§ 6. Espaces classifiants
1. Prolongement des homotopies
Proposition 1 023V
Soit un espace topologique normal, soit X un sous-espace de , soit A un sous-espace fermé de contenu dans X et soit U un voisinage de A dans X.
Notons l’injection canonique de A dans X l’injection canonique de U dans X ; notons et les injections correspondantes de Cyl() et Cyl() dans .
Il existe une application continue Cyl() telle que pour tout point (Cyl()).
Soit un ouvert de tel que . Par définition d’un espace normal (TG, IX, p. 41), il existe un voisinage ouvert de A dans tel que et une fonction continue qui soit égale à 1 en tout point de A et à 0 en tout point de . Posons et . Notons aussi Cyl() et Cyl() les applications canoniques (III, p. 238).
Soit l’application de dans Cyl() donnée par
pour ,
sinon.
L’application est continue sur . Pour tout point tel que , on a , d’où . Par suite, les applications et pr coïncident sur , ce qui entraîne que est continue sur ce sous-espace. Comme U et l’intérieur de X-V recouvrent X, l’application est continue.
Soit un point de Cyl() ; posons . Si A, et , d’où . Sinon, et l’on a si et sinon ; par suite, dans ce cas. Cela entraîne que applique tout point de (Cyl()) sur lui-même, d’où la proposition.
Corollaire 1 023W
Soit X un espace topologique normal, soit une application continue de X dans un espace topologique Z. Soit A un sous-espace fermé de X, soit U un voisinage de A dans X et soit une homotopie dont le terme est l’application . Il existe une homotopie dont le terme est l’application et qui coïncide avec dans .
Posons et soit Cyl() l’application continue donnée par la prop. 1. Avec les notations introduites dans la démonstration de cette proposition, il existe une unique application continue F: Cyl() telle que pour et pour X (III, p. 238, prop. 4). L’application Z est une homotopie ; son terme applique un point X sur . Si , , donc cette homotopie coïncide avec sur .
Corollaire 2 023X
Soit X un espace topologique normal, soit A un sous-espace fermé de X et soit U un voisinage de A dans X. Soient et des applications continues homotopes de U dans un espace topologique Z. Si possède un prolongement continu à X, il en est de même de l’application .
Soit F une application continue de X dans Z telle que . Choisissons une homotopie reliant à . D’après le cor. 1, il existe une homotopie de terme F qui prolonge . L’origine de est alors une application continue de X dans Z qui coïncide avec sur A.
Corollaire 3 023Y
Soit X un espace topologique normal, soit A un sous-espace fermé de X et soit U un voisinage de A dans X. Soit Z un espace topologique homéotope à un point et soit Z une application continue. Il existe une application continue qui coïncide avec sur A.
Puisque Z est homéotope à un point, l’application est homéotope à une application constante . L’application se prolonge continûment à X ; l’assertion résulte donc du cor. 2.
Corollaire 4 023Z
Soit X un espace topologique paracompact, soit A un sous-espace fermé de X. Soit un entier et soit V un ouvert de . Soit une application continue et soit une homotopie de terme . Il existe une homotopie de terme qui prolonge .
Notons l’injection canonique de A dans X Cyl() et Cyl() les applications canoniques ainsi que Cyl() l’injection canonique. Comme A est fermé dans X définit un homéomorphisme de Cyl() sur le sous-espace fermé de . Soit l’unique application de Cyl() dans V telle que et ; elle est continue (III, p. 238, prop. 4).
Comme X est paracompact et que est compact, l’espace est paracompact (TG, I, p. 70, prop. 17), donc normal (TG, IX, p. 49, prop. 4). Il existe donc une application continue telle que (TG, IX, p. 45, corollaire).
L’ensemble U des points X tels que V pour tout est ouvert dans X (IV, p. 439, lemme 1). C’est donc un voisinage de A. D’après le corollaire 1, appliqué à l’application et à l’homotopie , il existe une homotopie d’origine qui coïncide avec , donc avec , sur .
Lemme 1 0240
Soient Z un espace topologique, K un espace topologique compact et W une partie ouverte de . L’ensemble U des points tels que soit contenu dans W est ouvert dans Z.
La première projection pr est propre (TG, I, p. 77, cor. 5), donc fermée. Par suite, pr est fermé dans Z et U est ouvert.
Corollaire 5 0241
Soit un espace topologique normal, soit X un sous-espace de , soit A un sous-espace fermé de contenu dans X et soit U un voisinage de A dans X.
Soient Y et Z des espaces topologiques ; soit un -morphisme et soit un -morphisme qui coïncide avec sur .
Il existe alors un -morphisme qui coïncide avec sur et avec sur .
En outre, si et sont des homéomorphismes, on peut choisir un homéomorphisme ayant les propriétés requises.
Soit un voisinage ouvert de A dans tel que . Comme l’espace est normal, il existe un voisinage ouvert de A dans tel que (TG, IX, p. 41). Quitte à remplacer U par , on peut ainsi supposer que U est fermé dans X. Reprenons alors les notations de la prop. 1 et de sa démonstration ; soit Cyl() une application continue telle que pour tout point (Cyl()).
Posons aussi pr et pr. Comme et coïncident sur , il existe une unique application
Cyl() Cyl()
telle que pour et pour . Comme U est fermé dans X, la surjection canonique de dans Cyl() est universellement stricte (III, p. 239, remarque 2). Comme l’application Id est continue, l’application est continue. C’est donc un morphisme de Cyl()-espaces, et même un isomorphisme si et sont des homéomorphismes.
Soit alors l’application déduite de par le changement de base . Elle est donnée par , pr pour . C’est un morphisme de -espaces, et même un isomorphisme si l’est. Pour , on a , d’où
, pr,
ce qui démontre que coïncide avec sur . De même, pour et , on a , donc
, pr
si bien que coïncide avec sur . Le corollaire est ainsi démontré.
2. Espaces fibrés localement triviaux de base
Proposition 2 0242
Soit B un espace topologique paracompact et soit un -espace fibré localement trivial. Posons et notons l’application pr. Alors, les -espaces et Id sont isomorphes.
Démontrons d’abord deux lemmes.
Lemme 2 0243
Soient des nombres réels tels que , soit B un espace topologique et soit une application continue. Posons , , , et notons les applications déduites de . Si et sont des espaces fibrés trivialisables, il en est de même de .
Soient et des trivialisations de et respectivement. Notons et les trivialisations du -espace fibré déduites de et par restriction. L’application est un -isomorphisme de sur . On définit une application continue de dans en posant pr pour . Pour , posons . L’application H ainsi définie est un -isomorphisme de sur , et l’on a . Il existe donc une application continue telle que et . L’application est un isomorphisme de -espaces, donc E est trivialisable.
Lemme 3 0244
Soit B un espace topologique et soit un -espace fibré localement trivial. Tout point de B possède un voisinage V tel que le -espace soit trivialisable.
Soit un point de B; pour tout point de , il existe un voisinage ouvert de dans et un voisinage de dans B tels que E soit trivialisable au-dessus de . Il existe alors un entier et, pour tout entier tel que 1 , un point de tel que l’intervalle soit contenu dans III, p. 272, lemme 4). Posons . L’espace fibré E est trivialisable au-dessus de pour tout entier tel que . Le lemme 3 résulte alors du lemme 2 par récurrence sur .
Démontrons maintenant la proposition. D’après le lemme 3, il existe un recouvrement ouvert de B tel que, pour tout , E soit trivialisable au-dessus de . Comme l’espace B est paracompact, on peut supposer le recouvrement localement fini (TG, IX, p. 49) et choisir un recouvrement de B où, pour tout , l’ensemble est fermé dans B et contenu dans (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1).
Pour toute partie ouverte U de B, notons l’ensemble des -isomorphismes de sur qui induisent l’application identique de sur . Pour tout couple d’ouverts de B tels que , notons l’application qui, à un -isomorphisme , associe le -isomorphisme déduit de par passage aux sous-espaces. Le couple est un faisceau sur B (I, p. 45, exemple 4). Pour démontrer la proposition, il suffit de démontrer que le faisceau est mou (I, p. 64).
Soit , soit A une partie fermée de , soit V un ensemble ouvert dans B tel que et soit un élément de . Il existe un voisinage ouvert W de A tel que , car un espace paracompact est normal (TG, IX, p. 49, prop. 4). Nous allons démontrer qu’il existe un élément de tel que . Le corollaire 2 (I, p. 65) de la prop. 6 entraîne alors que le faisceau est mou.
Comme le -espace E est trivialisable au-dessus de , nous pouvons supposer que , où F est un espace topologique. L’élément de est alors un -isomorphisme de sur lui-même qui induit l’application identique de . Appliquons le cor. 5 de IV, p. 439, aux espaces , , A = W, U = V, et Y = Z = F, à l’application et à l’application identique de . Il existe donc un -isomorphisme de sur lui-même qui induit l’application identique de et qui coïncide avec sur , et a fortiori sur . D’où la proposition.
Corollaire 1 0245
Soit B un espace topologique paracompact et soit un -espace fibré localement trivial (I, p. 71, corollaire 2). Pour , notons le B-espace fibré localement trivial , où est l’application . Les B-espaces fibrés localement triviaux et sont isomorphes pour tout .
Corollaire 2 0246
Soient B et des espaces topologiques, soit E un B-espace fibré localement trivial. Soient et des applications continues de dans B. Supposons que l’espace soit paracompact. Si les applications et sont homotopes, les -espaces fibrés localement triviaux et sont isomorphes.
Soit une homotopie reliant à et notons le -espace ; c’est un espace fibré localement trivial. Notons et les applications de dans données par et . D’après le cor. 1, les -espaces fibrés et sont isomorphes. Comme , le -espace s’identifie à ; de même, le -espace s’identifie à . Par suite, les -espaces fibrés et sont isomorphes, ce qu’il fallait démontrer.
Corollaire 3 0247
Soit B un espace topologique paracompact. Si B est homéotope à un point, tout espace fibré localement trivial de base B est trivialisable.
Corollaire 4 0248
Soient B et des espaces topologiques, soit un B-espace fibré localement trivial, soit une application continue de dans B, soit une homotopie d’origine et soit un relèvement continu de à E. Si l’espace est paracompact, il existe une homotopie d’origine qui est un relèvement de à E.
Soit le -espace déduit de par changement de base par l’application . C’est un espace fibré localement trivial (I, p. 71, cor. 2) et l’application définie par pour est une section continue de au-dessus de . D’après la prop. 2, il existe une section continue de qui prolonge . L’application pr a la propriété requise.
3. Espaces fibrés principaux de base
Soit G un groupe topologique. Nous allons voir que la proposition 2 et ses corollaires restent valables lorsqu’on remplace, dans chaque énoncé, « espace fibré localement trivial » par « espace fibré principal de groupe G ».
Lemme 4 0249
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique et soient E, des espaces fibrés principaux de groupe G et de base B. Notons F l’espace topologique G muni de l’opération à gauche de donnée par et notons l’espace fibré localement trivial de fibre-type F et de base B associé.
Le faisceau sur B des sections de M est isomorphe au faisceau sur B des isomorphismes d’espaces fibrés principaux de E dans .
Notons et les projections des B-espaces E, et M. Pour et , notons la classe dans M de l’élément . Notons le faisceau sur B des isomorphismes d’espaces fibrés principaux de E dans ; ses sections au-dessus d’un ouvert U de B sont les isomorphismes d’espaces fibrés principaux de dans .
Notons l’élément neutre de G. Soit U un ouvert de B et soit un isomorphisme d’espaces fibrés principaux de groupe G et de base U. L’application de dans définie par est continue. Pour et , elle applique sur . Il existe donc une unique application continue telle que pour tout ; on a .
Il est immédiat que les applications définissent un morphisme de faisceaux de dans .
Lemme 5 024A
Le morphisme de faisceaux est un isomorphisme.
Supposons tout d’abord que les espaces fibrés principaux E et soient tous deux trivialisables ; choisissons-en des sections et . Il existe alors une unique application continue de M dans telle que l’on ait
pour et F; c’est un isomorphisme de B-espaces. Soit un isomorphisme d’espaces fibrés principaux de E dans ; il existe une unique application continue telle que pour . L’image de par l’application est l’application de B dans M. Ceci entraîne que est une bijection.
Par conséquent, est une bijection pour tout ouvert U de B tel que les espaces fibrés principaux et soient trivialisables. D’après le corollaire 2 de I, p. 55, cela entraîne que est un isomorphisme de faisceaux.
Proposition 3 024B
Soit G un groupe topologique, soit B un espace topologique paracompact et soit un espace fibré principal de groupe G et de base . Posons et soit l’application pr. Alors, et Id sont des espaces fibrés principaux de groupe G et de base isomorphes.
Soit F l’espace topologique G muni de l’opération à gauche du groupe donnée par . Soit l’espace fibré localement trivial de base et de fibre-type F associé à l’espace fibré principal de groupe . Posons et pr; le B-espace s’identifie à l’espace fibré localement trivial de fibre-type F associé à . D’après le lemme 4, où l’on prend pour espaces fibrés principaux E et égaux à , le B-espace possède une section. Comme les -espaces et Id sont isomorphes (IV, p. 440, prop. 2), le -espace possède une section, ce qui entraîne que les espaces fibrés principaux de groupe G, E et , sont isomorphes.
Corollaire 1 024C
Soit B un espace topologique paracompact, soit G un groupe topologique et soit un -espace fibré principal de groupe G. Pour , notons le B-espace fibré principal , où est l’application . Les B-espaces fibrés principaux et sont isomorphes pour tout .
Corollaire 2 024D
Soient B et des espaces topologiques, soit G un groupe topologique, soit E un B-espace fibré principal de groupe G. Soient et des applications continues de dans B. Supposons que l’espace soit paracompact. Si les applications et sont homotopes, les -espaces fibrés principaux et sont isomorphes.
Corollaire 3 024E
Soit B un espace topologique paracompact et soit G un groupe topologique. Si B est homéotope à un point, tout espace fibré principal de groupe G est trivialisable.
Remarque 024F
Une démonstration alternative de ces résultats consisterait à vérifier que les isomorphismes d’espaces fibrés construits dans la prop. 2 et ses corollaires sont des isomorphismes d’espaces fibrés principaux.
4. Espaces fibrés universels
Soit G un groupe topologique, soient B et des espaces topologiques et soient et des espaces fibrés principaux de groupe G et de bases B et respectivement.
Soit U une partie ouverte de B et soit une application continue qui est compatible avec les opérations de G dans et respectivement. Il existe alors une unique application continue telle que et le carré commutatif
U
est alors cartésien (I, p. 94, exemple (FP)).
Pour toute partie ouverte U de B, notons alors l’ensemble des applications continues qui sont compatibles avec les opérations de G dans et respectivement. Pour tout couple d’ouverts de B tels que , on note l’application définie par . On vérifie immédiatement que l’on a défini ainsi un faisceau sur B. Nous appellerons ce faisceau le faisceau sur B des morphismes d’espaces fibrés principaux de groupe G de E dans .
Proposition 4 024G
Si l’espace B est paracompact et si l’espace est homéotope à un point, le faisceau sur B des morphismes d’espaces fibrés principaux de groupe G de E dans est un faisceau mou.
Il existe un recouvrement ouvert de B tel que, pour tout , l’espace fibré soit trivialisable. Comme l’espace B est paracompact, on peut supposer le recouvrement localement fini (TG, IX, p. 49) et choisir un recouvrement de B où, pour tout , l’ensemble est fermé dans B et contenu dans (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1).
D’après I, p. 65, cor. 2 de la prop. 6, il suffit, pour démontrer la proposition, d’établir l’assertion suivante : soit U une partie ouverte de B telle que l’espace fibré principal soit trivialisable, soit A une partie fermée de B contenue dans U, soit V un voisinage ouvert de A contenu dans U et soit un élément de , il existe alors un voisinage ouvert W de A dans V et un élément de tel que . Démontrons cette assertion.
Soit W une partie ouverte de B telle que . Soit une section de . Appliquons le corollaire 3 (IV, p. 438) à l’espace B, au fermé et au voisinage V de et à l’application de dans . Il existe donc une application continue qui coïncide avec sur . Soit . On a .
L’application définie par pour est continue et compatible avec les opérations de G dans et . Posons ; c’est un élément de . Pour tout , les applications et coïncident au point , donc en tout point de , car ce sont des morphismes d’espaces fibrés principaux. La proposition en résulte.
Théorème 1 024H
Soit G un groupe topologique, soit un espace topologique, et soit un espace fibré principal de groupe G et de base . On suppose que l’espace est homéotope à un point.
Soit B un espace topologique paracompact.
a) Tout espace fibré principal de groupe G et de base B est isomorphe à un espace fibré principal de la forme , où est une application continue.
b) Soient et des applications continues de B dans . Pour que et soient des espaces fibrés principaux de groupe G et de base B isomorphes, il faut et il suffit que les applications et soient homotopes.
En d’autres termes, il existe une application de dans P(B; G) qui, à la classe d’homotopie d’une application continue de B dans , associe la classe d’isomorphisme de l’espace fibré principal . Cette application est bijective.
Soit E un espace fibré principal de groupe G et de base B. D’après la prop. 4, le faisceau sur B des morphismes d’espaces fibrés principaux de E dans est mou. Par suite, n’est pas vide, d’où a).
Soient et des applications continues de B dans . Si les applications et sont homotopes, les espaces fibrés principaux et sont isomorphes (IV, p. 445, cor. 2). Démontrons la réciproque. Pour , notons le -espace fibré principal , la première projection et la seconde projection. Soit un isomorphisme d’espaces fibrés principaux. Soit l’application Id.
Comme l’espace est paracompact (TG, IX, p. 70, prop. 17), le faisceau sur des morphismes d’espaces fibrés principaux de dans est mou (IV, p. 446, prop. 4). Posons , , et définissons un élément de en posant
pour ,
2
pour .
Comme le faisceau est mou, il existe un élément et un voisinage ouvert V de A dans U tel que ; un tel élément est une application continue , compatible avec les opérations de G et telle que , pour tout . Il existe alors une application telle que pour et ; cette application est continue, c’est une homotopie reliant à .
Corollaire 024I
Soit G un groupe topologique, soient B et des espaces topologiques paracompacts. Soient et des espaces fibrés principaux de groupe G et de base B et respectivement. Supposons que les espaces E et soient tous deux homéotopes à un point. Les espaces B et sont homéotopes.
Il existe en effet une application continue telle que l’espace fibré principal E soit isomorphe à l’espace fibré principal et une application continue telle que l’espace fibré principal soit isomorphe à l’espace fibré principal (théorème 1, a)). Les espaces fibrés principaux et E sont alors isomorphes, donc l’application est homotope à l’application Id (théorème 1, b)). De même, l’application est homotope à l’application Id.
Soit G un groupe topologique, soit B un espace topologique et soit E un espace fibré principal de groupe G et de base B. Supposons que l’espace E soit homéotope à un point. On dit que l’espace fibré principal E est universel pour les espaces fibrés principaux de groupe G et de base paracompacte, et on dit que l’espace B est un espace classifiant pour G. Si deux espaces classifiants pour G sont paracompacts, ils sont homéotopes. Lorsqu’il existe un espace classifiant, l’étude des classes d’isomorphisme d’espaces fibrés principaux de groupe G et de base paracompacte peut être considérée comme un problème d’homotopie.
Exemple 024J
Muni de l’application , et de l’opération de par translation, l’espace est un revêtement principal de groupe . L’espace est ainsi un espace classifiant pour le groupe .
Pour tout groupe discret G, nous construirons dans le numéro suivant un espace métrisable qui est un espace classifiant pour G.
5. Espace classifiant pour un groupe discret
Soit G un groupe topologique ; notons son élément neutre. Soit l’ensemble des applications pour lesquelles il existe une suite finie avec telle que soit constante sur les intervalles pour . Une telle suite sera dite adaptée à . Pour toute partie finie de , il existe une suite adaptée à chacun de ses éléments.
L’ensemble est un sous-groupe de . Nous notons son élément neutre ; l’inverse d’un élément est l’application , notée .
Soit V un voisinage de dans G. Soit et soit une suite adaptée à . L’ensemble des éléments tels que est réunion de certains des intervalles ; la somme des longueurs de ces intervalles ne dépend pas de la suite choisie ; notons-la . Pour tout nombre réel tel que , notons alors l’ensemble des tels que .
Proposition 5 024K
Il existe une unique topologie sur compatible avec sa structure de groupe pour laquelle les ensembles forment une base des voisinages de l’élément neutre.
Vérifions que les ensembles satisfont aux axiomes (GV), (GV) et (GV) de TG, III, p. 4.
Soit V un voisinage de dans G et soit un nombre réel strictement positif. Soit W un voisinage de dans G tel que . Soient et des éléments de . Si tel , on a ou . Il en résulte que . Par conséquent, , ce qui démontre l’axiome (GV).
Soit W un voisinage de dans G tel que . Alors , d’où l’axiome (GV).
Soit un élément de ; comme la fonction ne prend qu’un nombre fini de valeurs, il existe un voisinage W de dans G tel que pour tout . Soit alors un élément de . Pour , si V, alors . Par conséquent, . Cela démontre que , d’où l’axiome (GV).
Proposition 6 024L
L’espace est contractile et localement contractile en chacun de ses points.
Pour et , notons l’application de dans G donnée par si et sinon.
Montrons que l’application ainsi définie est continue. Soit en effet , soit V un voisinage de dans G et soit un nombre réel strictement positif. L’élément de est l’application de dans G donnée par
si min() ;
si ;
si ;
sinon.
Par suite,
autrement dit, pour que , il suffit que l’on ait et , ce qui démontre la continuité de en .
Pour tout est l’application constante d’image , tandis que . En outre, pour tout . Par conséquent, est une homotopie pointée en reliant l’application constante d’image à l’application identique de . Cela démontre que est contractile en .
En outre, pour tout voisinage V de dans G et tout nombre réel , on a . Par suite, est aussi contractile en , si bien que est localement contractile en .
Comme est un groupe topologique, il est contractile et localement contractile en chacun de ses points.
Soit l’application de G dans qui, à , associe l’application constante d’image de dans G. L’application est un homomorphisme injectif de groupes. Soit V un voisinage de dans G et soit un nombre réel strictement positif. On a si et sinon. L’image réciproque d’un voisinage de l’élément neutre de est un voisinage de l’élément neutre de G, d’où la continuité de . De plus, pour tout voisinage V de dans G. Par suite, définit un isomorphisme de groupes topologiques de G sur son image.
Remarque 1 024M
Si G est un groupe topologique séparé, est fermé dans .
Soit en effet tel que , soit une suite adaptée à , posons min. Soit V un voisinage de dans G tel que , pour tout couple d’entiers tels que et ; il en existe car G est séparé. Soit W un voisinage de dans G tel que . Démontrons qu’alors ne rencontre pas .
Raisonnons par l’absurde. Soient un élément de et un élement de G tels que = . On a donc pour tout , si bien que la suite est aussi adaptée à la fonction . Si la valeur prise par sur l’intervalle n’appartient pas à W, alors , car . Cette inégalité étant fausse, par définition de , on a pour tout . Soient alors et des éléments de tels que ; on a
ce qui contredit le choix de W. Le sous-groupe de est donc fermé.
Supposons que G soit un groupe topologique métrisable et soit une distance sur G qui définit sa topologie. Soient et et soit une suite adaptée à et . Le nombre réel
ne dépend pas de la suite choisie ; notons-le .
Démontrons que est une distance sur . On a pour , et pour tout . Inversement, soient et des éléments de tels que . Soit une suite adaptée à et . Comme
et que tous les termes de cette somme sont positifs ou nuls, on a pour tout , d’où . Enfin, soient des éléments de et soit une suite adaptée à chacune d’entre elles. Alors,
donc vérifie l’inégalité triangulaire.
Cette distance est invariante par translations à droite (resp. à gauche) si l’est.
Proposition 7 024N
Supposons que G soit un groupe topologique métrisable. Alors, le groupe topologique est métrisable. Plus précisément, si est une distance bornée sur G qui définit sa topologie, la topologie de est définie par la distance .
Soit une distance sur G qui définit sa topologie. Alors, l’application donnée par inf() est une distance bornée sur G qui définit aussi sa topologie (TG, IX, p. 3). Il suffit donc de démontrer que définit la topologie de sous l’hypothèse que est bornée.
Soit V un voisinage de dans G et soit un nombre réel strictement positif. Soit un nombre réel strictement positif tel que V contienne la boule . Soit et soit une suite adaptée à . Alors,
Par conséquent, la boule dans est contenue dans .
Inversement, soit un nombre réel strictement positif et soit Δ un majorant strictement positif du diamètre de G. Soit V un voisinage de dans G contenu dans la boule . Pour une fonction et une suite adaptée à , on a
=
+
L’inégalité précédente entraîne que, pour tout élément de , on a . Par conséquent, toute boule de pour la distance contient un voisinage de l’élément neutre.
Remarque 2 024O
Soit une distance bornée qui définit la topologie de G. Lorsque l’on munit le groupe topologique de la distance , l’homomorphisme est une isométrie.
Remarque 3 024P
Supposons que G soit un groupe topologique discret. Le sous-groupe est alors un sous-groupe discret de . En effet, la topologie de G est définie par la distance sur G donnée par si et sinon. L’assertion résulte alors de la remarque précédente.
Théorème 2 024Q
Soit G un groupe topologique discret. Faisons opérer G à droite dans par et notons B l’espace topologique quotient .
L’espace est un revêtement de B, principal de groupe G; il est simplement connexe par arcs.
L’espace B est un espace topologique métrisable, connexe par arcs, localement contractile et son groupe de Poincaré en tout point est isomorphe à G.
Ainsi, l’espace B est un espace classifiant pour le groupe G.
Le groupe est contractile en son élément neutre (IV, p. 450, prop. 6). Il est en particulier connexe par arcs (III, p. 260) et simplement connexe par arcs (IV, p. 340).
Le groupe est fermé dans (TG, III, p. 7, prop. 5), donc l’espace est métrisable (TG, III, p. 13, prop. 18 et TG, IX, p. 25, prop. 4). Il est aussi connexe par arcs (III, p. 258, prop. 3). Comme le groupe est discret, il résulte du corollaire 2 de I, p. 100, que est un revêtement principal de groupe G de B. Le revêtement pointé est alors un revêtement universel de l’espace B pointé en l’image de ; le groupe de Poincaré de B (en chacun de ses points) est isomorphe à G.
Exercices
See the exercises for § 6.