Bourbaki

§ 4. Opérateurs partiels

1. Opérateurs partiels

Dans ce numéro, K est un corps commutatif.

On rappelle (E, II, §3, p. 9–10) qu’un graphe[^1] est un ensemble dont tous les éléments sont des couples. Si A et B sont des ensembles, une correspondance entre A et B est un triplet (Γ,A,B)(\Gamma ,A,B), où Γ est un graphe contenu dans A×BA\times B; son ensemble de définition (aussi appelé domaine) est pr1_1(Γ), et l’ensemble de ses valeurs est pr2(Γ)_2(\Gamma ). Une correspondance est une fonction (E, II, p. 13, déf. 9) si son graphe est fonctionnel et si son ensemble de départ coïncide avec son ensemble de définition. Toute partie d’un graphe fonctionnel est un graphe fonctionnel.

Définition 1 032J

Soient E et F des espaces vectoriels sur K. Un opérateur partiel uu de E dans F est une correspondance (Γ,E,F)(\Gamma ,E,F) entre E et F vérifiant les conditions suivantes:

(i) Le graphe Γ est un sous-espace vectoriel de E×FE\times F;

(ii) Le graphe Γ est fonctionnel.

Si E = F, on dit que uu est un opérateur partiel sur E.

Soit uu un opérateur partiel de E dans F. Le graphe Γ de la correspondance uu est appelé le graphe de l’opérateur partiel uu, et est aussi noté Γu\Gamma_u. On note P(E;F)\mathscr{P}(E; F) l’ensemble des opérateurs partiels de E dans F ; on note simplement P(E)=P(E;E)\mathscr{P}(E) =\mathscr{P}(E; E).

Se donner un opérateur partiel de E dans F revient à se donner un sous-espace vectoriel D de E et une application linéaire uu de D dans F, l’opérateur partiel associé étant la correspondance (Γ,E,F)(\Gamma ,E,F) où Γ⊂D×F\Gamma \subset D\times F est le graphe de uu.

Le domaine de définition d’un opérateur partiel uu est appelé simplement le domaine de uu, et noté dom(uu).

Toute application linéaire uu de E dans F est un opérateur partiel de E dans F.

Si D⊂ED\subset E est un sous-espace vectoriel, on notera 1D1_D l’opérateur partiel de domaine D qui est l’application identique sur D, c’est-à-dire la correspondance (ΔD,E,E)(\Delta_D,E,E) où ΔD\Delta_D est la diagonale de D×DD\times D (E, II, p. 13, déf. 8). On notera 0D0_D l’opérateur partiel de domaine D qui est nul sur D, c’est-à-dire la correspondance (D×{0},E,F)(D\times \{0\},E,F).

Des opérateurs partiels u=(Γ,E,F)u= (\Gamma ,E,F) et u′=(Γ′,E,F)u'= (\Gamma ',E,F) de E dans F sont égaux si et seulement si dom(uu) == dom(u′u') et si les applications linéaires uu et u′u' de dom(uu) dans F coïncident.

Suivant E, II, §3, les notions suivantes sont définies :

(i) Soit uu un opérateur partiel de E dans F ; soient D son domaine et u:D→Fu: D\rightarrow F l’application linéaire associée. L’image d’un sous-ensemble A de E par uu est le sous-ensemble u(A∩D)u(A\cap D) de F ; on la note simplement u(A)u(A). L’image réciproque par uu d’un sous-ensemble B de F par uu est le sous-ensemble u−1(B)\overset{-1}{u}(B) de D.

Si A (resp. B) est un sous-espace vectoriel de E (resp. de F), alors son image par uu (resp. son image réciproque) est un sous-espace vectoriel de F (resp. de E).

L’image de uu est le sous-espace vectoriel u(D)u(D) de F, noté aussi Im(uu). On dit que uu est un opérateur partiel surjectif si Im(uu) =F= F. Le noyau de uu est le sous-espace vectoriel u−1({0})\overset{-1}{u}(\{0\}) de E, noté aussi Ker(uu). Le noyau de uu est réduit à 0 si et seulement si l’application linéaire uu de dom(uu) dans F est injective. On dit alors que uu est injectif. Si uu est injectif et surjectif, on dit qu’il est bijectif.

(ii) Si E, F et G sont des espaces vectoriels sur K et u=(Γ,E,F)u= (\Gamma ,E,F), v=(Γ′,F,G)v= (\Gamma ',F,G) sont des opérateurs partiels de E dans F et de F dans G, respectivement, la correspondance composée v∘u=(Γ′∘Γ,E,G)v\circ u= (\Gamma '\circ \Gamma ,E,G) est un opérateur partiel de E dans G. Son domaine est u−1\overset{-1}{u}(dom(vv)). Si H est un espace vectoriel sur K et w=(Γ′′,G,H)w= (\Gamma '',G,H) un opérateur partiel de G dans H, on a w∘(v∘u)=(w∘v)∘uw\circ (v\circ u) = (w\circ v)\circ u. On écrira parfois vuvu au lieu de v∘uv\circ u.

(iii) En particulier, pour tout opérateur partiel uu de E dans F et tout a∈Ka\in K, les opérateurs partiels au=(a1F)∘uau= (a1_F)\circ u et ua=u∘(a1E)ua=u\circ (a1_E) sont définis. Ils sont égaux si a≠0a\not = 0, ou si le domaine de uu est égal à E ; on a u0=0Eu0 = 0_E et 0u=0dom(u)0u= 0_{dom(u)}.

Soit E un espace vectoriel. D’après ce qui précède, l’ensemble P\mathscr{P}(E), muni de la loi de composition définie par (u,v)↦u∘v(u, v)\mapsto u\circ v, est un magma associatif unifère (A, I, p. 4, déf. 5 et A, I, p. 12, déf. 2) d’élément neutre 1E1_E. Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on notera unu^n le composé ∘nu\overset{n}{\circ}u (A, I, p. 13).

Par ailleurs, on définit les notions suivantes :

(i) Si u=(Γ,E,F)u= (\Gamma ,E,F) est un opérateur partiel de E dans F, et si G est un sous-espace vectoriel de E, la réduction de uu à G est l’opérateur partiel (Γ∩(G×F),E,F)(\Gamma \cap (G\times F),E,F) de E dans F. Son domaine est dom(uu)∩G\cap G; on le notera parfois u∣Gu|G, quand aucune confusion avec la restriction de uu au sous-espace G n’est à craindre.

(ii) Soit vv un opérateur partiel injectif de F dans E. La correspondance réciproque v−1=(Γ−1,E,F)v^{-1}= (\Gamma^{-1},E,F) de vv est alors un opérateur partiel tel que dom(v−1v^{-1}) == Im(vv). On dit que v−1v^{-1} est l’opérateur partiel réciproque de vv. On a les égalités v∘v−1=1dom(v−1)v\circ v^{-1}= 1_{dom(v^{-1})} dans P(E)\mathscr{P}(E) et v−1∘v=1dom(v)v^{-1}\circ v= 1_{dom(v)} dans P(F)\mathscr{P}(F). L’opérateur partiel v−1v^{-1} est injectif et on a (v−1)−1=v(v^{-1})^{-1}=v.

(iii) Soient E, F et G des espaces vectoriels. Soit uu (resp. vv) un opérateur partiel injectif de E dans F (resp. de F dans G). Alors l’opérateur partiel v∘uv\circ u est injectif et (v∘u)−1=u−1∘v−1(v\circ u)^{-1}=u^{-1}\circ v^{-1}.

(iv) Si uu et vv sont des opérateurs partiels de E dans F, on dit que vv est une extension de uu, et on note u⊂vu\subset v, si le graphe de uu est contenu dans le graphe de vv. Cela implique que dom(uu)⊂\subset dom(vv) et que uu est la réduction de vv à dom(uu). La relation « u⊂vu\subset v » est une relation d’ordre dans P(E;F)\mathscr{P}(E; F). On a par exemple au⊂uaau\subset ua pour tout a∈Ka\in K et tout u∈P(E;F)u\in \mathscr{P}(E; F).

(v) Soient E un espace vectoriel sur K et (Fi)i∈I(F_i)_{i\in I} une famille d’espaces vectoriels sur K. Pour i∈Ii\in I, soit uiu_i un opérateur partiel de E dans FiF_i. L’opérateur partiel produit des uiu_i est l’opérateur partiel de E dans l’espace vectoriel produit des espaces FiF_i dont le domaine est l’intersection D des espaces dom(uiu_i) et qui associe à x∈Dx\in D la famille (ui(x))i∈I(u_i(x))_{i\in I}. On le note (ui)i∈I(u_i)_{i\in I}.

(vi) Soit A:F×F→FA : F\times F\rightarrow F l’application linéaire (x,y)↦x+y(x, y)\mapsto x+y. Soient uu et vv des opérateurs partiels de E dans F. La somme u+vu+v est l’opérateur partiel A∘(u,v)A\circ (u, v) de E dans F. Son domaine est dom(uu)∩\cap dom(vv). Pour u,v,wu,v,w dans P(E;F)\mathscr{P}(E; F), on a (u+v)+w=u+(v+w)(u+v) +w=u+ (v+w).

Soit G un espace vectoriel sur K. Pour tous uu et vv dans P(E;F)\mathscr{P}(E; F) et tout w∈P(F;G)w\in \mathscr{P}(F; G), on a w∘u+w∘v⊂w∘(u+v)w\circ u+w\circ v\subset w\circ (u+v). En général, il n’y a pas égalité dans cette formule (exercice 1 de IV, p. 344), mais c’est le cas lorsque le domaine de ww est égal à F. Pour w∈P(G;E)w\in \mathscr{P}(G; E), on a u∘w+v∘w=(u+v)∘wu\circ w+v\circ w= (u+v)\circ w.

(vii) Soit L une extension du corps K. Soient E et F des espaces vectoriels sur K et E(L)=L⊗KE,F(L)=L⊗KFE_{(L)}= L\otimes_KE, F_{(L)}= L\otimes_KF les L-espaces vectoriels obtenus par extension des scalaires de K à L (A, II, p. 82). Pour tout opérateur partiel uu de E dans F, on note u(L)u_{(L)} l’opérateur partiel de E(L)E_{(L)} dans F(L)F_{(L)} dont le graphe est le sous-espace vectoriel L⊗KΓuL\otimes_K\Gamma_u de E(L)×F(L)E_{(L)}\times F_{(L)}; son domaine est L⊗KL\otimes_K dom(uu), et il coïncide sur celui-ci avec l’unique application linéaire qui envoie 1⊗x1\otimes x sur 1⊗u(x)1\otimes u(x) pour tout x∈x\in dom(uu).

Soit vv un opérateur partiel de E dans F. On a u⊂vu\subset v si et seulement si u(L)⊂v(L)u_{(L)}\subset v_{(L)}.

(viii) Soient E1,F1,E2,F2E_1, F_1, E_2, F_2 des K-espaces vectoriels. Soit uu (resp. vv) un opérateur partiel de E1E_1 dans F1F_1 (resp. de E2E_2 dans F2F_2). On note u⊗vu\otimes v l’opérateur partiel de E1⊗F1E_1\otimes F_1 dans E2⊗F2E_2\otimes F_2 de domaine dom(uu)⊗\otimesdom(vv) tel que (u⊗v)(x⊗y)=u(x)⊗v(y)(u\otimes v)(x\otimes y) =u(x)\otimes v(y) pour tout (x,y)∈E1×E2(x, y)\in E_1\times E_2.

2. Opérateurs fermés, fermables et à domaine dense

Dans ce numéro, K désigne un corps topologique commutatif (TG, III, p. 54).

Définition 2 032K

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K (EVT, I, p. 1, déf. 1). Soit u∈P(E;F)u\in \mathscr{P}(E; F) un opérateur partiel de E dans F.

On dit que uu est un opérateur à domaine dense si le domaine de uu est dense dans E.

On dit que uu est fermé si le graphe de uu est fermé dans l’espace vectoriel topologique E×FE\times F. On dit que uu est fermable s’il possède une extension fermée.

Soient E, F et G des espaces vectoriels topologiques sur K. Toute extension d’un opérateur u∈P(E;F)u\in \mathscr{P}(E; F) à domaine dense est à domaine dense. De plus, si v∈L(E;F)v\in \mathscr{L}(E; F), alors u+vu+v est un opérateur à domaine dense. Si v:F→Gv: F\rightarrow G (resp. w:G→Ew: G\rightarrow E) est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques, alors v∘uv\circ u (resp u∘wu\circ w) est un opérateur à domaine dense.

Exemple 032L

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K.

1) Supposons l’espace F séparé. Soit uu une application linéaire de E dans F. Si uu est continue, alors l’opérateur partiel uu est fermé (TG, I, p. 53, cor. 2). Supposons de plus que K est un corps valué non discret et que E et F sont des espaces vectoriels topologiques métrisables et complets sur K. D’après le théorème du graphe fermé (EVT, I, p. 19, cor. 5), l’opérateur partiel défini par uu est alors fermé si et seulement si uu est continue.

2) Supposons l’espace E séparé. Soit vv une application linéaire injective continue de F dans E. L’opérateur partiel v−1∈P(E;F)(v^{-1}\in \mathscr{P}(E; F) (cf. IV, p. 226) est alors fermé, puisque son graphe est l’image du graphe de vv, qui est fermé, par l’isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de F×EF\times E dans E×FE\times F défini par (y,x)↦(x,y)(y, x)\mapsto (x, y).

Proposition 1 032M

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K. Un opérateur partiel uu de E dans F est fermable si et seulement si l’adhérence du graphe Γu\Gamma_u de uu dans E×FE\times F est un graphe fonctionnel. Il existe alors un unique opérateur partiel vv de E dans F dont le graphe est Γ‾u\overline{\Gamma}_u, et c’est la plus petite extension fermée de uu.

Si l’adhérence du graphe de uu dans E×FE\times F est un graphe fonctionnel, c’est le graphe d’un opérateur partiel, et celui-ci est une extension fermée de uu, qui est donc fermable. Réciproquement, supposons que u⊂wu\subset w avec ww fermé. L’adhérence Γ‾u\overline{\Gamma}_u du graphe de uu dans E×FE\times F est contenue dans Γw\Gamma_w, donc Γu\Gamma_u est un graphe fonctionnel.

La dernière assertion résulte du fait que si ww est une extension fermée de uu, alors le graphe de ww contient Γ‾u\overline{\Gamma}_u.

Définition 3 032N

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K. Soit uu un opérateur fermable de E dans F. L’opérateur fermé dont le graphe est Γu\Gamma_u est appelé la fermeture de uu. Il est noté u‾\overline{u}.

Remarque 032O

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K. Soit uu un opérateur fermable de E dans F. Le domaine de la fermeture de uu est contenu dans l’adhérence du domaine de uu dans E. En général, il en est distinct (exercice 1 de IV, p. 344, b)).

Si u∈P(E;F)u\in \mathscr{P}(E; F) est fermable et dom(uu) =E= E, alors u=u‾u=\overline{u} est fermé, puisqu’alors dom(u‾\overline{u}) == dom(uu).

Proposition 2 032P

Soit K=RK =\mathbf{R} et soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur R\mathbf{R}. Soit uu un opérateur partiel de E dans F. Alors uu est à domaine dense (resp. est fermé, est fermable) si et seulement si u(C)u_{(\mathbf{C})} est à domaine dense (resp. est fermé, est fermable).

Supposons que le domaine de uu est dense dans E. Tout voisinage de 0 dans E(C)E_{(\mathbf{C})} contient un voisinage de la forme V+iVV +iV (EVT, II, p. 65), où V est un voisinage de 0 dans E, donc contient un élément du domaine de u(C)u_{(\mathbf{C})}; cet opérateur partiel est donc à domaine dense. La réciproque est également vraie puisque l’application de E(C)E_{(\mathbf{C})} dans E qui à x+iyx+iy associe xx pour tout (x,y)∈E×E(x, y)\in E\times E est continue et surjective.

Le graphe de u(C)u_{(\mathbf{C})} s’identifie à l’espace vectoriel topologique complexifié du graphe de uu. Il est donc fermé dans E(C)×E(C)E_{(\mathbf{C})}\times E_{(\mathbf{C})} si le graphe de uu est fermé dans E×EE\times E. Réciproquement, on a Γu=Γu(C)∩(E×E)\Gamma_u= \Gamma_{u_{(\mathbf{C})}}\cap (E\times E) dans E(C)×E(C)E_{(\mathbf{C})}\times E_{(\mathbf{C})}; comme E×EE\times E est fermé dans E(C)×E(C)E_{(\mathbf{C})}\times E_{(\mathbf{C})}, l’opérateur partiel uu est fermé lorsque u(C)u_{(\mathbf{C})} l’est.

Un opérateur partiel vv de E dans F est une extension de uu si et seulement si v(C)v_{(\mathbf{C})} est une extension de u(C)u_{(\mathbf{C})}, donc l’opérateur partiel u(C)u_{(\mathbf{C})} est fermable si uu est fermable. Réciproquement, si u(C)u_{(\mathbf{C})} est fermable, l’opérateur partiel uu l’est aussi puisque Γu=Γu(C)∩(E×E)\Gamma_u= \Gamma_{u_{(\mathbf{C})}}\cap (E\times E), qui est alors un graphe fonctionnel (prop. 1).

Lemme 1 032Q

Soient E, F et G des espaces vectoriels topologiques sur K. Soit uu un opérateur fermé de E dans F.

a) Pour tout v∈L(E;F)v\in \mathscr{L}(E; F), l’opérateur partiel u+vu+v est fermé.

b) Pour tout v∈L(G;E)v\in \mathscr{L}(G; E), l’opérateur partiel u∘vu\circ v est fermé.

Démontrons a). Soit γ\gamma l’application (x,y)↦(x,y−v(x))(x, y)\mapsto (x, y-v(x)) de E×FE\times F dans lui-même ; elle est continue. Pour tout (x,y)∈E×F(x, y)\in E\times F, on a γ(x,y)∈Γu\gamma (x, y)\in \Gamma_u si et seulement si x∈x\in dom(uu) et y=u(x)+v(x)y=u(x) +v(x), c’est-àdire que γ−1(Γu)=Γu+v\overset{-1}{\gamma}(\Gamma_u) = \Gamma_{u+v}. L’assertion en résulte.

Démontrons b). L’application η=(v,1F)\eta = (v,1_F) de G×FG\times F dans E×FE\times F est continue ; pour tout (z,y)∈G×F(z, y)\in G\times F, on a η(z,y)=(v(z),y)\eta (z, y) = (v(z), y), donc η−1(Γu)=Γu∘v\overset{-1}{\eta}(\Gamma_u) = \Gamma_{u\circ v}. L’assertion en résulte.

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K, l’espace F étant séparé. Soit a∈Ka\in K. Si u∈P(E;F)u\in \mathscr{P}(E; F) est fermable, alors il en est de même de auau. Si a≠0a\not = 0, on a au‾=au\overline{au}=au, et uu est fermé si et seulement si auau l’est. Si a=0a= 0, la fermeture de auau est 0dom(u)‾0_{\overline{dom(u)}}, et auau est égal à 0dom(u‾)0_{dom(\overline{u})}; il se peut donc que uu soit fermé mais que auau ne le soit pas.

Proposition 3 032R

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K, l’espace F étant séparé. Soit uu un opérateur partiel fermé de E dans F. Le noyau de uu est un sous-espace fermé de E.

En effet, le noyau de uu est l’image inverse du sous-espace fermé Γu∩(E×{0})\Gamma_u\cap (E\times \{0\}) de E×FE\times F par l’application linéaire continue x↦(x,0)x\mapsto (x,0) de E dans E×FE\times F.

Dans la suite de ce numéro, on suppose que K est un corps valué non discret.

Définition 4 032S

Soient E et F des espaces normés sur K et soit uu un opérateur partiel de E dans F. Pour xx dans dom(uu), on note

∥x∥u=(∥x∥E2+∥u(x)∥F2)1/2 \|x\|_u= (\|x\|^2_E+\|u(x)\|^2_F)^{1/2}

L’application x↦∥x∥ux\mapsto \|x\|_u ainsi définie est une norme sur dom(uu). On note EuE_u l’espace normé ainsi obtenu.

Remarque 032T

Soient E et F des espaces normés sur K et soit uu un opérateur partiel de E dans F.

1) L’injection canonique de EuE_u dans E est continue puisqu’on a ∥x∥⩽∥x∥u\|x\|\leqslant \|x\|_u pour tout x∈Ex\in E. En particulier, tout sous-espace de dom(uu) qui est fermé dans E est fermé dans EuE_u.

2) Si E et F sont des espaces hilbertiens, alors l’espace EuE_u est un espace préhilbertien, puisque la norme sur EuE_u provient de la forme hermitienne positive

(x,y)↦(x∣y)u=⟨x∣y⟩+⟨u(x)∣u(y)⟩ (x, y)\mapsto (x|y)_u=\langle x|y\rangle +\langle u(x)|u(y)\rangle

sur dom(uu).

Proposition 4 032U

Soient E et F des espaces de Banach (resp. des espaces hilbertiens) et soit uu un opérateur partiel de E dans F. Alors uu est fermé si et seulement si l’espace normé EuE_u est un espace de Banach (resp. un espace hilbertien).

Il suffit de traiter le cas des espaces de Banach. La norme de EuE_u est obtenue, par transport de structure au moyen de l’application linéaire bijective (x,y)↦x(x, y)\mapsto x de Γu\Gamma_u dans dom(uu), à partir de la norme obtenue par restriction au sous-espace Γu\Gamma_u de la norme (x,y)↦(∥x∥E2+∥y∥F2)1/2(x, y)\mapsto (\|x\|^2_E+\|y\|^2_F)^{1/2} sur l’espace de Banach E⊕FE\oplus F. L’espace EuE_u est donc un espace de Banach si et seulement si le sous-espace Γu\Gamma_u de E⊕FE\oplus F est fermé.

Si uu et vv sont des opérateurs partiels de E dans F et de F dans G, respectivement, et si uu est fermé, alors l’opérateur partiel v∘uv\circ u n’est pas fermé en général, même si vv est continu (exercice 1 de IV, p. 344, c)). On a tout de même la condition suffisante suivante :

Lemme 2 032V

Soient E, F et G des espaces normés sur K, l’espace F étant un espace de Banach. Soit uu un opérateur partiel fermé de E dans F et soit v∈L(F;G)v\in \mathscr{L}(F; G). S’il existe C∈R+C\in \mathbf{R}_+ tel que

∥u(x)∥⩽C(∥x∥+∥(v∘u)(x)∥) \|u(x)\|\leqslant C(\|x\|+\|(v\circ u)(x)\|)

pour tout x∈x\in dom(v∘uv\circ u) == dom(uu), c’est-à-dire, si l’application linéaire x↦u(x)x\mapsto u(x) de Ev∘uE_{v\circ u} dans F est continue, alors v∘uv\circ u est fermé.

Notons w=v∘uw=v\circ u. Soit (xn,w(xn))n∈N(x_n, w(x_n))_{n\in\mathbf{N}} une suite dans le graphe de ww qui converge dans E×GE\times G. Soit xx la limite de la suite (xn)(x_n). L’hypothèse implique que la suite (u(xn))n∈N(u(x_n))_{n\in\mathbf{N}} est alors une suite de Cauchy dans F ; elle converge vers un élément yy de F. Puisque uu est fermé, on a donc x∈x\in dom(uu) et y=u(x)y=u(x). Alors w(xn)=v(u(xn))w(x_n) =v(u(x_n)) tend vers v(y)=v(y) = v(u(x))v(u(x)) puisque vv est continu, donc le graphe de ww est fermé.

Soient uu un opérateur partiel fermé sur un espace de Banach E et F un sous-espace de dom(uu). Si F est dense dans l’espace de Banach EuE_u, alors la réduction de uu à F est fermable, et sa fermeture est égale à uu. On dit alors que F est un cœur pour uu.

3. Exemples d’opérateurs partiels

Dans ce numéro, K=RK =\mathbf{R} ou C\mathbf{C}.

Exemple 1 032W

Soit X un espace topologique localement compact et soit μ\mu une mesure positive sur X. On fixe des éléments p1p_1 et p2p_2 de [1,+∞[[1,+\infty [.

Soit gg une fonction μ\mu-mesurable sur X à valeurs dans K. Notons D le sous-espace de LKp1(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_1}(X, \mu) formé des fonctions ff dans LKp1(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_1}(X, \mu) telles que gf∈LKp2(X,μ)gf\in \mathscr{L}_K^{p_2}(X, \mu). L’application linéaire de D dans LKp2(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_2}(X, \mu) définie par f↦gff\mapsto gf détermine un opérateur partiel de LKp1(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_1}(X, \mu) dans LKp2(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_2}(X, \mu), que l’on note mgm_g.

Le sous-espace vectoriel des fonctions μ\mu-négligeables dans LKp1(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_1}(X, \mu) est contenu dans D, et l’image par mgm_g d’une fonction μ\mu-négligeable est encore μ\mu-négligeable. On notera m~g\widetilde{m}_g l’opérateur partiel de LKp1(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu) dans LKp2(X,μ)L^{p_2}_K(X, \mu) déduit de mgm_g par passage aux quotients. On dit que c’est l’opérateur de multiplication par gg de LKp1(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu) dans LKp2(X,μ)L^{p_2}_K(X, \mu). Des fonctions g1g_1 et g2g_2 localement égales μ\mu-presque partout définissent le même opérateur de multiplication.

Proposition 5 032X

L’opérateur de multiplication m~g\widetilde{m}_g de LKp1(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu) dans LKp2(X,μ)L^{p_2}_K(X, \mu) est un opérateur fermé à domaine dense.

Démontrons d’abord que l’opérateur partiel m~g\widetilde{m}_g est fermé. Soit (fn,hn)n∈N(f_n, h_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite dans LKp1(X,μ)×LKp2(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_1}(X, \mu)\times \mathscr{L}_K^{p_2}(X, \mu) telle que la suite (fn~,h~n)(f_{\widetilde{n}},\widetilde{h}_n) des classes de fnf_n et hnh_n appartient au graphe de m~g\widetilde{m}_g et converge dans LKp1(X,μ)×LKp2(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu)\times L^{p_2}_K(X, \mu) quand nn tend vers l’infini. Soit (f,h)(f, h) un couple dans LKp1(X,μ)×LKp2(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_1}(X, \mu)\times \mathscr{L}_K^{p_2}(X, \mu) tel que le couple (f~,h~)(\widetilde{f} ,\widetilde{h}) de leurs classes est la limite de (f~n,h~n)(\widetilde{f}_n,\widetilde{h}_n).

Il existe une suite (fnk)k∈N(f_{n_k})_{k\in\mathbf{N}} extraite de la suite (fn)n(f_n)_n telle que fnk(x)f_{n_k}(x) converge vers f(x)f(x) pour μ\mu-presque tout xx (INT, IV, p. 131, § 3, no4^o4, th. 3). Cela implique que hnk(x)=g(x)fnk(x)h_{n_k}(x) =g(x)f_{n_k}(x) converge μ\mu-presque partout vers g(x)f(x)g(x)f(x). Par ailleurs la suite (hnk)(h_{n_k}) converge vers hh dans l’espace LKp2(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_2}(X, \mu). Les fonctions hh et gfgf sont donc égales μ\mu-presque partout (loc. cit.). Ainsi f~\widetilde{f} appartient au domaine de m~g\widetilde{m}_g et h~=m~g(f~)\widetilde{h}=\widetilde{m}_g(\widetilde{f}). Cela démontre que m~g\widetilde{m}_g est fermé.

Démontrons que le domaine de m~g\widetilde{m}_g est dense dans LKp1(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu). Il suffit de vérifier que les classes de fonctions f∈K(X;K)f\in \mathscr{K}(X; K) appartiennent à l’adhérence du domaine de m~g\widetilde{m}_g dans LKp1(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu). Soit f∈K(X;K)f\in \mathscr{K}(X; K) et soit f~\widetilde{f} sa classe dans LKp1(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu). Pour tout entier n∈Nn\in \mathbf{N}, notons φn\varphi_n la fonction caractéristique de l’ensemble des éléments x∈Xx\in X tels que ∣g(x)∣⩽n|g(x)|\leqslant n, et posons fn=fφnf_n=f \varphi_n. On a alors ∣gfn∣⩽n∣f∣|gf_n|\leqslant n|f|, qui appartient à LKp2(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_2}(X, \mu), donc fnf_n appartient au domaine de m~g\widetilde{m}_g. Pour tout élément xx de X, la suite (fn(x))n∈N(f_n(x))_{n\in\mathbf{N}} converge vers f(x)f(x) quand n→+∞n\rightarrow +\infty; de plus, on a ∣fn∣⩽∣f∣|f_n|\leqslant |f|, qui appartient à LKp1(X,μ)\mathscr{L}_K^{p_1}(X, \mu). D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6), la suite des classes de fnf_n converge vers f~\widetilde{f} dans LKp1(X,μ)L^{p_1}_K(X, \mu). Ainsi, la classe de ff appartient à l’adhérence du domaine de m~g\widetilde{m}_g.

Dans la proposition suivante, on suppose que p1=p2=2p_1=p_2= 2.

Proposition 6 032Y

a) Soit g′g' une fonction μ\mu-mesurable sur X telle que ∣g∣⩽∣g′∣|g|\leqslant |g'|. On a dom(m~g′\widetilde{m}_{g'})⊂\subset dom(m~g\widetilde{m}_g) et dom(m~g′\widetilde{m}_{g'}) est un cœur de l’opérateur partiel m~g\widetilde{m}_g;

b) Soit F un sous-espace de LK2(X,μ)\mathscr{L}_K^2(X, \mu) dont l’intersection avec K(X;K)\mathscr{K}(X; K) est dense dans K(X;K)\mathscr{K}(X; K) et dont l’image G dans LK2(X,μ)L^2_K(X, \mu) est contenue dans dom(m~g\widetilde{m}_g). Si ∣g∣2|g|^2 est localement μ\mu-intégrable, alors K(X;K)\mathscr{K}(X; K) est contenu dans le domaine de m~g\widetilde{m}_g et G est un cœur de mgm_g.

Démontrons a). Si f∈LK2(X,μ)f\in \mathscr{L}_K^2(X, \mu) appartient au domaine de mg′m_{g'}, de sorte que fg′∈LK2(X,μ)f g'\in \mathscr{L}_K^2(X, \mu), l’hypothèse implique que fg∈LK2(X,μ)f g\in \mathscr{L}_K^2(X, \mu), d’où le résultat.

Démontrons que dom(m~g′\widetilde{m}_{g'}) est un cœur de m~g\widetilde{m}_g, c’est-à-dire que le domaine de m~g′\widetilde{m}_{g'} est dense dans l’espace hilbertien Em~gE_{\widetilde{m}_g}. Soit h∈LK2(X,μ)h\in \mathscr{L}_K^2(X, \mu)

dont la classe h~\widetilde{h} appartient à Em~gE_{\widetilde{m}_g} et est orthogonale à dom(m~g′\widetilde{m}_{g'}). Cela signifie que

(h~∣h~′)m~g=∫Xhh′(1+∣g∣2)dμ=0 (\widetilde{h}|\widetilde{h}')_{\widetilde{m}_g}=\int_Xh h'(1 +|g|^2)d\mu= 0

pour toute fonction h′∈LK2(X,μ)h'\in \mathscr{L}_K^2(X, \mu) dont la classe h~′\widetilde{h}' appartient à dom(m~g′\widetilde{m}_{g'}).

Soit C un sous-ensemble compact de X et soit φ\varphi sa fonction caractéristique. Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. On note φn\varphi_n la fonction caractéristique de l’ensemble μ\mu-intégrable CnC_n des x∈Cx\in C tels que ∣h(x)∣⩽n|h(x)|\leqslant n et on pose hn′=φnhh'_n=\varphi_nh. La classe de hn′h'_n appartient au domaine de m~g′\widetilde{m}_{g'} puisque ∣g′hn′∣⩽nφ|g'h'_n|\leqslant n\varphi; il vient

0=∫Xh‾hn′(1+∣g∣2)dμ=∫X∣h∣2φn(1+∣g∣2)dμ 0 =\int_X\overline{h}h'_n(1 +|g|^2)d\mu=\int_X|h|^2\varphi_n(1 +|g|^2)d\mu

Cela implique que hh est nulle pour μ\mu-presque tout x∈Cnx\in C_n et donc, puisque nn est arbitraire, que hh est nulle pour μ\mu-presque tout x∈Cx\in C. Il en résulte enfin que hh est nulle μ\mu-presque partout, puisque C est quelconque et que hh est modérée (INT, V, p. 9, § 1, no3^o3, cor.).

Considérons maintenant l’assertion b). Comme ∣g∣2|g|^2 est localement μ\mu-intégrable, la fonction fgf g appartient à LK2(X,μ)\mathscr{L}_K^2(X, \mu) si f∈K(X;K)f\in \mathscr{K}(X; K), donc K(X;K)\mathscr{K}(X; K) est contenu dans le domaine de m~g\widetilde{m}_g.

Soit h∈LK2(X,μ)h\in \mathscr{L}_K^2(X, \mu) dont la classe h~\widetilde{h} appartient à EmgE_{m_g} et est orthogonal à G. On a alors

0=(h~∣h~′)m~g=∫Xhh‾′(1+∣g∣2)dμ 0 = (\widetilde{h}|\widetilde{h}')_{\widetilde{m}_g}=\int_Xh\overline{h}'(1 +|g|^2)d\mu

pour tout h′∈Fh'\in F de classe h~′\widetilde{h}'. Compte tenu de l’hypothèse sur F, cela signifie que la mesure h(1+∣g∣2)⋅μh(1 +|g|^2)\cdot \mu est nulle, donc que hh est nulle μ\mu-presque partout puisque hh est modérée.

Soit pp un nombre réel ⩾1\geqslant 1. Soit hh un élément de LK∞(X,μ)\mathscr{L}_K^{\infty}(X, \mu). L’opérateur m~h\widetilde{m}_h de multiplication par hh est un endomorphisme de LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu)(IV, p. 186, no5^o5). Supposons que l’ensemble Y des x∈Xx\in X tels que h(x)=0h(x) = 0 est localement μ\mu-négligeable. L’endomorphisme m~h\widetilde{m}_h est alors injectif (lemme 7 de IV, p. 186). Notons h−1h^{-1} la fonction sur X égale à 0 sur Y et à x↦1/h(x)x\mapsto 1/h(x) sur X- Y. L’opérateur partiel réciproque m~h−1\widetilde{m}^{-1}_h est l’opérateur de multiplication par h−1h^{-1} de LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) dans LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu), c’est-à-dire que m~h−1=m~h−1\widetilde{m}^{-1}_h=\widetilde{m}_{h^{-1}}. En effet, l’image de m~h\widetilde{m}_h est l’espace des classes des fonctions g∈LKp(X,μ)g\in \mathscr{L}_K^p(X, \mu) de la forme g=hfg=hf pour f∈LKp(X,μ)f\in \mathscr{L}_K^p(X, \mu). Cette condition équivaut à g(x)/h(x)=f(x)g(x)/h(x) =f(x) pour tout x∈Xx\in X- Y et g(x)=0g(x) = 0 si x∈Yx\in Y. Cela implique que le domaine de m~h−1\widetilde{m}^{-1}_h dans LKp(X,μ)L^p_K(X, \mu) est le domaine de m~h−1\widetilde{m}_{h^{-1}}, et que l’égalité m~h−1=m~h−1\widetilde{m}^{-1}_h=\widetilde{m}_{h^{-1}} est valide.

Dans la suite, on notera parfois simplement mhm_h l’opérateur partiel de multiplication par hh de LKp1(X,μ)L^{p^1}_K(X, \mu) dans LKp2(X,μ)L^{p_2}_K(X, \mu).

Exemple 2 032Z

Soient E un espace hilbertien sur K et B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de E. Soit (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} une famille d’éléments de K. Soit D le sous-espace vectoriel de E formé des éléments x∈Ex\in E tels que la famille (λi⟨ei∣x⟩)i∈I(\lambda_i\langle e_i|x\rangle )_{i\in I} est de carré sommable dans K. L’espace D est dense dans E puisqu’il contient le vecteur eie_i pour tout i∈Ii\in I. L’opérateur partiel uu de domaine D donné par

x↦∑i∈Iλi⟨ei∣x⟩ei x\mapsto \sum_{i\in I}\lambda_i\langle e_i|x\rangle e_i

est appelé un opérateur partiel diagonal dans la base B, et (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} est appelée la famille des valeurs propres de uu.

L’opérateur uu est fermé. En effet, soit (xn,u(xn))n∈N(x_n, u(x_n))_{n\in\mathbf{N}} une suite d’éléments du graphe de uu qui converge dans E×EE\times E, et soit (x,y)(x, y) sa limite. On a alors ⟨ei∣xn⟩→⟨ei∣x⟩\langle e_i|x_n\rangle \rightarrow \langle e_i|x\rangle pour tout i∈Ii\in I et

⟨ei∣u(xn)⟩=λi⟨ei∣xn⟩→⟨ei∣y⟩ \langle e_i|u(x_n)\rangle =\lambda_i\langle e_i|x_n\rangle \rightarrow \langle e_i|y\rangle

pour tout i∈Ii\in I. Par conséquent, λi⟨ei∣x⟩=⟨ei∣y⟩\lambda_i\langle e_i|x\rangle =\langle e_i|y\rangle pour tout i∈Ii\in I, ce qui démontre que x∈Dx\in D et u(x)=yu(x) =y, c’est-à-dire que uu est fermé.

Cet exemple est en fait un cas particulier du précédent, appliqué à l’espace topologique X = I muni de la topologie discrète et de la mesure de comptage μ\mu, puisque E s’identifie à l’espace ℓ2(I)=L2(I,μ)\ell^2(I) = L^2(I, \mu) par l’application x↦(⟨ei∣x⟩)i∈Ix\mapsto (\langle e_i|x\rangle )_{i\in I} (EVT, V, p. 23, cor. 2) et uu s’identifie alors à l’opérateur de multiplication mλm_{\lambda}, où λ\lambda est la fonction i↦λii\mapsto \lambda_i.

Exemple 3 0330

L’ensemble NR=N∪{∞,ω}\mathbf{N}_{\mathbf{R}}=\mathbf{N}\cup \{\infty , \omega \} est muni de l’ordre total décrit dans VAR, R2, p. 10, tel que n<∞<ωn <\infty < \omega pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}. Soit r∈NRr\in \mathbf{N}_{\mathbf{R}}. Soient n∈Nn\in \mathbf{N} et U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n. Soit k∈Nk\in \mathbf{N} tel que k⩽rk\leqslant r. Soit (nα)∣α∣⩽k(n_{\alpha})_{|\alpha|\leqslant k} une famille d’éléments de Cr\mathscr{C}^r(U), où les multi-indices considérés appartiennent à Nn\mathbf{N}^n. La famille (nα)(n_{\alpha}) définit un opérateur différentiel scalaire D d’ordre ⩽k\leqslant k sur U (cf. VAR, R2, 14.1.6, 14.1.4). Pour tout entier mm tel que k⩽m⩽rk\leqslant m\leqslant r, l’opérateur différentiel D définit une application linéaire de Cm(U)C^m(U) dans Cm−k(U)C^{m-k}(U) qui envoie f∈Cm(U)f\in C^m(U) sur

D(f)=∑∣α∣⩽knα∂α(f) D(f) =\sum_{|\alpha|\leqslant k}n_{\alpha}\partial^{\alpha}(f)

La même formule définit une application linéaire continue de D(U)\mathscr{D}(U) dans D′(U)\mathscr{D}'(U) (déf. 2 de IV, p. 208).

Définition 5 0331

Soit E un sous-espace vectoriel de D′(U)\mathscr{D}'(U) contenant D(U)\mathscr{D}(U). On appelle opérateur différentiel associé à D sur E tout opérateur partiel sur E qui est une extension de l’opérateur partiel de domaine D(U)\mathscr{D}(U) défini par φ↦D(φ)\varphi \mapsto D(\varphi ).

Supposons par exemple que les coefficients nαn_{\alpha} sont des fonctions bornées sur U. Soit μ\mu la mesure de Lebesgue sur U. Si pp est un élément de [1,+∞[[1,+\infty [, on peut alors définir un opérateur différentiel sur Lp(U)L^p(U) associé à D dont le domaine est l’espace de Sobolev Wk,p(U)W^{k,p}(U) (no14^o14 de IV, p. 221), puisque dans ce cas on a nα∂α(f)∈Lp(U)n_{\alpha}\partial^{\alpha}(f)\in L^p(U) pour tout f∈Wk,p(U)f\in W^{k,p}(U) et tout ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k.

4. Adjoint

Dans ce numéro, K est l’un des corps R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}, et E et F désignent des espaces hilbertiens sur K.

Soit uu un opérateur à domaine dense de E dans F. Notons D le domaine de uu. Pour y∈Fy\in F, soit λy\lambda_y la forme linéaire sur D telle que λy(x)=⟨y∣u(x)⟩\lambda_y(x) =\langle y|u(x)\rangle pour tout x∈Dx\in D. On note D∗D^* l’ensemble des vecteurs y∈Fy\in F tels que λy\lambda_y est continue sur D. C’est un sous-espace vectoriel de F. Soit y∈D∗y\in D^*; comme D est dense dans E, la forme linéaire λy\lambda_y s’étend de manière unique en une forme linéaire continue sur E, que l’on note encore λy\lambda_y. D’après EVT, V, p. 15, th. 3, il existe un unique élément u∗(y)u^*(y) dans E tel que λy(x)=⟨u∗(y)∣x⟩\lambda_y(x) =\langle u^*(y)|x\rangle pour tout x∈Ex\in E. L’application y↦u∗(y)y\mapsto u^*(y) est linéaire de D∗D^* dans E.

Définition 6 0332

L’opérateur partiel de F dans E de domaine D∗D^* défini par y↦u∗(y)y\mapsto u^*(y) est appelé l’ adjoint de uu. Il est noté u∗u^*.

Remarque 0333

On a donc y∈D∗y\in D^* si et seulement s’il existe c∈R+c\in \mathbf{R}_+ tel que ∣⟨y∣u(x)⟩∣⩽c∥x∥|\langle y|u(x)\rangle |\leqslant c\|x\| pour tout x∈Dx\in D. L’élément u∗(y)u^*(y) est alors caractérisé par la relation

⟨y∣u(x)⟩=⟨u∗(y)∣x⟩(1) \langle y|u(x)\rangle =\langle u^*(y)|x\rangle \tag{1}

pour tout x∈Dx\in D. On a alors ∣⟨y∣u(x)⟩∣⩽∥u∗(y)∥∥x∥|\langle y|u(x)\rangle |\leqslant \|u^*(y)\| \|x\| pour tout x∈Dx\in D.

Dans le cas où uu est une application linéaire continue de E dans F, son adjoint au sens de la définition précédente coïncide avec l’adjoint défini dans EVT, V, p. 38, déf. 1, puisque D∗D^* est égal à F dans ce cas.

Soit v∈P(E;F)v\in \mathscr{P}(E; F) tel que u⊂vu\subset v. On a alors v∗⊂u∗v^*\subset u^*.

Soit v∈P(E;F)v\in \mathscr{P}(E; F) tel que u+vu+v est à domaine dense. L’opérateur partiel vv est alors à domaine dense et on a u∗+v∗⊂(u+v)∗u^*+v^*\subset (u+v)^*. En général, il n’y a pas égalité (exercice 9 de IV, p. 347). Si v∈L(E;F)v\in \mathscr{L}(E; F), alors u+vu+v est à domaine dense et (u+v)∗=u∗+v∗(u+v)^*=u^*+v^*. C’est le cas, par exemple, si F = E et si v=λ1Ev=\lambda 1_E où λ∈K\lambda \in K.

Soit G un espace hilbertien sur K et soit v∈P(F;G)v\in \mathscr{P}(F; G) un opérateur à domaine dense. Si v∘uv\circ u est à domaine dense, alors u∗∘v∗⊂(v∘u)∗u^*\circ v^*\subset (v\circ u)^*. En général, il n’y a pas égalité (loc. cit.). Si uu (resp. vv) est un isomorphisme, alors v∘uv\circ u est à domaine dense et on a (v∘u)∗=u∗∘v∗(v\circ u)^*=u^*\circ v^*. C’est le cas, par exemple, si E = F (resp. F = G) et u=λ1Eu=\lambda 1_E (resp. v=λ1Fv=\lambda 1_F) où λ∈K∗\lambda \in K^*.

On note ss l’isomorphisme isométrique d’espaces hilbertiens de E⊕FE\oplus F dans F⊕EF\oplus E défini par s(x,y)=(−y,x)s(x, y) = (-y, x) pour tout (x,y)∈E⊕F(x, y)\in E\oplus F.

Proposition 7 0334

Soit uu un opérateur partiel à domaine dense de E dans F.

a) Le graphe de u∗u^* est égal à s(Γu∘)=s(Γu)∘s(\Gamma^{\circ}_u) =s(\Gamma_u)^{\circ};

b) L’opérateur partiel u∗u^* est fermé;

c) Le noyau de u∗u^* est l’orthogonal de l’image de uu.

Notons W=s(Γu)∘W =s(\Gamma_u)^{\circ}. Comme l’application linéaire ss est unitaire, on a W=s(Γu∘)W =s(\Gamma^{\circ}_u).

On a (y,x)∈W(y, x)\in W si et seulement si

⟨(y,x)∣(−u(x′),x′)⟩=0 \langle (y, x)|(-u(x'), x')\rangle = 0

pour tout x′∈x'\in dom(uu), c’est-à-dire si

⟨y∣u(x′)⟩=⟨x∣x′⟩ \langle y|u(x')\rangle =\langle x|x'\rangle

pour tout x′∈x'\in dom(uu). Lorsque y∈y\in dom(u∗u^*) et x=u∗(y)x=u^*(y), cette propriété est vraie (cf. formule (1), p. 236). Réciproquement, si cette condition est valide, on en déduit que ∣⟨y∣u(x′)⟩∣⩽∥x∥∥x′∥|\langle y|u(x')\rangle |\leqslant \|x\| \|x'\| pour tout x′∈x'\in dom(uu), ce qui entraîne que yy appartient à dom(u∗u^*); on a alors u∗(y)=xu^*(y) =x. Donc W=Γu∗W = \Gamma_{u^*}.

L’opérateur u∗u^* est fermé, car l’espace s(Γu)∘s(\Gamma_u)^{\circ} est fermé dans F⊕EF\oplus E.

Démontrons l’assertion c). Si yy est orthogonal à l’image de uu, la forme linéaire λy:x↦⟨y∣u(x)⟩\lambda_y:x\mapsto \langle y|u(x)\rangle sur D est nulle, donc y∈y\in dom(u∗u^*) et u∗(y)=0u^*(y) = 0. Réciproquement, soit y∈y\in dom(u∗u^*). On a alors u∗(y)=0u^*(y) = 0 si et seulement si yy est orthogonal à u(x)u(x) pour tout x∈Dx\in D (formule (1), p. 236).

Proposition 8 0335

Soit uu un opérateur à domaine dense de E dans F. Alors u∗u^* est à domaine dense si et seulement si uu est fermable. Lorsque c’est le cas, la fermeture u‾\overline{u} de uu est égale à u∗∗u^{**}, et l’adjoint de u‾\overline{u} est égal à u∗u^*.

D’après la prop. 7, l’opérateur partiel u∗u^* est fermé. Supposons que le domaine D∗D^* de u∗u^* est dense dans F. Soit u∗∗u^{**} l’adjoint de u∗u^*; c’est un opérateur partiel fermé de E dans F. Démontrons que u⊂u∗∗u\subset u^{**}, ce qui impliquera que uu est fermable. Soit x∈x\in dom(uu). Par définition de u∗u^*, les formes linéaires sur D∗D^* données par y↦⟨x∣u∗(y)⟩y\mapsto \langle x|u^*(y)\rangle et y↦⟨u(x)∣y⟩y\mapsto \langle u(x)|y\rangle sont égales ; on a donc x∈x\in dom(u∗∗u^{**}) et u∗∗(x)=u(x)u^{**}(x) =u(x), d’où l’assertion.

Réciproquement, supposons que uu est fermable ; on a Γu‾=Γ‾u\Gamma_{\overline{u}}=\overline{\Gamma}_u (prop. 1 de IV, p. 228). Soit y∈Fy\in F un vecteur orthogonal à dom(u∗u^*). L’élément (y,0)(y,0) de F⊕EF\oplus E appartient alors à l’orthogonal du graphe de u∗u^*. Or, d’après la prop. 7, a), on a

Γu∗∘=(s(Γu)∘)∘=s(Γu)=s(Γu) \Gamma^{\circ}_{u^*}= (s(\Gamma_u)^{\circ})^{\circ}=s(\Gamma_u) =s(\Gamma_u)

Il vient donc (0,y)∈Γu‾(0, y)\in \Gamma_{\overline{u}}, d’où y=u‾(0)=0y=\overline{u}(0) = 0. L’orthogonal de dom(u∗u^*) étant réduit à 0, l’espace dom(u∗u^*) est dense dans F.

Finalement, la prop. 7, appliquée à u∗u^*, implique que

Γu∗∗=s−1(Γu∗∘)=s−1(s(Γu∘∘))=Γ‾u \Gamma_{u^{**}}=s^{-1}(\Gamma^{\circ}_{u^*}) =s^{-1}(s(\Gamma^{\circ \circ}_u)) =\overline{\Gamma}_u

donc u∗∗=u‾u^{**}=\overline{u}, puis u‾∗=(u∗)∗∗=u∗‾=u∗\overline{u}^*= (u^*)^{**}=\overline{u^*}=u^* comme u∗u^* est fermé.

Corollaire 0336

Si uu est un opérateur partiel fermé à domaine dense de E dans F, alors u∗u^* est à domaine dense et on a u∗∗=uu^{**}=u.

Définition 7 0337

Soit uu un opérateur partiel sur E. On dit que uu est symétrique si uu est à domaine dense et si u∗u^* est une extension de uu. On dit que uu est auto-adjoint si uu est à domaine dense et u∗=uu^*=u. On dit que uu est essentiellement auto-adjoint s’il est fermable et si la fermeture u‾\overline{u} de uu est auto-adjointe.

On dit que uu est un opérateur partiel minoré si uu est symétrique et s’il existe un nombre réel cc tel que ⟨x∣u(x)⟩⩾c∥x∥2\langle x|u(x)\rangle \geqslant c\|x\|^2 pour tout xx appartenant au domaine de uu. On dit alors que cc est un minorant de uu. Si c=0c= 0, on dit aussi que uu est un opérateur partiel positif.

On note A(E)\mathscr{A}(E) l’ensemble des opérateurs partiels auto-adjoints sur E.

Remarque 1 0338

Pour qu’un opérateur uu à domaine dense sur E soit symétrique, il faut et il suffit que l’on ait

⟨x∣u(y)⟩=⟨u(x)∣y⟩(2) \langle x|u(y)\rangle =\langle u(x)|y\rangle \tag{2}

pour tout (x,y)∈(x, y)\in dom(uu)2^2. Cette formule démontre en effet que le domaine de uu est contenu dans celui de u∗u^*, puis que u∗u^* et uu coïncident sur le domaine de uu. En particulier, il en résulte que ⟨x∣u(x)⟩∈R\langle x|u(x)\rangle \in \mathbf{R} pour tout x∈x\in dom(uu).

Comme on le verra dans différents exemples, la formule (2) peut souvent être vérifiée par un calcul sans malice. Par contre, la détermination exacte du domaine de l’adjoint, qui permet seule de savoir si un opérateur symétrique est auto-adjoint ou non, peut être très délicate.

Remarque 2 0339

Un opérateur partiel auto-adjoint uu est essentiellement auto-adjoint (cf. prop. 8).

Remarque 3 033A

Soit uu un opérateur partiel symétrique sur E. L’opérateur uu est fermable (prop. 7, b)). Il vérifie dom(uu)⊂\subset dom(u∗u^*), et uu est auto-adjoint si et seulement si dom(uu) == dom(u∗u^*). De plus, la fermeture u‾\overline{u} de uu est symétrique puisque u‾⊂u∗=u‾∗\overline{u}\subset u^*=\overline{u}^* (prop. 8).

Remarque 4 033B

Supposons K=CK =\mathbf{C}. Soit u∈P(E;E)u\in \mathscr{P}(E; E) un opérateur partiel à domaine dense. La condition ⟨x∣u(x)⟩∈R\langle x|u(x)\rangle \in \mathbf{R} pour tout x∈x\in dom(uu) implique que uu est symétrique (EVT, V, p. 2, remarque) ; en particulier, si ⟨x∣u(x)⟩∈R+\langle x|u(x)\rangle \in \mathbf{R}_+ pour tout x∈x\in dom(uu), alors uu est positif.

Remarque 5 033C

Soient uu et vv des opérateurs partiels symétriques sur E. Si uu est auto-adjoint et si u⊂vu\subset v, alors v⊂v∗⊂u∗=uv\subset v^*\subset u^*=u, donc u=vu=v.

Remarque 6 033D

Un opérateur partiel essentiellement auto-adjoint uu est symétrique, puisque u⊂u‾u\subset \overline{u} implique u‾=u‾∗⊂u∗\overline{u}=\overline{u}^*\subset u^*, donc u⊂u∗u\subset u^*.

Remarque 7 033E

Soient uu et vv des opérateurs partiels symétriques sur E. Si u+vu+v est à domaine dense, par exemple si uu ou vv appartient à L\mathscr{L} (E), alors u+vu+v est symétrique. En général, l’opérateur partiel u+vu+v n’est pas auto-adjoint, même si uu et vv le sont (exercice 9 de IV, p. 347).

Remarque 8 033F

Soit uu un opérateur partiel symétrique sur E. Un nombre réel cc est un minorant de uu si et seulement si l’opérateur u−c⋅1Eu-c\cdot 1_E est positif.

Lemme 3 033G

Supposons que K=RK =\mathbf{R}. Soit uu un opérateur partiel à domaine dense de E dans F.

a) L’adjoint de u(C)u_{(\mathbf{C})} est (u∗)(C)(u^*)_{(\mathbf{C})};

b) Supposons que E = F ; l’opérateur partiel uu est symétrique (resp. auto-adjoint) si et seulement si l’opérateur partiel u(C)u_{(\mathbf{C})} est symétrique (resp. auto-adjoint).

Démontrons a). Soit y∈F(C)y\in F_{(\mathbf{C})} et écrivons y=y1+iy2y=y_1+iy_2 avec y1,y2∈Fy_1,y_2\in F. Pour tous (x1,x2)∈E×E(x_1, x_2)\in E\times E, on a

⟨u(C)(x1+ix2)∣y⟩=⟨u(x1)∣y1⟩+i⟨u(x1)∣y2⟩ \langle u_{(\mathbf{C})}(x_1+ix_2)|y\rangle =\langle u(x_1)|y_1\rangle +i\langle u(x_1)|y_2\rangle
−i⟨u(x2)∣y1⟩+⟨u(x2)∣y2⟩ -i\langle u(x_2)|y_1\rangle +\langle u(x_2)|y_2\rangle

Si y∈y\in dom(u∗u^*)(C)_{(\mathbf{C})}, on en déduit que y∈y\in dom((u(C)u_{(\mathbf{C})})∗^*) et que u(C)∗(y)=(u(C))∗(y)u^*_{(\mathbf{C})}(y) = (u_{(\mathbf{C})})^*(y), donc u(C)∗⊂(u(C))∗u^*_{(\mathbf{C})}\subset (u_{(\mathbf{C})})^*.

Réciproquement, supposons que yy est dans dom((u(C)u_{(\mathbf{C})})∗^*). Si on prend x2=0x_2= 0 (resp. x1=0x_1= 0) dans la formule ci-dessus, on vérifie que y1∈y_1\in dom(u∗u^*) (resp. que y2∈y_2\in dom(u∗u^*)), d’où y∈y\in dom(u∗u^*)(C)_{(\mathbf{C})}.

L’assertion a) implique que u(C)u_{(\mathbf{C})} est symétrique (resp. auto-adjoint) si uu l’est.

Réciproquement, supposons que u(C)u_{(\mathbf{C})} est symétrique. La relation ⟨u(x)∣y⟩=⟨x∣u(y)⟩\langle u(x)|y\rangle =\langle x|u(y)\rangle pour tout (x,y)∈(x, y)\in dom(u(C)u_{(\mathbf{C})})×\times dom(u(C)u_{(\mathbf{C})}) implique que uu est symétrique en prenant xx et yy dans le sous-espace dom(uu) de dom(u(C)u_{(\mathbf{C})}). Si u(C)u_{(\mathbf{C})} est auto-adjoint, ce qui précède démontre que uu est symétrique ; comme dom(u∗u^*) == dom(u(C)∗u^*_{(\mathbf{C})})∩F\cap F, l’assertion a) implique que dom(u∗u^*) == dom(u(C)u_{(\mathbf{C})})∩F=\cap F = dom(uu), donc uu est auto-adjoint.

5. Critères élémentaires pour les opérateurs auto-adjoints

Proposition 9 033H

Soit v∈L(F;E)v\in \mathscr{L}(F; E) une application linéaire continue injective de F dans E dont l’image est dense dans E. L’adjoint de vv est une application linéaire continue injective de E dans F et on a (v∗)−1=(v−1)∗(v^*)^{-1}= (v^{-1})^*. En particulier, si E = F, l’endomorphisme vv est hermitien si et seulement si l’opérateur partiel v−1v^{-1} est auto-adjoint.

L’opérateur partiel v−1v^{-1} est un opérateur fermé à domaine dense de E dans F (exemple 2 de IV, p. 228) et l’adjoint v∗v^* de vv est une application linéaire continue de E dans F ; elle est injective, puisque l’image de vv est dense dans E (EVT, V, p. 41, prop. 4). Soit ss (resp. s′s') l’isomorphisme isométrique (x,y)↦(−y,x)(x, y)\mapsto (-y, x) de E⊕FE\oplus F sur F⊕EF\oplus E (resp. l’isomorphisme isométrique (y,x)↦(−x,y)(y, x)\mapsto (-x, y) de F⊕EF\oplus E sur E⊕FE\oplus F) et soit ι\iota (resp. ι′\iota ') l’isomorphisme isométrique (y,x)↦(x,y)(y, x)\mapsto (x, y) de F⊕EF\oplus E sur E⊕FE\oplus F (resp. l’isomorphisme isométrique (x,y)↦(y,x)(x, y)\mapsto (y, x) de E⊕FE\oplus F sur F⊕EF\oplus E). On a alors s∘ι=−ι′∘s′s\circ \iota =-\iota '\circ s', d’où

Γ(v−1)∗=s(Γv−1)∘=s(ι(Γv))∘=−ι′(s′(Γv))∘=−ι′(Γv∗)=Γ(v∗)−1 \Gamma_{(v^{-1})^*}=s(\Gamma_{v^{-1}})^{\circ}=s(\iota (\Gamma_v))^{\circ}=-\iota '(s'(\Gamma_v))^{\circ}=-\iota '(\Gamma_{v^*}) = \Gamma_{(v^*)^{-1}}

d’après la prop. 7 de IV, p. 236. La proposition en résulte.

Proposition 10 (Hellinger–Toeplitz) 033I

Soit uu un opérateur partiel symétrique sur l’espace hilbertien E. Si le domaine de uu est égal à E, alors u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E) et uu est hermitien.

En effet, l’opérateur partiel uu est fermable (prop. 8 de IV, p. 237), et donc fermé puisque son domaine est E (IV, p. 228, remarque). On conclut alors en invoquant EVT, I, p. 19, cor. 5.

Corollaire 033J

Soit uu un opérateur partiel symétrique sur E. Si l’opérateur partiel uu induit une application linéaire bijective de dom(uu) dans E, alors uu est auto-adjoint.

En effet, l’opérateur partiel u−1u^{-1} réciproque de uu est symétrique de domaine E (prop. 9), donc u−1u^{-1} est un élément auto-adjoint de L(E)\mathscr{L}(E) (prop. 10), et uu est alors hermitien (prop. 9).

Proposition 11 033K

Soit uu un opérateur partiel symétrique sur E et soit λ∈C\lambda \in \mathbf{C}. Si u+λ1Eu+\lambda 1_E et u+λ1Eu+\lambda 1_E sont surjectifs, alors uu est auto-adjoint.

Il suffit de démontrer que dom(u∗u^*)⊂\subset dom(uu). Soit x∈x\in dom(u∗u^*). Il existe par hypothèse y∈y\in dom(uu) tel que u(y)+λy=u∗(x)+λxu(y) +\lambda y=u^*(x) +\lambda x. Démontrons que y=xy=x. Pour tout z∈z\in dom(uu), il vient

⟨(u+λ1E)(z)∣x⟩=⟨z∣(u∗+λ‾1E)(x)⟩ \langle (u+\lambda 1_E)(z)|x\rangle =\langle z|(u^*+\overline{\lambda}1_E)(x)\rangle
=⟨z∣(u+λ‾1E)(y)⟩=⟨(u+λ1E)(z)∣y⟩ =\langle z|(u+\overline{\lambda}1_E)(y)\rangle =\langle (u+\lambda 1_E)(z)|y\rangle

puisque uu est symétrique. Comme l’opérateur u+λ1Eu+\lambda 1_E est surjectif, on a bien y=xy=x, donc x∈x\in dom(uu).

Nous verrons plus loin (cf. prop. 17 de IV, p. 248) que si λ∈C−R\lambda \in \mathbf{C}-\mathbf{R}, alors la réciproque est vraie.

Proposition 12 033L

Soit uu un opérateur fermé à domaine dense de E dans F. L’opérateur partiel u∗∘uu^*\circ u sur E est auto-adjoint et positif. Son domaine est un cœur pour uu.

Notons vv l’opérateur partiel 1E+u∗∘u1_E+u^*\circ u. Son domaine est dom(u∗∘uu^*\circ u), qui est contenu dans dom(uu). Pour tous x∈x\in dom(uu) et y∈y\in dom(vv), on a u(y)∈u(y)\in dom(u∗u^*) et

⟨x∣v(y)⟩=⟨x∣y⟩+⟨x∣(u∗∘u)(y)⟩=⟨x∣y⟩+⟨u(x)∣u(y)⟩(3) \langle x|v(y)\rangle =\langle x|y\rangle +\langle x|(u^*\circ u)(y)\rangle =\langle x|y\rangle +\langle u(x)|u(y)\rangle \tag{3}
⟨y∣v(y)⟩=∥y∥2+∥u(y)∥2(4) \langle y|v(y)\rangle =\|y\|^2+\|u(y)\|^2 \tag{4}

La formule (4) implique que l’opérateur partiel vv est injectif. Par ailleurs, d’après la prop. 7 de IV, p. 236, a), on a F⊕E=Γu∗⊕s(Γu)F\oplus E = \Gamma_{u^*}\oplus s(\Gamma_u). Soit x∈Ex\in E. Il existe y′∈y'\in dom(u∗u^*) et x′∈x'\in dom(uu) tels que

(0,x)=(y′,u∗(y′))+(−u(x′),x′)=(y′−u(x′),x′+u∗(y′)) (0, x) = (y', u^*(y')) + (-u(x'), x') = (y'-u(x'), x'+u^*(y'))

On a donc y′=u(x′)y'=u(x'), d’où x′∈x'\in dom(u∗∘uu^*\circ u) == dom(vv) et

x=x′+u∗(y′)=x′+(u∗∘u)(x′)=v(x′) x=x'+u^*(y') =x'+ (u^*\circ u)(x') =v(x')

L’opérateur partiel vv sur E est donc surjectif, et induit une application linéaire bijective de dom(vv) dans E.

Soit x∈Ex\in E orthogonal à dom(vv). Écrivons x=v(x′)x=v(x') où x′∈x'\in dom(vv). D’après la formule (4), on obtient

0=⟨x′∣x⟩=⟨x′∣v(x′)⟩=∥x′∥2+∥u(x′)∥2 0 =\langle x'|x\rangle =\langle x'|v(x')\rangle =\|x'\|^2+\|u(x')\|^2

d’où x′=0x'= 0, puis x=0x= 0. Le domaine de vv est donc dense dans E.

L’opérateur partiel vv est à domaine dense ; il est bijectif et la formule (3) démontre qu’il est symétrique. On conclut que vv est auto-adjoint en appliquant le corollaire de la proposition 10. Par conséquent, u∗∘u=v−1Eu^*\circ u=v-1_E est auto-adjoint. De plus, la formule

⟨x∣(u∗∘u)(x)⟩=∥u(x)∥2 \langle x|(u^*\circ u)(x)\rangle =\|u(x)\|^2

pour tout x∈x\in dom(u∗∘uu^*\circ u) implique que u∗∘uu^*\circ u est positif.

Finalement, soit y∈Euy\in E_u orthogonal à dom(u∗∘uu^*\circ u). Il existe un élément xx dans le domaine de u∗∘uu^*\circ u tel que y=v(x)=x+(u∗∘u)(x)y=v(x) =x+ (u^*\circ u)(x). On a alors 0=(x∣y)u=⟨y∣y⟩0 = (x|y)_u=\langle y|y\rangle, d’où y=0y= 0.

6. Opérateurs différentiels

Soient n∈Nn\in \mathbf{N} et U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n. On munit Rn\mathbf{R}^n et U de la mesure de Lebesgue notée μ\mu.

Soient k∈Nk\in \mathbf{N} et h∈Nh\in \mathbf{N} tels que h⩾kh\geqslant k. Soit D un opérateur différentiel scalaire sur U d’ordre ⩽k\leqslant k, à coefficients (nα)∣α∣⩽k(n_{\alpha})_{|\alpha|\leqslant k} de classe ChC^h sur U. On suppose que pour tout α\alpha tel que ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k et tout β\beta tel que 0⩽β⩽α0\leqslant \beta \leqslant \alpha, la fonction ∂βnα\partial^{\beta}n_{\alpha} est bornée sur U.

Soit tD^tD l’opérateur différentiel scalaire sur U transposé de D (VAR, R2, 14.3.2) ; il est d’ordre ⩽k\leqslant k et de classe Ch−kC^{h-k}; pour φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(U), on a

tD(φ)=∑∣α∣⩽k(−1)∣α∣∂α(n‾αφ) ^tD(\varphi ) =\sum_{|\alpha|\leqslant k}(-1)^{|\alpha|}\partial^{\alpha}(\overline{n}_{\alpha}\varphi )

(loc. cit.) ; en particulier, les coefficients de tD^tD sont bornés sur U.

On note D−D_- l’opérateur partiel sur L2(U)L^2(U) de domaine D(U)\mathscr{D}(U) défini par

φ↦D(φ)=∑∣α∣⩽knα∂αφ(5) \varphi \mapsto D(\varphi ) =\sum_{|\alpha|\leqslant k}n_{\alpha}\partial^{\alpha}\varphi \tag{5}

Soit HDH_D l’espace des f∈L2(U)f\in L^2(U) telles que la distribution

D(f)=∑∣α∣⩽knα∂αf D(f) =\sum_{|\alpha|\leqslant k}n_{\alpha}\partial^{\alpha}f

appartient à L2(U)L^2(U); on note D+D_+ l’opérateur partiel de domaine HDH_D défini par f↦D(f)f\mapsto D(f).

Puisqu’on a ∂αf∈L2(U)\partial^{\alpha}f\in L^2(U) si f∈Hk(U)f\in H^k(U) et ∣α∣⩽k|\alpha |\leqslant k, l’espace de Sobolev Hk(U)H^k(U) est contenu dans HDH_D; en général, ces espaces sont distincts.

On a D−⊂D+D_-\subset D_+, et ce sont des opérateurs différentiels associés à D sur L2(U)L^2(U) (déf. 5 de IV, p. 235).

Proposition 13 033M

Soit uu un opérateur partiel sur L2(U)L^2(U). Si que D−⊂u⊂D+D_-\subset u\subset D_+, alors uu est fermable et (tD)−⊂u∗⊂(tD)+(^tD)_-\subset u^*\subset (^tD)_+.

Soient φ\varphi et ψ\psi dans D(U)\mathscr{D}(U). On a alors

⟨φ∣D(ψ)⟩=∑∣α∣⩽∫kUnαφ∂αψdμ \langle \varphi |D(\psi )\rangle =\sum_{|\alpha|\leqslant}\int_{kU}n_{\alpha}\varphi \partial^{\alpha}\psi d\mu
=∑∣α∣⩽k(−1)∣α∣⟨∂α(n‾αφ)∣ψ⟩=⟨tD(φ)∣ψ⟩ =\sum_{|\alpha|\leqslant k}(-1)^{|\alpha|}\langle \partial^{\alpha}(\overline{n}_{\alpha}\varphi )|\psi \rangle =\langle^tD(\varphi )|\psi \rangle

(cf. VAR, R2, 14.3.8). Puisque D(U)\mathscr{D}(U) est dense dans L2(U)L^2(U) (prop. 4 de IV, p. 202), cela implique que φ∈\varphi \in dom(u∗u^*) et u∗(φ)=tD(φ)u^*(\varphi ) =^tD(\varphi ). On a donc (tD)−⊂u∗(^tD)_-\subset u^*; en particulier, u∗u^* est à domaine dense et uu est fermable (prop. 8 de IV, p. 237).

Soient f∈f\in dom(u∗u^*) et φ∈D(U)\varphi \in \mathscr{D}(U). Puisque D(U)⊂\mathscr{D}(U)\subset dom(uu), la distribution associée à u∗(f)u^*(f) vérifie

⟨u∗(f),φ⟩=⟨φ‾∣u∗(f)⟩=⟨u(φ‾)∣f⟩ \langle u^*(f), \varphi \rangle =\langle \overline{\varphi}|u^*(f)\rangle =\langle u(\overline{\varphi})|f\rangle

Comme D−⊂uD_-\subset u, on calcule u(φ‾)u(\overline{\varphi}) par la formule (5), d’où

⟨u∗(f),φ⟩=∑α⟨nα∂αφ‾∣f⟩=∑α⟨∂αφ‾∣n‾αf⟩ \langle u^*(f), \varphi \rangle =\sum_{\alpha}\langle n_{\alpha}\partial^{\alpha}\overline{\varphi}|f\rangle =\sum_{\alpha}\langle \partial^{\alpha}\overline{\varphi}|\overline{n}_{\alpha}f\rangle
=∑α⟨n‾αf,∂αφ⟩=∑α(−1)∣α∣⟨∂α(n‾αf),φ⟩=⟨tD(f),φ⟩ =\sum_{\alpha}\langle \overline{n}_{\alpha}f, \partial^{\alpha}\varphi \rangle =\sum_{\alpha}(-1)^{|\alpha|}\langle \partial^{\alpha}(\overline{n}_{\alpha}f), \varphi \rangle =\langle^tD(f), \varphi \rangle

Les distributions u∗(f)u^*(f) et tD(f)^tD(f) sont donc égales ; la distribution ff appartient donc à HtDH_{_tD} et u∗(f)=tD(f)u^*(f) =^tD(f), d’où u∗⊂(tD)+u^*\subset (^tD)_+.

Remarque 033N

La proposition signifie que l’adjoint d’un opérateur partiel uu tel que D−⊂u⊂D+D_-\subset u\subset D_+ peut toujours se calculer au sens des distributions : les éléments ff du domaine de u∗u^* sont des éléments de L2(U)L^2(U) tels que la distribution tD(f)^tD(f) appartient à L2L^2(U), et on a u∗(f)=tD(f)u^*(f) =^tD(f).

On dit que D est formellement symétrique si tD=D^tD = D en tant qu’opérateur différentiel scalaire. Si c’est le cas, l’opérateur partiel D−D_- est symétrique.

Considérons le cas particulier de l’opérateur différentiel scalaire d’ordre 2 défini par

Δ=−∑i=1n∂i2 \Delta =-\sum_{i=1}^n\partial_i^2

On appelle laplacien sur U tout opérateur partiel uu, auto-adjoint sur L2L^2(U), tel que Δ−⊂u(\Delta_-\subset u(cf. VAR, R2, 14.4.3, p. 83). Nous verrons plus loin (IV, p. 261, exemple) qu’il existe toujours au moins un laplacien sur L2(U)L^2(U); il peut en exister plus d’un (exercice 17 de IV, p. 358).

7. Spectre et résolvante

Lemme 4 033O

Soit E un espace de Banach complexe et soit uu un opérateur partiel fermé injectif sur E tel que u−1∈L(E)u^{-1}\in \mathscr{L}(E). Soit v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) tel que ∥v∥<∥u−1∥−1\|v\|<\|u^{-1}\|^{-1}. Alors l’opérateur partiel u+vu+v est injectif, on a (u+v)−1∈L(E)(u+v)^{-1}\in \mathscr{L}(E) et

(u+v)−1=u−1∘∑k=0+∞(−vu−1)k(6) (u+v)^{-1}=u^{-1}\circ \sum_{k=0}^{+\infty}(-vu^{-1})^k \tag{6}

où la série est absolument convergente dans L(E)\mathscr{L}(E). De plus, on a

∥(u+v)−1∥⩽∥u−1∥−1 \|(u+v)^{-1}\|\leqslant \|u^{-1}\|_{-1}
1−∥v∥∥u∥ 1- \|v\| \|u\|

Comme ∥v∥∥u−1∥<1\|v\| \|u^{-1}\|<1, la série de terme général (−vu−1)k(-vu^{-1})^k est absolument convergente dans L\mathscr{L} (E), et sa somme est l’inverse de l’endomorphisme 1E+vu−11_E+vu^{-1} (prop. 2 de I, p. 22). Par conséquent, l’opérateur partiel (1E+vu−1)∘u=u+v((1_E+vu^{-1})\circ u=u+v(IV, p. 226, rem. vi) est injectif et l’opérateur partiel réciproque (u+v)−1=u−1∘(1E+vu−1)−1((u+v)^{-1}=u^{-1}\circ (1_E+vu^{-1})^{-1}(IV, p. 226, rem. iii) appartient à L(E)\mathscr{L}(E). Comme

∥(1E+vu−1)−1∥⩽∑+∞(∥v∥∥u−1∥)k=\|(1_E+vu^{-1})^{-1}\|\leqslant \sum^{+\infty}(\|v\| \|u^{-1}\|)^k= 1 −1_{-1},

1−∥v∥∥u∥ 1- \|v\| \|u\|
k=0k=0

le lemme est démontré.

Définition 8 033P

Soit uu un opérateur fermé à domaine dense sur un espace de Banach complexe E. L’ensemble résolvant de uu est l’ensemble des nombres complexes λ\lambda tels que l’opérateur partiel λ1E−u\lambda 1_E-u est injectif et son inverse (λ1E−u)−1(\lambda 1_E-u)^{-1} appartient à L(E)\mathscr{L}(E).

Le spectre de uu, noté Sp(uu), est le complémentaire de l’ensemble résolvant dans C\mathbf{C}.

Si λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(uu), on note R(u,λ)∈L(E)R(u, \lambda )\in \mathscr{L}(E) l’inverse de λ1E−u\lambda 1_E-u. L’application de C−\mathbf{C}- Sp(uu) dans L(E)\mathscr{L}(E) qui à λ\lambda associe R(u,λ)R(u, \lambda ) est appelée la résolvante de uu.

Remarque 033Q

Soit E un espace de Banach complexe et soit uu un opérateur fermé à domaine dense sur E.

1) Si u∈Lu\in \mathscr{L} (E), son spectre coïncide avec le spectre de l’élément uu de l’algèbre L(E)\mathscr{L}(E)(I, p. 2, déf. 1).

2) Soit D le domaine de uu. Pour tout λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(uu), on a

1E=(λ1E−u)∘R(u,λ),1D=R(u,λ)∘(λ1E−u)(7) 1_E= (\lambda 1_E-u)\circ R(u, \lambda ),1_D= R(u, \lambda )\circ (\lambda 1_E-u) \tag{7}

De plus, pour λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2 dans l’ensemble résolvant de uu, on a

R(u,λ1)−R(u,λ2)=(λ2−λ1)R(u,λ2)∘R(u,λ1)(8) R(u, \lambda_1)-R(u, \lambda_2) = (\lambda_2-\lambda_1)R(u, \lambda_2)\circ R(u, \lambda_1) \tag{8}
R(u,λ1)∘R(u,λ2)=R(u,λ2)∘R(u,λ1)(9) R(u, \lambda_1)\circ R(u, \lambda_2) = R(u, \lambda_2)\circ R(u, \lambda_1) \tag{9}

En effet, on a

R(u,λ1)−R(u,λ2)=R(u,λ1)∘1E−1D∘R(u,λ2) R(u, \lambda_1)-R(u, \lambda_2) = R(u, \lambda_1)\circ 1_E-1_D\circ R(u, \lambda_2)

Puisque 1E=(λ21E−u)∘R(u,λ2)1_E= (\lambda_21_E-u)\circ R(u, \lambda_2) et 1D=R(u,λ1)∘(λ11E−u)1_D= R(u, \lambda_1)\circ (\lambda_11_E-u), on obtient

R(u,λ1)−R(u,λ2)=λ2R(u,λ1)∘R(u,λ2) R(u, \lambda_1)-R(u, \lambda_2) =\lambda_2R(u, \lambda_1)\circ R(u, \lambda_2)
−R(u,λ1)∘u∘R(u,λ2)−λ1R(u,λ1)∘R(u,λ2) -R(u, \lambda_1)\circ u\circ R(u, \lambda_2)-\lambda_1R(u, \lambda_1)\circ R(u, \lambda_2)
+R(u,λ1)∘u∘R(u,λ2) + R(u, \lambda_1)\circ u\circ R(u, \lambda_2)

d’où la première formule. En échangeant le rôle de λ1\lambda_1 et λ2\lambda_2, on en déduit la seconde formule.

3) Soit λ∈C\lambda \in \mathbf{C}. D’après le théorème du graphe fermé (EVT, I, p. 19, cor. 5), si l’application linéaire de dom(uu) dans E définie par x↦(λ1E−u)(x)x\mapsto (\lambda 1_E-u)(x) est bijective, alors son inverse, dont le graphe est fermé, est continue de E dans E. Donc λ\lambda appartient à l’ensemble résolvant de uu si et seulement si l’application x↦(λ1E−u)(x)x\mapsto (\lambda 1_E-u)(x) de dom(uu) dans E est bijective.

4) Si λ\lambda appartient au spectre de uu, une des propriétés suivantes est valide :

(i) Le noyau de λ1E−u\lambda 1_E-u n’est pas réduit à 0 ; on dit alors que λ\lambda est une valeur propre de uu, et que la dimension de Ker(λ1E−u\lambda 1_E-u) est sa multiplicité ;

(ii) L’opérateur partiel λ1E−u\lambda 1_E-u est injectif et son image n’est pas dense dans E ; on dit que λ\lambda appartient au spectre résiduel de uu;

(iii) L’opérateur partiel λ1E−u\lambda 1_E-u est injectif, son image est dense dans E, mais λ1E−u\lambda 1_E-u n’est pas surjectif ; on dit que λ\lambda appartient au spectre continu de uu.

5) Soit λ\lambda un nombre complexe appartenant à l’ensemble résolvant de uu. La résolvante R(u,λ)R(u, \lambda ) est une application linéaire injective de E dans E ; son image est le domaine de uu et u=λ1E−R(u,λ)−1(u=\lambda 1_E-R(u, \lambda )^{-1}(cf. IV, p. 226). Inversement, cette propriété caractérise l’ensemble résolvant et la résolvante. Précisément, soit λ∈C\lambda \in \mathbf{C}; s’il existe une application linéaire continue injective ww de E dans E telle que u=λ1E−w−1u=\lambda 1_E-w^{-1}, alors λ\lambda appartient à l’ensemble résolvant de uu et w=R(u,λ)w= R(u, \lambda ).

En particulier, si vv est un opérateur fermé à domaine dense sur E, et si λ∈C\lambda \in \mathbf{C} est un nombre complexe n’appartenant pas à Sp(uu)∪\cup Sp(vv), alors l’égalité R(u,λ)=R(v,λ)R(u, \lambda ) = R(v, \lambda ) implique que u=vu=v.

6) On définit le spectre d’un opérateur partiel fermable uu comme le spectre de sa fermeture.

Il existe des opérateurs fermés dont le spectre est vide, ou dont le spectre est égal à C\mathbf{C} (exercice 12 de IV, p. 347).

Soient E un espace de Banach complexe et uu un opérateur fermé à domaine dense sur E. Si F est un espace de Banach complexe et si v:E→Fv: E\rightarrow F est un isomorphisme, alors on a Sp(v∘u∘v−1v\circ u\circ v^{-1}) == Sp(uu) et R(v∘u∘v−1,λ)=v∘R(u,λ)∘v−1R(v\circ u\circ v^{-1}, \lambda ) =v\circ R(u, \lambda )\circ v^{-1} pour tout λ∉\lambda \notin Sp(uu).

Proposition 14 033R

Soit E un espace de Banach complexe. Soient uu un opérateur fermé à domaine dense sur E et U son ensemble résolvant.

a) Pour tout λ∈U\lambda \in U, le disque ouvert dans C\mathbf{C} de centre λ\lambda et de rayon ∥R(u,λ)∥−1\|R(u, \lambda )\|^{-1} est contenu dans U ;

b) L’ensemble U est ouvert dans C\mathbf{C};

c) Supposons que Sp(uu) n’est pas vide. Soit λ∈U\lambda \in U et notons δ\delta la distance dans C\mathbf{C} de λ\lambda au spectre de uu. On a δ>0\delta >0 et ∥R(u,λ)∥⩾1/δ\|R(u, \lambda )\|\geqslant 1/\delta;

d) L’application λ↦R(u,λ)\lambda \mapsto R(u, \lambda ) est une application holomorphe de U dans L(E)\mathscr{L}(E). Pour tout entier k∈Nk\in \mathbf{N} et tout λ∈U\lambda \in U, on a

∂k∂λkR(u,λ)=(−1)kk\frac{\partial^k}{\partial \lambda^k}R(u, \lambda ) = (-1)^kk!R(u,λu, \lambda )k+1^{k+1}.

Soit λ∈U\lambda \in U. Pour tout μ∈C\mu\in \mathbf{C} tel que ∥(μ−λ)1E∥<∥R(u,λ)∥−1\|(\mu-\lambda )1_E\|<\|R(u, \lambda )\|^{-1}, le lemme 4 appliqué à l’opérateur partiel injectif λ1E−u\lambda 1_E-u et à v=(μ−λ)1Ev= (\mu-\lambda )1_E implique que l’opérateur partiel μ1E−u=λ1E−u+v\mu1_E-u=\lambda 1_E-u+v est injectif et a un inverse continu. Cela implique a). D’après loc. cit., on a également la formule

R(u,μ)=R(u,λ)∘∑k∈N(λ−μ)kR(u,λ)k R(u, \mu) = R(u, \lambda )\circ \sum_{k\in\mathbf{N}}(\lambda -\mu)^kR(u, \lambda )^k

ce qui implique que la résolvante de uu est holomorphe dans U.

L’assertion b) résulte aussitôt de a). Si Sp(uu) est non vide, la distance de λ\lambda à Sp(uu) est strictement positive (TG, IX, p. 13, prop. 2), d’où c).

La dernière partie de l’assertion d) est démontrée par récurrence sur kk, le cas k=1k= 1 étant conséquence de la formule (8), p. 245.

Proposition 15 033S

Soient uu un opérateur fermé à domaine dense sur un espace de Banach complexe E et λ\lambda un nombre complexe appartenant à l’ensemble résolvant de uu.

a) Le sous-ensemble Sp(R(u,λu, \lambda ))−{0}-\{0\} de C\mathbf{C} est l’image du spectre de uu par l’application μ↦(λ−μ)−1\mu\mapsto (\lambda -\mu)^{-1} de C−{λ}\mathbf{C}-\{\lambda \} dans C∗\mathbf{C}^*;

b) Pour tout μ≠λ\mu\not =\lambda dans C\mathbf{C}, on a

Ker(μ1E−u\mu1_E-u) == Ker((λ−μ\lambda -\mu)−11E−R(u,λ)^{-1}1_E-R(u, \lambda )).

Démontrons l’assertion a). Pour tout μ≠λ\mu\not =\lambda, on calcule

μ1E−u=(λ−μ)((λ−μ)−11E−R(u,λ))(λ1E−u) \mu1_E-u= (\lambda -\mu) ((\lambda -\mu)^{-1}1_E-R(u, \lambda )) (\lambda 1_E-u)

Puisque λ∉\lambda \notin Sp(uu) et μ≠λ\mu\not =\lambda, l’application linéaire (λ−μ)(λ1E−u)(\lambda -\mu)(\lambda 1_E-u) est une bijection de dom(uu) sur E. Par conséquent, cette formule implique que μ1E−u\mu1_E-u est une bijection de dom(uu) sur E si et seulement si (λ−μ)−11E−R(u,λ)(\lambda -\mu)^{-1}1_E-R(u, \lambda ) est une bijection de E sur E, ce qui implique l’assertion.

Démontrons b). Si μ≠λ\mu\not =\lambda et x∈x\in Ker((λ−μ\lambda -\mu)−11E−R(u,λ)^{-1}1_E-R(u, \lambda )), on a x∈x\in dom(uu) et la formule 1E=(λ1E−u)∘R(u,λ)1_E= (\lambda 1_E-u)\circ R(u, \lambda ) implique que x∈x\in Ker(μ1E−u\mu1_E-u). Réciproquement, si x∈x\in Ker(μ1E−u\mu1_E-u) et μ≠λ\mu\not =\lambda, la formule 1dom(u)=R(u,λ)∘(λ1E−u)1_{dom(u)}= R(u, \lambda )\circ (\lambda 1_E-u) implique R(u,λ)(x)=(λ−μ)−1xR(u, \lambda )(x) = (\lambda -\mu)^{-1}x.

Proposition 16 033T

Soit uu un opérateur fermé à domaine dense sur un espace hilbertien complexe E. Le spectre de u∗u^* est l’image du spectre de uu par la conjugaison complexe et, pour tout élément λ\lambda de l’ensemble résolvant de uu, on a R(u,λ)∗=R(u∗,λ)R(u, \lambda )^*= R(u^*, \lambda ). En particulier, si uu est auto-adjoint, l’endomorphisme R(u,λ)R(u, \lambda ) est normal pour tout λ∉\lambda \notin Sp(uu).

Soit λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(uu) un élément de l’ensemble résolvant de uu. On a u=λ1E−R(u,λ)−1u=\lambda 1_E-R(u, \lambda )^{-1}, donc

u∗=λ‾1E−(R(u,λ)−1)∗=λ‾1E−(R(u,λ)∗)−1 u^*=\overline{\lambda}1_E-(R(u, \lambda )^{-1})^*=\overline{\lambda}1_E-(R(u, \lambda )^*)^{-1}

(IV, p. 236 et prop. 9 de IV, p. 239). D’après la remarque 5, on en déduit que λ‾∈C−\overline{\lambda}\in \mathbf{C}- Sp(u∗u^*) et que R(u,λ)∗=R(u∗,λ)R(u, \lambda )^*= R(u^*, \lambda ). Par conséquent, le spectre de u∗u^* est contenu dans l’image de Sp(uu) par la conjugaison complexe. On obtient l’égalité en appliquant cette propriété à u∗u^*, puisque u∗∗=uu^{**}=u (cor. de la prop. 8 de IV, p. 237). La dernière assertion résulte alors de la formule (9), p. 245.

Corollaire 033U

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur un espace hilbertien complexe E. Si E n’est pas nul, alors le spectre de uu n’est pas vide.

Supposons que Sp(uu) est vide. Alors uu est injectif et u−1=−R(u,0)u^{-1}=-R(u,0) est un endomorphisme injectif de E tel que Sp(u−1u^{-1})⊂{0}\subset \{0\} (prop. 15, a)), donc Sp(u−1u^{-1}) ={0}(=\{0\}(I, p. 26, cor. 1). Puisque u−1u^{-1} est normal (prop. 16), cela implique que u−1u^{-1} est nul (I, p. 110, exemple 1), ce qui est une contradiction.

Lemme 5 033V

Soit E un espace hilbertien complexe et soit uu un opérateur partiel fermé à domaine dense sur E. Soit λ∈C\lambda \in \mathbf{C}. Supposons qu’il existe un nombre réel c>0c >0 tel que

(10) ∥u(x)−λx∥⩾c∥x∥\|u(x)-\lambda x\|\geqslant c\|x\| pour tout x∈x\in dom(uu),

(11) ∥u∗(x)−λx∥⩾c∥x∥\|u^*(x)-\lambda x\|\geqslant c\|x\| pour tout x∈x\in dom(u∗u^*).

Alors λ\lambda appartient à l’ensemble résolvant de uu et ∥R(u,λ)∥⩽c−1\|R(u, \lambda )\|\leqslant c^{-1}.

L’hypothèse implique que u−λ1Eu-\lambda 1_E et u∗−λ‾1Eu^*-\overline{\lambda}1_E sont injectifs. Soit F l’image de u−λ1Eu-\lambda 1_E. L’espace F est dense dans E, puisque son orthogonal est égal à Ker(u∗−λ‾1Eu^*-\overline{\lambda}1_E) (prop. 7, c) de IV, p. 236), qui est nul.

Démontrons que l’espace F est fermé. Soit (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite dans dom(uu) telle que la suite (u(xn)−λxn)n∈N(u(x_n)-\lambda x_n)_{n\in\mathbf{N}} converge vers y∈Fy\in F. L’inégalité (10) implique que la suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} est une suite de Cauchy dans E. Soit x∈Ex\in E sa limite. La suite (xn,u(xn))(x_n, u(x_n)) converge vers (x,y+λx)(x, y+\lambda x) dans E×EE\times E; puisque le graphe de uu est fermé, on a donc x∈x\in dom(uu) et u(x)=y+λxu(x) =y+\lambda x, ce qui démontre que y∈Fy\in F.

On conclut que F = E. Ainsi, l’opérateur partiel u−λ1Eu-\lambda 1_E est bijectif, d’où λ∉\lambda \notin Sp(uu) (remarque 3). L’inégalité (10) implique alors que ∥R(u,λ)∥⩽c−1\|R(u, \lambda )\|\leqslant c^{-1}.

Proposition 17 033W

Soit E un espace hilbertien complexe et soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E.

a) Le spectre de uu est contenu dans R\mathbf{R};

b) Si uu est positif, alors le spectre de uu est contenu dans R+\mathbf{R}_+;

c) Supposons que E est non nul. Soient λ∉\lambda \notin Sp(uu) et δ>0\delta >0 la distance de λ\lambda au spectre de uu. On a ∥R(u,λ)∥=δ−1\|R(u, \lambda )\|=\delta^{-1}.

Soient (a,b)∈R×R(a, b)\in \mathbf{R}\times \mathbf{R} et λ=a+ib\lambda =a+ib. Soit x∈x\in dom(uu). Comme uu est auto-adjoint, on a ⟨x∣u(x)⟩∈R\langle x|u(x)\rangle \in \mathbf{R}, d’où

∥u(x)−λx∥2=∥u(x)∥2−2a⟨x∣u(x)⟩+(a2+b2)∥x∥2 \|u(x)-\lambda x\|^2=\|u(x)\|^2-2a\langle x|u(x)\rangle + (a^2+b^2)\|x\|^2
=∥u(x)−λx∥2 =\|u(x)-\lambda x\|^2

Supposons que b≠0b\not = 0. On obtient alors

∥u(x)−λx∥2=∥u(x)−λx∥2⩾(∥u(x)∥−a∥x∥)2+b2∥x∥2 \|u(x)-\lambda x\|^2=\|u(x)-\lambda x\|^2\geqslant (\|u(x)\| -a\|x\|)^2+b^2\|x\|^2
⩾b2∥x∥2 \geqslant b^2\|x\|^2

D’après le lemme 5, on a donc λ∉\lambda \notin Sp(uu), d’où l’assertion a).

Supposons que uu est également positif. Si b=0b= 0 et a<0a <0, on obtient de même pour x∈x\in dom(uu) l’inégalité

∥u(x)−λx∥2=∥u(x)−λx∥2⩾(∥u(x)∥−a∥x∥)2⩾a2∥x∥2 \|u(x)-\lambda x\|^2=\|u(x)-\lambda x\|^2\geqslant (\|u(x)\| -a\|x\|)^2\geqslant a^2\|x\|^2

donc λ∉\lambda \notin Sp(uu) ((loc. cit.), ce qui démontre b).

Démontrons enfin c). D’après la prop. 16, la résolvante R(u,λ)R(u, \lambda ) est un endomorphisme normal de E. Sa norme est donc égale à son rayon spectral (cor. 1 de I, p. 108), d’où

∥R(u,λ)∥=\|R(u, \lambda )\|= supμ∈Sp(R(u,λ))∣μ∣_{\mu\in Sp(R(u,\lambda))}|\mu|

(th. 1 de I, p. 24). Le spectre de R(u,λ)R(u, \lambda ) ne peut être réduit à {0}\{0\}, car dans ce cas on aurait ∥R(u,λ)∥=0\|R(u, \lambda )\|= 0, donc l’image dom(uu) de R(u,λ)R(u, \lambda ) serait nulle, et E également. La prop. 15 implique donc que

∥R(u,λ)∥=\|R(u, \lambda )\|= supμ∈Sp(u)1∣λ−μ∣=1δ_{\mu\in Sp(u)}\frac{1}{|\lambda-\mu|}=\frac{1}{\delta}.

Corollaire 033X

Soit uu un opérateur auto-adjoint sur E.

a) Le spectre résiduel de uu est vide ;

b) Pour tous λ≠μ\lambda \not =\mu dans C\mathbf{C}, les espaces propres de uu relatifs à λ\lambda et μ\mu sont orthogonaux.

Démontrons a). Soit λ\lambda appartenant au spectre de uu; c’est un nombre réel (prop. 17). On a Ker(λ1E−u\lambda 1_E-u) == Im(λ1E−u\lambda 1_E-u)∘^{\circ} (prop. 7 de IV, p. 236), donc λ\lambda n’est pas une valeur propre de uu si l’opérateur partiel λ1E−u\lambda 1_E-u est d’image dense. Cela implique par définition que le spectre résiduel de uu est vide.

Démontrons b). D’après la proposition, on peut supposer que λ\lambda et μ\mu sont réels. Soient x∈x\in dom(uu) tel que u(x)=λxu(x) =\lambda x et y∈y\in dom(uu) tel que u(y)=μyu(y) =\mu y. On a alors

λ⟨x∣y⟩=⟨u(x)∣y⟩=⟨x∣u(y)⟩=μ⟨x∣y⟩ \lambda \langle x|y\rangle =\langle u(x)|y\rangle =\langle x|u(y)\rangle =\mu\langle x|y\rangle

d’où ⟨x∣y⟩=0\langle x|y\rangle = 0.

Remarque 033Y

Si uu est un opérateur symétrique fermé non auto-adjoint, son spectre n’est pas contenu dans R(\mathbf{R}(cf. cor. 10 de IV, p. 257 ci-dessous), et il est possible que les espaces propres de uu relatifs à λ\lambda et λ‾\overline{\lambda} ne soient pas orthogonaux (exercice 11 de IV, p. 347).

8. Pseudo-spectre

Définition 9 033Z

Soit E un espace de Banach complexe et soit uu un opérateur partiel fermé sur E. Soit ε\varepsilon un nombre réel strictement positif. On appelle ε\varepsilon-pseudo-spectre de uu la réunion du spectre de uu et de l’ensemble des nombres complexes λ\lambda appartenant à l’ensemble résolvant de uu tels que ∥R(u,λ)∥>ε−1\|R(u, \lambda )\|> \varepsilon^{-1}. On note PSpε(u)_{\varepsilon}(u) cet ensemble.

Certains auteurs définissent le ε\varepsilon-pseudo-spectre de uu comme l’ensemble Tε(u)T_{\varepsilon}(u) réunion de Sp(uu) et de l’ensemble des λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(uu) tels que ∥R(u,λ)∥⩾ε−1\|R(u, \lambda )\|\geqslant \varepsilon^{-1}. L’adhérence de PSpε(u)_{\varepsilon}(u) est contenue dans Tε(u)T_{\varepsilon}(u), mais cette inclusion peut être stricte, même si E est un espace hilbertien (cf. exercices 18 de IV, p. 348 et 19 de IV, p. 349).

Proposition 18 0340

Soient E un espace de Banach complexe et uu un opérateur partiel fermé sur E. Soit ε∈R+∗\varepsilon \in \mathbf{R}^*_+. L’ensemble PSpε(u)_{\varepsilon}(u) est un ouvert de C\mathbf{C}. Il n’est pas vide si E n’est pas nul.

Si E est nul, alors PSpε(u)_{\varepsilon}(u) est vide. Supposons que E est non nul. D’après la prop. 14 de IV, p. 246, l’ensemble PSpε(u)_{\varepsilon}(u) est un ouvert de C\mathbf{C}.

L’ensemble PSpε(u)_{\varepsilon}(u) n’est pas vide si le spectre de uu n’est pas vide. Si Sp(uu) est vide, alors le théorème de Liouville (VAR, R1, p. 29, 3.3.6) implique que la fonction holomorphe sur C\mathbf{C} définie par λ↦R(u,λ)\lambda \mapsto R(u, \lambda ) n’est pas bornée, donc il existe λ\lambda dans C\mathbf{C} tel que ∥R(u,λ)∥>ε−1\|R(u, \lambda )\|> \varepsilon^{-1}.

Proposition 19 0341

Soient E un espace de Banach complexe et uu un opérateur partiel fermé sur E. On a PSpε(u)⊂_{\varepsilon}(u)\subset PSpδ(u)_{\delta}(u) si 0<ε<δ0< \varepsilon < \delta et

⋂ε∈R+∗\bigcap_{\varepsilon\in\mathbf{R}^*_+} PSpε(u)=_{\varepsilon}(u) = Sp(uu).

La première assertion résulte de la définition. Pour la seconde, le spectre de uu est contenu dans PSpε(u)_{\varepsilon}(u) pour tout ε>0\varepsilon >0 par définition, et si λ∉\lambda \notin Sp(uu), alors λ∉\lambda \notin PSpε(u)_{\varepsilon}(u) lorsque ε<∥R(u,λ)∥−1\varepsilon <\|R(u, \lambda )\|^{-1}.

Proposition 20 0342

Soient E un espace de Banach complexe et uu un opérateur partiel fermé sur E. Soit ε∈R+∗\varepsilon \in \mathbf{R}^*_+. Pour tout λ∈C\lambda \in \mathbf{C}, les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) On a λ∈\lambda \in PSpε(u)_{\varepsilon}(u);

(ii) Soit λ∈\lambda \in Sp(uu), soit il existe x∈x\in dom(uu) tel que ∥x∥=1\|x\|= 1 et ∥(λ1E−u)(x)∥<ε\|(\lambda 1_E-u)(x)\|< \varepsilon;

(iii) Il existe v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) tel que ∥v∥<ε\|v\|< \varepsilon et λ∈\lambda \in Sp(u+vu+v).

On peut supposer que E est non nul. La condition (ii) est une reformulation de la définition, et donc de la condition (i).

Supposons que la condition (i) est vérifiée et démontrons (iii). Si λ\lambda appartient au spectre de uu, on peut prendre v=0v= 0 dans (iii).

Supposons donc que λ∉\lambda \notin Sp(uu). Par définition de PSpε(u)_{\varepsilon}(u), il existe y∈Ey\in E tel que ∥y∥=1\|y\|= 1 et ∥R(u,λ)y∥>ε−1\|R(u, \lambda )y\|> \varepsilon^{-1}. Posons x=R(u,λ)yx= R(u, \lambda )y. On a x≠0x\not = 0. D’après le théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 67, cor. 2), la forme linéaire ℓ\ell sur Cx\mathbf{C}x telle que ℓ(x)=1\ell (x) = 1 admet un prolongement continu ℓ1∈E′\ell_1\in E' tel que ∥ℓ1∥=∥ℓ∥\|\ell_1\|=\|\ell \|; on a donc ∥ℓ1∥=∥x∥−1<ε\|\ell_1\|=\|x\|^{-1}< \varepsilon. Pour tout e∈Ee\in E, posons v(e)=ℓ1(e)yv(e) =\ell_1(e)y. On a v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) et v(x)=yv(x) =y. Il vient (u+v)x=u(x)+y=λx(u+v)x=u(x) +y=\lambda x, donc λ∈\lambda \in Sp(u+vu+v). Comme de plus ∥v∥=∥ℓ1∥<ε\|v\|=\|\ell_1\|< \varepsilon, la condition (iii) est satisfaite.

Réciproquement, soit v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) tel que ∥v∥<ε\|v\|< \varepsilon et λ∈\lambda \in Sp(u+vu+v). L’opérateur partiel λ1E−(u+v)\lambda 1_E-(u+v) n’est donc pas injectif avec un inverse continu ; d’après le lemme 4 de IV, p. 243, appliqué à l’opérateur partiel injectif λ1E−u\lambda 1_E-u et à −v-v, on a donc ∥v∥⩾∥R(u,λ)∥−1\|v\|\geqslant \|R(u, \lambda )\|^{-1}. Il en résulte que la condition (iii) implique (i).

Corollaire 0343

Soient E un espace de Banach complexe et uu un opérateur partiel fermé sur E. Soit ε>0\varepsilon >0.

a) Pour tout v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E), on a PSpε(u)⊂_{\varepsilon}(u)\subset PSpε+∥v∥(u+v)_{\varepsilon+\|v\|}(u+v);

b) Soient δ>0\delta >0 et DδD_{\delta} le disque ouvert de centre 0 et de rayon δ\delta dans C\mathbf{C}. On a PSpε(u)+Dδ⊂_{\varepsilon}(u) + D_{\delta}\subset PSpε+δ(u)_{\varepsilon+\delta}(u).

Soit λ∈\lambda \in PSpε(u)_{\varepsilon}(u). Il existe un endomorphisme w∈L(E)w\in \mathscr{L}(E) tel que ∥w∥<ε\|w\|< \varepsilon et λ∈\lambda \in Sp(u+wu+w) (prop. 20). Comme u+w=(u+v)+(w−v)u+w= (u+v)+(w-v) et ∥w−v∥<ε+∥v∥\|w-v\|< \varepsilon +\|v\|, on a λ∈\lambda \in PSpε+∥v∥(u+v)(_{\varepsilon+\|v\|}(u+v) (loc. cit.).

Soit μ∈Dδ\mu\in D_{\delta}; on a λ+μ∈\lambda +\mu\in Sp(u+(w+μ1E)u+ (w+\mu1_E)) et ∥w+μ1E∥<ε+δ\|w+\mu1_E\|< \varepsilon +\delta, donc λ+μ∈\lambda +\mu\in PSpε+δ(u)(_{\varepsilon+\delta}(u) (loc. cit.).

Proposition 21 0344

Soient E un espace de Banach complexe et uu un opérateur partiel fermé sur E. Soit ε∈R+∗\varepsilon \in \mathbf{R}^*_+. Toute composante connexe bornée de PSpε(u)_{\varepsilon}(u) rencontre le spectre de uu.

Soit U une composante connexe de PSpε(u)_{\varepsilon}(u) qui ne rencontre pas Sp(uu). L’ensemble U est ouvert et fermé dans PSpε(u)_{\varepsilon}(u), et son adhérence U dans C\mathbf{C} vérifie donc U∩U\cap PSpε(u)=U_{\varepsilon}(u) = U.

Comme Sp(uu) est contenu dans PSpε(u)_{\varepsilon}(u) et U ne rencontre pas Sp(uu), cette égalité démontre que l’ensemble U est disjoint de Sp(uu), donc contenu dans l’ensemble résolvant de uu. De plus, elle implique que l’ensemble U‾−\overline{U}- U ne rencontre pas PSpε(u)_{\varepsilon}(u).

On a donc ∥R(u,λ)∥⩽ε−1\|R(u, \lambda )\|\leqslant \varepsilon^{-1} pour tout λ\lambda dans U‾−\overline{U}- U, tandis que ∥R(u,λ)∥>ε−1\|R(u, \lambda )\|> \varepsilon^{-1} pour λ∈U\lambda \in U. Si l’ensemble U est borné, son adhérence U‾\overline{U} est compacte et il existe λ0∈U‾\lambda_0\in \overline{U} tel que ∥R(u,λ)∥⩽∥R(u,λ0)∥\|R(u, \lambda )\|\leqslant \|R(u, \lambda_0)\| pour λ∈U\lambda \in U. Ce qui précède implique que λ0∈U\lambda_0\in U, ce qui contredit le principe du maximum (VAR, R1, p. 29, 3.3.7) puisque la résolvante de uu est holomorphe dans l’ensemble résolvant de uu (prop. 14 de IV, p. 246).

9. Opérateurs de multiplication

Soient X un espace localement compact et μ\mu une mesure positive sur X. On considère les opérateurs de multiplication sur L2(X,μ)L^2(X, \mu); ce sont des opérateurs fermés à domaine dense (prop. 5 de IV, p. 232). Pour toute fonction μ\mu-mesurable gg sur X, on notera mgm_g l’opérateur partiel de multiplication par gg sur L2(X,μ)L^2(X, \mu).

Proposition 22 0345

Soit gg une fonction μ\mu-mesurable sur X.

a) Le spectre de mgm_g est l’image μ\mu-essentielle S de gg;

b) Soit λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(mgm_g). La résolvante R(mg,λ)R(m_g, \lambda ) est l’opérateur de multiplication mhm_h, où hh est la fonction sur X définie par h(x)=0h(x) = 0 si g(x)=λg(x) =\lambda et h(x)=(λ−g(x))−1h(x) = (\lambda -g(x))^{-1} sinon.

Démontrons que C−\mathbf{C}- S est contenu dans l’ensemble résolvant de mgm_g. Soit λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- S. Il existe un voisinage ouvert U de λ\lambda tel que le sous-ensemble Y=g−1(U)Y =\overset{-1}{g}(U) de X est localement μ\mu-négligeable. La fonction kk définie sur X par k(x)=(λ−g(x))−1k(x) = (\lambda -g(x))^{-1} si x∉Yx \notin Y et k(x)=0k(x) = 0 si x∈Yx\in Y appartient alors à L∞(X,μ)\mathscr{L}^{\infty}(X, \mu) (lemme 5 de IV, p. 184) ; l’opérateur de multiplication par kk est donc un endomorphisme de L2(X,μ)L^2(X, \mu).

Comme ∣gk∣⩽1+∣λk∣|gk|\leqslant 1 +|\lambda k|, on a

∣gkf∣⩽∣f∣+∣λkf∣ |gkf|\leqslant |f|+|\lambda kf|

pour f∈L2(X,μ)f\in \mathscr{L}^2(X, \mu), ce qui implique que l’image de mkm_k est contenue dans le domaine de mgm_g. Réciproquement, soit f∈L2(X,μ)f\in \mathscr{L}^2(X, \mu) dont la classe f~\widetilde{f} appartient au domaine de mgm_g. En dehors de l’ensemble localement μ\mu-négligeable Y, on a f(x)=k(x)(λ−g(x))f(x)f(x) =k(x)(\lambda -g(x))f(x), donc f~\widetilde{f} est dans l’image de mkm_k. La même formule prouve que λ\lambda appartient à l’ensemble résolvant de mgm_g et que R(mg,λ)=mkR(m_g, \lambda ) =m_k. Comme l’ensemble Y est localement μ\mu-négligeable, l’opérateur de multiplication mkm_k coïncide avec l’opérateur mhm_h décrit dans l’assertion b).

Démontrons réciproquement que C−\mathbf{C}- Sp(mgm_g) est contenu dans C−\mathbf{C}- S. Soit λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(mgm_g). Soit M>∥R(mg,λ)∥M>\|R(m_g, \lambda )\| un nombre réel. Notons Y l’ensemble des x∈Xx\in X tels que ∣λ−g(x)∣<M−1|\lambda -g(x)|<M^{-1}. Démontrons que Y est localement μ\mu-négligeable, ce qui impliquera que λ\lambda n’appartient pas à S, et conclura la démonstration.

Soit K un sous-ensemble compact de X. Soit φ\varphi la fonction caractéristique de Y∩KY\cap K; c’est un élément de L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu), dont on note φ~\widetilde{\varphi} la classe dans L2(X,μ)L^2(X, \mu). Soit ψ\psi une fonction dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) dont la classe dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) est R(mg,λ)(φ~)R(m_g, \lambda )(\widetilde{\varphi}). On a R(mg,λ)(φ~)∈R(m_g, \lambda )(\widetilde{\varphi})\in dom(mgm_g) et (λ−mg)(R(mg,λ)(φ~))=φ~(\lambda -m_g)(R(m_g, \lambda )(\widetilde{\varphi})) =\widetilde{\varphi}, donc (λ−g(x))ψ(x)=1(\lambda -g(x))\psi (x) = 1 pour μ\mu-presque tout x∈Y∩Kx\in Y\cap K. Cela implique

∥R(mg,λ)∥2∥φ~∥2⩾∥R(mg,λ)(φ~)∥2⩾M2μ(Y∩K)=M2∥φ~∥2 \|R(m_g, \lambda )\|^2\|\widetilde{\varphi}\|^2\geqslant \|R(m_g, \lambda )(\widetilde{\varphi})\|^2\geqslant M^2\mu(Y\cap K) = M^2\|\widetilde{\varphi}\|^2

Au vu du choix de M, cela signifie que φ\varphi est nulle μ\mu-presque partout. Ainsi, l’ensemble Y∩KY\cap K est μ\mu-négligeable. L’ensemble Y est donc localement μ\mu-négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, no2^o2, prop. 5).

Proposition 23 0346

Soit gg une fonction μ\mu-mesurable sur X. L’adjoint de l’opérateur de multiplication mgm_g est mg‾m_{\overline{g}}.

Pour tout entier n⩾n\geqslant 1, soit φn\varphi_n la fonction caractéristique de l’ensemble des éléments x∈x\in X tels que ∣g(x)∣⩽n|g(x)|\leqslant n, et soit φ~n\widetilde{\varphi}_n sa classe dans L2(X,μ)L^2(X, \mu). Soient f∈L2(X,μ)f\in \mathscr{L}^2(X, \mu) dont la classe f~\widetilde{f} appartient à dom(mg∗m^*_g) et ψ\psi une fonction dont la classe est mg∗(f~)m^*_g(\widetilde{f}).

Pour toute h∈L2(X,μ)h\in \mathscr{L}^2(X, \mu) dont la classe h~\widetilde{h} appartient à dom(mgm_g), on a également h~φ~n∈\widetilde{h}\widetilde{\varphi}_n\in dom(mgm_g), et donc ⟨f~∣mg(h~φ~n)⟩=⟨mg∗(f~)∣h~φ~n⟩\langle \widetilde{f}|m_g(\widetilde{h}\widetilde{\varphi}_n)\rangle =\langle m^*_g(\widetilde{f})|\widetilde{h}\widetilde{\varphi}_n\rangle. Cela entraîne l’égalité

∫X(fg−ψ)‾φnhdμ=0 \int_X\overline{(f g-\psi)}\varphi_nh d\mu= 0

Puisque le domaine de mgm_g est dense dans L2(X,μ)L^2(X, \mu), on en déduit que (fg−ψ)φn(f g-\psi )\varphi_n est nulle μ\mu-presque partout. Puisque nn est arbitraire, cela signifie que mg∗(f~)m^*_g(\widetilde{f}) est la classe dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) de fgf g. En particulier, comme mg∗(f~)∈L2(X,μ)m^*_g(\widetilde{f})\in L^2(X, \mu), on conclut que ff appartient au domaine de mg‾m_{\overline{g}} et que mg∗(f~)=mg‾(f~)m^*_g(\widetilde{f}) =m_{\overline{g}}(\widetilde{f}).

L’adjoint de mgm_g est donc une extension de mg‾m_{\overline{g}}. De plus, on a

⟨f∣mg(h)⟩=∫Xf‾⋅(gh)dμ=∫Xfg‾hdμ \langle f|m_g(h)\rangle =\int_X\overline{f}\cdot (gh)d\mu=\int_Xf\overline{g}h d\mu

pour tout f∈L2(X,μ)f\in L^2(X, \mu) et h∈h\in dom(mgm_g), ce qui démontre que la forme linéaire h↦⟨f∣mg(h)⟩h\mapsto \langle f|m_g(h)\rangle est continue lorsque mg‾(f)gm_{\overline{g}}(f)g appartient à L2(X,μ)L^2(X, \mu). Par conséquent le domaine de mg‾m_{\overline{g}} est contenu dans celui de mg∗m^*_g, ce qui conclut la preuve.

Corollaire 0347

Soit gg une fonction μ\mu-mesurable sur X. L’opérateur de multiplication mgm_g sur L2(X,μ)L^2(X, \mu) est auto-adjoint (resp. positif ) si et seulement si la fonction gg est localement μ\mu-presque partout à valeurs réelles (resp. localement μ\mu-presque partout positive).

La première assertion résulte de la proposition. Si gg est localement μ\mu-presque partout positive, on a ⟨f∣mg(f)⟩=∫Xg∣f∣2dμ⩾0\langle f|m_g(f)\rangle =\int_Xg|f|^2d\mu\geqslant 0 pour tout f∈L2(X,μ)f\in L^2(X, \mu), donc l’opérateur partiel mgm_g est positif.

Réciproquement, si mgm_g est positif, alors son spectre est contenu dans R+\mathbf{R}_+ (prop. 17 de IV, p. 248) ; comme il s’agit de l’image μ\mu-essentielle de gg (prop. 22, a)), cela signifie que gg est localement μ\mu-presque partout positive.

Lemme 6 0348

Soient g1g_1 et g2g_2 des fonctions μ\mu-mesurables sur X.

a) L’opérateur partiel mg1+mg2m_{g_1}+m_{g_2} est fermable et sa fermeture est l’opérateur de multiplication mg1+g2m_{g_1+g_2};

b) On a mg1∘mg2⊂mg1g2m_{g_1}\circ m_{g_2}\subset m_{g_1g_2};

c) Supposons que g1g_1 est bornée. On a alors mg2∘mg1=mg1g2m_{g_2}\circ m_{g_1}=m_{g_1g_2}. Par ailleurs, le domaine de mg2m_{g_2} est contenu dans le domaine de mg1g2m_{g_1g_2}, et mg1∘mg2m_{g_1}\circ m_{g_2} est la réduction de mg1g2m_{g_1g_2} à dom(mg2m_{g_2}).

Il est élémentaire que mg1+g2m_{g_1+g_2} est une extension de mg1+mg2m_{g_1}+m_{g_2}; ce dernier opérateur est donc fermable, et mg1+mg2‾⊂mg1+g2\overline{m_{g_1} + m_{g_2}}\subset m_{g_1+g_2}.

Soit f∈L2(X,μ)f\in \mathscr{L}^2(X, \mu) tel que la fonction h=(g1+g2)fh= (g_1+g_2)f appartient à L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu). Pour tout entier n⩾1n\geqslant 1, notons XnX_n l’ensemble des x∈Xx\in X tels que ∣g1(x)∣+∣g2(x)∣⩽n|g_1(x)|+|g_2(x)|\leqslant n et φn\varphi_n la fonction caractéristique de XnX_n. On a φnf∈\varphi_nf\in dom(mg1+mg2m_{g_1}+m_{g_2}). Comme (φnf)(x)(\varphi_nf)(x) converge vers f(x)f(x) pour tout x∈Xx\in X et que pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on a ∣φnf∣⩽∣f∣|\varphi_nf|\leqslant |f| et ∣(g1+g2)φnf∣⩽|(g_1+g_2)\varphi_nf|\leqslant ∣(g1+g2)f∣=∣h∣|(g_1+g_2)f|=|h|, avec h∈L2(X,μ)h\in \mathscr{L}^2(X, \mu) par hypothèse, le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6) implique que la suite des couples de classes dans L2(X,μ)×L2(X,μ)L^2(X, \mu)\times L^2(X, \mu) de (φnf,(g1+g2)φnf)(\varphi_nf,(g_1+g_2)\varphi_nf), qui appartiennent au graphe de mg1+mg2m_{g_1}+m_{g_2}, converge vers le couple des classes de (f,h)(f, h) dans L2(X,μ)L^2(X, \mu). La fermeture de mg1+mg2m_{g_1}+m_{g_2} est donc bien égale à mg1+g2m_{g_1+g_2}.

Il est élémentaire que mg1∘mg2⊂mg1g2m_{g_1}\circ m_{g_2}\subset m_{g_1g_2}. Supposons que g1g_1 est bornée, de sorte que mg1m_{g_1} est une application linéaire continue sur L2(X,μ)L^2(X, \mu). Alors le domaine de mg2∘mg1m_{g_2}\circ m_{g_1} est l’ensemble des classes de fonctions f∈L2(X,μ)f\in \mathscr{L}^2(X, \mu) telles que g2(g1f)∈L2(X,μ)g_2(g_1f)\in \mathscr{L}^2(X, \mu), c’est-à-dire le domaine de mg1g2m_{g_1g_2}. On a donc mg2∘mg1=mg1g2m_{g_2}\circ m_{g_1}=m_{g_1g_2}.

Il est également élémentaire que dom(mg1∘mg2m_{g_1}\circ m_{g_2}) == dom(mg2m_{g_2}) est contenu dans dom(mg1g2m_{g_1g_2}), et que la réduction de mg1g2m_{g_1g_2} à cet espace est égale à mg1∘mg2m_{g_1}\circ m_{g_2}.

On se gardera de croire que mg1∘mg2=mg1g2m_{g_1}\circ m_{g_2}=m_{g_1g_2} en général (exercice 10 de IV, p. 347). Néanmoins, on a le résultat partiel suivant :

Proposition 24 0349

Soit gg une fonction μ\mu-mesurable sur X.

a) On a mg‾∘mg=m∣g∣2m_{\overline{g}}\circ m_g=m_{|g|^2};

b) Pour tous entiers k,ℓ∈Nk, \ell \in \mathbf{N}, on a mgkg‾ℓ=mgkmg‾ℓm_{g^k\overline{g}^{\ell}}=m^k_gm^{\ell}_{\overline{g}}.

On a mg‾∘mg⊂m∣g∣2m_{\overline{g}}\circ m_g\subset m_{|g|^2} par le lemme 6. Inversement, on déduit de l’inégalité ∣g∣⩽1+∣g∣2|g|\leqslant 1 +|g|^2 que dom(m∣g∣2m_{|g|^2}) == dom(mg‾∘mgm_{\overline{g}}\circ m_g), d’où la première assertion.

Soient k,ℓ∈Nk, \ell \in \mathbf{N}. On a mgkmg‾ℓ⊂mgkg‾ℓ(m^k_gm^{\ell}_{\overline{g}}\subset m_{g^k\overline{g}^{\ell}}(loc. cit.). Le domaine de mgkmg‾ℓm^k_gm^{\ell}_{\overline{g}} est l’ensemble des classes dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) de fonctions h∈L2(X,μ)h\in \mathscr{L}^2(X, \mu) telles que ∣g∣jh|g|^jh appartient à L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) pour tout entier jj tel que 0⩽j⩽k+ℓ0\leqslant j\leqslant k+\ell. Les inégalités

∣gjh∣⩽∣h∣+∣gk+ℓh∣ |g^jh|\leqslant |h|+|g^{k+\ell}h|

valides pour 0⩽j⩽k+ℓ0\leqslant j\leqslant k+\ell, permettent de constater que dom(mgkmg‾ℓm^k_gm^{\ell}_{\overline{g}}) est égal à dom(mgkg‾ℓm_{g^k\overline{g}^{\ell}}), d’où l’assertion b).

10. Extensions auto-adjointes d’un opérateur symétrique

Dans ce numéro, on se propose de classifier les extensions auto-adjointes des opérateurs symétriques sur un espace hilbertien complexe, et en particulier de trouver des conditions assurant l’existence d’une extension auto-adjointe d’un tel opérateur.

Soit E un espace hilbertien complexe. Pour tout opérateur partiel uu sur E, on écrira dans ce numéro u+iu+i et u−iu-i au lieu de u+i1Eu+i1_E et u−i1Eu-i1_E.

Soit uu un opérateur fermé à domaine dense sur E. On rappelle (cf. définition 4 de IV, p. 230 et proposition 4 de IV, p. 230) que l’on note EuE_u l’espace hilbertien dom(uu) muni de la forme hermitienne

(x∣y)u=⟨x∣y⟩+⟨u(x)∣u(y)⟩ (x|y)_u=\langle x|y\rangle +\langle u(x)|u(y)\rangle

On note ∥x∥u\|x\|_u la norme d’un élément xx de l’espace hilbertien EuE_u. Tout sous-espace de dom(uu) qui est fermé dans E est fermé dans Eu(E_u(IV, p. 230, remarque 1).

Définition 10 034A

Soit uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. Soient E+=E_+= Ker(u∗−iu^*-i) et E−=E_-= Ker(u∗+iu^*+i). Le couple (E+,E−)(E_+,E_-) de sous-espaces de dom(u∗u^*) est appelé le couple de carence de uu. Les sous-espaces E+E_+ et E−E_- sont des sous-espaces fermés de E (prop. 3 de IV, p. 229). Le couple (dim(E+_+), dim(E−_-)) des dimensions hilbertiennes de ces sous-espaces est appelé l’ indice de carence de uu.

Proposition 25 034B

Soit uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. On a

Ker(u∗−iu^*-i)∘=^{\circ}= Im(u+iu+i),

Ker(u∗+iu^*+i)∘=^{\circ}= Im(u−iu-i).

D’après la prop. 7, c) de IV, p. 236, il suffit de démontrer que l’image de u+iu+i (resp. de u−iu-i) est fermée dans E. Puisque uu est symétrique, on a ⟨(u+i)(x)∣(u+i)(y)⟩=(x∣y)u\langle (u+i)(x)|(u+i)(y)\rangle = (x|y)_u pour tous xx et yy dans dom(uu). L’application x↦u(x)+ixx\mapsto u(x) +ix de EuE_u dans E est donc isométrique. Son image est fermée dans E (lemme 8 de I, p. 107). Puisqu’il s’agit aussi de l’image de u+iu+i, celle-ci est fermée dans E. De même, l’image de u−iu-i est fermée dans E.

Lemme 7 034C

Soient uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E et vv une extension symétrique fermée de uu. Le domaine de uu est un sous-espace fermé de l’espace hilbertien EvE_v.

Comme vv est une extension de uu, on a (x∣y)v=(x∣y)u(x|y)_v= (x|y)_u pour xx et yy dans dom(uu). L’injection canonique de EuE_u dans EvE_v est donc isométrique, et la conclusion en résulte (lemme 8 de I, p. 107).

Proposition 26 034D

Soit uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. Soit (E+,E−)(E_+,E_-) le couple de carence de uu. Les espaces E+,E−E_+,E_- et dom(uu) sont des sous-espaces fermés et mutuellement orthogonaux de Eu∗E_{u^*} dont la somme hilbertienne est égale à Eu∗E_{u^*}.

Puisque uu est symétrique, on a u⊂u∗u\subset u^*, donc l’espace dom(uu) est fermé dans Eu∗E_{u^*} (lemme 7). Les sous-espaces E+E_+ et E−E_- sont fermés dans E et contenus dans dom(u∗u^*), donc fermés dans Eu∗E_{u^*}.

Soit x∈E+x\in E_+. On a u∗(x)=ixu^*(x) =ix, d’où ⟨x∣u(y)⟩=−i⟨x∣y⟩\langle x|u(y)\rangle =-i\langle x|y\rangle pour tout y∈y\in dom(uu). Par conséquent, pour tout y∈y\in dom(uu), on a

(x∣y)u∗=⟨x∣y⟩+⟨u∗(x)∣u∗(y)⟩=i(⟨x∣u(y)⟩−⟨x∣u∗(y)⟩)=0 (x|y)_{u^*}=\langle x|y\rangle +\langle u^*(x)|u^*(y)\rangle =i(\langle x|u(y)\rangle - \langle x|u^*(y)\rangle )= 0

puisque uu est symétrique. Les espaces E+E_+ et dom(uu) sont donc orthogonaux dans Eu∗E_{u^*}. De même, E−E_- et dom(uu) sont orthogonaux dans Eu∗E_{u^*}.

Soient x∈E+x\in E_+ et y∈E−y\in E_-. Alors

(x∣y)u∗=⟨x∣y⟩+⟨u∗(x)∣u∗(y)⟩=⟨x∣y⟩−⟨x∣y⟩=0 (x|y)_{u^*}=\langle x|y\rangle +\langle u^*(x)|u^*(y)\rangle =\langle x|y\rangle - \langle x|y\rangle = 0

donc E+E_+ et E−E_- sont orthogonaux dans Eu∗E_{u^*}.

Soit x∈Eu∗x\in E_{u^*} orthogonal au sous-espace fermé dom(uu)⊕E+⊕E−\oplus E_+\oplus E_-. Pour tout y∈y\in dom(uu), on a u∗(y)=u(y)u^*(y) =u(y) puisque u⊂u∗u\subset u^*, d’où

0=(x∣y)u∗=⟨x∣y⟩+⟨u∗(x)∣u∗(y)⟩=⟨x∣y⟩+⟨u∗(x)∣u(y)⟩ 0 = (x|y)_{u^*}=\langle x|y\rangle +\langle u^*(x)|u^*(y)\rangle =\langle x|y\rangle +\langle u^*(x)|u(y)\rangle

Cela implique que z=u∗(x)z=u^*(x) appartient au domaine de u∗u^* et vérifie u∗(z)=−xu^*(z) =-x. Soit x−=z−ixx_-=z-ix. C’est un élément de dom(u∗u^*) qui vérifie u∗(x−)=−x−iz=−ix−u^*(x_-) =-x-iz=-ix_-. Donc x−x_- appartient à E−E_-. Mais, pour tout w∈E−w\in E_-, on a

−i⟨x−∣w⟩=−i⟨z∣w⟩+⟨x∣w⟩ -i\langle x_-|w\rangle =-i\langle z|w\rangle +\langle x|w\rangle
=⟨u∗(x)∣u∗(w)⟩+⟨x∣w⟩=(x∣w)u∗=0 =\langle u^*(x)|u^*(w)\rangle +\langle x|w\rangle = (x|w)_{u^*}= 0

Prenant w=x−w=x_-, on en déduit que x−=0x_-= 0, c’est-à-dire z=ixz=ix; comme z=u∗(x)z=u^*(x), on a donc x∈E+x\in E_+, d’où xx = 0 puisque xx est orthogonal à E+E_+ dans Eu∗E_{u^*}. Ceci achève de démontrer que la somme directe dom(uu)⊕E+⊕E−\oplus E_+\oplus E_- est égale à Eu∗E_{u^*}.

Corollaire 034E

Soit uu un opérateur symétrique fermé sur E. Alors uu est auto-adjoint si et seulement si l’indice de carence de uu est égal à (0,0)(0,0).

En effet, l’opérateur symétrique uu est auto-adjoint si et seulement si dom(u∗u^*) == dom(uu); or la proposition démontre que dom(u∗u^*) est la somme hilbertienne de dom(uu) et des sous-espaces de carence de uu.

Soit uu un opérateur partiel symétrique fermé. Le spectre de uu est contenu dans R\mathbf{R} si et seulement si uu est auto-adjoint. En effet, on sait que Sp(uu)⊂R\subset \mathbf{R} si uu est auto-adjoint (prop. 17 de IV, p. 248) ; si uu n’est pas auto-adjoint, l’un des sous-espaces Ker(u∗+iu^*+i) ou Ker(u∗−iu^*-i) est non nul, donc l’image de u+iu+i ou de u−iu-i est un sous-espace propre de E (prop. 25 de IV, p. 256), de sorte que ii ou −i-i appartient à Sp(uu).

Définition 11 034F

Soit uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. Une condition au bord pour uu est une application linéaire partiellement isométrique (EVT, V, p. 41, déf. 3) de Ker(u∗−iu^*-i) dans Ker(u∗+iu^*+i).

Soient uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E et bb une condition au bord pour uu. Soit I = Ker(bb)∘^{\circ} le sous-espace initial de bb. On note ubu_b la réduction de u∗u^* au sous-espace de dom(u∗u^*) somme directe de dom(uu) et du graphe dans E+⊕E−E_+\oplus E_- de la restriction de bb à I. Comme Eu∗=E_{u^*}= dom(uu)⊕E+⊕E−\oplus E_+\oplus E_- (prop. 26), l’opérateur partiel ubu_b est bien défini.

Autrement dit, le domaine de ubu_b est l’espace des éléments x∈Ex\in E de la forme x=x0+y+b(y)x=x_0+y+b(y), où x0∈x_0\in dom(uu) et yy appartient au sous-espace initial de bb. On a alors ub(x0+y+b(y))=u(x0)+iy−ib(y)u_b(x_0+y+b(y)) =u(x_0) +iy-ib(y).

Théorème 1 (von Neumann) 034G

Soient uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E et (E+,E−)(E_+,E_-) son couple de carence.

a) Pour toute condition au bord bb pour uu, l’opérateur partiel ubu_b est une extension symétrique fermée de uu;

b) L’application b↦ubb\mapsto u_b est une bijection de l’ensemble des conditions au bord pour uu sur l’ensemble des extensions symétriques fermées de uu;

c) Pour toute condition au bord bb pour uu, on a

Im(ub+iu_b+i) == Im(u+iu+i)⊕\oplus Im(bb)

Im(ub−iu_b-i) == Im(u−iu-i)⊕\oplus Ker(bb)∘^{\circ};

d) Pour toute condition au bord bb pour uu, le couple de carence de ubu_b est (Ker(bb), Ker(b∗b^*)).

Soit bb une condition au bord pour uu et I⊂E+I\subset E_+ son sous-espace initial. La restriction de u∗u^* à Γb∣I⊂E+⊕E−\Gamma_{b|I}\subset E_+\oplus E_- est l’application linéaire continue définie par x+b(x)↦ix−ib(x)x+b(x)\mapsto ix-ib(x) pour x∈Ix\in I. Le graphe de ubu_b est la somme directe du graphe de uu et du graphe de cette application linéaire ; il est donc fermé. L’opérateur fermé ubu_b est une extension de uu telle que ub⊂u∗u_b\subset u^*.

Soient γ1\gamma_1 et η1\eta_1 des éléments de I. Considérons les éléments

γ=γ1+b(γ1),η=η1+b(η1) \gamma =\gamma_1+b(\gamma_1),\eta =\eta_1+b(\eta_1)

du graphe Γb∣I\Gamma_{b|I}. On calcule

⟨γ∣u∗(η)⟩=i(⟨b(γ1)∣η1⟩−⟨γ1∣b(η1)⟩)+i(⟨γ1∣η1⟩−⟨b(γ1)∣b(η1)⟩) \langle \gamma |u^*(\eta )\rangle =i(\langle b(\gamma_1)|\eta_1\rangle - \langle \gamma_1|b(\eta_1)\rangle )+i(\langle \gamma_1|\eta_1\rangle - \langle b(\gamma_1)|b(\eta_1)\rangle )
=i(⟨b(γ1)∣η1⟩−⟨γ1∣b(η1)⟩) =i(\langle b(\gamma_1)|\eta_1\rangle - \langle \gamma_1|b(\eta_1)\rangle )

puisque bb est isométrique sur I. On en déduit qu’on a

⟨u∗(γ)∣η⟩=⟨γ∣u∗(η)⟩(12) \langle u^*(\gamma )|\eta \rangle =\langle \gamma |u^*(\eta )\rangle \tag{12}

pour tous γ\gamma et η\eta dans Γb∣I\Gamma_{b|I}.

Soient xx et yy des éléments de dom(uu),γ,\gamma et η\eta des éléments de Γb∣I\Gamma_{b|I}. Il vient

⟨x+γ∣ub(y+η)⟩=⟨x∣u(y)⟩+⟨x∣u∗(η)⟩+⟨γ∣u(y)⟩+⟨γ∣u∗(η)⟩ \langle x+\gamma |u_b(y+\eta )\rangle =\langle x|u(y)\rangle +\langle x|u^*(\eta )\rangle +\langle \gamma |u(y)\rangle +\langle \gamma |u^*(\eta )\rangle
=⟨u(x)∣y⟩+⟨u(x)∣η⟩+⟨u∗(γ)∣y⟩+⟨u∗(γ)∣η⟩ =\langle u(x)|y\rangle +\langle u(x)|\eta \rangle +\langle u^*(\gamma )|y\rangle +\langle u^*(\gamma )|\eta \rangle
=⟨ub(x+γ)∣y+η⟩ =\langle u_b(x+\gamma )|y+\eta \rangle

où on a utilisé le fait que uu est symétrique et que γ\gamma et η\eta appartiennent au domaine de u∗u^* ainsi que la formule (12). L’opérateur ubu_b est donc une extension symétrique fermée de uu. L’assertion a) est démontrée.

L’application b↦ubb\mapsto u_b est injective. En effet, une application partiellement isométrique de E+E_+ dans E−E_- est déterminée de manière unique par son sous-espace initial et par sa restriction à celui-ci. Or le domaine de ubu_b détermine le sous-espace initial I de bb et le graphe de la restriction de bb à I.

Démontrons que l’application b↦ubb\mapsto u_b est surjective. Soit ww une extension symétrique fermée de uu. On a w⊂w∗⊂u∗w\subset w^*\subset u^*. Le domaine de ww est donc un sous-espace de dom(u∗u^*) contenant dom(uu), et ww est la réduction de u∗u^* à ce sous-espace. Soit G l’intersection du domaine de ww et de E+⊕E−E_+\oplus E_-. C’est un sous-espace fermé de Eu∗E_{u^*} (lemme 7) et on a dom(ww) == dom(uu)⊕G\oplus G d’après la proposition 26.

Soient x∈E+x\in E_+ et y∈E−y\in E_- tels que x+y∈Gx+y\in G. Puisque ww est symétrique, et que c’est la réduction de u∗u^* à dom(ww), on a

⟨x+y∣u∗(x+y)⟩=⟨u∗(x+y)∣x+y⟩ \langle x+y|u^*(x+y)\rangle =\langle u^*(x+y)|x+y\rangle

Cette égalité équivaut à

⟨x∣ix⟩+⟨x∣−iy⟩+⟨y∣ix⟩+⟨y∣−iy⟩ \langle x|ix\rangle +\langle x| -iy\rangle +\langle y|ix\rangle +\langle y| -iy\rangle
=⟨ix∣x⟩+⟨ix∣y⟩+⟨−iy∣x⟩+⟨−iy∣y⟩ =\langle ix|x\rangle +\langle ix|y\rangle +\langle -iy|x\rangle +\langle -iy|y\rangle

c’est-à-dire à ∥x∥2=∥y∥2\|x\|^2=\|y\|^2. En particulier, la projection canonique p+:G→E+p_+: G\rightarrow E_+ est injective et si I désigne son image, l’espace G est le graphe d’une application isométrique b0b_0 de I dans E−E_-. Pour xx dans I et yy dans E−E_- tels que x+y∈Gx+y\in G, on a

∥x+y∥u∗2=∥x∥u∗2+∥y∥u∗2=2(∥x∥2+∥y∥2) \|x+y\|^2_{u^*}=\|x\|^2_{u^*}+\|y\|^2_{u^*}= 2(\|x\|^2+\|y\|^2)
=4∥x∥2=4∥p+(x+y)∥2 = 4\|x\|^2= 4\|p_+(x+y)\|^2

Ainsi, considérant G comme sous-espace fermé de l’espace hilbertien Eu∗E_{u^*}, l’application x↦12p+(x)x\mapsto \frac{1}{2}p_+(x) de G dans I une isométrie. En particulier, I est fermé dans E+E_+ (lemme 8 de I, p. 107). Il existe alors une unique condition au bord bb pour uu dont I est l’espace initial et qui coïncide avec b0b_0 sur I. On a dom(ww) == dom(ubu_b), d’où w=ubw=u_b. Cela établit l’assertion b).

Démontrons les assertions c) et d). Soient bb une condition au bord pour uu et I son sous-espace initial. Pour x0∈x_0\in dom(uu) et y∈Iy\in I, on a

ub(x0+y+b(y))−i(x0+y+b(y))=(u−i)(x0)−2ib(y) u_b(x_0+y+b(y))-i(x_0+y+b(y)) = (u-i)(x_0)-2ib(y)

On a Im(u−iu-i) =E−∘= E^{\circ}_- (prop. 25). Comme l’image de bb est contenue dans E−E_-, cette formule démontre que Im(ub−iu_b-i) == Im(u−iu-i)⊕\oplus Im(bb). D’après loc. cit., on a donc Ker(ub∗+iu^*_b+i) =E−∩= E_-\cap Im(bb)∘=^{\circ}= Ker(b∗b^*).

De manière analogue, on vérifie que Im(ub+iu_b+i) == Im(u+iu+i)⊕I\oplus I et donc (loc. cit.) que Ker(ub∗−iu^*_b-i) =I∘∩E+== I^{\circ}\cap E_+= Ker(bb).

Corollaire 1 034H

Soit uu un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. L’application b↦ubb\mapsto u_b induit une bijection de l’ensemble des isométries de Ker(u∗−iu^*-i) sur Ker(u∗+iu^*+i) sur l’ensemble des extensions auto-adjointes de uu. En particulier, il existe une extension auto-adjointe de uu si et seulement si les deux composantes de l’indice de carence de uu sont égales.

Cela découle du corollaire de la proposition 26 et du théorème, ainsi que de EVT, V, p. 25, cor. 2.

Corollaire 2 034I

Soit E un espace hilbertien réel. Soit uu un opérateur symétrique fermé sur E. L’opérateur partiel u(C)u_{(\mathbf{C})} sur E(C)E_{(\mathbf{C})} est symétrique et fermé, et admet au moins une extension auto-adjointe.

L’opérateur partiel u(C)u_{(\mathbf{C})} est fermé et symétrique d’après la prop. 2 de IV, p. 228 et le lemme 3 de IV, p. 239. L’isomorphisme R\mathbf{R}-linéaire jj de E(C)E_{(\mathbf{C})} dans E(C)E_{(\mathbf{C})} tel que j(z⊗x)=z‾⊗xj(z\otimes x) =\overline{z}\otimes x pour tout z∈Cz\in \mathbf{C} et tout x∈Ex\in E induit un isomorphisme d’espaces hilbertiens de Ker(u(C)∗−iu^*_{(\mathbf{C})}-i) dans Ker(u(C)∗+iu^*_{(\mathbf{C})}+i) et on peut appliquer le corollaire 1.

Corollaire 3 034J

Soit uu un opérateur symétrique sur E. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’opérateur uu est essentiellement auto-adjoint ;

(ii) Les espaces Ker(u∗+iu^*+i) et Ker(u∗−iu^*-i) sont nuls ;

(iii) Les espaces Im(u+iu+i) et Im(u−iu-i) sont denses dans E ;

(iv) L’opérateur symétrique partiel uu a une unique extension auto-adjointe.

Les conditions (ii) et (iii) sont équivalentes d’après la prop. 7, c) de IV, p. 236.

L’opérateur partiel uu est essentiellement auto-adjoint si et seulement si u‾\overline{u} est auto-adjoint, c’est-à-dire si Ker(u‾∗−i\overline{u}^*-i) == Ker(u‾∗+i\overline{u}^*+i) ={0}=\{0\} (cor. de la prop. 26). Comme u‾∗=u∗\overline{u}^*=u^* (prop. 8 de IV, p. 237), la condition (i) est donc équivalente à la condition (ii). De plus, le corollaire précédent démontre que (ii) implique que uu a une unique extension auto-adjointe, ce qui est la condition (iv).

Enfin, supposons que uu a une unique extension auto-adjointe vv. Il en est alors de même de u‾\overline{u}, puisque toute extension auto-adjointe de u‾\overline{u} en est une de uu, donc est égale à vv. D’après le corollaire précédent, les espaces Ker(u‾∗+i\overline{u}^*+i) et Ker(u‾∗−i\overline{u}^*-i) doivent être nuls, d’où la condition (ii) en utilisant encore u‾∗=u∗\overline{u}^*=u^*.

Exemple 034K

Soient U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n muni de la mesure de Lebesgue μ\mu. Soit Δ l’opérateur différentiel scalaire

Δ=−∑i=1n∂i2 \Delta =-\sum_{i=1}^n\partial_i^2

sur U. Notons uu l’opérateur partiel sur l’espace hilbertien réel LR2(U,μ)L^2_{\mathbf{R}}(U, \mu) de domaine DR(U)(\mathscr{D}_{\mathbf{R}}(U) (IV, p. 201, remarque) défini par φ↦−∑i=1n∂i2φ\varphi \mapsto -\sum^n_{i=1}\partial_i^2\varphi. On a u(C)=Δ−u_{(\mathbf{C})}= \Delta_-, qui est un opérateur partiel fermable (prop. 13 de IV, p. 242) et symétrique (puisque Δ est formellement symétrique), donc uu est fermable et symétrique (proposition 2 de IV, p. 228 et lemme 3 de IV, p. 239). D’après le corollaire ci-dessus, il existe donc une extension auto-adjointe de u(C)u_{(\mathbf{C})}. C’est un laplacien sur U (IV, p. 243).

Exercices

Sauf mention du contraire, les espaces de Banach et les espaces hilbertiens ci-dessous sont supposés complexes.

See the exercises for § 4.

[^1]: On prendra garde de ne pas confondre la notion de graphe considérée ici avec celle introduite dans TA, II, p. 155, déf. 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.