§ 5. Opérateurs partiels normaux et théorème spectral
1. Bornification
Soit E un espace hilbertien complexe. On note l’application unitaire sur . Soit un opérateur partiel fermé à domaine dense sur E. L’opérateur partiel est auto-adjoint et positif (prop. 12 de IV, p. 241), donc Sp() (prop. 17 de IV, p. 248). On note ; c’est un endomorphisme positif et injectif de E.
Notons et les deux projections canoniques de dans E. Ce sont des éléments de , et on a l’égalité de correspondances . Soit la décomposition polaire (déf. 4 de I, p. 140) de l’endomorphisme , de sorte que . L’application est une isométrie partielle de E dans .
Définition 1 0359
L’endomorphisme de E est appelé la bornification de ; on note cet endomorphisme.
On a .
Soit . Notons dom(). On a dom() et dom(). Pour tout élément de , où dom(), on calcule
Cela signifie que , d’où . Par conséquent, on a , donc , c’est-à-dire la formule (1). En particulier, comme Im() Im() d’après le cor. de la prop. 11 de I, p. 140, il vient dom() Im() Im(W()). L’opérateur partiel a donc pour domaine l’espace E. La relation (prop. 11, a) de I, p. 140) implique alors que
ce qui est la formule (2).
On a Ker() Ker() (prop. 10, b) de I, p. 139) et la formule (1) implique donc que l’isométrie partielle est injective, donc isométrique, d’où . En écrivant , on trouve
d’où la formule (3).
Soit dom() et posons . On a dom() et la formule implique que dom(). On a alors
ce qui signifie que la réduction de au domaine de est égale à . Comme l’image de est égale à celle de (cor. de la prop. 11 de I, p. 140) donc au domaine de , il vient
(formule (2)). De plus, commute avec , donc on obtient
Cette relation implique que pour toute fonction (prop. 11 de I, p. 113), donc en particulier que . Cela démontre la formule (4) et conclut la démonstration.
Corollaire 035B
On a .
Notons et les projections et notons la décomposition polaire de , de sorte que . Pour tous et dans E, on a et , et comme est orthogonal à d’après la prop. 7 de IV, p. 236, il vient
Comme et (prop. 11, b) de I, p. 140) on obtient
donc . En utilisant les formules (1) et (4), on en conclut que , et comme l’image de est le domaine de , qui est dense dans E, on en déduit .
On note Ω(E) l’ensemble des tels que est positif et injectif. Pour , l’endomorphisme hermitien est injectif, puisque son carré l’est, et on note l’opérateur partiel .
Notons que est positif si et seulement si , puisque on a pour tout .
Lemme 1 035C
Le sous-ensemble Ω(E) est auto-adjoint dans .
Soit . On a donc l’endomorphisme est positif. Il est injectif : si Ker(1), on a , d’où puis , puisque est injectif, et enfin . Le lemme en résulte.
Proposition 2 035D
L’application définit une bijection de l’ensemble des opérateurs partiels fermés à domaine dense sur E sur l’ensemble Ω(E). La bijection réciproque est donnée par .
La relation (formule (3)) implique que appartient à Ω(E) puisque est positif et injectif. Comme de plus (formule (2)), on obtient
Réciproquement, soit . Posons et notons . Le domaine de est l’image de , qui est dense dans E puisque est hermitien et injectif (EVT, V, p. 41, prop. 4 (i)). Pour tout dom(), il vient
puisque est la réduction de au domaine de . Comme est auto-adjoint, on en déduit que
et l’opérateur partiel est donc fermé d’après le lemme 2 de IV, p. 231.
Démontrons finalement que . Comme , on a , et il suffit donc de vérifier que (formule (2)), ou même que .
L’endomorphisme appartient à Ω(E) d’après le lemme 1. Posons . C’est un endomorphisme positif injectif de E, et on a (prop. 11 de I, p. 113). Le graphe de est l’ensemble des éléments de la forme pour . D’après la prop. 7 de IV, p. 236, le graphe de est . Comme, pour tous et , on a
le graphe de contient les éléments de la forme pour , et on a alors . En particulier, le domaine de contient l’image de .
Soit et posons , donc . On a dom() et . En particulier, Im() dom(), et . Il vient donc , d’où , c’est-à-dire
On a donc démontré que , comme désiré.
Corollaire 035E
L’endomorphisme est hermitien si et seulement si est auto-adjoint.
Cela résulte de l’injectivité de l’application (prop. 2) et de la formule (cor. de la prop. 1).
2. Opérateurs partiels normaux et théorème spectral
Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe.
Définition 2 035F
Soit un opérateur partiel sur E. On dit que est normal si est fermé à domaine dense et si sa bornification est un endomorphisme normal de E.
Si (E), cette définition coïncide avec EVT, V, p. 42, déf. 4, d’après les formules (prop. 1 de IV, p. 262) et (cor. de loc. cit.).
Si est un opérateur partiel auto-adjoint sur E, alors est hermitien (cor. de la prop. 2 de IV, p. 264) donc est normal.
Soit D le disque unité ouvert dans . On note la fonction de dans D définie par . C’est un homéomorphisme, dont l’inverse vérifie pour .
Soit . Il résulte des formules (2) et (3) de la proposition 1 de IV, p. 262 que , et donc
Lemme 2 035G
Soit X un espace topologique localement compact et soit une mesure positive sur X.
a) Soit une fonction -mesurable sur X. L’opérateur de multiplication sur est normal et ;
b) Soit une fonction -mesurable. L’endomorphisme appartient à et .
L’opérateur partiel est fermé à domaine dense. Comme (prop. 23 de IV, p. 253 et prop. 24 de IV, p. 255) on a
(prop. 22 de IV, p. 252). Cela implique
d’après la formule (2) de IV, p. 262, le cor. de la prop. 6 de IV, p. 187 et le lemme 6 de IV, p. 254. Appliquant finalement la prop. 6 de IV, p. 187, on obtient l’assertion a).
Démontrons b). Comme pour tout , on a (cor. de la prop. 6 de IV, p. 187). Puisque l’application est injective (prop. 2 de IV, p. 264) et que les endomorphismes et sont égaux à d’après l’assertion a), on a bien .
Théorème 1 (« Théorème spectral ») 035H
Soit un opérateur partiel normal sur l’espace hilbertien E. Il existe un espace topologique localement compact X, une mesure positive sur X, un isomorphisme isométrique de sur E et une fonction continue sur X, tels que .
L’endomorphisme de E est normal par définition. D’après le théorème spectral pour les endomorphismes normaux de E (corollaire 1 de IV, p. 193), il existe donc un espace topologique localement compact , une mesure positive sur , un isomorphisme isométrique de sur E, et une fonction continue bornée sur , de sorte que coïncide avec .
Soit N le sous-ensemble fermé des tels que . Puisque l’endomorphisme est positif et injectif, l’ensemble N est localement -négligeable (lemme 7 de IV, p. 186 et cor. de la prop. 6 de IV, p. 187). Posons alors N. C’est un espace localement compact, et la restriction des fonctions à X induit un isomorphisme isométrique de sur (prop. 1 de IV, p. 179). La composition de et de la restriction des fonctions à X induit donc un isomorphisme isométrique de sur E. Comme , il vient (lemme 2). Le théorème résulte de cette formule.
Lemme 3 035I
Soit un opérateur partiel normal sur E. On a
Sp()(Sp()).
On a (prop. 1 de IV, p. 262). L’endomorphisme est injectif et son image est le domaine de (formule (1) de IV, p. 262).
Soit . Le nombre appartient à l’ensemble résolvant de si et seulement si est une application linéaire bijective de E dans E (remarque 3 de IV, p. 245). Or, d’après la formule (3) de IV, p. 262, on a
où est la fonction continue définie sur par . L’endomorphisme est bijectif si et seulement si son spectre ne contient pas 0. Comme Sp() (Sp()) (cor. 2 de la prop. 7 de I, p. 111), c’est le cas si et seulement si 0 n’appartient pas à l’ensemble (Sp()). Ainsi, Sp() si et seulement s’il existe Sp() tel que
Cette égalité, si elle est valide, implique que , et signifie que que . On conclut que Sp() (Sp()), comme énoncé.
Soit un opérateur partiel normal sur E. Soit (Sp()). L’application de Sp() dans est continue et à support compact ; l’unique application de Sp() dans qui la prolonge par zéro est donc continue.
Définition 3 035J
Pour toute fonction (Sp()), on définit l’endomorphisme de E par .
L’application est un morphisme d’algèbres complexes de (Sp()) dans (Sp()), donc l’application est un morphisme d’algèbres complexes de (Sp()) dans . On a puisque . Si alors , donc est un endomorphisme positif de E.
Remarque 035K
Supposons que est un endomorphisme normal de E, donc que Sp() est une partie compacte de . Comme la bornification coïncide avec (formule (5)), et que Sp() (Sp()) (cor. 2 de la prop. 7 de I, p. 111), le spectre de est une partie compacte de D. Pour toute fonction continue (Sp()), la fonction coïncide avec la restriction de à Sp(). Par conséquent, coïncide avec l’endomorphisme défini par le calcul fonctionnel continu de . La définition ci-dessus est donc compatible avec celle du calcul fonctionnel continu de l’algèbre stellaire .
Soit (Sp()). On a
de sorte que, pour tous et dans E, on obtient la majoration . L’application est donc une mesure bornée sur Sp(), de masse totale (INT, IV, p. 154, § 4, n). Si , c’est une mesure positive, puisque est positif lorsque .
Définition 4 035L
Soit un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien complexe E. Soient et dans E. La mesure bornée sur Sp() définie par pour (Sp()) s’appelle la mesure spectrale de relative à . Lorsque , on dit que c’est la mesure spectrale de relative à .
Remarque 1 035M
Lorsque est continu, cette définition coïncide avec celle de la déf. 2 de IV, p. 190.
Remarque 2 035N
Soit l’inclusion canonique de Sp() dans . Puisque Sp() est fermé, l’application est -propre pour toute mesure bornée sur Sp() (INT, V, p. 68, § 6, n, prop. 1). On identifiera souvent les mesures spectrales de avec les mesures sur qui sont leurs images par cf. INT, V, p. 84, § 7, n.
L’application de dans l’espace de Banach (Sp()) qui associe à la mesure spectrale de relative à est sesquilinéaire et continue de norme .
Lemme 4 035O
Soit X un espace topologique localement compact, soit une mesure positive sur X et soit une fonction -mesurable sur X. Soit l’opérateur de multiplication par sur .
a) L’application de (Sp()) dans est donnée par ;
b) Pour et dans de classes et dans , la mesure spectrale dede la mesure image )relative à. est la restriction à Sp()
L’opérateur partiel est normal et (lemme 2). De plus appartient à Sp() pour tout en dehors d’un ensemble localement -négligeable (proposition 22 de IV, p. 252 et lemme 1 de IV, p. 181). Comme pour tout - Y, on en déduit que d’après la définition 3 et le cor. de la prop. 6 de IV, p. 187.
Soient et dans de classes et dans . Puisque la mesure est bornée, la mesure image est définie (INT, V, p. 69, § 6, n, rem. 1). Soit (Sp()). On a d’après a), d’où
(INT, V, p. 69, § 6, n, formule (1)), ce qui établit l’assertion b).
Exemple 035P
Soit . On munit de la mesure de Lebesgue, et on identifie et son groupe dual comme dans le corollaire 3 de II, p. 236. Notons N la norme euclidienne sur et la transformation de Fourier sur et sur (n de IV, p. 217).
Soit l’opérateur partiel sur dont le domaine est l’espace et qui vérifie
pour tout . On a alors pour toute fonction (remarque 12 de IV, p. 220). Comme la transformation de Fourier est un automorphisme de (prop. 18 de IV, p. 219), cela signifie que l’opérateur partiel est la réduction de l’opérateur de multiplication à l’espace . L’opérateur partiel est fermable et symétrique ; sa fermeture est l’opérateur partiel auto-adjoint positif (prop. 6 de IV, p. 232, appliquée à l’espace à l’aide de la prop. 4 de IV, p. 202). Par conséquent, l’opérateur partiel est essentiellement auto-adjoint. On note Δ sa fermeture ; c’est un opérateur auto-adjoint positif, et c’est l’unique laplacien sur cf. exemple du n de IV, p. 243 et cor. de la prop. 26 de IV, p. 257).
D’après la prop. 21 de IV, p. 223, l’espace de Sobolev est l’ensemble des tels que appartient à , c’est-à-dire tels que appartient au domaine de . Comme la transformation de Fourier est un isomorphisme isométrique de l’espace dans lui-même (th. 1 de II, p. 215), le domaine du laplacien Δ est . On a . En particulier, le spectre de Δ est égal à .
3. Calcul fonctionnel universellement mesurable
Dans ce numéro les espaces hilbertiens considérés sont complexes.
Soit un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E. On note (resp. ) la mesure spectrale de (resp. de ) relative à .
Soit . L’application (Sp()) définie par vérifie
Sp()
Il existe donc une unique application linéaire isométrique ev de l’espace (Sp()) dans E telle que ev si est la classe d’une fonction (Sp()).
Soit une fonction universellement mesurable définie sur le spectre de . On note l’ensemble des éléments tels que appartient à (Sp()).
Proposition 3 035Q
Soit une fonction universellement mesurable définie sur le spectre de . L’ensemble est un sous-espace vectoriel dense de E. L’application ev est un opérateur partiel normal sur E dont le domaine est , et qui est noté .
Pour tout et tout , on a (Sp()) et
Sp()
Nous allons démontrer l’énoncé plus précis suivant :
Proposition 4 035R
Soit une fonction universellement mesurable dans le spectre de .
a) L’ensemble est un sous-espace vectoriel dense de E. L’application ev de dans E est linéaire et coïncide avec si ;
b) Soit (Sp()). Pour tout et tout , on a (Sp()), et
Sp()
c) Supposons que où X est un espace topologique localement compact et une mesure positive sur X, et que , où est -mesurable. On a .
D’après le théorème 1 de IV, p. 266, on peut supposer être dans la situation de l’assertion c), c’est-à-dire que et , où X est un espace topologique localement compact, une mesure positive sur X et est -mesurable. On notera la classe dans d’une fonction .
Soit S = Sp(). On note (resp. ) la mesure spectrale de (resp. de ) relative à pour tout (resp. tout ).
Soit . La mesure spectrale est égale à la mesure image sur S (lemme 4 de IV, p. 269). Comme la fonction est -mesurable, on a si et seulement si les intégrales
sont finies (INT, V, p. 70, § 6, n, prop. 2). Cela signifie que est le domaine de l’opérateur de multiplication , qui est un sous-espace dense dans E (prop. 5 de IV, p. 232).
La restriction de ev aux classes de fonctions est l’application qui à une classe associe l’élément (lemme 4 de IV, p. 269). L’application ev coïncide donc avec l’application isométrique de dans déduite par passage aux quotients de l’application de dans .
En particulier, on a donc ev, de sorte que l’application de dans E coïncde avec l’opérateur partiel . Cela démontre l’assertion c) ; si , on trouve ev, ce qui conclut également la preuve de a).
Démontrons l’assertion b). Soient et des fonctions telles que et . Il vient (INT, V, loc. cit.)
qui est fini, donc . De plus, on a alors
ce qui conclut la démonstration.
Définition 5 035S
L’application de (Sp()) dans l’ensemble des opérateurs partiels normaux sur E définie par la prop. 3 de IV, p. 271 est appelée application de calcul fonctionnel universellement mesurable associée à .
Plus généralement, soient T un ensemble et Sp() une application ; soit tel que la fonction est universellement mesurable sur Sp(). On note alors .
La formule (7) implique en particulier que (8)
Sp()
pour tout (Sp()) et tout . On en déduit en prenant que est une mesure positive de masse totale .
Si est un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E et (Sp()), alors et l’opérateur partiel est alors continu, puisque
pour tout d’après (8). L’endomorphisme coïncide avec celui de la définition 3 de IV, p. 268.
Corollaire 1 035T
a) Pour tout (Sp()), l’opérateur partiel est normal et . De plus est positif si , et auto-adjoint si est à valeurs réelles ;
b) Soient et pour Sp(). On a ;
c) Soient Sp() et pour Sp(). On a ;
d) On a ;
e) Soient (Sp()) et (Sp()) tels que . Le domaine de est un cœur pour .
Au vu du théorème spectral (th. 1 de IV, p. 266), cela résulte de la proposition précédente combinée, respectivement, avec :
a) le lemme 2, a) de IV, p. 266, la prop. 23 de IV, p. 253, et son corollaire ;
b) la prop. 24, b) de IV, p. 255;
c) la prop. 22, b) de IV, p. 252;
d) le lemme 2, a) de IV, p. 266;
e) la prop. 6, b) de IV, p. 232.
Remarque 035U
Pour Id, on a (assertion b) pour . Le domaine de coïncide donc avec l’ensemble des tels que la fonction identité de Sp() appartient à (Sp()); il contient en particulier les éléments tels que la mesure est à support compact.
Le corollaire suivant généralise le cor. de la prop. 16 de IV, p. 247 et la prop. 17 de IV, p. 248.
Corollaire 2 035V
Soit un opérateur partiel normal sur l’espace hilbertien E. On suppose que E est non nul.
a) Le spectre de est non vide;
b) Pour tout Sp(), la norme de la résolvante est égale à , où est la distance dans de au spectre de .
c) Pour tout 0, le -pseudo-spectre PSp est l’ensemble des à distance de Sp().
Supposons que le spectre de est vide. Alors est injectif, et l’endomorphisme est normal (cor. 1, c) et a)). On a Sp() (prop. 15, a)), donc Sp() I, p. 26, cor. 1). Puisque est normal, cela implique que I, p. 110, exemple 1), ce qui est une contradiction puisque E n’est pas nul.
Pour démontrer b), on peut supposer que est l’opérateur de multiplication sur , où est une fonction continue sur un espace topologique localement compact X muni d’une mesure positive (th. 1 de IV, p. 266). Soit Sp() et la distance de au spectre de . Pour démontrer que , on se ramène au cas en remplaçant par . Le nombre réel est alors la distance de 0 au spectre de . Comme celui-ci coïncide avec l’image -essentielle de , le résultat est une conséquence du lemme 3 de IV, p. 182.
Finalement, l’assertion c) résulte de b) et de la définition de PSp (IV, p. 250, déf. 9).
Corollaire 3 035W
Soit un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E. Soit (Sp()). Pour tous et dans E, la mesure spectrale de relative à est la mesure image , où est la mesure spectrale de relative à .
Au vu du théorème spectral (th. 1 de IV, p. 266), on peut supposer que est l’opérateur de multiplication sur , où X est un espace topologique localement compact, une mesure positive sur X et . Soient et dans de classes et dans . Comme (prop. 4, c)), la mesure spectrale de relative à est la mesure image (lemme 4, b) de IV, p. 269). Cette mesure est égale à la mesure image (INT, V, p. 72, § 6, n, prop. 4, a)), d’où l’assertion (lemme 4, b) de IV, p. 269).
Corollaire 4 035X
Soit (Sp()). On a .
On a (Sp()) (lemme 5 de IV, p. 184). Pour tous et dans E, notons la mesure spectrale de relative à . D’après le corollaire précédent et INT, V, p. 71, § 6, n, th. 1, on a (Sp()) si et seulement si (Sp()), de sorte que le domaine de est égal au domaine de . Pour tous et dom(), on a alors la formule
Sp()
Sp()
(loc. cit.), d’où .
Proposition 5 035Y
Soit un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E.
a) Si (Sp()), alors ;
b) Si (Sp()) et (Sp()), alors ;
c) L’application de (Sp()) dans est un morphisme unifère continu d’algèbres stellaires. En particulier, on a pour (Sp());
d) Si , alors pour tout (Sp()), l’endomorphisme appartient au bicommutant de dans .
Soit (Sp()). On a et est un endomorphisme continu de E d’après la formule (8), p. 272, d’où l’assertion a).
Soit (Sp()). Soit . On a et, pour tout , il vient par la formule (7), p. 271, d’où , ce qui démontre b).
D’après a) et b), l’application de (Sp()) dans est un morphisme unifère d’algèbres involutives ; par conséquent, c’est un morphisme continu de norme (I, p. 104, prop. 2), d’où l’assertion c).
Supposons que est un endomorphisme de E. Soit permutable avec . On a alors pour (Sp()) d’après les propriétés du calcul fonctionnel continu (I, p. 110, remarque). Soient et dans E. Les formules
valides pour toute fonction (Sp()), signifient que les mesures spectrales de et de relatives à sont égales. Cette égalité implique d’après la formule (6), p. 271, que la formule (9) est valide pour tout (Sp()). On a donc .
Corollaire 035Z
Soient et dans (Sp()) et . La mesure spectrale de relative à est la mesure , où est la mesure spectrale de relative à .
Notons la mesure spectrale de relative à . Pour toute fonction (Sp()), on a
Sp()
,
Sp()
(prop. 5, b)) d’où .
Proposition 6 0360
Soit un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E. Soit une suite dans (Sp()) qui converge simplement vers (Sp()) et telle qu’il existe (Sp()) vérifiant pour tout . On a alors dom() dom() pour tout et dom() dom(). De plus, pour tout élément du domaine de , on a
lim.
En particulier, si (Sp()) pour tout et si les fonctions sont uniformément bornées, alors converge vers dans l’espace muni de la topologie de la convergence simple.
Notons (resp. ) la mesure spectrale de (resp. de ) relative à .
Soit dom(), de sorte que (Sp()). La condition implique que (Sp()), donc dom().
Comme converge simplement vers et que , on a (Sp()) d’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, n, th. 6), donc dom(). De plus, la suite converge vers dans (Sp()), donc la norme de converge vers la norme de .
Soit . Les fonctions et , ainsi que les fonctions pour tout , appartiennent à (Sp()) (prop. 3). D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, loc. cit.), la suite converge vers dans (Sp()), d’où
Sp() Sp()
On en conclut que converge vers (EVT, V, p. 17, prop. 10).
Proposition 7 0361
Soient X un espace topologique localement compact et une mesure sur X. Soit une fonction continue à support compact. Pour , posons
a) L’application de dans est continue et bornée;
b) L’application de X dans définie par est -intégrable et on a
La fonction est bornée car est continue à support compact, et elle est continue d’après INT, IV, p. 144, § 4, n, cor. 1. Comme est continue et à support compact, l’application est continue de X dans (TG, X, p. 28, th. 3 et prop. 5, c)). Cette application est à support compact, donc bornée et intégrable sur X par rapport à . Notons
Soient et des éléments de E et la mesure spectrale de relative à . On a
X X Sp()
(formule (6), p. 271). Puisque , il vient
d’après INT, III, p. 84, § 4, n, th. 2 et la formule (6), p. 271. Cela démontre que , comme désiré.
4. Projecteurs spectraux
Soit un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien complexe E. Soient A une partie universellement mesurable de Sp() et sa fonction caractéristique. Comme est bornée et vérifie , l’endomorphisme de E est un orthoprojecteur de E. Il est appelé le projecteur spectral de défini par A. On note . On a et .
Soit A une partie universellement mesurable de . Le projecteur spectral de défini par A est le projecteur spectral . Il est aussi noté simplement . Pour toute fonction (Sp()), tout et tout dom(), on a la formule
Sp()
où est la mesure spectrale de relative à (formule (7), p. 271).
Soient A et B des parties universellement mesurables de Sp(). Comme , on a (prop. 5 de IV, p. 275, c)). En particulier, si A et B sont disjointes, les images de et de sont orthogonales.
Proposition 8 0362
Soit une famille dénombrable de parties universellement mesurables deux à deux disjointes de Sp() et le projecteur spectral de défini par . La réunion A des ensembles est une partie universellement mesurable de Sp() et la série converge vers dans muni de la topologie de la convergence simple.
L’ensemble A est universellement mesurable d’après INT, IV, p. 177, § 5, n, cor. 2. La série converge simplement vers et ses sommes partielles sont bornées par 1. L’assertion résulte donc de la prop. 6 de IV, p. 276.
Proposition 9 0363
Soit A une partie fermée de Sp(). Soit la fonction caractéristique de A et le projecteur spectral de défini par A. Notons l’image de . C’est un sous-espace fermé de E.
a) Le sous-espace est l’espace des tels que le support de la mesure spectrale de relative à est contenu dans A ;
b) Si A est borné dans , alors est contenu dans le domaine de ;
c) Pour tout appartenant au domaine de , on a dom() et , en particulier si dom().
Pour dans E, on note la mesure spectrale de relative à .
Démontrons a). Soit un élément de . Soient A et U un voisinage ouvert relativement compact de qui ne rencontre pas A. Pour toute fonction à support contenu dans U, on a
Sp() Sp() d’après la formule (10). Cela signifie que n’appartient pas au support de . Par conséquent, le support de est contenu dans A.
Réciproquement, soit tel que le support de est contenu dans A. Il vient
Sp() Sp()
(loc. cit.) donc et par conséquent , c’est-à-dire .
L’assertion b) résulte de a) et de la remarque de IV, p. 273.
Démontrons c). Le domaine de est l’ensemble des tels que la fonction identique de Sp() appartient à (Sp()) loc. cit.). Comme pour (cor. de la prop. 5 de IV, p. 275), on a dom() si dom().
Soit dom() et ; on a dom() d’après c). La mesure spectrale de relative à est Idloc. cit.). Puisque est à support dans A, il en est de même de , donc d’après a).
Corollaire 0364
Soit Sp(). L’image de est le sous-espace propre de relatif à .
Soit dom(). Notons (resp. ) la mesure spectrale de l’élément relative à (resp. la mesure spectrale de relative à ). On a Id (cor. de la prop. 5 de IV, p. 275). Si , on a également , d’où l’égalité Id. Celle-ci implique que le support de est contenu dans cf. INT, V, p. 46, § 5, n, cor. 2) et donc appartient à l’image de (prop. 9, a)).
Réciproquement, supposons que appartient à l’image de . Alors appartient à dom() et appartient aussi à loc. cit., b)). Puisque (Id ) , on a la relation (prop. 5 de IV, p. 275, c)), d’où .
Proposition 10 0365
Soit . On a Sp() si et seulement si, pour tout voisinage ouvert V de dans , le projecteur spectral de relatif à V est non nul.
Si Sp(), alors il existe un voisinage ouvert V de dans qui ne rencontre pas Sp(), et alors .
Réciproquement, supposons qu’il existe un voisinage ouvert V de dans tel que . Soit tel que le disque de centre et de rayon est contenu dans V.
Soit dom() et soit la mesure spectrale de relative à . Comme , on calcule
Mais, par ailleurs, on a
(formule (8), p. 272), d’où et . Il en résulte que appartient à l’ensemble résolvant de (lemme 5 de IV, p. 248). Cela conclut la démonstration.
Corollaire 0366
Soient A un ouvert dans et . Si A contient éléments de Sp(), alors la dimension de l’image du projecteur spectral de relatif à A est au moins égale à .
Soient des éléments distincts du spectre de appartenant à A. Il existe une famille d’ouverts deux à deux disjoints de tels que pour . Soit B l’union des ensembles . L’image de contient l’image du projecteur spectral ; comme de plus est la somme des projecteurs , et comme l’image de est orthogonale à l’image de pour tous , le résultat découle de la prop. 10.
5. La formule de Helffer–Sjöstrand
Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe. Nous allons obtenir une formule pour certains cas du calcul fonctionnel d’un opérateur partiel auto-adjoint qui s’exprime directement en fonction de la résolvante de l’opérateur concerné.
On munit (resp. ) de la mesure de Lebesgue, notée , et on identifie le groupe et son groupe dual par l’application exp(2) cf. corollaire 3 de II, p. 236).
Pour toute fonction définie et différentiable sur un ouvert U de , identifié à , avec coordonnées réelles et , on note
(cf. VAR, R2, 8.8.10, p. 24).
Lemme 5 0367
Soit . Il existe une fonction dans qui coïncide avec sur et vérifie
pour tout . On a alors
pour tout et il existe un nombre réel tel que
pour tout .
Il existe dont le support est contenu dans et qui est égale à 1 sur (lemme 1 de IV, p. 196). Posons
pour . On a et coïncide avec sur . De plus, quel que soit , il vient
Comme la fonction est égale à 1 au voisinage de 0, on a , d’où (11).
Soit dans vérifiant (11). La formule (12) en découle, et la majoration (13) est obtenue à l’aide du théorème des accroissements finis (FVR, I, p. 23, th. 2).
On dit que est une extension presque analytique de .
Lemme 6 0368
Soit . La fonction définie sur par
appartient à . Sa transformée de Fourier est la classe dans de la fonction qui est nulle en 0 et vérifie
pour tout .
On a d’après la prop. 3 de IV, p. 199, et la classe de la fonction appartient à . Pour tout , on a
d’où . Le résultat découle alors de la formule d’inversion de Fourier dans (corollaire du théorème 2 de II, p. 220).
Alors est continue et bornée, et converge vers dans quand tend vers 0.
La continuité de est conséquence de INT, IV, p. 144, § 4, n, cor. 1, puisque est à support compact. De plus, si est tel que le support de est contenu dans , on a
donc est bornée.
Le développement de Taylor à l’ordre 1 (FVR, I, p. 30, prop. 3) et la formule (13) démontrent qu’il existe et une fonction sur tels que
, et ,
pour tout et . Comme l’application est à support contenu dans pour tout , l’application est à support contenu dans , pour tout .
Soit la fonction définie sur par
Pour tout et , on obtient
Soient et . On a
Par conséquent, pour tout , il vient
où et sont les fonctions sur définies par
et .
La fonction est intégrable (prop. 18 de IV, p. 219 et prop. 13 de IV, p. 213). D’après le lemme 6, il vient
donc converge vers 0 dans quand tend vers 0. Comme et appartiennent à , la prop. 14 de II, p. 223 implique que converge vers 0 dans .
Pour tout , la mesure positive sur est de masse totale 1 (cf. FVR, III, p. 7). L’ensemble des mesures pour et le filtre induit sur cet ensemble par le filtre des voisinages de 0 dans vérifient les hypothèses du lemme 4 de INT, VIII, p. 137, § 2, n. Les mesures convergent donc dans vers la mesure ponctuelle quand tend vers 0. Il vient dans (INT, VIII, p. 163, § 4, n). Le lemme est démontré.
On note la mesure de Lebesgue sur .
Théorème 2 (Helffer–Sjöstrand) 036A
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Soient et une extension presque analytique de . Soit l’application de dans définie par
si et si . Alors est -intégrable sur et
L’application est mesurable et son support est compact. Comme est auto-adjoint, on a pour tout (prop. 17 de IV, p. 248). L’application est donc bornée d’après la formule (13), et par conséquent elle est intégrable sur .
Soit . On note (resp. ) l’ensemble fermé dans des tels que (resp. ). On a
lim.
Soit tel que le support de est contenu dans . Notons le pavé dans . C’est une partie localement polyédrale de (VAR, R2, 11.3, p. 48). Elle vérifie les conditions suivantes :
(i) On a ;
(ii) L’ensemble contient l’intersection de et du support de ;
(iii) Le bord régulier (VAR, R2, 11.3.2, p. 49) contient le segment ;
(iv) On a si .
Notons (resp. ) la forme différentielle de degré 1 sur différentielle de l’application identité de (resp. de la conjugaison complexe). Notons la fonction sur à valeurs dans telle que pour . Soit ; c’est une forme différentielle de degré 1 sur , à support compact et à valeurs dans . Puisque la résolvante de est holomorphe (prop. 14 de IV, p. 246), on a
La mesure vectorielle associée à (VAR, R2, 10.4.3, p. 43) est la mesure de densité par rapport à la mesure de Lebesgue. En appliquant la formule de Stokes à l’ensemble localement polyédral et à la forme différentielle (VAR, R2, 11.3.4, p. 49), on obtient donc
d’où
En raisonnant de même pour , on obtient
et on conclut que l’intégrale de sur est la limite quand de
D’après la prop. 7, on a , où est la fonction définie sur par
Comme quand dans (lemme 7), l’endomorphisme converge vers dans (prop. 5 de IV, p. 275). Le théorème est démontré.
6. Topologies résolvantes et continuité du calcul fonctionnel
Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe. Rappelons qu’on note l’ensemble des opérateurs partiels auto-adjoints sur E. On va étendre à les propriétés de continuité du numéro 8 de IV, p. 194.
Définition 6 036B
Soit une topologie localement convexe sur . La topologie -résolvante sur est la topologie la moins fine telle que les applications de dans muni de la topologie sont continues pour tout .
Proposition 11 036C
Soit une topologie localement convexe sur qui est moins fine que la topologie d’espace de Banach de .
a) Soit . Pour toute suite dans qui converge vers pour la topologie -résolvante, la suite converge vers dans l’espace muni de la topologie ;
b) Supposons que tout admet un système fondamental dénombrable de voisinages pour la topologie -résolvante. L’application de dans l’espace muni de la topologie définie par est continue.
Démontrons a). La topologie sur est la borne supérieure des topologies définies par les semi-normes continues pour la topologie (EVT, II, p. 26, cor. et rem. suivante). Il suffit donc de prouver que pour toute semi-norme sur qui est continue pour la topologie , la suite converge vers 0 (TG, I, p. 51, prop. 10).
Soit une telle semi-norme. Notons l’espace de Banach séparé complété de l’espace muni de la semi-norme , et notons l’application canonique de dans ; elle est continue, et on a pour tout (E), où la norme est celle de l’espace .
Comme est moins fine que la topologie d’espace de Banach de (E), il existe tel que pour tout .
Supposons d’abord que . Soit une extension presque analytique de . Notons la mesure de Lebesgue sur . D’après la formule de Helffer–Sjöstrand (th. 2 de IV, p. 284), on a
pour tout .
Soit . Par hypothèse, la suite des résolvantes converge vers dans muni de la topologie , donc la suite converge vers dans l’espace de Banach .
Pour tout , on a
(prop. 17 de IV, p. 248) donc
La majoration (13) de IV, p. 281 démontre que le membre de droite de cette inégalité est une fonction bornée pour ; elle est intégrable sur puisque est à support compact. On déduit du théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, n, th. 6) et de la formule de Helffer–Sjöstrand appliquée à que converge vers , donc tend vers 0.
Supposons maintenant que . Soit . Il existe une fonction dans telle que cf. prop. 4, a) de IV, p. 202 et INT, III, p. 45, § 1, n, prop. 3). D’après la prop. 5, c) de IV, p. 275, on a alors et pour tout . Par conséquent, il vient
pour tout . Puisque , la suite converge vers 0 d’après le cas précédent, et donc converge vers 0. Cela conclut la preuve de a).
Démontrons l’assertion b). Sous l’hypothèse concernant , il résulte de TG, IX, p. 17, prop. 10 et remarque suivante, et de l’assertion a), que l’application de dans est continue lorsque . Comme les applications de dans sont continues de norme pour tout (prop. 5, c) de IV, p. 275), l’assertion b) se déduit de TG, X, p. 13, cor. 3.
Exemple 1 036D
Soit un ensemble de parties bornées de E. La -topologie sur (EVT, III, p. 13) est une topologie localement convexe moins fine que la topologie d’espace de Banach de .
Exemple 2 036E
Soit la topologie d’espace de Banach de . Pour la topologie -résolvante, tout admet un système fondamental dénombrable de voisinages.
En effet, il suffit de démontrer que pour tout C-R et tout , il existe et un entier tels que tout opérateur partiel vérifiant vérifie aussi la condition ; en écrivant
cette propriété résulte de la formule (8) de IV, p. 245, des estimées de la proposition 17 de IV, p. 248 et du fait que est partout dense dans .
La conclusion de la proposition n’est pas valide en général si est remplacé par (exercice 29 de IV, p. 366, e)). Néanmoins, on a le résultat suivant.
Corollaire 036F
Soit la topologie de la convergence simple de . Soit . Pour toute suite dans qui converge vers pour la topologie -résolvante, la suite converge vers dans muni de la topologie .
Soit une suite dans qui converge vers pour la topologie -résolvante. Soit et soit .
Pour tout entier , soit une fonction à support contenu dans telle que et pour tout . Les fonctions convergent simplement vers 1 quand N tend vers l’infini, et vérifient , donc la prop. 6 de IV, p. 276 implique qu’il existe tel que . Posons .
Pour tout , on a
Pour tout (E), on a
(prop. 5, c) de IV, p. 275). Comme , l’assertion a) de la prop. 11 appliquée à la topologie -résolvante implique que converge vers quand . Par conséquent, pour tout assez grand, on a
L’inégalité (15) devient alors
pour tout assez grand. On conclut la démonstration par le truchement de l’assertion a) de loc. cit., appliquée à la fonction et à la topologie -résolvante.
7. Décomposition polaire
Lemme 8 036G
Soit E un espace vectoriel topologique séparé. Soient et des sous-espaces denses de E munis de structures hilbertiennes telles que les injections canoniques de et dans E sont continues. Soit F un sous-espace de , dense dans et pour ces structures hilbertiennes. Si pour tout , alors et .
Soit . Il existe une suite dans F telle que converge vers dans l’espace hilbertien . Puisque pour tous entiers et , la suite est une suite de Cauchy dans . Soit sa limite. On a lim. Puisque les injections canoniques de et dans E sont continues, on a dans E et de même dans E. Ainsi, il vient et ; en particulier, . On conclut par symétrie.
Soit E un espace hilbertien complexe. Soit un opérateur partiel auto-adjoint et positif sur E. Pour tout , on pose , où est l’application continue de dans . C’est un opérateur partiel auto-adjoint et positif (cor. 1, a) de IV, p. 273). Lorsque (E), cette notation est compatible avec la notation relative à l’algèbre stellaire cf. prop. 16 de I, p. 118). Si est un entier positif, l’opérateur partiel coïncide avec l’opérateur partiel défini par la composition (cor. 1, b) de IV, p. 273).
Soit . On a (cor. 4 de IV, p. 274). En particulier, si , alors l’opérateur partiel est l’unique opérateur partiel auto-adjoint positif sur E tel que .
Supposons que . On a alors dom() dom() en effet, pour tout nombre réel , on a , et le résultat découle alors de la définition du domaine de cf. prop. 3 de IV, p. 271).
Soit un opérateur fermé à domaine dense de E dans un espace hilbertien complexe F. L’opérateur partiel est auto-adjoint et positif (prop. 12 de IV, p. 241). On note .
Proposition 12 036H
Soit un opérateur fermé à domaine dense de E dans un espace hilbertien complexe F.
a) Le domaine de l’opérateur partiel auto-adjoint positif coïncide avec le domaine de ;
b) Il existe une unique application linéaire partiellement isométrique de E dans F telle que et Ker() Ker();
c) Soient un opérateur auto-adjoint positif sur E et une application linéaire partiellement isométrique de E dans F telle que et Ker() Ker(). On a alors et .
Le domaine de est contenu dans dom() et dans dom(). Il est dense dans les espaces hilbertiens loc. cit.) et (cor. 1, e) de IV, p. 273) et, pour tout dom(), on a
Par conséquent, les espaces hilbertiens et sont égaux (lemme 8), donc dom() dom() et = pour tout dom().
La formule (16) implique que Ker() Ker() et qu’il existe une unique application linéaire isométrique de Im() sur Im() qui vérifie pour tout dom(). Puisque est auto-adjoint, on a Im() Ker() (prop. 7, c) de IV, p. 236). Il existe donc une unique isométrie partielle de E dans F qui prolonge et s’annule sur Ker() Ker(). Comme E = Ker() Im(), cette application est l’unique application partiellement isométrique telle que et Ker() Ker().
Démontrons c). On a . L’application linéaire est l’orthoprojecteur de noyau Ker() Ker() (EVT, V, p. 41, prop. 5 (ii)) et donc d’image Ker() Im() (prop. 7, c) de IV, p. 236). Par conséquent, , d’où puisque ces deux opérateurs sont auto-adjoints. Ainsi, il vient , et l’assertion d’unicité de b) démontre finalement que .
Définition 7 036I
Soit un opérateur fermé à domaine dense de E dans un espace hilbertien complexe F. Le couple déterminé par la prop. 12 est appelé la décomposition polaire de .
Supposons que . Sa décomposition polaire au sens de cette définition coïncide avec celle de la définition 4 de I, p. 140.
8. Opérateurs auto-adjoints définis par une forme hermitienne partielle positive
Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe.
Définition 8 036J
Soit D un sous-espace vectoriel de E. Une forme hermitienne partielle sur E de domaine D, est une correspondance dont le domaine de définition est , dont le graphe Γ est fonctionnel, et telle que l’application de dans définie par Γ est une forme hermitienne. On note dom() .
On dit que est une forme partielle positive si la forme hermitienne qu’elle définie est positive.
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Pour tous les éléments et de E, on note (resp. ) la mesure spectrale de (resp. de ) relative à .
Soit la décomposition polaire de (déf. 7 de IV, p. 290). Notons le domaine de . Par définition, c’est l’espace des tels que la fonction est intégrable sur Sp() par rapport à la mesure . Il contient dom().
Soit . La fonction identique de Sp() est intégrable par rapport à la mesure (prop. 4, b) de IV, p. 271) ; on pose
Sp()
Si dom(), on a d’après la formule (6) de IV, p. 271. L’application est une forme hermitienne sur . Elle définit une forme hermitienne partielle sur E, dite associée à . Si l’opérateur est positif, alors la forme est une forme hermitienne partielle positive.
Définition 9 036K
Soit une forme hermitienne partielle positive sur E. On note l’espace préhilbertien séparé dom() muni du produit scalaire
On note la norme de . On dit que la forme est fermée si est un espace hilbertien.
Proposition 13 036L
Soit un opérateur partiel auto-adjoint positif sur E. Soit la forme partielle positive associée à .
a) Le domaine de est le domaine de , et pour tous et dans dom(), on a ;
b) La forme partielle positive est fermée. Le domaine de est un cœur pour .
Puisque est positif, on a . Le domaine dom() de coïncide donc avec dom() et on a
Sp() Sp()
pour et dans dom() (prop. 4, b) de IV, p. 271). Cela démontre l’assertion a).
Par ailleurs, l’espace préhilbertien coïncide alors avec l’espace préhilbertien associé à (déf. 4 de IV, p. 230). Puisque est un opérateur partiel fermé, cet espace est un espace hilbertien (prop. 4 de IV, p. 230) et dom() est dense dans d’après l’assertion e) du cor. 1 de IV, p. 273.
Soit une forme hermitienne partielle sur E de domaine D dense dans E. Pour , notons la forme linéaire sur D. On note l’ensemble des tels que la forme linéaire est continue sur D.
Soit . Puisque D est dense dans E, il existe une unique forme linéaire continue sur E qui prolonge . On la note encore . Il existe un unique élément dans E tel que pour tout (EVT, V, p. 15, th. 3). L’application est linéaire de dans E ; on dit que l’opérateur partiel sur E de domaine est l’opérateur partiel représentant . On a donc
pour dom() et .
Remarque 036M
Soient une forme partielle positive fermée et une forme hermitienne positive continue sur E. La forme hermitienne positive définie sur dom() par est une forme hermitienne partielle positive fermée de même domaine que . On la note .
D’après EVT, V, p. 16, cor. 2, il existe une unique application linéaire telle que pour tout . L’endomorphisme est positif et l’opérateur partiel représentant la forme hermitienne partielle positive fermée est .
Proposition 14 036N
Soient une forme positive partielle fermée à domaine dense sur E et l’opérateur partiel représentant .
a) Le domaine de est dense dans l’espace hilbertien ;
b) L’opérateur partiel est auto-adjoint et positif.
Puisque est fermée, l’espace préhilbertien de la définition 9 est un espace hilbertien.
Démontrons que l’opérateur partiel de domaine dom() est bijectif. Comme
pour tout dom(), cet opérateur partiel est injectif.
Soit . La forme linéaire sur définie par est continue puisque . Il existe donc tel que
pour tout (EVT, V, p. 15, th. 3). Par définition, cela signifie que appartient au domaine de l’opérateur partiel représentant la forme partielle de domaine dom(), et que . Comme d’après la remarque ci-dessus, on en déduit que l’opérateur partiel est également surjectif, donc bijectif.
Démontrons que le domaine de est dense dans . Soit orthogonal à dom() dans . Il existe dom() tel que . On a alors
donc . L’assertion a) est donc démontrée.
Puisque dom() est dense dans E et que pour tout dom(), l’assertion a) implique que dom() est dense dans E. Comme la forme est hermitienne (resp. positive), pour tous et dans dom(), on a
(resp. ) de sorte que est symétrique (resp. positif). Enfin, l’opérateur partiel est auto-adjoint d’après le corollaire de la proposition 10 de IV, p. 240, et il en est de même de .
Théorème 3 036O
L’application qui à un opérateur auto-adjoint positif sur E associe la forme partielle positive est une bijection entre l’ensemble des opérateurs partiels auto-adjoints positifs sur E et l’ensemble des formes partielles positives fermées à domaine dense sur E. La bijection réciproque associe à une forme partielle positive l’opérateur partiel représentant .
D’après les prop. 13, b) et 14, b), les applications décrites dans l’énoncé sont bien définies. Démontrons que ce sont des bijections réciproques l’une de l’autre.
Soient un opérateur partiel auto-adjoint positif sur E et la forme partielle positive associée à . Notons l’opérateur auto-adjoint positif représentant . Soit dom() dom() dom(). Pour tout dom() dom(), on a
donc appartient au domaine de et vérifie . L’opérateur partiel est donc une extension de ; comme et sont auto-adjoints, ils sont égaux.
Inversement, soient une forme partielle positive fermée à domaine dense et l’opérateur partiel auto-adjoint positif représentant . On a dom() dom(). Pour et dans dom(), on a
d’après la prop. 13, a). Ainsi, les espaces hilbertiens et contiennent tous deux dom() comme sous-espace dense (prop. 14, a) et prop. 13, b), respectivement) et pour tout dom(). Il en résulte que et que (lemme 8).
Corollaire 036P
Soient une forme partielle positive fermée sur E et l’opérateur auto-adjoint positif représentant . Le domaine de est égal au domaine de , et on a
pour tout dom().
Le domaine de est égal au domaine de (prop. 13, a)), qui coïncide avec celui de cf. prop. 3 de IV, p. 271). Pour tout dom() dom(), on a
Comme le domaine de est dense dans l’espace hilbertien (prop. 14, a)), cette formule s’étend par continuité à tout dom().
Exemple 036Q
Soit un opérateur partiel positif sur E qui n’est pas nécessairement fermé. On définit une forme partielle positive de domaine dom() par
pour et dans dom(). Soit l’espace préhilbertien séparé de la définition 9 de IV, p. 292. Soit l’espace hilbertien complété de , dont on note encore le produit scalaire. Puisque l’inclusion canonique de dans E est continue, elle admet une unique extension continue, notée , de dans E. La forme hermitienne est continue sur , donc se prolonge également en une unique forme hermitienne positive continue sur .
Démontrons que l’application linéaire est injective. Soit Ker(). Considérons une suite dans qui converge vers dans . On a alors
lim,
donc la suite converge vers 0 dans E. Soit . Puisque est continue sur , il vient
lim lim
= lim.
Comme l’espace est dense dans , on en déduit que , comme désiré.
En identifiant à son image par dans E, on interprète comme une forme partielle positive fermée à domaine dense qui étend . L’opérateur auto-adjoint positif associé à est une extension auto-adjointe de . On dit que c’est l’extension de Friedrichs de .
Remarque 036R
Soit . Soit une forme hermitienne partielle fermée à domaine dense telle que pour tout appartenant au domaine de . Cela signifie que la forme hermitienne partielle fermée de domaine dom() définie par est une forme partielle positive. Par le théorème 3, de telles formes correspondent donc aux opérateurs partiels auto-adjoints sur E tels que est positif, c’est-à-dire tels que est minoré (déf. 7 de IV, p. 237) par .
Réciproquement, soit un opérateur partiel symétrique sur E tel que
pour tout dom(). Alors est un opérateur partiel positif sur E. On appelle extension de Friedrichs de l’opérateur auto-adjoint , où est l’extension de Friedrichs de ; c’est une extension auto-adjointe de , qui ne dépend pas du choix du nombre réel vérifiant (17).
9. Principes variationnels pour le spectre des opérateurs positifs
Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe non nul.
Proposition 15 036S
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. On suppose que est minoré par (déf. 7 de IV, p. 237). On a
inf(Sp()) inf.
Soit le membre de droite de l’égalité à démontrer. Soient et la mesure spectrale de relative à . On a
Sp()
inf(Sp()) inf(Sp()),
(formule (6), p. 271) donc inf(Sp()). Réciproquement, l’opérateur partiel est positif, donc inf(Sp()) inf(Sp()) (prop. 17 de IV, p. 248).
La prop. 9 de I, p. 139 correspond au cas particulier de cette proposition lorsque est un élément hermitien de (E), qui est alors nécessairement minoré. Dans ce cas, on a également
sup(Sp()) sup
(loc. cit.) ; si n’appartient pas à (E), alors cette borne supérieure est .
Définition 10 036T
Soit un opérateur partiel normal sur E. Un nombre complexe Sp() appartient au spectre sensible de si est isolé dans Sp() et si est une valeur propre de multiplicité finie.
On note Sp le spectre sensible de . Son complémentaire dans Sp() est appelé le spectre essentiel de et noté Sp.
Le spectre essentiel d’un opérateur partiel normal sur E est fermé dans , puisque Sp() est fermé dans et que le complémentaire du spectre essentiel est ouvert dans Sp(). Le spectre sensible de n’est pas nécessairement fermé dans (exercice 36 de IV, p. 369).
Lemme 9 036U
Soient E un espace hilbertien complexe et un opérateur partiel normal sur E. Soit Sp(). On a Sp si et seulement s’il existe un voisinage ouvert V de dans tel que le projecteur spectral de défini par V est de rang fini.
Soit Sp. Il existe un voisinage ouvert V de dans tel que Sp(); le projecteur spectral est alors de rang fini (cor. de la prop. 9 de IV, p. 278).
Réciproquement, supposons qu’il existe un voisinage ouvert V de tel que le projecteur spectral est de rang fini . D’après le cor. de la prop. 10 de IV, p. 279, l’intersection Sp() contient au plus éléments, donc est isolé dans Sp(). C’est donc une valeur propre de de multiplicité spectrale au plus d’après le cor. de la prop. 9 de IV, p. 278.
On suppose dans la suite de ce numéro que E est de dimension infinie ; les analogues des résultats ci-dessous lorsque E est de dimension finie se déduisent du n de IV, p. 153.
Soit un opérateur auto-adjoint minoré sur E. Soit un minorant de ; le spectre de est contenu dans (prop. 15). Supposons que le spectre essentiel de n’est pas vide. On note alors la borne inférieure du spectre essentiel de , de sorte que et est un élément du spectre de . On note Sp Sp(); c’est une partie fermée de Sp(), donc également de , telle que inf(Sp) ; on l’appelle partie haute du spectre de . Si le spectre essentiel de est vide, on note Sp et .
L’intersection Sp Sp() est contenue dans le spectre sensible de , et ses éléments sont donc des valeurs propres isolées de multiplicité finie ; on dit que c’est la partie basse du spectre de . Soit le sous-espace fermé de E engendré par les sous-espaces propres relatifs aux valeurs propres Sp. D’après le cor. de la prop. 9 de IV, p. 278 et la prop. 8 de IV, p. 278, l’espace est l’image du projecteur spectral défini par Sp. Comme Sp() est la réunion disjointe de Sp et Sp, l’orthogonal de est l’image du projecteur spectral défini par Sp. Si Sp est fini, alors l’espace est de dimension finie ; l’espace est alors non nul, puisqu’on suppose que E est de dimension infinie.
Si dom(), alors le support de la mesure spectrale de relative à est contenu dans l’intervalle (prop. 9, a) de IV, p. 278), donc
Lemme 11 036W
Supposons que est de dimension finie. Alors, pour tout nombre réel 0, l’image du projecteur spectral de défini par est de dimension infinie.
Si est de dimension finie, alors le spectre essentiel de est non vide, donc est fini et appartient à Sp. De plus, le spectre bas Sp est fini, donc il existe tel que Sp(). L’assertion résulte alors du lemme 9.
Proposition 16 036X
L’ensemble Sp est dénombrable, discret et fermé dans . C’est l’ensemble des valeurs d’une suite strictement croissante de nombres réels positifs ; si Sp est infini, alors la suite converge vers .
Notons T = Sp. C’est une partie fermée et discrète de par définition. Pour tout nombre entier , l’ensemble Sp est compact et discret, donc fini. Comme T est la réunion de ces ensembles pour , l’ensemble T est dénombrable.
Cela conclut la preuve si Sp est fini. Si Sp est infini, on conclut en appliquant le lemme 2 de III, p. 90 à l’image S de T par l’application .
Pour tout entier tel que Card(Sp), on note la multiplicité de la valeur propre de . On note . Notons la somme des multiplicités . C’est la dimension hilbertienne de , si l’on convient de dire qu’un espace de dimension hilbertienne infinie est de dimension .
Pour tout entier tel que , on définit , où est l’unique entier tel que
Si vérifie , on pose . Ce cas ne peut se présenter que si Sp est fini, auquel cas est fini, puisqu’on suppose que E est de dimension infinie.
Par construction, la suite est croissante et, pour tout élément de Sp, le nombre des entiers tels que est égal à la multiplicité de comme valeur propre de . La suite tend vers si et seulement si le spectre essentiel de est vide.
Pour tout , on note (resp. ) l’ensemble des sous-espaces vectoriels de dimension (resp. l’ensemble des sous-espaces vectoriels dom() de dimension ).
Soient tel que et . On dit que F est adapté à si F admet une base orthonormale telle que pour .
Soit adapté à . L’espace F est contenu dans ; il est engendré par des vecteurs propres de pour des valeurs propres , et il contient les espaces propres correspondant aux valeurs propres . De plus, pour toute partie universellement mesurable A de Sp(), l’espace F est stable par le projecteur spectral défini par A (prop. 9, c) de IV, p. 278).
Lemme 12 036Y
Soit un sous-espace adapté à . Tout vecteur propre de appartenant à l’espace a une valeur propre .
Soit tel que . Soit un vecteur propre de pour une valeur propre , et soit Card(Sp) tel que .
La condition est impossible, car , et l’espace F contiendrait alors le sous-espace propre pour la valeur propre , contredisant le fait que est orthogonal à F. Si , alors est un vecteur propre pour la valeur propre ; comme , la multiplicité est strictement supérieure au nombre d’entiers tels que , ce qui implique que . Enfin, si , on a , donc .
Pour tout sous-espace F de E, on note
inf,
sup .
Proposition 17 036Z
a) Pour tout entier , on a
sup inf;
b) Pour tout entier et pour tout sous-espace adapté à , on a ;
c) Pour tout entier et pour tout sous-espace adapté à , on a .
Il existe une base orthonormale de l’espace telle que dom() et pour tout tel que . Pour tout dom(), on a donc
Pour tout entier tel que , soit le sous-espace de dimension de engendré par . On a dom() et est adapté à .
Soient et . Démontrons que et, par conséquent, que
(19) Fsup.
Si , en particulier si M est infini, alors la restriction à de l’orthoprojecteur de E sur F n’est pas injective, donc il existe dans orthogonal à F. Comme
on a .
Si et , alors pour tout nombre réel , il existe de norme 1 dans dom() qui est orthogonal à F et dont la mesure spectrale est à support contenu dans (lemme 11 et prop. 9, a) de IV, p. 278), d’où
par définition. Comme est arbitraire, on a donc . L’inégalité (19) est donc établie.
Soient et . Démontrons que et, par conséquent, que
(20) Finf.
Si , observons que la restriction à F de l’orthoprojecteur sur n’est pas injective, donc qu’il existe un vecteur dans F orthogonal à . Posons et . On a donc . Les éléments et appartiennent au domaine de (prop. 9, c) de IV, p. 278) et sont orthogonaux à . On a la minoration
et (formule (18)), d’où
Si M est fini et , il existe dans F orthogonal à , donc , et
d’après (18). L’inégalité (20) est donc démontrée.
Nous allons maintenant démontrer les assertions b) et c), qui impliquent que les inégalités (19) et (20) sont des égalités lorsque .
Démontrons l’assertion b). Soit un espace adapté à . On a la somme hilbertienne
Ker() Ker()).
Soit . Écrivons , où et (resp. ) appartient au deuxième (resp. troisième) espace de la décomposition ci-dessus. En utilisant de nouveau (18) et le fait que toute valeur propre de est , on obtient
Si , alors d’après le lemme 12, on a . On en déduit donc que , d’où . Combiné avec (19), cela implique l’assertion b).
Démontrons l’assertion c). Soit un sous-espace adapté à . Soit une base orthonormale de F telle que pour . Pour tout , on a
avec égalité si , donc .
Démontrons finalement que (19) et (20) sont des égalités lorsque . Dans ce cas, M est fini, donc est contenu dans le domaine de ; de plus, on a par définition.
Il existe contenant . Tout élément de dom() orthogonal à F est donc orthogonal à , et vérifie
(formule (18)), donc , et par conséquent
sup.
Soit . Puisque est de dimension finie, il existe d’après le lemme 11 une famille orthonormale d’éléments de E telle que le sous-espace F engendré par et est de dimension et est contenu dans dom(), et telle que pour tout . On a alors . Comme est arbitraire, on conclut que
inf.
La proposition est démontrée.
10. Perturbation compacte et spectre essentiel
Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe de dimension infinie.
Lemme 13 0370
Soit I une famille orthonormale de E. La famille I converge faiblement vers 0 selon le filtre des complémentaires des parties finies de I.
Soit . D’après l’inégalité de Bessel (EVT, V, p. 21, prop. 4) et TG, IV, p. 37, th. 1, la famille est sommable, donc tend vers 0 selon le filtre des complémentaires des parties finies de I (TG, III, p. 38, prop. 1).
Proposition 18 0371
Soient un opérateur partiel auto-adjoint sur E et un nombre réel. On a Sp si et seulement s’il existe une suite orthonormale dans E telle que tend vers 0 dans E.
Supposons d’abord que Sp. Si le projecteur spectral de relatif à est de rang infini, toute suite orthonormale dans son image répond à la question (cf. cor. de la prop. 9 de IV, p. 278). On supposera dans le suite que ce n’est pas le cas.
Pour tout , soit l’ensemble des tels que
Les ensembles sont deux à deux disjoints. De plus, pour tout entier , les ensembles forment une partition de l’ensemble
Comme le projecteur spectral de relatif à est de rang infini (lemme 9 de IV, p. 297) et que celui relatif à est supposé être de rang fini, on déduit de la prop. 8 de IV, p. 278 qu’il existe une suite strictement croissante dans telle que le projecteur spectral de relatif à est non nul. Soit un vecteur de norme 1 dans l’image de . La suite est orthonormale, puisque l’image de est orthogonale à celle de pour tous dans .
Soit . Notons la mesure spectrale de relative à ; son support est contenu dans (prop. 9 de IV, p. 278). Il vient
donc la suite a la propriété demandée.
Supposons réciproquement qu’il existe une suite orthonormale dans E telle que 0. Notons la mesure spectrale de relative à .
Soit . Notons le projecteur spectral de relatif à l’intervalle ouvert . Pour tout , il vient
L’hypothèse sur la suite implique donc que la norme de ne peut tendre vers 0. Comme la suite orthonormale converge faiblement vers 0 dans E (lemme 13), le projecteur ne peut pas être compact (cor. de la prop. 6 de III, p. 6) et il est par conséquent de rang infini. Comme cela vaut pour tout , le lemme 9 de IV, p. 297 permet de conclure que Sp.
Le théorème suivant est l’analogue pour les opérateurs partiels auto-adjoints du théorème 3 de III, p. 93.
Théorème 4 0372
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Le spectre essentiel de est l’intersection des ensembles Sp() où parcourt l’ensemble des endomorphismes compacts hermitiens de E.
L’opérateur partiel est auto-adjoint pour tout endomorphisme hermitien de E puisque cf. IV, p. 236).
Démontrons que si est compact, alors Sp Sp. Soit Sp et soit une suite orthonormale dans E telle que converge vers 0 (prop. 18). La suite converge faiblement vers 0 dans E (lemme 13) et comme l’endomorphisme est compact, la suite converge vers 0 dans E (cor. de la prop. 6 de III, p. 6). Par conséquent la suite converge vers 0 dans E, et la prop. 18 implique que Sp.
Le spectre essentiel de est donc contenu dans l’intersection des ensembles Sp() pour hermitien.
Réciproquement, soit Sp. Notons le sous-espace propre de relatif à , et l’orthoprojecteur d’image ; c’est le projecteur spectral de relatif à (cor. de la prop. 9 de IV, p. 278). Par définition du spectre sensible, le projecteur est de rang fini, donc compact. Posons ; c’est un opérateur partiel auto-adjoint. Pour conclure la démonstration, vérifions que appartient à l’ensemble résolvant de .
On a dom() et les espaces et dom() sont stables par (prop. 9 de IV, p. 278).
Soit dom(). Écrivons où dom(). D’après ce qui précède, on a
Soient V un voisinage ouvert de ne rencontrant pas le spectre de et tel que le disque de centre et de rayon est contenu dans V. Soit la mesure spectrale de relative à . Comme est orthogonal à , le support de ne rencontre pas V (loc. cit.). On a alors
On conclut de (21) et (22) que inf(); puisque est auto-adjoint et , la conclusion résulte alors du lemme 5 de IV, p. 248.
Corollaire 0373
Soient un opérateur partiel auto-adjoint sur E et un endomorphisme compact hermitien de E. On a Sp Sp.
Cela résulte aussitôt du théorème.
11. Perturbation
Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe.
Si est un opérateur partiel auto-adjoint sur E et est un endomorphisme hermitien, alors est auto-adjoint (cf. IV, p. 236). Ce n’est pas le cas en général lorsque est un opérateur partiel symétrique (exercice 9 de IV, p. 347). Nous allons cependant obtenir des résultats positifs de ce type dans ce numéro.
Définition 11 0374
Soit un opérateur partiel sur E. Un opérateur partiel sur E est dit borné relativement à si dom() dom() et si définit, par passage au sous-espace, une application linéaire continue de dans E.
Soit un opérateur partiel sur E. Soit un opérateur partiel borné relativement à . Il existe un nombre réel tel que
pour tout dom(). On appelle norme relative de par rapport à , et on note , la borne inférieure des nombres réels tels qu’il existe un nombre réel tel que
pour tout dom(). La norme relative de est donc inférieure à la norme de la restriction de à l’espace .
Remarque 0375
Soit un opérateur partiel sur E. Tout endomorphisme est borné relativement à et sa norme relative est nulle puisque pour tout dom(), ce qui permet de prendre dans l’inégalité ci-dessus.
Théorème 5 (Kato–Rellich) 0376
Soient un opérateur partiel auto-adjoint sur E et un opérateur partiel symétrique borné relativement à . Si la norme relative est , alors l’opérateur partiel de domaine dom() est auto-adjoint.
Puisque , il existe par définition des nombres réels positifs et tels que et pour tout dom().
Soit . Posons . On a dom() puisque l’image de est contenue dans le domaine de , qui est contenu dans le domaine de par hypothèse. Soit dom(). Comme est auto-adjoint, on a
d’où les inégalités et . Mais alors, il vient
En particulier, posons pour ; on obtient
On en déduit que et que .
Puisque 1, il existe tel que . On a alors et ; les endomorphismes et de E sont donc inversibles (prop. 2 de I, p. 22). Comme on a la formule , cela implique que est surjectif ; de même, l’opérateur partiel est surjectif. Il en résulte que est auto-adjoint (prop. 11 de IV, p. 240).
12. Opérateurs à résolvante compacte
Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe de dimension infinie.
Proposition 19 0377
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe une base orthonormale de E telle que est diagonal dans la base B et la valeur absolue de la famille des valeurs propres de tend vers l’infini suivant le filtre des complémentaires des parties finies de J ;
(ii) Pour tout appartenant à l’ensemble résolvant de , la résolvante est compacte ;
(iii) Il existe un nombre complexe appartenant à l’ensemble résolvant de tel que la résolvante est compacte ;
(iv) Le spectre de coïncide avec le spectre sensible de .
Supposons que (i) est vérifiée et soit la famille des valeurs propres de . Soit la mesure de comptage sur J. Le spectre de est l’image -essentielle de la famille (prop. 22 de IV, p. 252) ; c’est l’ensemble des valeurs de cette famille. Pour tout Sp(), la résolvante est diagonale dans la base B et la famille de ses valeurs propres est loc. cit.). Puisque cette famille converge vers 0, l’endomorphisme est compact (prop. 2, (iii) de IV, p. 148). Cela démontre que (i) implique (ii).
Comme l’ensemble résolvant de est non vide (cf. prop. 17 de IV, p. 248), les propriétés (ii) et (iii) sont équivalentes d’après la formule (8) de IV, p. 245 et la proposition 3 de III, p. 5.
Comme est normal pour Sp() (prop. 16 de IV, p. 247), la condition (iii) implique (iv) d’après la prop. 15 de IV, p. 247 et la prop. 5 de III, p. 90.
Démontrons finalement que (iv) implique (i). Soit l’ensemble des parties orthonormales de E formées de vecteurs propres pour . L’ensemble , ordonné par l’inclusion, est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2) puisque O appartient à si et seulement si les ensembles formés d’au plus deux éléments de O appartiennent à . D’après E, III, p. 35, th. 1, il existe un élément maximal O de . Notons F le sous-espace fermé de E engendré par O. Pour , il existe un unique tel que (prop. 17 de IV, p. 248).
L’ensemble des valeurs de l’application de O dans coïncide avec le spectre de . En effet, d’une part cet ensemble est contenu dans le spectre de et d’autre part, s’il existe Sp() qui ne soit pas une valeur de , alors est une valeur propre de par hypothèse. Il existe un vecteur dom() de norme 1 tel que et ; le sous-ensemble est orthonormal (puisque des sous-espaces propres de relatifs à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux d’après l’assertion b) du cor. de la prop. 17 de IV, p. 248) ; il appartient à , contredisant la maximalité de O.
Supposons que . Alors est non nul. L’endomorphisme de E est normal (prop. 16 de IV, p. 247). Il laisse stable le sous-espace de E (lemme 4 de I, p. 135). Soit l’endomorphisme de déduit de par passage aux sous-espaces. C’est un endomorphisme continu et normal de loc. cit.) dont le spectre est contenu dans celui de . Comme est non nul, le spectre de est non vide (cor. 1 de I, p. 26). De plus, le spectre de n’est pas réduit à 0, puisque l’endomorphisme normal est non nul (exemple 1 de I, p. 110). Soit Sp(). Comme appartient au spectre de , il existe tel que , et est une valeur propre de (prop. 15, a) de IV, p. 247). Comme est non nul, c’est un point isolé de Sp(R()) par hypothèse, donc aussi de Sp(). Ainsi, est une valeur propre de (prop. 5, c) de I, p. 134). Soit un vecteur propre de norme 1 de ; c’est également un vecteur propre de (prop. 15, b) de IV, p. 247), et l’ensemble contredit le fait que O est maximal dans . On a donc F = E.
La famille des éléments de O est donc une base orthonormale de E formée de vecteurs propres de . Le spectre de est fermé dans , et le spectre sensible est discret ; comme ces ensembles coïncident, l’ensemble des éléments Sp() tels que est compact, donc fini, pour tout . Ainsi la famille des valeurs absolues des valeurs propres de tend vers l’infini suivant le filtre des complémentaires des parties finies de O. Donc (iv) implique (i).
Définition 12 0378
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. On dit que est à résolvante compacte si les conditions équivalentes de la prop. 19 sont satisfaites.
Proposition 20 0379
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Alors est à résolvante compacte si et seulement si l’injection canonique de l’espace hilbertien dans E est compacte.
Supposons que est à résolvante compacte. Il existe Sp() tel que est compacte (prop. 19, (iii)). Soit B la boule unité de l’espace hilbertien . Puisque est une application linéaire continue de dans E, le sous-ensemble de E est borné. Puisque est compacte, le sous-ensemble est relativement compact dans E (remarque 1 de III, p. 2). Cela démontre que est compacte.
Réciproquement, supposons que l’application linéaire est compacte. Le nombre complexe appartient à l’ensemble résolvant de (prop. 17 de IV, p. 248). On a . Soit B la boule unité de E. Pour tout , on a
et par conséquent
L’image C de B par est donc bornée dans ; comme est compacte par hypothèse, l’ensemble est relativement compact dans E (III, loc. cit.). Par conséquent, la résolvante est compacte et est à résolvante compacte (prop. 19, (iii)).
Corollaire 037A
Soient une forme partielle positive fermée sur E et l’opérateur auto-adjoint positif représentant . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’opérateur partiel est à résolvante compacte ;
(ii) L’endomorphisme positif de E est compact;
(iii) L’injection canonique de l’espace hilbertien (déf. 9 de IV, p. 292) dans E est compacte.
Comme est positif, le nombre réel appartient à l’ensemble résolvant de (prop. 17 de IV, p. 248), donc l’endomorphisme positif est défini, et on a d’après le calcul fonctionnel.
L’endomorphisme est compact si et seulement si est compact (prop. 6 de III, p. 91), c’est-à-dire si et seulement si est à résolvante compacte (prop. 19, (iii)). Cela démontre que les conditions (i) et (ii) sont équivalentes.
Supposons que l’endomorphisme est compact. Soit B la boule unité de l’espace hilbertien . Puisque est une application linéaire continue de dans E (cor. du th. 3 de IV, p. 294), le sous-ensemble de E est borné, donc le sous-ensemble est relativement compact dans E (remarque 1 de III, p. 2). Cela démontre que est compacte. Donc (ii) implique (iii).
L’application linéaire de E dans est bien définie et isométrique (cor. du th. 3 de IV, p. 294). Comme , la condition (iii) implique (ii) (prop. 3 de III, p. 5).
Exemple 037B
Soit . Soit U un ouvert de . On munit U de la mesure de Lebesgue, notée . Soit Δ l’opérateur différentiel scalaire sur U. L’opérateur partiel de domaine défini par est fermable (prop. 13 de IV, p. 242) et symétrique (IV, p. 243). Il est positif, puisque pour tout (U), on a
On note l’extension de Friedrichs de l’opérateur partiel positif symétrique IV, p. 295, exemple) ; c’est un laplacien sur U, appelé laplacien de Dirichlet sur U.
Soit la forme partielle positive associée à . Le domaine de est l’espace hilbertien complété de pour la forme hermitienne positive définie par
pour tout . Autrement dit, le domaine de est l’espace de Sobolev (n de IV, p. 221).
Supposons que U est borné. L’injection canonique de dans est compacte ; le laplacien de Dirichlet sur U est donc un opérateur à résolvante compacte (cor. de la prop. 20). Comme l’espace hilbertien est de type dénombrable (prop. 20 de IV, p. 222), et comme l’image de est de dimension infinie, il existe une suite croissante de nombre réels tendant vers et une base orthonormale de (U), dont les éléments appartiennent au domaine de , telle que pour tout . On peut démontrer (« loi de Weyl ») que lorsque T tend vers , on a
où est le volume de la boule unité dans (INT, V, p. 101, § 8, n) et est la mesure de Lebesgue de U.
Exercices
Sauf mention du contraire, les espaces hilbertiens ci-dessous sont supposés complexes.
See the exercises for § 5.