Bourbaki

§ 2. Tores maximaux des groupes de Lie compacts

1. Sous-algèbres de Cartan des algèbres compactes

Lemme 1 019Z

Soient G un groupe de Lie, K un sous-groupe compact de G, et F une forme bilinéaire invariante sur L(G). Soient x, y ∈ L(G). Il existe un élément k de K tel que pour tout u ∈ L(K), on ait F(u, [(Ad k)(x), y]) = 0.

La fonction v ↦ F((Ad v)(x), y) de K dans R est continue, donc possède un minimum en un point k ∈ K. Soit u ∈ L(K) et posons

h(t)=F((Adexp⁡(tu).k)(x),y),t∈R. h(t) = F((\mathrm{Ad}\exp(tu).k)(x), y), \quad t \in \mathbf{R}.

On a h(t) ≥ h(0) pour tout t ; par ailleurs, d’après III, § 3, n° 12, prop. 44, on a

dhdt(0)=F([u,(Ad k)(x)],y)=F(u,[(Ad k)(x),y]), \frac{dh}{dt}(0) = F([u, (\mathrm{Ad}\ k)(x)], y) = F(u, [(Ad\ k)(x), y]),

d’où le lemme (FVR, I, p. 20, prop. 7).

Théorème 1 01A0

Soit g une algèbre de Lie compacte. Les sous-algèbres de Cartan de g (VII, § 2, n° 1, déf. 1) sont ses sous-algèbres commutatives maximales ; en particulier, g est la réunion de ses sous-algèbres de Cartan. Le groupe Int(g) opère transitivement sur l’ensemble des sous-algèbres de Cartan de g.

Comme g est réductive, ses sous-algèbres de Cartan sont commutatives (VII, § 2, n° 4, cor. 3 au th. 2). Inversement, soit t une sous-algèbre commutative de g. D’après § 1, n° 3, prop. 1, ad x est semi-simple pour tout x ∈ t ; d’après VII, § 2, n° 3, prop. 10, il existe une sous-algèbre de Cartan de g contenant t. Cela démontre la première assertion du théorème.

Soient maintenant t et t’ deux sous-algèbres de Cartan de g. Prouvons qu’il existe u ∈ Int(g) tel que u(t) = t’. D’après la prop. 1 du § 1, n° 3, on peut supposer que g est de la forme L(G), où G est un groupe de Lie compact connexe, et choisir une forme bilinéaire symétrique invariante séparante F sur g. Soit x (resp. x’) un élément régulier de g tel que t = g^0(x) (resp. t’ = g^0(x’)) (VII, § 3, n° 3, th. 2). Appliquant le lemme 1 avec K = G, on voit qu’il existe k ∈ G tel que [(Ad k)(x), x’] soit orthogonal à g pour F, donc nul ; on a alors (Ad k)(x) ∈ g^0(x’) = t’, donc g^0((Ad k)(x)) = t’ puisque (Ad k)(x) est régulier. On en conclut que (Ad k)(t) = t’, d’où le théorème.

Corollaire 01A1

Soient t et t’ deux sous-algèbres de Cartan de g, a une partie de t, et u un automorphisme de g qui applique a dans t’. Il existe un élément v de Int(g) tel que u ∘ v applique t sur t’, et coïncide avec u sur a.

Posons G = Int(g), et considérons le fixateur Z_G(a) de a dans G ; c’est un sous-groupe de Lie de G, dont l’algèbre de Lie z_g(a) est formée des éléments de g qui commutent à tous les éléments de a (III, § 9, n° 3, prop. 7). Alors t et u^{-1}(t’) sont deux sous-algèbres de Cartan de l’algèbre de Lie compacte z_g(a). D’après le th. 1, il existe un élément v de Z_G(a) tel que v(t) = u^{-1}(t’) ; un tel élément répond à la question.

2. Tores maximaux

Soit G un groupe de Lie. On appelle tore de G tout sous-groupe fermé qui est un tore (§ 1, n° 2), c’est-à-dire tout sous-groupe compact connexe commutatif. Les éléments maximaux de l’ensemble ordonné par inclusion des tores de G sont appelés les tores maximaux de G.

Théorème 2 01A2

Soit G un groupe ae Lie compact connexe. a) Les algèbres de Lie des tores maximaux de G sont les sous-algèbres de Cartan de L(G). b) Soient T_1 et T_2 deux tores maximaux de G. Il existe g ∈ G tel que T_2 = gT_1g^{-1}. c) G est la réunion de ses tores maximaux.

Soit t une sous-algèbre de Cartan de L(G) ; le sous-groupe intégral de G d’algèbre de Lie t est fermé (VII, § 2, n° 1, cor. 4 à la prop. 4) et commutatif (th. 1), donc est un tore de G. Si T est un tore maximal de G, son algèbre de Lie est commutative, donc contenue dans une sous-algèbre de Cartan de L(G)L(G) (th. 1). Il en résulte que les tores maximaux de GG sont exactement les sous-groupes intégraux de GG associés aux sous-algèbres de Cartan de GG, d'où aa. L’assertion bb résulte alors du th. 1, puisque l’homomorphisme canonique G→Int⁡(L(G))G \to \operatorname{Int}(L(G)) est surjectif (III, § 6, no 4, cor. 4 à la prop. 10).

Notons XX la réunion des tores maximaux de GG, et soit TT un tore maximal de GG. L’application continue (g,t)↦gtg−1(g, t) \mapsto gtg^{-1} de G×TG \times T dans GG a pour image XX, qui est donc fermé dans GG; pour démontrer cc, il suffit donc de prouver que XX est ouvert dans GG; comme XX est invariant par automorphismes intérieurs, il suffit de montrer que pour tout a∈Ta \in T, XX est un voisinage de aa. Raisonnons par récurrence sur la dimension de GG et distinguons deux cas :

1) aa n’est pas central dans GG. Soit alors HH la composante neutre du centralisateur de aa dans GG; c’est un sous-groupe compact connexe de GG distinct de GG, qui contient TT, donc aa. Comme Ad⁡ a\operatorname{Ad}\,a est semi-simple (§1§ 1, no 1 ), l’algèbre de Lie de HH est le nilspace de Ad⁡ a−1\operatorname{Ad}\,a - 1; il résulte alors de VII, § 4, no 2, prop. 4, que la réunion YY des conjugués de HH est un voisinage de aa. D’après l’hypothèse de récurrence, on a H⊂XH \subset X, donc Y⊂XY \subset X; ainsi XX est un voisinage de aa.

2) aa est central dans GG. Il suffit de prouver que aexp⁡xa \exp x appartient à XX pour tout xx dans L(G)L(G). Or tout élément xx de L(G)L(G) appartient à une sous-algèbre de Cartan de GG (th. 1); le sous-groupe intégral T′T' correspondant contient exp⁡x\exp x; comme il est conjugué à TT, il contient aa et donc aexp⁡xa \exp x, d’où l’assertion cherchée.

Corollaire 1 01A3

a) L’application exponentielle de GG est surjective.

b) Pour tout n⩾1n \geqslant 1, l’application g↦gng \mapsto g^n de GG dans lui-même est surjective.

En effet, exp⁡(L(G))\exp(L(G)) contient tous les tores maximaux de GG, d’où aa. L’assertion bb résulte alors de la formule (exp⁡x)n=exp⁡nx(\exp x)^n = \exp nx pour xx dans L(G)L(G).

Remarque 1 01A4

Il existe une partie compacte KK de L(G)L(G) telle que exp⁡G(K)=G\exp_G(K) = G. En effet, si TT est un tore maximal de GG, il existe un compact C⊂L(T)C \subset L(T) tel que exp⁡T(C)=T\exp_T(C) = T; il suffit de prendre K=⋃g∈G(Ad⁡ g)(C)K = \bigcup_{g \in G} (\operatorname{Ad}\,g)(C).

Corollaire 2 01A5

L’intersection des tores maximaux de GG est le centre de GG*.

Soit xx un élément du centre de GG; d’après le th. 2, cc), il existe un tore maximal TT de GG contenant xx; alors xx appartient à tous les conjugués de TT, donc à tous les tores maximaux de GG. Inversement, si xx appartient à tous les tores maximaux de GG, il commute à tout élément de GG d’après le th. 2, cc).

Corollaire 3 01A6

Soit g∈Gg \in G, et soit CC son centralisateur. Alors gg appartient à C0C_0; le groupe C0C_0 est la réunion des tores maximaux de GG contenant gg*.

Il existe un tore maximal TT de GG contenant gg (th. 2, cc), et donc contenu dans C0C_0. Par ailleurs, le groupe C0C_0 est un groupe de Lie compact connexe, donc réunion de ses tores maximaux (th. 2, cc); ceux-ci contiennent tous gg (cor. 2), donc sont exactement les tores maximaux de GG contenant gg.

Corollaire 4 01A7

Soit g∈Gg \in G. Si gg est régulier (VII, § 4, n° 2, déf. 2), il appartient à un seul tore maximal, qui est la composante neutre de son centralisateur. Sinon, il appartient à une infinité de tores maximaux.

Comme Ad g\mathrm{Ad}\,g est semi-simple, la dimension du nilspace de Ad g−1\mathrm{Ad}\,g - 1 est aussi celle du centralisateur CC de gg. D’après loc. cit., prop. 8, et le th. 1, gg est régulier si et seulement si C0C_0 est un tore maximal de GG. On conclut alors par le cor. 3.

Corollaire 5 01A8

a) Soit SS un tore de GG. Le centralisateur de SS est connexe ; c’est la réunion des tores maximaux de GG contenant SS.

b) Soit ss une sous-algèbre commutative de L(G)L(G). Le fixateur de ss dans GG est connexe ; c’est la réunion des tores maximaux de GG dont l’algèbre de Lie contient ss.

Pour démontrer a), il suffit de prouver que si un élément gg de GG centralise SS, il existe un tore maximal de GG contenant SS et gg. Or, si CC est le centralisateur de gg, on a g∈C0g \in C_0 (cor. 3) et S⊂C0S \subset C_0; si TT est un tore maximal du groupe de Lie compact connexe C0C_0 contenant SS, on a g∈Tg \in T (cor. 2), d’où a). L’assertion b) résulte de a) appliqué à l’adhérence du sous-groupe intégral d’algèbre de Lie ss, compte tenu de III, § 9, n° 3, prop. 9.

Remarque 2 01A9

Il résulte du cor. 5 qu’un tore maximal de GG en est un sous-groupe commutatif maximal. La réciproque n’est pas vraie : par exemple, dans le groupe SO(3,R)SO(3, \mathbf{R}), les tores maximaux sont de dimension 1, et ne peuvent donc contenir le sous-groupe des matrices diagonales, qui est isomorphe à (Z/2Z)2(\mathbf{Z}/2\mathbf{Z})^2. Par ailleurs, si g∈SO(3,R)g \in SO(3, \mathbf{R}) est une matrice diagonale non scalaire, gg est un élément régulier de SO(3,R)SO(3, \mathbf{R}) dont le centralisateur n’est pas connexe (cf. cor. 4).

Corollaire 6 01AA

Les tores maximaux de GG sont leurs propres centralisateurs, et sont les fixateurs de leurs algèbres de Lie.

Soient TT un tore maximal de GG et CC son centralisateur ; comme L(T)L(T) est une sous-algèbre de Cartan de L(G)L(G), on a L(T)=L(C)L(T) = L(C), donc C=TC = T puisque CC est connexe (cor. 5).

Corollaire 7 01AB

Soient TT et T′T' deux tores maximaux de GG, AA une partie de TT et ss un automorphisme de GG qui applique AA dans T′T'. Il existe g∈Gg \in G tel que s∘(Int g)s \circ (\mathrm{Int}\,g) applique TT sur T′T' et coïncide avec ss sur AA.

Soit CC le centralisateur de AA. Alors TT et s−1(T′)s^{-1}(T') sont deux tores maximaux de C0C_0; tout élément gg de C0C_0 tel que (Int g)(T)=s−1(T′)(\mathrm{Int}\,g)(T) = s^{-1}(T') répond à la question.

Corollaire 8 01AC

Soient HH un groupe de Lie compact, TT un tore maximal de HH. On a alors H=NH(T).H0H = N_H(T).H_0, et l’injection de NH(T)N_H(T) dans HH induit un isomorphisme de NH(T)/NH0(T)N_H(T)/N_{H_0}(T) sur H/H0H/H_0.

Soit h∈Hh \in H. Alors h−1Thh^{-1}Th est un tore maximal de H0H_0, donc (th. 2) il existe g∈H0g \in H_0 tel que hg∈NH(T)hg \in N_H(T); ainsi hh appartient à NH(T).H0N_H(T).H_0, d’où la première assertion. La seconde en résulte immédiatement.

Remarque 3 01AD

Soit G un groupe de Lie connexe d’algèbre de Lie compacte. Appelons sous-groupes de Cartan de G les sous-groupes intégraux dont les algèbres de Lie sont les sous-algèbres de Cartan de L(G) (les sous-groupes de Cartan d’un groupe compact connexe sont donc ses tores maximaux). Le théorème 2 et ses corollaires sont encore valides pour G, en y remplaçant partout l’expression « tore maximal » par « sous-groupe de Cartan ». Cela résulte aussitôt du fait qu’en vertu de la prop. 5 du § 1, n° 4, G est le produit direct d’un groupe vectoriel V par un groupe compact connexe K et que les sous-groupes de Cartan de G sont les produits de V par les tores maximaux de K. Notons d’ailleurs qu’il résulte alors du cor. 6 ci-dessus qu’on peut aussi définir les sous-groupes de Cartan de G comme les fixateurs des sous-algèbres de Cartan de L(G).

Remarque 4

\* On peut aussi démontrer la partie c) du théorème 2 de la façon suivante. Munissons G d’une métrique riemannienne invariante (§ 1, n° 3, prop. 3). Alors, pour tout élément g de G, il existe une géodésique maximale passant par g et l’élément neutre de G (théorème de Hopf-Rinow), et on vérifie que l’adhérence d’une telle géodésique est un sous-tore de G. \

3. Tores maximaux des sous-groupes et des groupes quotients

Proposition 1 01AE

Soient G et G’ deux groupes de Lie compacts connexes.

a) Soit f : G → G’ un morphisme surjectif de groupes de Lie. Les tores maximaux de G’ sont les images par f des tores maximaux de G. Si le noyau de f est central dans G (par exemple discret), les tores maximaux de G sont les images réciproques par f des tores maximaux de G’.

b) Soit H un sous-groupe fermé connexe de G. Tout tore maximal de H est l’intersection avec H d’un tore maximal de G.

c) Soit H un sous-groupe fermé connexe distingué de G. Les tores maximaux de H sont les intersections avec H des tores maximaux de G.

a) Soit T un tore maximal de G ; alors L(T) est une sous-algèbre de Cartan de L(G) (n° 2, th. 2, a)), donc L(f(T)) une sous-algèbre de Cartan de L(G’) (VII, § 2, n° 1, cor. 2 à la prop. 4) ; il en résulte que f(T) est un tore maximal de G’ (n° 2, th. 2, a)). Si Ker f est central dans G, il est contenu dans T (cor. 2 au th. 2), donc T = f^{-1}(f(T)).

Inversement, soit T’ un tore maximal de G’ ; montrons qu’il existe un tore maximal T de G tel que f(T) = T’. Soit T_1 un tore maximal de G ; alors f(T_1) est un tore maximal de G’ et il existe g’ ∈ G’ tel que T’ = g’f(T_1) g’^{-1} (th. 2, b)) ; si g ∈ G est tel que f(g) = g’, on a T’ = f(T), avec T = gT_1g^{-1}.

b) Soit S un tore maximal de H ; c’est un tore de G et il existe donc un tore maximal T de G contenant S. Alors T ∩ H est un sous-groupe commutatif de H contenant S, donc égal à S (n° 2, remarque 2).

c) D’après § 1, n° 3, prop. 2, c), L(G) est produit direct de L(H) par un idéal ; les sous-algèbres de Cartan de L(H) sont donc les intersections avec L(H) des sous-algèbres de Cartan de L(G). Pour tout tore maximal T de G, T ∩ H contient donc un tore maximal S de H et on a S = T ∩ H (n° 2, remarque 2).

Remarque 1 01AF

La proposition 1 se généralise aussitôt aux groupes connexes à algèbre de Lie compacte. En particulier, si G est un groupe de Lie connexe dont l’algèbre de Lie est compacte, les sous-groupes de Cartan de G (cf. remarque 3, n° 2) ne sont autres que les images réciproques des tores maximaux du groupe de Lie compact connexe Ad(G) (par l’homomorphisme canonique de G sur Ad(G)).

Remarque 2 01AG

Soient G un groupe de Lie compact connexe, D~(G)\tilde{D}(G) le revêtement universel du groupe D(G)D(G) et f:D~(G)→Gf : \tilde{D}(G) \to G le morphisme composé des morphismes canoniques de D~(G)\tilde{D}(G) sur D(G)D(G) et de D(G)D(G) dans G. Alors l’application T↦f−1(T)T \mapsto f^{-1}(T) est une bijection de l’ensemble des tores maximaux de G sur l’ensemble des tores maximaux de D~(G)\tilde{D}(G); la bijection réciproque associe au tore maximal T~\tilde{T} de D~(G)\tilde{D}(G) le tore maximal C(G)0.f(T~)C(G)_0 . f(\tilde{T}) de G.

4. Sous-groupes de rang maximum

Nous appellerons rang d’un groupe de Lie connexe G et noterons rg G, le rang de son algèbre de Lie. D’après le th. 2, a), le rang d’un groupe de Lie compact connexe est la dimension commune de ses tores maximaux.

Soient G un groupe de Lie compact connexe et H un sous-groupe fermé de G. Si H est connexe, on a rg H≤rg G\mathrm{rg}\ H \leq \mathrm{rg}\ G (puisque les tores maximaux de H sont des tores de G). D’après le th. 2, c), dire que H est connexe et de rang maximum (c’est-à-dire de rang rg G\mathrm{rg}\ G) signifie que H est réunion de tores maximaux de G. On déduit alors aussitôt de la proposition 1 :

Proposition 2 01AH

Soit f:G→G′f : G \to G' un morphisme surjectif de groupes de Lie compacts connexes dont le noyau est central. Les applications H↦f(H)H \mapsto f(H) et H′↦f−1(H′)H' \mapsto f^{-1}(H') sont des bijections réciproques l’une de l’autre entre l’ensemble des sous-groupes fermés connexes de rang maximum de G et l’ensemble analogue pour G′G'.

Proposition 3 01AI

Soient G un groupe de Lie compact connexe, et H un sous-groupe fermé connexe de rang maximum.

a) La variété compacte G/HG/H est simplement connexe.

b) L’homomorphisme π1(H)→π1(G)\pi_1(H) \to \pi_1(G), déduit de l’injection canonique de H dans G, est surjectif.

Comme H est connexe, on a une suite exacte (TG, XI, à paraître)

π1(H)→π1(G)→π1(G/H,e‾)→0 \pi_1(H) \to \pi_1(G) \to \pi_1(G/H, \overline{e}) \to 0

où e‾\overline{e} est l’image dans G/HG/H de l’élément neutre de G. Comme G/HG/H est connexe, cela entraîne aussitôt l’équivalence des assertions a) et b). Par ailleurs, si f:G′→Gf : G' \to G est un morphisme surjectif de groupes de Lie compacts connexes dont le noyau est central, il revient au même de démontrer la proposition (sous la forme a)) pour G ou pour G′G' (prop. 2). On peut donc d’abord remplacer G par Ad(G)\mathrm{Ad}(G), donc supposer G semi-simple, puis remplacer G par un revêtement universel (§ 1, n° 4, cor. 2), donc supposer G simplement connexe. Mais alors l’assertion b) est triviale.

Proposition 4 01AJ

Soient G un groupe de Lie compact, H un sous-groupe fermé connexe de G de rang maximum et N le normalisateur de H dans G. Alors H est d’indice fini dans N et est la composante neutre de N.

En effet, l’algèbre de Lie de H contient une sous-algèbre de Cartan de L(G). D’après VII, § 2, n° 1, cor. 4 à la prop. 4, H est donc la composante neutre de N. Puisque N est compact, H est d’indice fini dans N.

Remarque 1 01AK

Tout sous-groupe intégral H de G tel que rg H = rg G est fermé : en effet, la démonstration précédente montre que H est la composante neutre de son normalisateur, qui est un sous-groupe fermé de G.

Remarque 2 01AL

Avec les notations de la prop. 4, tout sous-groupe fermé H′ de G contenant H et tel que (H′ : H) soit fini normalise H, donc est contenu dans N ; de même le normalisateur de H′ est contenu dans N. En particulier, N est son propre normalisateur.

5. Le groupe de Weyl

Soient G un groupe de Lie compact connexe et T un tore maximal de G. Notons N_G(T) le normalisateur de T dans G ; d’après la prop. 4 (n° 4), le groupe quotient N_G(T)/T est fini. On le note W_G(T) ou W(T) et on l’appelle le groupe de Weyl du tore maximal T de G, ou le groupe de Weyl de G relativement à T. Puisque T est commutatif, l’opération de N_G(T) sur T déduite des automorphismes intérieurs de G induit par passage au quotient une opération, dite canonique, du groupe W_G(T) sur le groupe de Lie T. D’après le cor. 6 au th. 2 du n° 2, cette opération est fidèle : l’homomorphisme W_G(T) → Aut T qui lui est associé est injectif.

Si T′ est un autre tore maximal de G et si g ∈ G est tel que Int g applique T sur T′ (n° 2, th. 2, b)), on déduit de Int g un isomorphisme a_g de W_G(T) sur W_G(T′) et on a a_g(s)(gtg^{-1}) = gs(t)g^{-1} pour tout s ∈ W_G(T) et tout t ∈ T.

Proposition 5 01J9

a) Toute classe de conjugaison dans G rencontre T.

b) Les traces sur T des classes de conjugaison de G sont les orbites du groupe de Weyl.

Soit g ∈ G ; d’après le th. 2 du n° 2, il existe h ∈ G tel que g ∈ hTh^{-1}, d’où a). Par définition du groupe de Weyl, deux éléments d’une même orbite de W_G(T) dans T sont conjugués dans G ; inversement, soient a, b deux éléments de T conjugués dans G. Il existe h ∈ G tel que b = hah^{-1} ; appliquant le cor. 7 au th. 2 (n° 2) avec A = {a}, s = Int h, T′ = T, on voit qu’il existe g ∈ G tel que Int hg applique T dans T et a sur b. La classe de hg dans W_G(T) applique alors a sur b, d’où la proposition.

Corollaire 1 01JA

L’injection canonique de T dans G définit par passage au quotient un homéomorphisme de T/W_G(T) sur l’espace G/Int(G) des classes de conjugaison de G.

En effet, c’est une application continue et bijective entre deux espaces compacts (cf. TG, III, p. 29, cor. 1).

Corollaire 2 01JB

Soit E une partie de G stable par les automorphismes intérieurs. Pour que E soit ouverte (resp. fermée, resp. dense) dans G, il faut et il suffit que E ∩ T soit ouverte (resp. fermée, resp. dense) dans T. Cela résulte du cor. 1 et de ce que les applications canoniques T → T/W_G(T) et G → G/Int(G) sont ouvertes (TG, III, p. 10, lemme 2).

Notons g l’algèbre de Lie de G, et t celle de T. On déduit de l’opération de W_G(T) dans T une représentation, dite canonique, du groupe W_G(T) dans le R-espace vectoriel t.

Proposition 6 01JC

a) Toute orbite de G dans g (pour la représentation adjointe) rencontre t. b) Les traces sur t des orbites de G sont les orbites de W_G(T) dans t. L’assertion a) résulte du th. 1 (n° 1). Soient x, y deux éléments de t conjugués sous Ad(G), et soit h ∈ G tel que (Ad h)(x) = y. Appliquant le corollaire au th. 1 (n° 1) avec a = {x}, u = Ad h, t' = t, on voit qu’il existe g ∈ G tel que Ad hg applique t sur t et x sur y. On a alors hg ∈ N_G(T) (III, § 9, n° 4, prop. 11), et la classe de hg dans W_G(T) applique x sur y, d’où la proposition.

Corollaire 01JD

L’injection canonique de t dans g définit par passage au quotient un homéomorphisme de t/W_G(T) sur g/Ad(G). Notons j cette application ; elle est bijective et continue (prop. 6). On a un diagramme commutatif

t→ig∣p∣qt/WG(T)→jg/Ad(G) \begin{array}{ccc} t & \xrightarrow{i} & g \\ |_p & & |_q \\ t/W_G(T) & \xrightarrow{j} & g/Ad(G) \end{array}

où p et q sont les applications de passage au quotient, et i l’injection canonique. Comme i et q sont propres (TG, I, p. 72, prop. 2 et TG, III, p. 28, prop. 2, c)) et que p est surjective, on en déduit que j est propre (TG, I, p. 73, prop. 5), donc est un homéomorphisme.

Proposition 7 01JE

Soit H un sous-groupe fermé de G contenant T. a) Notons W_H(T) le sous-groupe N_H(T)/T de W_G(T); le groupe H/H_0 est isomorphe au groupe quotient W_H(T)/W_{H_0}(T). b) Pour que H soit connexe, il faut et il suffit que tout élément de W_G(T) qui a un représentant dans H appartienne à W_{H_0}(T). L’assertion a) résulte du cor. 8 au th. 2 (n° 2), et l’assertion b) est un cas particulier de a).

6. Tores maximaux et relèvement d’homomorphismes

Soient G un groupe de Lie compact connexe, T un tore maximal de G. Considérons le groupe dérivé D(G) de G et son revêtement universel D~(G)\tilde{D}(G); soit p:D~(G)→Gp : \tilde{D}(G) \to G le morphisme composé des morphismes canoniques D~(G)→D(G)\tilde{D}(G) \to D(G) et D(G)→GD(G) \to G. Alors D~(G)\tilde{D}(G) est un groupe de Lie compact connexe (§1§ 1, no 4, cor. 2 à la prop. 4); de plus, l’image réciproque T~\tilde{T} de T par pp est un tore maximal de D~(G)\tilde{D}(G) (no 3, prop. 1).

Lemme 2 01AO

Soient H un groupe de Lie, fT:T→Hf_T : T \to H et f~:D~(G)→H\tilde{f} : \tilde{D}(G) \to H des morphismes de groupes de Lie tels que, pour tout t∈T~t \in \tilde{T}, on ait fT(p(t))=f~(t)f_T(p(t)) = \tilde{f}(t). Il existe un unique morphisme de groupes de Lie f:G→Hf : G \to H tel que f∘p=f~f \circ p = \tilde{f} et que la restriction de ff à T soit fTf_T.

Posons Z=C(G)0Z = C(G)_0; d’après §1§ 1, no 4, cor. 1 à la prop. 4, le morphisme de groupes de Lie g:Z×D~(G)→Gg : Z \times \tilde{D}(G) \to G tel que g(z,x)=z−1p(x)g(z, x) = z^{-1}p(x) est un revêtement; son noyau est formé des couples (z,x)(z, x) tels que p(x)=zp(x) = z, pour lesquels on a donc x∈p−1(Z)⊂T~x \in p^{-1}(Z) \subset \tilde{T}. Puisque le morphisme (z,x)↦fT(z−1)f~(x)(z, x) \mapsto f_T(z^{-1})\tilde{f}(x) de Z×D~(G)Z \times \tilde{D}(G) dans H applique Ker gg dans {e}\{e\}, il existe un morphisme ff de G dans H tel que f∘p=f~f \circ p = \tilde{f} et f(z)=fT(z)f(z) = f_T(z) pour z∈Zz \in Z. Mais on a aussi f(t)=fT(t)f(t) = f_T(t) pour t∈p(T~)t \in p(\tilde{T}); comme T=Z.p(T~)T = Z.p(\tilde{T}), la restriction de ff à T est bien fTf_T.

Proposition 8 01AP

Soient G un groupe de Lie compact connexe, T un tore maximal de G, H un groupe de Lie et φ:L(G)→L(H)\varphi : L(G) \to L(H) un homomorphisme d’algèbres de Lie. Pour qu’il existe un morphisme de groupes de Lie f:G→Hf : G \to H tel que L(f)=φL(f) = \varphi, il faut et il suffit qu’il existe un morphisme de groupes de Lie fT:T→Hf_T : T \to H tel que L(fT)=φ∣L(T)L(f_T) = \varphi|L(T); on a alors fT=f∣Tf_T = f|T.

Si f:G→Hf : G \to H est un morphisme de groupes de Lie tel que L(f)=φL(f) = \varphi, alors la restriction fTf_T de ff à T est l’unique morphisme de T dans H tel que L(fT)=φ∣L(T)L(f_T) = \varphi|L(T). Inversement, soit fT:T→Hf_T : T \to H un morphisme de groupes de Lie tel que L(fT)=φ∣L(T)L(f_T) = \varphi|L(T). Soient D~(G)\tilde{D}(G) et pp comme ci-dessus; l’application L(p)L(p) induit un isomorphisme de L(D~(G))L(\tilde{D}(G)) sur l’algèbre dérivée b de L(G)L(G). Il existe un morphisme de groupes de Lie f~:D~(G)→H\tilde{f} : \tilde{D}(G) \to H tel que L(f~)=(φ∣b)∘L(p)L(\tilde{f}) = (\varphi|b) \circ L(p) (III, §6§ 6, no 1, th. 1). Les morphismes t↦f~(t)t \mapsto \tilde{f}(t) et t↦fT(p(t))t \mapsto f_T(p(t)) de T~\tilde{T} dans H induisent le même homomorphisme des algèbres de Lie, donc coïncident. Appliquant le lemme 2, on en déduit l’existence d’un morphisme f:G→Hf : G \to H tel que L(f)L(f) et φ\varphi coïncident sur L(T)L(T) et b. Comme L(G)=b+L(T)L(G) = b + L(T), on a bien L(f)=φL(f) = \varphi.

Proposition 9 01AQ

Soient G un groupe de Lie compact connexe, T un tore maximal de G, H un groupe de Lie, f:G→Hf : G \to H un morphisme. Alors f est injectif si et seulement si sa restriction à T est injective.

En effet d’après le th. 2 (no 2), le sous-groupe distingué Ker ff de G est réduit à l’élément neutre si et seulement si son intersection avec T est réduite à l’élément neutre.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.