§ 2. Endomorphismes normaux
Dans tout ce paragraphe, les espaces hilbertiens considérés sont complexes, sauf mention du contraire.
1. Compléments sur les espaces
Proposition 1 02YO
Soit X un espace topologique localement compact. Soient une mesure positive sur X et . Soit une famille localement dénombrable (INT, IV, p. 190, § 5, n, déf. 7) de parties localement compactes deux à deux disjointes de X telle que le complémentaire de la réunion des soit localement -négligeable. Soient la fonction caractéristique de et la mesure induite par sur (INT, IV, p. 186, §5, n, déf. 4).
a) L’application est un projecteur de et définit par passage aux quotients un projecteur de . Ce dernier est un orthoprojecteur de si ;
b) L’application induit un isomorphisme isométrique de l’image de sur l’espace et définit par passage aux quotients un isomorphisme isométrique de l’image de sur , par le truchement duquel on identifie ces deux espaces ;
c) La somme des espace est totale dans l’espace . Dans le cas , l’espace est la somme hilbertienne des espaces .
L’assertion a) est élémentaire. L’assertion b) résulte du scholie de INT, V, p. 84, § 7, n.
Soit l’exposant conjugué de . On identifie le dual de avec (INT, V, p. 61, § 5, n, th. 4). Soit une fonction dans dont la classe dans vérifie pour tout et tout . Comme l’image de contient , il en résulte que la mesure sur est nulle, ce qui signifie que la restriction de à est localement -négligeable sur (INT, V, p. 46, § 5, n, cor. 2). Puisque le complémentaire dans X de la réunion des est localement -négligeable, on en conclut que la fonction est localement -négligeable sur X (INT, IV, p. 190, § 5, n et p. 172, n, prop. 5). La classe de est alors nulle dans (en utilisant INT, V, p. 8, § 1, n, lemme 1 et corollaire de la proposition 9 lorsque ). D’après le théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 46, cor. 1), la première partie de l’assertion c) en résulte.
Si , l’image de est orthogonale à celle pour tous , puisque et sont alors disjoints, d’où la dernière assertion.
Proposition 2 02YP
Soit X un espace localement compact dénombrable à l’infini. Soit une mesure positive sur X. Pour tout , l’espace est de type dénombrable.
Soit une suite d’ouverts relativement compacts de X dont la réunion est égale à X et qui vérifient pour tout (TG, I, p. 68, prop. 15). Pour tout , l’espace s’identifie à un sous-espace fermé de l’espace de Banach (INT, III, p. 40, § 1, n); puisque ce dernier espace est de type dénombrable (TG, X, p. 25, corollaire), il en est de même de (TG, IX, p. 19, cor., (i)). Soit une partie dénombrable dense de .
Soit et soit . Il existe un entier tel que , et il existe telle que . La réunion des classes dans des éléments des ensembles est donc dense dans , ce qui conclut la démonstration (TG, IX, p. 18, prop. 12).
2. Image essentielle d’une fonction mesurable
Dans ce numéro, on désigne par X un espace topologique localement compact, et par une mesure positive sur X.
Définition 1 02YQ
Soit Y un espace topologique. Pour toute fonction mesurable de X dans Y, l’image -essentielle de est le sous-ensemble des tels que, pour tout voisinage ouvert U de , l’ensemble n’est pas localement -négligeable dans X (INT, IV, p. 172, § 5, n, déf. 3).
Lemme 1 02YR
Soient une fonction -mesurable de X dans un espace topologique Y et S son image -essentielle. L’ensemble des éléments tel que n’appartienne pas à S est localement -négligeable dans X.
Soit - S) l’ensemble en question.
Supposons d’abord que X est compact et continue. Dans ce cas, la mesure image est définie (INT, V, p. 69, § 6, n, déf. 1) puisque est une mesure bornée. Il résulte des définitions que l’image -essentielle de est le support de la mesure cf. INT, V, p. 70, § 6, n, cor. 2), d’où - S) = 0 (INT, IV, p. 118, § 2, n, prop. 5).
Considérons maintenant le cas général. Soit C un sous-ensemble compact de X, et soit un nombre réel. Puisque est mesurable, il existe un sous-ensemble compact tel que - et tel que est continue (INT, IV, p. 169, § 5, n, prop. 1). On a alors
- .
Soit la mesure induite par sur (INT, IV, p. 186, § 5, n, déf. 4). Soit l’image -essentielle de . On a - . D’après le premier cas, l’ensemble est donc -négligeable, et par conséquent -négligeable (INT, IV, p. 187, § 5, n, lemme 2, (i)). L’inégalité ci-dessus devient ; puisque et C sont arbitraires, l’ensemble Z est localement -négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, n, prop. 5).
Lemme 2 02YS
Soit une fonction continue de X dans . L’image -essentielle de est l’adhérence de l’image par du support de .
Soit Y le support de . Si n’est pas adhérent à (Y), alors il existe un voisinage ouvert U de tel que l’ouvert ne rencontre pas Y et est donc localement -négligeable ; cela signifie que n’appartient pas à l’image -essentielle de .
Réciproquement, si est adhérent à (Y), alors pour tout voisinage ouvert U de , l’ensemble est un ouvert dans X qui rencontre Y. Il n’est donc pas -négligeable, et puisque c’est un ouvert, il n’est pas localement -négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, n, cor. 2). Donc appartient à l’image -essentielle de .
Lemme 3 02YT
Soient une fonction continue de X dans et S son image -essentielle. On suppose que S n’est pas vide et que et on note la distance de 0 à S. On a .
Posons si et sinon. La fonction appartient à . Soit la classe de dans . On a alors la formule .
Soit U un voisinage ouvert de 0 tel que l’ouvert est localement -négligeable, donc négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, n, cor. 2). Soit Y le support de ; on a - Z. La restriction de la fonction à X - Z est continue et bornée, donc et la norme de dans est égale à la norme de sa restriction à X - Z. De plus, pour tout , l’ensemble des - Z tels que est un ouvert dans X - Z ; il est donc localement -négligeable si et seulement s’il ne rencontre pas Y (INT, IV, loc. cit. et INT, III, p. 66, § 3, n, déf. 1). Par conséquent, on a
sup,
d’où
inf inf inf
qui est égal à d’après le lemme précédent.
3. Fonctions universellement mesurables
Dans ce numéro, X est un espace topologique localement compact. On rappelle (INT, V, p. 28, § 3, n, déf. 2) qu’une application de X dans un espace topologique Y est universellement mesurable si elle est -mesurable pour toute mesure positive sur X. Il suffit pour cela que soit -mesurable pour toute mesure positive à support compact sur X (INT, V, p. 28, § 4, n, prop. 6).
Lemme 4 02YU
Soient Y et Z des espaces topologiques localement compacts, et des applications universellement mesurables. L’application est universellement mesurable.
Soit une mesure positive à support compact sur X et soit C son support. La restriction de à C est C)-propre. L’application est mesurable relativement à la mesure image , donc l’application est C)-mesurable. Par conséquent, l’application est -mesurable. Le lemme en résulte.
On note l’espace vectoriel des fonctions à valeurs complexes qui sont universellement mesurables sur X et le sous-espace des fonctions qui sont bornées sur X. Pour (X), on note sup.
Proposition 3 02YV
a) L’ensemble est une sous-algèbre involutive de l’algèbre involutive des fonctions de X dans ;
b) L’ensemble est une sous-algèbre de et l’application définie par est une norme sur pour laquelle est une algèbre stellaire unifère;
c) L’algèbre contient et contient ;
d) Toute fonction borélienne de X dans (TG, IX, p. 61, déf. 5) appartient à ;
e) Pour toute suite dans qui converge simplement vers une fonction de X dans , on a .
Les assertions a) et c) résultent des définitions (cf. INT, IV, p. 175, § 5, n, cor. 3). L’assertion d) est une conséquence de INT, IV, p. 179, § 5, n, th. 4, puisque l’image réciproque par une fonction borélienne de toute partie borélienne de est une partie borélienne de X, qui est universellement mesurable (INT, V, p. 28, § 3, n). Enfin, l’assertion e) résulte du théorème d’Egoroff (INT, IV, p. 175, § 5, n, th. 2).
Pour démontrer l’assertion b), il suffit de remarquer que e) implique, a fortiori, qu’une limite uniforme de fonctions universellement mesurables est universellement mesurable.
Il peut exister des fonctions universellement mesurables sur X qui ne sont pas boréliennes. En effet, si X est métrisable, la fonction caractéristique d’un sous-ensemble souslinien de X est universellement mesurable (cf. INT, IV, p. 171, § 5, n, cor. 2) ; or, dans tout espace polonais non dénombrable, il existe un sous-ensemble souslinien qui n’est pas borélien (« théorème de Souslin » ; cela résulte de TG, IX, p. 120, exerc. 8 et du fait que pour tout espace polonais X non dénombrable, il existe une bijection borélienne dont la réciproque est borélienne).
Lemme 5 02YW
Soit une mesure positive sur X. Soient une fonction -mesurable de X dans et S son image -essentielle. Pour toute fonction , l’application de X dans telle que si et si est -mesurable.
Soient et U un voisinage ouvert relativement compact de . L’ensemble N = U - est U)-négligeable. Pour tout entier , soit un ouvert tel que et (INT, IV, p. 116, § 1, n, prop. 19).
La restriction de à U- est - )-propre et son image est contenue dans S. Puisque est universellement mesurable, l’application de U - dans est mesurable par rapport à la mesure - (INT, V, p. 71, § 6, n, prop. 3). L’application de X dans telle que si - et si - est donc -mesurable (INT, IV, p. 193, § 5, n, prop. 16).
Comme pour -presque tout , la restriction de à U est -mesurable (INT, IV, p. 175, § 5, n, th. 2). On conclut que est -mesurable d’après le principe de localisation (INT, IV, p. 171, § 4, n, prop. 4).
Remarque 02YX
Sous les hypothèses du lemme, notons par abus de langage la fonction définie dans le lemme.
Si localement -presque partout sur X, les fonctions et ont même image -essentielle et on a .
Si est une fonction -mesurable définie -presque sur X, on notera également la fonction où est une fonction -mesurable définie sur X égale à localement -presque partout.
4. L’algèbre stellaire
Soit X un espace topologique localement compact et soit une mesure positive sur X. On considère l’algèbre stellaire commutative (exemple 4 de I, p. 103).
Lemme 6 02YY
Soit . Le spectre de la classe de dans est égal à l’image -essentielle de .
Notons la classe de dans et S l’image -essentielle de . Soit S. Par définition, il existe un voisinage ouvert U de tel que est localement -négligeable. La fonction définie par si , et si , appartient alors à . Sa classe dans vérifie , puisque pour tout n’appartenant pas à l’ensemble localement -négligeable Y. Donc Sp().
Réciproquement, soit Sp(). Soit une fonction dont la classe est l’inverse de dans . Il existe un nombre réel tel que localement -presque partout, et de plus on a localement -presque partout. Soit U la boule ouverte de centre et de rayon dans ; alors est contenu dans l’ensemble localement -négligeable
donc S. On a démontré le lemme.
Proposition 4 02YZ
Soit . Notons la classe de dans et S le spectre de . L’application (remarque, p. 184) est l’application de calcul fonctionnel de dans associée à .
Soit . La fonction est -mesurable (lemme 5 de IV, p. 184) et bornée. Notons sa classe dans . L’application est un morphisme continu d’algèbres involutives unifères de dans . Puisque appartient à S localement -presque partout (lemme 1 de IV, p. 181 et lemme 6), ce morphisme associe à l’application identique de S la classe de la fonction . Il coïncide donc avec l’application de calcul fonctionnel de (prop. 7 de I, p. 111).
5. Endomorphismes de multiplication
Soit X un espace topologique localement compact et soit une mesure positive sur X. Soit .
Soit . Notons l’application de dans lui-même. L’application est linéaire et continue puisque
pour toute fonction . En particulier, la fonction est -négligeable si est -négligeable. L’application induit donc, par passage aux quotients, un endomorphisme de , qui sera noté .
Lemme 7 02Z0
Soit . L’endomorphisme de est injectif si et seulement si l’ensemble des tels que est localement -négligeable.
Notons A l’ensemble des tels que .
Supposons que A est localement -négligeable. Soit et sa classe dans . Supposons que . Par définition, c’est le cas si et seulement si la fonction est -négligeable, de sorte que l’ensemble B des tels que est -négligeable. La fonction est nulle en dehors de , donc est -négligeable. Cela implique que l’endomorphisme est injectif.
Réciproquement, supposons que A n’est pas localement -négligeable. Soit C une partie compacte de X telle que n’est pas -négligeable, et soit la fonction caractéristique de . La classe de la fonction dans n’est pas nulle, mais celle de l’est, donc n’est pas injectif.
Puisque le produit d’une fonction localement -négligeable et d’une fonction -négligeable est -négligeable, l’endomorphisme ne dépend que de la classe de dans . Pour , on note également l’endomorphisme de pour toute fonction dont est la classe. On dit que est l’endomorphisme de multiplication par dans .
Proposition 5 02Z1
Soit . L’application de dans est un morphisme isométrique d’algèbres de Banach unifères.
Pour dans et dans , on vérifie aussitôt que , donc l’application est linéaire. De plus, on a et , donc l’application est un morphisme d’algèbres unifères de dans .
La formule (1) ci-dessus démontre que est de norme .
Soient et sa classe dans . Soit 0. L’ensemble Y des tels que n’est pas localement -négligeable. Il existe donc un sous-ensemble compact C de X tel que . Soit la fonction caractéristique de . Comme
il vient . Puisque est arbitraire, on en déduit que , ce qui démontre que est isométrique.
Lemme 8 02Z2
Soit une suite bornée dans convergeant simplement -presque partout. Soit la classe de sa limite. Alors converge vers dans l’espace muni de la topologie de la convergence simple.
Soit . La suite est bornée dans et converge simplement -presque partout vers . D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, n, th. 6), la suite converge vers dans , et l’assertion en résulte.
On va considérer maintenant le cas où .
Proposition 6 02Z3
L’application est un morphisme unifère isométrique de l’algèbre stellaire dans l’algèbre stellaire .
En particulier, pour tout , l’endomorphisme de multiplication est normal; il est hermitien si et seulement si est localement -presque partout à valeurs réelles.
D’après la prop. 5, l’application est un morphisme injectif et isométrique d’algèbres de Banach unifères de dans . Soit . Pour et , on a
dont il résulte que , ce qui démontre que est un morphisme involutif. Les dernières assertions en résultent (cf. I, p. 106, prop. 5).
Corollaire 02Z4
Soit .
a) Le spectre de dans est l’image -essentielle de ;
b) L’endomorphisme est positif si et seulement si est localement -presque partout à valeurs positives;
c) Pour toute fonction (Sp()), on a .
Puisque est injective, on a Sp() Sp() d’après la prop. 5 de I, p. 106 ; le résultat découle alors du lemme 6 de IV, p. 185, de la proposition 4 de IV, p. 185 et de la définition 6 de I, p. 115.
Proposition 7 02Z5
L’image du morphisme de dans est une sous-algèbre commutative maximale de l’algèbre .
Il suffit de démontrer que si est un endomorphisme qui commute à pour toute fonction , alors appartient à l’image de . Soit un tel endomorphisme.
On note la classe dans d’une fonction . Notons l’application linéaire de dans définie par . On a pour tout .
Pour toute partie -mesurable Y de X, on note sa fonction caractéristique ; l’endomorphisme est un orthoprojecteur de .
Supposons d’abord que X est compact, de sorte que la classe de la fonction constante 1 appartient à . Soit une fonction dans dont la classe dans est .
Soient un nombre réel positif et Y l’ensemble des tels que ; c’est un ensemble -mesurable. On a dans les égalités .
Comme de plus , on obtient
Cette inégalité implique que si , de sorte que la fonction est bornée -presque partout par . Pour toute fonction (X), on a enfin
d’où l’égalité , et en particulier .
Considérons maintenant le cas général. Il existe une famille localement dénombrable de parties compactes deux à deux disjointes de X telle que Z = X est localement -négligeable (INT, IV, p .190, § 5, n, prop. 14). Notons la mesure induite par sur (INT, IV, p. 186, § 5, n, déf. 4).
D’après la prop. 1 de IV, p. 179, pour tout , l’image de s’identifie à par . Pour toute fonction , l’endomorphisme de multiplication commute avec , donc laisse stable , et l’endomorphisme de déduit de par passage aux sous-espaces coïncide avec l’endomorphisme de multiplication par sur .
Comme commute avec , il laisse également stable le sous-espace . Notons l’endomorphisme de déduit de par passage aux sous-espaces.
L’application de dans définie par étant surjective, l’hypothèse implique que commute avec pour toute fonction . D’après la première partie de la démonstration, il existe une fonction telle que et .
La fonction sur X qui coïncide avec sur et qui est nulle sur Z est bornée et -mesurable (INT, IV, p. 193, § 5, n, prop. 16) donc . Pour tout , la restriction de à coïncide avec celle de ; on a par conséquent d’après la prop. 1, c) de IV, p. 179.
Corollaire 02Z6
Soit un endomorphisme de l’espace hilbertien permutable à pour toute fonction . Alors il existe un unique élément tel que .
D’après la prop. 7, il suffit de démontrer que commute avec pour tout . Soient et des éléments de de classes et dans . Soit (resp. ) une fonction dans dont la classe est (resp. ).
Notons ; on a . Définissons la mesure sur X ; elle est bornée. Pour tout , on a
On a donc par hypothèse pour toute fonction (X), c’est-à-dire . Par conséquent, il vient
pour tout . Puisque c’est le cas pour tous et dans , on a .
Remarque 02Z7
Dans la suite, on notera souvent simplement l’endomorphisme de multiplication par sur .
6. Mesures spectrales
Dans ce numéro, on fixe un espace hilbertien complexe E.
Rappelons que si A est une algèbre stellaire unifère commutative, on note l’espace topologique compact de ses caractères unifères (cor. 1 de I, p. 29) et la transformation de Gelfand de A (déf. 5 de I, p. 7) qui est un isomorphisme isométrique d’algèbres unifères involutives de A sur (th. 1 de I, p. 108). On notera l’isomorphisme réciproque.
Lemme 9 02Z8
Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de . Pour tous et dans E, l’application de dans définie par pour tout est une mesure bornée sur l’espace compact . Elle est positive si . Sa norme est , avec égalité si .
L’application est linéaire. Pour toute fonction (A)), on a
donc est une mesure bornée sur de norme .
Supposons que . Pour toute fonction positive (A)), l’élément est un élément positif de A (exemple 1 de I, p. 115), donc un élément positif de (E), d’où (prop. 8 de I, p. 138). Ceci montre que est une mesure positive. Comme , la masse totale de est (INT, III, p. 58, § 1, n, cor. 2).
Définition 2 02Z9
Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de . Pour tous et dans E, la forme linéaire sur s’appelle la mesure spectrale de relative à A. Si , on dit que c’est la mesure spectrale de relative à A.
Remarque 02ZA
Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de . Pour tous et dans E, notons la mesure spectrale de relativement à A. L’application définie par de dans est sesquilinéaire.
Soit un endomorphisme normal de E et A la sous-algèbre stellaire unifère de engendrée par . Elle est commutative. L’espace s’identifie à Sp() par l’application (lemme 10 de I, p. 109). La mesure spectrale de relative à A s’identifie donc à une mesure sur Sp(), appelée la mesure spectrale de relative à . Pour toute fonction (Sp()), on a alors
Sp()
d’après la déf. 5 de I, p. 110.
7. Algèbres stellaires commutatives d’endomorphismes d’un espace hilbertien
Définition 3 02ZB
Soient A une algèbre sur et E un espace vectoriel topologique complexe. Soit une représentation de A dans E. On dit qu’un élément de E est un vecteur cyclique pour si l’ensemble des éléments pour est total dans E.
Soit un endomorphisme de E. On dit que est un vecteur cyclique pour si c’est un vecteur cyclique pour la représentation identique de la sous-algèbre stellaire engendrée par dans .
Proposition 8 02ZC
Soit E un espace hilbertien complexe. Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de . Soit un élément de E. Posons et notons la mesure spectrale de relative à A.
Il existe un unique isomorphisme isométrique de sur tel que pour toute fonction . Pour tout élément , l’espace est stable par , et si on note l’endomorphisme de déduit de par passage aux sous-espaces, alors on a .
Soit l’application linéaire de dans définie par
Pour toute fonction (A)), on a
Puisque est dense dans , il existe une unique application linéaire isométrique de dans qui prolonge ; on la note . L’application est surjective puisque son image est fermée (lemme 8 de I, p. 107) et contient . C’est donc un isomorphisme isométrique.
Soit . Notons . L’espace est stable par . Pour (A)), on a alors
et il en résulte que .
Corollaire 02ZD
Soit E un espace hilbertien complexe. Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de admettant un vecteur cyclique . Soit la mesure spectrale de relative à A. Il existe un unique isomorphisme isométrique
tel que pour toute fonction . Pour tout dans A, on a .
En effet, on a alors et pour tout .
Soit E un espace hilbertien complexe. Soit et soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de . Notons le sous-espace fermé de E. Pour tout , on a alors . Notons la sous-algèbre stellaire unifère commutative de formée des endomorphismes de déduits des éléments de A par passage aux sous-espaces. Le vecteur est un vecteur cyclique pour .
Proposition 9 02ZE
Il existe un sous-ensemble C de E tel que E est somme hilbertienne des espaces pour C. Si E est de type dénombrable, l’ensemble C est dénombrable.
Soit l’ensemble des parties C de E telles que les sous-espaces pour soient deux à deux orthogonaux. L’ensemble , ordonné par l’inclusion, est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2) puisque C appartient à si et seulement si les ensembles formés de deux éléments de C appartiennent à . D’après E, III, p. 35, th. 1, il existe un élément maximal C de .
Soit F le sous-espace fermé de E engendré par les sous-espaces pour . Il suffit de démontrer que est réduit à 0 pour achever la preuve de la proposition. Soit un élément de . Pour tout et tous et dans A, on a puisque appartient à , donc à F. Comme les éléments (resp. ) engendrent un sous-espace dense de (resp. ), on a donc . Puisque C est maximal dans , cela signifie que est réduit à 0, donc que .
Supposons que E est de type dénombrable. Comme est non nul pour tout non nul, tout ensemble C tel que E est somme hilbertienne des espaces pour est dénombrable.
Théorème 1 02ZF
Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de . Il existe un espace topologique localement compact X, une mesure positive sur X, un isomorphisme isométrique de sur E et un morphisme isométrique d’algèbres stellaires de A dans tels que pour tout , on ait
D’après la prop. 9, il existe une partie C de E telle que E soit la somme hilbertienne des sous-espaces pour . Soit X l’espace topologique localement compact , où C est muni de la topologie discrète. Il existe une unique mesure sur X telle que s’identifie à la mesure spectrale de pour tout (INT, III, p. 65, § 2, n, prop. 1) ; cette mesure est positive (cf. loc. cit.). On a alors une décomposition en somme hilbertienne
(prop. 1 de IV, p. 179, c) appliquée aux ensembles pour . Il existe donc une unique isométrie qui coïncide avec sur pour tout .
Soit la projection canonique ; elle est surjective, donc l’application linéaire définie par est injective. Notons ; c’est un morphisme injectif d’algèbres stellaires de A dans ; il est donc isométrique (prop. 9 de I, p. 112).
Soit . Pour tout , on a . Les applications linéaires continues et coïncident donc sur les sous-espaces , et sont par conséquent égales.
Corollaire (Théorème spectral) 02ZG
Soit E un espace hilbertien complexe. Soit un endomorphisme normal de E. Il existe un espace topologique localement compact X, une mesure positive sur X, un isomorphisme isométrique de sur E et une fonction continue et bornée sur X tels que .
Si admet un vecteur cyclique , on peut prendre X = Sp() et pour la fonction identique de X.
Il suffit d’appliquer le théorème 1 (resp. le corollaire de la proposition 8) à la sous-algèbre stellaire A de qui est engendrée par , et de poser .
Cet énoncé réduit toute question portant sur un seul endomorphisme normal d’un espace hilbertien à une question similaire pour un opérateur de multiplication, ce qui en simplifie souvent l’étude (cf. par exemple l’exercice 19 de IV, p. 325).
8. Continuité du calcul fonctionnel
Dans ce numéro, on considère les propriétés de continuité du calcul fonctionnel par rapport aux deux variables.
Pour une algèbre stellaire A et un élément normal de A, et pour une fonction continue sur un sous-ensemble de contenant Sp, on note l’élément obtenu par le calcul fonctionnel continu de appliqué à la restriction de au spectre de .
Proposition 10 02ZH
Soit A une algèbre stellaire unifère. Soit U un ouvert relativement compact dans . Notons l’ensemble des éléments normaux de A tels que Sp est contenu dans U. L’application de dans A est continue.
Notons l’application de dans A. L’ensemble des applications de calcul fonctionnel pour est équicontinu dans , puisque chacune est une application linéaire continue de norme . Pour démontrer l’assertion, il suffit donc de vérifier que, pour tout (U), l’application de dans A définie par est continue (TG, X, p. 13, cor. 3).
Soit l’ensemble des telles que l’application de dans A est continue ; il faut démontrer que .
L’ensemble est une sous-algèbre unifère involutive de . Elle contient la fonction identique de U, donc elle sépare les points. Par conséquent, elle est dense dans (TG, X, p. 39, prop. 7). Démontrons qu’elle est fermée.
Soit une suite dans qui converge vers . Soit et choisissons tel que . Pour tout on a
2
Comme appartient à , il existe un voisinage V de dans tel que pour tout V. On a donc pour tout . L’application est donc continue en ; l’assertion est démontrée.
Corollaire 1 02ZI
Soit A une algèbre stellaire unifère et soit l’ensemble des éléments normaux de A. Munissons l’espace de la topologie de la convergence compacte. L’application de dans A est continue.
Soit . Soit U un voisinage relativement compact du spectre de . Soit V l’ensemble des éléments normaux de A tels que Sp; c’est un voisinage ouvert de dans (I, p. 76, prop. 10). Pour tout et toute fonction , on a . Comme l’application est une semi-norme continue sur muni de la topologie de la convergence compacte, la continuité de l’application en résulte de la prop. 10.
Corollaire 2 02ZJ
Soit E un espace hilbertien complexe et soit l’ensemble des endomorphismes normaux de E. Munissons l’espace de la topologie de la convergence compacte. L’application de dans définie par est continue.
Exercices
Sauf mention du contraire, dans les exercices de ce paragraphe, E désigne un espace hilbertien complexe.
See the exercises for § 2.