Dans ce paragraphe, n désigne un entier naturel. On notera μ la mesure de Lebesgue sur Rn, ainsi que sa restriction à tout ensemble localement compact de Rn.
On note
x⋅y=i=1∑nxiyi
le produit scalaire sur l’espace euclidien Rn; la norme euclidienne est notée x↦∥x∥ (TG, VI, p. 7). On rappelle que le groupe Rn est en dualité avec lui-même relativement à l’application (x,y)↦ exp(2iπx⋅y) et que la mesure duale de la mesure de Lebesgue s’identifie alors avec la mesure de Lebesgue (corollaire 3 de II, p. 236). On note F (resp. F) la transformation de Fourier (resp. la cotransformation de Fourier) de Rn (cf. no9 de II, p. 237).
Pour tout α=(αi)1⩽i⩽n∈Nn, on notera Xα la fonction de Rn
a) Soient K une partie compacte de U et V un voisinage ouvert de K dans U. Il existe une fonction φ∈C∞(U) à support compact contenu dans V telle que 0⩽φ⩽1 et telle que φ(x)=1 pour tout x∈K;
b) Pour tout recouvrement ouvert localement fini de U, il existe une partition de l’unité formée de fonctions de classe C∞ qui lui est subordonnée.
Soient U un ouvert de Rn et k∈N. Soient E, F et G des espaces vectoriels topologiques et b:E×F→G une application bilinéaire continue. Soient f et g des fonctions de classe Ck de U dans E et F respectivement. Alors l’application h:x↦b(f(x),g(x)) est de classe Ck dans U ; de plus, pour tout α∈Nn tel que ∣α∣⩽k et pour tout x∈U, on a
α(α)βα−β
∂h(x)=∑b(∂f(x),∂g(x))
β∈Nnβ
β⩽α
L’application h est la composée de l’application (f,g):U→E×F, qui est de classe Ck, et de l’application b:E×F→G qui est de classe C∞. Elle est donc de classe Ck. L’expression pour ses dérivées partielles résulte de la formule de Leibniz (FVR, I, p. 28, prop. 2, cf. A, III, p. 122, corollaire).
On rappelle qu’un espace vectoriel topologique localement convexe séparé est un espace de Montel s’il est tonnelé et si toute partie bornée est relativement compacte (EVT, IV, p. 18, déf. 4).
On rappelle également que si E et F sont des espaces localement convexes, et si E est bornologique (EVT, III, p. 12, déf. 1), une application linéaire u:E→F est continue si et seulement si l’image par u de toute partie bornée de E est bornée dans F (EVT, III, p. 11, prop. 1, (iiibis), lorsque F est semi-normé, le cas général en résultant de manière formelle, cf. EVT, II, p. 7, prop. 5, b)).
1. Dérivation sous le signe somme
On fixe un espace topologique localement compact X et une mesure ν sur X. Soit E un espace de Banach.
Soient I un intervalle de R et f une application de X×I dans E telle que
(i) Pour tout t∈I, l’application x↦f(x,t) de X dans E est ν-intégrable ;
(ii) Pour tout x∈X, l’application t↦f(x,t) de I dans E admet une dérivée, notée t↦f′(x,t);
(iii) Il existe une fonction positive ν-intégrable g sur X telle que ∥f′(x,t)∥⩽g(x) pour tout (x,t)∈X×I.
Alors l’application F de I dans E définie par
F(t)=∫Xf(x,t)dν(x)
est dérivable dans I et pour tout t∈I, on a
F′(t)=∫Xf′(x,t)dν(x)
Soit t0∈I et soit J un intervalle de R contenu dans I qui est un voisinage de t0 dans I. Soit h:X×J→E l’application définie par (x,t)↦(f(x,t)−f(x,t0))/(t−t0) pour (x,t)∈X×(J−{t0}) et (x,t0)↦f′(x,t0) pour x∈X. Soit x∈X. On a ∥h(x,t0)∥⩽g(x) et, pour tout t=t0, il vient ∥h(x,t)∥⩽g(x) par FVR, I, p. 23, th. 2. Par définition de la dérivée, la proposition se déduit du corollaire 1 de INT, IV, p. 144, § 4, no3, appliqué à l’application h.
Reprenons les notations de VAR, R1, 2.4, p. 19 concernant les dérivées partielles.
Soit k un entier naturel. Soient f∈L1(Rn,μ) et g∈Ck(Rn). On suppose que pour tout α∈Nn tel que ∣α∣⩽k, la fonction ∂αg est bornée. Alors le produit de convolution f∗g appartient à Ck(Rn) et pour tout α tel que ∣α∣⩽k, on a ∂α(f∗g)=f∗∂αg.
On peut appliquer le corollaire 1 à l’espace X=Rn, à la mesure de Lebesgue et à l’application h définie par (x,t)↦f(x)g(t−x) de Rn×Rn dans C; en effet, pour tout α∈Nn tel que ∣α∣⩽k, on a l’inégalité
∣∂αh(x,t)∣⩽(sup∣β∣⩽k supy∈Rn∣∂βg(y)∣)∣f(x)∣
dont le second membre est une fonction intégrable sur Rn.
Soient N une norme sur Rn,r un nombre réel et p∈[1,+∞[.
a) La fonction (1+N)r appartient à Lp(Rn,μ) si et seulement si rp<−n;
a′) La restriction à Zn de la fonction (1+N)r appartient à ℓp(Zn) si et seulement si rp<−n;
b) Soit V un voisinage mesurable borné de 0 dans Rn. La fonction Nr appartient à Lp(Rn−V,μ) si et seulement si rp<−n.
En vertu de l’équivalence des normes sur Rn (EVT I, p. 14, th. 2 et TG, IX, p. 32, prop. 8), on peut supposer que la norme N est donnée par N(x)= sup∣xi∣ pour x=(xi)∈Rn. Notons B la boule unité de Rn pour cette norme.
Soit V un voisinage mesurable borné de 0 dans Rn. La fonction Nr est continue et bornée sur (B- V)∪(V- B), ce qui montre que l’assertion b) est valide si et seulement si elle l’est lorsque V = B, ce qu’on supposera désormais. La fonction (1+N)r étant continue et bornée sur B, et vérifiant l’encadrement Nr⩽(1+N)r⩽2rNr sur Rn− B, on constate que les assertions a) et b) sont équivalentes.
Démontrons b) lorsque V = B. On peut supposer que p=1. Le cas où r>0 étant élémentaire, supposons que r⩽0. Pour tout entier j⩾1, l’ensemble intégrable
Cj={x∈Rn∣2j−1⩽N(x)<2j}
est de mesure 2nj(2n−1). Les ensembles (Cj)j⩾1 forment une partition de Rn− B. D’après INT, V, p. 4, § 1, no1, cor., on a donc
∫∗Nrdμ=∑∫∗Nrdμ
Rn−Bj⩾1Cj
⩽∑j⩾12n+nj2r(j−1)=2n−r∑j⩾12(n+r)j qui est finie si r<−n. D’autre part, on a (loc. cit.)
∫∗Nrdμ⩾∑2rj2nj(2n−1)=(2n−1)∑2(r+n)j
Rn−Bj⩾1j⩾1
qui est infini si r⩾−n.
On démontre a′) de manière similaire en considérant les ensembles Cj∩Zn qui recouvrent Zn−{0} et vérifient
Card(Cj∩Zn) =(2j+1−1)n−(2j−1)n,
qui appartient à l’intervalle [(1−2−n)(2j+1−1)n,2n(j+1)].
3. Fonctions test
Dans ce numéro, U désigne un ouvert de Rn. Pour p∈[1,+∞], on écrira Lp(U) et Lp(U) plutôt que Lp(U,μ) et Lp(U,μ). On identifie les fonctions continues appartenant à Lp(U) à leur image dans Lp(U).
Munissons l’espace C∞(U) des fonctions indéfiniment dérivables dans U à valeurs complexes de la topologie définie par la famille de semi-normes pα,K définies pour α∈Nn et K⊂U par
pα,K(φ)= supx∈K∣∂αφ(x)∣.
Cet espace est complet (cf. EVT, III, p. 9, exemple b)).
Pour toute partie compacte K de U, on note CK∞(U) le sous-espace de C∞(U) formé des fonctions à support dans K. L’espace CK∞(U) est muni de la topologie induite par celle de C∞(U). C’est un espace de Fréchet, une famille dénombrable de semi-normes qui en définit la topologie étant la famille (pα,K)α∈Nn. En particulier, c’est un espace bornologique (EVT, III, p. 12, prop. 2).
On note D(U) l’espace vectoriel K(U)∩C∞(U) des fonctions de classe C∞ à support compact dans U. On dit que D(U) est l’espace des fonctions test dans U. L’espace D(U) est la limite inductive des espaces CK∞(U) et il est muni de la topologie localement convexe limite inductive correspondante (EVT, II, p. 31).
Cet espace est noté C∘∞(U) dans EVT, III, p. 9.
Soit (Km) une suite croissante de parties compactes de U dont les intérieurs forment un recouvrement de U. L’espace D(U) est alors la limite inductive stricte des espaces CKm∞(U) (EVT, III, p. 9). C’est donc un espace complet (EVT, II, p. 35, prop. 9). Toute partie bornée de D(U) est contenue dans l’un des sous-espaces CKm∞(U) (EVT, III, p. 5, prop. 6). Cela signifie que B⊂D(U) est bornée si et seulement si il existe une partie compacte K de U et une famille (Mα)α∈Nn dans R+ telles que B est contenu dans l’ensemble des fonctions φ∈CK∞(U) vérifiant
pα,K(φ)⩽Mα
pour tout α∈Nn.
L’espace D(U) est un espace bornologique (EVT, III, p. 12, exemple 3) et un espace de Montel (EVT, IV, p. 18, exemple 4).
Soit V un ouvert de Rn contenu dans U. Si K⊂V est compact, alors la restriction des fonctions à V définit une application linéaire continue et surjective de CK∞(U) sur CK∞(V). L’extension par zéro d’une fonction définie sur V induit une application linéaire continue injective, dite canonique, de D(V) dans D(U).
On définit de même l’espace DR(U) des fonctions test dans U à valeurs réelles. L’application linéaire telle que z⊗φ↦zφ pour tout z∈C et tout φ∈DR(U) est un isomorphisme de C⊗DR(U) dans D(U).
Soit U un recouvrement ouvert de U. Il existe un recouvrement ouvert localement fini de U plus fin que U et formé de parties relativement compactes.
Comme U est localement compact, il existe un recouvrement V de U plus fin que U constitué d’ouverts relativement compacts dans U. Puisque U est paracompact (TG, IX, p. 51, th. 4), il existe un recouvrement ouvert localement fini W plus fin que V. Alors W est plus fin que U et est constitué d’ouverts relativement compacts.
Soit f∈K(Rn) et soit V un voisinage ouvert du support K de f. Il existe un entier m0⩾1 tel que, pour tout x∈K, l’ensemble V contient la boule de rayon m0−1 centrée en x. Pour tout entier m>m0, soit Vm la boule fermée de rayon m−1 centrée en 0 dans Rn et soit φm une fonction test à support dans Vm, positive et d’intégrale 1. Posons fm=φm∗f.
a) On a fm∈D(Rn) et le support de fm est contenu dans V ;
b) Soit p∈[1,+∞]. La suite (fm)m>m0 converge vers f dans Lp(Rn).
D’après TG, IX, p. 14, remarque, on a d(K,Rn−V)>0. Soit m0⩾1 un entier tel que m0−1<d(K,Rn− V) ; il vérifie la condition demandée. Pour tout m>m0, la fonction fm est continue (INT, VIII, p. 166, § 4, no5, prop. 11) et à support contenu dans K+Vm (INT, VIII, p. 126, § 1, no4, prop. 5), donc dans V. D’après le corollaire 2 de IV, p. 198, on a fm∈D(Rn). Si p=+∞, alors la suite (fm) converge vers f dans Lp(Rn) (INT, VIII, p. 172, § 4, no7, prop. 20).[^1]
Supposons que p=+∞. Soit ε>0. La fonction f est uniformément continue sur Rn, donc il existe un entier m1>m0 tel que, pour tout m⩾m1 et tous x∈Rn et y∈Vm, on ait ∣f(x)−f(x−y)∣<ε.
Pour tout m⩾m1, la fonction φm est nulle en dehors de Vm, positive et d’intégrale 1. On en déduit donc l’inégalité
a) L’injection canonique de D(U) dans K(U) est continue et D(U) est dense dans K(U);
b) Pour tout p∈[1,+∞[, l’injection canonique de D(U) dans Lp(U) est continue et D(U) est dense dans Lp(U).
Toute semi-norme continue sur K(U) est continue sur D(U), donc l’injection canonique de D(U) dans K(U) est continue.
Soit f∈K(U). Il existe une suite (fm)m∈N dans D(U) qui converge uniformément vers f sur U et telle que les supports des fm soient contenus dans un voisinage relativement compact fixé du support de f (lemme 3). La suite (fm) converge donc vers f dans K(U). Cela conclut la preuve de a).
Soit p∈[1,+∞[. Soit f∈D(U) et soit K le support de f. On a alors l’inégalité Np(f)⩽μ(K)1/p supx∈K∣f(x)∣, donc l’injection canonique de D(U) dans Lp(U) est continue. La dernière partie de l’assertion b) résulte alors de a).
Le produit de deux fonctions test étant encore une fonction test, la formule de Leibniz (FVR, I, p. 28, prop. 2) montre que l’espace D(U) est une algèbre topologique.
Plus généralement, soit f∈C∞(U). L’application linéaire φ↦fφ de D(U) dans D(U) est alors continue. En effet, pour toute partie compacte K de U et tout α∈Nn, on a
(α)
pα,K(fφ)⩽∑pβ,K(f)pα−β,K(φ)
β
0⩽β⩽α
(cf. loc. cit.).
4. Distributions
On conserve les notations du numéro précédent ; U désigne donc un ouvert de Rn.
L’espace dual de D(U), muni de la topologie de la convergence bornée, est appelé l’espace des distributions sur U. Il est noté D′(U).
Une distribution sur U est donc une forme linéaire continue sur D(U).
Si f est une forme linéaire sur D(U) (et en particulier si f est une distribution) et si φ est dans D(U), on notera ⟨f,φ⟩ l’évaluation de f en φ.
Puisque D(U) est bornologique, l’espace D′(U) est complet (EVT, III, p. 24, cor. 1). Comme D(U) est un espace de Montel, il en est de même de D′(U) (EVT, IV, p. 19, prop. 9). En particulier, l’espace D′(U) est réflexif (EVT, IV, p. 16, th. 2).
Soit f une application linéaire de D(U) dans C. Alors f est une distribution si et seulement si, pour toute partie compacte K de U et pour toute famille (Mα)α∈Nn dans R+, la forme linéaire f est bornée sur l’ensemble des fonctions φ∈CK∞(U) telles que, pour tout α∈Nn, on a
supx∈K∣∂αφ(x)∣⩽Mα.
En effet, l’espace D(U) est bornologique et toute partie bornée de D(U) est contenue dans l’un des ensembles bornés décrits dans l’énoncé.
Soit F un filtre sur D′(U) ayant une base dénombrable ou contenant un ensemble simplement borné. Alors F converge vers une distribution si et seulement si ⟨f,φ⟩ converge selon F pour toute fonction test φ sur U.
En particulier, une suite (fm)m∈N de distributions converge vers une distribution f si et seulement si, pour tout φ∈D(U), la suite (⟨fm,φ⟩)m∈N converge vers ⟨f,φ⟩.
Comme D′(U) est un espace de Montel, donc tonnelé, cela résulte du théorème de Banach–Steinhaus (EVT, III, p. 26, cor. 3 du th. 1).
Soit V un ouvert contenu dans U. La transposée de l’application linéaire canonique de D(V) dans D(U) est une application linéaire continue de D′(U) dans D′(V), appelée restriction des distributions de U à V et notée rVU, ou parfois rV,U.
On a rVV=1D′(V). Si W⊂V⊂U sont des ouverts dans U, alors on a rWV∘rVU=rWU. Autrement dit, si T désigne la topologie sur U, le système projectif D′(U)=((D′(V))V∈T,(rWV)) est un préfaisceau sur U à valeurs dans l’espèce de structure des espaces vectoriels topologiques localement convexes (TA, I, p. 42, déf. 1 et p. 66, §10).
Rappelons (TA, I, p. 43, déf. 2) que cela signifie que pour toute partie ouverte V de U et tout recouvrement ouvert (Vi)i∈I de V, les conditions suivantes sont satisfaites :
(i) L’application (rViV)i∈I:D′(V)→∏i∈ID′(Vi) est injective ;
(ii) Pour toute famille (fi)∈∏i∈ID′(Vi) telle que
r(Vi∩Vi′)Vi(fi)=r(Vi∩Vi′)Vi′(fi′)
pour tout couple (i,i′)∈I×I, il existe une distribution f∈D′(V) telle que pour tout i∈I, on ait rViV(f)=fi.
Soient V un ouvert de U et V=(Vi)i∈I un recouvrement ouvert de V. Soit (Wj)j∈J un recouvrement ouvert localement fini de V, plus fin que V et formé de parties relativement compactes (lemme 2 de IV, p. 201). Fixons une partition de l’unité (φj)j∈J subordonnée au recouvrement (Wj)j∈J telle que le support de φj est contenu dans Wj pour tout j∈J (lemme 1 de IV, p. 196).
Soit φ∈D(V). Comme l’ensemble des j∈J tels que Wj rencontre le support de φ est fini (TG, I, §9, no1, p. 59), on a
φ=j∈J∑φφj
où la somme ne compte d’un nombre fini de termes non nuls.
Démontrons (i). Supposons que f∈D′(V) vérifie rViV(f)=0 pour tout i∈I. Cela signifie que ⟨f,φ⟩=0 pour toute fonction test φ dont le support est contenu dans l’un des ouverts Vi. C’est a fortiori vrai si le support de φ est contenu dans l’un des ouverts Wj. Mais alors, pour tout φ∈D(V), on a
⟨f,φ⟩=⟨f,j∈J∑φφj⟩=j∈J∑⟨f,φφj⟩=0
donc f=0.
Démontrons (ii). Soit (fi)i∈I une famille telle que fi∈D′(Vi) pour tout i∈I et rVi∩Vi′,Vi(fi)=rVi∩Vi′,Vi′(fi′) pour tous i et i′ dans I. Soit ι:J→I une application telle que Wj⊂Vι(j) pour tout j∈J. Pour tout j∈J, posons fj=rWj,Vι(j)(fι(j)). On a alors
où la somme est finie puisque seul un nombre fini de termes peuvent être non nuls.
L’application λ est une forme linéaire sur D(V). Démontrons que c’est une distribution. Soit B une partie bornée de D(V) et soit K une partie compacte de V telle que B⊂CK∞(V). D’après TG, I, §9, no1, p. 59, il existe un sous-ensemble fini J′ de J tel que
λ(φ)=j∈J′∑⟨fj,φφj∣Wj⟩
pour tout φ∈B. Puisque fj est une distribution pour tout j∈J′ et que D(V) est une algèbre topologique, on en déduit que λ est bornée sur B, d’où le résultat (lemme 4).
Soient j∈J et φ∈D(V) dont le support est contenu dans Wj. On a alors
d’après (1), puisque φφj′ a support contenu dans Wj∩Wj′. Par conséquent
⟨λ,φ⟩=⟨fj,j′∈J∑φφj′∣Wj⟩=⟨fj,φ∣Wj⟩
d’où rWjV(λ)=fj pour tout j∈J.
Soit i∈I. Démontrons finalement que la restriction de λ à Vi coïncide avec fi. D’après la condition (i), appliquée au recouvrement de Vi par les ouverts Wj, il suffit de vérifier que pour tout j∈J, la restriction de λ à Vi∩Wj coïncide avec celle de fi. D’après ce qui précède, il s’agit de vérifier que la restriction de fi à Vi∩Wj est celle de fj. Or, on a
Soit ν une mesure sur U. La restriction de ν à D(U) est une distribution, qui est nulle si et seulement si la mesure ν est nulle.
Soit K une partie compacte de U. Pour toute fonction φ∈CK∞(U), on a ∣⟨ν,φ⟩∣⩽p0,K(φ)∣ν∣(K), donc la restriction de ν à D(U) est continue. Puisque D(U) est dense dans K(U) (prop. 4, a) de IV, p. 202), la restriction de ν à D(U) est nulle si et seulement si ν est nulle.
On identifiera l’espace M(U;C) des mesures complexes sur U à un sous-espace de D′(U). On identifiera également l’espace Lloc1(U) à un sous-espace de D′(U) par l’application déduite par passage aux quotients de l’application qui associe à f∈Lloc1(U) la mesure f⋅μ (INT, V, p. 44, § 5, no2, déf. 2). En d’autres termes, pour f∈Lloc1(U) et φ∈D(U), on a
⟨f,φ⟩=∫Ufφdμ
En particulier, pour p∈[1,+∞], cela permet d’identifier l’espace Lp(U) à un sous-espace de D′(U)(cf. INT, V, p. 43, § 5, no1).
Soit p∈[1,+∞]. L’injection de Lp(U) dans D′(U) est continue.
Soit f∈Lp(U). Soit K une partie compacte de U, dont on note φK la fonction caractéristique. Pour toute fonction test φ à support contenu dans K, l’inégalité de Hölder implique
Soit λ une forme linéaire sur D′(U) nulle sur D(U). Puisque D(U) est réflexif, il existe une fonction test φ∈D(U) telle que λ(f)=⟨f,φ⟩ pour tout f∈D′(U). Il vient
0=λ(φ)=⟨φ,φ⟩=∫U∣φ∣2dμ
d’où φ=0. La proposition découle alors du théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 49, cor. 3 (ii)).
Pour h∈C∞(U), la transposée de l’application linéaire continue φ↦hφ de D(U) dans lui-même est une application linéaire continue de D′(U) dans lui-même, que l’on note f↦hf. Cette définition est justifiée car si f est la distribution associée à une mesure ν sur U, alors hf est associée à la mesure h⋅ν. En effet, pour toute fonction test φ∈D(U), on calcule
⟨hf,φ⟩=⟨f,hφ⟩=∫Uhφdν=∫Uφd(h⋅ν)
6. Dérivation des distributions
Soit α∈Nn. L’application linéaire φ↦∂αφ est continue de D(U) dans D(U). Sa transposée t∂α est une application linéaire continue de D′(U) dans D′(U) (EVT, IV, p. 6, cor., b)).
On note ∂α l’application linéaire continue (−1)∣α∣t∂α de D′(U) dans lui-même.
Soit k un entier naturel. Soit f∈Ck(U) et soit λ la distribution associée à f. Pour tout β∈Nn tel que ∣β∣⩽k, la distribution ∂βλ est la distribution associée à la fonction ∂βf.
Par récurrence sur k, il suffit de démontrer cette propriété lorsque β vérifie ∣β∣=1, et on peut même supposer que β=(0,...,0,1). Puisque les distributions définissent un faisceau (prop. 5 de IV, p. 204), il suffit de vérifier l’assertion lorsqu’il existe un ouvert V⊂Rn−1 et un intervalle ouvert I⊂R tels que U=V×I.
Pour toute fonction test φ∈D(U), on a par définition
Soient f une distribution sur U et g une fonction indéfiniment différentiable sur U. Soit α∈Nn. On a la relation
α(α)βα−β
∂(fg)=∑∂f∂g
β
β⩽α
En procédant par récurrence sur ∣α∣ comme dans la preuve de FVR, I, p. 28, prop. 2, il suffit de considérer le cas où ∣α∣=1. Le résultat résulte alors du calcul
⟨∂α(fg),φ⟩=⟨fg,−∂αφ⟩=⟨f,−g∂αφ⟩
=⟨f,−∂α(gφ)+φ∂αg⟩=⟨g∂αf+f∂αg,φ⟩
valide pour φ∈D(U).
7. Fonctions de Schwartz
On note S(Rn) l’espace des fonctions indéfiniment dérivables φ sur Rn, à valeurs complexes, telles que, pour tous α et β dans Nn, la fonction Xβ∂αφ est bornée sur Rn. On munit S(Rn) de la topologie localement convexe définie par la famille dénombrable de semi-normes (qα,β)(α,β)∈Nn×Nn, où qα,β est définie par
qα,β(φ)= supx∈Rn∣xβ∂αφ(x)∣=∥Xβ∂αφ∥∞
pour φ∈S(Rn). Cette topologie est séparée. Elle est également définie par les semi-normes qα,k définies par
qα,k(φ)= supx∈Rn∥x∥k∣(∂αφ)(x)∣.
pour tout φ∈S(Rn), où k∈N et α∈Nn.
On dit que S(Rn) est l’espace de Schwartz ou l’espace des fonctions de Schwartz sur Rn.
La fonction γn définie sur Rn par γn(x)= exp(−∥x∥2) appartient à S(Rn). En effet, on démontre par récurrence sur k que, pour tout entier k∈N, il existe un polynôme Pk∈R[X] tel que ∂kγ1=Pkγ1.
Pour tous α=(αi)∈Nn et β=(βi)∈Nn, et tout x=(xi)∈Rn, il vient alors
∣(Xβ∂αγn)(x)∣=i=1∏n∣xi∣βi∣Pαi(xi)∣γ1(xi)
qui est une quantité bornée lorsque x varie dans Rn.
Soient α∈Nn et β∈Nn. Si φ∈S(Rn), alors Xβ∂α(φ) est encore une fonction de Schwartz ; l’application φ↦Xβ∂αφ ainsi définie de S(Rn) dans lui-même est continue.
L’espace S(Rn) est une algèbre topologique. Plus précisément, si φ1 et φ2 appartiennent à S(Rn), alors φ1φ2 est une fonction de Schwartz telle que
(α)
qα,β(φ1φ2)⩽∑qγ,β(φ1)qα−γ,0(φ2)(2)
γ
0⩽γ⩽α
pour tous α et β∈Nn (prop. 1 de IV, p. 196).
L’inclusion canonique de S(Rn) dans l’espace C∞(Rn), muni de la topologie décrite dans le no3 de IV, p. 200, est continue, puisque
supx∈K∣∂αφ(x)∣⩽qα,0(φ)
pour toute partie compacte K de Rn, tout α∈Nn et toute fonction de Schwartz φ.
Soit B une partie bornée de S(Rn). La topologie induite sur B par S(Rn) coïncide avec la topologie induite par C∞(Rn).
Comme l’inclusion de S(Rn) dans C∞(Rn) est continue, il suffit de démontrer que, pour toute partie ouverte V de S(Rn), l’intersection V∩B est ouverte dans B pour la topologie induite par C∞(Rn).
Soit V une partie ouverte de S(Rn). Soit φ0∈V∩B. Il existe un ensemble fini I, une famille (αi,ki)i∈I∈(Nn×N)I et un nombre réel ε>0 tels que V contient l’ensemble des φ∈S(Rn) vérifiant
supi∈Iqαi,ki(φ−φ0)⩽ε.
Puisque B est bornée dans S(Rn), il existe M>0 tel que les semi-normes qαi,ki+1 pour i∈I sont bornées par M sur B. Soient δ>0 et T>0 des nombres réels. D’après l’inégalité (3), dès lors que φ∈B vérifie la majoration
(4) supi∈I sup∥x∥⩽T∣∂αi(φ−φ0)∣⩽δ,
on a
k 2M
sup qαi,ki(φ−φ0)⩽δT +.
i∈I T
Posons T=ε4M, puis δ=2Tkε. On constate que V∩B contient le voisinage de φ0 dans B pour la topologie induite par C∞(Rn) qui est défini par (4). Cela conclut la preuve.
Une suite (φm) dans C∞(Rn) converge si et seulement si, pour tout α∈Nn, la suite (∂αφm) converge vers une fonction φ(α) dans C(Rn) muni de la topologie de la convergence compacte. On a alors φ(α)=∂αφ et (φm) converge vers φ(0).
En effet, la condition est nécessaire. Réciproquement, si les suites (∂αφm) convergent vers des fonctions φ(α) pour tout α∈Nn, alors il résulte de FVR, II, p. 2, th. 1, que φ(α)=∂αφ(0), ce qui signifie que la suite (φm) converge vers φ(0) dans C∞(Rn).
L’espace S(Rn) est un espace de Fréchet et un espace de Montel.
Comme l’espace C∞(Rn) est complet (EVT, III, p. 9, exemple b)), le corollaire de la proposition 10 implique que toute suite de Cauchy dans S(Rn) converge dans S(Rn) puisqu’elle est bornée et qu’elle converge dans C∞(Rn).
L’espace S(Rn) est donc un espace de Fréchet ; en particulier, il est tonnelé (EVT, III, p. 25, cor. de la prop. 2). Soit B une partie bornée de S(Rn) et (φm)m∈N une suite à valeurs dans B. Puisque C∞(Rn) est un espace de Montel (EVT, IV, p. 18, exemple (4)), il existe une sous-suite de (φm)m∈N qui converge dans C∞(Rn), donc dans S(Rn) (proposition 10). Donc B est relativement compacte dans S(Rn). Il en résulte que S(Rn) est un espace de Montel.
8. Inclusions d’espaces fonctionnels dans l’espace des fonctions de Schwartz
L’espace D(Rn) est contenu dans S(Rn), et l’inclusion de D(Rn) dans S(Rn) est continue avec image dense.
Soit B⊂D(Rn) une partie bornée, et soit K une partie compacte de Rn telle que B⊂CK∞(Rn). Soient α∈Nn et k∈N. Pour toute fonction φ∈B, il vient
qα,k(φ)⩽(supx∈K∥x∥k)pα,K(φ),
donc B est borné dans S(Rn). La continuité de l’inclusion résulte alors du fait que les espaces S(Rn) et D(Rn) sont bornologiques.
Démontrons que D(Rn) est dense dans S(Rn). Soient B la boule unité de Rn et η∈D(Rn) une fonction test à support contenu dans 2B telle que 0⩽η⩽1 et η(x)=1 pour tout x∈B (lemme 1, a) de IV, p. 196).
Soit φ∈S(Rn). Pour tout entier m⩾1 et tout x∈Rn, posons ηm(x)=η(x/m). Définissons enfin φm=ηmφ; on a φm∈D(Rn). Comme ∂αηm=m−∣α∣(∂αη)(x/m) pour tous α∈Nn et x∈Rn, on déduit de la formule (2) de IV, p. 210 que la suite (φm) est bornée dans S(Rn).
Soit C une partie compacte de Rn. La suite (φm)m⩾1 converge vers φ dans CK∞(Rn) puisque φm coïncide avec φ sur C pour tout m suffisamment grand. Ainsi la suite (φm) converge vers φ dans C∞(Rn), et le corollaire de la proposition 10 de IV, p. 211 permet de conclure que la suite (φm) converge vers φ dans S(Rn).
Soit B une partie bornée de D(Rn). La topologie induite sur B par la topologie de S(Rn) coïncide avec la topologie induite par D(Rn).
Puisque l’inclusion de D(Rn) dans S(Rn) est continue, la topologie sur B induite par D(Rn) est plus fine que celle induite par S(Rn). Par ailleurs, il existe une partie compacte K de Rn telle que B⊂CK∞(Rn). Pour tout α∈Nn, on a alors pα,K(φ)⩽qα,0(φ), ce qui implique que la topologie induite par S(Rn) est plus fine que celle induite par D(Rn).
Soit p∈[1,+∞]. L’espace S(Rn) est contenu dans Lp(Rn) et l’injection canonique de S(Rn) dans Lp(Rn) est continue. L’image de S(Rn) dans Lp(Rn) est dense si p=+∞.
La première assertion est immédiate pour p=+∞. Supposons désormais que p∈[1,+∞[. Soit m un entier tel que n+1<mp. Pour tout φ∈S(Rn) et x∈Rn, on a
∥x∥n+1∣φ(x)∣p⩽q0,m(φ)p
donc φ∈Lp(Rn) d’après la prop. 3 de IV, p. 199. De plus, on obtient
Np(φ)⩽an1/pq0,0(φ)+bnq0,m(φ)
où
an=∫dμ(x),bn=∫1n+1dμ(x)
∥x∥⩽1∥x∥⩾1∥x∥
donc l’injection de S(Rn) dans Lp(Rn) est continue.
Comme l’espace D(Rn) est contenu dans S(Rn), la proposition 4 de IV, p. 202 implique que S(Rn) est dense dans Lp(Rn) si p=+∞.
Soit f∈C∞(Rn). On suppose que pour tout α dans Nn, la fonction ∂αf est à croissance polynomiale. L’application linéaire de l’espace S(Rn) dans lui-même définie par φ↦fφ est continue.
Pour tout φ dans S(Rn), la fonction fφ appartient à C∞(Rn). Par hypothèse, pour tout α∈Nn, il existe un entier kα⩾0 et un réel Cα tel que ∣∂αf(x)∣⩽Cα(1+∥x∥)kα pour tout x dans Rn. Soit φ∈S(Rn). Soient α∈Nn et k∈N. D’après la prop. 1 de IV, p. 196, il vient
On appelle espace des distributions tempérées sur Rn l’espace dual de S(R) muni de la topologie de la convergence bornée. On le note S′(Rn).
Puisque S(Rn) est bornologique, l’espace S′(Rn) est complet (EVT, III, p. 24, cor. 1). Comme S(Rn) est un espace de Montel, il en est de même de S′(Rn) (EVT, IV, p. 19, prop. 9). L’espace S′(Rn) est donc réflexif (EVT, IV, p. 16, th. 2).
Une application linéaire f de S(Rn) dans C est une distribution tempérée si et seulement si pour toute famille (Mα,k)(α,k)∈Nn×N dans R+, la forme linéaire f est bornée sur l’ensemble des fonctions φ∈S(Rn) telles que qα,k(φ)⩽Mα,k pour tout (α,k)∈Nn×N.
En effet, l’espace S(Rn) est bornologique (EVT, III, p. 12, prop. 2) et toute partie bornée de S(Rn) est contenue dans l’un des ensembles bornés décrits dans l’énoncé.
Soit F un filtre sur S′(Rn) ayant une base dénombrable ou contenant un ensemble simplement borné. Alors F converge vers une distribution tempérée si et seulement si ⟨f,φ⟩ converge selon F pour toute fonction de Schwartz φ.
En particulier, une suite (fm)m∈N de distributions tempérées converge vers une distribution tempérée f si et seulement si on a ⟨fm,φ⟩→⟨f,φ⟩ pour tout φ∈S(Rn).
Comme S′(Rn) est un espace de Fréchet, donc tonnelé, (EVT, III, p. 25, cor. de la prop. 2) le lemme résulte du théorème de Banach– Steinhaus (EVT, III, p. 26, cor. 3 du th. 1).
L’injection canonique j de D(Rn) dans S(Rn) est continue et son image est dense (lemme 12 de IV, p. 212), donc la transposée de j, qui est l’application de restriction des distributions tempérées au sous-espace D(Rn), est une application linéaire injective continue de S′(Rn) dans D′(Rn). On identifiera S′(Rn) à un sous-espace de D′(Rn) par le biais de cette application.
Soit α∈Nn. L’application linéaire φ↦∂αφ de S(Rn) dans S(Rn) est continue. Sa transposée est donc une application linéaire continue de S′(Rn) dans S′(Rn) (EVT, IV, p. 6, cor., b)). On note ∂α l’application linéaire continue (−1)∣α∣t∂α de S′(Rn) dans S′(Rn). Cette définition est compatible avec la définition 2 de IV, p. 208 pour les distributions.
Soit h∈C∞(Rn) une fonction telle que ∂αh est à croissance polynomiale pour tout α∈Nn. La transposée de l’application linéaire continue φ↦hφ (prop. 14 de IV, p. 214) est une application linéaire continue sur S′(Rn), notée f↦hf.
11. Interprétation de fonctions comme distributions tempérées
Une mesure ν sur Rn est dite tempérée s’il existe un entier r∈N tel que l’application continue x↦(1+∥x∥)−r est ν-intégrable sur Rn.
Autrement dit, une mesure ν est tempérée s’il existe r∈N tel que la fonction définie par x↦∥x∥−r est ν-intégrable sur le complémentaire de la boule unité dans Rn. En particulier, toute mesure bornée sur Rn est tempérée. Plus généralement, si f est une fonction μ-mesurable à croissance polynomiale et si ν est tempérée, alors la mesure f⋅ν est tempérée.
L’ensemble Mt(Rn) des mesures tempérées sur Rn est un sous-espace vectoriel de l’espace M(Rn;C) des mesures complexes sur Rn.
Soit ν une mesure tempérée sur Rn. La restriction de ν à S(Rn) est une distribution tempérée. Elle est nulle si et seulement si la mesure ν est nulle.
Puisque ν est tempérée, il existe un entier positif k tel que l’application x↦∥x∥−k est ν-intégrable sur le complémentaire de la boule unité dans Rn. Pour toute fonction de Schwartz φ∈S(Rn), on a
Soit p∈[1,+∞] et f∈Lp(Rn). Alors la mesure f⋅μ de densité f par rapport à la mesure de Lebesgue est tempérée. L’application f↦f⋅μ de Lp(Rn) dans S′(Rn) ainsi définie est continue.
Soit q l’exposant conjugué de p et soit r⩾0 tel que rq>n. Pour tout x∈Rn, notons g(x)=(1+∥x∥)−r. La fonction g appartient à Lq(Rn) d’après la prop. 3 de IV, p. 199. D’après l’inégalité de Hölder, on a
∫Rn∗(1+∥x∥)−r∣f(x)∣dμ(x)⩽Nq(g)Np(f)<+∞
donc la mesure f⋅μ est tempérée.
Soit f∈Lp(Rn) et φ∈S(Rn). L’inégalité de Hölder implique
∣⟨f⋅μ,φ⟩∣=∣∫Rnf(x)φ(x)dμ(x)∣⩽∥f∥p∥φ∥q
et la continuité de l’application f↦f⋅μ résulte alors de la prop. 13 de IV, p. 213.
Pour tout p∈[1,+∞], on identifiera Lp(Rn) à un sous-espace de S′(Rn) par l’application linéaire f↦f⋅μ.
Les espaces D(Rn) et S(Rn) sont denses dans S′(Rn).
Il suffit de démontrer que D(Rn) est dense dans S′(Rn). Soit λ une forme linéaire continue sur S′(Rn) nulle sur D(Rn). Comme l’espace S(Rn) est réflexif, il existe une fonction φ∈S(Rn) telle que λ(f)=⟨f,φ⟩ pour tout f∈S′(Rn). On a donc
0=λ(ψ)=⟨ψ,φ⟩=∫Rnψφdμ
pour tout ψ∈D(Rn). La mesure φ⋅μ sur Rn est donc nulle (prop. 6 de IV, p. 206), d’où φ=0. La proposition découle alors du théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 46, cor. 1).
12. Transformation de Fourier des distributions tempérées
Comme toute fonction de Schwartz φ est intégrable sur Rn (prop. 13 de IV, p. 213), elle admet une transformée de Fourier F(φ) (resp. une cotransformée de Fourier F(φ)) qui s’identifie à la fonction continue et bornée sur Rn définie par
y↦∫φ(x) exp(−2iπx⋅y)dμ(x)
(resp. à la fonction y↦∫RnRnφ(x) exp(2iπx⋅y)dμ(x)).
Soit φ∈S(Rn). La fonction F(φ) est indéfiniment dérivable sur Rn et on a
F(Xαφ)=(−2iπ)−∣α∣∂α(F(φ))
F(∂αφ)=(2iπ)∣α∣XαF(φ)
pour tout α dans Nn.
On peut supposer que n⩾1. Soit φ∈S(Rn). La fonction définie par (x,y)↦φ(x) exp(2iπx⋅y) de Rn×Rn dans C vérifie les hypothèses du corollaire 1 de IV, p. 198 pour tout entier k. La transformée de Fourier de φ est donc indéfiniment dérivable et vérifie
∂α(Fφ)(y)=(−2iπ)∣α∣∫Rnxαφ(x) exp(−2iπx⋅y)dμ(x)
pour tout y∈Rn, ce qui implique la première formule.
Démontrons la seconde formule. Par récurrence sur ∣α∣, il suffit de le faire lorsque ∣α∣=1, et on se ramène aisément au cas α=(1,0,...,0). Écrivons tout x∈Rn sous la forme x=(x1,x′) avec x′∈Rn−1, et notons μ1 (resp. μ′) la mesure de Lebesgue sur Rn−1 (resp. R). D’après le théorème de Lebesgue–Fubini (INT, V, p. 96, § 8, no4, th. 1), pour tout y=(y1,y′)∈R×Rn−1, il vient
Pour tout intervalle compact [a,b] dans R et tout x′∈Rn−1, on a
∫ab(∂1φ)(x1,x′) exp(−2iπx1y1)dμ1(x1)=
[φ(x1,x′) exp(−2iπx1y1)]ab
+2iπy1∫abφ(x1,x′) exp(−2iπx1y1)dμ1(x1) par intégration par parties (FVR, II, p. 10, formule (10)). Lorsque a tend vers −∞ et b tend vers +∞, le premier terme du second membre converge vers 0 puisque φ∈S(Rn). Le second terme converge d’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7, th. 6) vers
2iπy1∫Rφ(x1,x′) exp(−2iπx1y1)dμ1(x1),
puisque l’application x1↦φ(x1,x′) est intégrable sur R. Comme x1↦∂1φ(x1,x′) est aussi intégrable sur R, on en déduit que
∫R∂1φ(x1,x′) exp(−2iπx1y1)dμ1(x1)
=2iπy1∫Rφ(x1,x′) exp(−2iπx1y1)dμ1(x1) et finalement, en appliquant de nouveau le théorème de Lebesgue–Fubini on conclut que
La restriction à S(Rn) de la transformation de Fourier est un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la restriction de la cotransformation de Fourier.
Soit φ∈S(Rn). D’après le lemme précédent, la transformée de Fourier de φ appartient à C∞(Rn). De plus, pour α∈Nn et β∈Nn, on a
Xβ∂α(F(φ))=(−2iπ)∣α∣XβF(Xαφ)
=(−1)∣α∣(2iπ)∣α∣−∣β∣F(∂β(Xαφ))
En particulier, la fonction Xβ∂α(F(φ)) est bornée. Puisque α et β sont arbitraires dans Nn, cela signifie que F(φ) appartient à S(Rn). De plus, ce calcul implique
qα,β(F(φ))⩽(2π)∣α∣−∣β∣∥∂β(Xαφ)∥1
pour (α,β)∈Nn×Nn et φ∈S(Rn).
Comme l’inclusion de l’espace S(Rn) dans L1(Rn) est continue (prop. 13 de IV, p. 213), l’application qα,β∘F de S(Rn) dans R est continue. Il en résulte que la transformation de Fourier est continue de l’espace S(Rn) dans lui-même (cf. EVT, II, p. 7, prop. 5, c)). On vérifie de même que la cotransformation de Fourier est continue de l’espace S(Rn) dans lui-même. D’après la formule d’inversion de Fourier (théorème 3 de II, p. 222), la transformation de Fourier et la cotransformation de Fourier sont des isomorphismes réciproques l’un de l’autre.
On appelle transformation de Fourier (resp. cotransformation de Fourier) sur S′(Rn) la transposée de la transformation de Fourier sur S(Rn)(resp. de la cotransformation de Fourier).
On note encore F (resp. F) la transformation de Fourier (resp. la cotransformation de Fourier) sur S′(Rn). La transformation de Fourier sur S′(Rn) est donc un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la cotransformation de Fourier. Pour tout f∈S′(Rn), la distribution tempérée F(f) (resp. F(f)) est définie par la formule
Soit f une distribution tempérée associée à une mesure bornée ν∈M1(Rn)(resp. à g∈L2(Rn)). La transformée de Fourier de f dans S′(Rn) est la distribution tempérée associée à la transformée de Fourier de la mesure ν(resp. à la transformée de Fourier de g).
Soit ν une mesure bornée sur Rn et f la distribution tempérée associée à ν. La transformée de Fourier F(ν) est une fonction continue et bornée sur Rn (prop. 3 de II, p. 207). La distribution tempérée associée à cette fonction vérifie
⟨F(ν),φ⟩=∫RnF(ν)φdμ=∫RnF(φ)dν=⟨f,F(φ)⟩=⟨F(f),φ⟩
pour tout φ∈S(Rn), où la seconde égalité est la prop. 13 de II, p. 221, qui est applicable ici puisque la mesure φ⋅μ est bornée. La distribution tempérée associée à F(ν) est donc F(f).
Lorsque f est la distribution tempérée associée à g∈L2(Rn), on suit une marche tout analogue en utilisant la formule (29) de II, p. 221.
Un énoncé similaire vaut également pour la cotransformation de Fourier.
Les formules élémentaires concernant la transformation de Fourier des mesures restent valides pour la transformation de Fourier des distributions tempérées. Par exemple, pour f∈S′(Rn) et α∈Nn, on a
F(∂αf)=(2iπ)∣α∣XαF(f)
F(Xαf)=(−2iπ)−∣α∣∂α(F(f))
d’après le lemme 11.
13. Distributions et distributions tempérées sur un espace vectoriel
Soit u une application linéaire bijective de Rn dans Rn. L’application φ↦φ∘u est un automorphisme de S(Rn) (resp. de D(Rn)); sa transposée est un automorphisme de S′(Rn) (resp. de D′(Rn)).
Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie n. Soit v:Rn→E un isomorphisme d’espaces vectoriels. On note S(E) (resp. D(E)) l’ensemble des applications φ:E→C telles que φ∘v∈S(Rn) (resp. telles que φ∘v∈D(Rn)). D’après la remarque précédente, cet espace ne dépend pas du choix de v; il est isomorphe à S(Rn) (resp. D(Rn)). On note S′(E) (resp. D′(E)) le dual de S(E) (resp. de D(E)) muni de la topologie de la convergence bornée. C’est un espace vectoriel topologique isomorphe à S′(Rn) (resp. à D′(Rn)).
Soient E et F des espaces vectoriels réels de dimension n, en dualité relativement à une forme bilinéaire b:E×F→R. Le groupe localement compact commutatif E est en dualité avec F relativement à l’application
(x,y)↦ exp(2iπb(x,y))
de E×F dans U(cf. cor. 1 de II, p. 235). On munit E et F de mesures de Haar qui sont duales l’une de l’autre relativement à cette application.
L’espace S(E) est inclus dans L1(E); la transformation de Fourier de E induit, par passage aux sous-espaces et par dualité, un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de S(E) dans S (F), dont la transposée est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de S′(F) dans S′(E).
14. Espaces de Sobolev
Soit U un ouvert de Rn. Soient p un nombre réel ⩾1 et k un entier naturel. On note Wk,p(U) l’espace des distributions f∈D′(U) telles que, pour tout α∈Nn avec ∣α∣⩽k, la distribution ∂αf est associée à un élément de Lp(U).
En particulier, pour U=Rn, les éléments de Wk,p(U) sont des distributions tempérées.
L’application de Wk,p(u) dans R+ qui à f∈Wk,p(U) associe
∥f∥k,p=((∣α∣⩽k∑∥∂αf∥pp)1/p
est une norme sur Wk,p(U). L’espace Wk,p(U) sera toujours muni de cette norme ; cet espace normé est appelé espace de Sobolev d’indice k et d’exposant p.
L’espace D(U) est contenu dans Wk,p(U). On note W0k,p (U) l’adhérence de D(U) dans Wk,p(U). C’est un sous-espace fermé de Wk,p(U).
On a W0k,p(Rn)=Wk,p(Rn), mais les espaces Wk,p(U) et W0k,p (U) sont distincts en général (cf. exercices 12 de IV, p. 334 et 14 de IV, p. 334).
On note aussi Hk(U)=Wk,2(U) et H0k(U)=W0k,2(U).
La norme de Hk(U) est une norme préhilbertienne, associée à la forme hermitienne positive sur Hk(U) définie par
(f1,f2)↦∣α∣⩽∑∫kU∂αf1∂αf2dμ
L’espace hilbertien Hk(U) coïncide avec l’espace noté Hk dans EVT, V, p. 6, exemple (3).
On a W0,p(U)=Lp(U) et H0(U)=L2(U) par définition ; de plus W00,p(U)=Lp(U) d’après la prop. 4, b) de IV, p. 202.
Les espaces de Sobolev Wk,p(U) et W0k,p (U) sont des espaces de Banach de type dénombrable. En particulier, les espaces Hk(U) et H0k(U) sont des espaces hilbertiens de type dénombrable.
Il suffit de démontrer les assertions concernant Wk,p(U).
Soit I l’ensemble des α∈Nn tels que ∣α∣⩽k. L’application linéaire u de Wk,p(U) dans Lp(U)I qui associe à f la famille (∂αf)α∈I est injective ; elle est continue et stricte par définition de la norme sur Wk,p(U). Pour démontrer que Wk,p(U) est complet, il suffit de démontrer que son image par u est fermée. Or, soit (fn)n∈N une suite dans Wk,p(U) telle que (u(fn))n∈N converge. Soit (gα)α∈I∈Lp(U)I sa limite. Pour α∈I, la suite (∂αfn)n∈N converge dans Lp(U) vers gα. A fortiori, la convergence a lieu dans D′(U). Posons f=g0. Pour tout φ∈D(U), il vient
Cela démontre que gα=∂αf pour tout α∈I, donc (gα)α∈I=u(f) appartient à l’image de u.
L’espace Wk,p(U) s’identifie par u à un sous-espace de l’espace Lp(U)I; celui-ci est de type dénombrable (prop. 2 de IV, p. 180 et TG, IX, p. 19, cor., (ii))), donc il en est de même de Wk,p(U)(loc. cit., (i)).
Soit N la norme euclidienne sur Rn. Soit k un entier ⩾0. L’espace de Sobolev Hk(Rn) est l’espace des f∈S′(Rn) tel que (1+Nk)F(f) appartient à L2(Rn).
On procède par récurrence sur k. Lorsque k=0, le résultat est une conséquence du théorème de Plancherel (II, p. 215, th. 1). Supposons que k=1. Pour f∈S′(Rn), on a (1+N)Ff∈L2(Rn) si et seulement si f∈L2(Rn) et NFf∈L2(Rn). De plus, NF∈L2(Rn) si et seulement si, pour tout α∈Nn tel que ∣α∣=1, on a XαFf∈L2(Rn). Comme on a F(∂αf)=2iπXαFf, cette condition signifie que F(∂αf)∈L2(Rn) pour tout α avec ∣α∣=1, c’est-à-dire ∂αf∈L2(Rn) pour tout α avec ∣α∣=1. Il en résulte que l’assertion est vraie pour k=1.
Supposons maintenant que k⩾ 2 et que l’assertion concernant Hℓ(Rn) est valide pour tout entier positif ℓ⩽k−1. Soit f∈S′(Rn). Par définition, on a f∈Hk(Rn) si et seulement si f∈L2(Rn) et, pour tout β∈Nn tel que ∣β∣⩽1, la distribution ∂βf appartient à Hk−1(Rn). Cela équivaut, d’après l’hypothèse de récurrence, à f∈L2(Rn) et (1+Nk−1)F(∂βf)∈L2(Rn) pour tout β∈Nn tel que ∣β∣⩽1. Comme F(∂βf)=(2iπX)∣β∣F(f), la condition f∈Hk(Rn) équivaut à dire que Ff∈L2(Rn) et (1+Nk−1)XβFf∈L2(Rn) pour β∈Nn tel que ∣β∣⩽1.