Bourbaki

§ 1. Applications linéaires compactes

1. Applications linéaires compactes

Définition 1 02NY

Soient E un espace vectoriel topologique et F un espace vectoriel topologique séparé. On dit qu’une application linéaire uu de E dans F est compacte s’il existe un voisinage V de 0 dans E tel que u(V)u(V) soit une partie relativement compacte de F.

On note Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) l’ensemble des applications linéaires compactes de E dans F ; on note aussi Lc(F)\mathscr{L}^c(F) l’ensemble Lc(F;F)\mathscr{L}^c(F; F).

Remarque 1 02NZ

Un voisinage de 0 dans E absorbe toute partie bornée de E ; l’image d’une partie bornée de E par une application linéaire compacte de E dans F est donc une partie relativement compacte de F.

Remarque 2 02O0

Soit E un espace semi-normé et soit B la boule unité de E. Pour qu’une application linéaire uu de E dans un espace vectoriel topologique séparé F soit compacte, il faut et il suffit que u(B)u(B) soit une partie relativement compacte de F.

Remarque 3 02O1

Soit F un espace vectoriel topologique séparé. Pour qu’un sous-espace vectoriel E de F soit de dimension finie, il faut et il suffit que l’injection canonique de E dans F soit compacte (EVT, I, p. 15, th. 3).

Remarque 4 02O2

Pour tout espace vectoriel topologique E sur le corps R\mathbf{R}, on note E(C)E_{(\mathbf{C})} l’espace vectoriel topologique complexifié de E (EVT, II, p. 65). On identifie E à un sous-espace vectoriel topologique réel de E(C)E_{(\mathbf{C})} par l’application x↦1⊗xx\mapsto 1\otimes x; l’espace vectoriel topologique réel sous-jacent à E(C)E_{(\mathbf{C})} est alors somme directe topologique de E et iEiE.

Soit uu une application linéaire de E dans un espace vectoriel topologique séparé F sur R\mathbf{R}. Notons u(C)u_{(\mathbf{C})} l’application C\mathbf{C}-linéaire de E(C)E_{(\mathbf{C})} dans F(C)F_{(\mathbf{C})} qui prolonge uu. Les ensembles de la forme V+iVV +iV, où V est un voisinage de 0 dans E, forment un système fondamental de voisinages de 0 dans E(C)E_{(\mathbf{C})}. Pour que l’ensemble u(C)(V+iV)=u(V)+iu(V)u_{(\mathbf{C})}(V +iV) =u(V) +iu(V) soit relativement compact dans F(C)F_{(\mathbf{C})}, il faut et il suffit que u(V)u(V) soit relativement compact dans F. Par suite, pour que l’application C\mathbf{C}-linéaire u(C)u_{(\mathbf{C})} soit compacte, il faut et il suffit que l’application R\mathbf{R}-linéaire uu le soit.

Dans le même ordre d’idées, lorsque vv est une application C\mathbf{C}-linéaire continue de E(C)E_{(\mathbf{C})} dans un C\mathbf{C}-espace vectoriel topologique G, pour que vv soit compacte il faut et il suffit que sa restriction à E soit compacte.

Remarque 5 02O3

Soient E un espace vectoriel topologique, F un espace vectoriel topologique séparé. Soit F1F_1 un sous-espace vectoriel fermé de F et soit jj l’injection canonique de F1F_1 dans F. Pour qu’une application linéaire uu de E dans F1F_1 soit compacte, il faut et il suffit que l’application linéaire j∘uj\circ u de E dans F le soit.

Remarque 6 02O4

Soit (Gi)i∈I(G_i)_{i\in I} une famille d’espaces vectoriels topologiques séparés, et pour tout i∈Ii\in I, soit uiu_i une application linéaire compacte d’un espace vectoriel topologique E dans GiG_i. Si l’ensemble I est fini, ou si E est un espace semi-normé, l’application linéaire x↦(ui(x))i∈Ix\mapsto (u_i(x))_{i\in I} de E dans ∏i∈IGi\prod_{i\in I}G_i est compacte (remarque 2 et TG, I, p. 63, th. 3).

Proposition 1 02O5

Soient E un espace vectoriel topologique et F un espace vectoriel topologique séparé.

a) Toute application linéaire compacte de E dans F est continue ;

b) Toute application linéaire continue de rang fini de E dans F est compacte;

c) L’ensemble Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) des applications linéaires compactes de E dans F est un sous-espace vectoriel de L(E;F)\mathscr{L}(E; F).

Démontrons a). Soient v:E→Fv: E\rightarrow F une application linéaire compacte et U un voisinage de 0 dans F. Choisissons un voisinage V de 0 dans E tel que v(V)v(V) soit relativement compact dans F. Alors v(V)v(V) est borné et il existe donc un nombre réel λ>0\lambda >0 tel que l’ensemble v(λV)v(\lambda V) soit contenu dans U ; par suite, vv est continue.

Soit u:E→Fu: E\rightarrow F une application linéaire continue de rang fini. Comme l’image u(E)u(E) de uu est séparée et de dimension finie, il existe un voisinage compact A de 0 dans u(E)u(E). L’ensemble V=u−1(A)V =\overset{-1}{u}(A) est un voisinage de 0 dans E et l’on a u(V)⊂Au(V)\subset A, donc l’application linéaire uu est compacte. Cela prouve l’assertion b).

Soient u1u_1 et u2u_2 des applications linéaires compactes de E dans F. Soient V1V_1 et V2V_2 des voisinages de 0 dans E tels que les ensembles u1(V1)u_1(V_1) et u2(V2)u_2(V_2) soient relativement compacts dans F. Posons V=V1∩V2V = V_1\cap V_2 et u=u1+u2u=u_1+u_2. Alors u(V)u(V) est contenu dans u1(V1)+u2(V2)u_1(V_1) +u_2(V_2), donc est relativement compact dans F, et l’application linéaire uu est compacte. Il est immédiat que Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) est stable par homothétie. Cela prouve que Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) est un sous-espace vectoriel de L(E;F)\mathscr{L}(E; F), d’où l’assertion c).

Proposition 2 02O6

Soient E un espace semi-normé et F un espace vectoriel topologique séparé. On suppose que toute partie fermée bornée de F est complète. Alors le sous-espace vectoriel Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) est fermé pour la topologie de la convergence bornée.

Soit uu un élément de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) adhérent à Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) pour la topologie de la convergence bornée. Notons B la boule unité de E et V un voisinage de 0 dans F. Choisissons un voisinage W de 0 dans F tel que W+W⊂VW + W\subset V. Il existe par hypothèse un élément vv de Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) tel que (u−v)(B)⊂W(u-v)(B)\subset W. L’ensemble v(B)v(B) étant relativement compact dans F, il existe une partie finie M de F telle que v(B)⊂M+Wv(B)\subset M + W, d’où u(B)⊂M+Vu(B)\subset M + V. Comme ceci vaut pour tout V, l’ensemble u(B)u(B) est précompact dans F, donc son adhérence l’est également (TG, II, prop. 1, p. 30). Puisque celle-ci est fermée et bornée, elle est complète par l’hypothèse faite sur F, et par conséquent est compacte (TG, II, cor., p. 30). Il en résulte que u(B)u(B) est relativement compact. Cela prouve que uu appartient à Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F).

Si F est localement convexe, l’hypothèse de la proposition signifie que F est quasi-complet (EVT, III, p. 8, déf. 6).

Corollaire 02O7

Soient E et F des espaces de Banach. L’ensemble Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F) est un sous-espace vectoriel fermé de l’espace de Banach L(E;F)\mathscr{L}(E; F). Il contient l’adhérence de l’espace Lf(E;F)\mathscr{L}^f(E; F) des applications linéaires continues de rang fini de E dans F.

Cela résulte des propositions 1 et 2.

Il existe des espaces de Banach E et F tels que Lf(E;F)\mathscr{L}^f(E; F) ne soit pas dense dans Lc(E;F)(\mathscr{L}^c(E; F) (cf. remarque 6 de III, p. 16 et théorème 4 de III, p. 19, b)).

Proposition 3 02O8

Soient E1E_1, E, F, F1F_1 des espaces vectoriels topologiques, F et F1F_1 étant supposés séparés. Soient v:E1→E,u:E→Fv: E_1\rightarrow E,u: E\rightarrow F et w:F→F1w: F\rightarrow F_1 des applications linéaires. Si vv et ww sont continues et uu compacte, alors w∘u∘vw\circ u\circ v est compacte.

Par hypothèse, il existe un voisinage V de 0 dans E tel que u(V)u(V) soit relativement compact dans F. Posons U=v−1(V)U =\overset{-1}{v}(V). Alors U est un voisinage de 0 dans E1E_1 et son image par w∘u∘vw\circ u\circ v est contenu dans w(uw(u(V)), donc est relativement compact dans F1F_1. Par suite, l’application linéaire w∘u∘vw\circ u\circ v est compacte.

Soit E un espace vectoriel topologique séparé ; d’après les prop. 1 et 3,Lc(E),\mathscr{L}^c(E) est un idéal bilatère de l’algèbre L(E)\mathscr{L}(E). Lorsque E est un espace de Banach, L(E)\mathscr{L}(E) est une algèbre de Banach et Lc(E)\mathscr{L}^c(E) est un idéal bilatère fermé de L(E)\mathscr{L}(E) (cor. de la prop. 2). C’est un idéal propre si E est de dimension infinie (cf. remarque 3, p. 2).

Corollaire 02O9

Soit E un espace hilbertien. L’espace Lc(E)\mathscr{L}^c(E) est un idéal bilatère auto-adjoint fermé de L(E)\mathscr{L}(E). En particulier, c’est une algèbre stellaire.

En effet, l’espace Lc(E)\mathscr{L}^c(E) est un idéal bilatère fermé, donc auto-adjoint, de L(E)\mathscr{L}(E) (lemme 15 de I, p. 122).

Proposition 4 02OA

Soient E un espace vectoriel topologique, E^\widehat{E} son séparé complété et jj l’application canonique de E dans E^\widehat{E}. Soit uu une application linéaire compacte de E dans un espace vectoriel topologique séparé F. Il existe une unique application linéaire compacte vv de E^\widehat{E} dans F telle que u=v∘ju=v\circ j.

Identifions F à un sous-espace vectoriel topologique de F^\widehat{F} et notons u^:E^→F^\widehat{u}:\widehat{E}\rightarrow \widehat{F} l’unique application linéaire continue telle que u^∘j\widehat{u}\circ j coïncide avec uu dans E. Comme uu est compacte, il existe un voisinage V de 0 dans E et une partie compacte A de F tels que u(V)⊂Au(V)\subset A. On a u^(j(V))⊂A\widehat{u}(j(V))\subset A, d’où u^(j(V))⊂A\widehat{u}(j(V))\subset A. Or j(V)j(V) est un voisinage de 0 dans E^\widehat{E} (TG, III, p. 24, prop. 7). Par suite, l’image de u^\widehat{u} est contenue dans F et l’application linéaire continue v:E^→Fv:\widehat{E}\rightarrow F déduite de u^\widehat{u} par passage au sous-espace est compacte. Comme j(E)j(E) est dense dans E^\widehat{E}, l’application vv est l’unique application linéaire continue de E^\widehat{E} dans F telle que u=v∘ju=v\circ j.

Proposition 5 02OB

Soient E un espace localement convexe, F un espace vectoriel topologique séparé et uu une application linéaire compacte de E dans F. Il existe un espace de Banach G, une application linéaire continue vv de E dans G et une application linéaire compacte ww de G dans F tels que u=w∘vu=w\circ v.

Soit V un voisinage de 0 dans E tel que u(V)u(V) soit relativement compact dans F. Soit pp une semi-norme continue sur E telle que V contienne la boule unité de pp (EVT, II, p. 26, cor.). Notons EpE_p l’espace semi-normé obtenu en munissant E de la semi-norme pp. L’application uu est une application linéaire compacte de EpE_p dans F. Le séparé complété G de EpE_p est un espace de Banach. Notons vv l’application linéaire canonique de EpE_p dans G. D’après la prop. 4, il existe une application linéaire compacte w:G→Fw: G\rightarrow F telle que u=w∘vu=w\circ v. D’autre part, vv est une application continue de E dans G car la topologie de E est plus fine que celle de EpE_p.

2. Applications linéaires compactes et topologies faibles

Soient E un espace localement convexe, E′E' son dual. Rappelons que la topologie σ(E,E′)\sigma (E,E') sur E s’appelle la topologie affaiblie sur E (EVT, IV, p. 4). Dans ce numéro, EσE_{\sigma} désigne l’espace E muni de la topologie affaiblie.

Proposition 6 02OC

Soient E un espace localement convexe, F un espace localement convexe séparé, u:E→Fu: E\rightarrow F une application linéaire compacte et B une partie bornée de E. La restriction de uu à B est une application continue de l’ensemble B, muni de la topologie induite par σ(E,E′)\sigma (E,E'), dans l’espace F.

L’application uu est une application linéaire continue de E dans F, et aussi de EσE_{\sigma} dans FσF_{\sigma}. Sa restriction à B est donc une application continue de l’ensemble B, muni de la topologie induite par σ(E,E′)\sigma (E,E'), dans l’espace FσF_{\sigma}. Or l’ensemble u(B)u(B) est contenu dans une partie compacte C de F (remarque 1 de III, p. 2) et l’espace FσF_{\sigma} est séparé, de sorte que les topologies induites sur C par celles de F et de FσF_{\sigma} coïncident. La proposition en résulte.

Corollaire 02OD

Soit (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite de points de E, qui converge vers un point xx de E pour la topologie affaiblie. La suite (u(xn))n∈N(u(x_n))_{n\in\mathbf{N}} converge dans F vers u(x)u(x).

En effet, l’ensemble constitué du point xx et des points de la suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} est une partie bornée de E (EVT, III, p. 3, cor. de la prop. 2).

Proposition 7 02OE

Soient E un espace semi-normé, E′E' son dual, B la boule unité de E′E' et uu une application linéaire de E′E' dans un espace localement convexe séparé F. Si la restriction de uu à B muni de la topologie induite par σ(E′,E)\sigma (E',E) est continue, alors u(B)u(B) est une partie compacte de F et uu est une application linéaire compacte du dual fort Eb′E'_b de E dans F.

En effet l’ensemble B, muni de la topologie induite par σ(E′,E)\sigma (E',E), est compact (EVT, III, p. 17, cor. 2).

Corollaire 1 02OF

Soit E un espace semi-normé de type dénombrable, soit E′E' son dual et soit B la boule unité de E′E'. Soit uu une application linéaire de E′E' dans un espace localement convexe séparé F. On suppose que pour toute suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} d’éléments de B qui converge pour σ(E′,E)\sigma (E',E) vers 0, la suite (u(xn))n∈N(u(x_n))_{n\in\mathbf{N}} converge vers 0 dans F. Alors, u(B)u(B) est une partie compacte de F et uu est une application linéaire compacte du dual fort Eb′E'_b de E dans F.

En effet, la topologie induite sur B par σ(E′,E)\sigma (E',E) est métrisable (EVT, III, p. 19, cor. 2). L’hypothèse du corollaire entraîne donc que la restriction de uu à B est une application continue de B dans F, lorsque B est muni de la topologie σ(E′,E)\sigma (E',E), et le corollaire résulte de la proposition précédente.

Corollaire 2 02OG

Soient E un espace semi-normé et S\mathfrak{S} un ensemble de parties précompactes de E dont la réunion est dense dans E. Notons Eb′E'_b le dual fort de E et ES′E'_{\mathfrak{S}} le dual de E muni de la S\mathfrak{S}-topologie. L’espace ES′E'_{\mathfrak{S}} est séparé et l’application identique de Eb′E'_b dans ES′E'_{\mathfrak{S}} est compacte.

L’espace ES′E'_{\mathfrak{S}} est séparé d’après TG, X, p. 8, prop. 7 ; sur la boule unité de E′E', la S\mathfrak{S}-topologie coïncide avec la topologie faible σ(E′,E)\sigma (E',E) (EVT, III, p. 17, prop. 5), d’où le corollaire.

Exemple 02OH

Soit E un espace semi-normé. L’application identique de Eb′E'_b dans l’espace E′E', muni de la topologie faible, de la topologie de la convergence compacte ou de la topologie de la convergence précompacte, est compacte.

Proposition 8 02OI

Soient E un espace de Banach réflexif, B sa boule unité, F un espace localement convexe séparé et u:E→Fu: E\rightarrow F une application linéaire. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’application linéaire uu est compacte ;

(ii) L’ensemble u(B)u(B) est une partie compacte de F ;

(iii) La restriction de uu à B est une application continue de l’ensemble B, muni de la topologie induite par σ(E,E′)\sigma (E,E'), dans F ;

(iv) Pour toute suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} de points de B qui converge vers 0 pour la topologie σ(E,E′)\sigma (E,E'), la suite (u(xn))n∈N(u(x_n))_{n\in\mathbf{N}} converge vers 0 dans F ;

(v) De toute suite infinie de points de u(B)u(B), on peut extraire une suite qui converge dans F ;

(vi) Toute suite infinie de points de u(B)u(B) a une valeur d’adhérence dans F.

Comme E est un espace réflexif, B est une partie compacte de EσE_{\sigma} (EVT, IV, p. 17, prop. 6), donc (iii) implique (ii). La condition (ii) implique (i) par définition, et la condition (i) implique (iii) d’après la prop. 6. Il est également élémentaire que (iii) implique (iv) et que (v) implique (vi).

Nous allons maintenant démontrer que (iv) implique (v). Soit (xn)(x_n) une suite infinie de points de B. Comme B est une partie compacte de EσE_{\sigma}, il existe d’après le théorème de S˘\breve{S}mulian (EVT, IV, p. 36, th. 2) une suite (yn)(y_n), extraite de la suite (xn)(x_n), qui converge dans EσE_{\sigma} vers une limite yy. La suite (yn−y)(y_n-y) est bornée dans EσE_{\sigma}, donc dans E (EVT, IV, p. 1, prop. 1) ; elle est donc contenue dans un ensemble homothétique de B. Si la condition (iv) est satisfaite, la suite (u(yn−y))(u(y_n-y)) converge vers 0 dans F, et (u(yn))(u(y_n)), qui est une suite extraite de (u(xn))(u(x_n)), converge vers u(y)u(y). Cela prouve que (iv) implique (v).

Démontrons pour finir que (vi) implique (ii). Soit j:F→F^j: F\rightarrow \widehat{F} l’injection canonique de F dans son complété. Sous l’hypothèse (vi), u(B)u(B) est une partie précompacte de F (EVT, IV, p. 32, prop. 1), donc j(u(B))j(u(B)) est une partie relativement compacte de F^\widehat{F} (TG, II, n∘2^{\circ}2, p. 29) et j∘uj\circ u est une application linéaire compacte. D’après l’équivalence déjà démontrée des conditions (i) et (ii), j(u(B))j(u(B)) est une partie compacte de F^\widehat{F}. Par suite, u(B)u(B) est une partie compacte de F.

3. Transposition

Soient E un espace localement convexe et E′E' son dual. Rappelons que l’on note Eb′E'_b et Ec′E'_c les espaces localement convexes obtenus en munissant l’espace vectoriel E′E' de la topologie de la convergence bornée et de celle de la convergence compacte respectivement (EVT, III, p. 14). L’espace Eb′E'_b est aussi appelé le dual fort de E (loc. cit., exemple 4).

Proposition 9 02OJ

Soient E un espace localement convexe, F un espace localement convexe séparé et uu une application linéaire continue de E dans F.

a) Si l’application uu est compacte, alors sa transposée tu^tu est une application linéaire compacte de Fc′F'_c dans Ec′E'_c et une application linéaire continue de Fc′F'_c dans Eb′E'_b;

b) Supposons que l’espace E soit un espace semi-normé et que l’espace F soit quasi-complet. Si la transposée tu^tu est une application continue de Fc′F'_c dans Eb′E'_b, alors l’application linéaire uu est compacte.

Supposons d’abord que l’application linéaire uu est compacte. Il existe alors un voisinage V de 0 dans E dont l’image par uu est contenue dans une partie compacte C de F. De par sa définition (EVT, II, p. 47, déf. 2 et p. 68, déf. 1), le polaire C∘C^{\circ} de C est un voisinage de 0 dans Fc′F'_c et l’on a tu(C∘)⊂V∘^tu(C^{\circ})\subset V^{\circ}. Or V∘V^{\circ} est une partie équicontinue de E′E', fermée pour la topologie faible, donc compacte dans Ec′E'_c (EVT, III, p. 17, cor. 2 et prop. 5). Cela prouve que tu^tu est une application linéaire compacte de Fc′F'_c dans Ec′E'_c.

Conservons les hypothèses précédentes et soit U un voisinage de 0 dans Eb′E'_b. Il contient le polaire A∘A^{\circ} d’une partie bornée A de E. Comme l’application linéaire uu est compacte, l’ensemble u(A)u(A) est relativement compact dans F (remarque 1 de III, p. 2), et (tu)−1(A∘)=u(A)∘(^tu)^{-1}(A^{\circ}) =u(A)^{\circ} est un voisinage de 0 dans Fc′F'_c. Cela prouve que tu^tu est une application linéaire continue de Fc′F'_c dans Eb′E'_b.

Plaçons-nous maintenant sous les hypothèses de b) et notons B la boule unité de E. Le polaire B∘B^{\circ} de B est la boule unité de Eb′E'_b et l’on a (tu)−1(B∘)=u(B)∘(^tu)^{-1}(B^{\circ}) =u(B)^{\circ}. Si tu^tu est une application continue de Fc′F'_c dans Eb′E'_b, l’ensemble u(B)∘u(B)^{\circ} est donc un voisinage de 0 dans Fc′F'_c; il contient alors le polaire C∘C^{\circ} d’une partie compacte C de F. D’après le théorème des bipolaires (EVT, II, p. 49, cor. 3), l’ensemble u(B)u(B) est contenu dans l’enveloppe fermée convexe de C∪{0}C\cup \{0\}; celle-ci est compacte parce que l’espace F est quasi-complet (EVT, III, p. 8). Cela prouve que l’application linéaire uu est compacte.

Corollaire 1 (Schauder) 02OK

Soient E un espace semi-normé, F un espace de Banach, E′E' et F′F' leurs duals forts respectifs et uu une application linéaire continue de E dans F. Les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) L’application linéaire uu de E dans F est compacte ;

(ii) L’application linéaire tu^tu de F′F' dans E′E' est compacte ;

(iii) L’application linéaire tu^tu de Fc′F'_c dans E′E' est continue.

L’équivalence de (i) et (iii) résulte de la prop. 9, a) et b) ; l’implication (iii)⇒\Rightarrow(ii) provient du fait que l’application identique de F′F' dans Fc′F'_c est compacte (cor. de la prop. 7 de III, p. 7).

Démontrons pour conclure que la condition (ii) implique (i). Supposons que l’application linéaire tu:F′→E′^tu: F'\rightarrow E' soit compacte. Il résulte de l’implication (i)⇒\Rightarrow(ii), appliquée à tu^tu, que ttu^{tt}u est une application linéaire compacte de E′′E'' dans F′′F''. Notons vv l’application linéaire canonique de E dans E′′E''; elle est continue. Comme F s’identifie à un sous-espace vectoriel fermé de F′′F'' et que uu coïncide avec t(tu)∘v^t(^tu)\circ v sur E, il résulte de la remarque 5 de III, p. 3 que l’application linéaire uu est compacte.

Corollaire 2 02OL

Soient E un espace semi-normé et F un espace de Banach de type dénombrable. Soit uu une application linéaire continue de E dans F. On suppose que pour toute suite (yn)(y_n) d’éléments de F′F' tendant faiblement vers 0, la suite (tu(yn))(^tu(y_n)) tend fortement vers 0 dans E′E'. Alors l’application linéaire uu est compacte.

Notons B′B' la boule unité de F′F', munie de la topologie induite par la topologie σ(F′,F)\sigma (F',F). Comme F est un espace de Banach de type dénombrable, B′B' est un espace compact métrisable (EVT, III, p. 19, cor. 2). Sous l’hypothèse faite, la restriction de tu^tu à B′B' est une application continue de B′B' dans E′E' et tu(B′)^tu(B') est une partie compacte de E′E'. D’après le cor. 1, l’application linéaire uu est compacte.

Remarque 02OM

Soient E et F des espaces localement convexes séparés. La transposée d’une application linéaire compacte de E dans F n’est pas toujours une application linéaire compacte de Fb′F'_b dans Eb′(E'_b(cf. III, p. 108, exercice 15).

4. Le théorème de Leray–Schauder

Le théorème suivant sera démontré dans TA, à paraître.

Théorème 1 (Brouwer) 02ON

Soit B une partie convexe compacte non vide d’un espace vectoriel normé de dimension finie. Toute application continue de B dans B possède un point fixe.

Nous allons en déduire le résultat suivant.

Théorème 2 (Leray–Schauder) 02OO

Soit X un espace topologique compact non vide, homéomorphe à une partie convexe d’un espace localement convexe. Toute application continue de X dans X possède un point fixe.

On peut supposer que X est une partie convexe d’un espace localement convexe E. Soient N l’adhérence de {0}\{0\} dans E et π:E→E/N\pi : E\rightarrow E/N la surjection canonique. Puisque X est un espace séparé, la restriction de π\pi à X est injective ; puisque X est compact, elle définit alors un homéomorphisme de X sur une partie convexe compacte non vide de l’espace localement convexe séparé E/NE/N. Cela nous permet de supposer que l’espace E est séparé.

Soit f:X→Xf: X\rightarrow X une application continue. L’application h:X→Eh: X\rightarrow E définie par h(x)=f(x)−xh(x) =f(x)-x est continue ; comme X est compact, l’image h(X)h(X) est fermée. Il suffit donc de prouver que 0 est adhérent à hh(X), c’est-à-dire que pour tout voisinage ouvert convexe U de 0 dans E, il existe un point bb de X tel que f(b)−b∈Uf(b)-b\in U.

Soit U un voisinage convexe de 0 dans E. Pour tout a∈Xa\in X, désignons par VaV_a l’ensemble des éléments xx de X tels que f(x)−f(a)∈Uf(x)-f(a)\in U. Il est ouvert dans X et contient aa. Comme X est compact et non vide, il existe une partie finie non vide A de X telle que les ensembles VaV_a, pour a∈Aa\in A, recouvrent X. Soit (φa)a∈A(\varphi_a)_{a\in A} une partition continue de l’unité subordonnée au recouvrement (Va)a∈A(V_a)_{a\in A} (TG, IX, p. 43, prop. 1 et p. 47, th. 3). Notons F le sous-espace vectoriel de E engendré par f(A)f(A). Pour tout x∈F∩Xx\in F\cap X, posons

g(x)=∑a∈Aφa(x)f(a) g(x) =\sum_{a\in A}\varphi_a(x)f(a)

On définit ainsi une application continue g:F∩X→Eg: F\cap X\rightarrow E. Son image est contenue dans l’enveloppe convexe de ff(A), donc dans F∩XF\cap X. Comme l’ensemble F∩XF\cap X est une partie convexe compacte non vide d’un espace vectoriel de dimension finie, l’application gg possède un point fixe b∈F∩Xb\in F\cap X d’après le théorème 1. On a

f(b)−b=f(b)−g(b)=∑a∈Aφa(b)(f(b)−f(a)) f(b)-b=f(b)-g(b) =\sum_{a\in A}\varphi_a(b) (f(b)-f(a))

Pour tout a∈a\in A tel que φa(b)≠0\varphi_a(b)\not = 0, on a b∈Vab\in V_a de sorte que f(b)−f(a)∈Uf(b)-f(a)\in U. Comme U est convexe, on conclut que f(b)−b∈Uf(b)-b\in U, ce qui achève la démonstration.

5. Sous-espaces invariants par un opérateur compact

Le théorème suivant est à rapprocher du lemme de Schur (A, VIII, p. 43, cor. et V, p. 386, prop. 6) et du cor. 4 de I, p. 26.

Théorème 3 02OP

Soient E un espace localement convexe séparé sur C\mathbf{C} et A une partie de L(E)\mathscr{L}(E). Faisons les hypothèses suivantes :

(i) Il n’existe aucun sous-espace vectoriel fermé de E, distinct de {0}\{0\} et E, qui soit stable par A ;

(ii) L’ensemble A contient un endomorphisme compact non nul. Alors le commutant de A est réduit aux homothéties.

En remplaçant A par la sous-algèbre unifère de L(E)\mathscr{L}(E) engendrée par A, on se ramène au cas où A est une sous-algèbre unifère de L(E)\mathscr{L}(E). Soit alors hh un endomorphisme compact non nul de E appartenant à A.

Lemme 1 02OQ

Il existe un élément aa de A tel que le noyau de ha−1Eha-1_E ne soit pas réduit à 0.

Il existe un élément x0x_0 de E tel que h(x0)≠0h(x_0)\not = 0. Soit V un voisinage fermé de h(x0)h(x_0) ne contenant pas 0. Comme l’endomorphisme hh est compact, on peut choisir un voisinage ouvert convexe U de x0x_0 tel que h(U)h(U) soit une partie relativement compacte de V. L’adhérence C de h(U)h(U) est donc une partie convexe compacte de E ; comme elle est contenue dans V, elle ne contient pas 0.

Soit yy un point de C. Notons AyAy l’ensemble des images de yy par les éléments de A. C’est un sous-espace vectoriel de E stable par A ; il est non nul car il contient yy. D’après l’hypothèse (i) du théorème, l’ensemble AyAy est dense dans E. Il existe donc un élément bb de A tel que b(y)∈Ub(y)\in U. Comme l’ensemble C est compact, il existe une

−1-1

famille finie (b1,...,bn)(b_1, . . . , b_n) d’éléments de A tels que les ensembles bi(U)b_i(U) recouvrent C. Il existe une partition continue de l’unité (φ1,...,φn)(\varphi_1, . . . , \varphi_n) sur C subordonnée à ce recouvrement (TG, IX, p. 47, th. 3). Définissons une application f:C→Ef: C\rightarrow E en posant

f(x)=∑i=1nφi(x)bi(x) f(x) =\sum_{i=1}^n\varphi_i(x)b_i(x)

pour tout x∈Cx\in C; c’est une application continue. Comme U est convexe et que bi(x)b_i(x) appartient à U lorsque φi(x)\varphi_i(x) n’est pas nul, on a f(C)⊂Uf(C)\subset U et h(f(C))⊂Ch(f(C))\subset C. D’après le théorème de Leray–Schauder (th. 2 de III, p. 11), il existe un élément x∈Cx\in C tel que h(f(x))=xh(f(x)) =x. Posons alors

a=∑i=1nφi(x)bi a=\sum_{i=1}^n\varphi_i(x)b_i

On a h(a(x))=h(f(x))=xh(a(x)) =h(f(x)) =x et xx est non nul puisque 0 n’appartient pas à C, donc le noyau de ha−1Eha-1_E n’est pas nul.

Terminons la démonstration du théorème 3. Soit aa un élément de A tel que le noyau T de ha−1Eha-1_E soit non nul (lemme 1). Notons ii l’injection canonique de T dans E. L’application linéaire ii est égale à h∘a∘ih\circ a\circ i, elle est donc compacte. Ainsi la dimension de T est finie (remarque 3 de III, p. 2). Soit uu un élément de L(E)\mathscr{L}(E) qui commute à A. Comme uu commute à h∘ah\circ a, on a u(T)⊂Tu(T)\subset T. Comme T est de dimension finie non nulle sur le corps algébriquement clos C\mathbf{C}, l’endomorphisme de T induit par uu admet une valeur propre λ\lambda.

Posons F = Ker(u−λ1Eu-\lambda 1_E). C’est un sous-espace vectoriel fermé non nul de E ; il est stable par A, puisque uu commute aux éléments de A. D’après l’hypothèse (i), on a F = E, d’où u=λ1Eu=\lambda 1_E.

Corollaire 1 02OR

Conservons les hypothèses du théorème 3 et supposons de plus que les éléments de A soient deux à deux permutables. Alors E est de dimension 1 sur C\mathbf{C}.

D’après l’hypothèse (ii) du théorème 3, l’espace E n’est pas nul. Il contient donc un sous-espace vectoriel F de dimension 1. Ce sous-espace est fermé car E est supposé séparé. D’après le th. 3, tout élément de A est une homothétie, donc stabilise F. Il résulte alors de l’hypothèse (i) du th. 3 que F est égal à E.

Corollaire 2 (Lomonosov) 02OS

Soient E un espace localement convexe séparé de dimension au moins 2 sur le corps C\mathbf{C} et uu un endomorphisme de E. On suppose qu’il existe un endomorphisme compact h≠0h\not = 0 de E permutable à uu. Il existe alors un sous-espace vectoriel fermé F de E, distinct de {0}\{0\} et de E, tel que u(F)⊂Fu(F)\subset F.

En effet, le corollaire 1 montre que l’ensemble A={u,h}A =\{u, h\} ne peut satisfaire à l’hypothèse (i) du théorème 3.

Corollaire 3 02OT

Soient E un espace localement convexe séparé sur le corps C\mathbf{C} et uu un endomorphisme compact de E. Si E est de dimension au moins 2, il existe un sous-espace vectoriel fermé F de E, distinct de {0}\{0\} et de E, tel que u(F)⊂Fu(F)\subset F.

Le cas u=0u= 0 est immédiat. Le cas u≠0u\not = 0 se déduit du cor. 2 en prenant h=uh=u.

6. Espaces d’approximation

Étant donnés des espaces localement convexes E et F, rappelons (EVT, III, p. 14, exemple 2) que l’on note Lpc(E;F)\mathscr{L}_{pc}(E; F) l’espace localement convexe obtenu en munissant L(E;F)\mathscr{L}(E; F) de la topologie de la convergence précompacte. On note aussi Lpc(E)\mathscr{L}_{pc}(E) l’espace localement convexe Lpc(E;E)\mathscr{L}_{pc}(E; E). Lorsque l’espace localement convexe E est séparé et quasi-complet (EVT, III, p. 8, déf. 6), la topologie de la convergence précompacte sur L(E;F)\mathscr{L}(E; F) coïncide avec la topologie de la convergence compacte, puisque l’adhérence d’une partie précompacte de E est compacte (EVT, III, p. 8).

Définition 2 02OU

On dit qu’un espace localement convexe E possède la propriété d’approximation, ou encore est un espace d’approximation, si l’application identique 1E1_E de E est adhérente dans l’espace Lpc(E)\mathscr{L}_{pc}(E) à l’ensemble Lf(E)\mathscr{L}^f(E) des endomorphismes continus de rang fini de E.

En particulier, tout espace localement convexe de dimension finie est un espace d’approximation.

Remarque 1 02OV

Pour que la somme directe topologique d’espaces localement convexes E et F soit un espace d’approximation, il faut et il suffit que E et F soient des espaces d’approximation.

Remarque 2 02OW

Soit E un espace localement convexe. Soient N l’adhérence de {0}\{0\} dans E et P un sous-espace supplémentaire algébrique de N dans E. Alors P est un supplémentaire topologique de N dans E, et est isomorphe à l’espace localement convexe E/NE/N. L’espace N est un espace d’approximation. D’après la remarque 1, pour que E soit un espace d’approximation, il faut et il suffit que l’espace localement convexe séparé E/NE/N en soit un.

Remarque 3 02OX

Soient E un espace localement convexe, A une partie équicontinue de Lf(E)\mathscr{L}^f(E) et T une partie totale de E. Si 1E1_E est adhérent à A pour la topologie de la convergence simple dans T, alors 1E1_E est adhérent à A dans Lpc(E)\mathscr{L}_{pc}(E) (EVT, III, p. 16, prop. 4 et p. 17, prop. 5), et E est un espace d’approximation.

Remarque 4 02OY

Soit E un espace localement convexe sur C\mathbf{C}. Notons E0E_0 l’espace localement convexe sur R\mathbf{R} sous-jacent à E. Pour que E soit un espace d’approximation, il faut et il suffit que E0E_0 en soit un. En effet, la condition est nécessaire ; démontrons qu’elle est suffisante. Supposons donc que E0E_0 soit un espace d’approximation. Soient C une partie précompacte de E et U un voisinage convexe équilibré de 0 dans E. Posons C′=C∪iCC'= C\cup iC. Il existe une application R\mathbf{R}-linéaire uu continue de rang fini de E0E_0 dans E0E_0 telle que x−u(x)x-u(x) appartienne à U pour tout x∈C′x\in C'. Posons v(x)=12(u(x)−iu(ix))v(x) =\frac{1}{2}(u(x)-iu(ix)) pour tout xx dans E. On définit ainsi une application C\mathbf{C}-linéaire continue de rang fini de E dans E. Pour tout x∈Cx\in C, on a x∈C′,ix∈C′x\in C',ix\in C' et x−v(x)=12(x−u(x))−i2(ix−u(ix))x-v(x) =\frac{1}{2}(x-u(x))-\frac{i}{2}(ix-u(ix)), de sorte que x−v(x)x-v(x) appartient à U. Cela prouve que E est un espace d’approximation.

Remarque 5 02OZ

Soit E un espace localement convexe sur R\mathbf{R}. Pour que l’espace localement convexe complexifié E(C)E_{(\mathbf{C})} de E soit un espace d’approximation, il faut et il suffit que E en soit un. Cela résulte des remarques 1 et 4, puisque l’espace localement convexe réel sous-jacent à E(C)E_{(\mathbf{C})} est isomorphe à E×EE\times E.

Proposition 10 02P0

Soit E un espace hilbertien. Alors E est un espace d’approximation.

L’ensemble A des orthoprojecteurs de rang fini dans E est équicontinu. Soient n⩾1n\geqslant 1 un entier et (x1,...,xn)(x_1, . . . , x_n) une famille d’éléments de E. Notons V le sous-espace vectoriel engendré par les xix_i et pVp_V l’orthoprojecteur d’image V. On a pV(xi)=xip_V(x_i) =x_i pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. Cela entraîne que 1E1_E est adhérent à A pour la topologie de la convergence simple, et il en résulte que E est un espace d’approximation (remarque 3).

D’autres exemples d’espaces d’approximation seront donnés dans le no7^o7 de III, p. 20.

Lemme 2 02P1

Soit E un espace localement convexe. Alors E est un espace d’approximation si et seulement si, pour toute partie précompacte C de E et tout voisinage U de 0 dans E, il existe un entier n⩾0n\geqslant 0, des éléments e1,...,ene_1, . . . , e_n de E, et des formes linéaires continues f1,...,fnf_1, . . . , f_n sur E, tels que x−∑i=1nfi(x)eix-\sum^n_{i=1}f_i(x)e_i appartienne à U pour tout x∈Cx\in C.

La définition de la topologie de la convergence précompacte montre que la condition est suffisante. Inversement, supposons que E soit un espace d’approximation. Soit P un espace supplémentaire topologique dans E de l’adhérence de {0}(\{0\}(cf. remarque 2). L’ensemble A des u∈Lf(E)u\in \mathscr{L}^f(E) tels que u(E)⊂Pu(E)\subset P est alors dense dans Lf(E)\mathscr{L}^f(E). Comme P est séparé, tout élément uu de A est de la forme x↦∑i=1nfi(x)eix\mapsto \sum^n_{i=1}f_i(x)e_i, où n∈N,e1,...,enn\in \mathbf{N},e_1, . . . , e_n sont des éléments de E et f1,...,fnf_1, . . . , f_n des formes linéaires continues sur E (EVT, I, p. 14, th. 2). Cela prouve que la condition est nécessaire.

Remarque 6 02P2

Il existe des espaces de Banach qui ne possèdent pas la propriété d’approximation, comme l’a démontré P. Enflo (A counterexample to the approximation problem in Banach spaces, Acta Math. 130 (1973), p. 309–317 ; cf. exercice 25 de III, p. 112). Cela répondait à une question de S. Banach (Théorie des opérations linéaires, Monografje Matematyczne I, Warszawa, 1932, remarques au chapitre VI, §1). Voir aussi la remarque p. 21.

Proposition 11 02P3

Soient E et F des espaces localement convexes. Supposons que E soit un espace d’approximation.

a) L’ensemble Lf(E;F)\mathscr{L}^f(E; F) est dense dans Lpc(E;F)\mathscr{L}_{pc}(E; F);

b) L’ensemble Lf(F;E)\mathscr{L}^f(F; E) est dense dans Lpc(F;E)\mathscr{L}_{pc}(F; E);

c) Soient S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de F et u∈L(F;E)u\in \mathscr{L}(F; E). Supposons que l’image par uu de toute partie de F appartenant à S\mathfrak{S} soit précompacte. Alors uu est adhérent à Lf(F;E)\mathscr{L}^f(F; E) pour la S\mathfrak{S}-topologie (EVT, III, p. 13).

Soit vv un élément de L(E;F)\mathscr{L}(E; F). L’application φ:w↦v∘w\varphi :w\mapsto v\circ w de Lpc(E)\mathscr{L}_{pc}(E) dans Lpc(E;F)\mathscr{L}_{pc}(E; F) est continue (TG, X, p. 5, prop. 3). On a φ(1E)=v\varphi (1_E) =v et φ(Lf(E))⊂Lf(E;F)\varphi (\mathscr{L}^f(E))\subset \mathscr{L}^f(E; F), donc vv est adhérent à Lf(E;F)\mathscr{L}^f(E; F) dans Lpc(E;F)\mathscr{L}_{pc}(E; F). Cela prouve a).

De même, sous les hypothèses de c), l’application ψ:w↦w∘u\psi :w\mapsto w\circ u de Lpc(E)\mathscr{L}_{pc}(E) dans LS(F;E)\mathscr{L}_{\mathfrak{S}}(F; E) est continue (loc. cit.). On a ψ(1E)=u\psi (1_E) =u et ψ(Lf(E))⊂Lf(F;E)\psi (\mathscr{L}^f(E))\subset \mathscr{L}^f(F; E), donc uu est adhérent à Lf(F;E)\mathscr{L}^f(F; E) dans LS(F;E)\mathscr{L}_{\mathfrak{S}}(F; E).

L’image d’une partie précompacte de F par une application linéaire continue de F dans E est précompacte, donc b) résulte de c).

Corollaire 02P4

Soient E un espace d’approximation séparé et F un espace localement convexe. Toute application linéaire compacte de F dans E est adhérente à Lf(F;E)\mathscr{L}^f(F; E) dans l’espace L(F;E)\mathscr{L}(F; E) muni de la topologie de la convergence bornée.

Cela résulte de la prop. 11, c), car l’image d’une partie bornée de F par une application linéaire compacte de F dans E est relativement compacte dans E (remarque 1 de III, p. 2), donc précompacte.

Proposition 12 02P5

Soient E un espace localement convexe, I un ensemble, et pour chaque i∈Ii\in I, soient FiF_i un espace localement convexe et vi:E→Fiv_i: E\rightarrow F_i une application linéaire continue d’image dense. Supposons que pour tout voisinage U de 0 dans E, il existe i∈Ii\in I et un voisinage V de 0 dans FiF_i tels que vi−1(V)⊂U\overset{-1}{v_{i}}(V)\subset U. Si les FiF_i sont des espaces d’approximation, alors E en est un également.

Soient A une partie précompacte de E et U un voisinage de 0 dans E. Il existe par hypothèse i∈Ii\in I et une semi-norme continue pp sur FiF_i tels que U contienne (p∘vi)−1([0,1])(p\circ v_i)^{-1}([0,1]). Posons F=Fi,v=viF = F_i,v=v_i et B=vB =v(A), et supposons que F soit un espace d’approximation. L’ensemble B est précompact dans F. Il existe donc (lemme 2) un entier n⩾1n\geqslant 1, des éléments y1,...,yny_1, . . . , y_n de F et des formes linéaires continues f1,...,fnf_1, . . . , f_n sur F, tels que l’on ait, pour tout y∈By\in B,

p(y−∑nfj(y)yj)⩽12 p(y-\sum^nf_j(y)y_j)\leqslant \frac{1}{2}
j=1j=1

Comme B est borné (EVT, III, p. 3, prop. 2), il existe un nombre réel M>0M>0 tel que ∣fj(y)∣⩽M|f_j(y)|\leqslant M pour tout jj tel que 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n et tout y∈By\in B. De plus, puisque v(E)v(E) est dense dans F, il existe, pour chaque entier jj tel que 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n, un élément xjx_j de E tel que p(yj−v(xj))⩽(2nM)−1p(y_j-v(x_j))\leqslant (2nM)^{-1}. L’application linéaire

u:x⟼∑j=1nfj(v(x))xj u:x\longmapsto \sum_{j=1}^nf_j(v(x))x_j

appartient à Lf(E)\mathscr{L}^f(E). Pour tout x∈Ax\in A, on a

v(x−u(x))=v(x)−∑j=1nfj(v(x))yj+∑j=1nfj(v(x))(yj−v(xj)) v(x-u(x)) =v(x)-\sum_{j=1}^nf_j(v(x))y_j+\sum_{j=1}^nf_j(v(x))(y_j-v(x_j))

d’où p(v(x−u(x)))⩽12+nM2nM=1p(v(x-u(x)))\leqslant \frac{1}{2}+\frac{nM}{2nM}= 1, et par suite x−u(x)∈Ux-u(x)\in U. La proposition en résulte.

Corollaire 1 02P6

Un sous-espace vectoriel dense d’un espace d’approximation est un espace d’approximation.

Corollaire 2 02P7

Si le séparé complété d’un espace localement convexe E est un espace d’approximation, alors E est un espace d’approximation.

Corollaire 3 02P8

Le produit d’une famille d’espaces d’approximation est un espace d’approximation.

Soit en effet (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} une famille d’espaces d’approximation. Pour toute partie finie J de I, posons EJ=∏i∈JEiE_J=\prod_{i\in J}E_i et notons vJv_J l’application canonique de E=∏i∈IEiE =\prod_{i\in I}E_i dans EJE_J. L’espace localement convexe EJE_J est un espace d’approximation (remarque 1). Le corollaire résulte alors de la prop. 12 appliquée à l’espace localement convexe E, à la famille (EJ)(E_J) d’espaces localement convexes et aux applications linéaires continues vJ:E→EJv_J: E\rightarrow E_J.

Corollaire 4 02P9

Soit E un espace localement convexe. Si toute semi-norme continue sur E est majorée par une semi-norme continue préhilbertienne, alors E est un espace d’approximation.

Soit P\mathscr{P} l’ensemble des semi-normes préhilbertiennes continues sur E. Pour chaque p∈Pp\in \mathscr{P}, l’hypothèse implique que l’espace semi-normé EpE_p obtenu en munissant E de la semi-norme pp est un espace d’approximation (corollaire 2 et proposition 10), et l’application identique de E dans EpE_p est continue. Le corollaire résulte donc de la proposition 12.

Lemme 3 02PA

Soient E un espace localement convexe métrisable et (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite d’éléments de E convergeant vers 0. Il existe une suite (yn)n∈N(y_n)_{n\in\mathbf{N}} d’éléments de E convergeant vers 0 et une suite (λn)n∈N(\lambda_n)_{n\in\mathbf{N}} d’éléments de l’intervalle [0,1][0,1] convergeant vers 0 telles que l’on ait xn=λnynx_n=\lambda_ny_n pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}.

Puisque E est métrisable, il existe un système fondamental (Vm)m∈N(V_m)_{m\in\mathbf{N}} de voisinages équilibrés de 0 dans E tel que V0=EV_0= E et 2m+1Vm+1⊂Vm2^{m+1}V_{m+1}\subset V_m pour tout m⩾0m\geqslant 0. Puisque (xn)(x_n) converge vers 0, il existe une suite strictement croissante (Nm)m∈N(N_m)_{m\in\mathbf{N}} d’entiers telle que N0=0N_0= 0 et telle que, pour tout m⩾0m\geqslant 0, on ait xn∈Vmx_n\in V_m pour n⩾Nmn\geqslant N_m. Pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, il existe un unique entier m⩾0m\geqslant 0 tel que Nm⩽n<Nm+1N_m\leqslant n <N_{m+1}, et on pose alors λn=2−m\lambda_n= 2^{-m} et yn=2mxny_n= 2^mx_n. La suite (λn)(\lambda_n) ainsi définie converge vers 0. De plus, comme yn∈Vmy_n\in V_m pour n⩾Nm+1n\geqslant N_{m+1}, la suite (yn)(y_n) converge vers 0 dans E. Enfin, on a xn=λnynx_n=\lambda_ny_n pour tout nn.

Rappelons (EVT, II, p. 28) que si E est un espace vectoriel et L une partie convexe équilibrée de E, on note ELE_L le sous-espace vectoriel de E engendré par L, muni de la semi-norme dont la boule unité est L. Lorsque l’ensemble L ne contient aucune droite, cette semi-norme est une norme.

Lemme 4 02PB

Soient E un espace de Fréchet et A une partie compacte de E. Il existe une partie compacte convexe équilibrée L de E contenant A telle que les topologies induites sur A par celles de E et de ELE_L coïncident.

L’ensemble A est contenu dans l’enveloppe fermée convexe équilibrée de l’ensemble des points d’une suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} d’éléments de E convergeant vers 0 (EVT, IV, p. 24, cor. 1). Soient (yn)n∈N(y_n)_{n\in\mathbf{N}} et (λn)n∈N(\lambda_n)_{n\in\mathbf{N}} des suites satisfaisant aux conclusions du lemme 3. L’enveloppe fermée convexe équilibrée L des points de la suite (yn)(y_n) contient A et est une partie compacte de E (EVT, III, p. 8). Par suite, ELE_L est un espace de Banach (EVT, III, p. 8, cor.). Dans cet espace de Banach, la norme de xnx_n est majorée par λn\lambda_n, donc la suite (xn)(x_n) tend vers 0. L’enveloppe fermée convexe équilibrée A~\widetilde{A} de la suite (xn)(x_n) dans ELE_L est une partie compacte de ELE_L (EVT, III, p. 8). Comme L est une partie bornée de E, l’injection canonique de ELE_L dans E est continue. Les topologies induites sur A~\widetilde{A} par celles de ELE_L et de E coïncident, et A~\widetilde{A} est une partie compacte, donc fermée, de E. Puisque l’ensemble A~\widetilde{A} est convexe, équilibré et contient la suite (xn)(x_n), il contient A. Ceci achève la démonstration.

Théorème 4 02PC

Soit E un espace de Fréchet.

a) Supposons que E soit un espace d’approximation. Alors, pour tout espace semi-normé F, l’espace Lf(F;E)\mathscr{L}^f(F; E) est dense dans Lc(F;E)\mathscr{L}^c(F; E) pour la topologie de la convergence bornée ;

b) Inversement, supposons que pour tout espace de Banach F, toute application linéaire compacte de F dans E soit adhérente à Lf(F;E)\mathscr{L}^f(F; E) pour la topologie de la convergence bornée. Alors E est un espace d’approximation.

Soit F un espace semi-normé. L’adhérence de Lf(F;E)\mathscr{L}^f(F; E) dans L(F;E)\mathscr{L}(F; E) est contenue dans Lc(F;E)\mathscr{L}^c(F; E) (prop. 1 et 2 de III, p. 4). Elle est égale à Lc(F;E)\mathscr{L}^c(F; E) si E est un espace d’approximation d’après le cor. de la prop. 11. Cela prouve l’assertion a).

Supposons satisfaite l’hypothèse de b). Soit ε>0\varepsilon >0 un nombre réel. Soient A une partie compacte de E et pp une semi-norme continue sur E. Soit L une partie compacte convexe équilibrée de E telle que A soit une partie compacte de l’espace normé ELE_L (lemme 4). L’injection canonique j:EL→Ej: E_L\rightarrow E est compacte et ELE_L est un espace de Banach (EVT, III, p. 8, cor.). Il existe donc par hypothèse un entier n⩾1n\geqslant 1, des éléments e1,...,ene_1, . . . , e_n de E, et des formes linéaires continues ℓ1,...,ℓn\ell_1, . . . , \ell_n sur ELE_L, tels que l’application vv de ELE_L dans E définie par v(x)=∑i=1nℓi(x)eiv(x) =\sum^n_{i=1}\ell_i(x)e_i vérifie p(x−v(x))⩽ε2p(x-v(x))\leqslant \frac{\varepsilon}{2} pour x∈Ax\in A. L’image de tj:E′→(EL)′^tj: E'\rightarrow (E_L)' est dense dans (EL)′(E_L)' pour la topologie faible (EVT, IV, p. 6, prop. 5). Sur (EL)′(E_L)' la topologie de la convergence compacte est compatible avec la dualité entre (EL)′(E_L)' et ELE_L (EVT, IV, p. 3, exemple). Donc tj(E′)^tj(E') est dense dans (EL)′(E_L)' pour la topologie de la convergence compacte (EVT, IV, p. 1, prop. 1), et il existe des formes linéaires continues f1,...,fnf_1, . . . , f_n sur E telles que

∣ℓi(x)−fi(x)∣p(ei)⩽ε2n |\ell_i(x)-f_i(x)|p(e_i)\leqslant \frac{\varepsilon}{2n}

pour x∈Ax\in A et 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. L’endomorphisme u:x↦∑i=1nfi(x)eiu:x\mapsto \sum^n_{i=1}f_i(x)e_i de E appartient à Lf(E)\mathscr{L}^f(E) et pour tout x∈Ax\in A, on a

p(x−u(x))⩽p(x−v(x))+p(v(x)−u(x))⩽ε2+n×ε2n=ε p(x-u(x))\leqslant p(x-v(x)) +p(v(x)-u(x))\leqslant \frac{\varepsilon}{2}+n\times \frac{\varepsilon}{2n}=\varepsilon

Il résulte de cela que 1E1_E est adhérent à Lf(E)\mathscr{L}^f(E) pour la topologie de la convergence compacte. Or celle-ci coïncide avec la topologie de la convergence précompacte car E est complet. Donc E est un espace d’approximation.

7. Exemples d’espaces d’approximation

Rappelons que tout espace hilbertien est un espace d’approximation (III, p. 15, prop. 10). Ce numéro donne d’autres exemples.

Si X est un espace localement compact, on note C0(X;K)\mathscr{C}_0(X; K), ou simplement C0\mathscr{C}_0(X), l’espace de Banach des fonctions continues de X dans K tendant vers 0 à l’infini, muni de la norme définie par ∥f∥=\|f\|= supx∈X∣f(x)∣_{x\in X}|f(x)| pour f∈C0(X)f\in \mathscr{C}_0(X). Lorsque X est compact, cet espace coïncide avec l’espace C(X)\mathscr{C}(X) des fonctions continues de X dans K.

Lemme 5 02PD

Soient X un espace topologique compact, F un sous-ensemble fini de C(X)\mathscr{C}(X) et ε>0\varepsilon >0 un nombre réel.

Il existe un sous-ensemble fini X0⊂XX_0\subset X et une application linéaire u:C(X0)→C(X)u:\mathscr{C}(X_0)\rightarrow \mathscr{C}(X) de norme ⩽1\leqslant 1 tels que ∥u(f∣X0)−f∥⩽ε\|u(f|X_0)-f\|\leqslant \varepsilon pour tout f∈Ff\in F.

Puisque l’ensemble F est une partie équicontinue de C\mathscr{C} (X), il existe un recouvrement fini (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} de X tel que, pour tout i∈Ii\in I et tout f∈Ff\in F, le diamètre de f(Ui)f(U_i) soit ⩽ε\leqslant \varepsilon. Pour ii dans I, choisissons un point xix_i de UiU_i, et notons X0X_0 l’ensemble fini des xix_i pour i∈Ii\in I.

Soit (φi)i∈I(\varphi_i)_{i\in I} une partition continue de l’unité subordonnée à (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} (TG, IX, p. 47, th. 3). Définissons une application linéaire uu de C(X0)\mathscr{C}(X_0) dans C(X)\mathscr{C}(X) en posant

u(g)=∑i∈Ig(xi)φi u(g) =\sum_{i\in I}g(x_i)\varphi_i

pour tout g∈C(X0)g\in \mathscr{C}(X_0). L’application linéaire uu est de norme ⩽1\leqslant 1 et vérifie ∥u(f∣X0)−f∥⩽ε\|u(f|X_0)-f\|\leqslant \varepsilon pour tout ff dans F, d’où l’assertion.

Proposition 13 02PE

Soit X un espace topologique localement compact. L’espace de Banach C0(X)\mathscr{C}_0(X) est un espace d’approximation.

Supposons d’abord X compact. Soit A⊂Lf(C(X))A\subset \mathscr{L}^f(\mathscr{C}(X)) l’ensemble des applications de la forme f↦u(f∣X0)f\mapsto u(f|X_0), où X0X_0 est un sous-ensemble fini de X et u:C(X0)→C(X)u:\mathscr{C}(X_0)\rightarrow \mathscr{C}(X) une application linéaire de norme ⩽1\leqslant 1. L’ensemble A est équicontinu. Par le lemme 5, l’application identique de C(X)\mathscr{C}(X) est adhérente à A pour la topologie de la convergence simple sur C(X)\mathscr{C}(X). La proposition résulte alors de la remarque 3 de III, p. 14.

Passons au cas général. Soient Y le compactifié d’Alexandroff de X et ω\omega le point à l’infini de Y (TG, I, p. 67). Identifions C0(X)\mathscr{C}_0(X) à l’ensemble des éléments de C(Y)\mathscr{C}(Y) nuls en ω\omega. Alors C(Y)\mathscr{C}(Y) est somme directe topologique de C0(X)\mathscr{C}_0(X) et de l’espace vectoriel des applications constantes sur Y. Comme C(Y)\mathscr{C}(Y) est un espace d’approximation d’après ce qui précède, l’espace C0(X)\mathscr{C}_0(X) est un espace d’approximation (remarque 1 de III, p. 14).

Corollaire 02PF

Toute algèbre stellaire commutative est un espace d’approximation.

En effet, une telle algèbre est isomorphe à l’algèbre des fonctions continues tendant vers 0 à l’infini sur un espace localement compact (I, p. 108, th. 1).

Remarque 02PG

Si E est un espace hilbertien de dimension infinie, l’algèbre stellaire L(E)\mathscr{L}(E) n’a pas la propriété d’approximation (A. Szankowski, B(H)\mathscr{B}(H) does not have the approximation property, Acta Math. 147 (1981), p. 89–108).

Lemme 6 02PH

Soit X un espace topologique localement compact. Soit μ\mu une mesure positive sur X et p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [. Soient F un sous-ensemble fini de LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) et ε>0\varepsilon >0 un nombre réel.

Il existe un projecteur de rang fini uu de LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) de norme ⩽1\leqslant 1 tel que ∥u(f)−f∥⩽ε\|u(f)-f\|\leqslant \varepsilon pour tout ff dans F.

Soit P\mathscr{P} l’ensemble des partitions finies π=(K1,...,Kn,H)\pi = (K_1, . . . ,K_n,H) de X, où n⩾1n\geqslant 1 est un entier et K1,...,KnK_1, . . . ,K_n sont des parties intégrables et de mesure non nulle de X. Pour toute partition π=(K1,...,Kn,H)∈P\pi = (K_1, . . . ,K_n,H)\in \mathscr{P}, on définit un endomorphisme vπv_{\pi} de Lp(X,μ)\mathscr{L}^p(X, \mu) en posant

vπ(f)=∑n1μ(Ki)(∫Kifdμ)φKi v_{\pi}(f) =\sum^n\frac{1}{\mu(K_i)}(\int_{K_i}f d\mu)\varphi_{K_i}
i=1i=1

pour f∈LKp(X,μ)f\in \mathscr{L}_K^p(X, \mu), où φKi\varphi_{K_i} est la fonction caractéristique de KiK_i. L’application vπv_{\pi} induit, par passage aux quotients, un projecteur uπu_{\pi} de LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu). On vérifie aisément que l’image de uπu_{\pi} est l’espace des classes de fonctions f∈LKp(X,μ)f\in \mathscr{L}_K^p(X, \mu) telles que ff est nulle sur H et constante sur KiK_i pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n.

Démontrons que ∥uπ∥⩽1\|u_{\pi}\|\leqslant 1. Pour f∈LKp(X,μ)f\in \mathscr{L}_K^p(X, \mu), on a

∥uπ(f)∥pp=∑i=1nμ(Ki)1−p∣∫Kifdμ∣p \|u_{\pi}(f)\|^p_p=\sum_{i=1}^n\mu(K_i)^{1-p}|\int_{K_i}f d\mu|^p

D’après l’inégalité de Hölder (INT, IV, p. 208, § 6, no4^o4, th. 2), on a pour tout ii l’inégalité

∣∫Kifdμ∣p⩽μ(Ki)p−1∫Ki∣f∣pdμ |\int_{K_i}f d\mu|^p\leqslant \mu(K_i)^{p-1}\int_{K_i}|f|^pd\mu

d’où ∥uπ(f)∥p⩽∥f∥p\|u_{\pi}(f)\|_p\leqslant \|f\|_p.

Soit E\mathscr{E} l’ensemble des classes dans LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) des fonctions intégrables sur X qui ne prennent qu’un nombre fini de valeurs. Comme E\mathscr{E} est dense dans LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) (INT, IV, p. 162, §4, no10^o10, cor. 1), il existe un ensemble fini F′F' de E\mathscr{E} tel que tout élément de F soit à distance au plus ε\varepsilon d’un élément de F′F'. En considérant la partition finie π\pi formée par les ensembles de mesure non nulle où l’application x↦(f(x))f∈F′x\mapsto (f(x))_{f\in F'} prend une valeur donnée, on voit qu’il existe un élément π\pi de P\mathscr{P} tel que uπ(f)=fu_{\pi}(f) =f pour tout ff dans F′F'. Le projecteur uπu_{\pi} a donc les propriétés requises.

Proposition 14 02PI

Soient X un espace topologique localement compact, μ\mu une mesure positive sur X, et p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ]. L’espace LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) est un espace d’approximation.

Si p=+∞p= +\infty, alors l’espace LC∞(X,μ)L^{\infty}_{\mathbf{C}}(X, \mu) est une algèbre stellaire commutative (exemple 4 de I, p. 103), donc un espace d’approximation (cor. de la prop. 13), et il en est de même de LR∞(X,μ)L^{\infty}_{\mathbf{R}}(X, \mu) d’après la remarque 5 de III, p. 15.

Supposons que pp est fini. Soit A⊂Lf(LKp(X,μ))A\subset \mathscr{L}^f(L^p_K(X, \mu)) l’ensemble des projecteurs de rang fini et norme ⩽1\leqslant 1. Par le lemme 6, l’application identique de LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) est adhérente à A pour la topologie de la convergence simple, et la proposition résulte alors de la remarque 3 de III, p. 14.

Exercices

Dans les exercices 1 à 5 exclusivement K désigne un corps valué complet non archimédien et non discret, dont on note x↦∣x∣x\mapsto |x| la valuation. On note aussi G⊂R+∗G\subset \mathbf{R}^*_+ l’image de K∗K^* par l’application x↦∣x∣x\mapsto |x|. Les espaces de Banach considérés sont des espaces de Banach sur K.

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.