Riesz de E tout endomorphisme de Fredholm de E dont le nilespace est de dimension finie et le conilespace est de codimension finie.

Proposition 5 02RS

Soit E un espace localement convexe séparé. Tout endomorphisme de Riesz de E est d’indice zéro.

Cela résulte de la définition et du lemme 2.

Exemple 1 02RT

Tout automorphisme de E est un endomorphisme de Riesz de E. Si E est de dimension finie, tout élément de L(E)\mathscr{L}(E) est un endomorphisme de Riesz de E.

Exemple 2 02RU

Si (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} est une famille finie d’espaces localement convexes séparés et uiu_i un élément de L(Ei)\mathscr{L}(E_i) pour tout ii dans I, l’endomorphisme u=⨁i∈Iuiu=\bigoplus_{i\in I}u_i de l’espace localement convexe ⨁i∈IEi\bigoplus_{i\in I}E_i est un endomorphisme de Riesz si et seulement uiu_i en est un pour tout ii.

Exemple 3 02RV

Soit E un espace localement convexe séparé sur R\mathbf{R}, et soit E(C)E_{(\mathbf{C})} son complexifié. Soit uu un endomorphisme de E. Pour que uu soit un endomorphisme de Riesz, il faut et il suffit que son complexifié u(C)u_{(\mathbf{C})} soit un endomorphisme de Riesz de E(C)E_{(\mathbf{C})}.

Proposition 6 02RW

Soit E un espace localement convexe séparé et soit uu un endomorphisme de Riesz de E. Notons N le nilespace de uu et I son conilespace.

a) Les sous-espaces N et I de E sont fermés et stables par uu, et l’espace E est leur somme directe topologique ;

b) L’endomorphisme uu définit par restriction un automorphisme uIu_I de I ;

c) L’espace vectoriel N est de dimension finie et uu définit par restriction un endomorphisme nilpotent uNu_N de N ;

d) Soit vv l’élément de L(E)\mathscr{L}(E) qui est nul sur N et coïncide avec uI−1u^{-1}_I sur I. C’est un endomorphisme de Riesz de E et un quasi-inverse de uu qui commute à uu. L’endomorphisme 1E−u∘v1_E-u\circ v de E est le projecteur d’image N et de noyau I. Tout élément de L(E)\mathscr{L}(E) qui commute à uu stabilise N et I, et commute à vv.

Soit nn un entier naturel tel que Ker(unu^n) =N= N et Im(unu^n) =I= I. Comme E est séparé et uu est continu, N = Ker(unu^n) est fermé dans E. Comme uu est un endomorphisme de Fredholm, il en est de même de unu^n, et I = Im(unu^n) est fermé (III, p. 42, prop. 2). D’après le lemme 2, l’espace E est somme directe de N et I et l’assertion a) résulte alors de la prop. 3 de EVT, I, p. 15.

Comme I est fermé, de codimension finie dans E et stable par uu, l’application uI:I→Iu_I: I\rightarrow I déduite de uu est un endomorphisme de Fredholm (III, p. 44, prop. 3) ; elle est aussi bijective, donc c’est un automorphisme de I (III, p. 42, prop. 2). Cela prouve b) et les assertions restantes découlent du lemme 2.

L’endomorphisme vv défini dans l’assertion d) de la proposition est un quasi-inverse de uu, que l’on appelle le quasi-inverse canonique de uu.

Les endomorphismes de Riesz jouissent de certaines des propriétés de stabilité des applications de Fredholm.

Proposition 7 02RX

Soit E un espace localement convexe séparé et soit uu un endomorphisme de E.

a) Soit E1E_1 un sous-espace fermé de codimension finie de E, stable par uu. Notons u1u_1 l’élément de L(E1)\mathscr{L}(E_1) qui coïncide avec uu sur E1E_1. Alors uu est un endomorphisme de Riesz si et seulement si u1u_1 en est un ;

b) Supposons que uu est un endomorphisme de Fredholm d’indice 0. Soit E^\widehat{E} le complété de E et soit u^∈L(E^)\widehat{u}\in \mathscr{L}(\widehat{E}) le prolongement par continuité de uu. Alors uu est un endomorphisme de Riesz si et seulement si u^\widehat{u} en est un ;

c) Munissons le dual E′E' de E de la topologie de la convergence bornée, de la topologie de la convergence compacte, ou de la topologie faible. Si uu est un endomorphisme de Riesz de E, alors tu^tu est un endomorphisme de Riesz de E′E'.

a) Pour que uu soit un endomorphisme de Fredholm d’indice nul, il faut et il suffit que u1u_1 en soit un (III, p. 44, prop. 3). D’autre part, pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on a Ker(u1nu^n_1) =E1∩= E_1\cap Ker(unu^n), d’où

dim Ker(u1nu^n_1)⩽\leqslant dim Ker(unu^n)⩽\leqslant dim Ker(u1nu^n_1) ++ codimE(E1)_E(E_1),

donc la suite (dim Ker(unu^n))n∈N_{n\in\mathbf{N}} est bornée si et seulement si la suite (dim Ker(u1nu^n_1))n∈N_{n\in\mathbf{N}} l’est. Par suite, uu est un endomorphisme de Riesz de E si et seulement si u1u_1 est un endomorphisme de Riesz de E1E_1 (lemme 2).

b) D’après la prop. 4 de III, p. 44, pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, l’application u^n\widehat{u}^n est un endomorphisme de Fredholm de E^\widehat{E} tel que Ker(u^n\widehat{u}^n) == Ker(unu^n) et ind(u^n\widehat{u}^n) == ind(unu^n) =n=n ind(uu). Par suite, uu est un endomorphisme de Riesz si et seulement si u^\widehat{u} est un endomorphisme de Riesz.

c) La transposée tu^tu est un endomorphisme de Fredholm d’indice 0 de E′(E'(III, p. 43, no3^o3). Comme le noyau de (tu)n(^tu)^n est l’orthogonal de l’image de unu^n (EVT, IV, p. 27, prop. 2), la suite (Ker(tu^tu)n^n)n_n est stationnaire. Cela prouve que tu^tu est un endomorphisme de Riesz de E′E'.

Proposition 8 02RY

Soient E un espace localement convexe séparé et uu un endomorphisme de E. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) uu est un endomorphisme de Riesz de E ;

(ii) Il existe un quasi-inverse vv de uu qui commute à uu;

(iii) Il existe un sous-espace vectoriel fermé E1E_1 de E, de codimension finie, stable par uu, tel que uu induise un automorphisme de E1E_1.

L’implication (i) =⇒=\Rightarrow (ii) résulte de la prop. 6, d).

Supposons que uu possède un quasi-inverse vv qui est permutable à uu. Le noyau E1E_1 de 1E−u∘v1_E-u\circ v est un sous-espace vectoriel fermé de E, de codimension finie, stable par uu et vv. Comme on a u(v(x))=v(u(x))=xu(v(x)) =v(u(x)) =x pour tout x∈E1x\in E_1, les applications uu et vv induisent des automorphismes de E1E_1 réciproques l’un de l’autre. Donc (ii) implique (iii).

Enfin, l’implication (iii) =⇒=\Rightarrow (i) résulte de l’assertion a) de la prop. 7 et du fait qu’un automorphisme est un endomorphisme de Riesz.

Proposition 9 02RZ

Soit E un espace localement convexe séparé et soient u,vu,v des éléments permutables de L(E)\mathscr{L}(E). Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Les endomorphismes uu et vv sont des endomorphismes de Riesz ;

(ii) L’endomorphisme u∘vu\circ v est un endomorphisme de Riesz.

Supposons que uu et vv soient des endomorphismes de Riesz ; notons u′u' et v′v' leurs quasi-inverses canoniques. Les endomorphismes u,v,u′u,v,u' et v′v' de E commutent (prop. 6, d)). L’endomorphisme v′∘u′v'\circ u' est un quasi-inverse de u∘vu\circ v qui commute à u∘vu\circ v, donc u∘vu\circ v est un endomorphisme de Riesz (prop. 8).

Supposons inversement que u∘vu\circ v est un endomorphisme de Riesz, et soit ww son quasi-inverse canonique. Puisque uu commute à u∘vu\circ v, les endomorphismes uu et ww commutent d’après la prop. 6, d). De même vv et ww commutent. Donc les endomorphismes u,vu,v et ww de E commutent ; il en découle que l’endomorphisme v∘wv\circ w de E est un quasi-inverse de uu et que w∘uw\circ u est un quasi-inverse de vv. D’après la prop. 8,u,u et vv sont des endomorphismes de Riesz.

Soit uu un endomorphisme de Riesz de E. Si vv est un automorphisme de E, l’endomorphisme u∘vu\circ v de E n’est pas nécessairement un endomorphisme de Riesz de E, même si u∘v−v∘uu\circ v-v\circ u est de rang fini. Si hh est un endomorphisme de rang fini de E, l’endomorphisme u+hu+h n’est pas nécessairement un endomorphisme de Riesz (cf. III, p. 120, exercice 3).

Proposition 10 02S0

Soient E et F des espaces localement convexes, p∈L(E;F)p\in \mathscr{L}(E; F) et q∈L(F;E)q\in \mathscr{L}(F; E). Posons u=1E−q∘pu= 1_E-q\circ p et v=1F−p∘qv= 1_F-p\circ q.

a) Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. L’application pp définit par restriction un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de Ker(unu^n) sur Ker(vnv^n) et définit par passage aux quotients un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de Coker(unu^n) sur Coker(vnv^n);

b) Si l’image de uu est fermée dans E, celle de vv est fermée dans F ;

c) Si Ker(uu) possède un supplémentaire topologique dans E, alors Ker(vv) en possède un dans F. Si Im(uu) possède un supplémentaire topologique dans E, alors Im(vv) en possède un dans F ;

d) Si uu est un morphisme strict, alors vv est un morphisme strict ;

e) Si uu est un automorphisme de E, alors vv est un automorphisme de F ;

f) Si uu est un endomorphisme de Fredholm de E, alors vv est un endomorphisme de Fredholm de F, et l’on a ind(uu) == ind(vv);

g) Supposons E et F séparés. Si uu est un endomorphisme de Riesz de E, alors vv est un endomorphisme de Riesz de F.

Remarquons tout d’abord les formules

q∘v=u∘q,v∘p=p∘u(6) q\circ v=u\circ q,v\circ p=p\circ u \tag{6}

Démontrons alors deux lemmes.

Lemme 4 02S1

Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. Posons

ni−1(n)i−1ni-1(n)i-1

qn=∑(−1)q∘(p∘q)q_n=\sum(-1)q\circ (p\circ q).

i i
i=1i=1

On a un=1E−qn∘pu^n= 1_E-q_n\circ p et vn=1F−p∘qnv^n= 1_F-p\circ q_n.

On a (q∘p)i=q∘(p∘q)i−1∘p(q\circ p)^i=q\circ (p\circ q)^{i-1}\circ p pour tout entier i⩾1i\geqslant 1. On calcule alors

nnni−1(n)innni-1(n)i u=(1E−q∘p)=1E−∑(−1)(q∘p)=1E−qn∘pu= (1_E-q\circ p)= 1_E-\sum(-1)(q\circ p)= 1_E-q_n\circ p
i i
i=1 i=1
nnni−1(n)innni-1(n)i

v=(1F−p∘q)=1F−∑(−1)(p∘q)=1F−p∘qnv= (1_F-p\circ q)= 1_F-\sum(-1)(p\circ q)= 1_F-p\circ q_n,

i i
i=1i=1

d’où le résultat.

Lemme 5 02S2

Soit u′u' un élément de L(E)\mathscr{L}(E). Posons v′=1F+p∘u′∘qv'= 1_F+p\circ u'\circ q. Si u′u' est un inverse de uu, alors v′v' est un inverse de vv. Si u′u' est un quasi-inverse de uu, alors v′v' est un quasi-inverse de vv. Si u′u' commute à uu, alors v′v' commute à vv.

En utilisant les formules (6), on calcule

v−v′∘v=−p∘u′∘q∘v=−p∘u′∘u∘q v-v'\circ v=-p\circ u'\circ q\circ v=-p\circ u'\circ u\circ q
v−v∘v′=−v∘p∘u′∘q=−p∘u∘u′∘q v-v\circ v'=-v\circ p\circ u'\circ q=-p\circ u\circ u'\circ q

d’où

1F−v′∘v=p∘(1E−u′∘u)∘q 1_F-v'\circ v=p\circ (1_E-u'\circ u)\circ q
1F−v∘v′=p∘(1E−u∘u′)∘q 1_F-v\circ v'=p\circ (1_E-u\circ u')\circ q

ce qui démontre le lemme.

Démontrons la prop. 10. Compte tenu du lemme 4, il suffit de démontrer l’assertion a) pour n=1n= 1. D’après les formules (6), les applications pp et qq définissent par passage aux sous-espaces des applications linéaires continues p′:p': Ker(uu)→\rightarrow Ker(vv) et q′:q': Ker(vv)→\rightarrow Ker(uu), et par passage aux quotients des applications linéaires continues p′′:p'': Coker(uu)→\rightarrow Coker(vv) et q′′:q'': Coker(vv)→\rightarrow Coker(uu).

Puisque 1E−u=q∘p1_E-u=q\circ p et 1F−v=p∘q1_F-v=p\circ q, les applications p′p' et q′q' d’une part, p′′p'' et q′′q'' d’autre part, sont des isomorphismes réciproques l’un de l’autre. Cela prouve a).

Pour que l’image d’une application linéaire continue soit fermée, il faut et il suffit que le conoyau de cette application soit un espace séparé. Ainsi b) résulte de a).

Notons i:Ker(u)→Ei: Ker(u)\rightarrow E et j:j: Ker(vv)→F\rightarrow F les injections canoniques. Supposons que Ker(uu) possède un supplémentaire topologique dans E, et soit r:E→r: E\rightarrow Ker(uu) une rétraction linéaire continue de ii. Posons r′=p′∘r∘qr'=p'\circ r\circ q. On a r′∈L(Fr'\in \mathscr{L}(F; Ker(vv)) et

r′∘j=p′∘r∘q∘j=p′∘r∘i∘q′=p′∘q′=1Ker(v) r'\circ j=p'\circ r\circ q\circ j=p'\circ r\circ i\circ q'=p'\circ q'= 1_{Ker(v)}

donc r′r' est une rétraction linéaire continue de jj et Ker(vv) possède un supplémentaire topologique dans F. Cela démontre la première assertion de c). La seconde se démontre de manière analogue, en remarquant que si s:s: Coker(uu)→E\rightarrow E est une section linéaire continue de la surjection canonique de E sur Coker(uu), alors p∘s∘q′′p\circ s\circ q'' en est une de la surjection canonique de F sur Coker(vv).

Notons u‾:E/\overline{u}: E/ Ker(uu)→\rightarrow Im(uu) et v‾:F/\overline{v}: F/ Ker(vv)→\rightarrow Im(vv) les applications linéaires continues bijectives déduites de uu et vv. D’après les formules (6), l’application pp définit par passage aux quotients une application linéaire continue p1:E/p_1: E/ Ker(uu)→F/\rightarrow F/ Ker(vv), et p,qp,q définissent par passage aux sous-espaces des applications linéaires continues p0:p_0: Im(uu)→\rightarrow Im(vv) et q0:q_0: Im(vv)→\rightarrow Im(uu).

Notons t:t: Im(vv)→F/\rightarrow F/ Ker(vv) l’application composée de l’injection canonique Im(vv)→F\rightarrow F et de la surjection canonique F→F/F\rightarrow F/ Ker(vv); elle est continue. On a v‾∘t=1Im(v)−p0∘q0\overline{v}\circ t= 1_{Im(v)}-p_0\circ q_0 et v‾∘p1=p0∘u‾\overline{v}\circ p_1=p_0\circ \overline{u}, d’où

v‾∘(t+p1∘u‾−1∘q0)=v‾∘t+p0∘q0=1Im(v) \overline{v}\circ (t+p_1\circ \overline{u}^{-1}\circ q_0) =\overline{v}\circ t+p_0\circ q_0= 1_{Im(v)}

Cela prouve que t+p1∘u‾−1∘q0t+p_1\circ \overline{u}^{-1}\circ q_0 est la bijection réciproque de v‾\overline{v}. Si uu est stricte, l’application u‾−1\overline{u}^{-1} est continue, et il en est de même de v‾−1\overline{v}^{-1}, ce qui prouve que vv est stricte. Cela démontre d).

D’après le lemme 5, si uu est un automorphisme de E, alors vv en est un de F. De même, si uu est un endomorphisme de Fredholm de E, alors vv en est un de F, et l’on a alors ind(uu) == ind(vv) d’après a). Ceci démontre e) et f). Enfin, si E et F sont séparés et que uu est un endomorphisme de Riesz de E, alors vv en est un de F d’après le lemme 5 et la condition (ii) de la prop. 8 ; c’est l’assertion g).

5. Applications de Fredholm et applications de Riesz entre espaces de Fréchet

Proposition 11 02S3

Soient E et F des espaces de Fréchet. Pour qu’une application linéaire continue uu de E dans F soit une application de Fredholm, il faut et il suffit que son noyau et son conoyau soient de dimension finie.

Cela résulte de la caractérisation des applications de Fredholm donnée par la condition (ii) de la prop. 2 de III, p. 42 et du lemme suivant :

Lemme 6 02S4

Soient E et F des espaces de Fréchet et u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). On suppose que l’image de uu est de codimension finie dans F. Alors l’image de uu est fermée dans F et uu est un morphisme strict.

Soit G un sous-espace vectoriel de F supplémentaire de Im(uu); le sous-espace G est fermé (EVT, I, p. 14, cor. 1), donc l’espace quotient F/GF/G est un espace de Fréchet (TG, IX, p. 25, prop. 4). Soit π:F→F/G\pi : F\rightarrow F/G la surjection canonique. L’application π∘u\pi \circ u est surjective, donc stricte (EVT, I, p. 19, cor. 3). L’assertion résulte alors du cor. 2 de III, p. 40.

Proposition 12 02S5

Soient E et F des espaces de Fréchet. Munissons leurs duals E′E' et F′F' de la topologie faible, de la topologie de la convergence compacte, ou de la topologie de la convergence bornée. Soit u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). Pour que uu soit une application de Fredholm de E dans F, il faut et il suffit que tu^tu soit une application de Fredholm de F′F' dans E′E'.

La condition est nécessaire (III, p. 43, no3^o3). Démontrons qu’elle est suffisante. Si tu^tu est une application de Fredholm, c’est un morphisme strict (III, p. 42, prop. 2), donc uu est un morphisme strict d’image fermée (EVT, IV, p. 28, th. 1 et p. 29, cor. 3). Compte tenu des isomorphismes canoniques Coker(tu^tu)→\rightarrow Ker(uu)′' et Ker(tu^tu)→\rightarrow Coker(uu)′' (EVT, IV, p. 27, prop. 2), les espaces vectoriels Ker(uu) et Coker(uu) sont de dimension finie et uu est une application de Fredholm (prop. 2 de III, p. 42).

Proposition 13 02S6

Soient E un espace de Fréchet et u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E).

a) L’endomorphisme uu est un endomorphisme de Riesz si et seulement si son nilespace N est de dimension finie et son conilespace I est de codimension finie ;

b) Munissons E′E' de la topologie de la convergence bornée, de la topologie de la convergence compacte, ou de la topologie faible. Si tu^tu est un endomorphisme de Riesz de E′E', alors uu est un endomorphisme de Riesz de E.

a) Supposons que le nilespace N est de dimension finie et que le conilespace I est de codimension finie. Comme Ker(uu)⊂N\subset N et I⊂I\subset Im(uu), le noyau de uu est de dimension finie et l’image de uu est de codimension finie. D’après la définition et la proposition 11, l’application uu est un endomorphisme de Riesz. La réciproque découle de la définition.

b) D’après la proposition 12, l’hypothèse implique que uu est un endomorphisme de Fredholm d’indice ind(tu^tu) =−=- ind(uu) =0= 0 (no3^o3, formule (4)). Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. Comme l’image de unu^n est fermée et a pour orthogonal le noyau de tun^tu^n (EVT, IV, p. 27, prop. 2), la suite (Im(unu^n)) est stationnaire, et uu est donc un endomorphisme de Riesz.

6. Caractérisation spectrale des endomorphismes de Riesz

Soient E un espace de Banach complexe et uu un endomorphisme de E. Rappelons que l’on note Sp(uu) le spectre de uu relativement à l’algèbre de Banach unifère L(E)(\mathscr{L}(E) (cf. § 7 de I, p. 127).

Supposons que 0 est un point isolé de Sp(uu); rappelons qu’on note alors e0(u)e_0(u) le projecteur spectral associé à uu et à la partie ouverte et fermée {0}\{0\} du spectre de u(u(cf. no3^o3 de I, p. 131). On a e0(u)=f(u)e_0(u) =f(u) pour tout germe de fonction holomorphe ff au voisinage de Sp(uu) qui est égal à 1 au voisinage de 0 et nul au voisinage de Sp(uu)−{0}-\{0\}.

Par passage aux sous-espaces, l’endomorphisme uu induit un endomorphisme quasi-nilpotent de l’image de e0(u)e_0(u), dont le spectre est réduit à {0}\{0\}, et un automorphisme du noyau de e0(u)e_0(u), dont le spectre est Sp(uu)−{0}(-\{0\}(loc. cit.).

Proposition 14 02S7

Soit E un espace de Banach complexe. Pour qu’un élément uu de L(E)\mathscr{L}(E) soit un endomorphisme de Riesz de E, il faut et il suffit que l’une des deux conditions suivantes, qui s’excluent mutuellement, soit satisfaite :

(i) L’endomorphisme uu de E est un automorphisme de E ;

(ii) Le point 0 est un point isolé de Sp(uu) et le projecteur e0(u)e_0(u) est de rang fini.

Lorsque la condition (ii) est satisfaite, l’image de e0(u)e_0(u) est le nilespace de uu et le noyau de e0(u)e_0(u) est le conilespace de uu.

Tout automorphisme de E est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 47, remarque 1). Si uu satisfait à la condition (ii), le noyau F de e0(u)e_0(u) est un sous-espace vectoriel fermé de codimension finie de E, stable par uu. Soit uFu_F l’endomorphisme de F déduit de uu. Son spectre est contenu dans C−{0}\mathbf{C}-\{0\} (no3^o3 de I, p. 131), donc uFu_F est un automorphisme de F. Il en résulte que uu est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 48, prop. 8).

Inversement, soit uu un endomorphisme de Riesz de E. Notons N son nilespace et I son conilespace. D’après la prop. 6 de III, p. 47, l’espace E est somme directe topologique de N et I, et l’application uu définit par passage aux sous-espaces un endomorphisme nilpotent uNu_N de N et un automorphisme uIu_I de I. En particulier, on a Sp(uNu_N)⊂{0}\subset \{0\} et 0∉0\not \in Sp(uIu_I). Si N est nul, alors I = E et uu est un automorphisme de E. Sinon, 0 est un point isolé de Sp(uu) et e0(u)e_0(u) est le projecteur d’image N et de noyau I (prop. 2 de I, p. 129) ; en particulier, il est de rang fini.

Remarque 02S8

Soit E un espace de Banach réel et soit uu un endomorphisme de E. Supposons que 0 soit un point isolé du spectre complexe de uu, c’est-à-dire du spectre de l’endomorphisme 1⊗u1\otimes u de l’espace normable complet complexifié E(C)E_{(\mathbf{C})} de E (I, p. 85, no13^o13). La partie {0}\{0\} du spectre complexe de uu est ouverte et fermée, et invariante par conjugaison ; notons e0(u)∈L(E)e_0(u)\in \mathscr{L}(E) le projecteur spectral qui lui est associé (no13^o13 de I, p. 85). La proposition 14 vaut mutatis mutandis dans ce cadre.

Exercices

See the exercises for § 3.

[^1]: Certains auteurs disent aussi « opérateur à indice » ou « quasi-isomorphisme ».

Transcribed from the printed volume. Not translated.