Bourbaki

§ 6. Espaces classifiants

1. Prolongement des homotopies

Proposition 1 023V

Soit X′X' un espace topologique normal, soit X un sous-espace de X′X', soit A un sous-espace fermé de X′X' contenu dans X et soit U un voisinage de A dans X.

Notons iAi_A l’injection canonique de A dans X,iU,i_U l’injection canonique de U dans X ; notons jAj_A et jUj_U les injections correspondantes de Cyl(iAi_A) et Cyl(iUi_U) dans X×IX\times \mathbf{I}.

Il existe une application continue r:X×I→r: X\times \mathbf{I}\rightarrow Cyl(iUi_U) telle que jU∘j_U\circ r(x)=xr(x) =x pour tout point x∈jAx\in j_A(Cyl(iAi_A)).

Soit U′U' un ouvert de X′X' tel que A⊂X∩U′⊂UA\subset X\cap U'\subset U. Par définition d’un espace normal (TG, IX, p. 41), il existe un voisinage ouvert V′V' de A dans X′X' tel que A⊂V′⊂V′‾⊂U′A\subset V'\subset \overline{V'}\subset U' et une fonction continue φ′:X′→I\varphi ': X'\rightarrow \mathbf{I} qui soit égale à 1 en tout point de A et à 0 en tout point de ∁V′\complement V'. Posons φ=φ′∣X\varphi =\varphi '|X et V=X∩V′V = X\cap V'. Notons aussi α:U×I→\alpha : U\times \mathbf{I}\rightarrow Cyl(iUi_U) et β:X→\beta : X\rightarrow Cyl(iUi_U) les applications canoniques (III, p. 238).

Soit rr l’application de X×IX\times \mathbf{I} dans Cyl(iUi_U) donnée par

α(x,1−(1−t)φ(x))\alpha (x,1-(1-t)\varphi (x)) pour (x,t)∈U×I(x, t)\in U\times \mathbf{I},

r(x,t)= r(x, t) =

β(x)\beta (x) sinon.

L’application rr est continue sur U×IU\times \mathbf{I}. Pour tout point (x,t)∈U×I(x, t)\in U\times \mathbf{I} tel que x∉Vx\notin V, on a φ(x)=0\varphi (x) = 0, d’où r(x,t)=α(x,1)=β(x)r(x, t) =\alpha (x,1) =\beta (x). Par suite, les applications rr et β∘\beta \circ pr1_1 coïncident sur (X−V)×I(X-V)\times \mathbf{I}, ce qui entraîne que rr est continue sur ce sous-espace. Comme U et l’intérieur de X-V recouvrent X, l’application rr est continue.

Soit yy un point de Cyl(iAi_A) ; posons (x,t)=jA(y)(x, t) =j_A(y). Si x∈x\in A, φ(x)=1\varphi (x) = 1 et r(x,t)=α(x,t)r(x, t) =\alpha (x, t), d’où jU(r(x,t))=(x,t)j_U(r(x, t)) = (x, t). Sinon, t=1t= 1 et l’on a r(x,t)=α(x,1)r(x, t) =\alpha (x,1) si x∈Ux\in U et r(x,t)=β(x)r(x, t) =\beta (x) sinon ; par suite, jU(r(x,t))=(x,t)j_U(r(x, t)) = (x, t) dans ce cas. Cela entraîne que jU∘rj_U\circ r applique tout point de jAj_A(Cyl(iAi_A)) sur lui-même, d’où la proposition.

Corollaire 1 023W

Soit X un espace topologique normal, soit ff une application continue de X dans un espace topologique Z. Soit A un sous-espace fermé de X, soit U un voisinage de A dans X et soit σ:U×\sigma : U\times I→Z\mathbf{I}\rightarrow Z une homotopie dont le terme est l’application f∣Uf|U. Il existe une homotopie σ~:X×I→Z\widetilde{\sigma}: X\times \mathbf{I}\rightarrow Z dont le terme est l’application ff et qui coïncide avec σ\sigma dans A×IA\times \mathbf{I}.

Posons X′=XX'= X et soit r:X×I→r: X\times \mathbf{I}\rightarrow Cyl(iUi_U) l’application continue donnée par la prop. 1. Avec les notations introduites dans la démonstration de cette proposition, il existe une unique application continue F: Cyl(iUi_U)→Z\rightarrow Z telle que F(α(x,t))=σ(x,t)F(\alpha (x, t)) =\sigma (x, t) pour (x,t)∈U×I(x, t)\in U\times \mathbf{I} et F(β(x))=f(x)F(\beta (x)) =f(x) pour x∈x\in X (III, p. 238, prop. 4). L’application F∘r:X×I→F\circ r: X\times \mathbf{I}\rightarrow Z est une homotopie ; son terme applique un point x∈x\in X sur F(r(x,1))=F(β(x))=f(x)F(r(x,1)) = F(\beta (x)) =f(x). Si (x,t)∈A×I(x, t)\in A\times \mathbf{I}, F(r(x,t))=F(α(x,t))=σ(x,t)F(r(x, t)) = F(\alpha (x, t)) =\sigma (x, t), donc cette homotopie coïncide avec σ\sigma sur A×IA\times \mathbf{I}.

Corollaire 2 023X

Soit X un espace topologique normal, soit A un sous-espace fermé de X et soit U un voisinage de A dans X. Soient ff et f′f' des applications continues homotopes de U dans un espace topologique Z. Si ff possède un prolongement continu à X, il en est de même de l’application f′∣Af'|A.

Soit F une application continue de X dans Z telle que F∣U=fF|U =f. Choisissons une homotopie σ:A×I→Z\sigma : A\times \mathbf{I}\rightarrow Z reliant f′f' à ff. D’après le cor. 1, il existe une homotopie σ~:X×I→Z\widetilde{\sigma}: X\times \mathbf{I}\rightarrow Z de terme F qui prolonge σ\sigma. L’origine de σ~\widetilde{\sigma} est alors une application continue de X dans Z qui coïncide avec f′f' sur A.

Corollaire 3 023Y

Soit X un espace topologique normal, soit A un sous-espace fermé de X et soit U un voisinage de A dans X. Soit Z un espace topologique homéotope à un point et soit g:U→g: U\rightarrow Z une application continue. Il existe une application continue g~:X→Z\widetilde{g}: X\rightarrow Z qui coïncide avec gg sur A.

Puisque Z est homéotope à un point, l’application gg est homéotope à une application constante ff. L’application ff se prolonge continûment à X ; l’assertion résulte donc du cor. 2.

Corollaire 4 023Z

Soit X un espace topologique paracompact, soit A un sous-espace fermé de X. Soit nn un entier ⩾0\geqslant 0 et soit V un ouvert de Rn\mathbf{R}^n. Soit f:X→Vf: X\rightarrow V une application continue et soit σ:A×I→V\sigma : A\times \mathbf{I}\rightarrow V une homotopie de terme f∣Af|A. Il existe une homotopie σ~:X×I→V\widetilde{\sigma}: X\times \mathbf{I}\rightarrow V de terme ff qui prolonge σ\sigma.

Notons iAi_A l’injection canonique de A dans X,αA:A×I→,\alpha_A: A\times \mathbf{I}\rightarrow Cyl(iAi_A) et βA:X→\beta_A: X\rightarrow Cyl(iAi_A) les applications canoniques ainsi que jA:j_A: Cyl(iAi_A)→\rightarrow X×IX\times \mathbf{I} l’injection canonique. Comme A est fermé dans X,jA,j_A définit un homéomorphisme de Cyl(iAi_A) sur le sous-espace fermé (A×I)∪(X×{1})(A\times \mathbf{I})\cup (X\times \{1\}) de X×IX\times \mathbf{I}. Soit σ~0\widetilde{\sigma}_0 l’unique application de Cyl(iAi_A) dans V telle que σ~0∘αA=σ\widetilde{\sigma}_0\circ \alpha_A=\sigma et σ~0∘βA=f\widetilde{\sigma}_0\circ \beta_A=f; elle est continue (III, p. 238, prop. 4).

Comme X est paracompact et que I\mathbf{I} est compact, l’espace X×IX\times \mathbf{I} est paracompact (TG, I, p. 70, prop. 17), donc normal (TG, IX, p. 49, prop. 4). Il existe donc une application continue k:X×I→Rnk: X\times \mathbf{I}\rightarrow \mathbf{R}^n telle que k∘jA=σ~0k\circ j_A=\widetilde{\sigma}_0 (TG, IX, p. 45, corollaire).

L’ensemble U des points x∈x\in X tels que k(x,t)∈k(x, t)\in V pour tout t∈It\in \mathbf{I} est ouvert dans X (IV, p. 439, lemme 1). C’est donc un voisinage de A. D’après le corollaire 1, appliqué à l’application ff et à l’homotopie k∣U×Ik|U\times \mathbf{I}, il existe une homotopie σ~:X×I→V\widetilde{\sigma}: X\times \mathbf{I}\rightarrow V d’origine ff qui coïncide avec kk, donc avec σ\sigma, sur A×IA\times \mathbf{I}.

Lemme 1 0240

Soient Z un espace topologique, K un espace topologique compact et W une partie ouverte de Z×KZ\times K. L’ensemble U des points z∈Zz\in Z tels que {z}×K\{z\} \times K soit contenu dans W est ouvert dans Z.

La première projection pr1:Z×K→Z_1: Z\times K\rightarrow Z est propre (TG, I, p. 77, cor. 5), donc fermée. Par suite, ∁U=\complement U = pr1(∁W)_1(\complement W) est fermé dans Z et U est ouvert.

Corollaire 5 0241

Soit X′X' un espace topologique normal, soit X un sous-espace de X′X', soit A un sous-espace fermé de X′X' contenu dans X et soit U un voisinage de A dans X.

Soient Y et Z des espaces topologiques ; soit f:X×{1}×Y→f: X\times \{1\} \times Y\rightarrow X×{1}×ZX\times \{1\} \times Z un X×{1}X\times \{1\}-morphisme et soit g:U×I×Y→U×I×Zg: U\times \mathbf{I}\times Y\rightarrow U\times \mathbf{I}\times Z un U×IU\times \mathbf{I}-morphisme qui coïncide avec ff sur U×{1}×YU\times \{1\} \times Y.

Il existe alors un X×IX\times \mathbf{I}-morphisme h:X×I×Y→X×I×Zh: X\times \mathbf{I}\times Y\rightarrow X\times \mathbf{I}\times Z qui coïncide avec ff sur X×{1}×YX\times \{1\} \times Y et avec gg sur A×I×YA\times \mathbf{I}\times Y.

En outre, si ff et gg sont des homéomorphismes, on peut choisir un homéomorphisme hh ayant les propriétés requises.

Soit U′U' un voisinage ouvert de A dans X′X' tel que U′∩X⊂UU'\cap X\subset U. Comme l’espace X′X' est normal, il existe un voisinage ouvert V′V' de A dans X′X' tel que A⊂V′⊂V′‾⊂U′A\subset V'\subset \overline{V'}\subset U' (TG, IX, p. 41). Quitte à remplacer U par V′‾∩X\overline{V'}\cap X, on peut ainsi supposer que U est fermé dans X. Reprenons alors les notations de la prop. 1 et de sa démonstration ; soit r:X×I→r: X\times \mathbf{I}\rightarrow Cyl(iUi_U) une application continue telle que jU∘r(x)=xj_U\circ r(x) =x pour tout point x∈jAx\in j_A(Cyl(iAi_A)).

Posons aussi f′=f'= pr3∘f_3\circ f et g′=g'= pr3∘g_3\circ g. Comme f′f' et g′g' coïncident sur U×{1}×YU\times \{1\} \times Y, il existe une unique application

φ:\varphi : Cyl(iUi_U)×Y→\times Y\rightarrow Cyl(iUi_U)×Z\times Z

telle que φ(α(x,t),y)=(α(x,t),g′(x,t,y))\varphi (\alpha (x, t), y) = (\alpha (x, t), g'(x, t, y)) pour (x,t,y)∈U×I×Y(x, t, y)\in U\times \mathbf{I}\times Y et φ(β(x),y)=(β(x),f′(x,1,y))\varphi (\beta (x), y) = (\beta (x), f'(x,1, y)) pour (x,y)∈X×Y(x, y)\in X\times Y. Comme U est fermé dans X, la surjection canonique π\pi de (U×I)∪X(U\times \mathbf{I})\cup X dans Cyl(iUi_U) est universellement stricte (III, p. 239, remarque 2). Comme l’application φ∘(π×\varphi \circ (\pi \times IdY)_Y) est continue, l’application φ\varphi est continue. C’est donc un morphisme de Cyl(iUi_U)-espaces, et même un isomorphisme si ff et gg sont des homéomorphismes.

Soit alors h:X×I×Y→X×I×Zh: X\times \mathbf{I}\times Y\rightarrow X\times \mathbf{I}\times Z l’application r∗(φ)r^*(\varphi ) déduite de φ\varphi par le changement de base rr. Elle est donnée par h(x,t,y)=h(x, t, y) = (x,t(x, t, pr2(φ(r(x,t),y)))_2(\varphi (r(x, t), y))) pour (x,t,y)∈X×I×Y(x, t, y)\in X\times \mathbf{I}\times Y. C’est un morphisme de X×IX\times \mathbf{I}-espaces, et même un isomorphisme si φ\varphi l’est. Pour (x,t,y)∈(x, t, y)\in A×I×YA\times \mathbf{I}\times Y, on a r(x,t)=(x,t)r(x, t) = (x, t), d’où

h(x,t,y)=(x,th(x, t, y) = (x, t, pr2(φ(x,t,y)))=(x,t,g′(x,t,y))=g(x,t,y)_2(\varphi (x, t, y))) = (x, t, g'(x, t, y)) =g(x, t, y),

ce qui démontre que hh coïncide avec gg sur A×I×YA\times \mathbf{I}\times Y. De même, pour x∈Xx\in X et y∈Yy\in Y, on a r(x,1)=(x,1)r(x,1) = (x,1), donc

h(x,1,y)=(x,1h(x,1, y) = (x,1, pr2(φ(x,1,y)))=(x,1,f′(x,1,y))=f(x,1,y)_2(\varphi (x,1, y))) = (x,1, f'(x,1, y)) =f(x,1, y)

si bien que hh coïncide avec ff sur X×{1}×YX\times \{1\} \times Y. Le corollaire est ainsi démontré.

2. Espaces fibrés localement triviaux de base B×IB\times \mathbf{I}

Proposition 2 0242

Soit B un espace topologique paracompact et soit (E,p)(E, p) un B×IB\times \mathbf{I}-espace fibré localement trivial. Posons E1=p−1(B×{1})E_1=\overset{-1}{p}(B\times \{1\}) et notons p1:E1→Bp_1: E_1\rightarrow B l’application pr1∘p∣E1_1\circ p|E_1. Alors, les B×IB\times \mathbf{I}-espaces (E,p)(E, p) et (E1×I,p1×(E_1\times \mathbf{I}, p_1\times IdI)_{\mathbf{I}}) sont isomorphes.

Démontrons d’abord deux lemmes.

Lemme 2 0243

Soient α,β,γ\alpha ,\beta ,\gamma des nombres réels tels que α⩽β⩽γ\alpha \leqslant \beta \leqslant \gamma, soit B un espace topologique et soit p:E→B×[α,γ]p: E\rightarrow B\times [\alpha , \gamma ] une application continue. Posons B0=B×[α,β]B_0= B\times [\alpha , \beta ], B1=B×[β,γ]B_1= B\times [\beta , \gamma ], E0=p−1(B0)E_0=\overset{-1}{p}(B_0), E1=E_1= p−1(B1)\overset{-1}{p}(B_1) et notons p0:E0→B0,p1:E1→B1p_0: E_0\rightarrow B_0,p_1: E_1\rightarrow B_1 les applications déduites de pp. Si (E0,p0)(E_0, p_0) et (E1,p1)(E_1, p_1) sont des espaces fibrés trivialisables, il en est de même de (E,p)(E, p).

Soient g0:E0→B0×F0g_0: E_0\rightarrow B_0\times F_0 et g1:E1→B1×F1g_1: E_1\rightarrow B_1\times F_1 des trivialisations de E0E_0 et E1E_1 respectivement. Notons g0′g'_0 et g1′g'_1 les trivialisations du B×{β}B\times \{\beta \}-espace fibré p−1(B×{β})\overset{-1}{p}(B\times \{\beta \}) déduites de g0g_0 et g1g_1 par restriction. L’application h=g0′∘(g1′)−1h=g'_0\circ (g'_1)^{-1} est un B×{β}B\times \{\beta \}-isomorphisme de B×{β}×F1B\times \{\beta \} \times F_1 sur B×{β}×F0B\times \{\beta \} \times F_0. On définit une application continue h′h' de B×F1B\times F_1 dans F0F_0 en posant h′(a,y)=h'(a, y) = pr3∘h(a,β,y)_3\circ h(a, \beta , y) pour (a,y)∈B×F1(a, y)\in B\times F_1. Pour (a,t,y)∈B×[β,γ]×F1(a, t, y)\in B\times [\beta , \gamma ]\times F_1, posons H(a,t,y)=(a,t,h′(a,y))H(a, t, y) = (a, t, h'(a, y)). L’application H ainsi définie est un (B×[β,γ])(B\times [\beta , \gamma ])-isomorphisme de B×[β,γ]×F1B\times [\beta , \gamma ]\times F_1 sur B×[β,γ]×F0B\times [\beta , \gamma ]\times F_0, et l’on a g0∣p−1(B×{β})=H∘g1∣p−1(B×{β})g_0|\overset{-1}{p}(B\times \{\beta \}) = H\circ g_1|\overset{-1}{p}(B\times \{\beta \}). Il existe donc une application continue g:E→B×[α,γ]×F0g: E\rightarrow B\times [\alpha , \gamma ]\times F_0 telle que g∣E0=g0g|E_0=g_0 et g∣E1=H∘g1g|E_1= H\circ g_1. L’application gg est un isomorphisme de B×[α,γ]B\times [\alpha , \gamma ]-espaces, donc E est trivialisable.

Lemme 3 0244

Soit B un espace topologique et soit (E,p)(E, p) un B×IB\times \mathbf{I}-espace fibré localement trivial. Tout point aa de B possède un voisinage V tel que le V×IV\times \mathbf{I}-espace EV×IE_{V\times\mathbf{I}} soit trivialisable.

Soit aa un point de B; pour tout point tt de I\mathbf{I}, il existe un voisinage ouvert WtW_t de tt dans I\mathbf{I} et un voisinage VtV_t de aa dans B tels que E soit trivialisable au-dessus de Vt×WtV_t\times W_t. Il existe alors un entier n>0n >0 et, pour tout entier ii tel que 1 ⩽i⩽n\leqslant i\leqslant n, un point tit_i de I\mathbf{I} tel que l’intervalle [i−1n,in][\frac{i-1}{n},\frac{i}{n}] soit contenu dans Wti(W_{t_i}(III, p. 272, lemme 4). Posons V=∩1⩽i⩽nVtiV =\cap_{1\leqslant i\leqslant n}V_{t_i}. L’espace fibré E est trivialisable au-dessus de V×V\times [i−1n,in][\frac{i-1}{n},\frac{i}{n}] pour tout entier ii tel que 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. Le lemme 3 résulte alors du lemme 2 par récurrence sur nn.

Démontrons maintenant la proposition. D’après le lemme 3, il existe un recouvrement ouvert (Uj)j∈J(U_j)_{j\in J} de B tel que, pour tout j∈Jj\in J, E soit trivialisable au-dessus de Uj×IU_j\times \mathbf{I}. Comme l’espace B est paracompact, on peut supposer le recouvrement (Uj)j∈J(U_j)_{j\in J} localement fini (TG, IX, p. 49) et choisir un recouvrement (Aj)j∈J(A_j)_{j\in J} de B où, pour tout j∈Jj\in J, l’ensemble AjA_j est fermé dans B et contenu dans UjU_j (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1).

Pour toute partie ouverte U de B, notons F(U)\mathscr{F}(U) l’ensemble des U×IU\times \mathbf{I}-isomorphismes de p−1(U×I)\overset{-1}{p}(U\times \mathbf{I}) sur p1−1(U)×I\overset{-1}{p_{1}}(U)\times \mathbf{I} qui induisent l’application identique de p−1(U×{1})\overset{-1}{p}(U\times \{1\}) sur p1−1(U)×{1}\overset{-1}{p_{1}}(U)\times \{1\}. Pour tout couple (V,U)(V,U) d’ouverts de B tels que U⊂VU\subset V, notons rUV:F(V)→F(U)r_{UV}:\mathscr{F}(V)\rightarrow \mathscr{F}(U) l’application qui, à un (V×I)(V\times \mathbf{I})-isomorphisme g:p−1(V×I)→p0−1(V)×Ig:\overset{-1}{p}(V\times \mathbf{I})\rightarrow \overset{-1}{p_{0}}(V)\times \mathbf{I}, associe le (U×I)(U\times \mathbf{I})-isomorphisme déduit de gg par passage aux sous-espaces. Le couple F=((F(U)),(rUV))\mathscr{F}= ((\mathscr{F}(U)),(r_{UV})) est un faisceau sur B (I, p. 45, exemple 4). Pour démontrer la proposition, il suffit de démontrer que le faisceau F\mathscr{F} est mou (I, p. 64).

Soit j∈Jj\in J, soit A une partie fermée de AjA_j, soit V un ensemble ouvert dans B tel que A⊂V⊂UjA\subset V\subset U_j et soit gg un élément de F(V)\mathscr{F}(V). Il existe un voisinage ouvert W de A tel que W‾⊂V\overline{W}\subset V, car un espace paracompact est normal (TG, IX, p. 49, prop. 4). Nous allons démontrer qu’il existe un élément g′g' de F(Uj)\mathscr{F}(U_j) tel que g′∣W=g∣Wg'|W =g|W. Le corollaire 2 (I, p. 65) de la prop. 6 entraîne alors que le faisceau F\mathscr{F} est mou.

Comme le B×IB\times \mathbf{I}-espace E est trivialisable au-dessus de Uj×IU_j\times \mathbf{I}, nous pouvons supposer que p−1(Uj×I)=Uj×I×F\overset{-1}{p}(U_j\times \mathbf{I}) = U_j\times \mathbf{I}\times F, où F est un espace topologique. L’élément gg de F(V)\mathscr{F}(V) est alors un V×IV\times \mathbf{I}-isomorphisme de V×I×FV\times \mathbf{I}\times F sur lui-même qui induit l’application identique de V×V\times {1}×F\{1\}\times F. Appliquons le cor. 5 de IV, p. 439, aux espaces X′=XX'= X, X=UjX = U_j, A = W, U = V, et Y = Z = F, à l’application g:V×I×F→V×I×Fg: V\times \mathbf{I}\times F\rightarrow V\times \mathbf{I}\times F et à l’application identique de Uj×{1}×FU_j\times \{1\} \times F. Il existe donc un Uj×IU_j\times \mathbf{I}-isomorphisme g′g' de Uj×I×FU_j\times \mathbf{I}\times F sur lui-même qui induit l’application identique de Uj×{1}×FU_j\times \{1\} \times F et qui coïncide avec gg sur W‾×I×F\overline{W}\times \mathbf{I}\times F, et a fortiori sur W×I×FW\times \mathbf{I}\times F. D’où la proposition.

Corollaire 1 0245

Soit B un espace topologique paracompact et soit (E,p)(E, p) un B×IB\times \mathbf{I}-espace fibré localement trivial (I, p. 71, corollaire 2). Pour t∈It\in \mathbf{I}, notons (Et,pt)(E_t, p_t) le B-espace fibré localement trivial it∗Ei^*_tE, où it:B→B×{t}i_t: B\rightarrow B\times \{t\} est l’application b↦(b,t)b\mapsto (b, t). Les B-espaces fibrés localement triviaux E0E_0 et EtE_t sont isomorphes pour tout t∈It\in \mathbf{I}.

Corollaire 2 0246

Soient B et B′B' des espaces topologiques, soit E un B-espace fibré localement trivial. Soient f0f_0 et f1f_1 des applications continues de B′B' dans B. Supposons que l’espace B′B' soit paracompact. Si les applications f0f_0 et f1f_1 sont homotopes, les B′B'-espaces fibrés localement triviaux f0∗Ef_0^*E et f1∗Ef_1^*E sont isomorphes.

Soit σ:B′×I→B\sigma : B'\times \mathbf{I}\rightarrow B une homotopie reliant f0f_0 à f1f_1 et notons E′E' le B′×IB'\times \mathbf{I}-espace σ∗E\sigma^*E ; c’est un espace fibré localement trivial. Notons i0i_0 et i1i_1 les applications de B′B' dans B′×IB'\times \mathbf{I} données par x↦(x,0)x\mapsto (x,0) et x↦(x,1)x\mapsto (x,1). D’après le cor. 1, les B′B'-espaces fibrés i0∗E′i^*_0E' et i1∗E′i^*_1E' sont isomorphes. Comme σ∘i0=f0\sigma \circ i_0=f_0, le B′B'-espace i0∗E′i^*_0E' s’identifie à f0∗Ef_0^*E ; de même, le B′B'-espace i1∗E′i^*_1E' s’identifie à f1∗Ef_1^*E. Par suite, les B′B'-espaces fibrés f0∗Ef_0^*E et f1∗Ef_1^*E sont isomorphes, ce qu’il fallait démontrer.

Corollaire 3 0247

Soit B un espace topologique paracompact. Si B est homéotope à un point, tout espace fibré localement trivial de base B est trivialisable.

Corollaire 4 0248

Soient B et B′B' des espaces topologiques, soit (E,p)(E, p) un B-espace fibré localement trivial, soit ff une application continue de B′B' dans B, soit σ:B′×I→B\sigma : B'\times \mathbf{I}\rightarrow B une homotopie d’origine ff et soit f~\widetilde{f} un relèvement continu de ff à E. Si l’espace B′B' est paracompact, il existe une homotopie σ~:B′×I→E\widetilde{\sigma}: B'\times \mathbf{I}\rightarrow E d’origine f~\widetilde{f} qui est un relèvement de σ\sigma à E.

Soit (E′,p′)(E', p') le B′×IB'\times \mathbf{I}-espace déduit de (E,p)(E, p) par changement de base par l’application σ:B′×I→B\sigma : B'\times \mathbf{I}\rightarrow B. C’est un espace fibré localement trivial (I, p. 71, cor. 2) et l’application s:B′×{0}→E′s: B'\times \{0\} \rightarrow E' définie par s((a,0))=((a,0),f~(a))s((a,0)) = ((a,0),\widetilde{f}(a)) pour a∈B′a\in B' est une section continue de p′p' au-dessus de B′×{0}B'\times \{0\}. D’après la prop. 2, il existe une section continue s~\widetilde{s} de p′p' qui prolonge ss. L’application σ~=\widetilde{\sigma}= pr2∘s~_2\circ \widetilde{s} a la propriété requise.

3. Espaces fibrés principaux de base B×IB\times \mathbf{I}

Soit G un groupe topologique. Nous allons voir que la proposition 2 et ses corollaires restent valables lorsqu’on remplace, dans chaque énoncé, « espace fibré localement trivial » par « espace fibré principal de groupe G ».

Lemme 4 0249

Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique et soient E, E′E' des espaces fibrés principaux de groupe G et de base B. Notons F l’espace topologique G muni de l’opération à gauche de G×GG\times G donnée par (g,g′)⋅f=g′fg−1(g, g')\cdot f=g'f g^{-1} et notons M=(E×BE′)×G×GFM = (E\times_BE')\times^{G\times G}F l’espace fibré localement trivial de fibre-type F et de base B associé.

Le faisceau S\mathscr{S} sur B des sections de M est isomorphe au faisceau sur B des isomorphismes d’espaces fibrés principaux de E dans E′E'.

Notons p,p′p,p' et qq les projections des B-espaces E, E′E' et M. Pour (x,x′)∈E×BE′(x, x')\in E\times_BE' et f∈Ff\in F, notons [x,x′,f][x, x', f] la classe dans M de l’élément ((x,x′),f)∈(E×BE′)×F((x, x'), f)\in (E\times_BE')\times F. Notons M\mathscr{M} le faisceau sur B des isomorphismes d’espaces fibrés principaux de E dans E′E'; ses sections au-dessus d’un ouvert U de B sont les isomorphismes d’espaces fibrés principaux de EUE_U dans EU′E'_U.

Notons ee l’élément neutre de G. Soit U un ouvert de B et soit φ:EU→EU′\varphi : E_U\rightarrow E'_U un isomorphisme d’espaces fibrés principaux de groupe G et de base U. L’application de EUE_U dans (E×BE′)×G×GF(E\times_BE')\times^{G\times G}F définie par x↦[x,φ(x),e]x\mapsto [x, \varphi (x), e] est continue. Pour g∈Gg\in G et x∈EUx\in E_U, elle applique x⋅gx\cdot g sur [x⋅g,φ(x⋅g),e]=[x,φ(x),geg−1]=[x,φ(x),e][x\cdot g, \varphi (x\cdot g), e] = [x, \varphi (x), geg^{-1}] = [x, \varphi (x), e]. Il existe donc une unique application continue αU(φ):U→M\alpha_U(\varphi ): U\rightarrow M telle que αU(φ)(p(x))=[x,φ(x),e]\alpha_U(\varphi )(p(x)) = [x, \varphi (x), e] pour tout x∈EUx\in E_U; on a αU(φ)∈S(U)\alpha_U(\varphi )\in \mathscr{S}(U).

Il est immédiat que les applications αU\alpha_U définissent un morphisme de faisceaux α\alpha de M\mathscr{M} dans S\mathscr{S}.

Lemme 5 024A

Le morphisme de faisceaux α\alpha est un isomorphisme.

Supposons tout d’abord que les espaces fibrés principaux E et E′E' soient tous deux trivialisables ; choisissons-en des sections i:B→Ei: B\rightarrow E et i′:B→E′i': B\rightarrow E'. Il existe alors une unique application continue θ\theta de M dans B×GB\times G telle que l’on ait

θ([i(b)⋅g,i′(b)⋅g′,f])=(b,g′fg−1) \theta ([i(b)\cdot g, i'(b)\cdot g', f]) = (b, g'f g^{-1})

pour b∈B,g∈G,g′∈Gb\in B,g\in G,g'\in G et f∈f\in F; c’est un isomorphisme de B-espaces. Soit φ\varphi un isomorphisme d’espaces fibrés principaux de E dans E′E'; il existe une unique application continue γ:B→G\gamma : B\rightarrow G telle que φ(i(b))=i′(b)⋅γ(b)\varphi (i(b)) =i'(b)\cdot \gamma (b) pour b∈Bb\in B. L’image de φ\varphi par l’application αB\alpha_B est l’application b↦θ−1(b,γ(b))b\mapsto \theta^{-1}(b, \gamma (b)) de B dans M. Ceci entraîne que αB\alpha_B est une bijection.

Par conséquent, αU\alpha_U est une bijection pour tout ouvert U de B tel que les espaces fibrés principaux EUE_U et EU′E'_U soient trivialisables. D’après le corollaire 2 de I, p. 55, cela entraîne que α\alpha est un isomorphisme de faisceaux.

Proposition 3 024B

Soit G un groupe topologique, soit B un espace topologique paracompact et soit (E,p)(E, p) un espace fibré principal de groupe G et de base B×IB\times \mathbf{I}. Posons E1=p−1(B×{1})E_1=\overset{-1}{p}(B\times \{1\}) et soit p1:E0→Bp_1: E_0\rightarrow B l’application pr1∘p∣E1_1\circ p|E_1. Alors, (E,p)(E, p) et (E1×I,p1×(E_1\times \mathbf{I}, p_1\times IdI)_{\mathbf{I}}) sont des espaces fibrés principaux de groupe G et de base B×IB\times \mathbf{I} isomorphes.

Soit F l’espace topologique G muni de l’opération à gauche du groupe G×GG\times G donnée par (g,g′)⋅f=g′fg−1(g, g')\cdot f=g'f g^{-1}. Soit (M,q)(M, q) l’espace fibré localement trivial de base B×IB\times \mathbf{I} et de fibre-type F associé à l’espace fibré principal E×B×I(E1×I)E\times_{B\times\mathbf{I}}(E_1\times \mathbf{I}) de groupe G×GG\times G. Posons M1=q−1(B×{1})M_1=\overset{-1}{q}(B\times \{1\}) et q1=q_1= pr1∘p∣M1_1\circ p|M_1; le B-espace (M1,q1)(M_1, q_1) s’identifie à l’espace fibré localement trivial de fibre-type F associé à E1×BE1E_1\times_BE_1. D’après le lemme 4, où l’on prend pour espaces fibrés principaux E et E′E' égaux à E1E_1, le B-espace M1M_1 possède une section. Comme les B×IB\times \mathbf{I}-espaces (M,q)(M, q) et (M1×I,q1×(M_1\times \mathbf{I}, q_1\timesIdI)_{\mathbf{I}}) sont isomorphes (IV, p. 440, prop. 2), le B×IB\times \mathbf{I}-espace (M,q)(M, q) possède une section, ce qui entraîne que les espaces fibrés principaux de groupe G, E et E1×IE_1\times \mathbf{I}, sont isomorphes.

Corollaire 1 024C

Soit B un espace topologique paracompact, soit G un groupe topologique et soit (E,p)(E, p) un B×IB\times \mathbf{I}-espace fibré principal de groupe G. Pour t∈It\in \mathbf{I}, notons (Et,pt)(E_t, p_t) le B-espace fibré principal it∗Ei^*_tE, où it:B→B×{t}i_t: B\rightarrow B\times \{t\} est l’application b↦(b,t)b\mapsto (b, t). Les B-espaces fibrés principaux E0E_0 et EtE_t sont isomorphes pour tout t∈It\in \mathbf{I}.

Corollaire 2 024D

Soient B et B′B' des espaces topologiques, soit G un groupe topologique, soit E un B-espace fibré principal de groupe G. Soient f0f_0 et f1f_1 des applications continues de B′B' dans B. Supposons que l’espace B′B' soit paracompact. Si les applications f0f_0 et f1f_1 sont homotopes, les B′B'-espaces fibrés principaux f0∗Ef_0^*E et f1∗Ef_1^*E sont isomorphes.

Corollaire 3 024E

Soit B un espace topologique paracompact et soit G un groupe topologique. Si B est homéotope à un point, tout espace fibré principal de groupe G est trivialisable.

Remarque 024F

Une démonstration alternative de ces résultats consisterait à vérifier que les isomorphismes d’espaces fibrés construits dans la prop. 2 et ses corollaires sont des isomorphismes d’espaces fibrés principaux.

4. Espaces fibrés universels

Soit G un groupe topologique, soient B et B′B' des espaces topologiques et soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des espaces fibrés principaux de groupe G et de bases B et B′B' respectivement.

Soit U une partie ouverte de B et soit f′:p−1(U)→E′f':\overset{-1}{p}(U)\rightarrow E' une application continue qui est compatible avec les opérations de G dans p−1(U)\overset{-1}{p}(U) et E′E' respectivement. Il existe alors une unique application continue f:U→B′f: U\rightarrow B' telle que f∘pU=p′∘f′f\circ p_U=p'\circ f' et le carré commutatif

EUf′E′ E_U^{f'}E'
pUp′p_Up'

U fB′^fB'

est alors cartésien (I, p. 94, exemple (FP)).

Pour toute partie ouverte U de B, notons alors F(U)\mathscr{F}(U) l’ensemble des applications continues g:EU→E′g: E_U\rightarrow E' qui sont compatibles avec les opérations de G dans p−1(U)\overset{-1}{p}(U) et E′E' respectivement. Pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts de B tels que U⊂VU\subset V, on note rUV:F(V)→F(U)r_{UV}:\mathscr{F}(V)\rightarrow \mathscr{F}(U) l’application définie par rUV(g)=g∣EUr_{UV}(g) =g|E_U. On vérifie immédiatement que l’on a défini ainsi un faisceau F=((F(U)),(rUV))\mathscr{F}= ((\mathscr{F}(U)),(r_{UV})) sur B. Nous appellerons ce faisceau le faisceau sur B des morphismes d’espaces fibrés principaux de groupe G de E dans E′E'.

Proposition 4 024G

Si l’espace B est paracompact et si l’espace E′E' est homéotope à un point, le faisceau sur B des morphismes d’espaces fibrés principaux de groupe G de E dans E′E' est un faisceau mou.

Il existe un recouvrement ouvert (Uj)j∈J(U_j)_{j\in J} de B tel que, pour tout j∈Jj\in J, l’espace fibré EUjE_{U_j} soit trivialisable. Comme l’espace B est paracompact, on peut supposer le recouvrement (Uj)j∈J(U_j)_{j\in J} localement fini (TG, IX, p. 49) et choisir un recouvrement (Aj)j∈J(A_j)_{j\in J} de B où, pour tout j∈Jj\in J, l’ensemble AjA_j est fermé dans B et contenu dans UjU_j (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1).

D’après I, p. 65, cor. 2 de la prop. 6, il suffit, pour démontrer la proposition, d’établir l’assertion suivante : soit U une partie ouverte de B telle que l’espace fibré principal (EU,pU)(E_U, p_U) soit trivialisable, soit A une partie fermée de B contenue dans U, soit V un voisinage ouvert de A contenu dans U et soit ff un élément de F(V)\mathscr{F}(V), il existe alors un voisinage ouvert W de A dans V et un élément f′f' de F(U)\mathscr{F}(U) tel que rWU(f′)=rWV(f)r_{WU}(f') =r_{WV}(f). Démontrons cette assertion.

Soit W une partie ouverte de B telle que A⊂W⊂W‾⊂VA\subset W\subset \overline{W}\subset V. Soit s:U→EUs: U\rightarrow E_U une section de (EU,pU)(E_U, p_U). Appliquons le corollaire 3 (IV, p. 438) à l’espace B, au fermé W‾\overline{W} et au voisinage V de W‾\overline{W} et à l’application g=f∘(s∣V)g=f\circ (s|_V) de EVE_V dans E′E'. Il existe donc une application continue g~:B→E′\widetilde{g}: B\rightarrow E' qui coïncide avec gg sur W‾\overline{W}. Soit h=g~∣Uh=\widetilde{g}|_U. On a h∣W=g∣W=f∘(s∣W)h|_W=g|_W=f\circ (s|_W).

L’application H:U×G→E′H: U\times G\rightarrow E' définie par H(x,g)=h(x)⋅gH(x, g) =h(x)\cdot g pour (x,g)∈U×G(x, g)\in U\times G est continue et compatible avec les opérations de G dans U×GU\times G et E′E'. Posons f′=H∘s−1f'= H\circ s^{-1}; c’est un élément de F(U)\mathscr{F}(U). Pour tout x∈Wx\in W, les applications ff et f′f' coïncident au point s(x)s(x), donc en tout point de p−1(x)\overset{-1}{p}(x), car ce sont des morphismes d’espaces fibrés principaux. La proposition en résulte.

Théorème 1 024H

Soit G un groupe topologique, soit BuB_u un espace topologique, et soit (Eu,pu)(E_u, p_u) un espace fibré principal de groupe G et de base BuB_u. On suppose que l’espace EuE_u est homéotope à un point.

Soit B un espace topologique paracompact.

a) Tout espace fibré principal de groupe G et de base B est isomorphe à un espace fibré principal de la forme f∗Euf^*E_u, où f:B→Buf: B\rightarrow B_u est une application continue.

b) Soient f0f_0 et f1f_1 des applications continues de B dans BuB_u. Pour que f0∗Euf_0^*E_u et f1∗Euf_1^*E_u soient des espaces fibrés principaux de groupe G et de base B isomorphes, il faut et il suffit que les applications f0f_0 et f1f_1 soient homotopes.

En d’autres termes, il existe une application de [B,Bu][B,B_u] dans P(B; G) qui, à la classe d’homotopie d’une application continue ff de B dans BuB_u, associe la classe d’isomorphisme de l’espace fibré principal f∗Euf^*E_u. Cette application est bijective.

Soit E un espace fibré principal de groupe G et de base B. D’après la prop. 4, le faisceau F\mathscr{F} sur B des morphismes d’espaces fibrés principaux de E dans EuE_u est mou. Par suite, F(B)\mathscr{F}(B) n’est pas vide, d’où a).

Soient f0f_0 et f1f_1 des applications continues de B dans BuB_u. Si les applications f0f_0 et f1f_1 sont homotopes, les espaces fibrés principaux f0∗Euf_0^*E_u et f1∗Euf_1^*E_u sont isomorphes (IV, p. 445, cor. 2). Démontrons la réciproque. Pour α∈{0,1}\alpha \in \{0,1\}, notons EαE_{\alpha} le BuB_u-espace fibré principal fα∗Euf_{\alpha}^*E_u, gα:Eα→Eug_{\alpha}: E_{\alpha}\rightarrow E_u la première projection et pα:Eα→Bp_{\alpha}: E_{\alpha}\rightarrow B la seconde projection. Soit i:E0→E1i: E_0\rightarrow E_1 un isomorphisme d’espaces fibrés principaux. Soit pp l’application p0×p_0\times IdI:E0×I→B×I_{\mathbf{I}}: E_0\times \mathbf{I}\rightarrow B\times \mathbf{I}.

Comme l’espace B×IB\times \mathbf{I} est paracompact (TG, IX, p. 70, prop. 17), le faisceau G\mathscr{G} sur B×IB\times \mathbf{I} des morphismes d’espaces fibrés principaux de E0×IE_0\times \mathbf{I} dans EuE_u est mou (IV, p. 446, prop. 4). Posons A=B×{0,1}A = B\times \{0,1\}, U=B×([0,12[∪]12,1])U = B\times ([0,\frac{1}{2}[\cup ]\frac{1}{2},1]), et définissons un élément gg de G(U)\mathscr{G}(U) en posant

g0(x)g_0(x) pour (x,t)∈E0×[0,1[(x, t)\in E_0\times [0,^1[,

g(x,t)=g(x, t) = 2

g1∘i(x)g_1\circ i(x) pour (x,t)∈E0×]12,1](x, t)\in E_0\times ]\frac{1}{2},1].

Comme le faisceau G\mathscr{G} est mou, il existe un élément h∈G(B×I)h\in \mathscr{G}(B\times \mathbf{I}) et un voisinage ouvert V de A dans U tel que h∣V=g∣Vh|V =g|V ; un tel élément est une application continue H:E0×I→EuH: E_0\times \mathbf{I}\rightarrow E_u, compatible avec les opérations de G et telle que H(x,0)=g0(x)H(x,0) =g_0(x), H(x,1)=g1(i(x))H(x,1) =g_1(i(x)) pour tout x∈E0x\in E_0. Il existe alors une application h′:B×I→Buh': B\times \mathbf{I}\rightarrow B_u telle que h′(p0(x),t)=pu(H(x,t))h'(p_0(x), t) =p_u(H(x, t)) pour x∈E0x\in E_0 et t∈It\in \mathbf{I}; cette application est continue, c’est une homotopie reliant f0f_0 à f1f_1.

Corollaire 024I

Soit G un groupe topologique, soient B et B′B' des espaces topologiques paracompacts. Soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des espaces fibrés principaux de groupe G et de base B et B′B' respectivement. Supposons que les espaces E et E′E' soient tous deux homéotopes à un point. Les espaces B et B′B' sont homéotopes.

Il existe en effet une application continue f:B→B′f: B\rightarrow B' telle que l’espace fibré principal E soit isomorphe à l’espace fibré principal f∗E′f^*E' et une application continue g:B′→Bg: B'\rightarrow B telle que l’espace fibré principal E′E' soit isomorphe à l’espace fibré principal g∗Eg^*E (théorème 1, a)). Les espaces fibrés principaux (g∘f)∗E(g\circ f)^*E et E sont alors isomorphes, donc l’application g∘fg\circ f est homotope à l’application IdB_B (théorème 1, b)). De même, l’application f∘gf\circ g est homotope à l’application IdB′_{B'}.

Soit G un groupe topologique, soit B un espace topologique et soit E un espace fibré principal de groupe G et de base B. Supposons que l’espace E soit homéotope à un point. On dit que l’espace fibré principal E est universel pour les espaces fibrés principaux de groupe G et de base paracompacte, et on dit que l’espace B est un espace classifiant pour G. Si deux espaces classifiants pour G sont paracompacts, ils sont homéotopes. Lorsqu’il existe un espace classifiant, l’étude des classes d’isomorphisme d’espaces fibrés principaux de groupe G et de base paracompacte peut être considérée comme un problème d’homotopie.

Exemple 024J

Muni de l’application p:R→S1,t↦e2πitp:\mathbf{R}\rightarrow \mathbf{S}^1,t\mapsto e^{2\pi it}, et de l’opération de Z\mathbf{Z} par translation, l’espace R\mathbf{R} est un revêtement principal de groupe Z\mathbf{Z}. L’espace S1\mathbf{S}^1 est ainsi un espace classifiant pour le groupe Z\mathbf{Z}.

Pour tout groupe discret G, nous construirons dans le numéro suivant un espace métrisable qui est un espace classifiant pour G.

5. Espace classifiant pour un groupe discret

Soit G un groupe topologique ; notons ee son élément neutre. Soit G∗G^* l’ensemble des applications h:[0,1[→Gh: [0,1[\rightarrow G pour lesquelles il existe une suite finie (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} avec 0=t0<t1<⋯<tn=10 =t_0< t_1<\cdots < t_n= 1 telle que hh soit constante sur les intervalles [ti−1,ti[[t_{i-1}, t_i[ pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. Une telle suite sera dite adaptée à hh. Pour toute partie finie de G∗G^*, il existe une suite adaptée à chacun de ses éléments.

L’ensemble G∗G^* est un sous-groupe de G[0,1[G^{[0,1[}. Nous notons e∗e^* son élément neutre ; l’inverse d’un élément h∈G∗h\in G^* est l’application t↦t\mapsto h(t)−1h(t)^{-1}, notée h−1h^{-1}.

Soit V un voisinage de ee dans G. Soit h∈G∗h\in G^* et soit (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une suite adaptée à hh. L’ensemble des éléments t∈[0,1[t\in [0,1[ tels que h(t)∉Vh(t)\notin V est réunion de certains des intervalles [ti−1,ti[[t_{i-1}, t_i[; la somme des longueurs ti−ti−1t_i-t_{i-1} de ces intervalles ne dépend pas de la suite (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} choisie ; notons-la pV(h)p_V(h). Pour tout nombre réel ε\varepsilon tel que ε>0\varepsilon >0, notons alors Vε∗V^*_{\varepsilon} l’ensemble des h∈G∗h\in G^* tels que pV(h)<εp_V(h)< \varepsilon.

Proposition 5 024K

Il existe une unique topologie sur G∗G^* compatible avec sa structure de groupe pour laquelle les ensembles Vε∗V^*_{\varepsilon} forment une base des voisinages de l’élément neutre.

Vérifions que les ensembles Vε∗V_{\varepsilon}^* satisfont aux axiomes (GVI′'_I), (GVII′'_{II}) et (GVIII′'_{III}) de TG, III, p. 4.

Soit V un voisinage de ee dans G et soit ε\varepsilon un nombre réel strictement positif. Soit W un voisinage de ee dans G tel que W⋅W⊂VW\cdot W\subset V. Soient hh et h′h' des éléments de G∗G^*. Si t∈[0,1[t\in [0,1[ tel h(t)h′(t)∉Vh(t)h'(t)\notin V, on a h(t)∉Wh(t)\notin W ou h′(t)∉Wh'(t)\notin W. Il en résulte que pV(hh′)⩽pW(h)+pW(h′)p_V(hh')\leqslant p_W(h)+p_W(h'). Par conséquent, Wε/2∗⋅Wε/2∗⊂Vε∗W^*_{\varepsilon /2}\cdot W^*_{\varepsilon /2}\subset V^*_{\varepsilon}, ce qui démontre l’axiome (GVI′'_I).

Soit W un voisinage de ee dans G tel que W−1⊂VW^{-1}\subset V. Alors (Wε∗)−1=(W^*_{\varepsilon})^{-1}= (W−1)ε∗⊂Vε∗(W^{-1})^*_{\varepsilon}\subset V^*_{\varepsilon}, d’où l’axiome (GVII′'_{II}).

Soit kk un élément de G∗G^*; comme la fonction kk ne prend qu’un nombre fini de valeurs, il existe un voisinage W de ee dans G tel que k(t)Wk(t)−1⊂Vk(t)Wk(t)^{-1}\subset V pour tout t∈[0,1[t\in [0,1[. Soit alors hh un élément de G∗G^*. Pour t∈[0,1[t\in [0,1[, si k(t)h(t)k(t)−1∉k(t)h(t)k(t)^{-1}\notin V, alors h(t)∉Wh(t)\notin W. Par conséquent, pV(khk−1)⩽pW(h)p_V(khk^{-1})\leqslant p_W(h). Cela démontre que kWε∗k−1⊂Vε∗kW^*_{\varepsilon}k^{-1}\subset V^*_{\varepsilon}, d’où l’axiome (GVIII′'_{III}).

Proposition 6 024L

L’espace G∗G^* est contractile et localement contractile en chacun de ses points.

Pour h∈G∗h\in G^* et t∈It\in \mathbf{I}, notons σ(h,t)\sigma (h, t) l’application de [0,1[[0,1[ dans G donnée par σ(h,t)(x)=h(x)\sigma (h, t)(x) =h(x) si 0⩽x<t0\leqslant x < t et σ(h,t)=e\sigma (h, t) =e sinon.

Montrons que l’application σ:G∗×I→G∗\sigma : G^*\times \mathbf{I}\rightarrow G^* ainsi définie est continue. Soit en effet k∈G∗,u∈Ik\in G^*,u\in \mathbf{I}, soit V un voisinage de ee dans G et soit ε\varepsilon un nombre réel strictement positif. L’élément σ(h,t)σ(k,u)−1\sigma (h, t)\sigma (k, u)^{-1} de G∗G^* est l’application ff de [0,1[[0,1[ dans G donnée par

h(x)k(x)−1h(x)k(x)^{-1} si 0⩽x<0\leqslant x < min(t,ut, u) ;

h(x)h(x) si u⩽x<tu\leqslant x < t;

f(x)= f(x) =

k(x)−1k(x)^{-1} si t⩽x<ut\leqslant x < u;

ee sinon.

Par suite,

pV(σ(h,t)σ(k,u)−1)⩽pV(hk−1)+∣t−u∣ p_V(\sigma (h, t)\sigma (k, u)^{-1})\leqslant p_V(hk^{-1}) +|t-u|

autrement dit, pour que σ(h,t)∈Vε∗σ(k,u)\sigma (h, t)\in V^*_{\varepsilon}\sigma (k, u), il suffit que l’on ait ∣t−u∣⩽ε2|t-u|\leqslant \frac{\varepsilon}{2} et h∈Vε/2∗kh\in V^*_{\varepsilon /2}k, ce qui démontre la continuité de σ\sigma en (k,u)(k, u).

Pour tout h∈G∗,σ(h,0)h\in G^*,\sigma (h,0) est l’application constante d’image {e}\{e\}, tandis que σ(h,1)=h\sigma (h,1) =h. En outre, σ(e,t)=e\sigma (e, t) =e pour tout t∈It\in \mathbf{I}. Par conséquent, σ\sigma est une homotopie pointée en e∈G∗e\in G^* reliant l’application constante d’image {e}\{e\} à l’application identique de G∗G^*. Cela démontre que G∗G^* est contractile en e∗e^*.

En outre, pour tout voisinage V de ee dans G et tout nombre réel ε>0\varepsilon >0, on a σ(Vε∗×I)⊂Vε∗\sigma (V^*_{\varepsilon}\times \mathbf{I})\subset V^*_{\varepsilon}. Par suite, Vε∗V^*_{\varepsilon} est aussi contractile en e∗∈e^*\in G∗G^*, si bien que G∗G^* est localement contractile en e∗e^*.

Comme G∗G^* est un groupe topologique, il est contractile et localement contractile en chacun de ses points.

Soit ι\iota l’application de G dans G∗G^* qui, à g∈Gg\in G, associe l’application constante d’image {g}\{g\} de [0,1[[0,1[ dans G. L’application ι\iota est un homomorphisme injectif de groupes. Soit V un voisinage de ee dans G et soit ε\varepsilon un nombre réel strictement positif. On a ι−1(Vε∗)=V\overset{-1}{\iota}(V^*_{\varepsilon}) = V si ε⩽1\varepsilon \leqslant 1 et ι−1(Vε∗)=G\overset{-1}{\iota}(V^*_{\varepsilon}) = G sinon. L’image réciproque d’un voisinage de l’élément neutre de G∗G^* est un voisinage de l’élément neutre de G, d’où la continuité de ι\iota. De plus, ι(V)=V1∗∩ι(G)\iota (V) = V^*_1\cap \iota (G) pour tout voisinage V de ee dans G. Par suite, ι\iota définit un isomorphisme de groupes topologiques de G sur son image.

Remarque 1 024M

Si G est un groupe topologique séparé, ι(G)\iota (G) est fermé dans G∗G^*.

Soit en effet h∈G∗h\in G^* tel que h∉ι(G)h\notin \iota (G), soit (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une suite adaptée à hh, posons ε=\varepsilon = min1⩽i⩽n(ti−ti−1)_{1\leqslant i\leqslant n}(t_i-t_{i-1}). Soit V un voisinage de ee dans G tel que h(ti)−1h(tj)∉Vh(t_i)^{-1}h(t_j)\notin V, pour tout couple (i,j)(i, j) d’entiers tels que 0⩽i,j⩽n−10\leqslant i, j\leqslant n-1 et h(ti)=h̸(tj)h(t_i)=\not h(t_j) ; il en existe car G est séparé. Soit W un voisinage de ee dans G tel que W⋅W−1⊂VW\cdot W^{-1}\subset V. Démontrons qu’alors hWε∗hW^*_{\varepsilon} ne rencontre pas ι(G)\iota (G).

Raisonnons par l’absurde. Soient ff un élément de Wε∗W^*_{\varepsilon} et gg un élement de G tels que hfhf = ι(g)\iota (g). On a donc f(t)=h(t)−1gf(t) =h(t)^{-1}g pour tout t∈[0,1[t\in [0,1[, si bien que la suite (ti)(t_i) est aussi adaptée à la fonction ff. Si la valeur prise par ff sur l’intervalle [ti−1,ti[[t_{i-1}, t_i[ n’appartient pas à W, alors ti−ti−1<εt_i-t_{i-1}< \varepsilon, car f∈Wε∗f\in W^*_{\varepsilon}. Cette inégalité étant fausse, par définition de ε\varepsilon, on a f(t)∈Wf(t)\in W pour tout t∈[0,1[t\in [0,1[. Soient alors ii et jj des éléments de {0,...,n−1}\{0, . . . , n-1\} tels que h(ti)=h̸(tj)h(t_i)=\not h(t_j) ; on a

h(ti)−1h(tj)=f(ti)g−1gf(tj)−1=f(ti)f(tj)−1∈W⋅W−1 h(t_i)^{-1}h(t_j) =f(t_i)g^{-1}gf(t_j)^{-1}=f(t_i)f(t_j)^{-1}\in W\cdot W^{-1}

ce qui contredit le choix de W. Le sous-groupe ι(G)\iota (G) de G∗G^* est donc fermé.

Supposons que G soit un groupe topologique métrisable et soit dd une distance sur G qui définit sa topologie. Soient hh et h′∈G∗h'\in G^* et soit (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une suite adaptée à hh et h′h'. Le nombre réel

∑i=1n(ti−ti−1)d(h(ti−1),h′(ti−1)) \sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1})d(h(t_{i-1}), h'(t_{i-1}))

ne dépend pas de la suite (ti)(t_i) choisie ; notons-le d∗(h,h′)d^*(h, h').

Démontrons que d∗d^* est une distance sur G∗G^*. On a d∗(h,h′)=d^*(h, h') = d∗(h′,h)d^*(h', h) pour h,h′∈G∗h,h'\in G^*, et d∗(h,h)=0d^*(h, h) = 0 pour tout h∈G∗h\in G^*. Inversement, soient hh et h′h' des éléments de G∗G^* tels que d∗(h,h′)=0d^*(h, h') = 0. Soit (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une suite adaptée à hh et h′h'. Comme

0=d∗(h,h′)=∑i=1n(ti−ti−1)d(h(ti−1),h′(ti−1)) 0 =d^*(h, h') =\sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1})d(h(t_{i-1}), h'(t_{i-1}))

et que tous les termes de cette somme sont positifs ou nuls, on a d(h(ti−1),h′(ti−1))=0d(h(t_{i-1}), h'(t_{i-1})) = 0 pour tout i∈{1,...,n}i\in \{1, . . . , n\}, d’où h=h′h=h'. Enfin, soient h,h′,h′′h,h',h'' des éléments de G∗G^* et soit (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une suite adaptée à chacune d’entre elles. Alors,

d∗(h,h′′)=∑i=1n(ti−ti−1)d(h(ti−1),h′′(ti−1)) d^*(h, h'') =\sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1})d(h(t_{i-1}), h''(t_{i-1}))
⩽∑i=1n(ti−ti−1)(d(h(ti−1),h′(ti−1))+d(h(ti−1),h′′(ti−1))) \leqslant \sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1})(d(h(t_{i-1}), h'(t_{i-1}))+d(h(t_{i-1}), h''(t_{i-1})))
=d∗(h,h′)+d∗(h,h′′) =d^*(h, h') +d^*(h, h'')

donc d∗d^* vérifie l’inégalité triangulaire.

Cette distance d∗d^* est invariante par translations à droite (resp. à gauche) si dd l’est.

Proposition 7 024N

Supposons que G soit un groupe topologique métrisable. Alors, le groupe topologique G∗G^* est métrisable. Plus précisément, si dd est une distance bornée sur G qui définit sa topologie, la topologie de G∗G^* est définie par la distance d∗d^*.

Soit dd une distance sur G qui définit sa topologie. Alors, l’application d′d' donnée par d′(h,h′)=d'(h, h') = inf(d(h,h′),1d(h, h'),1) est une distance bornée sur G qui définit aussi sa topologie (TG, IX, p. 3). Il suffit donc de démontrer que d∗d^* définit la topologie de G∗G^* sous l’hypothèse que dd est bornée.

Soit V un voisinage de ee dans G et soit ε\varepsilon un nombre réel strictement positif. Soit δ\delta un nombre réel strictement positif tel que V contienne la boule B(e,δ)B(e, \delta ). Soit h∈G∗h\in G^* et soit (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une suite adaptée à hh. Alors,

pV(h)=∑h(tii−=11)∉Vn(ti−ti−1) p_V(h) =\sum_{h(t_ii_-=1_1)\notin V}^n(t_i-t_{i-1})
⩽∑n(ti−ti−1)d(h(ti−1),e)δ \leqslant \sum^n(t_i-t_{i-1})\frac{d(h(t_{i-1}), e)}{\delta}
i=1 i=1
d(h(ti−1),e)⩾δd(h(t_{i-1}),e)\geqslant \delta
⩽d∗(h,e∗)δ \leqslant \frac{d^*(h, e^*)}{\delta}

Par conséquent, la boule B(e∗,εδ)B(e^*, \varepsilon \delta ) dans G∗G^* est contenue dans Vε∗V_{\varepsilon}^*.

Inversement, soit δ\delta un nombre réel strictement positif et soit Δ un majorant strictement positif du diamètre de G. Soit V un voisinage de ee dans G contenu dans la boule B(e,δ/2)B(e, \delta /2). Pour une fonction h∈G∗h\in G^* et une suite (ti)0⩽i⩽n(t_i)_{0\leqslant i\leqslant n} adaptée à hh, on a

d∗(h,e∗)=∑i=1n(ti−ti−1)d(h(ti−1),e) d^*(h, e^*) =\sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1})d(h(t_{i-1}), e)

= ∑i=1n(ti−ti−1)d(h(ti−1),e)\sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1})d(h(t_{i-1}), e)

d(h(ti−1),e)⩽δ/2d(h(t_{i-1}),e)\leqslant \delta /2

+ ∑i=1n(ti−ti−1)d(h(ti−1),e)\sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1})d(h(t_{i-1}), e)

d(h(ti−1),e)>δ/2d(h(t_{i-1}),e)>\delta /2 ⩽δ2+Δ∑i=1n(ti−ti−1)\leqslant \frac{\delta}{2}+ \Delta \sum_{i=1}^n(t_i-t_{i-1}) h(ti−1)∉Vh(t_{i-1})\notin V
⩽δ2+ΔpV(h) \leqslant \frac{\delta}{2}+ \Delta p_V(h)

L’inégalité précédente entraîne que, pour tout élément hh de Vδ/2Δ∗V_{\delta /2\Delta}^*, on a d∗(h,e∗)⩽δd^*(h, e^*)\leqslant \delta. Par conséquent, toute boule de G∗G^* pour la distance d∗d^* contient un voisinage de l’élément neutre.

Remarque 2 024O

Soit dd une distance bornée qui définit la topologie de G. Lorsque l’on munit le groupe topologique G∗G^* de la distance d∗d^*, l’homomorphisme ι:G→G∗\iota : G\rightarrow G^* est une isométrie.

Remarque 3 024P

Supposons que G soit un groupe topologique discret. Le sous-groupe ι(G)\iota (G) est alors un sous-groupe discret de G∗G^*. En effet, la topologie de G est définie par la distance dd sur G donnée par d(g,g′)=1d(g, g') = 1 si g≠g′g=\not g' et d(g,g′)=0d(g, g') = 0 sinon. L’assertion résulte alors de la remarque précédente.

Théorème 2 024Q

Soit G un groupe topologique discret. Faisons opérer G à droite dans G∗G^* par h⋅g=hι(g)h\cdot g=h\iota (g) et notons B l’espace topologique quotient G∗/GG^*/G.

L’espace G∗G^* est un revêtement de B, principal de groupe G; il est simplement connexe par arcs.

L’espace B est un espace topologique métrisable, connexe par arcs, localement contractile et son groupe de Poincaré en tout point est isomorphe à G.

Ainsi, l’espace B est un espace classifiant pour le groupe G.

Le groupe G∗G^* est contractile en son élément neutre (IV, p. 450, prop. 6). Il est en particulier connexe par arcs (III, p. 260) et simplement connexe par arcs (IV, p. 340).

Le groupe ι(G)\iota (G) est fermé dans G∗G^* (TG, III, p. 7, prop. 5), donc l’espace G∗/GG^*/G est métrisable (TG, III, p. 13, prop. 18 et TG, IX, p. 25, prop. 4). Il est aussi connexe par arcs (III, p. 258, prop. 3). Comme le groupe ι(G)\iota (G) est discret, il résulte du corollaire 2 de I, p. 100, que G∗G^* est un revêtement principal de groupe G de B. Le revêtement pointé (G∗,e∗)(G^*, e^*) est alors un revêtement universel de l’espace B pointé en l’image de e∗e^*; le groupe de Poincaré de B (en chacun de ses points) est isomorphe à G.

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.