Bourbaki

§ 5. Opérateurs partiels normaux et théorème spectral

1. Bornification

Soit E un espace hilbertien complexe. On note ss l’application unitaire (x,y)↦(−y,x)(x, y)\mapsto (-y, x) sur E⊕EE\oplus E. Soit uu un opérateur partiel fermé à domaine dense sur E. L’opérateur partiel u∗uu^*u est auto-adjoint et positif (prop. 12 de IV, p. 241), donc −1∉-1\notin Sp(u∗uu^*u) (prop. 17 de IV, p. 248). On note W(u)=(1E+u∗u)−1=−R(u∗u,−1)W(u) = (1_E+u^*u)^{-1}=-R(u^*u,-1); c’est un endomorphisme positif et injectif de E.

Notons p1p_1 et p2p_2 les deux projections canoniques de Γu\Gamma_u dans E. Ce sont des éléments de L(Γu;E)\mathscr{L}(\Gamma_u; E), et on a l’égalité de correspondances p2=u∘p1p_2=u\circ p_1. Soit (j,∣p1∗∣)(j,|p^*_1|) la décomposition polaire (déf. 4 de I, p. 140) de l’endomorphisme p1∗∈L(E;Γu)p^*_1\in \mathscr{L}(E; \Gamma_u), de sorte que p1∗=∣p1∗∣∘jp^*_1=|p^*_1| \circ j. L’application jj est une isométrie partielle de E dans Γu\Gamma_u.

Définition 1 0359

L’endomorphisme p2∘jp_2\circ j de E est appelé la bornification de uu; on note b(u)b(u) cet endomorphisme.

On a ∥b(u)∥⩽1\|b(u)\|\leqslant 1.

Proposition 1 035A

On a les formules

∣p1∗∣=W(u)1/2(1) |p^*_1|= W(u)^{1/2} \tag{1}
b(u)=u∘W(u)1/2=u∘∣p1∗∣(2) b(u) =u\circ W(u)^{1/2}=u\circ |p^*_1| \tag{2}
1E−b(u)∗b(u)=W(u)(3) 1_E-b(u)^*b(u) = W(u) \tag{3}
b(u)W(u)=W(u∗)b(u),b(u)W(u)1/2=W(u∗)1/2b(u)(4) b(u)W(u) = W(u^*)b(u),b(u)W(u)^{1/2}= W(u^*)^{1/2}b(u) \tag{4}

Soit x∈Ex\in E. Notons y=W(u)(x)∈y= W(u)(x)\in dom(u∗uu^*u). On a y∈y\in dom(uu) et u(y)∈u(y)\in dom(u∗u^*). Pour tout élément (y1,u(y1))(y_1, u(y_1)) de Γu\Gamma_u, où y1∈y_1\in dom(uu), on calcule

⟨(y,u(y))∣(y1,u(y1))⟩=⟨y∣y1⟩+⟨u(y)∣u(y1)⟩ \langle (y, u(y))|(y_1, u(y_1))\rangle =\langle y|y_1\rangle +\langle u(y)|u(y_1)\rangle
=⟨y+u∗u(y)∣y1⟩=⟨x∣p1(y1,u(y1))⟩ =\langle y+u^*u(y)|y_1\rangle =\langle x|p_1(y_1, u(y_1))\rangle

Cela signifie que p1∗(x)=(y,u(y))p^*_1(x) = (y, u(y)), d’où p1∘p1∗(x)=y=W(u)(x)p_1\circ p^*_1(x) =y= W(u)(x). Par conséquent, on a p1∘p1∗=W(u)p_1\circ p^*_1= W(u), donc ∣p1∗∣=W(u)1/2|p^*_1|= W(u)^{1/2}, c’est-à-dire la formule (1). En particulier, comme Im(p1p_1) == Im(∣p1∗∣|p^*_1|) d’après le cor. de la prop. 11 de I, p. 140, il vient dom(uu) == Im(p1p_1) == Im(W(uu)1/2^{1/2}). L’opérateur partiel u∘W(u)1/2u\circ W(u)^{1/2} a donc pour domaine l’espace E. La relation p1∘j=(p1∗)∗∘j=∣p1∗∣=W(u)1/2p_1\circ j= (p^*_1)^*\circ j=|p^*_1|= W(u)^{1/2} (prop. 11, a) de I, p. 140) implique alors que

b(u)=p2∘j=u∘p1∘j=u∘W(u)1/2 b(u) =p_2\circ j=u\circ p_1\circ j=u\circ W(u)^{1/2}

ce qui est la formule (2).

On a Ker(jj) == Ker(∣p1∗∣|p^*_1|) (prop. 10, b) de I, p. 139) et la formule (1) implique donc que l’isométrie partielle j:E→Γuj: E\rightarrow \Gamma_u est injective, donc isométrique, d’où j∗∘j=1Ej^*\circ j= 1_E. En écrivant j=(p1∘j,b(u))j= (p_1\circ j, b(u)), on trouve

1E=j∗∘j=(p1∘j)∗(p1∘j)+b(u)∗b(u)=W(u)+b(u)∗b(u) 1_E=j^*\circ j= (p_1\circ j)^*(p_1\circ j) +b(u)^*b(u) = W(u) +b(u)^*b(u)

d’où la formule (3).

Soit x∈x\in dom(uu) et posons y=W(u)(x)y= W(u)(x). On a y∈y\in dom(uu) et la formule y+u∗u(y)=xy+u^*u(y) =x implique que u∗u(y)∈u^*u(y)\in dom(uu). On a alors

W(u∗)−1(u(y))=(1E+uu∗)(u(y)) W(u^*)^{-1}(u(y)) = (1_E+uu^*)(u(y))
=u(y)+uu∗u(y)=u(y+u∗u(y))=u(x) =u(y) +uu^*u(y) =u(y+u^*u(y)) =u(x)

ce qui signifie que la réduction de u∘W(u)u\circ W(u) au domaine de uu est égale à W(u∗)∘uW(u^*)\circ u. Comme l’image de ∣p1∗∣|p^*_1| est égale à celle de p1p_1 (cor. de la prop. 11 de I, p. 140) donc au domaine de uu, il vient

u∘W(u)∘∣p1∗∣=W(u∗)∘u∘∣p1∗∣=W(u∗)∘b(u) u\circ W(u)\circ |p^*_1|= W(u^*)\circ u\circ |p^*_1|= W(u^*)\circ b(u)

(formule (2)). De plus, ∣p1∗∣=W(u)1/2|p^*_1|= W(u)^{1/2} commute avec W(u)W(u), donc on obtient

b(u)∘W(u)=u∘∣p1∗∣∘W(u)=u∘W(u)∘∣p1∗∣=W(u∗)∘b(u) b(u)\circ W(u) =u\circ |p^*_1| \circ W(u) =u\circ W(u)\circ |p^*_1|= W(u^*)\circ b(u)

Cette relation implique que b(u)∘f(W(u))=f(W(u∗))∘b(u)b(u)\circ f(W(u)) =f(W(u^*))\circ b(u) pour toute fonction f∈C(R+)f\in \mathscr{C}(\mathbf{R}_+) (prop. 11 de I, p. 113), donc en particulier que b(u)∘W(u)1/2=W(u∗)1/2∘b(u)b(u)\circ W(u)^{1/2}= W(u^*)^{1/2}\circ b(u). Cela démontre la formule (4) et conclut la démonstration.

Corollaire 035B

On a b(u)∗=b(u∗)b(u)^*=b(u^*).

Notons q1q_1 et q2q_2 les projections Γu∗→E\Gamma_{u^*}\rightarrow E et notons (k,∣q1∗∣)(k,|q_1^*|) la décomposition polaire de q1∗q_1^*, de sorte que b(u∗)=q2∘kb(u^*) =q_2\circ k. Pour tous xx et yy dans E, on a j(x)∈Γuj(x)\in \Gamma_u et k(y)∈Γu∗k(y)\in \Gamma_{u^*}, et comme Γu\Gamma_u est orthogonal à s(Γu∗)s(\Gamma_{u^*}) d’après la prop. 7 de IV, p. 236, il vient

0=⟨j(x)∣s(k(y))⟩=⟨p1∘j(x)∣−q2∘k(y)⟩+⟨p2∘j(x)∣q1∘k(y)⟩ 0 =\langle j(x)|s(k(y))\rangle =\langle p_1\circ j(x)| -q_2\circ k(y)\rangle +\langle p_2\circ j(x)|q_1\circ k(y)\rangle

Comme p1∘j=∣p1∗∣p_1\circ j=|p^*_1| et q1∘k=∣q1∗∣q_1\circ k=|q^*_1| (prop. 11, b) de I, p. 140) on obtient

⟨b(u)x∣∣q1∗∣y⟩=⟨∣p1∗∣x∣b(u∗)y⟩ \langle b(u)x| |q^*_1|y\rangle =\langle |p^*_1|x|b(u^*)y\rangle

donc ∣q1∗∣b(u)=b(u∗)∗∣p1∗∣|q^*_1|b(u) =b(u^*)^*|p^*_1|. En utilisant les formules (1) et (4), on en conclut que b(u)∣p1∗∣=∣q1∗∣b(u)=b(u∗)∗∣p1∗∣b(u)|p^*_1|=|q^*_1|b(u) =b(u^*)^*|p^*_1|, et comme l’image de ∣p1∗∣|p^*_1| est le domaine de uu, qui est dense dans E, on en déduit b(u)=b(u∗)∗b(u) =b(u^*)^*.

On note Ω(E) l’ensemble des v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) tels que 1E−v∗v1_E-v^*v est positif et injectif. Pour v∈Ω(E)v\in \Omega (E), l’endomorphisme hermitien (1E−v∗v)1/2(1_E-v^*v)^{1/2} est injectif, puisque son carré l’est, et on note B(v)B(v) l’opérateur partiel v∘((1E−v∗v)1/2)−1v\circ ((1_E-v^*v)^{1/2})^{-1}.

Notons que 1E−v∗v1_E-v^*v est positif si et seulement si ∥v∥⩽1\|v\|\leqslant 1, puisque on a ⟨x∣(1E−v∗v)(x)⟩=∥x∥2−∥v(x)∥2\langle x|(1_E-v^*v)(x)\rangle =\|x\|^2- \|v(x)\|^2 pour tout x∈Ex\in E.

Lemme 1 035C

Le sous-ensemble Ω(E) est auto-adjoint dans L(E)\mathscr{L}(E).

Soit v∈Ω(E)v\in \Omega (E). On a ∥v∗∥=∥v∥⩽1\|v^*\|=\|v\|\leqslant 1 donc l’endomorphisme 1E−vv∗1_E-vv^* est positif. Il est injectif : si x∈x\in Ker(1E−vv∗_E-vv^*), on a vv∗(x)=xvv^*(x) =x, d’où v∗(v(v∗(x)))=v∗(x)v^*(v(v^*(x))) =v^*(x) puis v∗(x)=0v^*(x) = 0, puisque 1E−v∗v1_E-v^*v est injectif, et enfin x=v(v∗(x))=0x=v(v^*(x)) = 0. Le lemme en résulte.

Proposition 2 035D

L’application u↦b(u)u\mapsto b(u) définit une bijection de l’ensemble des opérateurs partiels fermés à domaine dense sur E sur l’ensemble Ω(E). La bijection réciproque est donnée par v↦B(v)v\mapsto B(v).

La relation 1E−b(u)∗b(u)=W(u)1_E-b(u)^*b(u) = W(u) (formule (3)) implique que b(u)b(u) appartient à Ω(E) puisque W(u)W(u) est positif et injectif. Comme de plus b(u)=u∘W(u)1/2b(u) =u\circ W(u)^{1/2} (formule (2)), on obtient

u=b(u)∘(W(u)1/2)−1=b(u)∘((1−b(u)∗b(u))1/2)−1=B(b(u)) u=b(u)\circ (W(u)^{1/2})^{-1}=b(u)\circ ((1-b(u)^*b(u))^{1/2})^{-1}= B(b(u))

Réciproquement, soit v∈Ω(E)v\in \Omega (E). Posons w=(1E−v∗v)1/2w= (1_E-v^*v)^{1/2} et notons u=B(v)=v∘w−1u= B(v) =v\circ w^{-1}. Le domaine de uu est l’image de ww, qui est dense dans E puisque ww est hermitien et injectif (EVT, V, p. 41, prop. 4 (i)). Pour tout x∈x\in dom(uu), il vient

∥u(x)∥2=⟨(v∗v)(w−1(x))∣w−1(x)⟩ \|u(x)\|^2=\langle (v^*v)(w^{-1}(x))|w^{-1}(x)\rangle
=−⟨(1E−v∗v)(w−1(x))∣w−1(x)⟩+∥w−1(x)∥2 =-\langle (1_E-v^*v)(w^{-1}(x))|w^{-1}(x)\rangle +\|w^{-1}(x)\|^2
=−⟨w(x)∣w−1(x)⟩+∥w−1(x)∥2 =-\langle w(x)|w^{-1}(x)\rangle +\|w^{-1}(x)\|^2

puisque (1E−v∗v)∘w−1(1_E-v^*v)\circ w^{-1} est la réduction de ww au domaine de w−1w^{-1}. Comme ww est auto-adjoint, on en déduit que

∥w−1(x)∥2=∥x∥2+∥v∘w−1(x)∥2=∥x∥2+∥u(x)∥2 \|w^{-1}(x)\|^2=\|x\|^2+\|v\circ w^{-1}(x)\|^2=\|x\|^2+\|u(x)\|^2

et l’opérateur partiel B(v)=u=v∘w−1B(v) =u=v\circ w^{-1} est donc fermé d’après le lemme 2 de IV, p. 231.

Démontrons finalement que b(B(v))=vb(B(v)) =v. Comme u=v∘w−1u=v\circ w^{-1}, on a v=u∘wv=u\circ w, et il suffit donc de vérifier que w=W(u)1/2w= W(u)^{1/2} (formule (2)), ou même que 1E−v∗v=W(u)1_E-v^*v= W(u).

L’endomorphisme v∗v^* appartient à Ω(E) d’après le lemme 1. Posons w′=(1E−vv∗)1/2w'= (1_E-vv^*)^{1/2}. C’est un endomorphisme positif injectif de E, et on a v∘w=w′∘vv\circ w=w'\circ v (prop. 11 de I, p. 113). Le graphe de uu est l’ensemble des éléments de la forme (w(x),v(x))(w(x), v(x)) pour x∈Ex\in E. D’après la prop. 7 de IV, p. 236, le graphe de u∗u^* est s(Γu)∘s(\Gamma_u)^{\circ}. Comme, pour tous xx et y∈Ey\in E, on a

⟨(w′(x),v∗(x))∣(−v(y),w(y))⟩=−⟨x∣w′v(y)⟩+⟨x∣vw(y)⟩=0 \langle (w'(x), v^*(x))|(-v(y), w(y))\rangle =-\langle x|w'v(y)\rangle +\langle x|vw(y)\rangle = 0

le graphe de u∗u^* contient les éléments de la forme (w′(x),v∗(x))(w'(x), v^*(x)) pour x∈Ex\in E, et on a alors u∗(w′(x))=v∗(x)u^*(w'(x)) =v^*(x). En particulier, le domaine de u∗u^* contient l’image de w′w'.

Soit x∈Ex\in E et posons y=w2(x)=(1E−v∗v)(x)y=w^2(x) = (1_E-v^*v)(x), donc x=y+v∗v(x)x=y+v^*v(x). On a y∈y\in dom(uu) et u(y)=v(w−1(y))=v(w(x))=w′(v(x))u(y) =v(w^{-1}(y)) =v(w(x)) =w'(v(x)). En particulier, u(y)∈u(y)\in Im(ww)⊂\subset dom(u∗u^*), et u∗(u(y))=v∗(v(x))u^*(u(y)) =v^*(v(x)). Il vient donc x=y+v∗v(x)=y+u∗u(y)x=y+v^*v(x) =y+u^*u(y), d’où y=W(u)(x)y= W(u)(x), c’est-à-dire

(1E−v∗v)(x)=W(u)(x) (1_E-v^*v)(x) = W(u)(x)

On a donc démontré que 1E−v∗v=W(u)1_E-v^*v= W(u), comme désiré.

Corollaire 035E

L’endomorphisme b(u)b(u) est hermitien si et seulement si uu est auto-adjoint.

Cela résulte de l’injectivité de l’application u↦b(u)u\mapsto b(u) (prop. 2) et de la formule b(u∗)=b(u)∗b(u^*) =b(u)^* (cor. de la prop. 1).

2. Opérateurs partiels normaux et théorème spectral

Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe.

Définition 2 035F

Soit uu un opérateur partiel sur E. On dit que uu est normal si uu est fermé à domaine dense et si sa bornification b(u)b(u) est un endomorphisme normal de E.

Si u∈Lu\in \mathscr{L} (E), cette définition coïncide avec EVT, V, p. 42, déf. 4, d’après les formules 1E−b(u)∗b(u)=W(u)=(1E+u∗u)−11_E-b(u)^*b(u) = W(u) = (1_E+u^*u)^{-1} (prop. 1 de IV, p. 262) et b(u∗)=b(u)∗b(u^*) =b(u)^* (cor. de loc. cit.).

Si uu est un opérateur partiel auto-adjoint sur E, alors b(u)b(u) est hermitien (cor. de la prop. 2 de IV, p. 264) donc uu est normal.

Soit D le disque unité ouvert dans C\mathbf{C}. On note β\beta la fonction de C\mathbf{C} dans D définie par β(z)=z/√1+∣z∣2‾\beta (z) =z/\surd\overline{1 + |z|^2}. C’est un homéomorphisme, dont l’inverse vérifie β−1(z)=z/√1−∣z∣2‾\beta^{-1}(z) =z/\surd\overline{1 - |z|^2} pour z∈Dz\in D.

Soit u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E). Il résulte des formules (2) et (3) de la proposition 1 de IV, p. 262 que u=β−1(b(u))u=\beta^{-1}(b(u)), et donc

b(u)=β(u)(5) b(u) =\beta (u) \tag{5}

Lemme 2 035G

Soit X un espace topologique localement compact et soit μ\mu une mesure positive sur X.

a) Soit gg une fonction μ\mu-mesurable sur X. L’opérateur de multiplication mgm_g sur L2(X,μ)L^2(X, \mu) est normal et b(mg)=mβ∘gb(m_g) =m_{\beta\circ g};

b) Soit h:X→Dh: X\rightarrow D une fonction μ\mu-mesurable. L’endomorphisme mhm_h appartient à Ω(L2(X,μ))\Omega (L^2(X, \mu)) et B(mh)=mβ−1∘hB(m_h) =m_{\beta^{-1}\circ h}.

L’opérateur partiel mgm_g est fermé à domaine dense. Comme mg∗mg=m^*_gm_g= mg‾mg=m∣g∣2m_{\overline{g}}m_g=m_{|g|^2} (prop. 23 de IV, p. 253 et prop. 24 de IV, p. 255) on a

W(mg)=−R(m∣g∣2,−1)=m(1+∣g∣2)−1 W(m_g) =-R(m_{|g|^2},-1) =m_{(1+|g|^2)^{-1}}

(prop. 22 de IV, p. 252). Cela implique

b(mg)=mg∘W(mg)1/2=mg∘m(1+∣g∣2)−1/2=mβ∘g b(m_g) =m_g\circ W(m_g)^{1/2}=m_g\circ m_{(1+|g|^2)^{-1/2}}=m_{\beta\circ g}

d’après la formule (2) de IV, p. 262, le cor. de la prop. 6 de IV, p. 187 et le lemme 6 de IV, p. 254. Appliquant finalement la prop. 6 de IV, p. 187, on obtient l’assertion a).

Démontrons b). Comme 1−∣h(x)∣2>01- |h(x)|^2>0 pour tout x∈Xx\in X, on a mh∈m_h\in Ω(L2(X,μ))\Omega (L^2(X, \mu)) (cor. de la prop. 6 de IV, p. 187). Puisque l’application u↦b(u)u\mapsto b(u) est injective (prop. 2 de IV, p. 264) et que les endomorphismes b(B(mh))b(B(m_h)) et b(mβ−1∘h)b(m_{\beta^{-1}\circ h}) sont égaux à mhm_h d’après l’assertion a), on a bien B(mh)=mβ−1∘hB(m_h) =m_{\beta^{-1}\circ h}.

Théorème 1 (« Théorème spectral ») 035H

Soit uu un opérateur partiel normal sur l’espace hilbertien E. Il existe un espace topologique localement compact X, une mesure positive μ\mu sur X, un isomorphisme isométrique θ\theta de L2(X,μ)L^2(X, \mu) sur E et une fonction continue gg sur X, tels que u=θ∘mg∘θ−1u=\theta \circ m_g\circ \theta^{-1}.

L’endomorphisme b(u)b(u) de E est normal par définition. D’après le théorème spectral pour les endomorphismes normaux de E (corollaire 1 de IV, p. 193), il existe donc un espace topologique localement compact X~\widetilde{X}, une mesure positive μ\mu sur X~\widetilde{X}, un isomorphisme isométrique θ~\widetilde{\theta} de L2(X~,μ)L^2(\widetilde{X}, \mu) sur E, et une fonction continue bornée hh sur X~\widetilde{X}, de sorte que b(u)b(u) coïncide avec θ~∘mh∘θ~−1\widetilde{\theta}\circ m_h\circ \widetilde{\theta}^{-1}.

Soit N le sous-ensemble fermé des x∈X~x\in \widetilde{X} tels que ∣h(x)∣⩾1|h(x)|\geqslant 1. Puisque l’endomorphisme 1−b(u)∗b(u)=θ~∘m1−∣h∣2∘θ~−11-b(u)^*b(u) =\widetilde{\theta}\circ m_{1-|h|^2}\circ \widetilde{\theta}^{-1} est positif et injectif, l’ensemble N est localement μ\mu-négligeable (lemme 7 de IV, p. 186 et cor. de la prop. 6 de IV, p. 187). Posons alors X=X~−X =\widetilde{X}- N. C’est un espace localement compact, et la restriction des fonctions à X induit un isomorphisme isométrique de L2(X~,μ)L^2(\widetilde{X}, \mu) sur L2(X,μ∣X)L^2(X, \mu|X) (prop. 1 de IV, p. 179). La composition de θ~\widetilde{\theta} et de la restriction des fonctions à X induit donc un isomorphisme isométrique θ\theta de L2(X,μ∣X)L^2(X, \mu|X) sur E. Comme b(u)=θ∘mh∣X∘θ−1b(u) =\theta \circ m_{h|X}\circ \theta^{-1}, il vient u=θ∘mβ−1∘(h∣X)∘θ−1u=\theta \circ m_{\beta^{-1}\circ(h|X)}\circ \theta^{-1} (lemme 2). Le théorème résulte de cette formule.

Lemme 3 035I

Soit uu un opérateur partiel normal sur E. On a

Sp(b(u)b(u))∩D=β\cap D =\beta(Sp(uu)).

On a b(u)=u∘W(u)1/2b(u) =u\circ W(u)^{1/2} (prop. 1 de IV, p. 262). L’endomorphisme W(u)1/2W(u)^{1/2} est injectif et son image est le domaine de uu (formule (1) de IV, p. 262).

Soit λ∈C\lambda \in \mathbf{C}. Le nombre λ\lambda appartient à l’ensemble résolvant de uu si et seulement si (u−λ1E)∘W(u)1/2(u-\lambda 1_E)\circ W(u)^{1/2} est une application linéaire bijective de E dans E (remarque 3 de IV, p. 245). Or, d’après la formule (3) de IV, p. 262, on a

(u−λ1E)∘W(u)1/2=b(u)−λ(1E−b(u)∗b(u))1/2=fλ(b(u)) (u-\lambda 1_E)\circ W(u)^{1/2}=b(u)-\lambda (1_E-b(u)^*b(u))^{1/2}=f_{\lambda}(b(u))

où fλf_{\lambda} est la fonction continue définie sur D‾\overline{D} par z↦z−λ(1−∣z∣2)1/2z\mapsto z-\lambda (1- |z|^2)^{1/2}. L’endomorphisme fλ(b(u))f_{\lambda}(b(u)) est bijectif si et seulement si son spectre ne contient pas 0. Comme Sp(fλ(b(u))f_{\lambda}(b(u))) =fλ=f_{\lambda}(Sp(b(u)b(u))) (cor. 2 de la prop. 7 de I, p. 111), c’est le cas si et seulement si 0 n’appartient pas à l’ensemble fλf_{\lambda}(Sp(b(u)b(u))). Ainsi, λ∈\lambda \in Sp(uu) si et seulement s’il existe z∈z\in Sp(b(u)b(u))∩D\cap D tel que

z−λ(1−∣z∣2)1/2=0 z-\lambda (1- |z|^2)^{1/2}= 0

Cette égalité, si elle est valide, implique que z∈Dz\in D, et signifie que que λ=β−1(z)\lambda =\beta^{-1}(z). On conclut que Sp(uu) =β−1=\beta^{-1}(Sp(b(u)b(u))∩D\cap D), comme énoncé.

Soit uu un opérateur partiel normal sur E. Soit f∈Kf\in \mathscr{K} (Sp(uu)). L’application z↦f(β−1(z))z\mapsto f(\beta^{-1}(z)) de Sp(b(u)b(u))∩D\cap D dans C\mathbf{C} est continue et à support compact ; l’unique application fβf_{\beta} de Sp(b(u)b(u)) dans C\mathbf{C} qui la prolonge par zéro est donc continue.

Définition 3 035J

Pour toute fonction f∈Kf\in \mathscr{K} (Sp(uu)), on définit l’endomorphisme f(u)f(u) de E par f(u)=fβ(b(u))f(u) =f_{\beta}(b(u)).

L’application f↦fβf\mapsto f_{\beta} est un morphisme d’algèbres complexes de K\mathscr{K} (Sp(uu)) dans C\mathscr{C}(Sp(b(u)b(u))), donc l’application f↦f(u)f\mapsto f(u) est un morphisme d’algèbres complexes de K\mathscr{K} (Sp(uu)) dans L(E)\mathscr{L}(E). On a f‾(u)=f(u)∗\overline{f}(u) =f(u)^* puisque f‾β=fβ‾\overline{f}_{\beta}=\overline{f_{\beta}}. Si f⩾0f\geqslant 0 alors fβ⩾0f_{\beta}\geqslant 0, donc f(u)f(u) est un endomorphisme positif de E.

Remarque 035K

Supposons que uu est un endomorphisme normal de E, donc que Sp(uu) est une partie compacte de C\mathbf{C}. Comme la bornification b(u)b(u) coïncide avec β(u)\beta (u) (formule (5)), et que Sp(b(u)b(u)) =β=\beta(Sp(uu)) (cor. 2 de la prop. 7 de I, p. 111), le spectre de b(u)b(u) est une partie compacte de D. Pour toute fonction continue f∈Cf\in \mathscr{C} (Sp(uu)), la fonction fβf_{\beta} coïncide avec la restriction de f∘β−1f\circ \beta^{-1} à Sp(uu). Par conséquent, fβ(β(u))f_{\beta}(\beta (u)) coïncide avec l’endomorphisme f(u)f(u) défini par le calcul fonctionnel continu de uu. La définition ci-dessus est donc compatible avec celle du calcul fonctionnel continu de l’algèbre stellaire L(E)\mathscr{L}(E).

Soit f∈Kf\in \mathscr{K} (Sp(uu)). On a

∥f(u)∥⩽∥fβ∥∞=∥f∥∞ \|f(u)\|\leqslant \|f_{\beta}\|_{\infty}=\|f\|_{\infty}

de sorte que, pour tous xx et yy dans E, on obtient la majoration ∣⟨x∣f(u)y⟩∣⩽∥x∥∥y∥∥f∥∞|\langle x|f(u)y\rangle |\leqslant \|x\| \|y\| \|f\|_{\infty}. L’application f↦⟨x∣f(u)y⟩f\mapsto \langle x|f(u)y\rangle est donc une mesure bornée sur Sp(uu), de masse totale ⩽∥x∥∥y∥\leqslant \|x\|\|y\| (INT, IV, p. 154, § 4, no7^o7). Si x=yx=y, c’est une mesure positive, puisque f(u)f(u) est positif lorsque f⩾0f\geqslant 0.

Définition 4 035L

Soit uu un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien complexe E. Soient xx et yy dans E. La mesure bornée sur Sp(uu) définie par f↦⟨x∣f(u)y⟩f\mapsto \langle x|f(u)y\rangle pour f∈Kf\in \mathscr{K} (Sp(uu)) s’appelle la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à uu. Lorsque x=yx=y, on dit que c’est la mesure spectrale de xx relative à uu.

Remarque 1 035M

Lorsque uu est continu, cette définition coïncide avec celle de la déf. 2 de IV, p. 190.

Remarque 2 035N

Soit jj l’inclusion canonique de Sp(uu) dans C\mathbf{C}. Puisque Sp(uu) est fermé, l’application jj est μ\mu-propre pour toute mesure bornée μ\mu sur Sp(uu) (INT, V, p. 68, § 6, no1^o1, prop. 1). On identifiera souvent les mesures spectrales de uu avec les mesures sur C\mathbf{C} qui sont leurs images par j(j(cf. INT, V, p. 84, § 7, no2)^o2).

L’application de E×EE\times E dans l’espace de Banach M1\mathscr{M}^1(Sp(uu)) qui associe à (x,y)(x, y) la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à uu est sesquilinéaire et continue de norme ⩽1\leqslant 1.

Lemme 4 035O

Soit X un espace topologique localement compact, soit μ\mu une mesure positive sur X et soit gg une fonction μ\mu-mesurable sur X. Soit mgm_g l’opérateur de multiplication par gg sur L2(X,μ)L^2(X, \mu).

a) L’application f↦f(mg)f\mapsto f(m_g) de K\mathscr{K} (Sp(mgm_g)) dans L(L2(X,μ))\mathscr{L}(L^2(X, \mu)) est donnée par f↦mf∘gf\mapsto m_{f\circ g};

b) Pour f1f_1 et f2f_2 dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) de classes f~1\widetilde{f}_1 et f~2\widetilde{f}_2 dans L2(X,μ)L^2(X, \mu), la mesure spectrale dede la mesure image g((ff~11f,2f~⋅2μ)g(\frac{(}{f}\widetilde{f}_{11}f,_2\widetilde{f}\cdot^2\mu) )relative à. mgm_g est la restriction à Sp(mgm_g)

L’opérateur partiel mgm_g est normal et b(mg)=mβ∘g=mg(1+∣g∣2)−1/2b(m_g) =m_{\beta\circ g}=m_{g(1+|g|^2)^{-1/2}} (lemme 2). De plus β(g(x))\beta (g(x)) appartient à Sp(mβ∘gm_{\beta\circ g}) pour tout xx en dehors d’un ensemble localement μ\mu-négligeable Y⊂XY\subset X (proposition 22 de IV, p. 252 et lemme 1 de IV, p. 181). Comme fβ(β(g(x)))=f(g(x))f_{\beta}(\beta (g(x))) =f(g(x)) pour tout x∈Xx\in X - Y, on en déduit que f(mg)=mf∘gf(m_g) =m_{f\circ g} d’après la définition 3 et le cor. de la prop. 6 de IV, p. 187.

Soient f1f_1 et f2f_2 dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) de classes f~1\widetilde{f}_1 et f~2\widetilde{f}_2 dans L2(X,μ)L^2(X, \mu). Puisque la mesure ν=f1f2⋅μ\nu =f_1f_2\cdot \mu est bornée, la mesure image g(ν)g(\nu ) est définie (INT, V, p. 69, § 6, no1^o1, rem. 1). Soit f∈Kf\in \mathscr{K} (Sp(mgm_g)). On a f(mg)=mf∘gf(m_g) =m_{f\circ g} d’après a), d’où

⟨f~1∣f(mg)f~2⟩=∫Xf‾1(f∘g)f2dμ=∫X(f∘g)(f‾1f2dμ)=∫Cfdν \langle \widetilde{f}_1|f(m_g)\widetilde{f}_2\rangle =\int_X\overline{f}_1(f\circ g)f_2d\mu=\int_X(f\circ g) (\overline{f}_1f_2d\mu) =\int_{\mathbf{C}}f d\nu

(INT, V, p. 69, § 6, no1^o1, formule (1)), ce qui établit l’assertion b).

Exemple 035P

Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. On munit Rn\mathbf{R}^n de la mesure de Lebesgue, et on identifie Rn\mathbf{R}^n et son groupe dual comme dans le corollaire 3 de II, p. 236. Notons N la norme euclidienne sur Rn\mathbf{R}^n et F\mathscr{F} la transformation de Fourier sur S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) et sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) (no12^o12 de IV, p. 217).

Soit ΔS\Delta_{\mathscr{S}} l’opérateur partiel sur L2(Rn)L^2(\mathbf{R}^n) dont le domaine est l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) et qui vérifie

ΔS(φ)=−∑i=1n∂i2φ \Delta_{\mathscr{S}}(\varphi ) =-\sum_{i=1}^n\partial_i^2\varphi

pour tout φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). On a alors F(ΔS(φ))=4π2N2F(φ)\mathscr{F}(\Delta_{\mathscr{S}}(\varphi )) = 4\pi^2N^2\mathscr{F}(\varphi ) pour toute fonction φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (remarque 12 de IV, p. 220). Comme la transformation de Fourier est un automorphisme de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (prop. 18 de IV, p. 219), cela signifie que l’opérateur partiel u=F∘ΔS∘F−1u=\mathscr{F}\circ \Delta_{\mathscr{S}}\circ \mathscr{F}^{-1} est la réduction de l’opérateur de multiplication m4π2N2m_{4\pi^2N^2} à l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). L’opérateur partiel uu est fermable et symétrique ; sa fermeture est l’opérateur partiel auto-adjoint positif m4π2N2m_{4\pi^2N^2} (prop. 6 de IV, p. 232, appliquée à l’espace D(Rn)⊂S(Rn)\mathscr{D}(\mathbf{R}^n)\subset \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) à l’aide de la prop. 4 de IV, p. 202). Par conséquent, l’opérateur partiel ΔS\Delta_{\mathscr{S}} est essentiellement auto-adjoint. On note Δ sa fermeture ; c’est un opérateur auto-adjoint positif, et c’est l’unique laplacien sur Rn(\mathbf{R}^n(cf. exemple du no6^o6 de IV, p. 243 et cor. de la prop. 26 de IV, p. 257).

D’après la prop. 21 de IV, p. 223, l’espace de Sobolev H2(Rn)H^2(\mathbf{R}^n) est l’ensemble des f∈L2(Rn)f\in L^2(\mathbf{R}^n) tels que (1+N2)F(f)(1 + N^2)\mathscr{F}(f) appartient à L2(Rn)L^2(\mathbf{R}^n), c’est-à-dire tels que F(f)\mathscr{F}(f) appartient au domaine de m4π2N2m_{4\pi^2N^2}. Comme la transformation de Fourier est un isomorphisme isométrique de l’espace L2(Rn)L^2(\mathbf{R}^n) dans lui-même (th. 1 de II, p. 215), le domaine du laplacien Δ est H2(Rn)H^2(\mathbf{R}^n). On a Δ=F−1∘m4π2N2∘F\Delta =\mathscr{F}^{-1}\circ m_{4\pi^2N^2}\circ \mathscr{F}. En particulier, le spectre de Δ est égal à R+\mathbf{R}_+.

3. Calcul fonctionnel universellement mesurable

Dans ce numéro les espaces hilbertiens considérés sont complexes.

Soit uu un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E. On note μx,y\mu_{x,y} (resp. μy\mu_y) la mesure spectrale de (x,y)∈E×E(x, y)\in E\times E (resp. de yy) relative à uu.

Soit y∈Ey\in E. L’application K\mathscr{K} (Sp(uu))→E\rightarrow E définie par f↦f(u)(y)f\mapsto f(u)(y) vérifie

∥f(u)(y)∥2=∫∣f∣2μy=∥f∥L2(Sp(u),μy)2 \|f(u)(y)\|^2=\int|f|^2\mu_y=\|f\|^2_{\mathscr{L}^2(Sp(u),\mu_y)}

Sp(uu)

Il existe donc une unique application linéaire isométrique evy_y de l’espace L2L^2(Sp(uu),μy, \mu_y) dans E telle que evy(f~)=f(u)(y)_y(\widetilde{f}) =f(u)(y) si f~\widetilde{f} est la classe d’une fonction f∈Kf\in \mathscr{K} (Sp(uu)).

Soit ff une fonction universellement mesurable définie sur le spectre de uu. On note DfD_f l’ensemble des éléments y∈Ey\in E tels que ff appartient à L2\mathscr{L}^2(Sp(uu),μy, \mu_y).

Proposition 3 035Q

Soit ff une fonction universellement mesurable définie sur le spectre de uu. L’ensemble DfD_f est un sous-espace vectoriel dense de E. L’application y↦y\mapsto evy(f)_y(f) est un opérateur partiel normal sur E dont le domaine est DfD_f, et qui est noté f(u)f(u).

Pour tout x∈Ex\in E et tout y∈Dfy\in D_f, on a f∈L1f\in \mathscr{L}^1(Sp(uu),μx,y, \mu_{x,y}) et

⟨x∣f(u)y⟩=∫fμx,y(6) \langle x|f(u)y\rangle =\int f \mu_{x,y} \tag{6}

Sp(uu)

Nous allons démontrer l’énoncé plus précis suivant :

Proposition 4 035R

Soit ff une fonction universellement mesurable dans le spectre de uu.

a) L’ensemble DfD_f est un sous-espace vectoriel dense de E. L’application f(u):y↦f(u) :y\mapsto evy(f)_y(f) de DfD_f dans E est linéaire et coïncide avec 1E1_E si f=1f= 1;

b) Soit g∈Lug\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)). Pour tout y∈Dfy\in D_f et tout x∈Dgx\in D_g, on a fg∈L1f g\in \mathscr{L}^1(Sp(uu),μx,y, \mu_{x,y}), et

⟨g(u)x∣f(u)y⟩=∫gfμx,y(7) \langle g(u)x|f(u)y\rangle =\int gf \mu_{x,y} \tag{7}

Sp(uu)

c) Supposons que E=L2(X,μ)E = L^2(X, \mu) où X est un espace topologique localement compact et μ\mu une mesure positive sur X, et que u=mhu=m_h, où h:X→Ch: X\rightarrow \mathbf{C} est μ\mu-mesurable. On a f(mh)=mf∘hf(m_h) =m_{f\circ h}.

D’après le théorème 1 de IV, p. 266, on peut supposer être dans la situation de l’assertion c), c’est-à-dire que E=L2(X,μ)E = L^2(X, \mu) et u=mhu=m_h, où X est un espace topologique localement compact, μ\mu une mesure positive sur X et h:X→Ch: X\rightarrow \mathbf{C} est μ\mu-mesurable. On notera φ~\widetilde{\varphi} la classe dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) d’une fonction φ∈L2(X,μ)\varphi \in \mathscr{L}^2(X, \mu).

Soit S = Sp(mhm_h). On note μφ~1,φ~2\mu_{\widetilde{\varphi}_1,\widetilde{\varphi}_2} (resp. μφ~\mu_{\widetilde{\varphi}}) la mesure spectrale de (φ~1,φ~2)(\widetilde{\varphi}_1,\widetilde{\varphi}_2) (resp. de φ~\widetilde{\varphi}) relative à mhm_h pour tout (φ1,φ2)∈L2(X,μ)2(\varphi_1, \varphi_2)\in \mathscr{L}^2(X, \mu)^2 (resp. tout φ∈L2(X,μ)\varphi \in \mathscr{L}^2(X, \mu)).

Soit φ∈L2(X,μ)\varphi \in \mathscr{L}^2(X, \mu). La mesure spectrale μφ~\mu_{\widetilde{\varphi}} est égale à la mesure image h(∣φ∣2⋅μ)h(|\varphi |^2\cdot \mu) sur S (lemme 4 de IV, p. 269). Comme la fonction ff est μφ\mu_{\varphi}-mesurable, on a φ∈Df\varphi \in D_f si et seulement si les intégrales

∫S∗∣f∣2dμφ~=∫S∗∣f∣2h(∣φ∣2dμ)=∫X∗∣f∘h∣2∣φ∣2dμ \int_S^*|f|^2d\mu_{\widetilde{\varphi}}=\int_S^*|f|^2h(|\varphi |^2d\mu) =\int_X^*|f\circ h|^2|\varphi |^2d\mu

sont finies (INT, V, p. 70, § 6, no2^o2, prop. 2). Cela signifie que DfD_f est le domaine de l’opérateur de multiplication mf∘hm_{f\circ h}, qui est un sous-espace dense dans E (prop. 5 de IV, p. 232).

La restriction de evφ~_{\widetilde{\varphi}} aux classes de fonctions g∈K(S)g\in \mathscr{K}(S) est l’application qui à une classe g~\widetilde{g} associe l’élément g(mh)(φ~)=mg∘h(φ~)g(m_h)(\widetilde{\varphi}) =m_{g\circ h}(\widetilde{\varphi}) (lemme 4 de IV, p. 269). L’application evφ_{\varphi} coïncide donc avec l’application isométrique de L2(S,μφ)L^2(S, \mu_{\varphi}) dans L2(X,μ)L^2(X, \mu) déduite par passage aux quotients de l’application g↦~(g∘h)⋅φg\widetilde{\mapsto}(g\circ h)\cdot \varphi de L2(S,μφ~)\mathscr{L}^2(S, \mu_{\widetilde{\varphi}}) dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu).

En particulier, on a donc evφ(f)=mf∘h(φ~)_{\varphi}(f) =m_{f\circ h}(\widetilde{\varphi}), de sorte que l’application f(mh)f(m_h) de DfD_f dans E coïnci~\widetilde{i}de avec l’opérateur partiel mf∘hm_{f\circ h}. Cela démontre l’assertion c) ; si f=1f= 1, on trouve evφ(1)=φ~_{\varphi}(1) =\widetilde{\varphi}, ce qui conclut également la preuve de a).

Démontrons l’assertion b). Soient φ1\varphi_1 et φ2\varphi_2 des fonctions telles que φ~1∈Df\widetilde{\varphi}_1\in D_f et φ~2∈Dg\widetilde{\varphi}_2\in D_g. Il vient (INT, V, loc. cit.)

∫S∗∣fg∣∣μφ~1,φ~2∣=∫X∗∣(f∘h)(g∘h)φ1φ2∣dμ \int_S^*|f g| |\mu_{\widetilde{\varphi}_1,\widetilde{\varphi}_2}|=\int_X^*|(f\circ h)(g\circ h)\varphi_1\varphi_2|d\mu
⩽∥(f∘h)φ1∥∥(g∘h)φ2∥ \leqslant \|(f\circ h)\varphi_1\| \|(g\circ h)\varphi_2\|

qui est fini, donc fg∈L1(S,μφ~1,φ~2)f g\in \mathscr{L}^1(S, \mu_{\widetilde{\varphi}_1,\widetilde{\varphi}_2}). De plus, on a alors

⟨g(mh)(φ~2)∣f(mh)(φ~1)⟩=∫X(g∘h)φ2‾(f∘h)φ1dμ \langle g(m_h)(\widetilde{\varphi}_2)|f(m_h)(\widetilde{\varphi}_1)\rangle =\int_X\overline{(g\circ h) \varphi_2}(f\circ h)\varphi_1d\mu
=∫Sgfdμφ~1,φ~2 =\int_Sgf d\mu_{\widetilde{\varphi}_1,\widetilde{\varphi}_2}

ce qui conclut la démonstration.

Définition 5 035S

L’application f↦f(u)f\mapsto f(u) de Lu\mathscr{L}_u(Sp(uu)) dans l’ensemble des opérateurs partiels normaux sur E définie par la prop. 3 de IV, p. 271 est appelée application de calcul fonctionnel universellement mesurable associée à uu.

Plus généralement, soient T un ensemble et g:g: Sp(uu)×T→C\times T\rightarrow \mathbf{C} une application ; soit t∈Tt\in T tel que la fonction gt:z↦g(z,t)g_t:z\mapsto g(z, t) est universellement mesurable sur Sp(uu). On note alors g(u,t)=gt(u)g(u, t) =g_t(u).

La formule (7) implique en particulier que (8) ∥f(u)(y)∥2=∫∣f∣2μy\|f(u)(y)\|^2=\int|f|^2\mu_y

Sp(uu)

pour tout f∈Luf\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)) et tout y∈Dfy\in D_f. On en déduit en prenant f=1f= 1 que μy\mu_y est une mesure positive de masse totale ∥y∥2\|y\|^2.

Si uu est un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E et f∈Kf\in \mathscr{K} (Sp(uu)), alors Df=ED_f= E et l’opérateur partiel f(u)f(u) est alors continu, puisque

∥f(u)y∥⩽∥f∥∞∥y∥ \|f(u)y\|\leqslant \|f\|_{\infty}\|y\|

pour tout y∈Ey\in E d’après (8). L’endomorphisme f(u)f(u) coïncide avec celui de la définition 3 de IV, p. 268.

Corollaire 1 035T

a) Pour tout f∈Luf\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)), l’opérateur partiel f(u)f(u) est normal et f(u)∗=f‾(u)f(u)^*=\overline{f}(u). De plus f(u)f(u) est positif si f⩾0f\geqslant 0, et auto-adjoint si ff est à valeurs réelles ;

b) Soient k∈Nk\in \mathbf{N} et f(z)=zkf(z) =z^k pour z∈z\in Sp(uu). On a f(u)=ukf(u) =u^k;

c) Soient λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(uu) et f(z)=(λ−z)−1f(z) = (\lambda -z)^{-1} pour z∈z\in Sp(uu). On a f(u)=R(u,λ)f(u) = R(u, \lambda );

d) On a β(u)=b(u)\beta (u) =b(u);

e) Soient f∈Luf\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)) et g∈Lug\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)) tels que ∣g∣⩽1+∣f∣|g|\leqslant 1 +|f|. Le domaine de g(u)g(u) est un cœur pour f(u)f(u).

Au vu du théorème spectral (th. 1 de IV, p. 266), cela résulte de la proposition précédente combinée, respectivement, avec :

a) le lemme 2, a) de IV, p. 266, la prop. 23 de IV, p. 253, et son corollaire ;

b) la prop. 24, b) de IV, p. 255;

c) la prop. 22, b) de IV, p. 252;

d) le lemme 2, a) de IV, p. 266;

e) la prop. 6, b) de IV, p. 232.

Remarque 035U

Pour f=f= IdSp(u)_{Sp(u)}, on a f(u)=uf(u) =u (assertion b) pour k=1)k= 1). Le domaine de uu coïncide donc avec l’ensemble des x∈Ex\in E tels que la fonction identité de Sp(uu) appartient à L2\mathscr{L}^2(Sp(uu),μx, \mu_x); il contient en particulier les éléments x∈Ex\in E tels que la mesure μx\mu_x est à support compact.

Le corollaire suivant généralise le cor. de la prop. 16 de IV, p. 247 et la prop. 17 de IV, p. 248.

Corollaire 2 035V

Soit uu un opérateur partiel normal sur l’espace hilbertien E. On suppose que E est non nul.

a) Le spectre de uu est non vide;

b) Pour tout λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(uu), la norme de la résolvante R(u,λ)R(u, \lambda ) est égale à 1/δ1/\delta, où δ>0\delta >0 est la distance dans C\mathbf{C} de λ\lambda au spectre de uu.

c) Pour tout ε>\varepsilon > 0, le ε\varepsilon-pseudo-spectre PSpε(u)_{\varepsilon}(u) est l’ensemble des λ∈C\lambda \in \mathbf{C} à distance <ε< \varepsilon de Sp(uu).

Supposons que le spectre de uu est vide. Alors uu est injectif, et l’endomorphisme u−1=−R(u,0)u^{-1}=-R(u,0) est normal (cor. 1, c) et a)). On a Sp(u−1u^{-1})⊂{0}\subset \{0\} (prop. 15, a)), donc Sp(u−1u^{-1}) ={0}(=\{0\}(I, p. 26, cor. 1). Puisque u−1u^{-1} est normal, cela implique que u−1=0(u^{-1}= 0 (I, p. 110, exemple 1), ce qui est une contradiction puisque E n’est pas nul.

Pour démontrer b), on peut supposer que uu est l’opérateur de multiplication mgm_g sur L2(X,μ)L^2(X, \mu), où gg est une fonction continue sur un espace topologique localement compact X muni d’une mesure positive μ\mu (th. 1 de IV, p. 266). Soit λ∈C−\lambda \in \mathbf{C}- Sp(uu) et δ>0\delta >0 la distance de λ\lambda au spectre de uu. Pour démontrer que ∥R(u,λ)∥=δ−1\|R(u, \lambda )\|=\delta^{-1}, on se ramène au cas λ=0\lambda = 0 en remplaçant uu par u−λ1Eu-\lambda 1_E. Le nombre réel δ\delta est alors la distance de 0 au spectre de mgm_g. Comme celui-ci coïncide avec l’image μ\mu-essentielle de gg, le résultat est une conséquence du lemme 3 de IV, p. 182.

Finalement, l’assertion c) résulte de b) et de la définition de PSpε(u)_{\varepsilon}(u) (IV, p. 250, déf. 9).

Corollaire 3 035W

Soit uu un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E. Soit f∈Luf\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)). Pour tous xx et yy dans E, la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à f(u)f(u) est la mesure image f(μ)f(\mu), où μ\mu est la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à uu.

Au vu du théorème spectral (th. 1 de IV, p. 266), on peut supposer que uu est l’opérateur de multiplication mgm_g sur L2(X,μ)L^2(X, \mu), où X est un espace topologique localement compact, μ\mu une mesure positive sur X et g∈C(X)g\in \mathscr{C}(X). Soient f1f_1 et f2f_2 dans L2(X,μ)\mathscr{L}^2(X, \mu) de classes f~1\widetilde{f}_1 et f~2\widetilde{f}_2 dans L2(X,μ)L^2(X, \mu). Comme f(mg)=mf∘gf(m_g) =m_{f\circ g} (prop. 4, c)), la mesure spectrale de (f~1,f~2)(\widetilde{f}_1,\widetilde{f}_2) relative à f(mg)f(m_g) est la mesure image (f∘g)(f‾1f2⋅μ)(f\circ g)(\overline{f}_1f_2\cdot \mu) (lemme 4, b) de IV, p. 269). Cette mesure est égale à la mesure image f(g(f1f2⋅μ))f(g(f_1f_2\cdot \mu)) (INT, V, p. 72, § 6, no4^o4, prop. 4, a)), d’où l’assertion (lemme 4, b) de IV, p. 269).

Corollaire 4 035X

Soit g∈Lug\in \mathscr{L}_u(Sp(f(u)f(u))). On a g(f(u))=(g∘f)(u)g(f(u)) = (g\circ f)(u).

On a g∘f∈Lug\circ f\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)) (lemme 5 de IV, p. 184). Pour tous xx et yy dans E, notons μx,y′\mu'_{x,y} la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à f(u)f(u). D’après le corollaire précédent et INT, V, p. 71, § 6, no2^o2, th. 1, on a g∈L2g\in \mathscr{L}^2(Sp(f(u)f(u)),μx,y′, \mu'_{x,y}) si et seulement si g∘f∈L2g\circ f\in \mathscr{L}^2(Sp(uu),μx,y, \mu_{x,y}), de sorte que le domaine de g(f(u))g(f(u)) est égal au domaine de (g∘f)(u)(g\circ f)(u). Pour tous x∈Ex\in E et y∈y\in dom(g(f(u))g(f(u))), on a alors la formule

⟨x∣g(f(u))y⟩=∫gμx,y′ \langle x|g(f(u))y\rangle =\int g \mu'_{x,y}

Sp(f(u)f(u))

=∫gf(μx,y)=⟨x∣(g∘f)y⟩=\int g f(\mu_{x,y}) =\langle x|(g\circ f)y\rangle

Sp(f(u)f(u))

(loc. cit.), d’où g(f(u))=(g∘f)(u)g(f(u)) = (g\circ f)(u).

Proposition 5 035Y

Soit uu un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E.

a) Si f∈Lu∞f\in \mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)), alors f(u)∈L(E)f(u)\in \mathscr{L}(E);

b) Si f∈Lu∞f\in \mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)) et g∈Lug\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)), alors f(u)∘g(u)⊂(fg)(u)f(u)\circ g(u)\subset (f g)(u);

c) L’application f↦f(u)f\mapsto f(u) de Lu∞\mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)) dans L(E)\mathscr{L}(E) est un morphisme unifère continu d’algèbres stellaires. En particulier, on a ∥f(u)∥⩽∥f∥∞\|f(u)\|\leqslant \|f\|_{\infty} pour f∈Lu∞f\in \mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu));

d) Si u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E), alors pour tout f∈Lu∞f\in \mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)), l’endomorphisme f(u)f(u) appartient au bicommutant de uu dans L(E)\mathscr{L}(E).

Soit f∈Lu∞f\in \mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)). On a Df=ED_f= E et f(u)f(u) est un endomorphisme continu de E d’après la formule (8), p. 272, d’où l’assertion a).

Soit g∈Lug\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)). Soit y∈Dgy\in D_g. On a y∈Dfgy\in D_{f g} et, pour tout x∈Ex\in E, il vient ⟨f‾(u)x∣g(u)y⟩=⟨x∣(fg)(u)y⟩\langle \overline{f}(u)x|g(u)y\rangle =\langle x|(f g)(u)y\rangle par la formule (7), p. 271, d’où f(u)(g(u)y)=(fg)(u)(y)f(u)(g(u)y) = (f g)(u)(y), ce qui démontre b).

D’après a) et b), l’application f↦f(u)f\mapsto f(u) de Lu∞\mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)) dans L(E)\mathscr{L}(E) est un morphisme unifère d’algèbres involutives ; par conséquent, c’est un morphisme continu de norme ⩽1\leqslant 1(I, p. 104, prop. 2), d’où l’assertion c).

Supposons que uu est un endomorphisme de E. Soit v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) permutable avec uu. On a alors v∘f(u)=f(u)∘vv\circ f(u) =f(u)\circ v pour f∈Cf\in \mathscr{C} (Sp(uu)) d’après les propriétés du calcul fonctionnel continu (I, p. 110, remarque). Soient xx et yy dans E. Les formules

⟨x∣(v∘f(u))y⟩=⟨x∣(f(u)∘v)y⟩(9) \langle x|(v\circ f(u))y\rangle =\langle x|(f(u)\circ v)y\rangle \tag{9}

valides pour toute fonction f∈Cf\in \mathscr{C} (Sp(uu)), signifient que les mesures spectrales de (v∗(x),y)(v^*(x), y) et de (x,v(y))(x, v(y)) relatives à uu sont égales. Cette égalité implique d’après la formule (6), p. 271, que la formule (9) est valide pour tout f∈Lu∞f\in \mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)). On a donc v∘f(u)=f(u)∘vv\circ f(u) =f(u)\circ v.

Corollaire 035Z

Soient ff et gg dans Lu\mathscr{L}_u(Sp(uu)) et (x,y)∈Df×Dg(x, y)\in D_f\times D_g. La mesure spectrale de (f(u)x,g(u)y)(f(u)x, g(u)y) relative à uu est la mesure fg⋅μx,yf g\cdot \mu_{x,y}, où μx,y\mu_{x,y} est la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à uu.

Notons ν\nu la mesure spectrale de (f(u)x,g(u)y)(f(u)x, g(u)y) relative à uu. Pour toute fonction φ∈K\varphi \in \mathscr{K} (Sp(uu)), on a

∫φν=⟨f(u)x∣φ(u)(g(u)y)⟩ \int\varphi \nu =\langle f(u)x|\varphi (u)(g(u)y)\rangle

Sp(uu)

=⟨f(u)x∣(φg)(u)y⟩=∫fφgμx,y=\langle f(u)x|(\varphi g)(u)y\rangle =\int f \varphi g \mu_{x,y},

Sp(uu)

(prop. 5, b)) d’où ν=fg⋅μx,y\nu =f g\cdot \mu_{x,y}.

Proposition 6 0360

Soit uu un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien E. Soit (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite dans Lu\mathscr{L}_u(Sp(uu)) qui converge simplement vers f∈Luf\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)) et telle qu’il existe g∈Lug\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)) vérifiant ∣fn∣⩽g|f_n|\leqslant g pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}. On a alors dom(g(u)g(u))⊂\subset dom(fn(u)f_n(u)) pour tout n∈Nn\in \mathbf{N} et dom(g(u)g(u))⊂\subset dom(f(u)f(u)). De plus, pour tout élément yy du domaine de g(u)g(u), on a

f(u)(y)=f(u)(y) = limn→+∞fn(u)(y)_{n\rightarrow+\infty}f_n(u)(y).

En particulier, si fn∈Lu∞f_n\in \mathscr{L}_u^{\infty}(Sp(uu)) pour tout n∈Nn\in \mathbf{N} et si les fonctions fnf_n sont uniformément bornées, alors fn(u)f_n(u) converge vers f(u)f(u) dans l’espace L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie de la convergence simple.

Notons μx,y\mu_{x,y} (resp. μx\mu_x) la mesure spectrale de (x,y)(x, y) (resp. de xx) relative à uu.

Soit y∈y\in dom(g(u)g(u)), de sorte que g∈L2g\in \mathscr{L}^2(Sp(uu),μy, \mu_y). La condition ∣fn∣⩽g|f_n|\leqslant g implique que fn∈L2f_n\in \mathscr{L}^2(Sp(uu),μy, \mu_y), donc y∈y\in dom(fn(u)f_n(u)).

Comme (fn)(f_n) converge simplement vers ff et que ∣fn∣⩽g|f_n|\leqslant g, on a f∈L2f\in \mathscr{L}^2(Sp(uu),μy, \mu_y) d’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6), donc y∈y\in dom(f(u)f(u)). De plus, la suite (fn)(f_n) converge vers ff dans L2\mathscr{L}^2(Sp(uu),μy, \mu_y), donc la norme de fn(u)yf_n(u)y converge vers la norme de f(u)yf(u)y.

Soit x∈Ex\in E. Les fonctions ff et gg, ainsi que les fonctions fnf_n pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, appartiennent à L1\mathscr{L}^1(Sp(uu),μx,y, \mu_{x,y}) (prop. 3). D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, loc. cit.), la suite (fn)(f_n) converge vers ff dans L1\mathscr{L}^1(Sp(uu),μx,y, \mu_{x,y}), d’où

⟨x∣fn(u)y⟩=∫fnμx,y→∫fμx,y=⟨x∣f(u)y⟩ \langle x|f_n(u)y\rangle =\int f_n\mu_{x,y}\rightarrow \int f \mu_{x,y}=\langle x|f(u)y\rangle

Sp(uu) Sp(uu)

On en conclut que fn(u)(y)f_n(u)(y) converge vers f(u)(y)f(u)(y) (EVT, V, p. 17, prop. 10).

Proposition 7 0361

Soient X un espace topologique localement compact et ν\nu une mesure sur X. Soit g:C×X→Cg:\mathbf{C}\times X\rightarrow \mathbf{C} une fonction continue à support compact. Pour z∈Cz\in \mathbf{C}, posons

h(z)=∫Xg(z,x)dν(x) h(z) =\int_Xg(z, x)d\nu (x)

a) L’application hh de C\mathbf{C} dans C\mathbf{C} est continue et bornée;

b) L’application de X dans L(E)\mathscr{L}(E) définie par x↦g(u,x)x\mapsto g(u, x) est ν\nu-intégrable et on a

h(u)=∫Xg(u,x)dν(x) h(u) =\int_Xg(u, x)d\nu (x)

La fonction hh est bornée car gg est continue à support compact, et elle est continue d’après INT, IV, p. 144, § 4, no3^o3, cor. 1. Comme gg est continue et à support compact, l’application x↦g(u,x)x\mapsto g(u, x) est continue de X dans L(E)\mathscr{L}(E) (TG, X, p. 28, th. 3 et prop. 5, c)). Cette application est à support compact, donc bornée et intégrable sur X par rapport à ν\nu. Notons

v=∫Xg(u,x)dν(x)∈L(E) v=\int_Xg(u, x)d\nu (x)\in \mathscr{L}(E)

Soient yy et zz des éléments de E et μ\mu la mesure spectrale de (y,z)(y, z) relative à uu. On a

⟨y∣v(z)⟩=∫⟨y∣g(u,x)z⟩dν(x)=∫(∫g(λ,x)dμ(λ))dν(x) \langle y|v(z)\rangle =\int\langle y|g(u, x)z\rangle d\nu (x) =\int(\int g(\lambda , x)d\mu(\lambda ))d\nu (x)

X X Sp(uu)

(formule (6), p. 271). Puisque g∈K(C×X)g\in \mathscr{K}(\mathbf{C}\times X), il vient

⟨y∣v(z)⟩=∫Sp(u)(∫Xg(λ,x)dν(x))dμ(λ)=⟨y∣h(u)z⟩ \langle y|v(z)\rangle =\int_{Sp(u)}(\int_Xg(\lambda , x)d\nu (x))d\mu(\lambda ) =\langle y|h(u)z\rangle

d’après INT, III, p. 84, § 4, no1^o1, th. 2 et la formule (6), p. 271. Cela démontre que v=h(u)v=h(u), comme désiré.

4. Projecteurs spectraux

Soit uu un opérateur partiel normal sur un espace hilbertien complexe E. Soient A une partie universellement mesurable de Sp(uu) et φA\varphi_A sa fonction caractéristique. Comme φA\varphi_A est bornée et vérifie φA2=φA\varphi^2_A=\varphi_A, l’endomorphisme φA(u)\varphi_A(u) de E est un orthoprojecteur de E. Il est appelé le projecteur spectral de uu défini par A. On note pA=φA(u)p_A=\varphi_A(u). On a p∅=0p_{\emptyset}= 0 et pSp(u)=1Ep_{Sp(u)}= 1_E.

Soit A une partie universellement mesurable de C\mathbf{C}. Le projecteur spectral de uu défini par A est le projecteur spectral pSp(u)∩Ap_{Sp(u)\cap A}. Il est aussi noté simplement pAp_A. Pour toute fonction f∈Luf\in \mathscr{L}_u(Sp(uu)), tout x∈Ex\in E et tout y∈y\in dom(f(u)f(u)), on a la formule

⟨pA(x)∣f(u)y⟩=∫fdμ(10) \langle p_A(x)|f(u)y\rangle =\int f d\mu \tag{10}

Sp(uu)∩A\cap A

où μ\mu est la mesure spectrale de (x,y)(x, y) relative à uu (formule (7), p. 271).

Soient A et B des parties universellement mesurables de Sp(uu). Comme φAφB=φA∩B\varphi_A\varphi_B=\varphi_{A\cap B}, on a pA∘pB=pA∩Bp_A\circ p_B=p_{A\cap B} (prop. 5 de IV, p. 275, c)). En particulier, si A et B sont disjointes, les images de pAp_A et de pBp_B sont orthogonales.

Proposition 8 0362

Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} une famille dénombrable de parties universellement mesurables deux à deux disjointes de Sp(uu) et pip_i le projecteur spectral de uu défini par AiA_i. La réunion A des ensembles AiA_i est une partie universellement mesurable de Sp(uu) et la série ∑ipi\sum_ip_i converge vers pAp_A dans L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie de la convergence simple.

L’ensemble A est universellement mesurable d’après INT, IV, p. 177, § 5, no4^o4, cor. 2. La série ∑iφAi\sum_i\varphi_{A_i} converge simplement vers φA\varphi_A et ses sommes partielles sont bornées par 1. L’assertion résulte donc de la prop. 6 de IV, p. 276.

Proposition 9 0363

Soit A une partie fermée de Sp(uu). Soit φA\varphi_A la fonction caractéristique de A et pA=φA(u)p_A=\varphi_A(u) le projecteur spectral de uu défini par A. Notons EAE_A l’image de pAp_A. C’est un sous-espace fermé de E.

a) Le sous-espace EAE_A est l’espace des x∈Ex\in E tels que le support de la mesure spectrale de xx relative à uu est contenu dans A ;

b) Si A est borné dans C\mathbf{C}, alors EAE_A est contenu dans le domaine de uu;

c) Pour tout xx appartenant au domaine de uu, on a pA(x)∈p_A(x)\in dom(uu) et u(pA(x))∈EAu(p_A(x))\in E_A, en particulier u(x)∈EAu(x)\in E_A si x∈x\in dom(uu)∩EA\cap E_A.

Pour xx dans E, on note μx\mu_x la mesure spectrale de xx relative à uu.

Démontrons a). Soit xx un élément de EAE_A. Soient z∈C−z\in \mathbf{C}- A et U un voisinage ouvert relativement compact de zz qui ne rencontre pas A. Pour toute fonction f∈K(C)f\in \mathscr{K}(\mathbf{C}) à support contenu dans U, on a

∫fμx=⟨x∣f(u)x⟩=⟨pA(x)∣f(u)x⟩=∫fμx=0 \int f \mu_x=\langle x|f(u)x\rangle =\langle p_A(x)|f(u)x\rangle =\int f \mu_x= 0

Sp(uu) Sp(uu)∩A\cap A d’après la formule (10). Cela signifie que zz n’appartient pas au support de μx\mu_x. Par conséquent, le support de μx\mu_x est contenu dans A.

Réciproquement, soit x∈Ex\in E tel que le support de μx\mu_x est contenu dans A. Il vient

⟨x∣pA(x)⟩=∫μx=∫μx=⟨x∣x⟩ \langle x|p_A(x)\rangle =\int\mu_x=\int\mu_x=\langle x|x\rangle

Sp(uu)∩A\cap A Sp(uu)

(loc. cit.) donc ∥pA(x)−x∥2=∥pA(x)∥2−∥x∥2⩽0\|p_A(x)-x\|^2=\|p_A(x)\|^2- \|x\|^2\leqslant 0 et par conséquent pA(x)=xp_A(x) =x, c’est-à-dire x∈EAx\in E_A.

L’assertion b) résulte de a) et de la remarque de IV, p. 273.

Démontrons c). Le domaine de uu est l’ensemble des x∈Ex\in E tels que la fonction identique de Sp(uu) appartient à L2\mathscr{L}^2(Sp(uu),μx, \mu_x) ((loc. cit.). Comme μpA(x)=φA⋅μx\mu_{p_A(x)}=\varphi_A\cdot \mu_x pour x∈Ex\in E (cor. de la prop. 5 de IV, p. 275), on a pA(x)∈p_A(x)\in dom(uu) si x∈x\in dom(uu).

Soit x∈x\in dom(uu) et y=pA(x)y=p_A(x); on a y∈y\in dom(uu)∩EA\cap E_A d’après c). La mesure spectrale de u(y)u(y) relative à uu est ∣|IdSp(u)∣2⋅μy(_{Sp(u)}|^2\cdot \mu_y(loc. cit.). Puisque μy\mu_y est à support dans A, il en est de même de μu(y)\mu_{u(y)}, donc u(y)∈EAu(y)\in E_A d’après a).

Corollaire 0364

Soit λ∈\lambda \in Sp(uu). L’image de p{λ}p_{\{\lambda\}} est le sous-espace propre de uu relatif à λ\lambda.

Soit x∈x\in dom(uu). Notons μ\mu (resp. ν\nu ) la mesure spectrale de l’élément xx relative à uu (resp. la mesure spectrale de (x,u(x))(x, u(x)) relative à uu). On a ν=\nu = IdSp(u)⋅μ_{Sp(u)}\cdot \mu (cor. de la prop. 5 de IV, p. 275). Si u(x)=λxu(x) =\lambda x, on a également ν=λμ\nu =\lambda \mu, d’où l’égalité IdSp(u)⋅μ=λμ_{Sp(u)}\cdot \mu=\lambda \mu. Celle-ci implique que le support de μ\mu est contenu dans {λ}(\{\lambda \}(cf. INT, V, p. 46, § 5, no3^o3, cor. 2) et donc xx appartient à l’image de p{λ}p_{\{\lambda\}} (prop. 9, a)).

Réciproquement, supposons que xx appartient à l’image EλE_{\lambda} de p{λ}p_{\{\lambda\}}. Alors xx appartient à dom(uu) et u(x)u(x) appartient aussi à Eλ(E_{\lambda}(loc. cit., b)). Puisque φ{λ}⋅\varphi_{\{\lambda\}}\cdot (IdSp(u)−λ_{Sp(u)}-\lambda ) =0= 0, on a la relation p{λ}∘(u−λ1E)⊂0p_{\{\lambda\}}\circ (u-\lambda 1_E)\subset 0 (prop. 5 de IV, p. 275, c)), d’où 0=p{λ}(u(x))−λp{λ}(x)=u(x)−λx0 =p_{\{\lambda\}}(u(x))-\lambda p_{\{\lambda\}}(x) =u(x)-\lambda x.

Proposition 10 0365

Soit λ∈C\lambda \in \mathbf{C}. On a λ∈\lambda \in Sp(uu) si et seulement si, pour tout voisinage ouvert V de λ\lambda dans C\mathbf{C}, le projecteur spectral pVp_V de uu relatif à V est non nul.

Si λ∉\lambda \notin Sp(uu), alors il existe un voisinage ouvert V de λ\lambda dans C\mathbf{C} qui ne rencontre pas Sp(uu), et alors pV=p∅=0p_V=p_{\emptyset}= 0.

Réciproquement, supposons qu’il existe un voisinage ouvert V de λ\lambda dans C\mathbf{C} tel que pV=0p_V= 0. Soit c>0c >0 tel que le disque de centre λ\lambda et de rayon cc est contenu dans V.

Soit x∈x\in dom(uu) et soit μx\mu_x la mesure spectrale de xx relative à uu. Comme μx(V)=⟨x∣pV(x)⟩=0\mu_x(V) =\langle x|p_V(x)\rangle = 0, on calcule

∫C∣z−λ∣2dμx(z)=∫C−V∣z−λ∣2dμx(z) \int_{\mathbf{C}}|z-\lambda |^2d\mu_x(z) =\int_{\mathbf{C}-V}|z-\lambda |^2d\mu_x(z)
⩾c2∫C−Vdμx(z)=c2∫Cdμx(z)=c2∥x∥2 \geqslant c^2\int_{\mathbf{C}-V}d\mu_x(z) =c^2\int_{\mathbf{C}}d\mu_x(z) =c^2\|x\|^2

Mais, par ailleurs, on a

∥u(x)−λx∥2=∫C∣z−λ∣2dμx(z)=∥u∗(x)−λx∥2 \|u(x)-\lambda x\|^2=\int_{\mathbf{C}}|z-\lambda |^2d\mu_x(z) =\|u^*(x)-\lambda x\|^2

(formule (8), p. 272), d’où ∥u(x)−λx∥⩾c∥x∥\|u(x)-\lambda x\|\geqslant c\|x\| et ∥u∗(x)−λx∥⩾c∥x∥\|u^*(x)-\lambda x\|\geqslant c\|x\|. Il en résulte que λ\lambda appartient à l’ensemble résolvant de uu (lemme 5 de IV, p. 248). Cela conclut la démonstration.

Corollaire 0366

Soient A un ouvert dans C\mathbf{C} et n∈Nn\in \mathbf{N}. Si A contient nn éléments de Sp(uu), alors la dimension de l’image du projecteur spectral pAp_A de uu relatif à A est au moins égale à nn.

Soient λ1,...,λn\lambda_1, . . .,\lambda_n des éléments distincts du spectre de uu appartenant à A. Il existe une famille (Vi)1⩽i⩽n(V_i)_{1\leqslant i\leqslant n} d’ouverts deux à deux disjoints de C\mathbf{C} tels que λi∈Vi\lambda_i\in V_i pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. Soit B l’union des ensembles ViV_i. L’image de pAp_A contient l’image du projecteur spectral pBp_B; comme de plus pBp_B est la somme des projecteurs pVip_{V_i}, et comme l’image de pVip_{V_i} est orthogonale à l’image de pVjp_{V_j} pour tous i≠ji\not =j, le résultat découle de la prop. 10.

5. La formule de Helffer–Sjöstrand

Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe. Nous allons obtenir une formule pour certains cas du calcul fonctionnel d’un opérateur partiel auto-adjoint qui s’exprime directement en fonction de la résolvante de l’opérateur concerné.

On munit R\mathbf{R} (resp. C\mathbf{C}) de la mesure de Lebesgue, notée μ\mu, et on identifie le groupe R\mathbf{R} et son groupe dual par l’application (x,y)↦(x, y)\mapsto exp(2iπxyi\pi xy) ((cf. corollaire 3 de II, p. 236).

Pour toute fonction ff définie et différentiable sur un ouvert U de R2\mathbf{R}^2, identifié à C\mathbf{C}, avec coordonnées réelles xx et yy, on note

∂f∂z=12(∂f∂x+i∂f∂y) \frac{\partial f}{\partial z}=\frac{1}{2}(\frac{\partial f}{\partial x}+i\frac{\partial f}{\partial y})

(cf. VAR, R2, 8.8.10, p. 24).

Lemme 5 0367

Soit f∈D(R)f\in \mathscr{D}(\mathbf{R}). Il existe une fonction f~\widetilde{f} dans D(C)\mathscr{D}(\mathbf{C}) qui coïncide avec ff sur R\mathbf{R} et vérifie

∂f~∂z(x,0)=0(11) \frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(x,0) = 0 \tag{11}

pour tout x∈Rx\in \mathbf{R}. On a alors

∂f~∂y(x,0)=if′(x)(12) \frac{\partial\widetilde{f}}{\partial y}(x,0) =if'(x) \tag{12}

pour tout x∈Rx\in \mathbf{R} et il existe un nombre réel C⩾0C\geqslant 0 tel que

∣∂f~∂z(x,y)∣⩽C∣y∣(13) |\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(x, y)|\leqslant C|y| \tag{13}

pour tout (x,y)∈R2(x, y)\in \mathbf{R}^2.

Il existe φ∈D(R)\varphi \in \mathscr{D}(\mathbf{R}) dont le support est contenu dans [−2,2][-2,2] et qui est égale à 1 sur [−1,1][-1,1] (lemme 1 de IV, p. 196). Posons

f~(x,y)=(f(x)+iyf′(x))φ(y) \widetilde{f}(x, y) =(f(x) +iyf'(x))\varphi (y)

pour (x,y)∈R2(x, y)\in \mathbf{R}^2. On a f~∈D(C)\widetilde{f}\in \mathscr{D}(\mathbf{C}) et f~\widetilde{f} coïncide avec ff sur R\mathbf{R}. De plus, quel que soit (x,y)∈R2(x, y)\in \mathbf{R}^2, il vient

∂f~∂z(x,y)=12((if(x)−yf′(x))φ′(y)+iyf′′(x)φ(y)) \frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(x, y) =\frac{1}{2}((if(x)-yf'(x))\varphi '(y) +iyf''(x)\varphi (y))

Comme la fonction φ\varphi est égale à 1 au voisinage de 0, on a φ′(0)=0\varphi '(0) = 0, d’où (11).

Soit f~\widetilde{f} dans D(C)\mathscr{D}(\mathbf{C}) vérifiant (11). La formule (12) en découle, et la majoration (13) est obtenue à l’aide du théorème des accroissements finis (FVR, I, p. 23, th. 2).

On dit que f~\widetilde{f} est une extension presque analytique de ff.

Lemme 6 0368

Soit ε>0\varepsilon >0. La fonction σε\sigma_{\varepsilon} définie sur R\mathbf{R} par

σε(x)=2iεxx2+ε2 \sigma_{\varepsilon}(x) =\frac{2i\varepsilon x}{x^2 + \varepsilon^2}

appartient à L2(R)L^2(\mathbf{R}). Sa transformée de Fourier est la classe dans L2(R)L^2(\mathbf{R}) de la fonction ηε\eta_{\varepsilon} qui est nulle en 0 et vérifie

ηε(y)=2πεy∣y∣e−2πε∣y∣ \eta_{\varepsilon}(y) =\frac{2\pi \varepsilon y}{|y|}e^{-2\pi \varepsilon|y|}

pour tout y≠0y\not = 0.

On a σε∈L2(R)\sigma_{\varepsilon}\in L^2(\mathbf{R}) d’après la prop. 3 de IV, p. 199, et la classe de la fonction ηε\eta_{\varepsilon} appartient à L2(R)∩L1(R)L^2(\mathbf{R})\cap L^1(\mathbf{R}). Pour tout x∈Rx\in \mathbf{R}, on a

F‾(ηε)(x)=2πε∫R+e2π(ix−ε)ydy−2πε∫R−e2π(ix+ε)ydy \overline{\mathscr{F}}(\eta_{\varepsilon})(x) = 2\pi \varepsilon \int_{\mathbf{R}_+}e^{2\pi(ix-\varepsilon)y}dy-2\pi \varepsilon \int_{\mathbf{R}_-}e^{2\pi(ix+\varepsilon)y}dy
=εε−ix−εε+ix=2iεxx2+ε2 =\frac{\varepsilon}{\varepsilon-ix}-\frac{\varepsilon}{\varepsilon + ix}=\frac{2i\varepsilon x}{x^2 + \varepsilon^2}

d’où F‾(ηε)=σε\overline{\mathscr{F}}(\eta_{\varepsilon}) =\sigma_{\varepsilon}. Le résultat découle alors de la formule d’inversion de Fourier dans L2(R)L^2(\mathbf{R}) (corollaire du théorème 2 de II, p. 220).

Lemme 7 0369

Soit f∈D(R)f\in \mathscr{D}(\mathbf{R}) et soit f~∈D(C)\widetilde{f}\in \mathscr{D}(\mathbf{C}) une extension presque analytique de ff. Pour ε>0\varepsilon >0, définissons fεf_{\varepsilon} sur R\mathbf{R} par

fε(x)=−12iπ∫R(f~(y+iε)y−x+iε−f~(y−iε)y−x−iε)dy f_{\varepsilon}(x) =-\frac{1}{2i\pi}\int_{\mathbf{R}}(\frac{\widetilde{f}(y + i\varepsilon)}{y-x + i\varepsilon}-\frac{\widetilde{f}(y-i\varepsilon)}{y-x-i\varepsilon})dy

Alors fεf_{\varepsilon} est continue et bornée, et fεf_{\varepsilon} converge vers ff dans Cb(R)\mathscr{C}_b(\mathbf{R}) quand ε\varepsilon tend vers 0.

La continuité de fεf_{\varepsilon} est conséquence de INT, IV, p. 144, § 4, no3^o3, cor. 1, puisque f~\widetilde{f} est à support compact. De plus, si rr est tel que le support de f~\widetilde{f} est contenu dans [−r,r]×R[-r, r]\times \mathbf{R}, on a

∣fε(x)∣⩽2∥f~∥∞∫−rr1√(x−y)2+ε2dy⩽4rε∥f~∥∞ |f_{\varepsilon}(x)|\leqslant 2\|\widetilde{f}\|_{\infty}\int_{-r}^r\frac{1}{\surd(x-y)^2 + \varepsilon^2}dy\leqslant \frac{4r}{\varepsilon}\|\widetilde{f}\|_{\infty}

donc fεf_{\varepsilon} est bornée.

Le développement de Taylor à l’ordre 1 (FVR, I, p. 30, prop. 3) et la formule (13) démontrent qu’il existe M⩾0M\geqslant 0 et une fonction ϱ1\varrho_1 sur R2\mathbf{R}^2 tels que

f~(y+iγ)=f(y)+iγf′(y)+γ2ϱ1(y;γ)\widetilde{f}(y+i\gamma ) =f(y) +i\gamma f'(y) +\gamma^2\varrho_1(y;\gamma ), et ∣ϱ1(y;γ)∣⩽M|\varrho_1(y;\gamma )|\leqslant M,

pour tout y∈Ry\in \mathbf{R} et γ∈R\gamma \in \mathbf{R}. Comme l’application y↦f~(y+iγ)y\mapsto \widetilde{f}(y+i\gamma ) est à support contenu dans [−r,r][-r, r] pour tout γ∈R\gamma \in \mathbf{R}, l’application y↦ϱ1(y;γ)y\mapsto \varrho_1(y;\gamma ) est à support contenu dans [−r,r][-r, r], pour tout γ∈R\gamma \in \mathbf{R}.

Soit gεg_{\varepsilon} la fonction définie sur R2\mathbf{R}^2 par

gε(x,y)=f~(y+iε)y−x+iε−f~(y−iε)y−x−iε g_{\varepsilon}(x, y) =\frac{\widetilde{f}(y + i\varepsilon)}{y-x + i\varepsilon}-\frac{\widetilde{f}(y-i\varepsilon)}{y-x-i\varepsilon}

Pour tout (x,y)∈R2(x, y)\in \mathbf{R}^2 et ε>0\varepsilon >0, on obtient

gε(x,y)=−2iε(x−y)2+ε2f(y)+2iε(y−x)(x−y)2+ε2f′(y) g_{\varepsilon}(x, y) =-\frac{2i\varepsilon}{(x-y)^2 + \varepsilon^2}f(y) +\frac{2i\varepsilon(y-x)}{(x-y)^2 + \varepsilon^2}f'(y)
+ε2(ϱ1(y;ε)y−x+iε−ϱ1(y;−ε)y−x−iε) +\varepsilon^2(\frac{\varrho_1(y; \varepsilon)}{y-x + i\varepsilon}-\frac{\varrho_1(y;-\varepsilon)}{y-x-i\varepsilon})

Soient x∈Rx\in \mathbf{R} et ε>0\varepsilon >0. On a

∣ε2∫R(ϱ1(y;ε)y−x+iε−ϱ1(y;−ε)y−x−iε)dy∣⩽2Mε2∫−rrdy√(x−y)2+ε2 |\varepsilon^2\int_{\mathbf{R}}(\frac{\varrho_1(y;\varepsilon)}{y-x + i\varepsilon}-\frac{\varrho_1(y;-\varepsilon)}{y-x-i\varepsilon})dy|\leqslant 2M\varepsilon^2\int_{-r}^r\frac{dy}{\surd(x-y)^2 + \varepsilon^2}
⩽4Mrε \leqslant 4Mr\varepsilon

Par conséquent, pour tout x∈Rx\in \mathbf{R}, il vient

fε(x)=−12iπ∫Rgε(x,y)dy=(f∗δε)(x)−12iπ(f′∗σε)(x)+kε(x) f_{\varepsilon}(x) =-\frac{1}{2i\pi}\int_{\mathbf{R}}g_{\varepsilon}(x, y)dy= (f*\delta_{\varepsilon})(x)-\frac{1}{2i\pi}(f'*\sigma_{\varepsilon})(x) +k_{\varepsilon}(x)

où δε\delta_{\varepsilon} et σε\sigma_{\varepsilon} sont les fonctions sur R\mathbf{R} définies par

δε(x)=1πεx2+ε2,σε(x)=2iεxx2+ε2 \delta_{\varepsilon}(x) =\frac{1}{\pi}\frac{\varepsilon}{x^2 + \varepsilon^2},\sigma_{\varepsilon}(x) =\frac{2i\varepsilon x}{x^2 + \varepsilon^2}

et ∥kε∥∞⩽2Mrε\|k_{\varepsilon}\|_{\infty}\leqslant 2Mr\varepsilon.

La fonction F(f′)∈S(R)\mathscr{F}(f')\in \mathscr{S}(\mathbf{R}) est intégrable (prop. 18 de IV, p. 219 et prop. 13 de IV, p. 213). D’après le lemme 6, il vient

∫R∣F(f′)(y)F(σε)(y)∣dy=2πε∫R∣F(f′)(y)∣e−2πε∣y∣dy \int_{\mathbf{R}}|\mathscr{F}(f')(y)\mathscr{F}(\sigma_{\varepsilon})(y)|dy= 2\pi \varepsilon \int_{\mathbf{R}}|\mathscr{F}(f')(y)|e^{-2\pi \varepsilon|y|}dy
⩽2πε∫R∣F(f′)(y)∣dy \leqslant 2\pi \varepsilon \int_{\mathbf{R}}|\mathscr{F}(f')(y)|dy

donc F(f′)F(σε)\mathscr{F}(f')\mathscr{F}(\sigma_{\varepsilon}) converge vers 0 dans L1(R)L^1(\mathbf{R}) quand ε\varepsilon tend vers 0. Comme f′f' et σε\sigma_{\varepsilon} appartiennent à L2(R)L^2(\mathbf{R}), la prop. 14 de II, p. 223 implique que f′∗σε=F‾(F(f′)F(σε))f'*\sigma_{\varepsilon}=\overline{\mathscr{F}}(\mathscr{F}(f')\mathscr{F}(\sigma_{\varepsilon})) converge vers 0 dans Cb(R)\mathscr{C}_b(\mathbf{R}).

Pour tout ε>0\varepsilon >0, la mesure positive δε⋅dx\delta_{\varepsilon}\cdot dx sur R\mathbf{R} est de masse totale 1 (cf. FVR, III, p. 7). L’ensemble des mesures δε⋅dx\delta_{\varepsilon}\cdot dx pour ε>0\varepsilon >0 et le filtre induit sur cet ensemble par le filtre des voisinages de 0 dans R+∗\mathbf{R}_+^* vérifient les hypothèses du lemme 4 de INT, VIII, p. 137, § 2, no7^o7. Les mesures δε⋅dx\delta_{\varepsilon}\cdot dx convergent donc dans M1(R)\mathscr{M}^1(\mathbf{R}) vers la mesure ponctuelle ε0\varepsilon_0 quand ε\varepsilon tend vers 0. Il vient f∗δε→ff*\delta_{\varepsilon}\rightarrow f dans Cb(R)\mathscr{C}_b(\mathbf{R}) (INT, VIII, p. 163, § 4, no4^o4). Le lemme est démontré.

On note μ\mu la mesure de Lebesgue sur C\mathbf{C}.

Théorème 2 (Helffer–Sjöstrand) 036A

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Soient f∈D(R)f\in \mathscr{D}(\mathbf{R}) et f~∈D(C)\widetilde{f}\in \mathscr{D}(\mathbf{C}) une extension presque analytique de ff. Soit hh l’application de C\mathbf{C} dans L(E)\mathscr{L}(E) définie par

h(λ)=∂f~∂z(λ)R(u,λ) h(\lambda ) =\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(\lambda )R(u, \lambda )

si λ∈C−R\lambda \in \mathbf{C}-\mathbf{R} et h(λ)=0h(\lambda ) = 0 si λ∈R\lambda \in \mathbf{R}. Alors hh est μ\mu-intégrable sur C\mathbf{C} et

f(u)=−1π∫Ch(λ)dμ(λ) f(u) =-\frac{1}{\pi}\int_{\mathbf{C}}h(\lambda )d\mu(\lambda )

L’application hh est mesurable et son support est compact. Comme uu est auto-adjoint, on a ∥R(u,λ)∥⩽∣I(λ)∣−1\|R(u, \lambda )\|\leqslant |\mathscr{I}(\lambda )|^{-1} pour tout λ∈C−R\lambda \in \mathbf{C}-\mathbf{R} (prop. 17 de IV, p. 248). L’application hh est donc bornée d’après la formule (13), et par conséquent elle est intégrable sur C\mathbf{C}.

Soit ε∈R+∗\varepsilon \in \mathbf{R}^*_+. On note Fε+F^+_{\varepsilon} (resp. Fε−F^-_{\varepsilon}) l’ensemble fermé dans C\mathbf{C} des λ∈C\lambda \in \mathbf{C} tels que I(λ)⩾ε\mathscr{I}(\lambda )\geqslant \varepsilon (resp. I(λ)⩽−ε\mathscr{I}(\lambda )\leqslant -\varepsilon ). On a

∫Ch(λ)dμ(λ)=\int_{\mathbf{C}}h(\lambda )d\mu(\lambda ) = limε→0(∫Fε+h(λ)dμ(λ)+∫Fε−h(λ)dμ(λ))_{\varepsilon\rightarrow 0}(\int_{F^+_{\varepsilon}}h(\lambda )d\mu(\lambda ) +\int_{F^-_{\varepsilon}}h(\lambda )d\mu(\lambda )).

Soit r>0r >0 tel que le support de hh est contenu dans C=[−r,r]2C = [-r, r]^2. Notons Rε+R_{\varepsilon}^+ le pavé [−2r,2r]×[ε,2r][-2r,2r]\times [\varepsilon ,2r] dans C\mathbf{C}. C’est une partie localement polyédrale de C\mathbf{C} (VAR, R2, 11.3, p. 48). Elle vérifie les conditions suivantes :

(i) On a Rε+⊂2C∩Fε+R^+_{\varepsilon}\subset 2C\cap F^+_{\varepsilon};

(ii) L’ensemble Rε+R^+_{\varepsilon} contient l’intersection de Fε+F^+_{\varepsilon} et du support de hh;

(iii) Le bord régulier ∂Rε+\partial R^+_{\varepsilon} (VAR, R2, 11.3.2, p. 49) contient le segment Sε=[−r,r]+iε⊂CS_{\varepsilon}= [-r, r] +i\varepsilon \subset \mathbf{C};

(iv) On a h(λ)=0h(\lambda ) = 0 si λ∈∂Rε+−Sε\lambda \in \partial R_{\varepsilon}^+-S_{\varepsilon}.

Notons dλd\lambda (resp. dλd\lambda ) la forme différentielle de degré 1 sur C\mathbf{C} différentielle de l’application identité de C\mathbf{C} (resp. de la conjugaison complexe). Notons gg la fonction sur C−R\mathbf{C}-\mathbf{R} à valeurs dans L(E)\mathscr{L}(E) telle que g(λ)=f~(λ)R(u,λ)g(\lambda ) =\widetilde{f}(\lambda )R(u, \lambda ) pour λ∈C−R\lambda \in \mathbf{C}-\mathbf{R}. Soit ω=gdλ\omega =g d\lambda; c’est une forme différentielle de degré 1 sur C−R\mathbf{C}-\mathbf{R}, à support compact et à valeurs dans L(E)\mathscr{L}(E). Puisque la résolvante de uu est holomorphe (prop. 14 de IV, p. 246), on a

dω=(∂f~∂z(λ)R(u,λ)+f~(λ)∂∂zR(u,λ))dλ∧dλ=−h(λ)dλ∧dλ d\omega =(\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(\lambda )R(u, \lambda ) +\widetilde{f}(\lambda )\frac{\partial}{\partial z}R(u, \lambda ))d\lambda \wedge d\lambda =-h(\lambda )d\lambda \wedge d\lambda

La mesure vectorielle associée à dωd\omega (VAR, R2, 10.4.3, p. 43) est la mesure de densité −2ih-2ih par rapport à la mesure de Lebesgue. En appliquant la formule de Stokes à l’ensemble localement polyédral Rε+R_{\varepsilon}^+ et à la forme différentielle ω\omega (VAR, R2, 11.3.4, p. 49), on obtient donc

i2∫Rε+dω=i2∫∂Rε+ω=i2∫Sεω=i2∫−rrf~(y+iε)R(u,y+iε)dy \frac{i}{2}\int_{R^+_{\varepsilon}}d\omega =\frac{i}{2}\int_{\partial R^+_{\varepsilon}}\omega =\frac{i}{2}\int_{S_{\varepsilon}}\omega =\frac{i}{2}\int_{-r}^r\widetilde{f}(y+i\varepsilon )R(u, y+i\varepsilon )dy

d’où

∫Fε+h(λ)dμ(λ)=−i2∫Rf~(y+iε)R(u,y+iε)dy \int_{F^+_{\varepsilon}}h(\lambda )d\mu(\lambda ) =-\frac{i}{2}\int_{\mathbf{R}}\widetilde{f}(y+i\varepsilon )R(u, y+i\varepsilon )dy

En raisonnant de même pour Fε−F^-_{\varepsilon}, on obtient

∫Fε−h(λ)dμ(λ)=−i2∫Rf~(y−iε)R(u,y−iε)dy \int_{F^-_{\varepsilon}}h(\lambda )d\mu(\lambda ) =-\frac{i}{2}\int_{\mathbf{R}}\widetilde{f}(y-i\varepsilon )R(u, y-i\varepsilon )dy

et on conclut que l’intégrale de hh sur C\mathbf{C} est la limite quand ε→0\varepsilon \rightarrow 0 de

vε=i2∫R(f~(y+iε)R(u,y+iε)−f~(y−iε)R(u,y−iε))dy v_{\varepsilon}=\frac{i}{2}\int_{\mathbf{R}}(\widetilde{f}(y+i\varepsilon )R(u, y+i\varepsilon )-\widetilde{f}(y-i\varepsilon )R(u, y-i\varepsilon ))dy

D’après la prop. 7, on a vε=πfε(u)v_{\varepsilon}=\pi f_{\varepsilon}(u), où fεf_{\varepsilon} est la fonction définie sur R\mathbf{R} par

fε(x)=−12iπ∫R(f~(y+iε)y−x+iε−f~(y−iε)y−x−iε)dy f_{\varepsilon}(x) =-\frac{1}{2i\pi}\int_{\mathbf{R}}(\frac{\widetilde{f}(y + i\varepsilon)}{y-x + i\varepsilon}-\frac{\widetilde{f}(y-i\varepsilon)}{y-x-i\varepsilon})dy

Comme fε→ff_{\varepsilon}\rightarrow f quand ε→0\varepsilon \rightarrow 0 dans Cb(R)\mathscr{C}_b(\mathbf{R}) (lemme 7), l’endomorphisme vε=πfε(u)v_{\varepsilon}=\pi f_{\varepsilon}(u) converge vers πf(u)\pi f(u) dans L(E)\mathscr{L}(E) (prop. 5 de IV, p. 275). Le théorème est démontré.

6. Topologies résolvantes et continuité du calcul fonctionnel

Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe. Rappelons qu’on note A(E)\mathscr{A}(E) l’ensemble des opérateurs partiels auto-adjoints sur E. On va étendre à A(E)\mathscr{A}(E) les propriétés de continuité du numéro 8 de IV, p. 194.

Définition 6 036B

Soit T\mathscr{T} une topologie localement convexe sur L(E)\mathscr{L}(E). La topologie T\mathscr{T} -résolvante sur A(E)\mathscr{A}(E) est la topologie la moins fine telle que les applications u↦R(u,λ)u\mapsto R(u, \lambda ) de A(E)\mathscr{A}(E) dans L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie T\mathscr{T} sont continues pour tout λ∈C−R\lambda \in \mathbf{C}-\mathbf{R}.

Proposition 11 036C

Soit T\mathscr{T} une topologie localement convexe sur L(E)\mathscr{L}(E) qui est moins fine que la topologie d’espace de Banach de L(E)\mathscr{L}(E).

a) Soit f∈C0(R)f\in \mathscr{C}_0(\mathbf{R}). Pour toute suite (un)n∈N(u_n)_{n\in\mathbf{N}} dans A(E)\mathscr{A}(E) qui converge vers uu pour la topologie T\mathscr{T} -résolvante, la suite (f(un))n∈N(f(u_n))_{n\in\mathbf{N}} converge vers f(u)f(u) dans l’espace L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie T\mathscr{T};

b) Supposons que tout u∈A(E)u\in \mathscr{A}(E) admet un système fondamental dénombrable de voisinages pour la topologie T\mathscr{T} -résolvante. L’application de C0(R)×A(E)\mathscr{C}_0(\mathbf{R})\times \mathscr{A}(E) dans l’espace L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie T\mathscr{T} définie par (f,u)↦f(u)(f, u)\mapsto f(u) est continue.

Démontrons a). La topologie T\mathscr{T} sur L(E)\mathscr{L}(E) est la borne supérieure des topologies définies par les semi-normes continues pour la topologie T\mathscr{T} (EVT, II, p. 26, cor. et rem. suivante). Il suffit donc de prouver que pour toute semi-norme pp sur L(E)\mathscr{L}(E) qui est continue pour la topologie T\mathscr{T}, la suite p(f(un)−f(u))p(f(u_n)-f(u)) converge vers 0 (TG, I, p. 51, prop. 10).

Soit pp une telle semi-norme. Notons L(E)p\mathscr{L}(E)_p l’espace de Banach séparé complété de l’espace L(E)\mathscr{L}(E) muni de la semi-norme pp, et notons ϖ\varpi l’application canonique de L(E)\mathscr{L}(E) dans L(E)p\mathscr{L}(E)_p; elle est continue, et on a p(u)=∥ϖ(u)∥pp(u) =\|\varpi (u)\|_p pour tout u∈Lu\in \mathscr{L} (E), où la norme est celle de l’espace L(E)p\mathscr{L}(E)_p.

Comme T\mathscr{T} est moins fine que la topologie d’espace de Banach de L\mathscr{L} (E), il existe c⩾0c\geqslant 0 tel que p(u)⩽c∥u∥p(u)\leqslant c\|u\| pour tout u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E).

Supposons d’abord que f∈D(R)f\in \mathscr{D}(\mathbf{R}). Soit f~\widetilde{f} une extension presque analytique de ff. Notons μ\mu la mesure de Lebesgue sur C\mathbf{C}. D’après la formule de Helffer–Sjöstrand (th. 2 de IV, p. 284), on a

ϖ(f(un))=−1π∫C∂f~∂z(λ)ϖ(R(un,λ))dμ(λ)(14) \varpi (f(u_n)) =-\frac{1}{\pi}\int_{\mathbf{C}}\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(\lambda )\varpi (R(u_n, \lambda ))d\mu(\lambda ) \tag{14}

pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}.

Soit λ∈C−R\lambda \in \mathbf{C}-\mathbf{R}. Par hypothèse, la suite des résolvantes R(un,λ)R(u_n, \lambda ) converge vers R(u,λ)R(u, \lambda ) dans L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie T\mathscr{T}, donc la suite (ϖ(R(un,λ)))n(\varpi (R(u_n, \lambda )))_n converge vers ϖ(R(u,λ))\varpi (R(u, \lambda )) dans l’espace de Banach L(E)p\mathscr{L}(E)_p.

Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on a

∥∂f~∂z(λ)R(un,λ)∥⩽∣1I(λ)∂f~∂z(λ)∣ \|\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(\lambda )R(u_n, \lambda )\|\leqslant |\frac{1}{\mathscr{I} (\lambda)}\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(\lambda )|

(prop. 17 de IV, p. 248) donc

∥∂f~∂z(λ)ϖ(R(un,λ))∥p⩽c∣1I(λ)∂f~∂z(λ)∣ \|\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(\lambda )\varpi (R(u_n, \lambda ))\|_p\leqslant c|\frac{1}{\mathscr{I} (\lambda)}\frac{\partial\widetilde{f}}{\partial z}(\lambda )|

La majoration (13) de IV, p. 281 démontre que le membre de droite de cette inégalité est une fonction bornée pour λ∈C−R\lambda \in \mathbf{C}-\mathbf{R}; elle est intégrable sur C\mathbf{C} puisque f~\widetilde{f} est à support compact. On déduit du théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6) et de la formule de Helffer–Sjöstrand appliquée à ff que ϖ(f(un))\varpi (f(u_n)) converge vers ϖ(f(u))\varpi (f(u)), donc p(f(un)−f(u))p(f(u_n)-f(u)) tend vers 0.

Supposons maintenant que f∈C0(R)f\in \mathscr{C}_0(\mathbf{R}). Soit ε>0\varepsilon >0. Il existe une fonction fεf_{\varepsilon} dans D(R)\mathscr{D}(\mathbf{R}) telle que ∥fε−f∥∞⩽ε(\|f_{\varepsilon}-f\|_{\infty}\leqslant \varepsilon (cf. prop. 4, a) de IV, p. 202 et INT, III, p. 45, § 1, no2^o2, prop. 3). D’après la prop. 5, c) de IV, p. 275, on a alors ∥f(u)−fε(u)∥⩽ε\|f(u)-f_{\varepsilon}(u)\|\leqslant \varepsilon et ∥f(un)−fε(un)∥⩽ε\|f(u_n)-f_{\varepsilon}(u_n)\|\leqslant \varepsilon pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}. Par conséquent, il vient

p(f(un)−f(u))⩽2cε+p(fε(un)−fε(u)) p(f(u_n)-f(u))\leqslant 2c\varepsilon +p(f_{\varepsilon}(u_n)-f_{\varepsilon}(u))

pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}. Puisque fε∈D(R)f_{\varepsilon}\in \mathscr{D}(\mathbf{R}), la suite (p(fε(un)−fε(u)))n∈N(p(f_{\varepsilon}(u_n)-f_{\varepsilon}(u)))_{n\in\mathbf{N}} converge vers 0 d’après le cas précédent, et donc p(f(un)−f(u))p(f(u_n)-f(u)) converge vers 0. Cela conclut la preuve de a).

Démontrons l’assertion b). Sous l’hypothèse concernant T\mathscr{T}, il résulte de TG, IX, p. 17, prop. 10 et remarque suivante, et de l’assertion a), que l’application u↦f(u)u\mapsto f(u) de A(E)\mathscr{A}(E) dans L(E)\mathscr{L}(E) est continue lorsque f∈C0(R)f\in \mathscr{C}_0(\mathbf{R}). Comme les applications f↦f(u)f\mapsto f(u) de C0(R)\mathscr{C}_0(\mathbf{R}) dans L(E)\mathscr{L}(E) sont continues de norme ⩽1\leqslant 1 pour tout u∈A(E)u\in \mathscr{A}(E) (prop. 5, c) de IV, p. 275), l’assertion b) se déduit de TG, X, p. 13, cor. 3.

Exemple 1 036D

Soit S\mathfrak{S} un ensemble de parties bornées de E. La S\mathfrak{S}-topologie sur L(E)\mathscr{L}(E) (EVT, III, p. 13) est une topologie localement convexe moins fine que la topologie d’espace de Banach de L(E)\mathscr{L}(E).

Exemple 2 036E

Soit Tb\mathscr{T}_b la topologie d’espace de Banach de L(E)\mathscr{L}(E). Pour la topologie Tb\mathscr{T}_b-résolvante, tout u∈A(E)u\in \mathscr{A}(E) admet un système fondamental dénombrable de voisinages.

En effet, il suffit de démontrer que pour tout λ∈\lambda \in C-R et tout ε>0\varepsilon >0, il existe λ′∈Q+iQ∗\lambda '\in \mathbf{Q}+i\mathbf{Q}^* et un entier n⩾1n\geqslant 1 tels que tout opérateur partiel v∈A(E)v\in \mathscr{A}(E) vérifiant ∥R(v,λ′)−R(u,λ′)∥<1/n\|R(v, \lambda ')-R(u, \lambda ')\|<1/n vérifie aussi la condition ∥R(v,λ)−R(u,λ)∥<ε\|R(v, \lambda )-R(u, \lambda )\|< \varepsilon; en écrivant

∥R(v,λ)−R(u,λ)∥⩽∥R(v,λ)−R(v,λ′)∥ \|R(v, \lambda )-R(u, \lambda )\|\leqslant \|R(v, \lambda )-R(v, \lambda ')\|
+∥R(v,λ′)−R(u,λ′)∥+∥R(u,λ′)−R(u,λ)∥ +\|R(v, \lambda ')-R(u, \lambda ')\|+\|R(u, \lambda ')-R(u, \lambda )\|

cette propriété résulte de la formule (8) de IV, p. 245, des estimées de la proposition 17 de IV, p. 248 et du fait que Q+iQ∗\mathbf{Q}+i\mathbf{Q}^* est partout dense dans C−R\mathbf{C}-\mathbf{R}.

La conclusion de la proposition n’est pas valide en général si C0(R)\mathscr{C}_0(\mathbf{R}) est remplacé par Cb(R)\mathscr{C}_b(\mathbf{R}) (exercice 29 de IV, p. 366, e)). Néanmoins, on a le résultat suivant.

Corollaire 036F

Soit Ts\mathscr{T}_s la topologie de la convergence simple de L(E)\mathscr{L}(E). Soit f∈Cb(R)f\in \mathscr{C}_b(\mathbf{R}). Pour toute suite (un)n∈N(u_n)_{n\in\mathbf{N}} dans A(E)\mathscr{A}(E) qui converge vers uu pour la topologie Ts\mathscr{T}_s-résolvante, la suite (f(un))n∈N(f(u_n))_{n\in\mathbf{N}} converge vers f(u)f(u) dans L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie Ts\mathscr{T}_s.

Soit (un)(u_n) une suite dans A(E)\mathscr{A}(E) qui converge vers uu pour la topologie Ts\mathscr{T}_s-résolvante. Soit x∈Ex\in E et soit ε>0\varepsilon >0.

Pour tout entier N∈NN\in \mathbf{N}, soit φN∈K(R)\varphi_N\in \mathscr{K}(\mathbf{R}) une fonction à support contenu dans [−(N+1),N+1][-(N + 1),N + 1] telle que 0⩽φN⩽10\leqslant \varphi_N\leqslant 1 et φN(t)=1\varphi_N(t) = 1 pour tout t∈[−N,N]t\in [-N,N]. Les fonctions φN\varphi_N convergent simplement vers 1 quand N tend vers l’infini, et vérifient ∣φN∣⩽1|\varphi_N|\leqslant 1, donc la prop. 6 de IV, p. 276 implique qu’il existe N∈NN\in \mathbf{N} tel que ∥φN(u)x−x∥⩽ε\|\varphi_N(u)x-x\|\leqslant \varepsilon. Posons fN=fφNf_N=f \varphi_N.

Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on a

∥f(un)x−f(u)x∥⩽∥f(un)x−fN(un)x∥+(15) \|f(u_n)x-f(u)x\|\leqslant \|f(u_n)x-f_N(u_n)x\|+ \tag{15}
∥fN(un)x−fN(u)x∥+∥fN(u)x−f(u)x∥ \|f_N(u_n)x-f_N(u)x\|+\|f_N(u)x-f(u)x\|

Pour tout v∈Av\in \mathscr{A} (E), on a

∥f(v)x−fN(v)x∥=∥(f(1−φN))(v)x∥ \|f(v)x-f_N(v)x\|=\|(f(1-\varphi_N))(v)x\|
⩽∥f(v)∥∥x−φN(v)x∥⩽∥f∥∞∥x−φN(v)x∥ \leqslant \|f(v)\| \|x-\varphi_N(v)x\|\leqslant \|f\|_{\infty}\|x-\varphi_N(v)x\|

(prop. 5, c) de IV, p. 275). Comme φN∈C0(R)\varphi_N\in \mathscr{C}_0(\mathbf{R}), l’assertion a) de la prop. 11 appliquée à la topologie Ts\mathscr{T}_s-résolvante implique que φN(un)x\varphi_N(u_n)x converge vers φN(u)x\varphi_N(u)x quand n→+∞n\rightarrow +\infty. Par conséquent, pour tout nn assez grand, on a

∥x−φN(un)x∥⩽∥x−φN(u)x∥+ε∥x∥⩽(1+∥x∥)ε \|x-\varphi_N(u_n)x\|\leqslant \|x-\varphi_N(u)x\|+\varepsilon \|x\|\leqslant (1 +\|x\|)\varepsilon

L’inégalité (15) devient alors

∥f(un)x−f(u)x∥⩽∥f∥∞(2+∥x∥)ε+∥fN(un)x−fN(u)x∥ \|f(u_n)x-f(u)x\|\leqslant \|f\|_{\infty}(2 +\|x\|)\varepsilon +\|f_N(u_n)x-f_N(u)x\|

pour tout nn assez grand. On conclut la démonstration par le truchement de l’assertion a) de loc. cit., appliquée à la fonction fN∈C0(R)f_N\in \mathscr{C}_0(\mathbf{R}) et à la topologie Ts\mathscr{T}_s-résolvante.

7. Décomposition polaire

Lemme 8 036G

Soit E un espace vectoriel topologique séparé. Soient (E1,∥⋅∥1)(E_1,\|\cdot \|_1) et (E2,∥⋅∥2)(E_2,\|\cdot \|_2) des sous-espaces denses de E munis de structures hilbertiennes telles que les injections canoniques de E1E_1 et E2E_2 dans E sont continues. Soit F un sous-espace de E1∩E2E_1\cap E_2, dense dans E1E_1 et E2E_2 pour ces structures hilbertiennes. Si ∥x∥1=∥x∥2\|x\|_1=\|x\|_2 pour tout x∈Fx\in F, alors E1=E2E_1= E_2 et ∥⋅∥1=∥⋅∥2\|\cdot \|_1=\|\cdot \|_2.

Soit x∈E1x\in E_1. Il existe une suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} dans F telle que xnx_n converge vers xx dans l’espace hilbertien E1E_1. Puisque ∥xn−xm∥2=∥xn−xm∥1\|x_n-x_m\|_2=\|x_n-x_m\|_1 pour tous entiers nn et mm, la suite (xn)(x_n) est une suite de Cauchy dans E2E_2. Soit yy sa limite. On a ∥y∥2=\|y\|_2= lim∥xn∥2=∥x∥1\|x_n\|_2=\|x\|_1. Puisque les injections canoniques de E1E_1 et E2E_2 dans E sont continues, on a xn→xx_n\rightarrow x dans E et de même xn→yx_n\rightarrow y dans E. Ainsi, il vient x=yx=y et ∥x∥1=∥x∥2\|x\|_1=\|x\|_2; en particulier, E1⊂E2E_1\subset E_2. On conclut par symétrie.

Soit E un espace hilbertien complexe. Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint et positif sur E. Pour tout α∈R+\alpha \in \mathbf{R}_+, on pose uα=f(u)u^{\alpha}=f(u), où ff est l’application continue x↦xαx\mapsto x^{\alpha} de R+\mathbf{R}_+ dans R\mathbf{R}. C’est un opérateur partiel auto-adjoint et positif (cor. 1, a) de IV, p. 273). Lorsque u∈Lu\in \mathscr{L} (E), cette notation est compatible avec la notation relative à l’algèbre stellaire L(E)(\mathscr{L}(E) (cf. prop. 16 de I, p. 118). Si α\alpha est un entier positif, l’opérateur partiel uαu^{\alpha} coïncide avec l’opérateur partiel défini par la composition u∘⋯∘uu\circ \cdots \circ u (cor. 1, b) de IV, p. 273).

Soit β∈R+\beta \in \mathbf{R}_+. On a uαβ=(uα)βu^{\alpha \beta}= (u^{\alpha})^{\beta} (cor. 4 de IV, p. 274). En particulier, si α>0\alpha >0, alors l’opérateur partiel u1/αu^{1/\alpha} est l’unique opérateur partiel auto-adjoint positif vv sur E tel que vα=uv^{\alpha}=u.

Supposons que 0⩽α⩽β0\leqslant \alpha \leqslant \beta. On a alors dom(uβu^{\beta})⊂\subset dom(uαu^{\alpha}) :: en effet, pour tout nombre réel x⩾0x\geqslant 0, on a xα⩽1+xβx^{\alpha}\leqslant 1 +x^{\beta}, et le résultat découle alors de la définition du domaine de uα(u^{\alpha}(cf. prop. 3 de IV, p. 271).

Soit uu un opérateur fermé à domaine dense de E dans un espace hilbertien complexe F. L’opérateur partiel u∗uu^*u est auto-adjoint et positif (prop. 12 de IV, p. 241). On note ∣u∣=(u∗u)1/2|u|= (u^*u)^{1/2}.

Proposition 12 036H

Soit uu un opérateur fermé à domaine dense de E dans un espace hilbertien complexe F.

a) Le domaine de l’opérateur partiel auto-adjoint positif ∣u∣|u| coïncide avec le domaine de uu;

b) Il existe une unique application linéaire partiellement isométrique jj de E dans F telle que u=j∣u∣u=j|u| et Ker(jj) == Ker(uu);

c) Soient u1u_1 un opérateur auto-adjoint positif sur E et j1j_1 une application linéaire partiellement isométrique de E dans F telle que u=j1u1u=j_1u_1 et Ker(j1j_1) == Ker(u1u_1). On a alors u1=∣u∣u_1=|u| et j1=jj_1=j.

Le domaine de u∗uu^*u est contenu dans dom(uu) et dans dom(∣u∣|u|). Il est dense dans les espaces hilbertiens Eu(E_u(loc. cit.) et E∣u∣E_{|u|} (cor. 1, e) de IV, p. 273) et, pour tout x∈x\in dom(u∗uu^*u), on a

∥x∥u2=∥x∥2+⟨u(x)∣u(x)⟩=∥x∥2+⟨x∣(u∗u)(x)⟩(16) \|x\|^2_u=\|x\|^2+\langle u(x)|u(x)\rangle =\|x\|^2+\langle x|(u^*u)(x)\rangle \tag{16}
=∥x∥2+⟨∣u∣(x)∣∣u∣(x)⟩=∥x∥∣u∣2 =\|x\|^2+\langle |u|(x)| |u|(x)\rangle =\|x\|^2_{|u|}

Par conséquent, les espaces hilbertiens EuE_u et E∣u∣E_{|u|} sont égaux (lemme 8), donc dom(uu) == dom(∣u∣|u|) et ∥u(x)∥\|u(x)\| = ∥∣u∣(x)∥\||u|(x)\| pour tout x∈x\in dom(uu).

La formule (16) implique que Ker(uu) == Ker(∣u∣|u|) et qu’il existe une unique application linéaire isométrique vv de Im(∣u∣|u|) sur Im(uu) qui vérifie v(∣u∣(x))=u(x)v(|u|(x)) =u(x) pour tout x∈x\in dom(∣u∣|u|). Puisque ∣u∣|u| est auto-adjoint, on a Im(∣u∣|u|)∘=^{\circ}= Ker(∣u∣|u|) (prop. 7, c) de IV, p. 236). Il existe donc une unique isométrie partielle jj de E dans F qui prolonge vv et s’annule sur Ker(∣u∣|u|) == Ker(uu). Comme E = Ker(uu)⊕\oplus Im(∣u∣|u|), cette application est l’unique application partiellement isométrique telle que u=j∣u∣u=j|u| et Ker(jj) == Ker(uu).

Démontrons c). On a u1j1∗j1u1⊂(j1u1)∗j1u1=u∗uu_1j_1^*j_1u_1\subset (j_1u_1)^*j_1u_1=u^*u. L’application linéaire j1∗j1j_1^*j_1 est l’orthoprojecteur de noyau Ker(j1j_1) == Ker(u1u_1) (EVT, V, p. 41, prop. 5 (ii)) et donc d’image Ker(u1u_1)∘=^{\circ}= Im(u1u_1) (prop. 7, c) de IV, p. 236). Par conséquent, u12⊂u∗uu^2_1\subset u^*u, d’où u12=u∗uu^2_1=u^*u puisque ces deux opérateurs sont auto-adjoints. Ainsi, il vient u1=(u∗u)1/2u_1= (u^*u)^{1/2}, et l’assertion d’unicité de b) démontre finalement que j1=jj_1=j.

Définition 7 036I

Soit uu un opérateur fermé à domaine dense de E dans un espace hilbertien complexe F. Le couple (j,∣u∣)(j,|u|) déterminé par la prop. 12 est appelé la décomposition polaire de uu.

Supposons que u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). Sa décomposition polaire au sens de cette définition coïncide avec celle de la définition 4 de I, p. 140.

8. Opérateurs auto-adjoints définis par une forme hermitienne partielle positive

Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe.

Définition 8 036J

Soit D un sous-espace vectoriel de E. Une forme hermitienne partielle sur E de domaine D, est une correspondance q=(Γ,E×E,C)q= (\Gamma ,E\times E,\mathbf{C}) dont le domaine de définition est D×DD\times D, dont le graphe Γ est fonctionnel, et telle que l’application de D×DD\times D dans C\mathbf{C} définie par Γ est une forme hermitienne. On note dom(qq) =D= D.

On dit que qq est une forme partielle positive si la forme hermitienne qu’elle définie est positive.

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Pour tous les éléments xx et yy de E, on note μx,y\mu_{x,y} (resp. μx\mu_x) la mesure spectrale de (x,y)(x, y) (resp. de xx) relative à uu.

Soit (j,∣u∣)(j,|u|) la décomposition polaire de uu (déf. 7 de IV, p. 290). Notons D′D' le domaine de ∣u∣1/2|u|^{1/2}. Par définition, c’est l’espace des x∈Ex\in E tels que la fonction z↦∣z∣z\mapsto |z| est intégrable sur Sp(uu) par rapport à la mesure μx\mu_x. Il contient dom(uu).

Soit (x,y)∈D′×D′(x, y)\in D'\times D'. La fonction identique de Sp(uu) est intégrable par rapport à la mesure μx,y\mu_{x,y} (prop. 4, b) de IV, p. 271) ; on pose

qu(x,y)=∫tdμx,y(t) q_u(x, y) =\int t d\mu_{x,y}(t)

Sp(uu)

Si y∈y\in dom(uu), on a qu(x,y)=⟨x∣u(y)⟩q_u(x, y) =\langle x|u(y)\rangle d’après la formule (6) de IV, p. 271. L’application quq_u est une forme hermitienne sur D′D'. Elle définit une forme hermitienne partielle sur E, dite associée à uu. Si l’opérateur uu est positif, alors la forme quq_u est une forme hermitienne partielle positive.

Définition 9 036K

Soit qq une forme hermitienne partielle positive sur E. On note EqE_q l’espace préhilbertien séparé dom(qq) muni du produit scalaire

(x∣y)q=⟨x∣y⟩+q(x,y) (x|y)_q=\langle x|y\rangle +q(x, y)

On note ∥x∥q\|x\|_q la norme de x∈Eqx\in E_q. On dit que la forme qq est fermée si EqE_q est un espace hilbertien.

Proposition 13 036L

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint positif sur E. Soit quq_u la forme partielle positive associée à uu.

a) Le domaine de quq_u est le domaine de u1/2u^{1/2}, et pour tous xx et yy dans dom(u1/2u^{1/2}), on a qu(x,y)=⟨u1/2(x)∣u1/2(y)⟩q_u(x, y) =\langle u^{1/2}(x)|u^{1/2}(y)\rangle;

b) La forme partielle positive quq_u est fermée. Le domaine de uu est un cœur pour quq_u.

Puisque uu est positif, on a ∣u∣=u|u|=u. Le domaine dom(∣u∣1/2|u|^{1/2}) de quq_u coïncide donc avec dom(u1/2u^{1/2}) et on a

qu(x,y)=∫tdμx,y(t)=∫t1/2⋅t1/2dμx,y(t) q_u(x, y) =\int t d\mu_{x,y}(t) =\int t^{1/2}\cdot t^{1/2}d\mu_{x,y}(t)

Sp(uu) Sp(uu)

=⟨u1/2(x)∣u1/2(y)⟩ =\langle u^{1/2}(x)|u^{1/2}(y)\rangle

pour xx et yy dans dom(quq_u) (prop. 4, b) de IV, p. 271). Cela démontre l’assertion a).

Par ailleurs, l’espace préhilbertien EquE_{q_u} coïncide alors avec l’espace préhilbertien Eu1/2E_{u^{1/2}} associé à u1/2u^{1/2} (déf. 4 de IV, p. 230). Puisque u1/2u^{1/2} est un opérateur partiel fermé, cet espace est un espace hilbertien (prop. 4 de IV, p. 230) et dom(uu) est dense dans Eu1/2E_{u^{1/2}} d’après l’assertion e) du cor. 1 de IV, p. 273.

Soit qq une forme hermitienne partielle sur E de domaine D dense dans E. Pour y∈Dy\in D, notons λy\lambda_y la forme linéaire x↦q(y,x)x\mapsto q(y, x) sur D. On note D~\widetilde{D} l’ensemble des y∈Dy\in D tels que la forme linéaire λy\lambda_y est continue sur D.

Soit y∈D~y\in \widetilde{D}. Puisque D est dense dans E, il existe une unique forme linéaire continue sur E qui prolonge λy\lambda_y. On la note encore λy\lambda_y. Il existe un unique élément u(y)u(y) dans E tel que λy(x)=⟨u(y)∣x⟩\lambda_y(x) =\langle u(y)|x\rangle pour tout x∈Ex\in E (EVT, V, p. 15, th. 3). L’application y↦u(y)y\mapsto u(y) est linéaire de D~\widetilde{D} dans E ; on dit que l’opérateur partiel uu sur E de domaine D~\widetilde{D} est l’opérateur partiel représentant qq. On a donc

q(x,y)=⟨x∣u(y)⟩ q(x, y) =\langle x|u(y)\rangle

pour y∈y\in dom(uu) et x∈Dx\in D.

Remarque 036M

Soient qq une forme partielle positive fermée et q′q' une forme hermitienne positive continue sur E. La forme hermitienne positive définie sur dom(qq) par (x,y)↦q(x,y)+q′(x,y)(x, y)\mapsto q(x, y) +q'(x, y) est une forme hermitienne partielle positive fermée de même domaine que qq. On la note q+q′q+q'.

D’après EVT, V, p. 16, cor. 2, il existe une unique application linéaire u′∈L(E)u'\in \mathscr{L}(E) telle que q′(x,y)=⟨x∣u′(y)⟩q'(x, y) =\langle x|u'(y)\rangle pour tout (x,y)∈E×E(x, y)\in E\times E. L’endomorphisme u′u' est positif et l’opérateur partiel représentant la forme hermitienne partielle positive fermée q+q′q+q' est u+u′u+u'.

Proposition 14 036N

Soient qq une forme positive partielle fermée à domaine dense sur E et uu l’opérateur partiel représentant qq.

a) Le domaine de uu est dense dans l’espace hilbertien EqE_q;

b) L’opérateur partiel uu est auto-adjoint et positif.

Puisque qq est fermée, l’espace préhilbertien EqE_q de la définition 9 est un espace hilbertien.

Démontrons que l’opérateur partiel u+1Eu+ 1_E de domaine dom(uu) est bijectif. Comme

⟨x∣(u+1E)(x)⟩=q(x,x)+∥x∥2⩾∥x∥2 \langle x|(u+ 1_E)(x)\rangle =q(x, x) +\|x\|^2\geqslant \|x\|^2

pour tout x∈x\in dom(uu), cet opérateur partiel est injectif.

Soit y∈Ey\in E. La forme linéaire sur EqE_q définie par x↦⟨y∣x⟩x\mapsto \langle y|x\rangle est continue puisque ∥x∥⩽∥x∥q\|x\|\leqslant \|x\|_q. Il existe donc y′∈Eqy'\in E_q tel que

⟨y∣x⟩=(y′∣x)q=⟨y′∣x⟩+q(y′,x) \langle y|x\rangle = (y'|x)_q=\langle y'|x\rangle +q(y', x)

pour tout x∈Eqx\in E_q (EVT, V, p. 15, th. 3). Par définition, cela signifie que y′y' appartient au domaine de l’opérateur partiel u~\widetilde{u} représentant la forme partielle (x,y)↦(x∣y)q(x, y)\mapsto (x|y)_q de domaine dom(qq), et que u~(y′)=y\widetilde{u}(y') =y. Comme u~=u+1E\widetilde{u}=u+ 1_E d’après la remarque ci-dessus, on en déduit que l’opérateur partiel u+1Eu+ 1_E est également surjectif, donc bijectif.

Démontrons que le domaine de uu est dense dans EqE_q. Soit y∈Eqy\in E_q orthogonal à dom(uu) dans EqE_q. Il existe y′∈y'\in dom(uu) tel que u(y′)+y′=yu(y')+y'=y. On a alors

0=(y∣y′)q=⟨y∣y′⟩+q(y,y′)=⟨y∣y′+u(y′)⟩=∥y∥2 0 = (y|y')_q=\langle y|y'\rangle +q(y, y') =\langle y|y'+u(y')\rangle =\|y\|^2

donc y=0y= 0. L’assertion a) est donc démontrée.

Puisque dom(qq) est dense dans E et que ∥x∥⩽∥x∥q\|x\|\leqslant \|x\|_q pour tout x∈x\in dom(qq), l’assertion a) implique que dom(uu) est dense dans E. Comme la forme qq est hermitienne (resp. positive), pour tous xx et yy dans dom(uu), on a

⟨y∣u(x)⟩=q(y,x)=q(x,y)=⟨x∣u(y)⟩‾=⟨u(y)∣x⟩ \langle y|u(x)\rangle =q(y, x) =q(x, y) =\overline{\langle x|u(y)\rangle}=\langle u(y)|x\rangle

(resp. ⟨x∣u(x)⟩=q(x,x)⩾0\langle x|u(x)\rangle =q(x, x)\geqslant 0) de sorte que uu est symétrique (resp. positif). Enfin, l’opérateur partiel u+1Eu+ 1_E est auto-adjoint d’après le corollaire de la proposition 10 de IV, p. 240, et il en est de même de uu.

Théorème 3 036O

L’application qui à un opérateur auto-adjoint positif uu sur E associe la forme partielle positive quq_u est une bijection entre l’ensemble des opérateurs partiels auto-adjoints positifs sur E et l’ensemble des formes partielles positives fermées à domaine dense sur E. La bijection réciproque associe à une forme partielle positive qq l’opérateur partiel représentant qq.

D’après les prop. 13, b) et 14, b), les applications décrites dans l’énoncé sont bien définies. Démontrons que ce sont des bijections réciproques l’une de l’autre.

Soient uu un opérateur partiel auto-adjoint positif sur E et qq la forme partielle positive associée à uu. Notons vv l’opérateur auto-adjoint positif représentant qq. Soit y∈y\in dom(uu)⊂\subset dom(u1/2u^{1/2}) == dom(qq). Pour tout x∈x\in dom(qq) == dom(u1/2u^{1/2}), on a

q(y,x)=⟨u1/2(y)∣u1/2(x)⟩=⟨u(y)∣x⟩ q(y, x) =\langle u^{1/2}(y)|u^{1/2}(x)\rangle =\langle u(y)|x\rangle

donc yy appartient au domaine de vv et vérifie v(y)=u(y)v(y) =u(y). L’opérateur partiel vv est donc une extension de uu; comme uu et vv sont auto-adjoints, ils sont égaux.

Inversement, soient qq une forme partielle positive fermée à domaine dense et uu l’opérateur partiel auto-adjoint positif représentant qq. On a dom(uu)⊂\subset dom(u1/2u^{1/2}). Pour xx et yy dans dom(uu), on a

qu(x,y)=⟨u1/2(x)∣u1/2(y)⟩=⟨x∣u(y)⟩=q(x,y) q_u(x, y) =\langle u^{1/2}(x)|u^{1/2}(y)\rangle =\langle x|u(y)\rangle =q(x, y)

d’après la prop. 13, a). Ainsi, les espaces hilbertiens EqE_q et EquE_{q_u} contiennent tous deux dom(uu) comme sous-espace dense (prop. 14, a) et prop. 13, b), respectivement) et ∥x∥q=∥x∥qu\|x\|_q=\|x\|_{q_u} pour tout x∈x\in dom(uu). Il en résulte que Eq=EquE_q= E_{q_u} et que q=quq=q_u (lemme 8).

Corollaire 036P

Soient qq une forme partielle positive fermée sur E et uu l’opérateur auto-adjoint positif représentant qq. Le domaine de qq est égal au domaine de (1E+u)1/2(1_E+u)^{1/2}, et on a

∥x∥q=∥(1E+u)1/2x∥ \|x\|_q=\|(1_E+u)^{1/2}x\|

pour tout x∈x\in dom(qq).

Le domaine de qq est égal au domaine de u1/2u^{1/2} (prop. 13, a)), qui coïncide avec celui de (1E+u)1/2((1_E+u)^{1/2}(cf. prop. 3 de IV, p. 271). Pour tout x∈x\in dom(uu)⊂\subset dom(u1/2u^{1/2}), on a

∥(1E+u)1/2x∥2=⟨x∣(1E+u)(x)⟩=∥x∥2+⟨x∣u(x)⟩=∥x∥q2 \|(1_E+u)^{1/2}x\|^2=\langle x|(1_E+u)(x)\rangle =\|x\|^2+\langle x|u(x)\rangle =\|x\|^2_q

Comme le domaine de uu est dense dans l’espace hilbertien EqE_q (prop. 14, a)), cette formule s’étend par continuité à tout x∈x\in dom(u1/2u^{1/2}).

Exemple 036Q

Soit uu un opérateur partiel positif sur E qui n’est pas nécessairement fermé. On définit une forme partielle positive qq de domaine dom(uu) par

q(x,y)=⟨x∣u(y)⟩ q(x, y) =\langle x|u(y)\rangle

pour xx et yy dans dom(uu). Soit EqE_q l’espace préhilbertien séparé de la définition 9 de IV, p. 292. Soit E~q\widetilde{E}_q l’espace hilbertien complété de EqE_q, dont on note encore (x,y)↦(x∣y)q(x, y)\mapsto (x|y)_q le produit scalaire. Puisque l’inclusion canonique ι\iota de EqE_q dans E est continue, elle admet une unique extension continue, notée ι~\widetilde{\iota}, de E~q\widetilde{E}_q dans E. La forme hermitienne qq est continue sur EqE_q, donc se prolonge également en une unique forme hermitienne positive continue q~\widetilde{q} sur E~q\widetilde{E}_q.

Démontrons que l’application linéaire ι~\widetilde{\iota} est injective. Soit x∈x\in Ker(ι~\widetilde{\iota}). Considérons une suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} dans EqE_q qui converge vers xx dans E~q\widetilde{E}_q. On a alors

limn→+∞ι(xn)=ι~(x)=0_{n\rightarrow+\infty}\iota (x_n) =\widetilde{\iota}(x) = 0,

donc la suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} converge vers 0 dans E. Soit y∈Eqy\in E_q. Puisque q~\widetilde{q} est continue sur E~q\widetilde{E}_q, il vient

(x∣y)q=(x|y)_q= limn→+∞(xn∣y)q=_{n\rightarrow+\infty}(x_n|y)_q= limn→+∞(⟨xn∣y⟩+q(xn,y))_{n\rightarrow+\infty}(\langle x_n|y\rangle +q(x_n, y))

= limn→+∞(⟨xn∣y⟩+⟨xn∣u(y)⟩)=0_{n\rightarrow+\infty}(\langle x_n|y\rangle +\langle x_n|u(y)\rangle )= 0.

Comme l’espace EqE_q est dense dans E~q\widetilde{E}_q, on en déduit que x=0x= 0, comme désiré.

En identifiant E~q\widetilde{E}_q à son image par ι~\widetilde{\iota} dans E, on interprète q~\widetilde{q} comme une forme partielle positive fermée à domaine dense qui étend qq. L’opérateur auto-adjoint positif associé à q~\widetilde{q} est une extension auto-adjointe de uu. On dit que c’est l’extension de Friedrichs de uu.

Remarque 036R

Soit c∈R+c\in \mathbf{R}_+. Soit qq une forme hermitienne partielle fermée à domaine dense telle que q(x,x)⩾−c∥x∥2q(x, x)\geqslant -c\|x\|^2 pour tout xx appartenant au domaine de qq. Cela signifie que la forme hermitienne partielle fermée de domaine dom(qq) définie par q~(x,y)=q(x,y)+c⟨x∣y⟩\widetilde{q}(x, y) =q(x, y) +c\langle x|y\rangle est une forme partielle positive. Par le théorème 3, de telles formes correspondent donc aux opérateurs partiels auto-adjoints uu sur E tels que u+c1Eu+c1_E est positif, c’est-à-dire tels que uu est minoré (déf. 7 de IV, p. 237) par −c-c.

Réciproquement, soit uu un opérateur partiel symétrique sur E tel que

⟨x∣u(x)⟩⩾−c∥x∥2(17) \langle x|u(x)\rangle \geqslant -c\|x\|^2 \tag{17}

pour tout x∈x\in dom(uu). Alors v=u+c1Ev=u+c1_E est un opérateur partiel positif sur E. On appelle extension de Friedrichs de uu l’opérateur auto-adjoint v~−c1E\widetilde{v}-c1_E, où v~\widetilde{v} est l’extension de Friedrichs de vv; c’est une extension auto-adjointe de uu, qui ne dépend pas du choix du nombre réel cc vérifiant (17).

9. Principes variationnels pour le spectre des opérateurs positifs

Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe non nul.

Proposition 15 036S

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E. On suppose que uu est minoré par c∈Rc\in \mathbf{R} (déf. 7 de IV, p. 237). On a

inf(Sp(uu)) == infx∈dom(u)−{0}⟨x∣u(x)⟩∥x∥2∈[c,+∞[_{x\in dom(u)-\{0\}}\frac{\langle x|u(x)\rangle}{\|x\|^2}\in [c,+\infty [.

Soit mm le membre de droite de l’égalité à démontrer. Soient x∈Ex\in E et μx\mu_x la mesure spectrale de xx relative à uu. On a

⟨x∣u(x)⟩=∫tdμx(t) \langle x|u(x)\rangle =\int t d\mu_x(t)

Sp(uu)

⩾\geqslant inf(Sp(uu))∫Sp(u)dμx(t)=\int_{Sp(u)}d\mu_x(t) = inf(Sp(uu))∥x∥2\|x\|^2,

(formule (6), p. 271) donc inf(Sp(uu))⩽m\leqslant m. Réciproquement, l’opérateur partiel u−mu-m est positif, donc inf(Sp(uu))−m=-m= inf(Sp(u−m⋅1Eu-m\cdot 1_E))⩾0\geqslant 0 (prop. 17 de IV, p. 248).

La prop. 9 de I, p. 139 correspond au cas particulier de cette proposition lorsque uu est un élément hermitien de L\mathscr{L} (E), qui est alors nécessairement minoré. Dans ce cas, on a également

sup(Sp(uu)) == supx∈dom(u)−{0}⟨x∣u(x)⟩∥x∥2_{x\in dom(u)-\{0\}}\frac{\langle x|u(x)\rangle}{\|x\|^2}

(loc. cit.) ; si uu n’appartient pas à L\mathscr{L} (E), alors cette borne supérieure est +∞+\infty.

Définition 10 036T

Soit uu un opérateur partiel normal sur E. Un nombre complexe λ∈\lambda \in Sp(uu) appartient au spectre sensible de uu si λ\lambda est isolé dans Sp(uu) et si λ\lambda est une valeur propre de multiplicité finie.

On note Sps(u)_s(u) le spectre sensible de uu. Son complémentaire dans Sp(uu) est appelé le spectre essentiel de uu et noté Spe(u)_e(u).

Le spectre essentiel d’un opérateur partiel normal uu sur E est fermé dans C\mathbf{C}, puisque Sp(uu) est fermé dans C\mathbf{C} et que le complémentaire du spectre essentiel est ouvert dans Sp(uu). Le spectre sensible de uu n’est pas nécessairement fermé dans C\mathbf{C} (exercice 36 de IV, p. 369).

Lemme 9 036U

Soient E un espace hilbertien complexe et uu un opérateur partiel normal sur E. Soit λ∈\lambda \in Sp(uu). On a λ∈\lambda \in Sps(u)_s(u) si et seulement s’il existe un voisinage ouvert V de λ\lambda dans C\mathbf{C} tel que le projecteur spectral pVp_V de uu défini par V est de rang fini.

Soit λ∈\lambda \in Sps(u)_s(u). Il existe un voisinage ouvert V de λ\lambda dans C\mathbf{C} tel que Sp(uu)∩V={λ}\cap V =\{\lambda \}; le projecteur spectral pV=p{λ}p_V=p_{\{\lambda\}} est alors de rang fini (cor. de la prop. 9 de IV, p. 278).

Réciproquement, supposons qu’il existe un voisinage ouvert V de λ\lambda tel que le projecteur spectral pVp_V est de rang fini n∈Nn\in \mathbf{N}. D’après le cor. de la prop. 10 de IV, p. 279, l’intersection V∩V\cap Sp(uu) contient au plus nn éléments, donc λ\lambda est isolé dans Sp(uu). C’est donc une valeur propre de uu de multiplicité spectrale au plus nn d’après le cor. de la prop. 9 de IV, p. 278.

On suppose dans la suite de ce numéro que E est de dimension infinie ; les analogues des résultats ci-dessous lorsque E est de dimension finie se déduisent du no4^o4 de IV, p. 153.

Soit uu un opérateur auto-adjoint minoré sur E. Soit cc un minorant de uu; le spectre de uu est contenu dans [c,+∞[[c,+\infty [ (prop. 15). Supposons que le spectre essentiel de uu n’est pas vide. On note alors ϱe\varrho_e la borne inférieure du spectre essentiel de uu, de sorte que ϱe⩾c\varrho_e\geqslant c et ϱe\varrho_e est un élément du spectre de uu. On note Sph(u)=_h(u) = Sp(uu)∩[ϱe,+∞[\cap [\varrho_e,+\infty [; c’est une partie fermée de Sp(uu), donc également de C\mathbf{C}, telle que inf(Sph(u)_h(u)) =ϱe=\varrho_e; on l’appelle partie haute du spectre de uu. Si le spectre essentiel de uu est vide, on note Sph(u)=∅_h(u) =\emptyset et ϱe=+∞\varrho_e= +\infty.

L’intersection Spb(u)=_b(u) = Sp(uu)∩[0,ϱe[\cap [0, \varrho_e[ est contenue dans le spectre sensible de uu, et ses éléments sont donc des valeurs propres isolées de multiplicité finie ; on dit que c’est la partie basse du spectre de uu. Soit EbE_b le sous-espace fermé de E engendré par les sous-espaces propres relatifs aux valeurs propres λ∈\lambda \in Spb(u)_b(u). D’après le cor. de la prop. 9 de IV, p. 278 et la prop. 8 de IV, p. 278, l’espace EbE_b est l’image du projecteur spectral pSpb(u)p_{Sp_b(u)} défini par Spb(u)_b(u). Comme Sp(uu) est la réunion disjointe de Spb(u)_b(u) et Sph(u)_h(u), l’orthogonal EhE_h de EbE_b est l’image du projecteur spectral pSph(u)p_{Sp_h(u)} défini par Sph(u)_h(u). Si Spb(u)_b(u) est fini, alors l’espace EbE_b est de dimension finie ; l’espace EhE_h est alors non nul, puisqu’on suppose que E est de dimension infinie.

Lemme 10 036V

On a

⟨x∣u(x)⟩⩾ϱe∥x∥2(18) \langle x|u(x)\rangle \geqslant \varrho_e\|x\|^2 \tag{18}

pour tout x∈Eh∩x\in E_h\cap dom(uu).

Si x∈Eh∩x\in E_h\cap dom(uu), alors le support de la mesure spectrale μx\mu_x de xx relative à uu est contenu dans l’intervalle [ϱe,+∞[[\varrho_e,+\infty [ (prop. 9, a) de IV, p. 278), donc

⟨x∣u(x)⟩=∫Rtdμx(t)⩾ϱe∥x∥2 \langle x|u(x)\rangle =\int_{\mathbf{R}}td\mu_x(t)\geqslant \varrho_e\|x\|^2

Lemme 11 036W

Supposons que EbE_b est de dimension finie. Alors, pour tout nombre réel ε>\varepsilon > 0, l’image du projecteur spectral de uu défini par [ϱe,ϱe+ε][\varrho_e, \varrho_e+\varepsilon ] est de dimension infinie.

Si EbE_b est de dimension finie, alors le spectre essentiel de uu est non vide, donc ϱe\varrho_e est fini et appartient à Spe(u)_e(u). De plus, le spectre bas Spb(u)_b(u) est fini, donc il existe δ>0\delta >0 tel que [ϱe−δ,ϱe+δ]∩[\varrho_e-\delta , \varrho_e+\delta ]\cap Sp(uu)⊂[ϱe,ϱe+δ]\subset [\varrho_e, \varrho_e+\delta ]. L’assertion résulte alors du lemme 9.

Proposition 16 036X

L’ensemble Spb(u)⊂[c,ϱe[_b(u)\subset [c, \varrho_e[ est dénombrable, discret et fermé dans [0,ϱe[[0, \varrho_e[. C’est l’ensemble des valeurs d’une suite strictement croissante (νk)0⩽k<Card(Spb(u))(\nu_k)_{0\leqslant k<Card(Sp_b(u))} de nombres réels positifs ; si Spb(u)_b(u) est infini, alors la suite (νk)(\nu_k) converge vers ϱe\varrho_e.

Notons T = Spb(u)∩[0,ϱe[_b(u)\cap [0, \varrho_e[. C’est une partie fermée et discrète de [c,ϱe[[c, \varrho_e[ par définition. Pour tout nombre entier i⩾1i\geqslant 1, l’ensemble Spb(u)∩[c,ϱe−1/i]_b(u)\cap [c, \varrho_e-1/i] est compact et discret, donc fini. Comme T est la réunion de ces ensembles pour i⩾1i\geqslant 1, l’ensemble T est dénombrable.

Cela conclut la preuve si Spb(u)_b(u) est fini. Si Spb(u)_b(u) est infini, on conclut en appliquant le lemme 2 de III, p. 90 à l’image S de T par l’application λ↦ϱe−λ\lambda \mapsto \varrho_e-\lambda.

Pour tout entier kk tel que 0⩽k<0\leqslant k < Card(Spb(u)_b(u)), on note nk⩾1n_k\geqslant 1 la multiplicité de la valeur propre νk\nu_k de uu. On note N=N∪{+∞}⊂R\mathbf{N}=\mathbf{N}\cup \{+\infty \} \subset \mathbf{R}. Notons M∈N‾M\in \overline{\mathbf{N}} la somme des multiplicités nkn_k. C’est la dimension hilbertienne de EbE_b, si l’on convient de dire qu’un espace de dimension hilbertienne infinie est de dimension +∞∈N‾+\infty \in \overline{\mathbf{N}}.

Pour tout entier nn tel que 0⩽n<M0\leqslant n <M, on définit λn(u)=νk\lambda_n(u) =\nu_k, où k⩾0k\geqslant 0 est l’unique entier tel que

n0+⋯+nk−1⩽n<n0+⋯+nk n_0+\cdots +n_{k-1}\leqslant n < n_0+\cdots +n_k

Si n∈Nn\in \mathbf{N} vérifie n⩾Mn\geqslant M, on pose λn(u)=ϱe\lambda_n(u) =\varrho_e. Ce cas ne peut se présenter que si Spb(u)_b(u) est fini, auquel cas ϱe\varrho_e est fini, puisqu’on suppose que E est de dimension infinie.

Par construction, la suite (λn(u))n∈N(\lambda_n(u))_{n\in\mathbf{N}} est croissante et, pour tout élément λ\lambda de Spb(u)_b(u), le nombre des entiers nn tels que λn(u)=λ\lambda_n(u) =\lambda est égal à la multiplicité de λ\lambda comme valeur propre de uu. La suite (λn(u))n∈N(\lambda_n(u))_{n\in\mathbf{N}} tend vers +∞+\infty si et seulement si le spectre essentiel de uu est vide.

Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on note Fn\mathscr{F}_n (resp. Fnu\mathscr{F}_n^u) l’ensemble des sous-espaces vectoriels F⊂EF\subset E de dimension nn (resp. l’ensemble des sous-espaces vectoriels F⊂F\subset dom(uu) de dimension nn).

Soient n∈Nn\in \mathbf{N} tel que n<Mn <M et F∈FnuF\in \mathscr{F}_n^u. On dit que F est adapté à uu si F admet une base orthonormale (fi)0⩽i⩽n−1(f_i)_{0\leqslant i\leqslant n-1} telle que u(fi)=λi(u)fiu(f_i) =\lambda_i(u)f_i pour 0⩽i⩽n−10\leqslant i\leqslant n-1.

Soit F∈FnuF\in \mathscr{F}_n^u adapté à uu. L’espace F est contenu dans EbE_b; il est engendré par des vecteurs propres de uu pour des valeurs propres λ⩽λn−1(u)\lambda \leqslant \lambda_{n-1}(u), et il contient les espaces propres correspondant aux valeurs propres λ<λn−1(u)\lambda < \lambda_{n-1}(u). De plus, pour toute partie universellement mesurable A de Sp(uu), l’espace F est stable par le projecteur spectral pAp_A défini par A (prop. 9, c) de IV, p. 278).

Lemme 12 036Y

Soit F∈FnuF\in \mathscr{F}_n^u un sous-espace adapté à uu. Tout vecteur propre de uu appartenant à l’espace F∘∩EbF^{\circ}\cap E_b a une valeur propre ⩾λn(u)\geqslant \lambda_n(u).

Soit ℓ\ell tel que λn−1(u)=νℓ\lambda_{n-1}(u) =\nu_{\ell}. Soit x∈F∘∩Ebx\in F^{\circ}\cap E_b un vecteur propre de uu pour une valeur propre λ\lambda, et soit k<k < Card(Spb(u)_b(u)) tel que λ=νk\lambda =\nu_k.

La condition k<ℓk < \ell est impossible, car νk<νℓ\nu_k< \nu_{\ell}, et l’espace F contiendrait alors le sous-espace propre pour la valeur propre νk\nu_k, contredisant le fait que xx est orthogonal à F. Si k=ℓk=\ell, alors xx est un vecteur propre pour la valeur propre λn−1(u)\lambda_{n-1}(u); comme x∈F∘x\in F^{\circ}, la multiplicité nkn_k est strictement supérieure au nombre d’entiers i<ni < n tels que λi(u)=νk\lambda_i(u) =\nu_k, ce qui implique que λn(u)=λn−1(u)\lambda_n(u) =\lambda_{n-1}(u). Enfin, si k>ℓk > \ell, on a λ=νk>νℓ=λn−1(u)\lambda =\nu_k> \nu_{\ell}=\lambda_{n-1}(u), donc λ⩾λn(u)\lambda \geqslant \lambda_n(u).

Pour tout sous-espace F de E, on note

r~F(u)=\widetilde{r}_F(u) = infx∈dom(u)∩F∘⟨x∣u(x)⟩∥x∥2_{x\in dom(u)\cap F^{\circ}}\frac{\langle x|u(x)\rangle}{\|x\|^2},

x≠0x\not =0

R~F(u)=\widetilde{R}_F(u) = sup ⟨x∣u(x)⟩2\frac{\langle x|u(x)\rangle}{2}.

x∈dom(u)∩F∥x∥ _{x\in dom(u)\cap F}\|x\|
x≠0x\not =0

Proposition 17 036Z

a) Pour tout entier n∈Nn\in \mathbf{N}, on a

λn(u)=\lambda_n(u) = supF∈Fnr~F(u)=_{F\in\mathscr{F}_n}\widetilde{r}_F(u) = infF∈Fn+1uR~F(u)_{F\in\mathscr{F}_{n+1}^u}\widetilde{R}_F(u);

b) Pour tout entier n<Mn <M et pour tout sous-espace F∈FnuF\in \mathscr{F}_n^u adapté à uu, on a λn(u)=r~F(u)\lambda_n(u) =\widetilde{r}_F(u);

c) Pour tout entier n<Mn <M et pour tout sous-espace F∈Fn+1uF\in \mathscr{F}_{n+1}^u adapté à uu, on a λn(u)=R~F(u)\lambda_n(u) =\widetilde{R}_F(u).

Il existe une base orthonormale (en)0⩽n<M(e_n)_{0\leqslant n<M} de l’espace EbE_b telle que en∈e_n\in dom(uu) et u(en)=λn(u)enu(e_n) =\lambda_n(u)e_n pour tout nn tel que 0⩽n<M0\leqslant n <M. Pour tout x∈Eb∩x\in E_b\cap dom(uu), on a donc

⟨x∣u(x)⟩=∑0⩽n<Mλn(u)∣⟨en∣x⟩∣2 \langle x|u(x)\rangle =\sum_{0\leqslant n<M}\lambda_n(u)|\langle e_n|x\rangle |^2

Pour tout entier nn tel que 1⩽n<M+11\leqslant n <M + 1, soit FnF_n le sous-espace de dimension nn de EbE_b engendré par (e0,...,en−1)(e_0, . . . , e_{n-1}). On a Fn⊂F_n\subset dom(uu) et FnF_n est adapté à uu.

Soient n∈Nn\in \mathbf{N} et F∈FnF\in \mathscr{F}_n. Démontrons que r~F(u)⩽λn(u)\widetilde{r}_F(u)\leqslant \lambda_n(u) et, par conséquent, que

(19) Fsup∈Fnr~F(u)⩽λn(u)_{\in\mathscr{F}_n}\widetilde{r}_F(u)\leqslant \lambda_n(u).

Si 0⩽n<M0\leqslant n <M, en particulier si M est infini, alors la restriction à Fn+1F_{n+1} de l’orthoprojecteur de E sur F n’est pas injective, donc il existe x≠0x\not = 0 dans Fn+1F_{n+1} orthogonal à F. Comme

⟨x∣u(x)⟩=∑0⩽i⩽nλi(u)∣⟨ei∣x⟩∣2=λn(u)∣⟨en∣x⟩∣2⩽λn(u)∥x∥2 \langle x|u(x)\rangle =\sum_{0\leqslant i\leqslant n}\lambda_i(u)|\langle e_i|x\rangle |^2=\lambda_n(u)|\langle e_n|x\rangle |^2\leqslant \lambda_n(u)\|x\|^2

on a r~F(u)⩽λn(u)\widetilde{r}_F(u)\leqslant \lambda_n(u).

Si M∈NM\in \mathbf{N} et n⩾Mn\geqslant M, alors pour tout nombre réel ε>0\varepsilon >0, il existe xx de norme 1 dans dom(uu) qui est orthogonal à F et dont la mesure spectrale μx\mu_x est à support contenu dans [ϱe,ϱe+ε][\varrho_e, \varrho_e+\varepsilon ] (lemme 11 et prop. 9, a) de IV, p. 278), d’où

r~F(u)⩽⟨x∣u(x)⟩=∫Sp(u)tdμx(t)⩽ϱe+ε=λn(u)+ε \widetilde{r}_F(u)\leqslant \langle x|u(x)\rangle =\int_{Sp(u)}t d\mu_x(t)\leqslant \varrho_e+\varepsilon =\lambda_n(u) +\varepsilon

par définition. Comme ε>0\varepsilon >0 est arbitraire, on a donc r~F(u)⩽λn(u)\widetilde{r}_F(u)\leqslant \lambda_n(u). L’inégalité (19) est donc établie.

Soient n∈Nn\in \mathbf{N} et F∈Fn+1uF\in \mathscr{F}_{n+1}^u. Démontrons que R~F(u)⩾λn(u)\widetilde{R}_F(u)\geqslant \lambda_n(u) et, par conséquent, que

(20) Finf∈Fn+1uR~F(u)⩾λn(u)_{\in\mathscr{F}_{n+1}^u}\widetilde{R}_F(u)\geqslant \lambda_n(u).

Si 0⩽n<M0\leqslant n <M, observons que la restriction à F de l’orthoprojecteur sur FnF_n n’est pas injective, donc qu’il existe un vecteur x≠0x\not = 0 dans F orthogonal à FnF_n. Posons xb=pSpb(u)(x)x_b=p_{Sp_b(u)}(x) et xh=pSph(u)(x)x_h=p_{Sp_h(u)}(x). On a donc x=xb+xhx=x_b+x_h. Les éléments xbx_b et xhx_h appartiennent au domaine de uu (prop. 9, c) de IV, p. 278) et sont orthogonaux à FnF_n. On a la minoration

⟨xb∣u(xb)⟩=∑i⩾nλi(u)∣⟨ei∣xb⟩∣2⩾λn(u)∥xb∥2 \langle x_b|u(x_b)\rangle =\sum_{i\geqslant n}\lambda_i(u)|\langle e_i|x_b\rangle |^2\geqslant \lambda_n(u)\|x_b\|^2

et ⟨xh∣u(xh)⟩⩾ϱe∥xh∥2\langle x_h|u(x_h)\rangle \geqslant \varrho_e\|x_h\|^2 (formule (18)), d’où

⟨x∣u(x)⟩=⟨xb∣u(xb)⟩+⟨xh∣u(xh)⟩ \langle x|u(x)\rangle =\langle x_b|u(x_b)\rangle +\langle x_h|u(x_h)\rangle
⩾λn(u)∥xb∥2+ϱe∥xh∥2⩾λn(u)∥x∥2 \geqslant \lambda_n(u)\|x_b\|^2+\varrho_e\|x_h\|^2\geqslant \lambda_n(u)\|x\|^2

Si M est fini et n⩾Mn\geqslant M, il existe x≠0x\not = 0 dans F orthogonal à EbE_b, donc x∈Ehx\in E_h, et

⟨x∣u(x)⟩⩾ϱe∥x∥2=λn(u)∥x∥2 \langle x|u(x)\rangle \geqslant \varrho_e\|x\|^2=\lambda_n(u)\|x\|^2

d’après (18). L’inégalité (20) est donc démontrée.

Nous allons maintenant démontrer les assertions b) et c), qui impliquent que les inégalités (19) et (20) sont des égalités lorsque n<Mn <M.

Démontrons l’assertion b). Soit F∈FnuF\in \mathscr{F}_n^u un espace adapté à uu. On a la somme hilbertienne

F∘=Eh⊕⨁λ∈Spb(u)F^{\circ}= E_h\oplus \bigoplus_{\lambda\in Sp_b(u)} Ker(u−λ⋅1Eu-\lambda \cdot 1_E)⊕(F∘∩\oplus (F^{\circ}\cap Ker(u−λn−1(u)⋅1Eu-\lambda_{n-1}(u)\cdot 1_E)).

λ>λn−1(u)\lambda >\lambda_{n-1}(u)

Soit x∈F∘−{0}x\in F^{\circ}-\{0\}. Écrivons x=xh+y+zx=x_h+y+z, où xh∈Ehx_h\in E_h et yy (resp. zz) appartient au deuxième (resp. troisième) espace de la décomposition ci-dessus. En utilisant de nouveau (18) et le fait que toute valeur propre λ>λn−1(u)\lambda > \lambda_{n-1}(u) de uu est ⩾λn(u)\geqslant \lambda_n(u), on obtient

⟨x∣u(x)⟩=⟨xh∣u(xh)⟩+⟨y∣u(y)⟩+⟨z∣u(z)⟩ \langle x|u(x)\rangle =\langle x_h|u(x_h)\rangle +\langle y|u(y)\rangle +\langle z|u(z)\rangle
⩾ϱe∥xh∥2+λn(u)∥y∥2+λn−1(u)∥z∥2 \geqslant \varrho_e\|x_h\|^2+\lambda_n(u)\|y\|^2+\lambda_{n-1}(u)\|z\|^2

Si z≠0z\not = 0, alors d’après le lemme 12, on a λn(u)=λn−1(u)\lambda_n(u) =\lambda_{n-1}(u). On en déduit donc que ⟨x∣u(x)⟩⩾λn(u)∥x∥2\langle x|u(x)\rangle \geqslant \lambda_n(u)\|x\|^2, d’où r~F(u)⩾λn(u)\widetilde{r}_F(u)\geqslant \lambda_n(u). Combiné avec (19), cela implique l’assertion b).

Démontrons l’assertion c). Soit F∈Fn+1uF\in \mathscr{F}_{n+1}^u un sous-espace adapté à uu. Soit (fi)0⩽i⩽n(f_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une base orthonormale de F telle que u(fi)=λi(u)fiu(f_i) =\lambda_i(u)f_i pour 0⩽i⩽n0\leqslant i\leqslant n. Pour tout x∈Fx\in F, on a

⟨x∣u(x)⟩=∑0⩽i⩽nλi(u)∣⟨fi∣x⟩∣2⩽λn(u)∥x∥2 \langle x|u(x)\rangle =\sum_{0\leqslant i\leqslant n}\lambda_i(u)|\langle f_i|x\rangle |^2\leqslant \lambda_n(u)\|x\|^2

avec égalité si x=fnx=f_n, donc R~F(u)=λn(u)\widetilde{R}_F(u) =\lambda_n(u).

Démontrons finalement que (19) et (20) sont des égalités lorsque n⩾Mn\geqslant M. Dans ce cas, M est fini, donc EbE_b est contenu dans le domaine de uu; de plus, on a λn(u)=ϱe\lambda_n(u) =\varrho_e par définition.

Il existe F∈FnF\in \mathscr{F}_n contenant EbE_b. Tout élément x≠0x\not = 0 de dom(uu) orthogonal à F est donc orthogonal à EbE_b, et vérifie

⟨x∣u(x)⟩2⩾ϱe \frac{\langle x|u(x)\rangle}{2}\geqslant \varrho_e
∥x∥ \|x\|

(formule (18)), donc r~F(u)⩾ϱe=λn(u)\widetilde{r}_F(u)\geqslant \varrho_e=\lambda_n(u), et par conséquent

supF∈Fnr~F(u)⩾λn(u)_{F\in\mathscr{F}_n}\widetilde{r}_F(u)\geqslant \lambda_n(u).

Soit ε>0\varepsilon >0. Puisque EbE_b est de dimension finie, il existe d’après le lemme 11 une famille orthonormale (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} d’éléments de E telle que le sous-espace F engendré par EbE_b et (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} est de dimension n+1n+ 1 et est contenu dans dom(uu), et telle que ⟨xi∣u(xi)⟩⩽ϱe+ε\langle x_i|u(x_i)\rangle \leqslant \varrho_e+\varepsilon pour tout i∈Ii\in I. On a alors R~F(u)⩽ϱe+ε\widetilde{R}_F(u)\leqslant \varrho_e+\varepsilon. Comme ε>0\varepsilon >0 est arbitraire, on conclut que

infF∈Fn+1uR~F(u)⩽ϱe=λn(u)_{F\in\mathscr{F}_{n+1}^u}\widetilde{R}_F(u)\leqslant \varrho_e=\lambda_n(u).

La proposition est démontrée.

10. Perturbation compacte et spectre essentiel

Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe de dimension infinie.

Lemme 13 0370

Soit I une famille orthonormale de E. La famille I converge faiblement vers 0 selon le filtre des complémentaires des parties finies de I.

Soit x∈Ex\in E. D’après l’inégalité de Bessel (EVT, V, p. 21, prop. 4) et TG, IV, p. 37, th. 1, la famille (∣⟨ei∣x⟩∣2)i∈I(|\langle e_i|x\rangle |^2)_{i\in I} est sommable, donc ⟨ei∣x⟩\langle e_i|x\rangle tend vers 0 selon le filtre des complémentaires des parties finies de I (TG, III, p. 38, prop. 1).

Proposition 18 0371

Soient uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E et λ\lambda un nombre réel. On a λ∈\lambda \in Spe(u)_e(u) si et seulement s’il existe une suite orthonormale (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} dans E telle que u(xn)−λxnu(x_n)-\lambda x_n tend vers 0 dans E.

Supposons d’abord que λ∈\lambda \in Spe(u)_e(u). Si le projecteur spectral de uu relatif à {λ}\{\lambda \} est de rang infini, toute suite orthonormale (xn)(x_n) dans son image répond à la question (cf. cor. de la prop. 9 de IV, p. 278). On supposera dans le suite que ce n’est pas le cas.

Pour tout k∈Nk\in \mathbf{N}, soit JkJ_k l’ensemble des t∈[λ−1,λ+1]t\in [\lambda -1, \lambda + 1] tels que

1k+2<∣t−λ∣⩽1k+1 \frac{1}{k + 2}<|t-\lambda |\leqslant \frac{1}{k + 1}

Les ensembles JkJ_k sont deux à deux disjoints. De plus, pour tout entier K∈NK\in \mathbf{N}, les ensembles (Jk)k⩾K(J_k)_{k\geqslant K} forment une partition de l’ensemble

IK=[λ−1/(K+1),λ+1/(K+1)]−{0} I_K= [\lambda -1/(K + 1), \lambda + 1/(K + 1)]-\{0\}

Comme le projecteur spectral de uu relatif à IK∪{0}I_K\cup \{0\} est de rang infini (lemme 9 de IV, p. 297) et que celui relatif à {λ}\{\lambda \} est supposé être de rang fini, on déduit de la prop. 8 de IV, p. 278 qu’il existe une suite (kn)n∈N(k_n)_{n\in\mathbf{N}} strictement croissante dans N\mathbf{N} telle que le projecteur spectral pnp_n de uu relatif à JknJ_{k_n} est non nul. Soit xnx_n un vecteur de norme 1 dans l’image de pnp_n. La suite (xn)(x_n) est orthonormale, puisque l’image de pnp_n est orthogonale à celle de pmp_m pour tous n≠mn\not =m dans N\mathbf{N}.

Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. Notons μn\mu_n la mesure spectrale de xnx_n relative à uu; son support est contenu dans JknJ_{k_n} (prop. 9 de IV, p. 278). Il vient

∥u(xn)−λxn∥2=∫∣t−λ∣2dμn(t)⩽12 \|u(x_n)-\lambda x_n\|^2=\int|t-\lambda |^2d\mu_n(t)\leqslant 1_2
Ckn _{\mathbf{C}}k_n

donc la suite (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} a la propriété demandée.

Supposons réciproquement qu’il existe une suite orthonormale (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} dans E telle que u(xn)−λxn→u(x_n)-\lambda x_n\rightarrow 0. Notons μn\mu_n la mesure spectrale de xnx_n relative à uu.

Soit ε>0\varepsilon >0. Notons pεp_{\varepsilon} le projecteur spectral de uu relatif à l’intervalle ouvert Iε=]λ−ε,λ+ε[I_{\varepsilon}= ]\lambda -\varepsilon , \lambda +\varepsilon [. Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, il vient

1=∥xn∥2=μn(Iε)+μn(R−Iε) 1 =\|x_n\|^2=\mu_n(I_{\varepsilon}) +\mu_n(\mathbf{R}-I_{\varepsilon})
⩽μn(Iε)+12∫∣t−λ∣2dμn(t) \leqslant \mu_n(I_{\varepsilon}) +1_2\int|t-\lambda |^2d\mu_n(t)
εR−Iε \varepsilon_{\mathbf{R}-I_{\varepsilon}}
=∥pε(xn)∥2+1ε2∥u(xn)−λxn∥2 =\|p_{\varepsilon}(x_n)\|^2+\frac{1}{\varepsilon^2}\|u(x_n)-\lambda x_n\|^2

L’hypothèse sur la suite (xn)(x_n) implique donc que la norme de pε(xn)p_{\varepsilon}(x_n) ne peut tendre vers 0. Comme la suite orthonormale (xn)(x_n) converge faiblement vers 0 dans E (lemme 13), le projecteur pεp_{\varepsilon} ne peut pas être compact (cor. de la prop. 6 de III, p. 6) et il est par conséquent de rang infini. Comme cela vaut pour tout ε>0\varepsilon >0, le lemme 9 de IV, p. 297 permet de conclure que λ∈\lambda \in Spe(u)_e(u).

Le théorème suivant est l’analogue pour les opérateurs partiels auto-adjoints du théorème 3 de III, p. 93.

Théorème 4 0372

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Le spectre essentiel de uu est l’intersection des ensembles Sp(u+vu+v) où vv parcourt l’ensemble des endomorphismes compacts hermitiens de E.

L’opérateur partiel u+vu+v est auto-adjoint pour tout endomorphisme hermitien vv de E puisque (u+v)∗=u∗+v∗((u+v)^*=u^*+v^*(cf. IV, p. 236).

Démontrons que si vv est compact, alors Spe(u)⊂_e(u)\subset Spe(u+v)_e(u+v). Soit λ∈\lambda \in Spe(u)_e(u) et soit (xn)n∈N(x_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite orthonormale dans E telle que u(xn)−λxnu(x_n)-\lambda x_n converge vers 0 (prop. 18). La suite (xn)(x_n) converge faiblement vers 0 dans E (lemme 13) et comme l’endomorphisme vv est compact, la suite (v(xn))n∈N(v(x_n))_{n\in\mathbf{N}} converge vers 0 dans E (cor. de la prop. 6 de III, p. 6). Par conséquent la suite (u+v)(xn)−λxn(u+v)(x_n)-\lambda x_n converge vers 0 dans E, et la prop. 18 implique que λ∈\lambda \in Spe(u+v)_e(u+v).

Le spectre essentiel de uu est donc contenu dans l’intersection des ensembles Sp(u+vu+v) pour v∈Lc(E)v\in \mathscr{L}^c(E) hermitien.

Réciproquement, soit λ∈\lambda \in Sps(u)_s(u). Notons EλE_{\lambda} le sous-espace propre de uu relatif à λ\lambda, et pλp_{\lambda} l’orthoprojecteur d’image EλE_{\lambda}; c’est le projecteur spectral de uu relatif à {λ}\{\lambda \} (cor. de la prop. 9 de IV, p. 278). Par définition du spectre sensible, le projecteur pλp_{\lambda} est de rang fini, donc compact. Posons w=u+pλw=u+p_{\lambda}; c’est un opérateur partiel auto-adjoint. Pour conclure la démonstration, vérifions que λ\lambda appartient à l’ensemble résolvant de ww.

On a Eλ⊂E_{\lambda}\subset dom(uu) et les espaces EλE_{\lambda} et dom(uu)∩Eλ∘\cap E^{\circ}_{\lambda} sont stables par uu (prop. 9 de IV, p. 278).

Soit x∈x\in dom(uu). Écrivons x=pλ(x)+yx=p_{\lambda}(x)+y où y∈y\in dom(uu)∩Eλ∘\cap E^{\circ}_{\lambda}. D’après ce qui précède, on a

∥w(x)−λx∥2=∥pλ(x)∥2+∥w(y)−λy∥2(21) \|w(x)-\lambda x\|^2=\|p_{\lambda}(x)\|^2+\|w(y)-\lambda y\|^2 \tag{21}

Soient V un voisinage ouvert de λ\lambda ne rencontrant pas le spectre de uu et c>0c >0 tel que le disque de centre λ\lambda et de rayon cc est contenu dans V. Soit μy\mu_y la mesure spectrale de yy relative à uu. Comme yy est orthogonal à EλE_{\lambda}, le support de μy\mu_y ne rencontre pas V (loc. cit.). On a alors

∥w(y)−λy∥2=∥u(y)−λy∥2=∫C∣t−λ∣2dμy(t)⩾c2∥y∥2(22) \|w(y)-\lambda y\|^2=\|u(y)-\lambda y\|^2=\int_{\mathbf{C}}|t-\lambda |^2d\mu_y(t)\geqslant c^2\|y\|^2 \tag{22}

On conclut de (21) et (22) que ∥w(x)−λx∥2⩾\|w(x)-\lambda x\|^2\geqslant inf(c2,1c^2,1)∥x∥2\|x\|^2; puisque ww est auto-adjoint et λ∈R\lambda \in \mathbf{R}, la conclusion résulte alors du lemme 5 de IV, p. 248.

Corollaire 0373

Soient uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E et vv un endomorphisme compact hermitien de E. On a Spe(u+v)=_e(u+v) = Spe(u)_e(u).

Cela résulte aussitôt du théorème.

11. Perturbation

Dans ce numéro, E est un espace hilbertien complexe.

Si uu est un opérateur partiel auto-adjoint sur E et v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) est un endomorphisme hermitien, alors u+vu+v est auto-adjoint (cf. IV, p. 236). Ce n’est pas le cas en général lorsque vv est un opérateur partiel symétrique (exercice 9 de IV, p. 347). Nous allons cependant obtenir des résultats positifs de ce type dans ce numéro.

Définition 11 0374

Soit uu un opérateur partiel sur E. Un opérateur partiel vv sur E est dit borné relativement à uu si dom(uu)⊂\subset dom(vv) et si vv définit, par passage au sous-espace, une application linéaire continue de EuE_u dans E.

Soit uu un opérateur partiel sur E. Soit vv un opérateur partiel borné relativement à uu. Il existe un nombre réel mm tel que

∥v(x)∥⩽m(∥x∥+∥u(x)∥) \|v(x)\|\leqslant m(\|x\|+\|u(x)\|)

pour tout x∈x\in dom(uu). On appelle norme relative de vv par rapport à uu, et on note ∥v∥u\|v\|_u, la borne inférieure des nombres réels a⩾0a\geqslant 0 tels qu’il existe un nombre réel bb tel que

∥v(x)∥⩽a∥u(x)∥+b∥x∥ \|v(x)\|\leqslant a\|u(x)\|+b\|x\|

pour tout x∈x\in dom(uu). La norme relative de vv est donc inférieure à la norme de la restriction de vv à l’espace EuE_u.

Remarque 0375

Soit uu un opérateur partiel sur E. Tout endomorphisme v∈L(E)v\in \mathscr{L}(E) est borné relativement à uu et sa norme relative est nulle puisque ∥v(x)∥⩽∥v∥∥x∥\|v(x)\|\leqslant \|v\| \|x\| pour tout x∈x\in dom(uu), ce qui permet de prendre a=0a= 0 dans l’inégalité ci-dessus.

Théorème 5 (Kato–Rellich) 0376

Soient uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E et vv un opérateur partiel symétrique borné relativement à uu. Si la norme relative ∥v∥u\|v\|_u est <1<1, alors l’opérateur partiel u+vu+v de domaine dom(uu) est auto-adjoint.

Puisque ∥v∥u<1\|v\|_u<1, il existe par définition des nombres réels positifs aa et bb tels que a<1a <1 et ∥v(x)∥⩽a∥u(x)∥+b∥x∥\|v(x)\|\leqslant a\|u(x)\|+b\|x\| pour tout x∈x\in dom(uu).

Soit t∈R∗t\in \mathbf{R}^*. Posons wt=v∘R(u,it)w_t=v\circ R(u, it). On a dom(wtw_t) =E= E puisque l’image de R(u,it)R(u, it) est contenue dans le domaine de uu, qui est contenu dans le domaine de vv par hypothèse. Soit x∈x\in dom(uu). Comme uu est auto-adjoint, on a

∥(it−u)x∥2=∥itx∥2+∥u(x)∥2−it⟨x∣u(x)⟩+it⟨u(x)∣x⟩ \|(it-u)x\|^2=\|itx\|^2+\|u(x)\|^2-it\langle x|u(x)\rangle +it\langle u(x)|x\rangle
=∣t∣2∥x∥2+∥u(x)∥2 =|t|^2\|x\|^2+\|u(x)\|^2

d’où les inégalités ∥u(x)∥⩽∥(it−u)x∥\|u(x)\|\leqslant \|(it-u)x\| et ∥x∥⩽∣t∣−1∥(it−u)x∥\|x\|\leqslant |t|^{-1}\|(it-u)x\|. Mais alors, il vient

∥v(x)∥⩽(a+b∣t∣−1)∥(it−u)x∥ \|v(x)\|\leqslant (a+b|t|^{-1})\|(it-u)x\|

En particulier, posons x=R(u,it)yx= R(u, it)y pour y∈Ey\in E; on obtient

∥wt(y)∥⩽(a+b∣t∣−1)∥y∥ \|w_t(y)\|\leqslant (a+b|t|^{-1})\|y\|

On en déduit que wt∈L(E)w_t\in \mathscr{L}(E) et que ∥wt∥⩽a+∣t∣−1b\|w_t\|\leqslant a+|t|^{-1}b.

Puisque a<a < 1, il existe t∈R+∗t\in \mathbf{R}^*_+ tel que a+b∣t∣−1<1a+b|t|^{-1}<1. On a alors ∥wt∥<1\|w_t\|<1 et ∥w−t∥<1\|w_{-t}\|<1; les endomorphismes 1E−wt1_E-w_t et 1E−w−t1_E-w_{-t} de E sont donc inversibles (prop. 2 de I, p. 22). Comme on a la formule (1E−wt)∘(it−u)=it−(u+v)(1_E-w_t)\circ (it-u) =it-(u+v), cela implique que u+v−itu+v-it est surjectif ; de même, l’opérateur partiel u+v+itu+v+it est surjectif. Il en résulte que u+vu+v est auto-adjoint (prop. 11 de IV, p. 240).

12. Opérateurs à résolvante compacte

Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe de dimension infinie.

Proposition 19 0377

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Il existe une base orthonormale B=(ej)j∈JB = (e_j)_{j\in J} de E telle que uu est diagonal dans la base B et la valeur absolue de la famille des valeurs propres de uu tend vers l’infini suivant le filtre des complémentaires des parties finies de J ;

(ii) Pour tout λ\lambda appartenant à l’ensemble résolvant de uu, la résolvante R(u,λ)R(u, \lambda ) est compacte ;

(iii) Il existe un nombre complexe λ\lambda appartenant à l’ensemble résolvant de uu tel que la résolvante R(u,λ)R(u, \lambda ) est compacte ;

(iv) Le spectre de uu coïncide avec le spectre sensible de uu.

Supposons que (i) est vérifiée et soit (λj)j∈J(\lambda_j)_{j\in J} la famille des valeurs propres de uu. Soit μ\mu la mesure de comptage sur J. Le spectre de uu est l’image μ\mu-essentielle de la famille (λj)(\lambda_j) (prop. 22 de IV, p. 252) ; c’est l’ensemble des valeurs de cette famille. Pour tout λ∉\lambda \notin Sp(uu), la résolvante R(u,λ)R(u, \lambda ) est diagonale dans la base B et la famille de ses valeurs propres est ((λ−λj)−1)j∈J(((\lambda -\lambda_j)^{-1})_{j\in J}(loc. cit.). Puisque cette famille converge vers 0, l’endomorphisme R(u,λ)R(u, \lambda ) est compact (prop. 2, (iii) de IV, p. 148). Cela démontre que (i) implique (ii).

Comme l’ensemble résolvant de uu est non vide (cf. prop. 17 de IV, p. 248), les propriétés (ii) et (iii) sont équivalentes d’après la formule (8) de IV, p. 245 et la proposition 3 de III, p. 5.

Comme R(u,λ)R(u, \lambda ) est normal pour λ∉\lambda \notin Sp(uu) (prop. 16 de IV, p. 247), la condition (iii) implique (iv) d’après la prop. 15 de IV, p. 247 et la prop. 5 de III, p. 90.

Démontrons finalement que (iv) implique (i). Soit O\mathscr{O} l’ensemble des parties orthonormales de E formées de vecteurs propres pour uu. L’ensemble O\mathscr{O}, ordonné par l’inclusion, est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2) puisque O appartient à O\mathscr{O} si et seulement si les ensembles formés d’au plus deux éléments de O appartiennent à O\mathscr{O}. D’après E, III, p. 35, th. 1, il existe un élément maximal O de O\mathscr{O}. Notons F le sous-espace fermé de E engendré par O. Pour e∈Oe\in O, il existe un unique λ(e)∈R\lambda (e)\in \mathbf{R} tel que u(e)=λ(e)eu(e) =\lambda (e)e (prop. 17 de IV, p. 248).

L’ensemble des valeurs de l’application λ\lambda de O dans R\mathbf{R} coïncide avec le spectre de uu. En effet, d’une part cet ensemble est contenu dans le spectre de uu et d’autre part, s’il existe λ0∈\lambda_0\in Sp(uu) qui ne soit pas une valeur de λ\lambda, alors λ0\lambda_0 est une valeur propre de uu par hypothèse. Il existe un vecteur e∈e\in dom(uu) de norme 1 tel que u(e)=λ0eu(e) =\lambda_0e et e∉Oe \notin O; le sous-ensemble O∪{e}O\cup \{e\} est orthonormal (puisque des sous-espaces propres de uu relatifs à des valeurs propres distinctes sont orthogonaux d’après l’assertion b) du cor. de la prop. 17 de IV, p. 248) ; il appartient à O\mathscr{O}, contredisant la maximalité de O.

Supposons que F≠EF\not = E. Alors F∘F^{\circ} est non nul. L’endomorphisme R(u,i)R(u, i) de E est normal (prop. 16 de IV, p. 247). Il laisse stable le sous-espace F∘F^{\circ} de E (lemme 4 de I, p. 135). Soit vv l’endomorphisme de F∘F^{\circ} déduit de R(u,i)R(u, i) par passage aux sous-espaces. C’est un endomorphisme continu et normal de F∘(F^{\circ}(loc. cit.) dont le spectre est contenu dans celui de R(u,i)R(u, i). Comme F∘F^{\circ} est non nul, le spectre de vv est non vide (cor. 1 de I, p. 26). De plus, le spectre de vv n’est pas réduit à 0, puisque l’endomorphisme normal vv est non nul (exemple 1 de I, p. 110). Soit s∈s\in Sp(vv)−{0}-\{0\}. Comme ss appartient au spectre de R(u,i)R(u, i), il existe e∈Oe\in O tel que s=(i−λ(e))−1s= (i-\lambda (e))^{-1}, et ss est une valeur propre de R(u,i)R(u, i) (prop. 15, a) de IV, p. 247). Comme ss est non nul, c’est un point isolé de Sp(R(u,iu, i)) par hypothèse, donc aussi de Sp(vv). Ainsi, ss est une valeur propre de vv (prop. 5, c) de I, p. 134). Soit e∈F∘e\in F^{\circ} un vecteur propre de norme 1 de vv; c’est également un vecteur propre de uu (prop. 15, b) de IV, p. 247), et l’ensemble O∪{e}O\cup \{e\} contredit le fait que O est maximal dans O\mathscr{O}. On a donc F = E.

La famille des éléments de O est donc une base orthonormale de E formée de vecteurs propres de uu. Le spectre de uu est fermé dans R\mathbf{R}, et le spectre sensible est discret ; comme ces ensembles coïncident, l’ensemble des éléments λ∈\lambda \in Sp(uu) tels que ∣λ∣⩽R|\lambda |\leqslant R est compact, donc fini, pour tout R>0R>0. Ainsi la famille des valeurs absolues des valeurs propres de uu tend vers l’infini suivant le filtre des complémentaires des parties finies de O. Donc (iv) implique (i).

Définition 12 0378

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E. On dit que uu est à résolvante compacte si les conditions équivalentes de la prop. 19 sont satisfaites.

Proposition 20 0379

Soit uu un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Alors uu est à résolvante compacte si et seulement si l’injection canonique jj de l’espace hilbertien EuE_u dans E est compacte.

Supposons que uu est à résolvante compacte. Il existe λ∉\lambda \notin Sp(uu) tel que R(u,λ)R(u, \lambda ) est compacte (prop. 19, (iii)). Soit B la boule unité de l’espace hilbertien EuE_u. Puisque uu est une application linéaire continue de EuE_u dans E, le sous-ensemble B′=(λ1E−u)(B)B'= (\lambda 1_E-u)(B) de E est borné. Puisque R(u,λ)R(u, \lambda ) est compacte, le sous-ensemble B=R(u,λ)(B′)B = R(u, \lambda )(B') est relativement compact dans E (remarque 1 de III, p. 2). Cela démontre que jj est compacte.

Réciproquement, supposons que l’application linéaire jj est compacte. Le nombre complexe ii appartient à l’ensemble résolvant de uu (prop. 17 de IV, p. 248). On a u∘R(u,i)=−1E+iR(u,i)u\circ R(u, i) =-1_E+iR(u, i). Soit B la boule unité de E. Pour tout x∈Bx\in B, on a

∥u∘R(u,i)(x)∥=∥−x+iR(u,i)(x)∥⩽1+∥R(u,i)∥ \|u\circ R(u, i)(x)\|=\|-x+iR(u, i)(x)\|\leqslant 1 +\|R(u, i)\|

et par conséquent

∥R(u,i)x∥u2=∥R(u,i)x∥2+∥u∘R(u,i)x∥2 \|R(u, i)x\|^2_u=\|R(u, i)x\|^2+\|u\circ R(u, i)x\|^2
⩽∥R(u,i)∥2+(1+∥R(u,i)∥)2 \leqslant \|R(u, i)\|^2+ (1 +\|R(u, i)\|)^2

L’image C de B par R(u,i)R(u, i) est donc bornée dans EuE_u; comme jj est compacte par hypothèse, l’ensemble C=j(C)C =j(C) est relativement compact dans E (III, loc. cit.). Par conséquent, la résolvante R(u,i)R(u, i) est compacte et uu est à résolvante compacte (prop. 19, (iii)).

Corollaire 037A

Soient qq une forme partielle positive fermée sur E et uu l’opérateur auto-adjoint positif représentant qq. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’opérateur partiel uu est à résolvante compacte ;

(ii) L’endomorphisme positif √(1E+u)−1‾=(1E+u)−1/2\surd\overline{(1_E + u)^{-1}}= (1_E+u)^{-1/2} de E est compact;

(iii) L’injection canonique jj de l’espace hilbertien EqE_q (déf. 9 de IV, p. 292) dans E est compacte.

Comme uu est positif, le nombre réel −1-1 appartient à l’ensemble résolvant de uu (prop. 17 de IV, p. 248), donc l’endomorphisme positif v=√(1E+u)−1‾v=\surd\overline{(1_E + u)^{-1}} est défini, et on a v=(1E+u)−1/2v= (1_E+u)^{-1/2} d’après le calcul fonctionnel.

L’endomorphisme vv est compact si et seulement si v2=(1E+u)−1v^2= (1_E+u)^{-1} est compact (prop. 6 de III, p. 91), c’est-à-dire si et seulement si uu est à résolvante compacte (prop. 19, (iii)). Cela démontre que les conditions (i) et (ii) sont équivalentes.

Supposons que l’endomorphisme vv est compact. Soit B la boule unité de l’espace hilbertien EqE_q. Puisque (1E+u)1/2(1_E+u)^{1/2} est une application linéaire continue de EqE_q dans E (cor. du th. 3 de IV, p. 294), le sous-ensemble B′=(1E+u)1/2(B)B'= (1_E+u)^{1/2}(B) de E est borné, donc le sous-ensemble j(B)=B=v(B′)j(B) = B =v(B') est relativement compact dans E (remarque 1 de III, p. 2). Cela démontre que jj est compacte. Donc (ii) implique (iii).

L’application linéaire v~:x↦(1E+u)−1/2(x)\widetilde{v}:x\mapsto (1_E+u)^{-1/2}(x) de E dans EqE_q est bien définie et isométrique (cor. du th. 3 de IV, p. 294). Comme v=j∘v~v=j\circ \widetilde{v}, la condition (iii) implique (ii) (prop. 3 de III, p. 5).

Exemple 037B

Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. Soit U un ouvert de Rn\mathbf{R}^n. On munit U de la mesure de Lebesgue, notée μ\mu. Soit Δ l’opérateur différentiel scalaire −∑i=1n∂i2-\sum^n_{i=1}\partial_i^2 sur U. L’opérateur partiel Δ−\Delta_- de domaine D(U)\mathscr{D}(U) défini par φ↦Δ(φ)\varphi \mapsto \Delta (\varphi ) est fermable (prop. 13 de IV, p. 242) et symétrique (IV, p. 243). Il est positif, puisque pour tout φ∈D\varphi \in \mathscr{D}(U), on a

⟨φ∣Δ−(φ)⟩=∫Uφ‾Δ(φ)dμ=−∑i=1n∫Uφ∂i2φdμ \langle \varphi |\Delta_-(\varphi )\rangle =\int_U\overline{\varphi}\Delta (\varphi )d\mu=-\sum_{i=1}^n\int_U\varphi \partial_i^2\varphi d\mu
=∑i=1n∫U∂iφ∂iφdμ=∫U∑i=1n∣∂iφ∣2dμ⩾0 =\sum_{i=1}^n\int_U\partial_i\varphi \partial_i\varphi d\mu=\int_U\sum_{i=1}^n|\partial_i\varphi |^2d\mu\geqslant 0

On note ΔD\Delta_D l’extension de Friedrichs de l’opérateur partiel positif symétrique Δ−(\Delta_-(IV, p. 295, exemple) ; c’est un laplacien sur U, appelé laplacien de Dirichlet sur U.

Soit qq la forme partielle positive associée à ΔD\Delta_D. Le domaine de qq est l’espace hilbertien complété de D(U)\mathscr{D}(U) pour la forme hermitienne positive définie par

(φ1,φ2)↦∫Uφ‾1φ2+∑i=1n∫U∂iφ1‾∂iφ2 (\varphi_1, \varphi_2)\mapsto \int_U\overline{\varphi}_1\varphi_2+\sum_{i=1}^n\int_U\overline{\partial_i\varphi_1}\partial_i\varphi_2

pour tout (φ1,φ2)∈D(U)×D(U)(\varphi_1, \varphi_2)\in \mathscr{D}(U)\times \mathscr{D}(U). Autrement dit, le domaine de qq est l’espace de Sobolev H01(U)H^1_0(U) (no14^o14 de IV, p. 221).

Supposons que U est borné. L’injection canonique de H01(U)H^1_0(U) dans L2(U)L^2(U) est compacte ; le laplacien de Dirichlet sur U est donc un opérateur à résolvante compacte (cor. de la prop. 20). Comme l’espace hilbertien H01(U)H^1_0(U) est de type dénombrable (prop. 20 de IV, p. 222), et comme l’image de ΔD\Delta_D est de dimension infinie, il existe une suite croissante (λn)n⩾0(\lambda_n)_{n\geqslant 0} de nombre réels tendant vers +∞+\infty et une base orthonormale (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbf{N}} de L2L^2(U), dont les éléments appartiennent au domaine de ΔD\Delta_D, telle que ΔD(fn)=λnfn\Delta_D(f_n) =\lambda_nf_n pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}. On peut démontrer (« loi de Weyl ») que lorsque T tend vers +∞+\infty, on a

∑n∈N1∼cn(2π)nmTn/2 \sum_{n\in\mathbf{N}}1\sim \frac{c_n}{(2\pi)^n}mT^{n/2}
λn⩽T\lambda_n\leqslant T

où cn=πn/2/Γ(1+n/2)c_n=\pi^{n/2}/\Gamma (1 +n/2) est le volume de la boule unité dans Rn\mathbf{R}^n (INT, V, p. 101, § 8, no7^o7) et m>0m >0 est la mesure de Lebesgue de U.

Exercices

Sauf mention du contraire, les espaces hilbertiens ci-dessous sont supposés complexes.

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.