§ 4. Opérateurs partiels
1. Opérateurs partiels
Dans ce numéro, K est un corps commutatif.
On rappelle (E, II, §3, p. 9–10) qu’un graphe[^1] est un ensemble dont tous les éléments sont des couples. Si A et B sont des ensembles, une correspondance entre A et B est un triplet , où Γ est un graphe contenu dans ; son ensemble de définition (aussi appelé domaine) est pr(Γ), et l’ensemble de ses valeurs est pr. Une correspondance est une fonction (E, II, p. 13, déf. 9) si son graphe est fonctionnel et si son ensemble de départ coïncide avec son ensemble de définition. Toute partie d’un graphe fonctionnel est un graphe fonctionnel.
Définition 1 032J
Soient E et F des espaces vectoriels sur K. Un opérateur partiel de E dans F est une correspondance entre E et F vérifiant les conditions suivantes:
(i) Le graphe Γ est un sous-espace vectoriel de ;
(ii) Le graphe Γ est fonctionnel.
Si E = F, on dit que est un opérateur partiel sur E.
Soit un opérateur partiel de E dans F. Le graphe Γ de la correspondance est appelé le graphe de l’opérateur partiel , et est aussi noté . On note l’ensemble des opérateurs partiels de E dans F ; on note simplement .
Se donner un opérateur partiel de E dans F revient à se donner un sous-espace vectoriel D de E et une application linéaire de D dans F, l’opérateur partiel associé étant la correspondance où est le graphe de .
Le domaine de définition d’un opérateur partiel est appelé simplement le domaine de , et noté dom().
Toute application linéaire de E dans F est un opérateur partiel de E dans F.
Si est un sous-espace vectoriel, on notera l’opérateur partiel de domaine D qui est l’application identique sur D, c’est-à-dire la correspondance où est la diagonale de (E, II, p. 13, déf. 8). On notera l’opérateur partiel de domaine D qui est nul sur D, c’est-à-dire la correspondance .
Des opérateurs partiels et de E dans F sont égaux si et seulement si dom() dom() et si les applications linéaires et de dom() dans F coïncident.
Suivant E, II, §3, les notions suivantes sont définies :
(i) Soit un opérateur partiel de E dans F ; soient D son domaine et l’application linéaire associée. L’image d’un sous-ensemble A de E par est le sous-ensemble de F ; on la note simplement . L’image réciproque par d’un sous-ensemble B de F par est le sous-ensemble de D.
Si A (resp. B) est un sous-espace vectoriel de E (resp. de F), alors son image par (resp. son image réciproque) est un sous-espace vectoriel de F (resp. de E).
L’image de est le sous-espace vectoriel de F, noté aussi Im(). On dit que est un opérateur partiel surjectif si Im() . Le noyau de est le sous-espace vectoriel de E, noté aussi Ker(). Le noyau de est réduit à 0 si et seulement si l’application linéaire de dom() dans F est injective. On dit alors que est injectif. Si est injectif et surjectif, on dit qu’il est bijectif.
(ii) Si E, F et G sont des espaces vectoriels sur K et , sont des opérateurs partiels de E dans F et de F dans G, respectivement, la correspondance composée est un opérateur partiel de E dans G. Son domaine est (dom()). Si H est un espace vectoriel sur K et un opérateur partiel de G dans H, on a . On écrira parfois au lieu de .
(iii) En particulier, pour tout opérateur partiel de E dans F et tout , les opérateurs partiels et sont définis. Ils sont égaux si , ou si le domaine de est égal à E ; on a et .
Soit E un espace vectoriel. D’après ce qui précède, l’ensemble (E), muni de la loi de composition définie par , est un magma associatif unifère (A, I, p. 4, déf. 5 et A, I, p. 12, déf. 2) d’élément neutre . Pour tout , on notera le composé (A, I, p. 13).
Par ailleurs, on définit les notions suivantes :
(i) Si est un opérateur partiel de E dans F, et si G est un sous-espace vectoriel de E, la réduction de à G est l’opérateur partiel de E dans F. Son domaine est dom(); on le notera parfois , quand aucune confusion avec la restriction de au sous-espace G n’est à craindre.
(ii) Soit un opérateur partiel injectif de F dans E. La correspondance réciproque de est alors un opérateur partiel tel que dom() Im(). On dit que est l’opérateur partiel réciproque de . On a les égalités dans et dans . L’opérateur partiel est injectif et on a .
(iii) Soient E, F et G des espaces vectoriels. Soit (resp. ) un opérateur partiel injectif de E dans F (resp. de F dans G). Alors l’opérateur partiel est injectif et .
(iv) Si et sont des opérateurs partiels de E dans F, on dit que est une extension de , et on note , si le graphe de est contenu dans le graphe de . Cela implique que dom() dom() et que est la réduction de à dom(). La relation « » est une relation d’ordre dans . On a par exemple pour tout et tout .
(v) Soient E un espace vectoriel sur K et une famille d’espaces vectoriels sur K. Pour , soit un opérateur partiel de E dans . L’opérateur partiel produit des est l’opérateur partiel de E dans l’espace vectoriel produit des espaces dont le domaine est l’intersection D des espaces dom() et qui associe à la famille . On le note .
(vi) Soit l’application linéaire . Soient et des opérateurs partiels de E dans F. La somme est l’opérateur partiel de E dans F. Son domaine est dom() dom(). Pour dans , on a .
Soit G un espace vectoriel sur K. Pour tous et dans et tout , on a . En général, il n’y a pas égalité dans cette formule (exercice 1 de IV, p. 344), mais c’est le cas lorsque le domaine de est égal à F. Pour , on a .
(vii) Soit L une extension du corps K. Soient E et F des espaces vectoriels sur K et les L-espaces vectoriels obtenus par extension des scalaires de K à L (A, II, p. 82). Pour tout opérateur partiel de E dans F, on note l’opérateur partiel de dans dont le graphe est le sous-espace vectoriel de ; son domaine est dom(), et il coïncide sur celui-ci avec l’unique application linéaire qui envoie sur pour tout dom().
Soit un opérateur partiel de E dans F. On a si et seulement si .
(viii) Soient des K-espaces vectoriels. Soit (resp. ) un opérateur partiel de dans (resp. de dans ). On note l’opérateur partiel de dans de domaine dom()dom() tel que pour tout .
2. Opérateurs fermés, fermables et à domaine dense
Dans ce numéro, K désigne un corps topologique commutatif (TG, III, p. 54).
Définition 2 032K
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K (EVT, I, p. 1, déf. 1). Soit un opérateur partiel de E dans F.
On dit que est un opérateur à domaine dense si le domaine de est dense dans E.
On dit que est fermé si le graphe de est fermé dans l’espace vectoriel topologique . On dit que est fermable s’il possède une extension fermée.
Soient E, F et G des espaces vectoriels topologiques sur K. Toute extension d’un opérateur à domaine dense est à domaine dense. De plus, si , alors est un opérateur à domaine dense. Si (resp. ) est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques, alors (resp ) est un opérateur à domaine dense.
Exemple 032L
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K.
1) Supposons l’espace F séparé. Soit une application linéaire de E dans F. Si est continue, alors l’opérateur partiel est fermé (TG, I, p. 53, cor. 2). Supposons de plus que K est un corps valué non discret et que E et F sont des espaces vectoriels topologiques métrisables et complets sur K. D’après le théorème du graphe fermé (EVT, I, p. 19, cor. 5), l’opérateur partiel défini par est alors fermé si et seulement si est continue.
2) Supposons l’espace E séparé. Soit une application linéaire injective continue de F dans E. L’opérateur partiel cf. IV, p. 226) est alors fermé, puisque son graphe est l’image du graphe de , qui est fermé, par l’isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de dans défini par .
Proposition 1 032M
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K. Un opérateur partiel de E dans F est fermable si et seulement si l’adhérence du graphe de dans est un graphe fonctionnel. Il existe alors un unique opérateur partiel de E dans F dont le graphe est , et c’est la plus petite extension fermée de .
Si l’adhérence du graphe de dans est un graphe fonctionnel, c’est le graphe d’un opérateur partiel, et celui-ci est une extension fermée de , qui est donc fermable. Réciproquement, supposons que avec fermé. L’adhérence du graphe de dans est contenue dans , donc est un graphe fonctionnel.
La dernière assertion résulte du fait que si est une extension fermée de , alors le graphe de contient .
Définition 3 032N
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K. Soit un opérateur fermable de E dans F. L’opérateur fermé dont le graphe est est appelé la fermeture de . Il est noté .
Remarque 032O
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K. Soit un opérateur fermable de E dans F. Le domaine de la fermeture de est contenu dans l’adhérence du domaine de dans E. En général, il en est distinct (exercice 1 de IV, p. 344, b)).
Si est fermable et dom() , alors est fermé, puisqu’alors dom() dom().
Proposition 2 032P
Soit et soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur . Soit un opérateur partiel de E dans F. Alors est à domaine dense (resp. est fermé, est fermable) si et seulement si est à domaine dense (resp. est fermé, est fermable).
Supposons que le domaine de est dense dans E. Tout voisinage de 0 dans contient un voisinage de la forme (EVT, II, p. 65), où V est un voisinage de 0 dans E, donc contient un élément du domaine de ; cet opérateur partiel est donc à domaine dense. La réciproque est également vraie puisque l’application de dans E qui à associe pour tout est continue et surjective.
Le graphe de s’identifie à l’espace vectoriel topologique complexifié du graphe de . Il est donc fermé dans si le graphe de est fermé dans . Réciproquement, on a dans ; comme est fermé dans , l’opérateur partiel est fermé lorsque l’est.
Un opérateur partiel de E dans F est une extension de si et seulement si est une extension de , donc l’opérateur partiel est fermable si est fermable. Réciproquement, si est fermable, l’opérateur partiel l’est aussi puisque , qui est alors un graphe fonctionnel (prop. 1).
Lemme 1 032Q
Soient E, F et G des espaces vectoriels topologiques sur K. Soit un opérateur fermé de E dans F.
a) Pour tout , l’opérateur partiel est fermé.
b) Pour tout , l’opérateur partiel est fermé.
Démontrons a). Soit l’application de dans lui-même ; elle est continue. Pour tout , on a si et seulement si dom() et , c’est-àdire que . L’assertion en résulte.
Démontrons b). L’application de dans est continue ; pour tout , on a , donc . L’assertion en résulte.
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K, l’espace F étant séparé. Soit . Si est fermable, alors il en est de même de . Si , on a , et est fermé si et seulement si l’est. Si , la fermeture de est , et est égal à ; il se peut donc que soit fermé mais que ne le soit pas.
Proposition 3 032R
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques sur K, l’espace F étant séparé. Soit un opérateur partiel fermé de E dans F. Le noyau de est un sous-espace fermé de E.
En effet, le noyau de est l’image inverse du sous-espace fermé de par l’application linéaire continue de E dans .
Dans la suite de ce numéro, on suppose que K est un corps valué non discret.
Définition 4 032S
Soient E et F des espaces normés sur K et soit un opérateur partiel de E dans F. Pour dans dom(), on note
L’application ainsi définie est une norme sur dom(). On note l’espace normé ainsi obtenu.
Remarque 032T
Soient E et F des espaces normés sur K et soit un opérateur partiel de E dans F.
1) L’injection canonique de dans E est continue puisqu’on a pour tout . En particulier, tout sous-espace de dom() qui est fermé dans E est fermé dans .
2) Si E et F sont des espaces hilbertiens, alors l’espace est un espace préhilbertien, puisque la norme sur provient de la forme hermitienne positive
sur dom().
Proposition 4 032U
Soient E et F des espaces de Banach (resp. des espaces hilbertiens) et soit un opérateur partiel de E dans F. Alors est fermé si et seulement si l’espace normé est un espace de Banach (resp. un espace hilbertien).
Il suffit de traiter le cas des espaces de Banach. La norme de est obtenue, par transport de structure au moyen de l’application linéaire bijective de dans dom(), à partir de la norme obtenue par restriction au sous-espace de la norme sur l’espace de Banach . L’espace est donc un espace de Banach si et seulement si le sous-espace de est fermé.
Si et sont des opérateurs partiels de E dans F et de F dans G, respectivement, et si est fermé, alors l’opérateur partiel n’est pas fermé en général, même si est continu (exercice 1 de IV, p. 344, c)). On a tout de même la condition suffisante suivante :
Lemme 2 032V
Soient E, F et G des espaces normés sur K, l’espace F étant un espace de Banach. Soit un opérateur partiel fermé de E dans F et soit . S’il existe tel que
pour tout dom() dom(), c’est-à-dire, si l’application linéaire de dans F est continue, alors est fermé.
Notons . Soit une suite dans le graphe de qui converge dans . Soit la limite de la suite . L’hypothèse implique que la suite est alors une suite de Cauchy dans F ; elle converge vers un élément de F. Puisque est fermé, on a donc dom() et . Alors tend vers puisque est continu, donc le graphe de est fermé.
Soient un opérateur partiel fermé sur un espace de Banach E et F un sous-espace de dom(). Si F est dense dans l’espace de Banach , alors la réduction de à F est fermable, et sa fermeture est égale à . On dit alors que F est un cœur pour .
3. Exemples d’opérateurs partiels
Dans ce numéro, ou .
Exemple 1 032W
Soit X un espace topologique localement compact et soit une mesure positive sur X. On fixe des éléments et de .
Soit une fonction -mesurable sur X à valeurs dans K. Notons D le sous-espace de formé des fonctions dans telles que . L’application linéaire de D dans définie par détermine un opérateur partiel de dans , que l’on note .
Le sous-espace vectoriel des fonctions -négligeables dans est contenu dans D, et l’image par d’une fonction -négligeable est encore -négligeable. On notera l’opérateur partiel de dans déduit de par passage aux quotients. On dit que c’est l’opérateur de multiplication par de dans . Des fonctions et localement égales -presque partout définissent le même opérateur de multiplication.
Proposition 5 032X
L’opérateur de multiplication de dans est un opérateur fermé à domaine dense.
Démontrons d’abord que l’opérateur partiel est fermé. Soit une suite dans telle que la suite des classes de et appartient au graphe de et converge dans quand tend vers l’infini. Soit un couple dans tel que le couple de leurs classes est la limite de .
Il existe une suite extraite de la suite telle que converge vers pour -presque tout (INT, IV, p. 131, § 3, n, th. 3). Cela implique que converge -presque partout vers . Par ailleurs la suite converge vers dans l’espace . Les fonctions et sont donc égales -presque partout (loc. cit.). Ainsi appartient au domaine de et . Cela démontre que est fermé.
Démontrons que le domaine de est dense dans . Il suffit de vérifier que les classes de fonctions appartiennent à l’adhérence du domaine de dans . Soit et soit sa classe dans . Pour tout entier , notons la fonction caractéristique de l’ensemble des éléments tels que , et posons . On a alors , qui appartient à , donc appartient au domaine de . Pour tout élément de X, la suite converge vers quand ; de plus, on a , qui appartient à . D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, n, th. 6), la suite des classes de converge vers dans . Ainsi, la classe de appartient à l’adhérence du domaine de .
Dans la proposition suivante, on suppose que .
Proposition 6 032Y
a) Soit une fonction -mesurable sur X telle que . On a dom() dom() et dom() est un cœur de l’opérateur partiel ;
b) Soit F un sous-espace de dont l’intersection avec est dense dans et dont l’image G dans est contenue dans dom(). Si est localement -intégrable, alors est contenu dans le domaine de et G est un cœur de .
Démontrons a). Si appartient au domaine de , de sorte que , l’hypothèse implique que , d’où le résultat.
Démontrons que dom() est un cœur de , c’est-à-dire que le domaine de est dense dans l’espace hilbertien . Soit
dont la classe appartient à et est orthogonale à dom(). Cela signifie que
pour toute fonction dont la classe appartient à dom().
Soit C un sous-ensemble compact de X et soit sa fonction caractéristique. Soit . On note la fonction caractéristique de l’ensemble -intégrable des tels que et on pose . La classe de appartient au domaine de puisque ; il vient
Cela implique que est nulle pour -presque tout et donc, puisque est arbitraire, que est nulle pour -presque tout . Il en résulte enfin que est nulle -presque partout, puisque C est quelconque et que est modérée (INT, V, p. 9, § 1, n, cor.).
Considérons maintenant l’assertion b). Comme est localement -intégrable, la fonction appartient à si , donc est contenu dans le domaine de .
Soit dont la classe appartient à et est orthogonal à G. On a alors
pour tout de classe . Compte tenu de l’hypothèse sur F, cela signifie que la mesure est nulle, donc que est nulle -presque partout puisque est modérée.
Soit un nombre réel . Soit un élément de . L’opérateur de multiplication par est un endomorphisme de (IV, p. 186, n). Supposons que l’ensemble Y des tels que est localement -négligeable. L’endomorphisme est alors injectif (lemme 7 de IV, p. 186). Notons la fonction sur X égale à 0 sur Y et à sur X- Y. L’opérateur partiel réciproque est l’opérateur de multiplication par de dans , c’est-à-dire que . En effet, l’image de est l’espace des classes des fonctions de la forme pour . Cette condition équivaut à pour tout - Y et si . Cela implique que le domaine de dans est le domaine de , et que l’égalité est valide.
Dans la suite, on notera parfois simplement l’opérateur partiel de multiplication par de dans .
Exemple 2 032Z
Soient E un espace hilbertien sur K et une base orthonormale de E. Soit une famille d’éléments de K. Soit D le sous-espace vectoriel de E formé des éléments tels que la famille est de carré sommable dans K. L’espace D est dense dans E puisqu’il contient le vecteur pour tout . L’opérateur partiel de domaine D donné par
est appelé un opérateur partiel diagonal dans la base B, et est appelée la famille des valeurs propres de .
L’opérateur est fermé. En effet, soit une suite d’éléments du graphe de qui converge dans , et soit sa limite. On a alors pour tout et
pour tout . Par conséquent, pour tout , ce qui démontre que et , c’est-à-dire que est fermé.
Cet exemple est en fait un cas particulier du précédent, appliqué à l’espace topologique X = I muni de la topologie discrète et de la mesure de comptage , puisque E s’identifie à l’espace par l’application (EVT, V, p. 23, cor. 2) et s’identifie alors à l’opérateur de multiplication , où est la fonction .
Exemple 3 0330
L’ensemble est muni de l’ordre total décrit dans VAR, R2, p. 10, tel que pour tout . Soit . Soient et U un ouvert de . Soit tel que . Soit une famille d’éléments de (U), où les multi-indices considérés appartiennent à . La famille définit un opérateur différentiel scalaire D d’ordre sur U (cf. VAR, R2, 14.1.6, 14.1.4). Pour tout entier tel que , l’opérateur différentiel D définit une application linéaire de dans qui envoie sur
La même formule définit une application linéaire continue de dans (déf. 2 de IV, p. 208).
Définition 5 0331
Soit E un sous-espace vectoriel de contenant . On appelle opérateur différentiel associé à D sur E tout opérateur partiel sur E qui est une extension de l’opérateur partiel de domaine défini par .
Supposons par exemple que les coefficients sont des fonctions bornées sur U. Soit la mesure de Lebesgue sur U. Si est un élément de , on peut alors définir un opérateur différentiel sur associé à D dont le domaine est l’espace de Sobolev (n de IV, p. 221), puisque dans ce cas on a pour tout et tout .
4. Adjoint
Dans ce numéro, K est l’un des corps ou , et E et F désignent des espaces hilbertiens sur K.
Soit un opérateur à domaine dense de E dans F. Notons D le domaine de . Pour , soit la forme linéaire sur D telle que pour tout . On note l’ensemble des vecteurs tels que est continue sur D. C’est un sous-espace vectoriel de F. Soit ; comme D est dense dans E, la forme linéaire s’étend de manière unique en une forme linéaire continue sur E, que l’on note encore . D’après EVT, V, p. 15, th. 3, il existe un unique élément dans E tel que pour tout . L’application est linéaire de dans E.
Définition 6 0332
L’opérateur partiel de F dans E de domaine défini par est appelé l’ adjoint de . Il est noté .
Remarque 0333
On a donc si et seulement s’il existe tel que pour tout . L’élément est alors caractérisé par la relation
pour tout . On a alors pour tout .
Dans le cas où est une application linéaire continue de E dans F, son adjoint au sens de la définition précédente coïncide avec l’adjoint défini dans EVT, V, p. 38, déf. 1, puisque est égal à F dans ce cas.
Soit tel que . On a alors .
Soit tel que est à domaine dense. L’opérateur partiel est alors à domaine dense et on a . En général, il n’y a pas égalité (exercice 9 de IV, p. 347). Si , alors est à domaine dense et . C’est le cas, par exemple, si F = E et si où .
Soit G un espace hilbertien sur K et soit un opérateur à domaine dense. Si est à domaine dense, alors . En général, il n’y a pas égalité (loc. cit.). Si (resp. ) est un isomorphisme, alors est à domaine dense et on a . C’est le cas, par exemple, si E = F (resp. F = G) et (resp. ) où .
On note l’isomorphisme isométrique d’espaces hilbertiens de dans défini par pour tout .
Proposition 7 0334
Soit un opérateur partiel à domaine dense de E dans F.
a) Le graphe de est égal à ;
b) L’opérateur partiel est fermé;
c) Le noyau de est l’orthogonal de l’image de .
Notons . Comme l’application linéaire est unitaire, on a .
On a si et seulement si
pour tout dom(), c’est-à-dire si
pour tout dom(). Lorsque dom() et , cette propriété est vraie (cf. formule (1), p. 236). Réciproquement, si cette condition est valide, on en déduit que pour tout dom(), ce qui entraîne que appartient à dom(); on a alors . Donc .
L’opérateur est fermé, car l’espace est fermé dans .
Démontrons l’assertion c). Si est orthogonal à l’image de , la forme linéaire sur D est nulle, donc dom() et . Réciproquement, soit dom(). On a alors si et seulement si est orthogonal à pour tout (formule (1), p. 236).
Proposition 8 0335
Soit un opérateur à domaine dense de E dans F. Alors est à domaine dense si et seulement si est fermable. Lorsque c’est le cas, la fermeture de est égale à , et l’adjoint de est égal à .
D’après la prop. 7, l’opérateur partiel est fermé. Supposons que le domaine de est dense dans F. Soit l’adjoint de ; c’est un opérateur partiel fermé de E dans F. Démontrons que , ce qui impliquera que est fermable. Soit dom(). Par définition de , les formes linéaires sur données par et sont égales ; on a donc dom() et , d’où l’assertion.
Réciproquement, supposons que est fermable ; on a (prop. 1 de IV, p. 228). Soit un vecteur orthogonal à dom(). L’élément de appartient alors à l’orthogonal du graphe de . Or, d’après la prop. 7, a), on a
Il vient donc , d’où . L’orthogonal de dom() étant réduit à 0, l’espace dom() est dense dans F.
Finalement, la prop. 7, appliquée à , implique que
donc , puis comme est fermé.
Corollaire 0336
Si est un opérateur partiel fermé à domaine dense de E dans F, alors est à domaine dense et on a .
Définition 7 0337
Soit un opérateur partiel sur E. On dit que est symétrique si est à domaine dense et si est une extension de . On dit que est auto-adjoint si est à domaine dense et . On dit que est essentiellement auto-adjoint s’il est fermable et si la fermeture de est auto-adjointe.
On dit que est un opérateur partiel minoré si est symétrique et s’il existe un nombre réel tel que pour tout appartenant au domaine de . On dit alors que est un minorant de . Si , on dit aussi que est un opérateur partiel positif.
On note l’ensemble des opérateurs partiels auto-adjoints sur E.
Remarque 1 0338
Pour qu’un opérateur à domaine dense sur E soit symétrique, il faut et il suffit que l’on ait
pour tout dom(). Cette formule démontre en effet que le domaine de est contenu dans celui de , puis que et coïncident sur le domaine de . En particulier, il en résulte que pour tout dom().
Comme on le verra dans différents exemples, la formule (2) peut souvent être vérifiée par un calcul sans malice. Par contre, la détermination exacte du domaine de l’adjoint, qui permet seule de savoir si un opérateur symétrique est auto-adjoint ou non, peut être très délicate.
Remarque 2 0339
Un opérateur partiel auto-adjoint est essentiellement auto-adjoint (cf. prop. 8).
Remarque 3 033A
Soit un opérateur partiel symétrique sur E. L’opérateur est fermable (prop. 7, b)). Il vérifie dom() dom(), et est auto-adjoint si et seulement si dom() dom(). De plus, la fermeture de est symétrique puisque (prop. 8).
Remarque 4 033B
Supposons . Soit un opérateur partiel à domaine dense. La condition pour tout dom() implique que est symétrique (EVT, V, p. 2, remarque) ; en particulier, si pour tout dom(), alors est positif.
Remarque 5 033C
Soient et des opérateurs partiels symétriques sur E. Si est auto-adjoint et si , alors , donc .
Remarque 6 033D
Un opérateur partiel essentiellement auto-adjoint est symétrique, puisque implique , donc .
Remarque 7 033E
Soient et des opérateurs partiels symétriques sur E. Si est à domaine dense, par exemple si ou appartient à (E), alors est symétrique. En général, l’opérateur partiel n’est pas auto-adjoint, même si et le sont (exercice 9 de IV, p. 347).
Remarque 8 033F
Soit un opérateur partiel symétrique sur E. Un nombre réel est un minorant de si et seulement si l’opérateur est positif.
Lemme 3 033G
Supposons que . Soit un opérateur partiel à domaine dense de E dans F.
a) L’adjoint de est ;
b) Supposons que E = F ; l’opérateur partiel est symétrique (resp. auto-adjoint) si et seulement si l’opérateur partiel est symétrique (resp. auto-adjoint).
Démontrons a). Soit et écrivons avec . Pour tous , on a
Si dom(), on en déduit que dom(()) et que , donc .
Réciproquement, supposons que est dans dom(()). Si on prend (resp. ) dans la formule ci-dessus, on vérifie que dom() (resp. que dom()), d’où dom().
L’assertion a) implique que est symétrique (resp. auto-adjoint) si l’est.
Réciproquement, supposons que est symétrique. La relation pour tout dom() dom() implique que est symétrique en prenant et dans le sous-espace dom() de dom(). Si est auto-adjoint, ce qui précède démontre que est symétrique ; comme dom() dom(), l’assertion a) implique que dom() dom() dom(), donc est auto-adjoint.
5. Critères élémentaires pour les opérateurs auto-adjoints
Proposition 9 033H
Soit une application linéaire continue injective de F dans E dont l’image est dense dans E. L’adjoint de est une application linéaire continue injective de E dans F et on a . En particulier, si E = F, l’endomorphisme est hermitien si et seulement si l’opérateur partiel est auto-adjoint.
L’opérateur partiel est un opérateur fermé à domaine dense de E dans F (exemple 2 de IV, p. 228) et l’adjoint de est une application linéaire continue de E dans F ; elle est injective, puisque l’image de est dense dans E (EVT, V, p. 41, prop. 4). Soit (resp. ) l’isomorphisme isométrique de sur (resp. l’isomorphisme isométrique de sur ) et soit (resp. ) l’isomorphisme isométrique de sur (resp. l’isomorphisme isométrique de sur ). On a alors , d’où
d’après la prop. 7 de IV, p. 236. La proposition en résulte.
Proposition 10 (Hellinger–Toeplitz) 033I
Soit un opérateur partiel symétrique sur l’espace hilbertien E. Si le domaine de est égal à E, alors et est hermitien.
En effet, l’opérateur partiel est fermable (prop. 8 de IV, p. 237), et donc fermé puisque son domaine est E (IV, p. 228, remarque). On conclut alors en invoquant EVT, I, p. 19, cor. 5.
Corollaire 033J
Soit un opérateur partiel symétrique sur E. Si l’opérateur partiel induit une application linéaire bijective de dom() dans E, alors est auto-adjoint.
En effet, l’opérateur partiel réciproque de est symétrique de domaine E (prop. 9), donc est un élément auto-adjoint de (prop. 10), et est alors hermitien (prop. 9).
Proposition 11 033K
Soit un opérateur partiel symétrique sur E et soit . Si et sont surjectifs, alors est auto-adjoint.
Il suffit de démontrer que dom() dom(). Soit dom(). Il existe par hypothèse dom() tel que . Démontrons que . Pour tout dom(), il vient
puisque est symétrique. Comme l’opérateur est surjectif, on a bien , donc dom().
Nous verrons plus loin (cf. prop. 17 de IV, p. 248) que si , alors la réciproque est vraie.
Proposition 12 033L
Soit un opérateur fermé à domaine dense de E dans F. L’opérateur partiel sur E est auto-adjoint et positif. Son domaine est un cœur pour .
Notons l’opérateur partiel . Son domaine est dom(), qui est contenu dans dom(). Pour tous dom() et dom(), on a dom() et
La formule (4) implique que l’opérateur partiel est injectif. Par ailleurs, d’après la prop. 7 de IV, p. 236, a), on a . Soit . Il existe dom() et dom() tels que
On a donc , d’où dom() dom() et
L’opérateur partiel sur E est donc surjectif, et induit une application linéaire bijective de dom() dans E.
Soit orthogonal à dom(). Écrivons où dom(). D’après la formule (4), on obtient
d’où , puis . Le domaine de est donc dense dans E.
L’opérateur partiel est à domaine dense ; il est bijectif et la formule (3) démontre qu’il est symétrique. On conclut que est auto-adjoint en appliquant le corollaire de la proposition 10. Par conséquent, est auto-adjoint. De plus, la formule
pour tout dom() implique que est positif.
Finalement, soit orthogonal à dom(). Il existe un élément dans le domaine de tel que . On a alors , d’où .
6. Opérateurs différentiels
Soient et U un ouvert de . On munit et U de la mesure de Lebesgue notée .
Soient et tels que . Soit D un opérateur différentiel scalaire sur U d’ordre , à coefficients de classe sur U. On suppose que pour tout tel que et tout tel que , la fonction est bornée sur U.
Soit l’opérateur différentiel scalaire sur U transposé de D (VAR, R2, 14.3.2) ; il est d’ordre et de classe ; pour (U), on a
(loc. cit.) ; en particulier, les coefficients de sont bornés sur U.
On note l’opérateur partiel sur de domaine défini par
Soit l’espace des telles que la distribution
appartient à ; on note l’opérateur partiel de domaine défini par .
Puisqu’on a si et , l’espace de Sobolev est contenu dans ; en général, ces espaces sont distincts.
On a , et ce sont des opérateurs différentiels associés à D sur (déf. 5 de IV, p. 235).
Proposition 13 033M
Soit un opérateur partiel sur . Si que , alors est fermable et .
Soient et dans . On a alors
(cf. VAR, R2, 14.3.8). Puisque est dense dans (prop. 4 de IV, p. 202), cela implique que dom() et . On a donc ; en particulier, est à domaine dense et est fermable (prop. 8 de IV, p. 237).
Soient dom() et . Puisque dom(), la distribution associée à vérifie
Comme , on calcule par la formule (5), d’où
Les distributions et sont donc égales ; la distribution appartient donc à et , d’où .
Remarque 033N
La proposition signifie que l’adjoint d’un opérateur partiel tel que peut toujours se calculer au sens des distributions : les éléments du domaine de sont des éléments de tels que la distribution appartient à (U), et on a .
On dit que D est formellement symétrique si en tant qu’opérateur différentiel scalaire. Si c’est le cas, l’opérateur partiel est symétrique.
Considérons le cas particulier de l’opérateur différentiel scalaire d’ordre 2 défini par
On appelle laplacien sur U tout opérateur partiel , auto-adjoint sur (U), tel que cf. VAR, R2, 14.4.3, p. 83). Nous verrons plus loin (IV, p. 261, exemple) qu’il existe toujours au moins un laplacien sur ; il peut en exister plus d’un (exercice 17 de IV, p. 358).
7. Spectre et résolvante
Lemme 4 033O
Soit E un espace de Banach complexe et soit un opérateur partiel fermé injectif sur E tel que . Soit tel que . Alors l’opérateur partiel est injectif, on a et
où la série est absolument convergente dans . De plus, on a
Comme , la série de terme général est absolument convergente dans (E), et sa somme est l’inverse de l’endomorphisme (prop. 2 de I, p. 22). Par conséquent, l’opérateur partiel IV, p. 226, rem. vi) est injectif et l’opérateur partiel réciproque IV, p. 226, rem. iii) appartient à . Comme
1 ,
le lemme est démontré.
Définition 8 033P
Soit un opérateur fermé à domaine dense sur un espace de Banach complexe E. L’ensemble résolvant de est l’ensemble des nombres complexes tels que l’opérateur partiel est injectif et son inverse appartient à .
Le spectre de , noté Sp(), est le complémentaire de l’ensemble résolvant dans .
Si Sp(), on note l’inverse de . L’application de Sp() dans qui à associe est appelée la résolvante de .
Remarque 033Q
Soit E un espace de Banach complexe et soit un opérateur fermé à domaine dense sur E.
1) Si (E), son spectre coïncide avec le spectre de l’élément de l’algèbre (I, p. 2, déf. 1).
2) Soit D le domaine de . Pour tout Sp(), on a
De plus, pour et dans l’ensemble résolvant de , on a
En effet, on a
Puisque et , on obtient
d’où la première formule. En échangeant le rôle de et , on en déduit la seconde formule.
3) Soit . D’après le théorème du graphe fermé (EVT, I, p. 19, cor. 5), si l’application linéaire de dom() dans E définie par est bijective, alors son inverse, dont le graphe est fermé, est continue de E dans E. Donc appartient à l’ensemble résolvant de si et seulement si l’application de dom() dans E est bijective.
4) Si appartient au spectre de , une des propriétés suivantes est valide :
(i) Le noyau de n’est pas réduit à 0 ; on dit alors que est une valeur propre de , et que la dimension de Ker() est sa multiplicité ;
(ii) L’opérateur partiel est injectif et son image n’est pas dense dans E ; on dit que appartient au spectre résiduel de ;
(iii) L’opérateur partiel est injectif, son image est dense dans E, mais n’est pas surjectif ; on dit que appartient au spectre continu de .
5) Soit un nombre complexe appartenant à l’ensemble résolvant de . La résolvante est une application linéaire injective de E dans E ; son image est le domaine de et cf. IV, p. 226). Inversement, cette propriété caractérise l’ensemble résolvant et la résolvante. Précisément, soit ; s’il existe une application linéaire continue injective de E dans E telle que , alors appartient à l’ensemble résolvant de et .
En particulier, si est un opérateur fermé à domaine dense sur E, et si est un nombre complexe n’appartenant pas à Sp() Sp(), alors l’égalité implique que .
6) On définit le spectre d’un opérateur partiel fermable comme le spectre de sa fermeture.
Il existe des opérateurs fermés dont le spectre est vide, ou dont le spectre est égal à (exercice 12 de IV, p. 347).
Soient E un espace de Banach complexe et un opérateur fermé à domaine dense sur E. Si F est un espace de Banach complexe et si est un isomorphisme, alors on a Sp() Sp() et pour tout Sp().
Proposition 14 033R
Soit E un espace de Banach complexe. Soient un opérateur fermé à domaine dense sur E et U son ensemble résolvant.
a) Pour tout , le disque ouvert dans de centre et de rayon est contenu dans U ;
b) L’ensemble U est ouvert dans ;
c) Supposons que Sp() n’est pas vide. Soit et notons la distance dans de au spectre de . On a et ;
d) L’application est une application holomorphe de U dans . Pour tout entier et tout , on a
!R( ).
Soit . Pour tout tel que , le lemme 4 appliqué à l’opérateur partiel injectif et à implique que l’opérateur partiel est injectif et a un inverse continu. Cela implique a). D’après loc. cit., on a également la formule
ce qui implique que la résolvante de est holomorphe dans U.
L’assertion b) résulte aussitôt de a). Si Sp() est non vide, la distance de à Sp() est strictement positive (TG, IX, p. 13, prop. 2), d’où c).
La dernière partie de l’assertion d) est démontrée par récurrence sur , le cas étant conséquence de la formule (8), p. 245.
Proposition 15 033S
Soient un opérateur fermé à domaine dense sur un espace de Banach complexe E et un nombre complexe appartenant à l’ensemble résolvant de .
a) Le sous-ensemble Sp(R( )) de est l’image du spectre de par l’application de dans ;
b) Pour tout dans , on a
Ker() Ker(()).
Démontrons l’assertion a). Pour tout , on calcule
Puisque Sp() et , l’application linéaire est une bijection de dom() sur E. Par conséquent, cette formule implique que est une bijection de dom() sur E si et seulement si est une bijection de E sur E, ce qui implique l’assertion.
Démontrons b). Si et Ker(()), on a dom() et la formule implique que Ker(). Réciproquement, si Ker() et , la formule implique .
Proposition 16 033T
Soit un opérateur fermé à domaine dense sur un espace hilbertien complexe E. Le spectre de est l’image du spectre de par la conjugaison complexe et, pour tout élément de l’ensemble résolvant de , on a . En particulier, si est auto-adjoint, l’endomorphisme est normal pour tout Sp().
Soit Sp() un élément de l’ensemble résolvant de . On a , donc
(IV, p. 236 et prop. 9 de IV, p. 239). D’après la remarque 5, on en déduit que Sp() et que . Par conséquent, le spectre de est contenu dans l’image de Sp() par la conjugaison complexe. On obtient l’égalité en appliquant cette propriété à , puisque (cor. de la prop. 8 de IV, p. 237). La dernière assertion résulte alors de la formule (9), p. 245.
Corollaire 033U
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur un espace hilbertien complexe E. Si E n’est pas nul, alors le spectre de n’est pas vide.
Supposons que Sp() est vide. Alors est injectif et est un endomorphisme injectif de E tel que Sp() (prop. 15, a)), donc Sp() I, p. 26, cor. 1). Puisque est normal (prop. 16), cela implique que est nul (I, p. 110, exemple 1), ce qui est une contradiction.
Lemme 5 033V
Soit E un espace hilbertien complexe et soit un opérateur partiel fermé à domaine dense sur E. Soit . Supposons qu’il existe un nombre réel tel que
(10) pour tout dom(),
(11) pour tout dom().
Alors appartient à l’ensemble résolvant de et .
L’hypothèse implique que et sont injectifs. Soit F l’image de . L’espace F est dense dans E, puisque son orthogonal est égal à Ker() (prop. 7, c) de IV, p. 236), qui est nul.
Démontrons que l’espace F est fermé. Soit une suite dans dom() telle que la suite converge vers . L’inégalité (10) implique que la suite est une suite de Cauchy dans E. Soit sa limite. La suite converge vers dans ; puisque le graphe de est fermé, on a donc dom() et , ce qui démontre que .
On conclut que F = E. Ainsi, l’opérateur partiel est bijectif, d’où Sp() (remarque 3). L’inégalité (10) implique alors que .
Proposition 17 033W
Soit E un espace hilbertien complexe et soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E.
a) Le spectre de est contenu dans ;
b) Si est positif, alors le spectre de est contenu dans ;
c) Supposons que E est non nul. Soient Sp() et la distance de au spectre de . On a .
Soient et . Soit dom(). Comme est auto-adjoint, on a , d’où
Supposons que . On obtient alors
D’après le lemme 5, on a donc Sp(), d’où l’assertion a).
Supposons que est également positif. Si et , on obtient de même pour dom() l’inégalité
donc Sp() loc. cit.), ce qui démontre b).
Démontrons enfin c). D’après la prop. 16, la résolvante est un endomorphisme normal de E. Sa norme est donc égale à son rayon spectral (cor. 1 de I, p. 108), d’où
sup
(th. 1 de I, p. 24). Le spectre de ne peut être réduit à , car dans ce cas on aurait , donc l’image dom() de serait nulle, et E également. La prop. 15 implique donc que
sup.
Corollaire 033X
Soit un opérateur auto-adjoint sur E.
a) Le spectre résiduel de est vide ;
b) Pour tous dans , les espaces propres de relatifs à et sont orthogonaux.
Démontrons a). Soit appartenant au spectre de ; c’est un nombre réel (prop. 17). On a Ker() Im() (prop. 7 de IV, p. 236), donc n’est pas une valeur propre de si l’opérateur partiel est d’image dense. Cela implique par définition que le spectre résiduel de est vide.
Démontrons b). D’après la proposition, on peut supposer que et sont réels. Soient dom() tel que et dom() tel que . On a alors
d’où .
Remarque 033Y
Si est un opérateur symétrique fermé non auto-adjoint, son spectre n’est pas contenu dans cf. cor. 10 de IV, p. 257 ci-dessous), et il est possible que les espaces propres de relatifs à et ne soient pas orthogonaux (exercice 11 de IV, p. 347).
8. Pseudo-spectre
Définition 9 033Z
Soit E un espace de Banach complexe et soit un opérateur partiel fermé sur E. Soit un nombre réel strictement positif. On appelle -pseudo-spectre de la réunion du spectre de et de l’ensemble des nombres complexes appartenant à l’ensemble résolvant de tels que . On note PSp cet ensemble.
Certains auteurs définissent le -pseudo-spectre de comme l’ensemble réunion de Sp() et de l’ensemble des Sp() tels que . L’adhérence de PSp est contenue dans , mais cette inclusion peut être stricte, même si E est un espace hilbertien (cf. exercices 18 de IV, p. 348 et 19 de IV, p. 349).
Proposition 18 0340
Soient E un espace de Banach complexe et un opérateur partiel fermé sur E. Soit . L’ensemble PSp est un ouvert de . Il n’est pas vide si E n’est pas nul.
Si E est nul, alors PSp est vide. Supposons que E est non nul. D’après la prop. 14 de IV, p. 246, l’ensemble PSp est un ouvert de .
L’ensemble PSp n’est pas vide si le spectre de n’est pas vide. Si Sp() est vide, alors le théorème de Liouville (VAR, R1, p. 29, 3.3.6) implique que la fonction holomorphe sur définie par n’est pas bornée, donc il existe dans tel que .
Proposition 19 0341
Soient E un espace de Banach complexe et un opérateur partiel fermé sur E. On a PSp PSp si et
PSp Sp().
La première assertion résulte de la définition. Pour la seconde, le spectre de est contenu dans PSp pour tout par définition, et si Sp(), alors PSp lorsque .
Proposition 20 0342
Soient E un espace de Banach complexe et un opérateur partiel fermé sur E. Soit . Pour tout , les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) On a PSp;
(ii) Soit Sp(), soit il existe dom() tel que et ;
(iii) Il existe tel que et Sp().
On peut supposer que E est non nul. La condition (ii) est une reformulation de la définition, et donc de la condition (i).
Supposons que la condition (i) est vérifiée et démontrons (iii). Si appartient au spectre de , on peut prendre dans (iii).
Supposons donc que Sp(). Par définition de PSp, il existe tel que et . Posons . On a . D’après le théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 67, cor. 2), la forme linéaire sur telle que admet un prolongement continu tel que ; on a donc . Pour tout , posons . On a et . Il vient , donc Sp(). Comme de plus , la condition (iii) est satisfaite.
Réciproquement, soit tel que et Sp(). L’opérateur partiel n’est donc pas injectif avec un inverse continu ; d’après le lemme 4 de IV, p. 243, appliqué à l’opérateur partiel injectif et à , on a donc . Il en résulte que la condition (iii) implique (i).
Corollaire 0343
Soient E un espace de Banach complexe et un opérateur partiel fermé sur E. Soit .
a) Pour tout , on a PSp PSp;
b) Soient et le disque ouvert de centre 0 et de rayon dans . On a PSp PSp.
Soit PSp. Il existe un endomorphisme tel que et Sp() (prop. 20). Comme et , on a PSploc. cit.).
Soit ; on a Sp() et , donc PSploc. cit.).
Proposition 21 0344
Soient E un espace de Banach complexe et un opérateur partiel fermé sur E. Soit . Toute composante connexe bornée de PSp rencontre le spectre de .
Soit U une composante connexe de PSp qui ne rencontre pas Sp(). L’ensemble U est ouvert et fermé dans PSp, et son adhérence U dans vérifie donc PSp.
Comme Sp() est contenu dans PSp et U ne rencontre pas Sp(), cette égalité démontre que l’ensemble U est disjoint de Sp(), donc contenu dans l’ensemble résolvant de . De plus, elle implique que l’ensemble U ne rencontre pas PSp.
On a donc pour tout dans U, tandis que pour . Si l’ensemble U est borné, son adhérence est compacte et il existe tel que pour . Ce qui précède implique que , ce qui contredit le principe du maximum (VAR, R1, p. 29, 3.3.7) puisque la résolvante de est holomorphe dans l’ensemble résolvant de (prop. 14 de IV, p. 246).
9. Opérateurs de multiplication
Soient X un espace localement compact et une mesure positive sur X. On considère les opérateurs de multiplication sur ; ce sont des opérateurs fermés à domaine dense (prop. 5 de IV, p. 232). Pour toute fonction -mesurable sur X, on notera l’opérateur partiel de multiplication par sur .
Proposition 22 0345
Soit une fonction -mesurable sur X.
a) Le spectre de est l’image -essentielle S de ;
b) Soit Sp(). La résolvante est l’opérateur de multiplication , où est la fonction sur X définie par si et sinon.
Démontrons que S est contenu dans l’ensemble résolvant de . Soit S. Il existe un voisinage ouvert U de tel que le sous-ensemble de X est localement -négligeable. La fonction définie sur X par si et si appartient alors à (lemme 5 de IV, p. 184) ; l’opérateur de multiplication par est donc un endomorphisme de .
Comme , on a
pour , ce qui implique que l’image de est contenue dans le domaine de . Réciproquement, soit dont la classe appartient au domaine de . En dehors de l’ensemble localement -négligeable Y, on a , donc est dans l’image de . La même formule prouve que appartient à l’ensemble résolvant de et que . Comme l’ensemble Y est localement -négligeable, l’opérateur de multiplication coïncide avec l’opérateur décrit dans l’assertion b).
Démontrons réciproquement que Sp() est contenu dans S. Soit Sp(). Soit un nombre réel. Notons Y l’ensemble des tels que . Démontrons que Y est localement -négligeable, ce qui impliquera que n’appartient pas à S, et conclura la démonstration.
Soit K un sous-ensemble compact de X. Soit la fonction caractéristique de ; c’est un élément de , dont on note la classe dans . Soit une fonction dans dont la classe dans est . On a dom() et , donc pour -presque tout . Cela implique
Au vu du choix de M, cela signifie que est nulle -presque partout. Ainsi, l’ensemble est -négligeable. L’ensemble Y est donc localement -négligeable (INT, IV, p. 172, § 5, n, prop. 5).
Proposition 23 0346
Soit une fonction -mesurable sur X. L’adjoint de l’opérateur de multiplication est .
Pour tout entier 1, soit la fonction caractéristique de l’ensemble des éléments X tels que , et soit sa classe dans . Soient dont la classe appartient à dom() et une fonction dont la classe est .
Pour toute dont la classe appartient à dom(), on a également dom(), et donc . Cela entraîne l’égalité
Puisque le domaine de est dense dans , on en déduit que est nulle -presque partout. Puisque est arbitraire, cela signifie que est la classe dans de . En particulier, comme , on conclut que appartient au domaine de et que .
L’adjoint de est donc une extension de . De plus, on a
pour tout et dom(), ce qui démontre que la forme linéaire est continue lorsque appartient à . Par conséquent le domaine de est contenu dans celui de , ce qui conclut la preuve.
Corollaire 0347
Soit une fonction -mesurable sur X. L’opérateur de multiplication sur est auto-adjoint (resp. positif ) si et seulement si la fonction est localement -presque partout à valeurs réelles (resp. localement -presque partout positive).
La première assertion résulte de la proposition. Si est localement -presque partout positive, on a pour tout , donc l’opérateur partiel est positif.
Réciproquement, si est positif, alors son spectre est contenu dans (prop. 17 de IV, p. 248) ; comme il s’agit de l’image -essentielle de (prop. 22, a)), cela signifie que est localement -presque partout positive.
Lemme 6 0348
Soient et des fonctions -mesurables sur X.
a) L’opérateur partiel est fermable et sa fermeture est l’opérateur de multiplication ;
b) On a ;
c) Supposons que est bornée. On a alors . Par ailleurs, le domaine de est contenu dans le domaine de , et est la réduction de à dom().
Il est élémentaire que est une extension de ; ce dernier opérateur est donc fermable, et .
Soit tel que la fonction appartient à . Pour tout entier , notons l’ensemble des tels que et la fonction caractéristique de . On a dom(). Comme converge vers pour tout et que pour tout , on a et , avec par hypothèse, le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, n, th. 6) implique que la suite des couples de classes dans de , qui appartiennent au graphe de , converge vers le couple des classes de dans . La fermeture de est donc bien égale à .
Il est élémentaire que . Supposons que est bornée, de sorte que est une application linéaire continue sur . Alors le domaine de est l’ensemble des classes de fonctions telles que , c’est-à-dire le domaine de . On a donc .
Il est également élémentaire que dom() dom() est contenu dans dom(), et que la réduction de à cet espace est égale à .
On se gardera de croire que en général (exercice 10 de IV, p. 347). Néanmoins, on a le résultat partiel suivant :
Proposition 24 0349
Soit une fonction -mesurable sur X.
a) On a ;
b) Pour tous entiers , on a .
On a par le lemme 6. Inversement, on déduit de l’inégalité que dom() dom(), d’où la première assertion.
Soient . On a loc. cit.). Le domaine de est l’ensemble des classes dans de fonctions telles que appartient à pour tout entier tel que . Les inégalités
valides pour , permettent de constater que dom() est égal à dom(), d’où l’assertion b).
10. Extensions auto-adjointes d’un opérateur symétrique
Dans ce numéro, on se propose de classifier les extensions auto-adjointes des opérateurs symétriques sur un espace hilbertien complexe, et en particulier de trouver des conditions assurant l’existence d’une extension auto-adjointe d’un tel opérateur.
Soit E un espace hilbertien complexe. Pour tout opérateur partiel sur E, on écrira dans ce numéro et au lieu de et .
Soit un opérateur fermé à domaine dense sur E. On rappelle (cf. définition 4 de IV, p. 230 et proposition 4 de IV, p. 230) que l’on note l’espace hilbertien dom() muni de la forme hermitienne
On note la norme d’un élément de l’espace hilbertien . Tout sous-espace de dom() qui est fermé dans E est fermé dans IV, p. 230, remarque 1).
Définition 10 034A
Soit un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. Soient Ker() et Ker(). Le couple de sous-espaces de dom() est appelé le couple de carence de . Les sous-espaces et sont des sous-espaces fermés de E (prop. 3 de IV, p. 229). Le couple (dim(E), dim(E)) des dimensions hilbertiennes de ces sous-espaces est appelé l’ indice de carence de .
Proposition 25 034B
Soit un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. On a
Ker() Im(),
Ker() Im().
D’après la prop. 7, c) de IV, p. 236, il suffit de démontrer que l’image de (resp. de ) est fermée dans E. Puisque est symétrique, on a pour tous et dans dom(). L’application de dans E est donc isométrique. Son image est fermée dans E (lemme 8 de I, p. 107). Puisqu’il s’agit aussi de l’image de , celle-ci est fermée dans E. De même, l’image de est fermée dans E.
Lemme 7 034C
Soient un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E et une extension symétrique fermée de . Le domaine de est un sous-espace fermé de l’espace hilbertien .
Comme est une extension de , on a pour et dans dom(). L’injection canonique de dans est donc isométrique, et la conclusion en résulte (lemme 8 de I, p. 107).
Proposition 26 034D
Soit un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. Soit le couple de carence de . Les espaces et dom() sont des sous-espaces fermés et mutuellement orthogonaux de dont la somme hilbertienne est égale à .
Puisque est symétrique, on a , donc l’espace dom() est fermé dans (lemme 7). Les sous-espaces et sont fermés dans E et contenus dans dom(), donc fermés dans .
Soit . On a , d’où pour tout dom(). Par conséquent, pour tout dom(), on a
puisque est symétrique. Les espaces et dom() sont donc orthogonaux dans . De même, et dom() sont orthogonaux dans .
Soient et . Alors
donc et sont orthogonaux dans .
Soit orthogonal au sous-espace fermé dom(). Pour tout dom(), on a puisque , d’où
Cela implique que appartient au domaine de et vérifie . Soit . C’est un élément de dom() qui vérifie . Donc appartient à . Mais, pour tout , on a
Prenant , on en déduit que , c’est-à-dire ; comme , on a donc , d’où = 0 puisque est orthogonal à dans . Ceci achève de démontrer que la somme directe dom() est égale à .
Corollaire 034E
Soit un opérateur symétrique fermé sur E. Alors est auto-adjoint si et seulement si l’indice de carence de est égal à .
En effet, l’opérateur symétrique est auto-adjoint si et seulement si dom() dom(); or la proposition démontre que dom() est la somme hilbertienne de dom() et des sous-espaces de carence de .
Soit un opérateur partiel symétrique fermé. Le spectre de est contenu dans si et seulement si est auto-adjoint. En effet, on sait que Sp() si est auto-adjoint (prop. 17 de IV, p. 248) ; si n’est pas auto-adjoint, l’un des sous-espaces Ker() ou Ker() est non nul, donc l’image de ou de est un sous-espace propre de E (prop. 25 de IV, p. 256), de sorte que ou appartient à Sp().
Définition 11 034F
Soit un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. Une condition au bord pour est une application linéaire partiellement isométrique (EVT, V, p. 41, déf. 3) de Ker() dans Ker().
Soient un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E et une condition au bord pour . Soit I = Ker() le sous-espace initial de . On note la réduction de au sous-espace de dom() somme directe de dom() et du graphe dans de la restriction de à I. Comme dom() (prop. 26), l’opérateur partiel est bien défini.
Autrement dit, le domaine de est l’espace des éléments de la forme , où dom() et appartient au sous-espace initial de . On a alors .
Théorème 1 (von Neumann) 034G
Soient un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E et son couple de carence.
a) Pour toute condition au bord pour , l’opérateur partiel est une extension symétrique fermée de ;
b) L’application est une bijection de l’ensemble des conditions au bord pour sur l’ensemble des extensions symétriques fermées de ;
c) Pour toute condition au bord pour , on a
Im() Im() Im()
Im() Im() Ker();
d) Pour toute condition au bord pour , le couple de carence de est (Ker(), Ker()).
Soit une condition au bord pour et son sous-espace initial. La restriction de à est l’application linéaire continue définie par pour . Le graphe de est la somme directe du graphe de et du graphe de cette application linéaire ; il est donc fermé. L’opérateur fermé est une extension de telle que .
Soient et des éléments de I. Considérons les éléments
du graphe . On calcule
puisque est isométrique sur I. On en déduit qu’on a
pour tous et dans .
Soient et des éléments de dom() et des éléments de . Il vient
où on a utilisé le fait que est symétrique et que et appartiennent au domaine de ainsi que la formule (12). L’opérateur est donc une extension symétrique fermée de . L’assertion a) est démontrée.
L’application est injective. En effet, une application partiellement isométrique de dans est déterminée de manière unique par son sous-espace initial et par sa restriction à celui-ci. Or le domaine de détermine le sous-espace initial I de et le graphe de la restriction de à I.
Démontrons que l’application est surjective. Soit une extension symétrique fermée de . On a . Le domaine de est donc un sous-espace de dom() contenant dom(), et est la réduction de à ce sous-espace. Soit G l’intersection du domaine de et de . C’est un sous-espace fermé de (lemme 7) et on a dom() dom() d’après la proposition 26.
Soient et tels que . Puisque est symétrique, et que c’est la réduction de à dom(), on a
Cette égalité équivaut à
c’est-à-dire à . En particulier, la projection canonique est injective et si I désigne son image, l’espace G est le graphe d’une application isométrique de I dans . Pour dans I et dans tels que , on a
Ainsi, considérant G comme sous-espace fermé de l’espace hilbertien , l’application de G dans I une isométrie. En particulier, I est fermé dans (lemme 8 de I, p. 107). Il existe alors une unique condition au bord pour dont I est l’espace initial et qui coïncide avec sur I. On a dom() dom(), d’où . Cela établit l’assertion b).
Démontrons les assertions c) et d). Soient une condition au bord pour et I son sous-espace initial. Pour dom() et , on a
On a Im() (prop. 25). Comme l’image de est contenue dans , cette formule démontre que Im() Im() Im(). D’après loc. cit., on a donc Ker() Im() Ker().
De manière analogue, on vérifie que Im() Im() et donc (loc. cit.) que Ker() Ker().
Corollaire 1 034H
Soit un opérateur symétrique fermé sur un espace hilbertien complexe E. L’application induit une bijection de l’ensemble des isométries de Ker() sur Ker() sur l’ensemble des extensions auto-adjointes de . En particulier, il existe une extension auto-adjointe de si et seulement si les deux composantes de l’indice de carence de sont égales.
Cela découle du corollaire de la proposition 26 et du théorème, ainsi que de EVT, V, p. 25, cor. 2.
Corollaire 2 034I
Soit E un espace hilbertien réel. Soit un opérateur symétrique fermé sur E. L’opérateur partiel sur est symétrique et fermé, et admet au moins une extension auto-adjointe.
L’opérateur partiel est fermé et symétrique d’après la prop. 2 de IV, p. 228 et le lemme 3 de IV, p. 239. L’isomorphisme -linéaire de dans tel que pour tout et tout induit un isomorphisme d’espaces hilbertiens de Ker() dans Ker() et on peut appliquer le corollaire 1.
Corollaire 3 034J
Soit un opérateur symétrique sur E. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’opérateur est essentiellement auto-adjoint ;
(ii) Les espaces Ker() et Ker() sont nuls ;
(iii) Les espaces Im() et Im() sont denses dans E ;
(iv) L’opérateur symétrique partiel a une unique extension auto-adjointe.
Les conditions (ii) et (iii) sont équivalentes d’après la prop. 7, c) de IV, p. 236.
L’opérateur partiel est essentiellement auto-adjoint si et seulement si est auto-adjoint, c’est-à-dire si Ker() Ker() (cor. de la prop. 26). Comme (prop. 8 de IV, p. 237), la condition (i) est donc équivalente à la condition (ii). De plus, le corollaire précédent démontre que (ii) implique que a une unique extension auto-adjointe, ce qui est la condition (iv).
Enfin, supposons que a une unique extension auto-adjointe . Il en est alors de même de , puisque toute extension auto-adjointe de en est une de , donc est égale à . D’après le corollaire précédent, les espaces Ker() et Ker() doivent être nuls, d’où la condition (ii) en utilisant encore .
Exemple 034K
Soient U un ouvert de muni de la mesure de Lebesgue . Soit Δ l’opérateur différentiel scalaire
sur U. Notons l’opérateur partiel sur l’espace hilbertien réel de domaine IV, p. 201, remarque) défini par . On a , qui est un opérateur partiel fermable (prop. 13 de IV, p. 242) et symétrique (puisque Δ est formellement symétrique), donc est fermable et symétrique (proposition 2 de IV, p. 228 et lemme 3 de IV, p. 239). D’après le corollaire ci-dessus, il existe donc une extension auto-adjointe de . C’est un laplacien sur U (IV, p. 243).
Exercices
Sauf mention du contraire, les espaces de Banach et les espaces hilbertiens ci-dessous sont supposés complexes.
See the exercises for § 4.
[^1]: On prendra garde de ne pas confondre la notion de graphe considérée ici avec celle introduite dans TA, II, p. 155, déf. 1.