Bourbaki

§ 3. Distributions et distributions tempérées

Dans ce paragraphe, nn désigne un entier naturel. On notera μ\mu la mesure de Lebesgue sur Rn\mathbf{R}^n, ainsi que sa restriction à tout ensemble localement compact de Rn\mathbf{R}^n.

On note

x⋅y=∑i=1nxiyi x\cdot y=\sum_{i=1}^nx_iy_i

le produit scalaire sur l’espace euclidien Rn\mathbf{R}^n; la norme euclidienne est notée x↦∥x∥x\mapsto \|x\| (TG, VI, p. 7). On rappelle que le groupe Rn\mathbf{R}^n est en dualité avec lui-même relativement à l’application (x,y)↦(x, y)\mapsto exp(2iπx⋅yi\pi x\cdot y) et que la mesure duale de la mesure de Lebesgue s’identifie alors avec la mesure de Lebesgue (corollaire 3 de II, p. 236). On note F\mathscr{F} (resp. F‾\overline{\mathscr{F}}) la transformation de Fourier (resp. la cotransformation de Fourier) de Rn\mathbf{R}^n (cf. no9^o9 de II, p. 237).

Pour tout α=(αi)1⩽i⩽n∈Nn\alpha = (\alpha_i)_{1\leqslant i\leqslant n}\in \mathbf{N}^n, on notera XαX^{\alpha} la fonction de Rn\mathbf{R}^n

dans R\mathbf{R} définie par x=(xi)1⩽i⩽n↦xα=∏i=1nxiαix= (x_i)_{1\leqslant i\leqslant n}\mapsto x^{\alpha}=\prod_{i=1}^nx^{\alpha_i}_i.

Soient α\alpha et β\beta des éléments de Nn\mathbf{N}^n. On note

n(α)n(αi) ^n(\alpha )^n(\alpha_i)
∣α∣=∑αi,=∏ |\alpha |=\sum\alpha_i,=\prod
ββi \beta \beta_i
i=1i=1i=1i=1

Lemme 1 030C

Soit U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n.

a) Soient K une partie compacte de U et V un voisinage ouvert de K dans U. Il existe une fonction φ∈C∞(U)\varphi \in \mathscr{C}^{\infty}(U) à support compact contenu dans V telle que 0⩽φ⩽10\leqslant \varphi \leqslant 1 et telle que φ(x)=1\varphi (x) = 1 pour tout x∈Kx\in K;

b) Pour tout recouvrement ouvert localement fini de U, il existe une partition de l’unité formée de fonctions de classe C∞C^{\infty} qui lui est subordonnée.

Cela résulte de VAR, R1, p. 40, 5.3.6.

Proposition 1 030D

Soient U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n et k∈Nk\in \mathbf{N}. Soient E, F et G des espaces vectoriels topologiques et b:E×F→Gb: E\times F\rightarrow G une application bilinéaire continue. Soient ff et gg des fonctions de classe CkC^k de U dans E et F respectivement. Alors l’application h:x↦b(f(x),g(x))h:x\mapsto b(f(x), g(x)) est de classe CkC^k dans U ; de plus, pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n tel que ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k et pour tout x∈Ux\in U, on a

α(α)βα−β \alpha (\alpha )\beta \alpha -\beta
∂h(x)=∑b(∂f(x),∂g(x)) \partial h(x) =\sum b(\partial f(x), \partial g(x))
β∈Nnβ _{\beta\in\mathbf{N}^n}\beta
β⩽α\beta \leqslant \alpha

L’application hh est la composée de l’application (f,g):U→E×F(f, g) : U\rightarrow E\times F, qui est de classe CkC^k, et de l’application b:E×F→Gb: E\times F\rightarrow G qui est de classe C∞C^{\infty}. Elle est donc de classe CkC^k. L’expression pour ses dérivées partielles résulte de la formule de Leibniz (FVR, I, p. 28, prop. 2, cf. A, III, p. 122, corollaire).

On rappelle qu’un espace vectoriel topologique localement convexe séparé est un espace de Montel s’il est tonnelé et si toute partie bornée est relativement compacte (EVT, IV, p. 18, déf. 4).

On rappelle également que si E et F sont des espaces localement convexes, et si E est bornologique (EVT, III, p. 12, déf. 1), une application linéaire u:E→Fu: E\rightarrow F est continue si et seulement si l’image par uu de toute partie bornée de E est bornée dans F (EVT, III, p. 11, prop. 1, (iiibis), lorsque F est semi-normé, le cas général en résultant de manière formelle, cf. EVT, II, p. 7, prop. 5, b)).

1. Dérivation sous le signe somme

On fixe un espace topologique localement compact X et une mesure ν\nu sur X. Soit E un espace de Banach.

Proposition 2 030E

Soient I un intervalle de R\mathbf{R} et ff une application de X×IX\times I dans E telle que

(i) Pour tout t∈It\in I, l’application x↦f(x,t)x\mapsto f(x, t) de X dans E est ν\nu-intégrable ;

(ii) Pour tout x∈Xx\in X, l’application t↦f(x,t)t\mapsto f(x, t) de I dans E admet une dérivée, notée t↦f′(x,t)t\mapsto f'(x, t);

(iii) Il existe une fonction positive ν\nu-intégrable gg sur X telle que ∥f′(x,t)∥⩽g(x)\|f'(x, t)\|\leqslant g(x) pour tout (x,t)∈X×I(x, t)\in X\times I.

Alors l’application F de I dans E définie par

F(t)=∫Xf(x,t)dν(x) F(t) =\int_Xf(x, t)d\nu (x)

est dérivable dans I et pour tout t∈It\in I, on a

F′(t)=∫Xf′(x,t)dν(x) F'(t) =\int_Xf'(x, t)d\nu (x)

Soit t0∈It_0\in I et soit J un intervalle de R\mathbf{R} contenu dans I qui est un voisinage de t0t_0 dans I. Soit h:X×J→Eh: X\times J\rightarrow E l’application définie par (x,t)↦(f(x,t)−f(x,t0))/(t−t0)(x, t)\mapsto (f(x, t)-f(x, t_0))/(t-t_0) pour (x,t)∈X×(J−{t0})(x, t)\in X\times (J-\{t_0\}) et (x,t0)↦f′(x,t0)(x, t_0)\mapsto f'(x, t_0) pour x∈Xx\in X. Soit x∈Xx\in X. On a ∥h(x,t0)∥⩽g(x)\|h(x, t_0)\|\leqslant g(x) et, pour tout t≠t0t\not =t_0, il vient ∥h(x,t)∥⩽g(x)\|h(x, t)\|\leqslant g(x) par FVR, I, p. 23, th. 2. Par définition de la dérivée, la proposition se déduit du corollaire 1 de INT, IV, p. 144, § 4, no3^o3, appliqué à l’application hh.

Reprenons les notations de VAR, R1, 2.4, p. 19 concernant les dérivées partielles.

Corollaire 1 030F

Soit U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n. Soient k∈Nk\in \mathbf{N} et ff une application de X×UX\times U dans E qui vérifie les conditions suivantes :

(i) Pour tout t∈Ut\in U, l’application x↦f(x,t)x\mapsto f(x, t) de X dans E est ν\nu-intégrable ;

(ii) Pour tout x∈Xx\in X, l’application t↦f(x,t)t\mapsto f(x, t) de U dans E est de classe CkC^k, de dérivées partielles notées ∂αf(x,t)\partial^{\alpha}f(x, t) pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n tel que ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k;

(iii) Il existe une fonction ν\nu-intégrable gg sur X telle que pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n vérifiant ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k et pour tout (x,t)∈X×U(x, t)\in X\times U, on a ∥∂αf(x,t)∥⩽g(x)\|\partial^{\alpha}f(x, t)\|\leqslant g(x).

Alors l’application F de U dans E définie par

F(t)=∫Xf(x,t)dν(x) F(t) =\int_Xf(x, t)d\nu (x)

est de classe CkC^k dans U et pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n vérifiant ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k et tout t∈Ut\in U, on a

∂αF(t)=∫X∂αf(x,t)dν(x) \partial^{\alpha}F(t) =\int_X\partial^{\alpha}f(x, t)d\nu (x)

Cela résulte de la proposition par récurrence sur kk.

Corollaire 2 030G

Soit kk un entier naturel. Soient f∈L1(Rn,μ)f\in \mathscr{L}^1(\mathbf{R}^n, \mu) et g∈Ck(Rn)g\in \mathscr{C}^k(\mathbf{R}^n). On suppose que pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n tel que ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k, la fonction ∂αg\partial^{\alpha}g est bornée. Alors le produit de convolution f∗gf*g appartient à Ck(Rn)\mathscr{C}^k(\mathbf{R}^n) et pour tout α\alpha tel que ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k, on a ∂α(f∗g)=f∗∂αg\partial^{\alpha}(f*g) =f*\partial^{\alpha}g.

On peut appliquer le corollaire 1 à l’espace X=RnX =\mathbf{R}^n, à la mesure de Lebesgue et à l’application hh définie par (x,t)↦f(x)g(t−x)(x, t)\mapsto f(x)g(t-x) de Rn×Rn\mathbf{R}^n\times \mathbf{R}^n dans C\mathbf{C}; en effet, pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n tel que ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k, on a l’inégalité

∣∂αh(x,t)∣⩽(|\partial^{\alpha}h(x, t)|\leqslant (sup∣β∣⩽k_{|\beta|\leqslant k} supy∈Rn∣∂βg(y)∣)∣f(x)∣_{y\in\mathbf{R}^n}|\partial^{\beta}g(y)|)|f(x)|

dont le second membre est une fonction intégrable sur Rn\mathbf{R}^n.

2. Critères d’intégrabilité dans Rn^n et Zn^n

Proposition 3 030H

Soient N une norme sur Rn,r\mathbf{R}^n,r un nombre réel et p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [.

a) La fonction (1+N)r(1 + N)^r appartient à Lp(Rn,μ)\mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n, \mu) si et seulement si rp<−nrp <-n;

a′)') La restriction à Zn\mathbf{Z}^n de la fonction (1+N)r(1 + N)^r appartient à ℓp(Zn)\ell^p(\mathbf{Z}^n) si et seulement si rp<−nrp <-n;

b) Soit V un voisinage mesurable borné de 0 dans Rn\mathbf{R}^n. La fonction NrN^r appartient à Lp(Rn−V,μ)\mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n-V, \mu) si et seulement si rp<−nrp <-n.

En vertu de l’équivalence des normes sur Rn\mathbf{R}^n (EVT I, p. 14, th. 2 et TG, IX, p. 32, prop. 8), on peut supposer que la norme N est donnée par N(x)=N(x) = sup∣xi∣|x_i| pour x=(xi)∈Rnx= (x_i)\in \mathbf{R}^n. Notons B la boule unité de Rn\mathbf{R}^n pour cette norme.

Soit V un voisinage mesurable borné de 0 dans Rn\mathbf{R}^n. La fonction NrN^r est continue et bornée sur (B- VV)∪(V\cup (V- B), ce qui montre que l’assertion b) est valide si et seulement si elle l’est lorsque V = B, ce qu’on supposera désormais. La fonction (1+N)r(1 + N)^r étant continue et bornée sur B, et vérifiant l’encadrement Nr⩽(1+N)r⩽2rNrN^r\leqslant (1 + N)^r\leqslant 2^rN^r sur Rn−\mathbf{R}^n- B, on constate que les assertions a) et b) sont équivalentes.

Démontrons b) lorsque V = B. On peut supposer que p=1p= 1. Le cas où r>0r >0 étant élémentaire, supposons que r⩽0r\leqslant 0. Pour tout entier j⩾1j\geqslant 1, l’ensemble intégrable

Cj={x∈Rn∣2j−1⩽N(x)<2j} C_j=\{x\in \mathbf{R}^n|2^{j-1}\leqslant N(x)<2^j\}

est de mesure 2nj(2n−1)2^{nj}(2^n-1). Les ensembles (Cj)j⩾1(C_j)_{j\geqslant 1} forment une partition de Rn−\mathbf{R}^n- B. D’après INT, V, p. 4, § 1, no1^o1, cor., on a donc

∫∗Nrdμ=∑∫∗Nrdμ \int^*N^rd\mu=\sum\int^*N^rd\mu
Rn−Bj⩾1Cj\mathbf{R}^{n-}Bj\geqslant 1C_j

⩽∑j⩾12n+nj2r(j−1)=2n−r∑j⩾12(n+r)j\leqslant \sum_{j\geqslant 1}2^{n+nj}2^{r(j-1)}= 2^{n-r}\sum_{j\geqslant 1}2^{(n+r)j} qui est finie si r<−nr <-n. D’autre part, on a (loc. cit.)

∫∗Nrdμ⩾∑2rj2nj(2n−1)=(2n−1)∑2(r+n)j \int^*N^rd\mu\geqslant \sum 2^{rj}2^{nj}(2^n-1) = (2^n-1)\sum 2^{(r+n)j}
Rn−Bj⩾1j⩾1\mathbf{R}^{n-}Bj\geqslant 1j\geqslant 1

qui est infini si r⩾−nr\geqslant -n.

On démontre a′)') de manière similaire en considérant les ensembles Cj∩ZnC_j\cap \mathbf{Z}^n qui recouvrent Zn−{0}\mathbf{Z}^n-\{0\} et vérifient

Card(Cj∩Zn_j\cap \mathbf{Z}^n) =(2j+1−1)n−(2j−1)n= (2^{j+1}-1)^n-(2^j-1)^n,

qui appartient à l’intervalle [(1−2−n)(2j+1−1)n,2n(j+1)][(1-2^{-n})(2^{j+1}-1)^n,2^{n(j+1)}].

3. Fonctions test

Dans ce numéro, U désigne un ouvert de Rn\mathbf{R}^n. Pour p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ], on écrira Lp(U)\mathscr{L}^p(U) et Lp(U)L^p(U) plutôt que Lp(U,μ)\mathscr{L}^p(U, \mu) et Lp(U,μ)L^p(U, \mu). On identifie les fonctions continues appartenant à Lp(U)\mathscr{L}^p(U) à leur image dans Lp(U)L^p(U).

Munissons l’espace C∞(U)\mathscr{C}^{\infty}(U) des fonctions indéfiniment dérivables dans U à valeurs complexes de la topologie définie par la famille de semi-normes pα,Kp_{\alpha ,K} définies pour α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et K⊂UK\subset U par

pα,K(φ)=p_{\alpha ,K}(\varphi ) = supx∈K∣∂αφ(x)∣_{x\in K}|\partial^{\alpha}\varphi (x)|.

Cet espace est complet (cf. EVT, III, p. 9, exemple b)).

Pour toute partie compacte K de U, on note CK∞(U)\mathscr{C}_K^{\infty}(U) le sous-espace de C∞(U)\mathscr{C}^{\infty}(U) formé des fonctions à support dans K. L’espace CK∞(U)\mathscr{C}_K^{\infty}(U) est muni de la topologie induite par celle de C∞(U)\mathscr{C}^{\infty}(U). C’est un espace de Fréchet, une famille dénombrable de semi-normes qui en définit la topologie étant la famille (pα,K)α∈Nn(p_{\alpha ,K})_{\alpha\in\mathbf{N}^n}. En particulier, c’est un espace bornologique (EVT, III, p. 12, prop. 2).

On note D(U)\mathscr{D}(U) l’espace vectoriel K(U)∩C∞(U)\mathscr{K}(U)\cap \mathscr{C}^{\infty}(U) des fonctions de classe C∞C^{\infty} à support compact dans U. On dit que D(U)\mathscr{D}(U) est l’espace des fonctions test dans U. L’espace D(U)\mathscr{D}(U) est la limite inductive des espaces CK∞(U)\mathscr{C}_K^{\infty}(U) et il est muni de la topologie localement convexe limite inductive correspondante (EVT, II, p. 31).

Cet espace est noté C∘∞(U)\mathscr{C}_{\circ}^{\infty}(U) dans EVT, III, p. 9.

Soit (Km)(K_m) une suite croissante de parties compactes de U dont les intérieurs forment un recouvrement de U. L’espace D(U)\mathscr{D}(U) est alors la limite inductive stricte des espaces CKm∞(U)\mathscr{C}_{K_m}^{\infty}(U) (EVT, III, p. 9). C’est donc un espace complet (EVT, II, p. 35, prop. 9). Toute partie bornée de D(U)\mathscr{D}(U) est contenue dans l’un des sous-espaces CKm∞(U)\mathscr{C}_{K_m}^{\infty}(U) (EVT, III, p. 5, prop. 6). Cela signifie que B⊂D(U)B\subset \mathscr{D}(U) est bornée si et seulement si il existe une partie compacte K de U et une famille (Mα)α∈Nn(M_{\alpha})_{\alpha\in\mathbf{N}^n} dans R+\mathbf{R}_+ telles que B est contenu dans l’ensemble des fonctions φ∈CK∞(U)\varphi \in \mathscr{C}_K^{\infty}(U) vérifiant

pα,K(φ)⩽Mα p_{\alpha ,K}(\varphi )\leqslant M_{\alpha}

pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n.

L’espace D(U)\mathscr{D}(U) est un espace bornologique (EVT, III, p. 12, exemple 3) et un espace de Montel (EVT, IV, p. 18, exemple 4).

Soit V un ouvert de Rn\mathbf{R}^n contenu dans U. Si K⊂VK\subset V est compact, alors la restriction des fonctions à V définit une application linéaire continue et surjective de CK∞(U)\mathscr{C}_K^{\infty}(U) sur CK∞(V)\mathscr{C}_K^{\infty}(V). L’extension par zéro d’une fonction définie sur V induit une application linéaire continue injective, dite canonique, de D(V)\mathscr{D}(V) dans D(U)\mathscr{D}(U).

Remarque 030I

On définit de même l’espace DR(U)\mathscr{D}_{\mathbf{R}}(U) des fonctions test dans U à valeurs réelles. L’application linéaire telle que z⊗φ↦zφz\otimes \varphi \mapsto z\varphi pour tout z∈Cz\in \mathbf{C} et tout φ∈DR(U)\varphi \in \mathscr{D}_{\mathbf{R}}(U) est un isomorphisme de C⊗DR(U)\mathbf{C}\otimes \mathscr{D}_{\mathbf{R}}(U) dans D(U)\mathscr{D}(U).

Lemme 2 030J

Soit U\mathscr{U} un recouvrement ouvert de U. Il existe un recouvrement ouvert localement fini de U plus fin que U\mathscr{U} et formé de parties relativement compactes.

Comme U est localement compact, il existe un recouvrement V\mathscr{V} de U plus fin que U\mathscr{U} constitué d’ouverts relativement compacts dans U. Puisque U est paracompact (TG, IX, p. 51, th. 4), il existe un recouvrement ouvert localement fini W\mathscr{W} plus fin que V\mathscr{V}. Alors W\mathscr{W} est plus fin que U\mathscr{U} et est constitué d’ouverts relativement compacts.

Lemme 3 030K

Soit f∈K(Rn)f\in \mathscr{K}(\mathbf{R}^n) et soit V un voisinage ouvert du support K de ff. Il existe un entier m0⩾1m_0\geqslant 1 tel que, pour tout x∈Kx\in K, l’ensemble V contient la boule de rayon m0−1m^{-1}_0 centrée en xx. Pour tout entier m>m0m > m_0, soit VmV_m la boule fermée de rayon m−1m^{-1} centrée en 0 dans Rn\mathbf{R}^n et soit φm\varphi_m une fonction test à support dans VmV_m, positive et d’intégrale 1. Posons fm=φm∗ff_m=\varphi_m*f.

a) On a fm∈D(Rn)f_m\in \mathscr{D}(\mathbf{R}^n) et le support de fmf_m est contenu dans V ;

b) Soit p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ]. La suite (fm)m>m0(f_m)_{m>m_0} converge vers ff dans Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n).

D’après TG, IX, p. 14, remarque, on a d(K,Rn−V)>0d(K,\mathbf{R}^n-V)>0. Soit m0⩾1m_0\geqslant 1 un entier tel que m0−1<d(K,Rn−m^{-1}_0< d(K,\mathbf{R}^n- V) ; il vérifie la condition demandée. Pour tout m>m0m > m_0, la fonction fmf_m est continue (INT, VIII, p. 166, § 4, no5^o5, prop. 11) et à support contenu dans K+VmK + V_m (INT, VIII, p. 126, § 1, no4^o4, prop. 5), donc dans V. D’après le corollaire 2 de IV, p. 198, on a fm∈D(Rn)f_m\in \mathscr{D}(\mathbf{R}^n). Si p≠+∞p\not = +\infty, alors la suite (fm)(f_m) converge vers ff dans Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n) (INT, VIII, p. 172, § 4, no7^o7, prop. 20).[^1]

Supposons que p=+∞p= +\infty. Soit ε>0\varepsilon >0. La fonction ff est uniformément continue sur Rn\mathbf{R}^n, donc il existe un entier m1>m0m_1> m_0 tel que, pour tout m⩾m1m\geqslant m_1 et tous x∈Rnx\in \mathbf{R}^n et y∈Vmy\in V_m, on ait ∣f(x)−f(x−y)∣<ε|f(x)-f(x-y)|< \varepsilon.

Pour tout m⩾m1m\geqslant m_1, la fonction φm\varphi_m est nulle en dehors de VmV_m, positive et d’intégrale 1. On en déduit donc l’inégalité

∣f(x)−fm(x)∣=∣∫Rn(f(x)−f(x−y))φm(y)dμ(y)∣⩽ε |f(x)-f_m(x)|=|\int_{\mathbf{R}^n}(f(x)-f(x-y))\varphi_m(y)d\mu(y)|\leqslant \varepsilon

pour tout x∈Rnx\in \mathbf{R}^n, d’où le résultat.

Proposition 4 030L

a) L’injection canonique de D(U)\mathscr{D}(U) dans K(U)\mathscr{K}(U) est continue et D(U)\mathscr{D}(U) est dense dans K(U)\mathscr{K}(U);

b) Pour tout p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [, l’injection canonique de D(U)\mathscr{D}(U) dans Lp(U)\mathscr{L}^p(U) est continue et D(U)\mathscr{D}(U) est dense dans Lp(U)L^p(U).

Toute semi-norme continue sur K(U)\mathscr{K}(U) est continue sur D\mathscr{D}(U), donc l’injection canonique de D(U)\mathscr{D}(U) dans K(U)\mathscr{K}(U) est continue.

Soit f∈K(U)f\in \mathscr{K}(U). Il existe une suite (fm)m∈N(f_m)_{m\in\mathbf{N}} dans D(U)\mathscr{D}(U) qui converge uniformément vers ff sur U et telle que les supports des fmf_m soient contenus dans un voisinage relativement compact fixé du support de ff (lemme 3). La suite (fm)(f_m) converge donc vers ff dans K(U)\mathscr{K}(U). Cela conclut la preuve de a).

Soit p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [. Soit f∈D(U)f\in \mathscr{D}(U) et soit K le support de ff. On a alors l’inégalité Np(f)⩽μ(K)1/pN_p(f)\leqslant \mu(K)^{1/p} supx∈K∣f(x)∣_{x\in K}|f(x)|, donc l’injection canonique de D(U)\mathscr{D}(U) dans Lp(U)\mathscr{L}^p(U) est continue. La dernière partie de l’assertion b) résulte alors de a).

Le produit de deux fonctions test étant encore une fonction test, la formule de Leibniz (FVR, I, p. 28, prop. 2) montre que l’espace D(U)\mathscr{D}(U) est une algèbre topologique.

Plus généralement, soit f∈C∞(U)f\in \mathscr{C}^{\infty}(U). L’application linéaire φ↦fφ\varphi \mapsto f \varphi de D(U)\mathscr{D}(U) dans D(U)\mathscr{D}(U) est alors continue. En effet, pour toute partie compacte K de U et tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, on a

(α) (\alpha )
pα,K(fφ)⩽∑pβ,K(f)pα−β,K(φ) p_{\alpha ,K}(f \varphi )\leqslant \sum p_{\beta ,K}(f)p_{\alpha-\beta ,K}(\varphi )
β \beta
0⩽β⩽α0\leqslant \beta \leqslant \alpha

(cf. loc. cit.).

4. Distributions

On conserve les notations du numéro précédent ; U désigne donc un ouvert de Rn\mathbf{R}^n.

Définition 1 030M

L’espace dual de D(U)\mathscr{D}(U), muni de la topologie de la convergence bornée, est appelé l’espace des distributions sur U. Il est noté D′(U)\mathscr{D}'(U).

Une distribution sur U est donc une forme linéaire continue sur D(U)\mathscr{D}(U).

Si ff est une forme linéaire sur D(U)\mathscr{D}(U) (et en particulier si ff est une distribution) et si φ\varphi est dans D\mathscr{D}(U), on notera ⟨f,φ⟩\langle f, \varphi \rangle l’évaluation de ff en φ\varphi.

Puisque D(U)\mathscr{D}(U) est bornologique, l’espace D′(U)\mathscr{D}'(U) est complet (EVT, III, p. 24, cor. 1). Comme D(U)\mathscr{D}(U) est un espace de Montel, il en est de même de D′(U)\mathscr{D}'(U) (EVT, IV, p. 19, prop. 9). En particulier, l’espace D′(U)\mathscr{D}'(U) est réflexif (EVT, IV, p. 16, th. 2).

Lemme 4 030N

Soit ff une application linéaire de D(U)\mathscr{D}(U) dans C\mathbf{C}. Alors ff est une distribution si et seulement si, pour toute partie compacte K de U et pour toute famille (Mα)α∈Nn(M_{\alpha})_{\alpha\in\mathbf{N}^n} dans R+\mathbf{R}_+, la forme linéaire ff est bornée sur l’ensemble des fonctions φ∈CK∞(U)\varphi \in \mathscr{C}_K^{\infty}(U) telles que, pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, on a

supx∈K∣∂αφ(x)∣⩽Mα_{x\in K}|\partial^{\alpha}\varphi (x)|\leqslant M_{\alpha}.

En effet, l’espace D(U)\mathscr{D}(U) est bornologique et toute partie bornée de D(U)\mathscr{D}(U) est contenue dans l’un des ensembles bornés décrits dans l’énoncé.

Lemme 5 030O

Soit F\mathfrak{F} un filtre sur D′(U)\mathscr{D}'(U) ayant une base dénombrable ou contenant un ensemble simplement borné. Alors F\mathfrak{F} converge vers une distribution si et seulement si ⟨f,φ⟩\langle f, \varphi \rangle converge selon F\mathfrak{F} pour toute fonction test φ\varphi sur U.

En particulier, une suite (fm)m∈N(f_m)_{m\in\mathbf{N}} de distributions converge vers une distribution ff si et seulement si, pour tout φ∈D(U)\varphi \in \mathscr{D}(U), la suite (⟨fm,φ⟩)m∈N(\langle f_m, \varphi \rangle )_{m\in\mathbf{N}} converge vers ⟨f,φ⟩\langle f, \varphi \rangle.

Comme D′(U)\mathscr{D}'(U) est un espace de Montel, donc tonnelé, cela résulte du théorème de Banach–Steinhaus (EVT, III, p. 26, cor. 3 du th. 1).

Soit V un ouvert contenu dans U. La transposée de l’application linéaire canonique de D(V)\mathscr{D}(V) dans D(U)\mathscr{D}(U) est une application linéaire continue de D′(U)\mathscr{D}'(U) dans D′\mathscr{D}'(V), appelée restriction des distributions de U à V et notée rVUr_{VU}, ou parfois rV,Ur_{V,U}.

On a rVV=1D′(V)r_{VV}= 1_{\mathscr{D}'(V)}. Si W⊂V⊂UW\subset V\subset U sont des ouverts dans U, alors on a rWV∘rVU=rWUr_{WV}\circ r_{VU}=r_{WU}. Autrement dit, si T\mathscr{T} désigne la topologie sur U, le système projectif D′(U)=((D′(V))V∈T,(rWV))\mathscr{D}'(U) = ((\mathscr{D}'(V))_{V\in\mathscr{T}},(r_{WV})) est un préfaisceau sur U à valeurs dans l’espèce de structure des espaces vectoriels topologiques localement convexes (TA, I, p. 42, déf. 1 et p. 66, §10).

Proposition 5 030P

Le préfaisceau D′(U)\mathscr{D}'(U) est un faisceau.

Rappelons (TA, I, p. 43, déf. 2) que cela signifie que pour toute partie ouverte V de U et tout recouvrement ouvert (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} de V, les conditions suivantes sont satisfaites :

(i) L’application (rViV)i∈I:D′(V)→∏i∈ID′(Vi)(r_{V_iV})_{i\in I}:\mathscr{D}'(V)\rightarrow \prod_{i\in I}\mathscr{D}'(V_i) est injective ;

(ii) Pour toute famille (fi)∈∏i∈ID′(Vi)(f_i)\in \prod_{i\in I}\mathscr{D}'(V_i) telle que

r(Vi∩Vi′)Vi(fi)=r(Vi∩Vi′)Vi′(fi′) r_{(V_i\cap V_{i'})V_i}(f_i) =r_{(V_i\cap V_{i'})V_{i'}}(f_{i'})

pour tout couple (i,i′)∈I×I(i, i')\in I\times I, il existe une distribution f∈D′(V)f\in \mathscr{D}'(V) telle que pour tout i∈Ii\in I, on ait rViV(f)=fir_{V_iV}(f) =f_i.

Soient V un ouvert de U et V=(Vi)i∈I\mathscr{V}= (V_i)_{i\in I} un recouvrement ouvert de V. Soit (Wj)j∈J(W_j)_{j\in J} un recouvrement ouvert localement fini de V, plus fin que V\mathscr{V} et formé de parties relativement compactes (lemme 2 de IV, p. 201). Fixons une partition de l’unité (φj)j∈J(\varphi_j)_{j\in J} subordonnée au recouvrement (Wj)j∈J(W_j)_{j\in J} telle que le support de φj\varphi_j est contenu dans WjW_j pour tout j∈Jj\in J (lemme 1 de IV, p. 196).

Soit φ∈D(V)\varphi \in \mathscr{D}(V). Comme l’ensemble des j∈Jj\in J tels que WjW_j rencontre le support de φ\varphi est fini (TG, I, §9, no1^o1, p. 59), on a

φ=∑j∈Jφφj \varphi =\sum_{j\in J}\varphi \varphi_j

où la somme ne compte d’un nombre fini de termes non nuls.

Démontrons (i). Supposons que f∈D′(V)f\in \mathscr{D}'(V) vérifie rViV(f)=0r_{V_iV}(f) = 0 pour tout i∈Ii\in I. Cela signifie que ⟨f,φ⟩=0\langle f, \varphi \rangle = 0 pour toute fonction test φ\varphi dont le support est contenu dans l’un des ouverts ViV_i. C’est a fortiori vrai si le support de φ\varphi est contenu dans l’un des ouverts WjW_j. Mais alors, pour tout φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(V), on a

⟨f,φ⟩=⟨f,∑j∈Jφφj⟩=∑j∈J⟨f,φφj⟩=0 \langle f, \varphi \rangle =\langle f,\sum_{j\in J}\varphi \varphi_j\rangle =\sum_{j\in J}\langle f, \varphi \varphi_j\rangle = 0

donc f=0f= 0.

Démontrons (ii). Soit (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} une famille telle que fi∈D′(Vi)f_i\in \mathscr{D}'(V_i) pour tout i∈Ii\in I et rVi∩Vi′,Vi(fi)=rVi∩Vi′,Vi′(fi′)r_{V_i\cap V_{i'},V_i}(f_i) =r_{V_i\cap V_{i'},V_{i'}}(f_{i'}) pour tous ii et i′i' dans I. Soit ι:J→I\iota : J\rightarrow I une application telle que Wj⊂Vι(j)W_j\subset V_{\iota(j)} pour tout j∈Jj\in J. Pour tout j∈Jj\in J, posons f~j=rWj,Vι(j)(fι(j))\widetilde{f}_j=r_{W_j,V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)}). On a alors

rWj∩Wj′,Wj(f~j)=rWj∩Wj′,Wj(rWj,Vι(j)(fι(j))) r_{W_j\cap W_{j'},W_j}(\widetilde{f}_j) =r_{W_j\cap W_{j'},W_j}(r_{W_j,V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)}))
=rWj∩Wj′,Vι(j)(fι(j)) =r_{W_j\cap W_{j'},V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)})
=rWj∩Wj′,Vι(j)∩Vι(j′)∘rVι(j)∩Vι(j′),Vι(j)(fι(j)) =r_{W_j\cap W_{j'},V_{\iota(j)}\cap V_{\iota(j')}}\circ r_{V_{\iota(j)}\cap V_{\iota(j')},V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)})

En échangeant le rôle de jj et j′j' et en notant que

rVι(j)∩Vι(j′),Vι(j)(fι(j))=rVι(j)∩Vι(j′),Vι(j′)(fι(j′)) r_{V_{\iota(j)}\cap V_{\iota(j')},V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)}) =r_{V_{\iota(j)}\cap V_{\iota(j')},V_{\iota(j')}}(f_{\iota(j')})

par hypothèse, on en déduit que

rWj∩Wj′,Wj(f~j)=rWj∩Wj′,Wj(f~j′)(1) r_{W_j\cap W_{j'},W_j}(\widetilde{f}_j) =r_{W_j\cap W_{j'},W_j}(\widetilde{f}_{j'}) \tag{1}

pour tous (j,j′)∈J2(j, j')\in J^2.

Pour φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(V), posons

λ(φ)=∑j∈J⟨f~j,φφj∣Wj⟩ \lambda (\varphi ) =\sum_{j\in J}\langle \widetilde{f}_j, \varphi \varphi_j|W_j\rangle

où la somme est finie puisque seul un nombre fini de termes peuvent être non nuls.

L’application λ\lambda est une forme linéaire sur D(V)\mathscr{D}(V). Démontrons que c’est une distribution. Soit B une partie bornée de D(V)\mathscr{D}(V) et soit K une partie compacte de V telle que B⊂CK∞(V)B\subset \mathscr{C}_K^{\infty}(V). D’après TG, I, §9, no1^o1, p. 59, il existe un sous-ensemble fini J′J' de J tel que

λ(φ)=∑j∈J′⟨f~j,φφj∣Wj⟩ \lambda (\varphi ) =\sum_{j\in J'}\langle \widetilde{f}_j, \varphi \varphi_j|W_j\rangle

pour tout φ∈B\varphi \in B. Puisque f~j\widetilde{f}_j est une distribution pour tout j∈J′j\in J' et que D(V)\mathscr{D}(V) est une algèbre topologique, on en déduit que λ\lambda est bornée sur B, d’où le résultat (lemme 4).

Soient j∈Jj\in J et φ∈D(V)\varphi \in \mathscr{D}(V) dont le support est contenu dans WjW_j. On a alors

⟨λ,φ⟩=∑j′∈J⟨f~j′,φφj′∣Wj⟩=∑j′∈J⟨f~j,φφj′∣Wj⟩ \langle \lambda , \varphi \rangle =\sum_{j'\in J}\langle \widetilde{f}_{j'}, \varphi \varphi_{j'}|W_j\rangle =\sum_{j'\in J}\langle \widetilde{f}_j, \varphi \varphi_{j'}|W_j\rangle

d’après (1), puisque φφj′\varphi \varphi_{j'} a support contenu dans Wj∩Wj′W_j\cap W_{j'}. Par conséquent

⟨λ,φ⟩=⟨f~j,∑j′∈Jφφj′∣Wj⟩=⟨f~j,φ∣Wj⟩ \langle \lambda , \varphi \rangle =\langle \widetilde{f}_j,\sum_{j'\in J}\varphi \varphi_{j'}|W_j\rangle =\langle \widetilde{f}_j, \varphi |W_j\rangle

d’où rWjV(λ)=f~jr_{W_jV}(\lambda ) =\widetilde{f}_j pour tout j∈Jj\in J.

Soit i∈Ii\in I. Démontrons finalement que la restriction de λ\lambda à ViV_i coïncide avec fif_i. D’après la condition (i), appliquée au recouvrement de ViV_i par les ouverts WjW_j, il suffit de vérifier que pour tout j∈Jj\in J, la restriction de λ\lambda à Vi∩WjV_i\cap W_j coïncide avec celle de fif_i. D’après ce qui précède, il s’agit de vérifier que la restriction de fif_i à Vi∩WjV_i\cap W_j est celle de f~j\widetilde{f}_j. Or, on a

rVi∩Wj,Vi(fi)=rVi∩Wj,Vi∩Vι(j)(rVi∩Vι(j),Vi(fi)) r_{V_i\cap W_j,V_i}(f_i) =r_{V_i\cap W_j,V_i\cap V_{\iota(j)}}(r_{V_i\cap V_{\iota(j)},V_i}(f_i))
=rVi∩Wj,Vi∩Vι(j)(rVi∩Vι(j),Vι(j)(fι(j))=rVi∩Wj,Vι(j)(fι(j)) =r_{V_i\cap W_j,V_i\cap V_{\iota(j)}}(r_{V_i\cap V_{\iota(j)},V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)}) =r_{V_i\cap W_j,V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)})

où on a utilisé l’hypothèse concernant la famille (fi)(f_i). Mais alors

rVi∩Wj,Vι(j)(fι(j))=rVi∩Wj,Wj(rWj,Vι(j)(fι(j)))=rVi∩Wj,Wj(f~j) r_{V_i\cap W_j,V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)}) =r_{V_i\cap W_j,W_j}(r_{W_j,V_{\iota(j)}}(f_{\iota(j)})) =r_{V_i\cap W_j,W_j}(\widetilde{f}_j)

ce qui permet de conclure.

5. Interprétation de fonctions comme distributions

Proposition 6 030Q

Soit ν\nu une mesure sur U. La restriction de ν\nu à D(U)\mathscr{D}(U) est une distribution, qui est nulle si et seulement si la mesure ν\nu est nulle.

Soit K une partie compacte de U. Pour toute fonction φ∈CK∞\varphi \in \mathscr{C}_K^{\infty}(U), on a ∣⟨ν,φ⟩∣⩽p0,K(φ)∣ν∣|\langle \nu , \varphi \rangle |\leqslant p_{0,K}(\varphi )|\nu |(K), donc la restriction de ν\nu à D(U)\mathscr{D}(U) est continue. Puisque D(U)\mathscr{D}(U) est dense dans K(U)\mathscr{K}(U) (prop. 4, a) de IV, p. 202), la restriction de ν\nu à D(U)\mathscr{D}(U) est nulle si et seulement si ν\nu est nulle.

On identifiera l’espace M(U;C)\mathscr{M}(U;\mathbf{C}) des mesures complexes sur U à un sous-espace de D′(U)\mathscr{D}'(U). On identifiera également l’espace Lloc1(U)L^1_{loc}(U) à un sous-espace de D′(U)\mathscr{D}'(U) par l’application déduite par passage aux quotients de l’application qui associe à f∈Lloc1(U)f\in \mathscr{L}_{loc}^1(U) la mesure f⋅μf\cdot \mu (INT, V, p. 44, § 5, no2^o2, déf. 2). En d’autres termes, pour f∈Lloc1(U)f\in L^1_{loc}(U) et φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(U), on a

⟨f,φ⟩=∫Ufφdμ \langle f, \varphi \rangle =\int_Uf \varphi d\mu

En particulier, pour p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ], cela permet d’identifier l’espace Lp(U)L^p(U) à un sous-espace de D′(U)(\mathscr{D}'(U) (cf. INT, V, p. 43, § 5, no1)^o1).

Proposition 7 030R

Soit p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ]. L’injection de Lp(U)L^p(U) dans D′(U)\mathscr{D}'(U) est continue.

Soit f∈Lp(U)f\in L^p(U). Soit K une partie compacte de U, dont on note φK\varphi_K la fonction caractéristique. Pour toute fonction test φ\varphi à support contenu dans K, l’inégalité de Hölder implique

∣⟨f,φ⟩∣=∣∫Ufφdμ∣⩽Np(f)Nq(φ)⩽Np(f)Nq(φK)p0,K(φ) |\langle f, \varphi \rangle |=|\int_Uf \varphi d\mu|\leqslant N_p(f)N_q(\varphi )\leqslant N_p(f)N_q(\varphi_K)p_{0,K}(\varphi )

où qq est l’exposant conjugué de pp.

On peut en particulier identifier D(U)\mathscr{D}(U) à un sous-espace de D′(U)\mathscr{D}'(U).

Proposition 8 030S

L’espace D(U)\mathscr{D}(U) est dense dans D′(U)\mathscr{D}'(U).

Soit λ\lambda une forme linéaire sur D′(U)\mathscr{D}'(U) nulle sur D(U)\mathscr{D}(U). Puisque D(U)\mathscr{D}(U) est réflexif, il existe une fonction test φ∈D(U)\varphi \in \mathscr{D}(U) telle que λ(f)=⟨f,φ⟩\lambda (f) =\langle f, \varphi \rangle pour tout f∈D′(U)f\in \mathscr{D}'(U). Il vient

0=λ(φ‾)=⟨φ,φ⟩=∫U∣φ∣2dμ 0 =\lambda (\overline{\varphi}) =\langle \varphi , \varphi \rangle =\int_U|\varphi |^2d\mu

d’où φ=0\varphi = 0. La proposition découle alors du théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 49, cor. 3 (ii)).

Pour h∈C∞h\in \mathscr{C}^{\infty}(U), la transposée de l’application linéaire continue φ↦hφ\varphi \mapsto h\varphi de D(U)\mathscr{D}(U) dans lui-même est une application linéaire continue de D′(U)\mathscr{D}'(U) dans lui-même, que l’on note f↦hff\mapsto hf. Cette définition est justifiée car si ff est la distribution associée à une mesure ν\nu sur U, alors hfhf est associée à la mesure h⋅νh\cdot \nu. En effet, pour toute fonction test φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(U), on calcule

⟨hf,φ⟩=⟨f,hφ⟩=∫Uhφdν=∫Uφd(h⋅ν) \langle hf, \varphi \rangle =\langle f, h\varphi \rangle =\int_Uh\varphi d\nu =\int_U\varphi d(h\cdot \nu )

6. Dérivation des distributions

Soit α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n. L’application linéaire φ↦∂αφ\varphi \mapsto \partial^{\alpha}\varphi est continue de D(U)\mathscr{D}(U) dans D(U)\mathscr{D}(U). Sa transposée t∂α^t\partial^{\alpha} est une application linéaire continue de D′(U)\mathscr{D}'(U) dans D′(U)\mathscr{D}'(U) (EVT, IV, p. 6, cor., b)).

On note ∂α\partial^{\alpha} l’application linéaire continue (−1)∣α∣t∂α(-1)^{|\alpha|t}\partial^{\alpha} de D′(U)\mathscr{D}'(U) dans lui-même.

Définition 2 030T

Si f∈D′(U)f\in \mathscr{D}'(U) est une distribution, on dit que ∂αf\partial^{\alpha}f est la dérivée partielle itérée d’ordre α\alpha de ff.

On a donc, par définition

⟨∂αf,φ⟩=(−1)∣α∣⟨f,∂αφ⟩ \langle \partial^{\alpha}f, \varphi \rangle = (-1)^{|\alpha|}\langle f, \partial^{\alpha}\varphi \rangle

pour toute fonction φ∈D(U)\varphi \in \mathscr{D}(U). On a ∂α+β=∂α∘∂β\partial^{\alpha+\beta}=\partial^{\alpha}\circ \partial^{\beta} pour tous α\alpha et β\beta dans Nn\mathbf{N}^n.

Si n=1n= 1, on notera aussi f′f' la dérivée d’une distribution f∈D′(U)f\in \mathscr{D}'(U).

La définition est justifiée par le lemme suivant.

Lemme 6 030U

Soit kk un entier naturel. Soit f∈Ck(U)f\in \mathscr{C}^k(U) et soit λ\lambda la distribution associée à ff. Pour tout β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n tel que ∣β∣⩽k|\beta |\leqslant k, la distribution ∂βλ\partial^{\beta}\lambda est la distribution associée à la fonction ∂βf\partial^{\beta}f.

Par récurrence sur kk, il suffit de démontrer cette propriété lorsque β\beta vérifie ∣β∣=1|\beta |= 1, et on peut même supposer que β=(0,...,0,1)\beta = (0, . . . ,0,1). Puisque les distributions définissent un faisceau (prop. 5 de IV, p. 204), il suffit de vérifier l’assertion lorsqu’il existe un ouvert V⊂Rn−1V\subset \mathbf{R}^{n-1} et un intervalle ouvert I⊂RI\subset \mathbf{R} tels que U=V×IU = V\times I.

Pour toute fonction test φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(U), on a par définition

⟨∂βλ,φ⟩=−∫Uf(x)∂βφ(x)dx=−∫V(∫If(y,t)∂βφ(y,t)dt)dy \langle \partial^{\beta}\lambda , \varphi \rangle =-\int_Uf(x)\partial^{\beta}\varphi (x)dx=-\int_V(\int_If(y, t)\partial^{\beta}\varphi (y, t)dt)dy

d’après le théorème de Lebesgue–Fubini (INT, V, p. 96, § 8, no4^o4, th. 1). Par intégration par parties (FVR, II, p. 10), on a

−∫If(y,t)∂βφ(y,t)dt=∫I∂βf(y,t)φ(y,t)dt -\int_If(y, t)\partial^{\beta}\varphi (y, t)dt=\int_I\partial^{\beta}f(y, t)\varphi (y, t)dt

puisque t↦φ(y,t)t\mapsto \varphi (y, t) est à support compact dans I. On obtient donc

⟨∂βλ,φ⟩=∫V(∫I∂βf(y,t)φ(y,t)dt)dy=⟨∂βf,φ⟩ \langle \partial^{\beta}\lambda , \varphi \rangle =\int_V(\int_I\partial^{\beta}f(y, t)\varphi (y, t)dt)dy=\langle \partial^{\beta}f, \varphi \rangle

Proposition 9 (Formule de Leibniz) 030V

Soient ff une distribution sur U et gg une fonction indéfiniment différentiable sur U. Soit α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n. On a la relation

α(α)βα−β \alpha (\alpha )\beta \alpha -\beta
∂(fg)=∑∂f∂g \partial (f g) =\sum\partial f \partial g
β \beta
β⩽α\beta \leqslant \alpha

En procédant par récurrence sur ∣α∣|\alpha | comme dans la preuve de FVR, I, p. 28, prop. 2, il suffit de considérer le cas où ∣α∣=1|\alpha |= 1. Le résultat résulte alors du calcul

⟨∂α(fg),φ⟩=⟨fg,−∂αφ⟩=⟨f,−g∂αφ⟩ \langle \partial^{\alpha}(f g), \varphi \rangle =\langle f g,-\partial^{\alpha}\varphi \rangle =\langle f,-g\partial^{\alpha}\varphi \rangle
=⟨f,−∂α(gφ)+φ∂αg⟩=⟨g∂αf+f∂αg,φ⟩ =\langle f,-\partial^{\alpha}(g\varphi ) +\varphi \partial^{\alpha}g\rangle =\langle g\partial^{\alpha}f+f \partial^{\alpha}g, \varphi \rangle

valide pour φ∈D(U)\varphi \in \mathscr{D}(U).

7. Fonctions de Schwartz

On note S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) l’espace des fonctions indéfiniment dérivables φ\varphi sur Rn\mathbf{R}^n, à valeurs complexes, telles que, pour tous α\alpha et β\beta dans Nn\mathbf{N}^n, la fonction Xβ∂αφX^{\beta}\partial^{\alpha}\varphi est bornée sur Rn\mathbf{R}^n. On munit S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) de la topologie localement convexe définie par la famille dénombrable de semi-normes (qα,β)(α,β)∈Nn×Nn(q_{\alpha ,\beta})_{(\alpha ,\beta)\in\mathbf{N}^n\times\mathbf{N}^n}, où qα,βq_{\alpha ,\beta} est définie par

qα,β(φ)=q_{\alpha ,\beta}(\varphi ) = supx∈Rn∣xβ∂αφ(x)∣=∥Xβ∂αφ∥∞_{x\in\mathbf{R}^n}|x^{\beta}\partial^{\alpha}\varphi (x)|=\|X^{\beta}\partial^{\alpha}\varphi \|_{\infty}

pour φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Cette topologie est séparée. Elle est également définie par les semi-normes q~α,k\widetilde{q}_{\alpha ,k} définies par

q~α,k(φ)=\widetilde{q}_{\alpha ,k}(\varphi ) = supx∈Rn∥x∥k∣(∂αφ)(x)∣_{x\in\mathbf{R}^n}\|x\|^k|(\partial^{\alpha}\varphi )(x)|.

pour tout φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n), où k∈Nk\in \mathbf{N} et α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n.

On dit que S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est l’espace de Schwartz ou l’espace des fonctions de Schwartz sur Rn\mathbf{R}^n.

Remarque 030W

Soit φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Pour tout k∈Nk\in \mathbf{N}, on a

lim∥x∥→+∞∥x∥kφ(x)=0_{\|x\|\rightarrow+\infty}\|x\|^k\varphi (x) = 0,

puisque la fonction x↦∥x∥k+1φ(x)x\mapsto \|x\|^{k+1}\varphi (x) est bornée.

Exemple 030X

La fonction γn\gamma_n définie sur Rn\mathbf{R}^n par γn(x)=\gamma_n(x) = exp(−∥x∥2-\|x\|^2) appartient à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). En effet, on démontre par récurrence sur kk que, pour tout entier k∈Nk\in \mathbf{N}, il existe un polynôme Pk∈R[X]P_k\in \mathbf{R}[X] tel que ∂kγ1=Pkγ1\partial_k\gamma_1= P_k\gamma_1.

Pour tous α=(αi)∈Nn\alpha = (\alpha_i)\in \mathbf{N}^n et β=(βi)∈Nn\beta = (\beta_i)\in \mathbf{N}^n, et tout x=(xi)∈Rnx= (x_i)\in \mathbf{R}^n, il vient alors

∣(Xβ∂αγn)(x)∣=∏i=1n∣xi∣βi∣Pαi(xi)∣γ1(xi) |(X^{\beta}\partial^{\alpha}\gamma_n)(x)|=\prod_{i=1}^n|x_i|^{\beta_i}|P_{\alpha_i}(x_i)|\gamma_1(x_i)

qui est une quantité bornée lorsque xx varie dans Rn\mathbf{R}^n.

Soient α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n. Si φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n), alors Xβ∂α(φ)X^{\beta}\partial^{\alpha}(\varphi ) est encore une fonction de Schwartz ; l’application φ↦Xβ∂αφ\varphi \mapsto X^{\beta}\partial^{\alpha}\varphi ainsi définie de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans lui-même est continue.

L’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est une algèbre topologique. Plus précisément, si φ1\varphi_1 et φ2\varphi_2 appartiennent à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n), alors φ1φ2\varphi_1\varphi_2 est une fonction de Schwartz telle que

(α) (\alpha )
qα,β(φ1φ2)⩽∑qγ,β(φ1)qα−γ,0(φ2)(2) q_{\alpha ,\beta}(\varphi_1\varphi_2)\leqslant \sum q_{\gamma ,\beta}(\varphi_1)q_{\alpha-\gamma ,0}(\varphi_2) \tag{2}
γ \gamma
0⩽γ⩽α0\leqslant \gamma \leqslant \alpha

pour tous α\alpha et β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n (prop. 1 de IV, p. 196).

L’inclusion canonique de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans l’espace C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n), muni de la topologie décrite dans le no3^o3 de IV, p. 200, est continue, puisque

supx∈K∣∂αφ(x)∣⩽qα,0(φ)_{x\in K}|\partial^{\alpha}\varphi (x)|\leqslant q_{\alpha ,0}(\varphi )

pour toute partie compacte K de Rn\mathbf{R}^n, tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et toute fonction de Schwartz φ\varphi.

Lemme 7 030Y

Soient k∈Nk\in \mathbf{N} et α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n. Pour toute fonction φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) et tout nombre réel T>0T>0, on a

kα_k\alpha 1

(3) q~α,k(φ)⩽T\widetilde{q}_{\alpha ,k}(\varphi )\leqslant T sup ∣∂φ(x)∣+q~α,k+1(φ)|\partial \varphi (x)|+\widetilde{q}_{\alpha ,k+1}(\varphi ).

∥x∥⩽T\|x\|\leqslant T T

En effet, on a

q~α,k(φ)⩽\widetilde{q}_{\alpha ,k}(\varphi )\leqslant sup∥x∥⩽T∥x∥k∣∂αφ(x)∣+_{\|x\|\leqslant T}\|x\|^k|\partial^{\alpha}\varphi (x)|+ sup∥x∥>T∥x∥k∣∂αφ(x)∣_{\|x\|>T}\|x\|^k|\partial^{\alpha}\varphi (x)|

⩽Tk\leqslant T^k sup∥x∥⩽T∣∂αφ(x)∣+1T_{\|x\|\leqslant T}|\partial^{\alpha}\varphi (x)|+\frac{1}{T} sup∥x∥>T∥x∥k+1∣∂αφ(x)∣_{\|x\|>T}\|x\|^{k+1}|\partial^{\alpha}\varphi (x)|.

Proposition 10 030Z

Soit B une partie bornée de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). La topologie induite sur B par S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) coïncide avec la topologie induite par C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n).

Comme l’inclusion de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n) est continue, il suffit de démontrer que, pour toute partie ouverte V de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n), l’intersection V∩BV\cap B est ouverte dans B pour la topologie induite par C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n).

Soit V une partie ouverte de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Soit φ0∈V∩B\varphi_0\in V\cap B. Il existe un ensemble fini I, une famille (αi,ki)i∈I∈(Nn×N)I(\alpha_i, k_i)_{i\in I}\in (\mathbf{N}^n\times \mathbf{N})^I et un nombre réel ε>0\varepsilon >0 tels que V contient l’ensemble des φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) vérifiant

supi∈Iq~αi,ki(φ−φ0)⩽ε_{i\in I}\widetilde{q}_{\alpha_i,k_i}(\varphi -\varphi_0)\leqslant \varepsilon.

Puisque B est bornée dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n), il existe M>0M>0 tel que les semi-normes q~αi,ki+1\widetilde{q}_{\alpha_i,k_i+1} pour i∈Ii\in I sont bornées par M sur B. Soient δ>0\delta >0 et T>0T>0 des nombres réels. D’après l’inégalité (3), dès lors que φ∈B\varphi \in B vérifie la majoration

(4) supi∈I_{i\in I} sup∥x∥⩽T∣∂αi(φ−φ0)∣⩽δ_{\|x\|\leqslant T}|\partial^{\alpha_i}(\varphi -\varphi_0)|\leqslant \delta,

on a

k_k 2M

sup q~αi,ki(φ−φ0)⩽δT\widetilde{q}_{\alpha_i,k_i}(\varphi -\varphi_0)\leqslant \delta T +.

i∈I_{i\in I} T

Posons T=4MεT =\frac{4M}{\varepsilon}, puis δ=ε2Tk\delta =\frac{\varepsilon}{2T^k}. On constate que V∩BV\cap B contient le voisinage de φ0\varphi_0 dans B pour la topologie induite par C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n) qui est défini par (4). Cela conclut la preuve.

Corollaire 0310

Soit (φm)m∈N(\varphi_m)_{m\in\mathbf{N}} une suite bornée dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Pour toute fonction φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n), les assertions suivantes sont équivalentes :

a) La suite (φm)(\varphi_m) converge vers φ\varphi dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n);

b) La suite (φm)(\varphi_m) converge vers φ\varphi dans C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n).

Remarque 0311

Une suite (φm)(\varphi_m) dans C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n) converge si et seulement si, pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, la suite (∂αφm)(\partial^{\alpha}\varphi_m) converge vers une fonction φ(α)\varphi^{(\alpha)} dans C(Rn)\mathscr{C}(\mathbf{R}^n) muni de la topologie de la convergence compacte. On a alors φ(α)=∂αφ\varphi^{(\alpha)}=\partial^{\alpha}\varphi et (φm)(\varphi_m) converge vers φ(0)\varphi^{(0)}.

En effet, la condition est nécessaire. Réciproquement, si les suites (∂αφm)(\partial^{\alpha}\varphi_m) convergent vers des fonctions φ(α)\varphi^{(\alpha)} pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, alors il résulte de FVR, II, p. 2, th. 1, que φ(α)=∂αφ(0)\varphi^{(\alpha)}=\partial^{\alpha}\varphi^{(0)}, ce qui signifie que la suite (φm)(\varphi_m) converge vers φ(0)\varphi^{(0)} dans C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n).

Proposition 11 0312

L’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est un espace de Fréchet et un espace de Montel.

Comme l’espace C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n) est complet (EVT, III, p. 9, exemple b)), le corollaire de la proposition 10 implique que toute suite de Cauchy dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) converge dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) puisqu’elle est bornée et qu’elle converge dans C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n).

L’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est donc un espace de Fréchet ; en particulier, il est tonnelé (EVT, III, p. 25, cor. de la prop. 2). Soit B une partie bornée de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) et (φm)m∈N(\varphi_m)_{m\in\mathbf{N}} une suite à valeurs dans B. Puisque C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n) est un espace de Montel (EVT, IV, p. 18, exemple (4)), il existe une sous-suite de (φm)m∈N(\varphi_m)_{m\in\mathbf{N}} qui converge dans C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n), donc dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (proposition 10). Donc B est relativement compacte dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Il en résulte que S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est un espace de Montel.

8. Inclusions d’espaces fonctionnels dans l’espace des fonctions de Schwartz

Proposition 12 0313

L’espace D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) est contenu dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n), et l’inclusion de D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est continue avec image dense.

Soit B⊂D(Rn)B\subset \mathscr{D}(\mathbf{R}^n) une partie bornée, et soit K une partie compacte de Rn\mathbf{R}^n telle que B⊂CK∞(Rn)B\subset \mathscr{C}_K^{\infty}(\mathbf{R}^n). Soient α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et k∈Nk\in \mathbf{N}. Pour toute fonction φ∈B\varphi \in B, il vient

q~α,k(φ)⩽(\widetilde{q}_{\alpha ,k}(\varphi )\leqslant (supx∈K∥x∥k)pα,K(φ)_{x\in K}\|x\|^k)p_{\alpha ,K}(\varphi ),

donc B est borné dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). La continuité de l’inclusion résulte alors du fait que les espaces S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) et D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) sont bornologiques.

Démontrons que D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) est dense dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Soient B la boule unité de Rn\mathbf{R}^n et η∈D(Rn)\eta \in \mathscr{D}(\mathbf{R}^n) une fonction test à support contenu dans 2B telle que 0⩽η⩽10\leqslant \eta \leqslant 1 et η(x)=1\eta (x) = 1 pour tout x∈Bx\in B (lemme 1, a) de IV, p. 196).

Soit φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Pour tout entier m⩾1m\geqslant 1 et tout x∈Rnx\in \mathbf{R}^n, posons ηm(x)=η(x/m)\eta_m(x) =\eta (x/m). Définissons enfin φm=ηmφ\varphi_m=\eta_m\varphi; on a φm∈D(Rn)\varphi_m\in \mathscr{D}(\mathbf{R}^n). Comme ∂αηm=m−∣α∣(∂αη)(x/m)\partial^{\alpha}\eta_m=m^{-|\alpha|}(\partial^{\alpha}\eta )(x/m) pour tous α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et x∈Rnx\in \mathbf{R}^n, on déduit de la formule (2) de IV, p. 210 que la suite (φm)(\varphi_m) est bornée dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

Soit C une partie compacte de Rn\mathbf{R}^n. La suite (φm)m⩾1(\varphi_m)_{m\geqslant 1} converge vers φ\varphi dans CK∞(Rn)\mathscr{C}_K^{\infty}(\mathbf{R}^n) puisque φm\varphi_m coïncide avec φ\varphi sur C pour tout mm suffisamment grand. Ainsi la suite (φm)(\varphi_m) converge vers φ\varphi dans C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n), et le corollaire de la proposition 10 de IV, p. 211 permet de conclure que la suite (φm)(\varphi_m) converge vers φ\varphi dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

Lemme 8 0314

Soit B une partie bornée de D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n). La topologie induite sur B par la topologie de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) coïncide avec la topologie induite par D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n).

Puisque l’inclusion de D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est continue, la topologie sur B induite par D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) est plus fine que celle induite par S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Par ailleurs, il existe une partie compacte K de Rn\mathbf{R}^n telle que B⊂CK∞(Rn)B\subset \mathscr{C}_K^{\infty}(\mathbf{R}^n). Pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, on a alors pα,K(φ)⩽q~α,0(φ)p_{\alpha ,K}(\varphi )\leqslant \widetilde{q}_{\alpha ,0}(\varphi ), ce qui implique que la topologie induite par S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est plus fine que celle induite par D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n).

Proposition 13 0315

Soit p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ]. L’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est contenu dans Lp(Rn)\mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n) et l’injection canonique de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans Lp(Rn)\mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n) est continue. L’image de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n) est dense si p≠+∞p\not = +\infty.

La première assertion est immédiate pour p=+∞p= +\infty. Supposons désormais que p∈[1,+∞[p\in [1,+\infty [. Soit mm un entier tel que n+1<mpn+ 1< mp. Pour tout φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) et x∈Rnx\in \mathbf{R}^n, on a

∥x∥n+1∣φ(x)∣p⩽q~0,m(φ)p \|x\|^{n+1}|\varphi (x)|^p\leqslant \widetilde{q}_{0,m}(\varphi )^p

donc φ∈Lp(Rn)\varphi \in \mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n) d’après la prop. 3 de IV, p. 199. De plus, on obtient

Np(φ)⩽an1/pq~0,0(φ)+bnq~0,m(φ) N_p(\varphi )\leqslant a^{1/p}_n\widetilde{q}_{0,0}(\varphi ) +b_n\widetilde{q}_{0,m}(\varphi )

où

an=∫dμ(x),bn=∫1n+1dμ(x) a_n=\int d\mu(x),b_n=\int 1_{n+1}d\mu(x)
∥x∥⩽1∥x∥⩾1∥x∥ _{\|x\|\leqslant 1}\|_{x\|\geqslant 1}\|x\|

donc l’injection de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans Lp(Rn)\mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n) est continue.

Comme l’espace D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) est contenu dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n), la proposition 4 de IV, p. 202 implique que S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est dense dans Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n) si p≠+∞p\not = +\infty.

9. Fonctions à croissance polynomiale

Définition 3 0316

Une fonction f:Rn→Cf:\mathbf{R}^n\rightarrow \mathbf{C} est à croissance polynomiale s’il existe un entier k⩾1k\geqslant 1 tel que l’application définie par x↦(1+∥x∥)−kf(x)x\mapsto (1 +\|x\|)^{-k}f(x) est bornée sur Rn\mathbf{R}^n.

Toute fonction à croissance polynomiale est localement bornée. Toute fonction polynomiale sur Rn\mathbf{R}^n est à croissance polynomiale.

Proposition 14 0317

Soit f∈C∞(Rn)f\in \mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n). On suppose que pour tout α\alpha dans Nn\mathbf{N}^n, la fonction ∂αf\partial^{\alpha}f est à croissance polynomiale. L’application linéaire de l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans lui-même définie par φ↦fφ\varphi \mapsto f \varphi est continue.

Pour tout φ\varphi dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n), la fonction fφf \varphi appartient à C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n). Par hypothèse, pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, il existe un entier kα⩾0k_{\alpha}\geqslant 0 et un réel CαC_{\alpha} tel que ∣∂αf(x)∣⩽Cα(1+∥x∥)kα|\partial^{\alpha}f(x)|\leqslant C_{\alpha}(1 +\|x\|)^{k_{\alpha}} pour tout xx dans Rn\mathbf{R}^n. Soit φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Soient α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et k∈Nk\in \mathbf{N}. D’après la prop. 1 de IV, p. 196, il vient

(α)kβα−β (\alpha )k\beta \alpha -\beta

q~α,k(fφ)⩽∑\widetilde{q}_{\alpha ,k}(f \varphi )\leqslant \sum sup ∥x∥∣∂f(x)∂φ(x)∣\|x\||\partial f(x)\partial \varphi (x)|

βx∈Rn \beta_{x\in\mathbf{R}^n}
0⩽β⩽α0\leqslant \beta \leqslant \alpha
(α)kkα−β (\alpha )kk\alpha -\beta

⩽∑Cβ\leqslant \sum C_{\beta} sup ∥x∥(1+∥x∥)β∣∂φ(x)∣\|x\|(1 +\|x\|)^{^{\beta}}|\partial \varphi (x)|.

βx∈Rn \beta_{x\in\mathbf{R}^n}
0⩽β⩽α0\leqslant \beta \leqslant \alpha

Soit β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n tel que 0⩽β⩽α0\leqslant \beta \leqslant \alpha. Pour tout x∈Rnx\in \mathbf{R}^n, on a

∥x∥k(1+∥x∥)kβ∣∂α−βφ(x)∣⩽\|x\|^k(1 +\|x\|)^{k_{\beta}}|\partial^{\alpha-\beta}\varphi (x)|\leqslant sup∥x∥⩽12kβ∣∂α−βφ(x)∣_{\|x\|\leqslant 1}2^{k_{\beta}}|\partial^{\alpha-\beta}\varphi (x)|

+ supx∈Rn2kβ∥x∥k+kβ∣∂α−βφ(x)∣_{x\in\mathbf{R}^n}2^{k_{\beta}}\|x\|^{k+k_{\beta}}|\partial^{\alpha-\beta}\varphi (x)| d’où finalement

(α)k() (\alpha )_k()
q~α,k(fφ)⩽∑2βCβq~α−β,0(φ)+q~α−β,k+kβ(φ) \widetilde{q}_{\alpha ,k}(f \varphi )\leqslant \sum 2^{^{\beta}}C_{\beta}\widetilde{q}_{\alpha-\beta ,0}(\varphi ) +\widetilde{q}_{\alpha-\beta ,k+k_{\beta}}(\varphi )
β \beta
0⩽β⩽α0\leqslant \beta \leqslant \alpha

ce qui implique la proposition.

10. Distributions tempérées

Définition 4 0318

On appelle espace des distributions tempérées sur Rn\mathbf{R}^n l’espace dual de S(R)\mathscr{S}(\mathbf{R}) muni de la topologie de la convergence bornée. On le note S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n).

Puisque S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est bornologique, l’espace S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est complet (EVT, III, p. 24, cor. 1). Comme S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est un espace de Montel, il en est de même de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) (EVT, IV, p. 19, prop. 9). L’espace S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est donc réflexif (EVT, IV, p. 16, th. 2).

Lemme 9 0319

Une application linéaire ff de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans C\mathbf{C} est une distribution tempérée si et seulement si pour toute famille (Mα,k)(α,k)∈Nn×N(M_{\alpha ,k})_{(\alpha ,k)\in\mathbf{N}^n\times\mathbf{N}} dans R+\mathbf{R}_+, la forme linéaire ff est bornée sur l’ensemble des fonctions φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) telles que q~α,k(φ)⩽Mα,k\widetilde{q}_{\alpha ,k}(\varphi )\leqslant M_{\alpha ,k} pour tout (α,k)∈Nn×N(\alpha , k)\in \mathbf{N}^n\times \mathbf{N}.

En effet, l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est bornologique (EVT, III, p. 12, prop. 2) et toute partie bornée de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est contenue dans l’un des ensembles bornés décrits dans l’énoncé.

Lemme 10 031A

Soit F\mathfrak{F} un filtre sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) ayant une base dénombrable ou contenant un ensemble simplement borné. Alors F\mathfrak{F} converge vers une distribution tempérée si et seulement si ⟨f,φ⟩\langle f, \varphi \rangle converge selon F\mathfrak{F} pour toute fonction de Schwartz φ\varphi.

En particulier, une suite (fm)m∈N(f_m)_{m\in\mathbf{N}} de distributions tempérées converge vers une distribution tempérée ff si et seulement si on a ⟨fm,φ⟩→⟨f,φ⟩\langle f_m, \varphi \rangle \rightarrow \langle f, \varphi \rangle pour tout φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

Comme S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est un espace de Fréchet, donc tonnelé, (EVT, III, p. 25, cor. de la prop. 2) le lemme résulte du théorème de Banach– Steinhaus (EVT, III, p. 26, cor. 3 du th. 1).

L’injection canonique jj de D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est continue et son image est dense (lemme 12 de IV, p. 212), donc la transposée de jj, qui est l’application de restriction des distributions tempérées au sous-espace D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n), est une application linéaire injective continue de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) dans D′(Rn)\mathscr{D}'(\mathbf{R}^n). On identifiera S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) à un sous-espace de D′(Rn)\mathscr{D}'(\mathbf{R}^n) par le biais de cette application.

Soit α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n. L’application linéaire φ↦∂αφ\varphi \mapsto \partial^{\alpha}\varphi de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est continue. Sa transposée est donc une application linéaire continue de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) dans S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) (EVT, IV, p. 6, cor., b)). On note ∂α\partial^{\alpha} l’application linéaire continue (−1)∣α∣t∂α(-1)^{|\alpha|t}\partial^{\alpha} de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) dans S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n). Cette définition est compatible avec la définition 2 de IV, p. 208 pour les distributions.

Soit h∈C∞(Rn)h\in \mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n) une fonction telle que ∂αh\partial^{\alpha}h est à croissance polynomiale pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n. La transposée de l’application linéaire continue φ↦hφ\varphi \mapsto h\varphi (prop. 14 de IV, p. 214) est une application linéaire continue sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n), notée f↦hff\mapsto hf.

11. Interprétation de fonctions comme distributions tempérées

Définition 5 031B

Une mesure ν\nu sur Rn\mathbf{R}^n est dite tempérée s’il existe un entier r∈Nr\in \mathbf{N} tel que l’application continue x↦(1+∥x∥)−rx\mapsto (1 +\|x\|)^{-r} est ν\nu-intégrable sur Rn\mathbf{R}^n.

Autrement dit, une mesure ν\nu est tempérée s’il existe r∈Nr\in \mathbf{N} tel que la fonction définie par x↦∥x∥−rx\mapsto \|x\|^{-r} est ν\nu-intégrable sur le complémentaire de la boule unité dans Rn\mathbf{R}^n. En particulier, toute mesure bornée sur Rn\mathbf{R}^n est tempérée. Plus généralement, si ff est une fonction μ\mu-mesurable à croissance polynomiale et si ν\nu est tempérée, alors la mesure f⋅νf\cdot \nu est tempérée.

L’ensemble Mt(Rn)\mathscr{M}^t(\mathbf{R}^n) des mesures tempérées sur Rn\mathbf{R}^n est un sous-espace vectoriel de l’espace M(Rn;C)\mathscr{M}(\mathbf{R}^n;\mathbf{C}) des mesures complexes sur Rn\mathbf{R}^n.

Proposition 15 031C

Soit ν\nu une mesure tempérée sur Rn\mathbf{R}^n. La restriction de ν\nu à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est une distribution tempérée. Elle est nulle si et seulement si la mesure ν\nu est nulle.

Puisque ν\nu est tempérée, il existe un entier positif kk tel que l’application x↦∥x∥−kx\mapsto \|x\|^{-k} est ν\nu-intégrable sur le complémentaire de la boule unité dans Rn\mathbf{R}^n. Pour toute fonction de Schwartz φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n), on a

∣⟨ν,φ⟩∣⩽(∫∥x∥⩽1dν)q~0,0(φ)+(∫∥x∥>1∥x∥−kdν)q~0,k(φ) |\langle \nu , \varphi \rangle |\leqslant (\int_{\|x\|\leqslant 1}d\nu )\widetilde{q}_{0,0}(\varphi ) +(\int_{\|x\|>1}\|x\|^{-k}d\nu )\widetilde{q}_{0,k}(\varphi )

donc la restriction de ν\nu à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est une distribution tempérée.

La dernière assertion résulte de la prop. 6 de IV, p. 206 puisque D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) est contenu dans S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

On identifiera l’espace Mt(Rn)\mathscr{M}^t(\mathbf{R}^n) à un sous-espace de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n).

Proposition 16 031D

Soit p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ] et f∈Lp(Rn)f\in \mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n). Alors la mesure f⋅μf\cdot \mu de densité ff par rapport à la mesure de Lebesgue est tempérée. L’application f↦f⋅μf\mapsto f\cdot \mu de Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n) dans S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) ainsi définie est continue.

Soit qq l’exposant conjugué de pp et soit r⩾0r\geqslant 0 tel que rq>nrq > n. Pour tout x∈Rnx\in \mathbf{R}^n, notons g(x)=(1+∥x∥)−rg(x) = (1 +\|x\|)^{-r}. La fonction gg appartient à Lq(Rn)\mathscr{L}^q(\mathbf{R}^n) d’après la prop. 3 de IV, p. 199. D’après l’inégalité de Hölder, on a

∫Rn∗(1+∥x∥)−r∣f(x)∣dμ(x)⩽Nq(g)Np(f)<+∞ \int_{\mathbf{R}^n}^*(1 +\|x\|)^{-r}|f(x)|d\mu(x)\leqslant N_q(g)N_p(f)<+\infty

donc la mesure f⋅μf\cdot \mu est tempérée.

Soit f∈Lp(Rn)f\in L^p(\mathbf{R}^n) et φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). L’inégalité de Hölder implique

∣⟨f⋅μ,φ⟩∣=∣∫Rnf(x)φ(x)dμ(x)∣⩽∥f∥p∥φ∥q |\langle f\cdot \mu, \varphi \rangle |=|\int_{\mathbf{R}^n}f(x)\varphi (x)d\mu(x)|\leqslant \|f\|_p\|\varphi \|_q

et la continuité de l’application f↦f⋅μf\mapsto f\cdot \mu résulte alors de la prop. 13 de IV, p. 213.

Pour tout p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ], on identifiera Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n) à un sous-espace de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) par l’application linéaire f↦f⋅μf\mapsto f\cdot \mu.

Proposition 17 031E

Les espaces D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) et S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) sont denses dans S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n).

Il suffit de démontrer que D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n) est dense dans S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n). Soit λ\lambda une forme linéaire continue sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) nulle sur D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n). Comme l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est réflexif, il existe une fonction φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) telle que λ(f)=⟨f,φ⟩\lambda (f) =\langle f, \varphi \rangle pour tout f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n). On a donc

0=λ(ψ)=⟨ψ,φ⟩=∫Rnψφdμ 0 =\lambda (\psi ) =\langle \psi , \varphi \rangle =\int_{\mathbf{R}^n}\psi \varphi d\mu

pour tout ψ∈D(Rn)\psi \in \mathscr{D}(\mathbf{R}^n). La mesure φ⋅μ\varphi \cdot \mu sur Rn\mathbf{R}^n est donc nulle (prop. 6 de IV, p. 206), d’où φ=0\varphi = 0. La proposition découle alors du théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 46, cor. 1).

12. Transformation de Fourier des distributions tempérées

Comme toute fonction de Schwartz φ\varphi est intégrable sur Rn\mathbf{R}^n (prop. 13 de IV, p. 213), elle admet une transformée de Fourier F(φ)\mathscr{F}(\varphi ) (resp. une cotransformée de Fourier F‾(φ)\overline{\mathscr{F}}(\varphi )) qui s’identifie à la fonction continue et bornée sur Rn\mathbf{R}^n définie par

y↦∫φ(x)y\mapsto \int\varphi (x) exp(−2iπx⋅y-2i\pi x\cdot y)dμ(x)d\mu(x)

(resp. à la fonction y↦∫RnRnφ(x)y\mapsto \int^{\mathbf{R}^n}_{\mathbf{R}^n}\varphi (x) exp(2iπx⋅yi\pi x\cdot y)dμ(x)d\mu(x)).

Lemme 11 031F

Soit φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). La fonction F(φ)\mathscr{F}(\varphi ) est indéfiniment dérivable sur Rn\mathbf{R}^n et on a

F(Xαφ)=(−2iπ)−∣α∣∂α(F(φ)) \mathscr{F}(X^{\alpha}\varphi ) = (-2i\pi )^{-|\alpha|}\partial^{\alpha}(\mathscr{F}(\varphi ))
F(∂αφ)=(2iπ)∣α∣XαF(φ) \mathscr{F}(\partial^{\alpha}\varphi ) = (2i\pi )^{|\alpha|}X^{\alpha}\mathscr{F}(\varphi )

pour tout α\alpha dans Nn\mathbf{N}^n.

On peut supposer que n⩾1n\geqslant 1. Soit φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). La fonction définie par (x,y)↦φ(x)(x, y)\mapsto \varphi (x) exp(2iπx⋅yi\pi x\cdot y) de Rn×Rn\mathbf{R}^n\times \mathbf{R}^n dans C\mathbf{C} vérifie les hypothèses du corollaire 1 de IV, p. 198 pour tout entier kk. La transformée de Fourier de φ\varphi est donc indéfiniment dérivable et vérifie

∂α(Fφ)(y)=(−2iπ)∣α∣∫Rnxαφ(x)\partial^{\alpha}(\mathscr{F}\varphi )(y) = (-2i\pi )^{|\alpha|}\int_{\mathbf{R}^n}x^{\alpha}\varphi (x) exp(−2iπx⋅y-2i\pi x\cdot y)dμ(x)d\mu(x)

pour tout y∈Rny\in \mathbf{R}^n, ce qui implique la première formule.

Démontrons la seconde formule. Par récurrence sur ∣α∣|\alpha |, il suffit de le faire lorsque ∣α∣=1|\alpha |= 1, et on se ramène aisément au cas α=(1,0,...,0)\alpha = (1,0, . . . ,0). Écrivons tout x∈Rnx\in \mathbf{R}^n sous la forme x=(x1,x′)x= (x_1, x') avec x′∈Rn−1x'\in \mathbf{R}^{n-1}, et notons μ1\mu_1 (resp. μ′\mu') la mesure de Lebesgue sur Rn−1\mathbf{R}^{n-1} (resp. R\mathbf{R}). D’après le théorème de Lebesgue–Fubini (INT, V, p. 96, § 8, no4^o4, th. 1), pour tout y=(y1,y′)∈R×Rn−1y= (y_1, y')\in \mathbf{R}\times \mathbf{R}^{n-1}, il vient

F(∂1φ)(y)=∫\mathscr{F}(\partial_1\varphi )(y) =\int exp(−2iπx′⋅y′-2i\pi x'\cdot y')

×Rn(∫R−1(∂1φ)(x1,x′)\times^{\mathbf{R}^n}(\int^{^{-1}}_{\mathbf{R}}(\partial_1\varphi )(x_1, x') exp(−2iπx1y1-2i\pi x_1y_1)dμ1(x1))dμ′(x′)d\mu_1(x_1))d\mu'(x').

Pour tout intervalle compact [a,b][a, b] dans R\mathbf{R} et tout x′∈Rn−1x'\in \mathbf{R}^{n-1}, on a

∫ab(∂1φ)(x1,x′)\int_a^b(\partial_1\varphi )(x_1, x') exp(−2iπx1y1-2i\pi x_1y_1)dμ1(x1)=d\mu_1(x_1) =

[φ(x1,x′)[\varphi (x_1, x') exp(−2iπx1y1-2i\pi x_1y_1)]ab]^b_a

+2iπy1∫abφ(x1,x′)+ 2i\pi y_1\int_a^b\varphi (x_1, x') exp(−2iπx1y1-2i\pi x_1y_1)dμ1(x1)d\mu_1(x_1) par intégration par parties (FVR, II, p. 10, formule (10)). Lorsque aa tend vers −∞-\infty et bb tend vers +∞+\infty, le premier terme du second membre converge vers 0 puisque φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Le second terme converge d’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6) vers

2iπy1∫Rφ(x1,x′)2i\pi y_1\int_{\mathbf{R}}\varphi (x_1, x') exp(−2iπx1y1-2i\pi x_1y_1)dμ1(x1)d\mu_1(x_1),

puisque l’application x1↦φ(x1,x′)x_1\mapsto \varphi (x_1, x') est intégrable sur R\mathbf{R}. Comme x1↦∂1φ(x1,x′)x_1\mapsto \partial_1\varphi (x_1, x') est aussi intégrable sur R\mathbf{R}, on en déduit que

∫R∂1φ(x1,x′)\int_{\mathbf{R}}\partial_1\varphi (x_1, x') exp(−2iπx1y1-2i\pi x_1y_1)dμ1(x1)d\mu_1(x_1)

=2iπy1∫Rφ(x1,x′)= 2i\pi y_1\int_{\mathbf{R}}\varphi (x_1, x') exp(−2iπx1y1-2i\pi x_1y_1)dμ1(x1)d\mu_1(x_1) et finalement, en appliquant de nouveau le théorème de Lebesgue–Fubini on conclut que

F(∂1φ)(y)=2iπy1∫Rnφ(x)\mathscr{F}(\partial_1\varphi )(y) = 2i\pi y_1\int_{\mathbf{R}^n}\varphi (x) exp(−2iπx⋅y-2i\pi x\cdot y)dμ(x)d\mu(x),

comme désiré.

Proposition 18 031G

La restriction à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) de la transformation de Fourier est un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la restriction de la cotransformation de Fourier.

Soit φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). D’après le lemme précédent, la transformée de Fourier de φ\varphi appartient à C∞(Rn)\mathscr{C}^{\infty}(\mathbf{R}^n). De plus, pour α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n, on a

Xβ∂α(F(φ))=(−2iπ)∣α∣XβF(Xαφ) X^{\beta}\partial^{\alpha}(\mathscr{F}(\varphi )) = (-2i\pi )^{|\alpha|}X^{\beta}\mathscr{F}(X^{\alpha}\varphi )
=(−1)∣α∣(2iπ)∣α∣−∣β∣F(∂β(Xαφ)) = (-1)^{|\alpha|}(2i\pi )^{|\alpha|-|\beta|}\mathscr{F}(\partial^{\beta}(X^{\alpha}\varphi ))

En particulier, la fonction Xβ∂α(F(φ))X^{\beta}\partial^{\alpha}(\mathscr{F}(\varphi )) est bornée. Puisque α\alpha et β\beta sont arbitraires dans Nn\mathbf{N}^n, cela signifie que F(φ)\mathscr{F}(\varphi ) appartient à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). De plus, ce calcul implique

qα,β(F(φ))⩽(2π)∣α∣−∣β∣∥∂β(Xαφ)∥1 q_{\alpha ,\beta}(\mathscr{F}(\varphi ))\leqslant (2\pi )^{|\alpha|-|\beta|}\|\partial^{\beta}(X^{\alpha}\varphi )\|_1

pour (α,β)∈Nn×Nn(\alpha , \beta )\in \mathbf{N}^n\times \mathbf{N}^n et φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

Comme l’inclusion de l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans L1(Rn)L^1(\mathbf{R}^n) est continue (prop. 13 de IV, p. 213), l’application qα,β∘Fq_{\alpha ,\beta}\circ \mathscr{F} de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans R\mathbf{R} est continue. Il en résulte que la transformation de Fourier est continue de l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans lui-même (cf. EVT, II, p. 7, prop. 5, c)). On vérifie de même que la cotransformation de Fourier est continue de l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans lui-même. D’après la formule d’inversion de Fourier (théorème 3 de II, p. 222), la transformation de Fourier et la cotransformation de Fourier sont des isomorphismes réciproques l’un de l’autre.

Définition 6 031H

On appelle transformation de Fourier (resp. cotransformation de Fourier) sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) la transposée de la transformation de Fourier sur S(Rn)(\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (resp. de la cotransformation de Fourier).

On note encore F\mathscr{F} (resp. F‾\overline{\mathscr{F}}) la transformation de Fourier (resp. la cotransformation de Fourier) sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n). La transformation de Fourier sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est donc un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la cotransformation de Fourier. Pour tout f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n), la distribution tempérée F(f)\mathscr{F}(f) (resp. F‾(f)\overline{\mathscr{F}}(f)) est définie par la formule

⟨F(f),φ⟩=⟨f,F(φ)⟩(\langle \mathscr{F}(f), \varphi \rangle =\langle f,\mathscr{F}(\varphi )\rangle (resp. ⟨F‾(f),φ⟩=⟨f,F‾(φ)⟩)\langle \overline{\mathscr{F}}(f), \varphi \rangle =\langle f,\overline{\mathscr{F}}(\varphi )\rangle )

pour tout φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

Proposition 19 031I

Soit ff une distribution tempérée associée à une mesure bornée ν∈M1(Rn)(\nu \in \mathscr{M}^1(\mathbf{R}^n) (resp. à g∈L2(Rn))g\in L^2(\mathbf{R}^n)). La transformée de Fourier de ff dans S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est la distribution tempérée associée à la transformée de Fourier de la mesure ν(\nu (resp. à la transformée de Fourier de g).

Soit ν\nu une mesure bornée sur Rn\mathbf{R}^n et ff la distribution tempérée associée à ν\nu. La transformée de Fourier F(ν)\mathscr{F}(\nu ) est une fonction continue et bornée sur Rn\mathbf{R}^n (prop. 3 de II, p. 207). La distribution tempérée associée à cette fonction vérifie

⟨F(ν),φ⟩=∫RnF(ν)φdμ=∫RnF(φ)dν=⟨f,F(φ)⟩=⟨F(f),φ⟩ \langle \mathscr{F}(\nu ), \varphi \rangle =\int_{\mathbf{R}^n}\mathscr{F}(\nu )\varphi d\mu=\int_{\mathbf{R}^n}\mathscr{F}(\varphi )d\nu =\langle f,\mathscr{F}(\varphi )\rangle =\langle \mathscr{F}(f), \varphi \rangle

pour tout φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n), où la seconde égalité est la prop. 13 de II, p. 221, qui est applicable ici puisque la mesure φ⋅μ\varphi \cdot \mu est bornée. La distribution tempérée associée à F(ν)\mathscr{F}(\nu ) est donc F(f)\mathscr{F}(f).

Lorsque ff est la distribution tempérée associée à g∈L2(Rn)g\in L^2(\mathbf{R}^n), on suit une marche tout analogue en utilisant la formule (29) de II, p. 221.

Un énoncé similaire vaut également pour la cotransformation de Fourier.

Remarque 031J

Les formules élémentaires concernant la transformation de Fourier des mesures restent valides pour la transformation de Fourier des distributions tempérées. Par exemple, pour f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) et α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, on a

F(∂αf)=(2iπ)∣α∣XαF(f) \mathscr{F}(\partial^{\alpha}f) = (2i\pi )^{|\alpha|}X^{\alpha}\mathscr{F}(f)
F(Xαf)=(−2iπ)−∣α∣∂α(F(f)) \mathscr{F}(X^{\alpha}f) = (-2i\pi )^{-|\alpha|}\partial^{\alpha}(\mathscr{F}(f))

d’après le lemme 11.

13. Distributions et distributions tempérées sur un espace vectoriel

Soit uu une application linéaire bijective de Rn\mathbf{R}^n dans Rn\mathbf{R}^n. L’application φ↦φ∘u\varphi \mapsto \varphi \circ u est un automorphisme de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (resp. de D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n)); sa transposée est un automorphisme de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) (resp. de D′(Rn)\mathscr{D}'(\mathbf{R}^n)).

Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie nn. Soit v:Rn→Ev:\mathbf{R}^n\rightarrow E un isomorphisme d’espaces vectoriels. On note S(E)\mathscr{S}(E) (resp. D(E)\mathscr{D}(E)) l’ensemble des applications φ:E→C\varphi : E\rightarrow \mathbf{C} telles que φ∘v∈S(Rn)\varphi \circ v\in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (resp. telles que φ∘v∈D(Rn)\varphi \circ v\in \mathscr{D}(\mathbf{R}^n)). D’après la remarque précédente, cet espace ne dépend pas du choix de vv; il est isomorphe à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (resp. D(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n)). On note S′(E)\mathscr{S}'(E) (resp. D′(E)\mathscr{D}'(E)) le dual de S(E)\mathscr{S}(E) (resp. de D(E)\mathscr{D}(E)) muni de la topologie de la convergence bornée. C’est un espace vectoriel topologique isomorphe à S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) (resp. à D′(Rn)\mathscr{D}'(\mathbf{R}^n)).

Soient E et F des espaces vectoriels réels de dimension nn, en dualité relativement à une forme bilinéaire b:E×F→Rb: E\times F\rightarrow \mathbf{R}. Le groupe localement compact commutatif E est en dualité avec F relativement à l’application

(x,y)↦(x, y)\mapsto exp(2iπb(x,y)i\pi b(x, y))

de E×FE\times F dans U(\mathbf{U}(cf. cor. 1 de II, p. 235). On munit E et F de mesures de Haar qui sont duales l’une de l’autre relativement à cette application.

L’espace S(E)\mathscr{S}(E) est inclus dans L1(E)L^1(E); la transformation de Fourier de E induit, par passage aux sous-espaces et par dualité, un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de S(E)\mathscr{S}(E) dans S\mathscr{S} (F), dont la transposée est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de S′(F)\mathscr{S}'(F) dans S′(E)\mathscr{S}'(E).

14. Espaces de Sobolev

Soit U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n. Soient pp un nombre réel ⩾1\geqslant 1 et kk un entier naturel. On note Wk,p(U)W^{k,p}(U) l’espace des distributions f∈D′(U)f\in \mathscr{D}'(U) telles que, pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n avec ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k, la distribution ∂αf\partial^{\alpha}f est associée à un élément de Lp(U)L^p(U).

En particulier, pour U=RnU =\mathbf{R}^n, les éléments de Wk,p(U)W^{k,p}(U) sont des distributions tempérées.

L’application de Wk,p(u)W^{k,p}(u) dans R+\mathbf{R}_+ qui à f∈Wk,p(U)f\in W^{k,p}(U) associe

∥f∥k,p=((∑∣α∣⩽k∥∂αf∥pp)1/p \|f\|_{k,p}=((\sum_{|\alpha|\leqslant k}\|\partial^{\alpha}f\|^p_p)^{1/p}

est une norme sur Wk,p(U)W^{k,p}(U). L’espace Wk,p(U)W^{k,p}(U) sera toujours muni de cette norme ; cet espace normé est appelé espace de Sobolev d’indice kk et d’exposant pp.

L’espace D(U)\mathscr{D}(U) est contenu dans Wk,p(U)W^{k,p}(U). On note W0k,pW^{k,p}_0 (U) l’adhérence de D(U)\mathscr{D}(U) dans Wk,p(U)W^{k,p}(U). C’est un sous-espace fermé de Wk,p(U)W^{k,p}(U).

On a W0k,p(Rn)=Wk,p(Rn)W^{k,p}_0(\mathbf{R}^n) = W^{k,p}(\mathbf{R}^n), mais les espaces Wk,p(U)W^{k,p}(U) et W0k,pW^{k,p}_0 (U) sont distincts en général (cf. exercices 12 de IV, p. 334 et 14 de IV, p. 334).

On note aussi Hk(U)=Wk,2(U)H^k(U) = W^{k,2}(U) et H0k(U)=W0k,2(U)H^k_0(U) = W^{k,2}_0(U).

La norme de Hk(U)H^k(U) est une norme préhilbertienne, associée à la forme hermitienne positive sur Hk(U)H^k(U) définie par

(f1,f2)↦∑∣α∣⩽∫kU∂αf1‾∂αf2dμ (f_1, f_2)\mapsto \sum_{|\alpha|\leqslant}\int_{kU}\overline{\partial^{\alpha}f_1}\partial^{\alpha}f_2d\mu

L’espace hilbertien Hk(U)H^k(U) coïncide avec l’espace noté Hk\mathscr{H}^k dans EVT, V, p. 6, exemple (3).

On a W0,p(U)=Lp(U)W^{0,p}(U) = L^p(U) et H0(U)=L2(U)H^0(U) = L^2(U) par définition ; de plus W00,p(U)=Lp(U)W^{0,p}_0(U) = L^p(U) d’après la prop. 4, b) de IV, p. 202.

Proposition 20 031K

Les espaces de Sobolev Wk,p(U)W^{k,p}(U) et W0k,pW^{k,p}_0 (U) sont des espaces de Banach de type dénombrable. En particulier, les espaces Hk(U)H^k(U) et H0k(U)H^k_0(U) sont des espaces hilbertiens de type dénombrable.

Il suffit de démontrer les assertions concernant Wk,p(U)W^{k,p}(U).

Soit I l’ensemble des α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n tels que ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k. L’application linéaire uu de Wk,p(U)W^{k,p}(U) dans Lp(U)IL^p(U)^I qui associe à ff la famille (∂αf)α∈I(\partial^{\alpha}f)_{\alpha\in I} est injective ; elle est continue et stricte par définition de la norme sur Wk,p(U)W^{k,p}(U). Pour démontrer que Wk,p(U)W^{k,p}(U) est complet, il suffit de démontrer que son image par uu est fermée. Or, soit (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite dans Wk,p(U)W^{k,p}(U) telle que (u(fn))n∈N(u(f_n))_{n\in\mathbf{N}} converge. Soit (gα)α∈I∈Lp(U)I(g_{\alpha})_{\alpha\in I}\in L^p(U)^I sa limite. Pour α∈I\alpha \in I, la suite (∂αfn)n∈N(\partial^{\alpha}f_n)_{n\in\mathbf{N}} converge dans Lp(U)L^p(U) vers gαg_{\alpha}. A fortiori, la convergence a lieu dans D′(U)\mathscr{D}'(U). Posons f=g0f=g_0. Pour tout φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(U), il vient

⟨∂αf,φ⟩=(−1)∣α∣⟨f,∂αφ⟩ \langle \partial^{\alpha}f, \varphi \rangle = (-1)^{|\alpha|}\langle f, \partial^{\alpha}\varphi \rangle

= limn→+∞(−1)∣α∣⟨fn,∂αφ⟩=_{n\rightarrow+\infty}(-1)^{|\alpha|}\langle f_n, \partial^{\alpha}\varphi \rangle = limn→+∞⟨∂αfn,φ⟩=⟨gα,φ⟩_{n\rightarrow+\infty}\langle \partial^{\alpha}f_n, \varphi \rangle =\langle g_{\alpha}, \varphi \rangle.

Cela démontre que gα=∂αfg_{\alpha}=\partial^{\alpha}f pour tout α∈I\alpha \in I, donc (gα)α∈I=u(f)(g_{\alpha})_{\alpha\in I}=u(f) appartient à l’image de uu.

L’espace Wk,p(U)W^{k,p}(U) s’identifie par uu à un sous-espace de l’espace Lp(U)IL^p(U)^I; celui-ci est de type dénombrable (prop. 2 de IV, p. 180 et TG, IX, p. 19, cor., (ii))), donc il en est de même de Wk,p(U)(W^{k,p}(U) (loc. cit., (i)).

Proposition 21 031L

Soit N la norme euclidienne sur Rn\mathbf{R}^n. Soit kk un entier ⩾0\geqslant 0. L’espace de Sobolev Hk(Rn)H^k(\mathbf{R}^n) est l’espace des f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) tel que (1+Nk)F(f)(1 + N^k)\mathscr{F}(f) appartient à L2(Rn)L^2(\mathbf{R}^n).

On procède par récurrence sur kk. Lorsque k=0k= 0, le résultat est une conséquence du théorème de Plancherel (II, p. 215, th. 1). Supposons que k=1k= 1. Pour f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n), on a (1+N)Ff∈L2(Rn)(1 + N)\mathscr{F}f\in L^2(\mathbf{R}^n) si et seulement si f∈L2(Rn)f\in L^2(\mathbf{R}^n) et NFf∈L2(Rn)N\mathscr{F}f\in L^2(\mathbf{R}^n). De plus, NF∈L2(Rn)N\mathscr{F}\in L^2(\mathbf{R}^n) si et seulement si, pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n tel que ∣α∣=1|\alpha |= 1, on a XαFf∈L2(Rn)X^{\alpha}\mathscr{F}f\in L^2(\mathbf{R}^n). Comme on a F(∂αf)=2iπXαFf\mathscr{F}(\partial^{\alpha}f) = 2i\pi X^{\alpha}\mathscr{F}f, cette condition signifie que F(∂αf)∈L2(Rn)\mathscr{F}(\partial^{\alpha}f)\in L^2(\mathbf{R}^n) pour tout α\alpha avec ∣α∣=1|\alpha |= 1, c’est-à-dire ∂αf∈L2(Rn)\partial^{\alpha}f\in L^2(\mathbf{R}^n) pour tout α\alpha avec ∣α∣=1|\alpha |= 1. Il en résulte que l’assertion est vraie pour k=1k= 1.

Supposons maintenant que k⩾k\geqslant 2 et que l’assertion concernant Hℓ(Rn)H^{\ell}(\mathbf{R}^n) est valide pour tout entier positif ℓ⩽k−1\ell \leqslant k-1. Soit f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n). Par définition, on a f∈Hk(Rn)f\in H^k(\mathbf{R}^n) si et seulement si f∈L2(Rn)f\in L^2(\mathbf{R}^n) et, pour tout β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n tel que ∣β∣⩽1|\beta |\leqslant 1, la distribution ∂βf\partial^{\beta}f appartient à Hk−1(Rn)H^{k-1}(\mathbf{R}^n). Cela équivaut, d’après l’hypothèse de récurrence, à f∈L2(Rn)f\in L^2(\mathbf{R}^n) et (1+Nk−1)F(∂βf)∈L2(Rn)(1 + N^{k-1})\mathscr{F}(\partial^{\beta}f)\in L^2(\mathbf{R}^n) pour tout β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n tel que ∣β∣⩽1|\beta |\leqslant 1. Comme F(∂βf)=(2iπX)∣β∣F(f)\mathscr{F}(\partial^{\beta}f) = (2i\pi X)^{|\beta|}\mathscr{F}(f), la condition f∈Hk(Rn)f\in H^k(\mathbf{R}^n) équivaut à dire que Ff∈L2(Rn)\mathscr{F}f\in L^2(\mathbf{R}^n) et (1+Nk−1)XβFf∈L2(Rn)(1 + N^{k-1})X^{\beta}\mathscr{F}f\in L^2(\mathbf{R}^n) pour β∈Nn\beta \in \mathbf{N}^n tel que ∣β∣⩽1|\beta |\leqslant 1.

Les inégalités

1+Nk⩽1+Nk−1∑β∣β∈∣N⩽1n∣Xβ∣⩽1+n1/2Nk⩽(1+n1/2)(1+Nk) 1 + N^k\leqslant 1 + N^{k-1}\sum_{\beta|\beta\in|\mathbf{N}\leqslant 1^n}|X^{\beta}|\leqslant 1 +n^{1/2}N^k\leqslant (1 +n^{1/2})(1 + N^k)

impliquent alors que f∈Hk(Rn)f\in H^k(\mathbf{R}^n) si et seulement si (1+Nk)F∈L2(Rn)(1+N^k)\mathscr{F}\in L^2(\mathbf{R}^n).

Exercices

See the exercises for § 3.

[^1]: Notons que c’est par erreur que l’énoncé de cette proposition inclut le cas p=+∞p= +\infty.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.