Bourbaki

§ 2. Endomorphismes normaux

Dans tout ce paragraphe, les espaces hilbertiens considérés sont complexes, sauf mention du contraire.

1. Compléments sur les espaces Lp(X,μ)L^p(X, \mu)

Proposition 1 02YO

Soit X un espace topologique localement compact. Soient μ\mu une mesure positive sur X et p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [. Soit (Xi)i∈I(X_i)_{i\in I} une famille localement dénombrable (INT, IV, p. 190, § 5, no9^o9, déf. 7) de parties localement compactes deux à deux disjointes de X telle que le complémentaire de la réunion des XiX_i soit localement μ\mu-négligeable. Soient φi\varphi_i la fonction caractéristique de XiX_i et μi\mu_i la mesure induite par μ\mu sur XiX_i (INT, IV, p. 186, §5, no7^o7, déf. 4).

a) L’application pi:f↦fφip_i:f\mapsto f \varphi_i est un projecteur de Lp(X,μ)\mathscr{L}^p(X, \mu) et définit par passage aux quotients un projecteur p~i\widetilde{p}_i de Lp(X,μ)L^p(X, \mu). Ce dernier est un orthoprojecteur de L2(X,μ)L^2(X, \mu) si p=2p= 2;

b) L’application f↦f∣Xif\mapsto f|X_i induit un isomorphisme isométrique de l’image de pip_i sur l’espace Lp(Xi,μi)\mathscr{L}^p(X_i, \mu_i) et définit par passage aux quotients un isomorphisme isométrique de l’image de p~i\widetilde{p}_i sur Lp(Xi,μi)L^p(X_i, \mu_i), par le truchement duquel on identifie ces deux espaces ;

c) La somme des espace Lp(Xi,μi)L^p(X_i, \mu_i) est totale dans l’espace Lp(X,μ)L^p(X, \mu). Dans le cas p=2p= 2, l’espace L2(X,μ)L^2(X, \mu) est la somme hilbertienne des espaces L2(Xi,μi)L^2(X_i, \mu_i).

L’assertion a) est élémentaire. L’assertion b) résulte du scholie de INT, V, p. 84, § 7, no1^o1.

Soit q∈]1,+∞]q\in ]1,+\infty ] l’exposant conjugué de pp. On identifie le dual de Lp(X,μ)L^p(X, \mu) avec Lq(X,μ)L^q(X, \mu) (INT, V, p. 61, § 5, no8^o8, th. 4). Soit ff une fonction dans Lq(X,μ)\mathscr{L}^q(X, \mu) dont la classe f~\widetilde{f} dans Lq(X,μ)L^q(X, \mu) vérifie ⟨f~,p~i(φ)⟩=0\langle \widetilde{f} ,\widetilde{p}_i(\varphi )\rangle = 0 pour tout i∈Ii\in I et tout φ∈Lp(X,μ)\varphi \in L^p(X, \mu). Comme l’image de pip_i contient K(Xi)\mathscr{K}(X_i), il en résulte que la mesure (f∣Xi)⋅μi(f|X_i)\cdot \mu_i sur XiX_i est nulle, ce qui signifie que la restriction de ff à XiX_i est localement μi\mu_i-négligeable sur XiX_i (INT, V, p. 46, § 5, no3^o3, cor. 2). Puisque le complémentaire dans X de la réunion des XiX_i est localement μ\mu-négligeable, on en conclut que la fonction ff est localement μ\mu-négligeable sur X (INT, IV, p. 190, § 5, no9^o9 et p. 172, no2^o2, prop. 5). La classe de ff est alors nulle dans Lq(X,μ)L^q(X, \mu) (en utilisant INT, V, p. 8, § 1, no3^o3, lemme 1 et corollaire de la proposition 9 lorsque p≠1p\not = 1). D’après le théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 46, cor. 1), la première partie de l’assertion c) en résulte.

Si p=2p= 2, l’image de pip_i est orthogonale à celle pjp_j pour tous i≠ji\not =j, puisque XiX_i et XjX_j sont alors disjoints, d’où la dernière assertion.

Proposition 2 02YP

Soit X un espace localement compact dénombrable à l’infini. Soit μ\mu une mesure positive sur X. Pour tout p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [, l’espace Lp(X,μ)L^p(X, \mu) est de type dénombrable.

Soit (Un)n∈N(U_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite d’ouverts relativement compacts de X dont la réunion est égale à X et qui vérifient Un⊂Un+1U_n\subset U_{n+1} pour tout n∈Nn\in \mathbf{N} (TG, I, p. 68, prop. 15). Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, l’espace K(X,U‾n)\mathscr{K}(X,\overline{U}_n) s’identifie à un sous-espace fermé de l’espace de Banach C(Un)\mathscr{C}(U_n) (INT, III, p. 40, § 1, no1^o1); puisque ce dernier espace est de type dénombrable (TG, X, p. 25, corollaire), il en est de même de K(X,U‾n)\mathscr{K}(X,\overline{U}_n) (TG, IX, p. 19, cor., (i)). Soit Fn\mathscr{F}_n une partie dénombrable dense de K(X,U‾n)\mathscr{K}(X,\overline{U}_n).

Soit f∈Lp(X,μ)f\in \mathscr{L}^p(X, \mu) et soit ε>0\varepsilon >0. Il existe un entier n∈Nn\in \mathbf{N} tel que ∫X−Un∣f∣p<ε/2\int_{X-U_n}|f|^p< \varepsilon /2, et il existe g∈Fng\in \mathscr{F}_n telle que ∫U‾n∣f−g∣p<ε/2\int_{\overline{U}_n}|f-g|^p< \varepsilon /2. La réunion des classes dans Lp(X,μ)L^p(X, \mu) des éléments des ensembles Fn\mathscr{F}_n est donc dense dans Lp(X,μ)L^p(X, \mu), ce qui conclut la démonstration (TG, IX, p. 18, prop. 12).

2. Image essentielle d’une fonction mesurable

Dans ce numéro, on désigne par X un espace topologique localement compact, et par μ\mu une mesure positive sur X.

Définition 1 02YQ

Soit Y un espace topologique. Pour toute fonction mesurable gg de X dans Y, l’image μ\mu-essentielle de gg est le sous-ensemble des y∈Yy\in Y tels que, pour tout voisinage ouvert U de yy, l’ensemble g−1(U)\overset{-1}{g}(U) n’est pas localement μ\mu-négligeable dans X (INT, IV, p. 172, § 5, no2^o2, déf. 3).

Lemme 1 02YR

Soient gg une fonction μ\mu-mesurable de X dans un espace topologique Y et S son image μ\mu-essentielle. L’ensemble des éléments x∈Xx\in X tel que g(x)g(x) n’appartienne pas à S est localement μ\mu-négligeable dans X.

Soit Z=g−1(YZ =\overset{-1}{g}(Y - S) l’ensemble en question.

Supposons d’abord que X est compact et gg continue. Dans ce cas, la mesure image g(μ)g(\mu) est définie (INT, V, p. 69, § 6, no1^o1, déf. 1) puisque μ\mu est une mesure bornée. Il résulte des définitions que l’image μ\mu-essentielle de gg est le support de la mesure g(μ)(g(\mu) (cf. INT, V, p. 70, § 6, no2^o2, cor. 2), d’où μ(Z)=g(μ)(Y\mu(Z) =g(\mu)(Y - S) = 0 (INT, IV, p. 118, § 2, no2^o2, prop. 5).

Considérons maintenant le cas général. Soit C un sous-ensemble compact de X, et soit ε>0\varepsilon >0 un nombre réel. Puisque gg est mesurable, il existe un sous-ensemble compact C1⊂CC_1\subset C tel que μ(C\mu(C- C1)⩽εC_1)\leqslant \varepsilon et tel que g∣C1g|C_1 est continue (INT, IV, p. 169, § 5, no1^o1, prop. 1). On a alors

μ(Z∩C)⩽μ(C\mu(Z\cap C)\leqslant \mu(C - C1)+μ(Z∩C1)⩽ε+μ(Z∩C1)C_1) +\mu(Z\cap C_1)\leqslant \varepsilon +\mu(Z\cap C_1).

Soit μ1\mu_1 la mesure induite par μ\mu sur C1C_1 (INT, IV, p. 186, § 5, no7^o7, déf. 4). Soit S1S_1 l’image μ1\mu_1-essentielle de g∣C1g|C_1. On a Z∩C1⊂Z\cap C_1\subset (g∣C1)−1(Y(g|C_1)^{-1}(Y - S1)S_1). D’après le premier cas, l’ensemble Z∩C1Z\cap C_1 est donc μ1\mu_1-négligeable, et par conséquent μ\mu-négligeable (INT, IV, p. 187, § 5, no7^o7, lemme 2, (i)). L’inégalité ci-dessus devient μ(Z∩C)⩽ε\mu(Z\cap C)\leqslant \varepsilon; puisque ε\varepsilon et C sont arbitraires, l’ensemble Z est localement μ\mu-négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, no2^o2, prop. 5).

Lemme 2 02YS

Soit gg une fonction continue de X dans C\mathbf{C}. L’image μ\mu-essentielle de gg est l’adhérence de l’image par gg du support de μ\mu.

Soit Y le support de μ\mu. Si z∈Cz\in \mathbf{C} n’est pas adhérent à gg(Y), alors il existe un voisinage ouvert U de zz tel que l’ouvert g−1(U)\overset{-1}{g}(U) ne rencontre pas Y et est donc localement μ\mu-négligeable ; cela signifie que zz n’appartient pas à l’image μ\mu-essentielle de gg.

Réciproquement, si z∈Cz\in \mathbf{C} est adhérent à gg(Y), alors pour tout voisinage ouvert U de zz, l’ensemble g−1(U)\overset{-1}{g}(U) est un ouvert dans X qui rencontre Y. Il n’est donc pas μ\mu-négligeable, et puisque c’est un ouvert, il n’est pas localement μ\mu-négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, no2^o2, cor. 2). Donc zz appartient à l’image μ\mu-essentielle de gg.

Lemme 3 02YT

Soient gg une fonction continue de X dans C\mathbf{C} et S son image μ\mu-essentielle. On suppose que S n’est pas vide et que 0∉S0\notin S et on note δ\delta la distance de 0 à S. On a δ>0\delta >0.

Posons h(x)=1/g(x)h(x) = 1/g(x) si g(x)≠0g(x)\not = 0 et h(x)=0h(x) = 0 sinon. La fonction hh appartient à L∞(X,μ)\mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Soit h~\widetilde{h} la classe de hh dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu). On a alors la formule δ−1=∥h~∥∞\delta^{-1}=\|\widetilde{h}\|_{\infty}.

Soit U un voisinage ouvert de 0 tel que l’ouvert Z=g−1(U)Z =\overset{-1}{g}(U) est localement μ\mu-négligeable, donc négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, no2^o2, cor. 2). Soit Y le support de μ\mu; on a Y⊂XY\subset X - Z. La restriction de la fonction hh à X - Z est continue et bornée, donc h∈L∞(X,μ)h\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu) et la norme de h~\widetilde{h} dans L∞(X,μ)\mathscr{L}^{\infty}(X, \mu) est égale à la norme de sa restriction à X - Z. De plus, pour tout α∈R+\alpha \in \mathbf{R}_+, l’ensemble des x∈Xx\in X - Z tels que ∣h(x)∣>α|h(x)|> \alpha est un ouvert dans X - Z ; il est donc localement μ\mu-négligeable si et seulement s’il ne rencontre pas Y (INT, IV, loc. cit. et INT, III, p. 66, § 3, no2^o2, déf. 1). Par conséquent, on a

∥h~∥∞=\|\widetilde{h}\|_{\infty}= supx∈Y1∣g(x)∣_{x\in Y}\frac{1}{|g(x)|},

d’où

∥h~1∥=\|\widetilde{h}1\|= inf∞x∈Y∣g(x)∣=_{\infty x\in Y}|g(x)|= infλ∈g(Y)∣λ∣=_{\lambda\in g(Y)}|\lambda |= infλ∈g(Y)‾∣λ∣_{\lambda\in\overline{g(Y)}}|\lambda |

qui est égal à δ\delta d’après le lemme précédent.

3. Fonctions universellement mesurables

Dans ce numéro, X est un espace topologique localement compact. On rappelle (INT, V, p. 28, § 3, no4^o4, déf. 2) qu’une application ff de X dans un espace topologique Y est universellement mesurable si elle est μ\mu-mesurable pour toute mesure positive μ\mu sur X. Il suffit pour cela que ff soit μ\mu-mesurable pour toute mesure positive μ\mu à support compact sur X (INT, V, p. 28, § 4, no3^o3, prop. 6).

Lemme 4 02YU

Soient Y et Z des espaces topologiques localement compacts, f:X→Yf: X\rightarrow Y et g:Y→Zg: Y\rightarrow Z des applications universellement mesurables. L’application g∘f:X→Zg\circ f: X\rightarrow Z est universellement mesurable.

Soit μ\mu une mesure positive à support compact sur X et soit C son support. La restriction de ff à C est (μ∣(\mu|C)-propre. L’application gg est mesurable relativement à la mesure image (f∣C)(μ∣C)(f|C)(\mu|C), donc l’application (g∘f)∣C=g∘(f∣C)(g\circ f)|C =g\circ (f|C) est (μ∣(\mu|C)-mesurable. Par conséquent, l’application g∘fg\circ f est μ\mu-mesurable. Le lemme en résulte.

On note Lu(X)\mathscr{L}_u(X) l’espace vectoriel des fonctions à valeurs complexes qui sont universellement mesurables sur X et Lu∞(X)\mathscr{L}_u^{\infty}(X) le sous-espace des fonctions f∈Lu(X)f\in \mathscr{L}_u(X) qui sont bornées sur X. Pour f∈Lu∞f\in \mathscr{L}_u^{\infty}(X), on note ∥f∥∞=\|f\|_{\infty}= supx∈X∣f(x)∣_{x\in X}|f(x)|.

Proposition 3 02YV

a) L’ensemble Lu(X)\mathscr{L}_u(X) est une sous-algèbre involutive de l’algèbre involutive des fonctions de X dans C\mathbf{C};

b) L’ensemble Lu∞(X)\mathscr{L}_u^{\infty}(X) est une sous-algèbre de Lu(X)\mathscr{L}_u(X) et l’application définie par f↦∥f∥∞f\mapsto \|f\|_{\infty} est une norme sur Lu∞(X)\mathscr{L}_u^{\infty}(X) pour laquelle Lu∞(X)\mathscr{L}_u^{\infty}(X) est une algèbre stellaire unifère;

c) L’algèbre Lu(X)\mathscr{L}_u(X) contient C(X)\mathscr{C}(X) et Lu∞(X)\mathscr{L}_u^{\infty}(X) contient Cb(X)\mathscr{C}_b(X);

d) Toute fonction borélienne de X dans C\mathbf{C} (TG, IX, p. 61, déf. 5) appartient à Lu(X)\mathscr{L}_u(X);

e) Pour toute suite (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbf{N}} dans Lu(X)\mathscr{L}_u(X) qui converge simplement vers une fonction ff de X dans C\mathbf{C}, on a f∈Lu(X)f\in \mathscr{L}_u(X).

Les assertions a) et c) résultent des définitions (cf. INT, IV, p. 175, § 5, no3^o3, cor. 3). L’assertion d) est une conséquence de INT, IV, p. 179, § 5, no5^o5, th. 4, puisque l’image réciproque par une fonction borélienne de toute partie borélienne de C\mathbf{C} est une partie borélienne de X, qui est universellement mesurable (INT, V, p. 28, § 3, no4^o4). Enfin, l’assertion e) résulte du théorème d’Egoroff (INT, IV, p. 175, § 5, no4^o4, th. 2).

Pour démontrer l’assertion b), il suffit de remarquer que e) implique, a fortiori, qu’une limite uniforme de fonctions universellement mesurables est universellement mesurable.

Il peut exister des fonctions universellement mesurables sur X qui ne sont pas boréliennes. En effet, si X est métrisable, la fonction caractéristique d’un sous-ensemble souslinien de X est universellement mesurable (cf. INT, IV, p. 171, § 5, no1^o1, cor. 2) ; or, dans tout espace polonais non dénombrable, il existe un sous-ensemble souslinien qui n’est pas borélien (« théorème de Souslin » ; cela résulte de TG, IX, p. 120, exerc. 8 et du fait que pour tout espace polonais X non dénombrable, il existe une bijection borélienne X→NNX\rightarrow \mathbf{N}^{\mathbf{N}} dont la réciproque est borélienne).

Lemme 5 02YW

Soit μ\mu une mesure positive sur X. Soient gg une fonction μ\mu-mesurable de X dans C\mathbf{C} et S son image μ\mu-essentielle. Pour toute fonction f∈Lu(S)f\in \mathscr{L}_u(S), l’application hh de X dans C\mathbf{C} telle que h(x)=0h(x) = 0 si g(x)∉Sg(x)\notin S et h(x)=f(g(x))h(x) =f(g(x)) si g(x)∈Sg(x)\in S est μ\mu-mesurable.

Soient x∈Xx\in X et U un voisinage ouvert relativement compact de xx. L’ensemble N = U - (U∩g−1(S))(U\cap \overset{-1}{g}(S)) est (μ∣(\mu|U)-négligeable. Pour tout entier n⩾1n\geqslant 1, soit VnV_n un ouvert tel que N⊂Vn⊂UN\subset V_n\subset U et μ(Vn−N)<1/n\mu(V_n-N)<1/n (INT, IV, p. 116, § 1, no4^o4, prop. 19).

La restriction g~\widetilde{g} de gg à U- VnV_n est μ∣(U\mu|(U- VnV_n)-propre et son image est contenue dans S. Puisque ff est universellement mesurable, l’application x↦f(g(x))x\mapsto f(g(x)) de U - VnV_n dans C\mathbf{C} est mesurable par rapport à la mesure μ∣(U\mu|(U - Vn)V_n) (INT, V, p. 71, § 6, no2^o2, prop. 3). L’application hnh_n de X dans C\mathbf{C} telle que hn(x)=0h_n(x) = 0 si x∉Ux \notin U - VnV_n et hn(x)=f(g(x))h_n(x) =f(g(x)) si x∈Ux\in U - VnV_n est donc μ\mu-mesurable (INT, IV, p. 193, § 5, no10^o10, prop. 16).

Comme hn(x)→h(x)h_n(x)\rightarrow h(x) pour μ\mu-presque tout x∈Ux\in U, la restriction de hh à U est μ\mu-mesurable (INT, IV, p. 175, § 5, no4^o4, th. 2). On conclut que hh est μ\mu-mesurable d’après le principe de localisation (INT, IV, p. 171, § 4, no2^o2, prop. 4).

Remarque 02YX

Sous les hypothèses du lemme, notons par abus de langage f∘gf\circ g la fonction hh définie dans le lemme.

Si g=g1g=g_1 localement μ\mu-presque partout sur X, les fonctions gg et g1g_1 ont même image μ\mu-essentielle et on a f∘g=f∘g1f\circ g=f\circ g_1.

Si gg est une fonction μ\mu-mesurable définie μ\mu-presque sur X, on notera également f∘gf\circ g la fonction f∘g1f\circ g_1 où g1g_1 est une fonction μ\mu-mesurable définie sur X égale à gg localement μ\mu-presque partout.

4. L’algèbre stellaire L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu)

Soit X un espace topologique localement compact et soit μ\mu une mesure positive sur X. On considère l’algèbre stellaire commutative L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) (exemple 4 de I, p. 103).

Lemme 6 02YY

Soit g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Le spectre de la classe de gg dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) est égal à l’image μ\mu-essentielle de gg.

Notons g~\widetilde{g} la classe de gg dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) et S l’image μ\mu-essentielle de gg. Soit z∈C−z\in \mathbf{C}- S. Par définition, il existe un voisinage ouvert U de zz tel que Y=g−1(U)Y =\overset{-1}{g}(U) est localement μ\mu-négligeable. La fonction hh définie par h(x)=(g(x)−z)−1h(x) = (g(x)-z)^{-1} si x∉Yx \notin Y, et h(x)=0h(x) = 0 si x∈Yx\in Y, appartient alors à L∞(X,μ)\mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Sa classe h~\widetilde{h} dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) vérifie (g~−z)h~=1(\widetilde{g}-z)\widetilde{h}= 1, puisque (g(x)−z)h(x)=1(g(x)-z)h(x) = 1 pour tout xx n’appartenant pas à l’ensemble localement μ\mu-négligeable Y. Donc z∈C−z\in \mathbf{C}- Sp(g~\widetilde{g}).

Réciproquement, soit z∈C−z\in \mathbf{C}- Sp(g~\widetilde{g}). Soit h∈L∞(X,μ)h\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu) une fonction dont la classe est l’inverse de g~−z\widetilde{g}-z dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu). Il existe un nombre réel M>0M>0 tel que ∣h(x)∣⩽M|h(x)|\leqslant M localement μ\mu-presque partout, et de plus on a (g(x)−z)h(x)=1(g(x)-z)h(x) = 1 localement μ\mu-presque partout. Soit U la boule ouverte de centre zz et de rayon M−1M^{-1} dans C\mathbf{C}; alors g−1(U)\overset{-1}{g}(U) est contenu dans l’ensemble localement μ\mu-négligeable

h−1(]M,+∞[)∪{x∈X∣(g(x)−z)h(x)≠1} \overset{-1}{h}(]M,+\infty [)\cup \{x\in X|(g(x)-z)h(x)\not = 1\}

donc z∈C−z\in \mathbf{C}- S. On a démontré le lemme.

Proposition 4 02YZ

Soit g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Notons g~\widetilde{g} la classe de gg dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) et S le spectre de g~\widetilde{g}. L’application f↦f∘gf\mapsto f\circ g (remarque, p. 184) est l’application de calcul fonctionnel de C(S)\mathscr{C}(S) dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) associée à g~\widetilde{g}.

Soit f∈C(S)f\in \mathscr{C}(S). La fonction h=f∘gh=f\circ g est μ\mu-mesurable (lemme 5 de IV, p. 184) et bornée. Notons f∘~gf\widetilde{\circ}g sa classe dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu). L’application f↦f∘~gf\mapsto f\widetilde{\circ}g est un morphisme continu d’algèbres involutives unifères de C(S)\mathscr{C}(S) dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu). Puisque g(x)g(x) appartient à S localement μ\mu-presque partout (lemme 1 de IV, p. 181 et lemme 6), ce morphisme associe à l’application identique de S la classe g~\widetilde{g} de la fonction gg. Il coïncide donc avec l’application de calcul fonctionnel de g~\widetilde{g} (prop. 7 de I, p. 111).

5. Endomorphismes de multiplication

Soit X un espace topologique localement compact et soit μ\mu une mesure positive sur X. Soit p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [.

Soit g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Notons mgm_g l’application f↦g⋅ff\mapsto g\cdot f de Lp(X,μ)\mathscr{L}^p(X, \mu) dans lui-même. L’application mgm_g est linéaire et continue puisque

Np(mg(f))⩽N∞(g)Np(f)(1) N_p(m_g(f))\leqslant N_{\infty}(g)N_p(f) \tag{1}

pour toute fonction f∈Lp(X,μ)f\in \mathscr{L}^p(X, \mu). En particulier, la fonction mg(f)m_g(f) est μ\mu-négligeable si ff est μ\mu-négligeable. L’application mgm_g induit donc, par passage aux quotients, un endomorphisme de Lp(X,μ)L^p(X, \mu), qui sera noté m~g\widetilde{m}_g.

Lemme 7 02Z0

Soit g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). L’endomorphisme m~g\widetilde{m}_g de Lp(X,μ)L^p(X, \mu) est injectif si et seulement si l’ensemble des x∈Xx\in X tels que g(x)=0g(x) = 0 est localement μ\mu-négligeable.

Notons A l’ensemble des x∈Xx\in X tels que g(x)=0g(x) = 0.

Supposons que A est localement μ\mu-négligeable. Soit f∈Lp(X,μ)f\in \mathscr{L}^p(X, \mu) et f~\widetilde{f} sa classe dans Lp(X,μ)L^p(X, \mu). Supposons que m~g(f~)=0\widetilde{m}_g(\widetilde{f}) = 0. Par définition, c’est le cas si et seulement si la fonction fgf g est μ\mu-négligeable, de sorte que l’ensemble B des x∈Xx\in X tels que f(x)g(x)≠0f(x)g(x)\not = 0 est μ\mu-négligeable. La fonction ff est nulle en dehors de A∪BA\cup B, donc est μ\mu-négligeable. Cela implique que l’endomorphisme m~g\widetilde{m}_g est injectif.

Réciproquement, supposons que A n’est pas localement μ\mu-négligeable. Soit C une partie compacte de X telle que A∩CA\cap C n’est pas μ\mu-négligeable, et soit φ\varphi la fonction caractéristique de A∩CA\cap C. La classe de la fonction φ\varphi dans Lp(X,μ)L^p(X, \mu) n’est pas nulle, mais celle de mg(φ)m_g(\varphi ) l’est, donc mgm_g n’est pas injectif.

Puisque le produit d’une fonction localement μ\mu-négligeable et d’une fonction μ\mu-négligeable est μ\mu-négligeable, l’endomorphisme m~g\widetilde{m}_g ne dépend que de la classe de gg dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu). Pour g~∈L∞(X,μ)\widetilde{g}\in L^{\infty}(X, \mu), on note également m~g\widetilde{m}_g l’endomorphisme m~g\widetilde{m}_g de Lp(X,μ)L^p(X, \mu) pour toute fonction g∈L∞(X,μ)~g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu\widetilde{)} dont g~\widetilde{g} est la classe. On dit que m~g\widetilde{m}_g est l’endomorphisme de multiplication par g~\widetilde{g} dans Lp(X,μ)L^p(X, \mu).

Proposition 5 02Z1

Soit p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [. L’application m:g↦m~gm:g\mapsto \widetilde{m}_g de L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) dans L(Lp(X,μ))\mathscr{L}(L^p(X, \mu)) est un morphisme isométrique d’algèbres de Banach unifères.

Pour a,ba,b dans C\mathbf{C} et g1,g2g_1,g_2 dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu), on vérifie aussitôt que m~ag1+bg2=am~g1+bm~g2\widetilde{m}_{ag_1+bg_2}=a\widetilde{m}g_1+b\widetilde{m}_{g_2}, donc l’application m~\widetilde{m} est linéaire. De plus, on a m~1=1Lp(X,μ)\widetilde{m}_1= 1_{L^p(X,\mu)} et m~g1g2=m~g1m~g2\widetilde{m}_{g_1g_2}=\widetilde{m}_{g_1}\widetilde{m}_{g_2}, donc l’application m~\widetilde{m} est un morphisme d’algèbres unifères de L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) dans L(Lp(X,μ))\mathscr{L}(L^p(X, \mu)).

La formule (1) ci-dessus démontre que m~\widetilde{m} est de norme ⩽1\leqslant 1.

Soient g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu) et g~\widetilde{g} sa classe dans L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu). Soit ε>\varepsilon > 0. L’ensemble Y des x∈Xx\in X tels que ∣g(x)∣>∥g~∥∞−ε|g(x)|>\|\widetilde{g}\|_{\infty}-\varepsilon n’est pas localement μ\mu-négligeable. Il existe donc un sous-ensemble compact C de X tel que μ(Y∩C)>0\mu(Y\cap C)>0. Soit φ\varphi la fonction caractéristique de Y∩CY\cap C. Comme

∥m~g~(φ)∥p=(∫X∣φg∣pdμ)1/p⩾(∫Y∣φg∣pdμ)1/p \|\widetilde{m}_{\widetilde{g}}(\varphi )\|_p=(\int_X|\varphi g|^pd\mu)^{1/p}\geqslant (\int_Y|\varphi g|^pd\mu)^{1/p}
⩾(∥g~∥∞−ε)μ(Y∩C)1/p=(∥g~∥∞−ε)∥φ∥p \geqslant (\|\widetilde{g}\|_{\infty}-\varepsilon )\mu(Y\cap C)^{1/p}= (\|\widetilde{g}\|_{\infty}-\varepsilon )\|\varphi \|_p

il vient ∥m~g~∥⩾∥g~∥∞−ε\|\widetilde{m}_{\widetilde{g}}\|\geqslant \|\widetilde{g}\|_{\infty}-\varepsilon. Puisque ε\varepsilon est arbitraire, on en déduit que ∥m~g~∥⩾∥g~∥∞\|\widetilde{m}_{\widetilde{g}}\|\geqslant \|\widetilde{g}\|_{\infty}, ce qui démontre que m~\widetilde{m} est isométrique.

Lemme 8 02Z2

Soit (gn)(g_n) une suite bornée dans L∞(X,μ)\mathscr{L}^{\infty}(X, \mu) convergeant simplement μ\mu-presque partout. Soit m~∈L∞(X,μ)\widetilde{m}\in L^{\infty}(X, \mu) la classe de sa limite. Alors m~gn\widetilde{m}_{g_n} converge vers m~g~\widetilde{m}_{\widetilde{g}} dans l’espace L(Lp(X,μ))\mathscr{L}(L^p(X, \mu)) muni de la topologie de la convergence simple.

Soit f∈Lp(X,μ)f\in \mathscr{L}^p(X, \mu). La suite (gnf)(g_nf) est bornée dans Lp(X,μ)\mathscr{L}^p(X, \mu) et converge simplement μ\mu-presque partout vers gfgf. D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6), la suite (gnf)(g_nf) converge vers gfgf dans Lp(X,μ)\mathscr{L}^p(X, \mu), et l’assertion en résulte.

On va considérer maintenant le cas où p=2p= 2.

Proposition 6 02Z3

L’application m:g↦m~gm:g\mapsto \widetilde{m}_g est un morphisme unifère isométrique de l’algèbre stellaire L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) dans l’algèbre stellaire L(L2(X,μ))\mathscr{L}(L^2(X, \mu)).

En particulier, pour tout g∈L∞(X,μ)g\in L^{\infty}(X, \mu), l’endomorphisme de multiplication m~g\widetilde{m}_g est normal; il est hermitien si et seulement si gg est localement μ\mu-presque partout à valeurs réelles.

D’après la prop. 5, l’application m~\widetilde{m} est un morphisme injectif et isométrique d’algèbres de Banach unifères de L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) dans L(L2(X,μ))\mathscr{L}(L^2(X, \mu)). Soit g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Pour f1f_1 et f2∈L2(X,μ)f_2\in \mathscr{L}^2(X, \mu), on a

⟨f1∣m~g(f2)⟩=∫Xf1(x)‾g(x)f2(x)dμ(x)=⟨m~g‾(f1)∣f2⟩ \langle f_1|\widetilde{m}_g(f_2)\rangle =\int_X\overline{f_1(x)}g(x)f_2(x)d\mu(x) =\langle \widetilde{m}_{\overline{g}}(f_1)|f_2\rangle

dont il résulte que m~g∗=m~g‾\widetilde{m}^*_g=\widetilde{m}_{\overline{g}}, ce qui démontre que mm est un morphisme involutif. Les dernières assertions en résultent (cf. I, p. 106, prop. 5).

Corollaire 02Z4

Soit g∈L∞(X,μ)g\in L^{\infty}(X, \mu).

a) Le spectre de m~g\widetilde{m}_g dans L(L2(X,μ))\mathscr{L}(L^2(X, \mu)) est l’image μ\mu-essentielle de gg;

b) L’endomorphisme m~g\widetilde{m}_g est positif si et seulement si gg est localement μ\mu-presque partout à valeurs positives;

c) Pour toute fonction f∈Cf\in \mathscr{C} (Sp(m~g\widetilde{m}_g)), on a f(m~g)=m~f∘gf(\widetilde{m}_g) =\widetilde{m}_{f\circ g}.

Puisque m~\widetilde{m} est injective, on a Sp(m~g\widetilde{m}_g) == Sp(gg) d’après la prop. 5 de I, p. 106 ; le résultat découle alors du lemme 6 de IV, p. 185, de la proposition 4 de IV, p. 185 et de la définition 6 de I, p. 115.

Proposition 7 02Z5

L’image du morphisme m~\widetilde{m} de L∞(X,μ)L^{\infty}(X, \mu) dans L(L2(X,μ))\mathscr{L}(L^2(X, \mu)) est une sous-algèbre commutative maximale de l’algèbre L(L2(X,μ))\mathscr{L}(L^2(X, \mu)).

Il suffit de démontrer que si u∈L(L2(X,μ))u\in \mathscr{L}(L^2(X, \mu)) est un endomorphisme qui commute à m~g\widetilde{m}_g pour toute fonction g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu), alors uu appartient à l’image de m~\widetilde{m}. Soit uu un tel endomorphisme.

On note f~\widetilde{f} la classe dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) d’une fonction f∈L2(X,μ)f\in \mathscr{L}^2(X, \mu). Notons vv l’application linéaire de L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) définie par f↦u(f~)f\mapsto u(\widetilde{f}). On a v∘mg=m~g∘vv\circ m_g=\widetilde{m}_g\circ v pour tout g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu).

Pour toute partie μ\mu-mesurable Y de X, on note φY\varphi_Y sa fonction caractéristique ; l’endomorphisme m~φY\widetilde{m}_{\varphi_Y} est un orthoprojecteur de L2(X,μ)L^2(X, \mu).

Supposons d’abord que X est compact, de sorte que la classe de la fonction constante 1 appartient à L2(X,μ)L^2(X, \mu). Soit gg une fonction dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) dont la classe dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) est v(1)v(1).

Soient cc un nombre réel positif et Y l’ensemble des x∈Xx\in X tels que ∣g(x)∣⩾c|g(x)|\geqslant c; c’est un ensemble μ\mu-mesurable. On a dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) les égalités φY~g=m~φY(v(1))=v(mφY(1))=v(φY)\varphi_{\widetilde{Y}}g=\widetilde{m}_{\varphi_Y}(v(1)) =v(m_{\varphi_Y}(1)) =v(\varphi_Y).

Comme de plus ∣cφY∣⩽∣gφY∣|c\varphi_Y|\leqslant |g\varphi_Y|, on obtient

c2μ(Y)=∫X(cφY)2dμ⩽∫X∣φYg∣2dμ=∥u~(φY)∥2⩽∥u∥2μ(Y) c^2\mu(Y) =\int_X(c\varphi_Y)^2d\mu\leqslant \int_X|\varphi_Yg|^2d\mu=\|\widetilde{u}(\varphi_Y)\|^2\leqslant \|u\|^2\mu(Y)

Cette inégalité implique que μ(Y)=0\mu(Y) = 0 si c>∥u∥c >\|u\|, de sorte que la fonction gg est bornée μ\mu-presque partout par ∥u∥\|u\|. Pour toute fonction f∈Cf\in \mathscr{C}(X), on a enfin

u(f~)=v(mf(1))=m~f(v(1))=m~f(g~)=m~g(f~) u(\widetilde{f}) =v(m_f(1)) =\widetilde{m}_f(v(1)) =\widetilde{m}_f(\widetilde{g}) =\widetilde{m}_g(\widetilde{f})

d’où l’égalité u=m~gu=\widetilde{m}_g, et en particulier N∞(g)=∥u∥N_{\infty}(g) =\|u\|.

Considérons maintenant le cas général. Il existe une famille localement dénombrable (Xi)i∈I(X_i)_{i\in I} de parties compactes deux à deux disjointes de X telle que Z = X −⋃i∈IXi-\bigcup_{i\in I}X_i est localement μ\mu-négligeable (INT, IV, p .190, § 5, no9^o9, prop. 14). Notons μi\mu_i la mesure induite par μ\mu sur XiX_i (INT, IV, p. 186, § 5, no7^o7, déf. 4).

D’après la prop. 1 de IV, p. 179, pour tout i∈Ii\in I, l’image EiE_i de m~φXi\widetilde{m}_{\varphi_{Xi}} s’identifie à L2(Xi,μi)L^2(X_i, \mu_i) par f↦f∣Xif\mapsto f|X_i. Pour toute fonction g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu), l’endomorphisme de multiplication m~g\widetilde{m}_g commute avec m~φXi\widetilde{m}_{\varphi_{Xi}}, donc laisse stable EiE_i, et l’endomorphisme de EiE_i déduit de m~g\widetilde{m}_g par passage aux sous-espaces coïncide avec l’endomorphisme de multiplication par g∣Xig|X_i sur L2(Xi,μi)L^2(X_i, \mu_i).

Comme uu commute avec mφXim_{\varphi_{Xi}}, il laisse également stable le sous-espace EiE_i. Notons uiu_i l’endomorphisme de L2(Xi,μi)L^2(X_i, \mu_i) déduit de uu par passage aux sous-espaces.

L’application de L∞(X,μ)\mathscr{L}^{\infty}(X, \mu) dans L∞(Xi,μi)\mathscr{L}^{\infty}(X_i, \mu_i) définie par g↦g∣Xig\mapsto g|X_i étant surjective, l’hypothèse implique que uiu_i commute avec m~g\widetilde{m}_g pour toute fonction g∈L∞(Xi,μi)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X_i, \mu_i). D’après la première partie de la démonstration, il existe une fonction gi∈L∞(Xi,μi)g_i\in \mathscr{L}^{\infty}(X_i, \mu_i) telle que ui=m~giu_i=\widetilde{m}_{g_i} et N∞(gi)⩽∥ui∥⩽∥u∥N_{\infty}(g_i)\leqslant \|u_i\|\leqslant \|u\|.

La fonction gg sur X qui coïncide avec gig_i sur XiX_i et qui est nulle sur Z est bornée et μ\mu-mesurable (INT, IV, p. 193, § 5, no10^o10, prop. 16) donc g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Pour tout i∈Ii\in I, la restriction de uu à EiE_i coïncide avec celle de m~g\widetilde{m}_g; on a u=mgu=m_g par conséquent d’après la prop. 1, c) de IV, p. 179.

Corollaire 02Z6

Soit uu un endomorphisme de l’espace hilbertien L2(X,μ)L^2(X, \mu) permutable à m~g\widetilde{m}_g pour toute fonction g∈K(X)g\in \mathscr{K}(X). Alors il existe un unique élément f∈L∞(X,μ)f\in L^{\infty}(X, \mu) tel que u=m~fu=\widetilde{m}_f.

D’après la prop. 7, il suffit de démontrer que uu commute avec m~g\widetilde{m}_g pour tout g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Soient h1h_1 et h2h_2 des éléments de L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) de classes h~1\widetilde{h}_1 et h~2\widetilde{h}_2 dans L2(X,μ)L^2(X, \mu). Soit k1k_1 (resp. k2k_2) une fonction dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) dont la classe est u(h~1)u(\widetilde{h}_1) (resp. u∗(h~2)u^*(\widetilde{h}_2)).

Notons h=h1k‾2−k1h‾2h=h_1\overline{k}_2-k_1\overline{h}_2; on a h∈L1(X,μ)h\in \mathscr{L}^1(X, \mu). Définissons la mesure ν=h⋅μ\nu =h\cdot \mu sur X ; elle est bornée. Pour tout g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu), on a

⟨h~2∣u(m~g(h~1))−m~g(u(h~1))⟩=⟨u∗(h~2)∣m~g(h~1)⟩−⟨h~2∣m~g(u(h~1))⟩ \langle \widetilde{h}_2|u(\widetilde{m}_g(\widetilde{h}_1))-\widetilde{m}_g(u(\widetilde{h}_1))\rangle =\langle u^*(\widetilde{h}_2)|\widetilde{m}_g(\widetilde{h}_1)\rangle - \langle \widetilde{h}_2|\widetilde{m}_g(u(\widetilde{h}_1))\rangle
=∫Xg⋅h1⋅k‾2dμ−∫Xg⋅k1⋅h‾2dμ=ν(g) =\int_Xg\cdot h_1\cdot \overline{k}_2d\mu-\int_Xg\cdot k_1\cdot \overline{h}_2d\mu=\nu (g)

On a donc par hypothèse ν(g)=0\nu (g) = 0 pour toute fonction g∈Kg\in \mathscr{K} (X), c’est-à-dire ν=0\nu = 0. Par conséquent, il vient

⟨h~2∣u(m~g(h~1))−m~g(u(h~1))⟩=ν(g)=0 \langle \widetilde{h}_2|u(\widetilde{m}_g(\widetilde{h}_1))-\widetilde{m}_g(u(\widetilde{h}_1))\rangle =\nu (g) = 0

pour tout g∈L∞(X,μ)g\in \mathscr{L}^{\infty}(X, \mu). Puisque c’est le cas pour tous h1h_1 et h2h_2 dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu), on a u∘m~g=m~g∘uu\circ \widetilde{m}_g=\widetilde{m}_g\circ u.

Remarque 02Z7

Dans la suite, on notera souvent simplement mgm_g l’endomorphisme de multiplication par gg sur Lp(X,μ)L^p(X, \mu).

6. Mesures spectrales

Dans ce numéro, on fixe un espace hilbertien complexe E.

Rappelons que si A est une algèbre stellaire unifère commutative, on note X(A)\mathsf{X}(A) l’espace topologique compact de ses caractères unifères (cor. 1 de I, p. 29) et GA\mathscr{G}_A la transformation de Gelfand de A (déf. 5 de I, p. 7) qui est un isomorphisme isométrique d’algèbres unifères involutives de A sur C(X(A))\mathscr{C}(\mathsf{X}(A)) (th. 1 de I, p. 108). On notera HA\mathscr{H}_A l’isomorphisme réciproque.

Lemme 9 02Z8

Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(E)\mathscr{L}(E). Pour tous xx et yy dans E, l’application μ\mu de X(A)\mathsf{X}(A) dans C\mathbf{C} définie par μ(f)=⟨x∣HA(f)y⟩\mu(f) =\langle x|\mathscr{H}_A(f)y\rangle pour tout f∈C(X(A))f\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)) est une mesure bornée sur l’espace compact X(A)\mathsf{X}(A). Elle est positive si x=yx=y. Sa norme est ⩽∥x∥∥y∥\leqslant \|x\| \|y\|, avec égalité si x=yx=y.

L’application μ\mu est linéaire. Pour toute fonction f∈C(Xf\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)), on a

∣μ(f)∣⩽∥x∥∥y∥∥HA(f)∥=∥x∥∥y∥∥f∥ |\mu(f)|\leqslant \|x\| \|y\| \|\mathscr{H}_A(f)\|=\|x\| \|y\| \|f\|

donc μ\mu est une mesure bornée sur X(A)\mathsf{X}(A) de norme ⩽∥x∥∥y∥\leqslant \|x\| \|y\|.

Supposons que x=yx=y. Pour toute fonction positive f∈C(Xf\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)), l’élément HA(f)\mathscr{H}_A(f) est un élément positif de A (exemple 1 de I, p. 115), donc un élément positif de L\mathscr{L} (E), d’où μ(f)=⟨x∣HA(f)(x)⟩⩾0\mu(f) =\langle x|\mathscr{H}_A(f)(x)\rangle \geqslant 0 (prop. 8 de I, p. 138). Ceci montre que μ\mu est une mesure positive. Comme μ(1)=∥x∥2\mu(1) =\|x\|^2, la masse totale de μ\mu est ∥x∥2\|x\|^2 (INT, III, p. 58, § 1, no8^o8, cor. 2).

Définition 2 02Z9

Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(E)\mathscr{L}(E). Pour tous xx et yy dans E, la forme linéaire f↦⟨x∣HA(f)y⟩f\mapsto \langle x|\mathscr{H}_A(f)y\rangle sur C(X(A))\mathscr{C}(\mathsf{X}(A)) s’appelle la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à A. Si x=yx=y, on dit que c’est la mesure spectrale de xx relative à A.

Remarque 02ZA

Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(E)\mathscr{L}(E). Pour tous xx et yy dans E, notons μx,y\mu_{x,y} la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relativement à A. L’application définie par (x,y)↦μx,y(x, y)\mapsto \mu_{x,y} de E×EE\times E dans M1(X(A))\mathscr{M}^1(\mathsf{X}(A)) est sesquilinéaire.

Soit uu un endomorphisme normal de E et A la sous-algèbre stellaire unifère de L(E)\mathscr{L}(E) engendrée par uu. Elle est commutative. L’espace X(A)\mathsf{X}(A) s’identifie à Sp(uu) par l’application χ↦χ(u)\chi \mapsto \chi (u) (lemme 10 de I, p. 109). La mesure spectrale μx,y\mu_{x,y} de (x,y)(x, y) relative à A s’identifie donc à une mesure sur Sp(uu), appelée la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à uu. Pour toute fonction f∈Cf\in \mathscr{C} (Sp(uu)), on a alors

∫fdμx,y=⟨x∣f(u)y⟩ \int f d\mu_{x,y}=\langle x|f(u)y\rangle

Sp(uu)

d’après la déf. 5 de I, p. 110.

7. Algèbres stellaires commutatives d’endomorphismes d’un espace hilbertien

Définition 3 02ZB

Soient A une algèbre sur C\mathbf{C} et E un espace vectoriel topologique complexe. Soit π\pi une représentation de A dans E. On dit qu’un élément xx de E est un vecteur cyclique pour π\pi si l’ensemble des éléments π(a)x\pi (a)x pour a∈Aa\in A est total dans E.

Soit u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E) un endomorphisme de E. On dit que x∈Ex\in E est un vecteur cyclique pour uu si c’est un vecteur cyclique pour la représentation identique de la sous-algèbre stellaire engendrée par uu dans L(E)\mathscr{L}(E).

Proposition 8 02ZC

Soit E un espace hilbertien complexe. Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(E)\mathscr{L}(E). Soit xx un élément de E. Posons Ex=A⋅xE_x= A\cdot x et notons μx\mu_x la mesure spectrale de xx relative à A.

Il existe un unique isomorphisme isométrique θx\theta_x de L2(X(A),μx)L^2(\mathsf{X}(A), \mu_x) sur ExE_x tel que θx(f)=HA(f)(x)\theta_x(f) =\mathscr{H}_A(f)(x) pour toute fonction f∈C(X(A))f\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)). Pour tout élément a∈Aa\in A, l’espace ExE_x est stable par aa, et si on note axa_x l’endomorphisme de ExE_x déduit de aa par passage aux sous-espaces, alors on a ax∘θx=θx∘mGA(a)a_x\circ \theta_x=\theta_x\circ m_{\mathscr{G}_A(a)}.

Soit θ~x\widetilde{\theta}_x l’application linéaire de C(X(A))\mathscr{C}(\mathsf{X}(A)) dans ExE_x définie par

θ~x(f)=HA(f)(x) \widetilde{\theta}_x(f) =\mathscr{H}_A(f)(x)

Pour toute fonction f∈C(Xf\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)), on a

∥θ~x(f)∥2=⟨HA(f)x∣HA(f)x⟩=⟨x∣HA(∣f∣2)x⟩=∫X(A)∣f∣2dμx \|\widetilde{\theta}_x(f)\|^2=\langle \mathscr{H}_A(f)x|\mathscr{H}_A(f)x\rangle =\langle x|\mathscr{H}_A(|f|^2)x\rangle =\int_{\mathsf{X}(A)}|f|^2d\mu_x

Puisque C(X(A))\mathscr{C}(\mathsf{X}(A)) est dense dans L2(X(A),μx)\mathscr{L}^2(\mathsf{X}(A), \mu_x), il existe une unique application linéaire isométrique de L2(X(A),μx)L^2(\mathsf{X}(A), \mu_x) dans ExE_x qui prolonge θ~x\widetilde{\theta}_x; on la note θx\theta_x. L’application θx\theta_x est surjective puisque son image est fermée (lemme 8 de I, p. 107) et contient A⋅xA\cdot x. C’est donc un isomorphisme isométrique.

Soit a∈Aa\in A. Notons g=GA(a)∈C(X(A))g=\mathscr{G}_A(a)\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)). L’espace ExE_x est stable par aa. Pour f∈C(Xf\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)), on a alors

θ~x(mg(f))=HA(GA(a)f)x=(a∘HA(f))x=a(θ~x(f)) \widetilde{\theta}_x(m_g(f)) =\mathscr{H}_A(\mathscr{G}_A(a)f)x= (a\circ \mathscr{H}_A(f))x=a(\widetilde{\theta}_x(f))

et il en résulte que θx∘mg=ax∘θx\theta_x\circ m_g=a_x\circ \theta_x.

Corollaire 02ZD

Soit E un espace hilbertien complexe. Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(E)\mathscr{L}(E) admettant un vecteur cyclique xx. Soit μx\mu_x la mesure spectrale de xx relative à A. Il existe un unique isomorphisme isométrique

θx:L2(X(A),μx)→E \theta_x: L^2(\mathsf{X}(A), \mu_x)\rightarrow E

tel que θx(f)=HA(f)\theta_x(f) =\mathscr{H}_A(f) pour toute fonction f∈C(X(A))f\in \mathscr{C}(\mathsf{X}(A)). Pour tout aa dans A, on a a∘θx=θx∘mGA(a)a\circ \theta_x=\theta_x\circ m_{\mathscr{G}_A(a)}.

En effet, on a alors Ex=EE_x= E et ax=aa_x=a pour tout a∈Aa\in A.

Soit E un espace hilbertien complexe. Soit x∈Ex\in E et soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(E)\mathscr{L}(E). Notons ExE_x le sous-espace fermé A⋅xA\cdot x de E. Pour tout a∈Aa\in A, on a alors a(Ex)⊂Exa(E_x)\subset E_x. Notons AxA_x la sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(Ex)\mathscr{L}(E_x) formée des endomorphismes de ExE_x déduits des éléments de A par passage aux sous-espaces. Le vecteur xx est un vecteur cyclique pour Ax⊂L(Ex)A_x\subset \mathscr{L}(E_x).

Proposition 9 02ZE

Il existe un sous-ensemble C de E tel que E est somme hilbertienne des espaces ExE_x pour x∈x\in C. Si E est de type dénombrable, l’ensemble C est dénombrable.

Soit O\mathscr{O} l’ensemble des parties C de E telles que les sous-espaces ExE_x pour x∈Cx\in C soient deux à deux orthogonaux. L’ensemble O\mathscr{O}, ordonné par l’inclusion, est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2) puisque C appartient à O\mathscr{O} si et seulement si les ensembles formés de deux éléments de C appartiennent à O\mathscr{O}. D’après E, III, p. 35, th. 1, il existe un élément maximal C de O\mathscr{O}.

Soit F le sous-espace fermé de E engendré par les sous-espaces ExE_x pour x∈Cx\in C. Il suffit de démontrer que F∘F^{\circ} est réduit à 0 pour achever la preuve de la proposition. Soit yy un élément de F∘F^{\circ}. Pour tout x∈Cx\in C et tous aa et bb dans A, on a ⟨a(y)∣b(x)⟩=⟨y∣a∗b(x)⟩=0\langle a(y)|b(x)\rangle =\langle y|a^*b(x)\rangle = 0 puisque a∗b(x)a^*b(x) appartient à ExE_x, donc à F. Comme les éléments a(y)a(y) (resp. b(x)b(x)) engendrent un sous-espace dense de EyE_y (resp. ExE_x), on a donc Ey⊂Ex∘E_y\subset E^{\circ}_x. Puisque C est maximal dans O\mathscr{O}, cela signifie que EyE_y est réduit à 0, donc que y=0y= 0.

Supposons que E est de type dénombrable. Comme ExE_x est non nul pour tout x∈Cx\in C non nul, tout ensemble C tel que E est somme hilbertienne des espaces ExE_x pour x∈Cx\in C est dénombrable.

Théorème 1 02ZF

Soit A une sous-algèbre stellaire unifère commutative de L(E)\mathscr{L}(E). Il existe un espace topologique localement compact X, une mesure positive μ\mu sur X, un isomorphisme isométrique θ\theta de L2(X,μ)L^2(X, \mu) sur E et un morphisme isométrique d’algèbres stellaires π\pi de A dans Cb(X)\mathscr{C}_b(X) tels que pour tout a∈Aa\in A, on ait

a∘θ=θ∘mπ(a) a\circ \theta =\theta \circ m_{\pi(a)}

D’après la prop. 9, il existe une partie C de E telle que E soit la somme hilbertienne des sous-espaces ExE_x pour x∈Cx\in C. Soit X l’espace topologique localement compact X(A)×C\mathsf{X}(A)\times C, où C est muni de la topologie discrète. Il existe une unique mesure μ\mu sur X telle que μ∣(X(A)×{x})\mu|(\mathsf{X}(A)\times \{x\}) s’identifie à la mesure spectrale μx\mu_x de xx pour tout x∈Cx\in C (INT, III, p. 65, § 2, no1^o1, prop. 1) ; cette mesure est positive (cf. loc. cit.). On a alors une décomposition en somme hilbertienne

L2(X,μ)=⨁x∈CL2(X(A),μx) L^2(X, \mu) =\bigoplus_{x\in C}L^2(\mathsf{X}(A), \mu_x)

(prop. 1 de IV, p. 179, c) appliquée aux ensembles X(A)×{x}\mathsf{X}(A)\times \{x\} pour x∈C)x\in C). Il existe donc une unique isométrie θ:L2(X,μ)→E\theta : L^2(X, \mu)\rightarrow E qui coïncide avec θx:L2(X(A),μx)→Ex\theta_x: L^2(\mathsf{X}(A), \mu_x)\rightarrow E_x sur L2(X(A),μx)L^2(\mathsf{X}(A), \mu_x) pour tout x∈Cx\in C.

Soit p:X→X(A)p: X\rightarrow \mathsf{X}(A) la projection canonique ; elle est surjective, donc l’application linéaire p∗:Cb(X(A))→C(X)p^*:\mathscr{C}_b(\mathsf{X}(A))\rightarrow \mathscr{C}(X) définie par f↦f∘pf\mapsto f\circ p est injective. Notons π=p∗∘GA\pi =p^*\circ \mathscr{G}_A; c’est un morphisme injectif d’algèbres stellaires de A dans Cb(X)\mathscr{C}_b(X); il est donc isométrique (prop. 9 de I, p. 112).

Soit a∈Aa\in A. Pour tout x∈Cx\in C, on a ax∘θx=θx∘mGA(a)a_x\circ \theta_x=\theta_x\circ m_{\mathscr{G}_A(a)}. Les applications linéaires continues a∘θa\circ \theta et θ∘mπ(a)\theta \circ m_{\pi(a)} coïncident donc sur les sous-espaces L2(X(A),μx)L^2(\mathsf{X}(A), \mu_x), et sont par conséquent égales.

Corollaire (Théorème spectral) 02ZG

Soit E un espace hilbertien complexe. Soit u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E) un endomorphisme normal de E. Il existe un espace topologique localement compact X, une mesure positive μ\mu sur X, un isomorphisme isométrique θ\theta de L2(X,μ)L^2(X, \mu) sur E et une fonction continue et bornée gg sur X tels que u=θ∘mg∘θ−1u=\theta \circ m_g\circ \theta^{-1}.

Si uu admet un vecteur cyclique xx, on peut prendre X = Sp(uu) et pour gg la fonction identique de X.

Il suffit d’appliquer le théorème 1 (resp. le corollaire de la proposition 8) à la sous-algèbre stellaire A de L(E)\mathscr{L}(E) qui est engendrée par uu, et de poser g=π(u)g=\pi (u).

Cet énoncé réduit toute question portant sur un seul endomorphisme normal d’un espace hilbertien à une question similaire pour un opérateur de multiplication, ce qui en simplifie souvent l’étude (cf. par exemple l’exercice 19 de IV, p. 325).

8. Continuité du calcul fonctionnel

Dans ce numéro, on considère les propriétés de continuité du calcul fonctionnel par rapport aux deux variables.

Pour une algèbre stellaire A et un élément normal aa de A, et pour une fonction ff continue sur un sous-ensemble de C\mathbf{C} contenant SpA(a)_A(a), on note f(a)f(a) l’élément obtenu par le calcul fonctionnel continu de aa appliqué à la restriction de ff au spectre de aa.

Proposition 10 02ZH

Soit A une algèbre stellaire unifère. Soit U un ouvert relativement compact dans C\mathbf{C}. Notons Ωn\Omega_n l’ensemble des éléments normaux de A tels que SpA(a)_A(a) est contenu dans U. L’application (f,a)↦f(a)(f, a)\mapsto f(a) de C(U)×Ωn\mathscr{C}(U)\times \Omega_n dans A est continue.

Notons qq l’application (f,a)↦f(a)(f, a)\mapsto f(a) de C(U)×Ωn\mathscr{C}(U)\times \Omega_n dans A. L’ensemble des applications de calcul fonctionnel f↦f(a)f\mapsto f(a) pour a∈Ωna\in \Omega_n est équicontinu dans L(C(U);A)\mathscr{L}(\mathscr{C}(U); A), puisque chacune est une application linéaire continue de norme ⩽1\leqslant 1. Pour démontrer l’assertion, il suffit donc de vérifier que, pour tout f∈Cf\in \mathscr{C} (U), l’application de Ωn\Omega_n dans A définie par a↦f(a)a\mapsto f(a) est continue (TG, X, p. 13, cor. 3).

Soit A\mathscr{A} l’ensemble des f∈C(U)f\in \mathscr{C}(U) telles que l’application a↦f(a)a\mapsto f(a) de Ωn\Omega_n dans A est continue ; il faut démontrer que A=C(U)\mathscr{A}=\mathscr{C}(U).

L’ensemble A\mathscr{A} est une sous-algèbre unifère involutive de C(U)\mathscr{C}(U). Elle contient la fonction identique de U, donc elle sépare les points. Par conséquent, elle est dense dans C(U)\mathscr{C}(U) (TG, X, p. 39, prop. 7). Démontrons qu’elle est fermée.

Soit (fn)(f_n) une suite dans A\mathscr{A} qui converge vers f∈C(U)f\in \mathscr{C}(U). Soit ε>0\varepsilon >0 et choisissons n∈Nn\in \mathbf{N} tel que ∥f−fn∥∞⩽ε/4\|f-f_n\|_{\infty}\leqslant \varepsilon /4. Pour tout (a1,a2)∈Ωn2(a_1, a_2)\in \Omega^2_n on a

∥f(a1)−f(a2)∥⩽2∥f−fn∥∞+∥fn(a1)−fn(a2)∥ \|f(a_1)-f(a_2)\|\leqslant 2\|f-f_n\|_{\infty}+\|f_n(a_1)-f_n(a_2)\|
ε \varepsilon
⩽+∥fn(a1)−fn(a2)∥ \leqslant +\|f_n(a_1)-f_n(a_2)\|

2

Comme fnf_n appartient à A\mathscr{A}, il existe un voisinage V de a1a_1 dans Ωn\Omega_n tel que ∥fn(a1)−fn(a2)∥⩽ε/2\|f_n(a_1)-f_n(a_2)\|\leqslant \varepsilon /2 pour tout a2∈a_2\in V. On a donc ∥f(a1)−f(a2)∥⩽ε\|f(a_1)-f(a_2)\|\leqslant \varepsilon pour tout a2∈Va_2\in V. L’application a↦f(a)a\mapsto f(a) est donc continue en a1a_1; l’assertion est démontrée.

Corollaire 1 02ZI

Soit A une algèbre stellaire unifère et soit AnA_n l’ensemble des éléments normaux de A. Munissons l’espace C(C)\mathscr{C}(\mathbf{C}) de la topologie de la convergence compacte. L’application (f,a)↦f(a)(f, a)\mapsto f(a) de C(C)×An\mathscr{C}(\mathbf{C})\times A_n dans A est continue.

Soit (f0,a0)∈C(C)×An(f_0, a_0)\in \mathscr{C}(\mathbf{C})\times A_n. Soit U un voisinage relativement compact du spectre de a0a_0. Soit V l’ensemble des éléments normaux aa de A tels que SpA(a)⊂U_A(a)\subset U; c’est un voisinage ouvert de a0a_0 dans AnA_n (I, p. 76, prop. 10). Pour tout a∈Va\in V et toute fonction f∈C(C)f\in \mathscr{C}(\mathbf{C}), on a f(a)=(f∣U)(a)f(a) = (f|U)(a). Comme l’application f↦∥f∣U∥∞f\mapsto \|f|U\|_{\infty} est une semi-norme continue sur C(C)\mathscr{C}(\mathbf{C}) muni de la topologie de la convergence compacte, la continuité de l’application (f,a)↦f(a)(f, a)\mapsto f(a) en (f0,a0)(f_0, a_0) résulte de la prop. 10.

Corollaire 2 02ZJ

Soit E un espace hilbertien complexe et soit L(E)n\mathscr{L}(E)_n l’ensemble des endomorphismes normaux de E. Munissons l’espace C(C)\mathscr{C}(\mathbf{C}) de la topologie de la convergence compacte. L’application de C(C)×L(E)n\mathscr{C}(\mathbf{C})\times \mathscr{L}(E)_n dans L(E)\mathscr{L}(E) définie par (f,u)↦f(u)(f, u)\mapsto f(u) est continue.

Exercices

Sauf mention du contraire, dans les exercices de ce paragraphe, E désigne un espace hilbertien complexe.

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.