Bourbaki

§ 1. Opérateurs compacts sur un espace hilbertien

Dans ce paragraphe, K est un corps égal à R\mathbf{R} ou C\mathbf{C} et E désigne un espace hilbertien sur le corps K.

1. Endomorphismes diagonaux

Définition 1 02W8

Soit B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de E. Un endomorphisme uu est dit diagonal dans la base B ou diagonal relativement à B s’il existe une famille λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I} d’éléments de K tels que u(ei)=λieiu(e_i) =\lambda_ie_i pour tout i∈Ii\in I.

Soit B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de E. On note DB(E)\mathscr{D}_B(E) l’ensemble des endomorphismes de E qui sont diagonaux relativement à B. C’est une sous-algèbre commutative unifère fermée de L(E)\mathscr{L}(E). Soit u∈DB(E)u\in \mathscr{D}_B(E). La famille λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I} telle que u(ei)=λieiu(e_i) =\lambda_ie_i est déterminée de manière unique par uu et par la base B, et on dit que c’est la famille des valeurs propres de uu relativement à B.

Supposons que K=RK =\mathbf{R} et identifions E à un sous-espace de E(C)E_{(\mathbf{C})}. Soit B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormée de E. Notons B(C)B_{(\mathbf{C})} la base orthonormée (1⊗ei)i∈I(1\otimes e_i)_{i\in I} de E(C)(E_{(\mathbf{C})}(cf. EVT, V, p. 29, cor. 1). L’application u↦u(C)u\mapsto u_{(\mathbf{C})} induit un morphisme injectif d’algèbres de DB(E)\mathscr{D}_B(E) dans DB(C)(E(C))\mathscr{D}_{B_{(\mathbf{C})}}(E_{(\mathbf{C})}); son image est l’ensemble des u∈DB(C)(E(C))u\in \mathscr{D}_{B_{(\mathbf{C})}}(E_{(\mathbf{C})}) tel que u(E)⊂Eu(E)\subset E, autrement dit l’ensemble des uu diagonaux dans la base B(C)B_{(\mathbf{C})} dont les valeurs propres sont réelles.

Pour tout i∈Ii\in I, on note pip_i l’orthoprojecteur de E d’image KeiKe_i. On a ∥pi∥=1\|p_i\|= 1 pour tout i∈Ii\in I. L’endomorphisme pip_i est diagonal dans la base B, la famille de ses valeurs propres est la famille (δij)j∈I(\delta_{ij})_{j\in I} (symbole de Kronecker, cf. A, II, p. 24).

Soit B′=(fi)i∈IB'= (f_i)_{i\in I} une base orthonormale de E et u:E→Eu: E\rightarrow E l’isomorphisme isométrique tel que u(fi)=eiu(f_i) =e_i. Alors DB′(E)=u−1DB(E)u\mathscr{D}_{B'}(E) =u^{-1}\mathscr{D}_B(E)u.

On munit I de la topologie discrète et on note B(I)=Cb(I;K)\mathscr{B}(I) =\mathscr{C}_b(I; K) l’algèbre de Banach unifère des fonctions bornées sur I à valeurs dans K (exemple 2 de I, p. 17) ; si K=CK =\mathbf{C}, c’est une algèbre stellaire (exemple 2 de I, p. 102).

Lemme 1 02W9

Soit u∈DB(E)u\in \mathscr{D}_B(E) et λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I} la famille de ses valeurs propres. La famille λ\lambda est bornée et l’on a supi∣λi∣=∥u∥_i|\lambda_i|=\|u\|.

On a ∣λi∣⩽∥u∥|\lambda_i|\leqslant \|u\| pour tout ii, d’où supi∈I∣λi∣⩽∥u∥_{i\in I}|\lambda_i|\leqslant \|u\|. Comme de plus

∥u(x)∥2=∑i∈I∣λi∣2∣⟨ei∣x⟩∣2⩽(\|u(x)\|^2=\sum_{i\in I}|\lambda_i|^2|\langle e_i|x\rangle |^2\leqslant (supi∈I∣λi∣2)∥x∥2_{i\in I}|\lambda_i|^2)\|x\|^2

pour tout x∈Ex\in E (EVT, V, p. 22, prop. 5), il vient ∥u∥=\|u\|= sup∣λi∣|\lambda_i|.

Proposition 1 02WA

a) L’application α\alpha de DB(E)\mathscr{D}_B(E) dans B(I)\mathscr{B}(I) qui à un endomorphisme diagonal uu associe la famille des valeurs propres de uu est un isomorphisme isométrique d’algèbres de Banach sur K. Si K=CK =\mathbf{C}, c’est un morphisme d’algèbres involutives ;

b) Pour toute famille bornée λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I}, la famille (λipi)i∈I(\lambda_ip_i)_{i\in I} est sommable dans l’espace L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie de la convergence simple, et la somme de cette famille est l’unique application u∈DB(E)u\in \mathscr{D}_B(E) telle que α(u)=λ\alpha (u) =\lambda;

c) Soit u∈DB(E)u\in \mathscr{D}_B(E) et soit λ\lambda la famille de ses valeurs propres relativement à B. Le spectre de uu est l’adhérence dans K de l’ensemble des valeurs de λ\lambda;

d) Si K = C\mathbf{C}, alors l’application de calcul fonctionnel continu de C\mathscr{C} (Sp(uu)) dans L(E)\mathscr{L}(E) associe à une fonction continue f∈Cf\in \mathscr{C} (Sp(uu)) l’endomorphisme α(f∘λ)\alpha (f\circ \lambda ) dans DB(E)\mathscr{D}_B(E).

D’après le lemme 1, la famille des valeurs propres d’un endomorphisme diagonal dans B est bornée et l’application de DB(E)\mathscr{D}_B(E) dans B(I)\mathscr{B}(I) ainsi définie est un morphisme continu isométrique d’algèbres de Banach unifères.

Soit i∈Ii\in I. Pour tout j∈Ij\in I, on a ⟨u∗(ei)∣ej⟩=λj⟨ei∣ej⟩=⟨λj‾ei∣ej⟩\langle u^*(e_i)|e_j\rangle =\lambda_j\langle e_i|e_j\rangle =\langle \overline{\lambda_j}e_i|e_j\rangle. Il en résulte que u∗(ei)=λ‾ieiu^*(e_i) =\overline{\lambda}_ie_i. L’adjoint de uu est donc l’endomorphisme diagonal dans la base B dont (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} est la famille des valeurs propres. L’assertion a) en résulte.

Soit λ=(λi)i∈I∈B(I)\lambda = (\lambda_i)_{i\in I}\in \mathscr{B}(I). Pour tout x∈Ex\in E, la famille (∣⟨ei∣x⟩∣2)i∈I(|\langle e_i|x\rangle |^2)_{i\in I} est sommable, de somme ∥x∥2\|x\|^2 (EVT, V, p. 22, prop. 5), d’où, pour tout sous-ensemble fini J de I :

∥∑i∈Jλipi(x)∥2=∑i∈J∣λi∣2∣⟨ei∣x⟩∣2⩽(\|\sum_{i\in J}\lambda_ip_i(x)\|^2=\sum_{i\in J}|\lambda_i|^2|\langle e_i|x\rangle |^2\leqslant (supi∈I∣λi∣2)(∑j∈J∣⟨ei∣x⟩∣2_{i\in I}|\lambda_i|^2)(\sum_{j\in J}|\langle e_i|x\rangle |^2

⩽(\leqslant (supi∈I∣λi∣)2∥x∥2_{i\in I}|\lambda_i|)^2\|x\|^2.

Par conséquent, la famille (λipi)(\lambda_ip_i) est sommable dans L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie de la convergence simple. Sa somme uλu_{\lambda} vérifie uλ(ei)=λieiu_{\lambda}(e_i) =\lambda_ie_i; c’est donc un endomorphisme diagonal dans la base B, de valeurs propres λ\lambda. L’assertion b) en résulte.

Les dernières assertions résultent de a), de l’exemple 3 de I, p. 17 et de l’exemple 4 de I, p. 111.

Remarque 02WB

L’algèbre de Banach DB(E)\mathscr{D}_B(E) est une sous-algèbre fermée commutative maximale de L(E)\mathscr{L}(E). En effet, soit uu un endomorphisme de E qui commute avec DB(E)\mathscr{D}_B(E). Soit i∈Ii\in I. Comme le projecteur orthogonal pip_i est diagonal dans la base B, on a pi(u(ei))=u(pi(ei))=u(ei)p_i(u(e_i)) =u(p_i(e_i)) =u(e_i), ce qui implique que u(ei)u(e_i) est proportionnel à eie_i. Ainsi uu est diagonal dans la base B.

Si E est de dimension infinie, il existe des sous-algèbres involutives commutatives maximales de L(E)\mathscr{L}(E) qui ne sont pas isomorphes à DB(E)\mathscr{D}_B(E) (exercice 5 de IV, p. 314).

Proposition 2 02WC

Soient u∈DB(E)u\in \mathscr{D}_B(E) et λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I} la famille de ses valeurs propres.

a) Les conditions suivantes sont équivalentes:

(i) On a λ∈C0(I;K)\lambda \in \mathscr{C}_0(I; K);

(ii) L’endomorphisme uu est compact ;

(iii) La famille (λipi)i∈I(\lambda_ip_i)_{i\in I} est sommable dans l’espace de Banach

L(E)\mathscr{L}(E). Sa somme est alors égale à uu.

b) Supposons que uu est compact et notons Λ l’ensemble des valeurs de λ\lambda. L’ensemble des i∈Ii\in I tels que λi≠0\lambda_i\not = 0 est dénombrable. Si E est de dimension infinie, on a Sps(u)=Λ−{0}_s(u) = \Lambda -\{0\} et Sp(uu) =Λ∪{0}= \Lambda \cup \{0\}. Si E est de dimension finie, alors Sps(u)=_s(u) = Sp(uu) =Λ= \Lambda.

D’après le lemme 1, on a ∥∑j∈Jλjpj∥=\|\sum_{j\in J}\lambda_jp_j\|= supj∈J∣λj∣_{j\in J}|\lambda_j| pour toute partie finie J de I. Il en résulte, d’après le critère de Cauchy, que la famille (λipi)(\lambda_ip_i) est sommable dans L(E)\mathscr{L}(E) si et seulement si la famille λ\lambda tend vers 0 à l’infini, ce qui implique que les conditions (i) et (iii) sont équivalentes.

La condition (iii) implique que uu est compact (corollaire de la proposition 2 de III, p. 4). Réciproquement, supposons que l’endomorphisme uu est compact. La famille B étant bornée dans E, son image par uu dans E est relativement compacte dans E (III, p. 2), donc précompacte. Soit ε>0\varepsilon >0 et J un sous-ensemble fini de I tel que l’image de B par uu est contenue dans la réunion des boules de rayon ε\varepsilon et de centre u(ej)u(e_j) pour j∈Jj\in J. Soit i∈Ii\in I - J. Il existe j∈Jj\in J tel que ∥u(ei)−u(ej)∥⩽ε\|u(e_i)-u(e_j)\|\leqslant \varepsilon, donc

∣λi∣2⩽∣λi∣2+∣λj∣2=∥u(ei)−u(ej)∥2⩽ε2 |\lambda_i|^2\leqslant |\lambda_i|^2+|\lambda_j|^2=\|u(e_i)-u(e_j)\|^2\leqslant \varepsilon^2

Par conséquent, on a λ∈C0(I;K)\lambda \in \mathscr{C}_0(I; K), c’est-à-dire la condition (i).

Enfin, le spectre de uu et son spectre sensible sont calculés en fonction de λ\lambda en utilisant la prop. 1, c) et la proposition 5 de III, p. 90.

Remarque 02WD

Lorsque I est infini, la condition λ∈C0(I;K)\lambda \in \mathscr{C}_0(I; K) peut aussi s’énoncer « la famille λ\lambda tend vers 0 selon le filtre des complémentaires des parties finies de I. »

2. Diagonalisation des endomorphismes compacts

Théorème 1 02WE

Supposons K=CK =\mathbf{C}. Soit uu un endomorphisme compact et normal de E. Il existe une base orthonormale B de E telle que uu est diagonal dans la base B.

L’ensemble Sps(u)_s(u) est dénombrable, et il ne contient pas 0 si E est de dimension infinie (III, p. 90, prop. 5, b)). Pour tout élément λ∈\lambda \in Sps(u)_s(u), notons NλN_{\lambda} le nilespace de u−λ1Eu-\lambda 1_E. Il est de dimension finie (loc. cit.) et, puisque uu est normal, il coïncide avec l’espace propre de uu relatif à λ\lambda (EVT, V, p. 43, cor. de la prop. 8). Les espaces NλN_{\lambda} sont deux à deux orthogonaux (I, p. 132, no5^o5).

Soit F le sous-espace de E somme hilbertienne des espaces NλN_{\lambda} pour λ∈\lambda \in Sps(u)−{0}_s(u)-\{0\}. C’est un espace de type dénombrable, stable par uu puisque chaque sous-espace NλN_{\lambda} est stable par uu. Comme NλN_{\lambda} est aussi l’espace propre de u∗u^* relatif à λ‾\overline{\lambda} (EVT, V, loc. cit.), l’endomorphisme uu induit un endomorphisme u~\widetilde{u} de F∘F^{\circ} par passage aux sous-espaces. L’endomorphisme u~\widetilde{u} est compact (prop. 3 de III, p. 5) et normal (lemme 4 de I, p. 135). Par construction, le spectre sensible de u~\widetilde{u} est contenu dans {0}\{0\} (en effet, tout vecteur propre pour u~\widetilde{u} en serait un pour uu, donc appartiendrait à l’un des espaces NλN_{\lambda} si la valeur propre correspondante était non nulle). Ainsi le rayon spectral de u~\widetilde{u} est nul, d’où u~=0\widetilde{u}= 0 puisque u~\widetilde{u} est normal (cor. 1 de I, p. 108). On a donc F∘⊂F^{\circ}\subset Ker(uu).

Pour tout λ∈\lambda \in Sps(u)_s(u), soit BλB_{\lambda} une base orthonormale de NλN_{\lambda} et (ej)j∈J(e_j)_{j\in J} la famille réunion des BλB_{\lambda}; c’est une base orthonormale de F. Soit B la réunion de (ej)j∈J(e_j)_{j\in J} et d’une base orthonormale de F∘F^{\circ}. C’est une base orthonormale de E et uu est diagonal dans la base B.

Corollaire 1 02WF

Soit uu un endomorphisme compact hermitien de E. Il existe une base orthonormale B de E telle que uu est diagonal dans la base B et ses valeurs propres sont réelles.

Si K=CK =\mathbf{C}, cela résulte aussitôt du théorème. Supposons K=RK =\mathbf{R}. L’espace E est une R\mathbf{R}-structure sur E(C)(E_{(\mathbf{C})}(cf. A, II, p. 119). L’endomorphisme u(C)u_{(\mathbf{C})} de E(C)E_{(\mathbf{C})} est compact (remarque 4 de III, p. 2) et hermitien. Soient B=(ej)j∈JB = (e_j)_{j\in J} une base orthonormale de E(C)E_{(\mathbf{C})} telle que u(C)∈DB(E(C))u_{(\mathbf{C})}\in \mathscr{D}_B(E_{(\mathbf{C})}) et λ\lambda la famille des valeurs propres de u(C)u_{(\mathbf{C})} (théorème 1). On a λ∈RJ(\lambda \in \mathbf{R}^J(I, p. 106, prop. 4) ; comme l’application linéaire u(C)u_{(\mathbf{C})} est R\mathbf{R}-rationnelle, le sous-espace propre de u(C)u_{(\mathbf{C})} relatif à λj\lambda_j est R\mathbf{R}-rationnel pour tout j∈J(j\in J (cf. A, V, p. 60, prop. 6). Il en existe donc une base appartenant à E, et a fortiori, il en existe une base orthonormale dans E. La réunion de ces bases est une base orthonormale BRB_{\mathbf{R}} de E telle que u∈DBR(E)u\in \mathscr{D}_{B_{\mathbf{R}}}(E).

Corollaire 2 02WG

Soit F un espace hilbertien et soit uu une application linéaire continue compacte de E dans F. Il existe un ensemble dénombrable I, une base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} de l’espace initial Ker(uu)∘^{\circ} de uu, une famille orthonormale (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} de F et une famille (αi)i∈I∈(R+∗)I(\alpha_i)_{i\in I}\in (\mathbf{R}^*_+)^I telles que u(ei)=αifiu(e_i) =\alpha_if_i pour tout i∈Ii\in I.

Soit v=u∗∘uv=u^*\circ u. C’est un endomorphisme compact (III, p. 5, prop. 3) et positif, donc hermitien, de E. D’après le corollaire 1, il existe une base orthonormale (ej)j∈J(e_j)_{j\in J} de E telle que vv est diagonal dans cette base. La famille (λj)j∈J(\lambda_j)_{j\in J} de ses valeurs propres est contenue dans R+J\mathbf{R}_+^J. Posons αj=√λj‾\alpha_j=\surd\overline{\lambda_j} pour tout j∈Jj\in J. Soit I l’ensemble des j∈Jj\in J tels que αj≠0\alpha_j\not = 0. C’est un ensemble dénombrable puisque vv est compact. La famille (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} est une base orthonormale de l’espace initial de vv, qui est l’espace initial Ker(uu)∘^{\circ} de uu (EVT, V, p. 43, prop. 8). Posons fi=1αiu(ei)f_i=\frac{1}{\alpha_i}u(e_i) pour i∈Ii\in I. Quels que soient ii et jj dans I, on a

⟨fi∣fj⟩=1αiαj⟨u(ei)∣u(ej)⟩=1αiαj⟨v(ei)∣ej⟩=λiαiαj⟨ei∣ej⟩ \langle f_i|f_j\rangle =\frac{1}{\alpha_i\alpha_j}\langle u(e_i)|u(e_j)\rangle =\frac{1}{\alpha_i\alpha_j}\langle v(e_i)|e_j\rangle =\frac{\lambda_i}{\alpha_i\alpha_j}\langle e_i|e_j\rangle

d’où il résulte que la famille (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} est orthonormale dans F. Le corollaire en résulte, puisque u(ei)=αifiu(e_i) =\alpha_if_i pour tout i∈Ii\in I.

Définition 2 02WH

Avec les notations du corollaire, la famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} est la famille des valeurs singulières de uu, relative à la base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} de l’espace initial de uu.

Remarque 1 02WI

Ce corollaire généralise le th. 2 de EVT, V, p. 54, qui correspond aux applications de Hilbert–Schmidt.

Remarque 2 02WJ

Avec les notations du corollaire, on a la formule

u(x)=∑i∈Iαi⟨ei∣x⟩fi(1) u(x) =\sum_{i\in I}\alpha_i\langle e_i|x\rangle f_i \tag{1}

pour tout x∈Ex\in E.

Remarque 3 02WK

Soit uu un endomorphisme compact positif de E. Soit B=(fi)i∈IB = (f_i)_{i\in I} une base orthonormale de E telle que uu est diagonal dans la base B (théorème 1), et soit (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} la famille des valeurs propres de uu dans cette base. Soit J l’ensemble des i∈Ii\in I tels que λi>0\lambda_i>0; la famille (ei)i∈J(e_i)_{i\in J} est une base orthonormale de l’espace Ker(uu)∘^{\circ}. Pour tout i∈Ji\in J, posons ei=fie_i=f_i et αi=λi\alpha_i=\lambda_i. Il vient u(ei)=αifi:u(e_i) =\alpha_if_i: la famille (αi)i∈J(\alpha_i)_{i\in J} est la famille des valeurs singulières de uu relative à la base (ei)i∈J(e_i)_{i\in J}.

3. Suite décroissante des valeurs propres

Dans ce numéro, on suppose que K=CK =\mathbf{C}.

On note N‾=N∪{+∞}⊂R‾\overline{\mathbf{N}}=\mathbf{N}\cup \{+\infty \} \subset \overline{\mathbf{R}}. Dans ce numéro, on dira qu’un espace vectoriel E est de dimension +∞∈N‾+\infty \in \overline{\mathbf{N}} si E n’est pas de dimension finie.

Soit IE⊂NI_E\subset \mathbf{N} l’ensemble des dimensions des sous-espaces de dimension finie F de E tels que F≠EF\not = E. On a IE=NI_E=\mathbf{N} si E est de dimension infinie, et sinon IE={0,...I_E=\{0, . . ., dim(E) −1}-1\}. On notera I=IEI = I_E lorsqu’aucune confusion ne pourra en résulter.

Soit uu un endomorphisme compact et positif (en particulier hermitien) de E. Le spectre sensible de uu est l’ensemble des valeurs d’une suite strictement décroissante (νk)0⩽k<Card(Sps(u))(\nu_k)_{0\leqslant k<Card(Sp_s(u))} de nombres réels positifs (cf. prop. 5 de III, p. 90). Pour tout entier kk tel que 0⩽k<0\leqslant k < Card(Sps(u)_s(u)), on note nk⩾1n_k\geqslant 1 la multiplicité spectrale de νk\nu_k. Soit M∈N‾M\in \overline{\mathbf{N}} la somme des multiplicités spectrales nkn_k; c’est la dimension de l’image de uu. On a M⩽M\leqslant Card(I).

Pour 0⩽n<M0\leqslant n <M, on définit λn(u)=νk\lambda_n(u) =\nu_k, où k⩾0k\geqslant 0 est l’unique entier tel que

n0+⋯+nk−1⩽n<n0+⋯+nk n_0+\cdots +n_{k-1}\leqslant n < n_0+\cdots +n_k

On pose λn(u)=0\lambda_n(u) = 0 si n∈In\in I vérifie n⩾Mn\geqslant M. Ce cas ne peut se présenter que si I=NI =\mathbf{N} et si Sps(u)_s(u) est fini (ou, ce qui revient au même, si E est de dimension infinie et uu est de rang fini).

La suite (λn(u))n∈I(\lambda_n(u))_{n\in I} est décroissante ; pour tout λ∈\lambda \in Sps(u)_s(u), le nombre d’entiers nn tels que λn(u)=λ\lambda_n(u) =\lambda est égal à la multiplicité spectrale de la valeur propre λ\lambda de uu.

On dit, par abus de langage, que (λn(u))n∈J(\lambda_n(u))_{n\in J} est la suite décroissante des valeurs propres de uu répétées avec leurs multiplicités.

Proposition 3 02WL

Soit uu un endomorphisme compact positif de E. Il existe une famille orthonormale (en)n∈I(e_n)_{n\in I} dans E telle que, pour tout x∈Ex\in E, l’on ait

u(x)=∑n∈Iλn(u)⟨en∣x⟩en,⟨x∣u(x)⟩=∑n∈Iλn(u)∣⟨en∣x⟩∣2 u(x) =\sum_{n\in I}\lambda_n(u)\langle e_n|x\rangle e_n,\langle x|u(x)\rangle =\sum_{n\in I}\lambda_n(u)|\langle e_n|x\rangle |^2

Soit B=(fj)j∈JB = (f_j)_{j\in J} une base orthonormale de E dans laquelle uu est diagonal (cor. 1 de IV, p. 150) et (λj)j∈J(\lambda_j)_{j\in J} la famille des valeurs propres de uu dans la base B. Soit J′J' l’ensemble des j∈Jj\in J tels que λj\lambda_j appartient au spectre sensible de uu.

Pour chaque λ∈\lambda \in Sps(u)_s(u), il existe une bijection entre les entiers nn tels que 0⩽n<M0\leqslant n <M et λn(u)=λ\lambda_n(u) =\lambda et les j∈J′j\in J' tels que λj=λ\lambda_j=\lambda, car ces deux ensembles ont comme cardinal la multiplicité spectrale de λ\lambda. Un choix de telles bijections pour tout λ\lambda définit une bijection ι\iota de l’ensemble des entiers tels que 0⩽n<M0\leqslant n <M dans l’ensemble J′J'. On définit la suite (en)0⩽n<M(e_n)_{0\leqslant n<M} dans E en posant en=fι(n)e_n=f_{\iota(n)} pour 0⩽n<M0\leqslant n <M. C’est une famille orthonormale dans E.

Dans le cas où M << Card(I) =+∞= +\infty, l’espace F engendré par {e0,...,eM−1}\{e_0, . . . , e_{M-1}\} est de dimension finie et son orthogonal F∘F^{\circ} est de dimension infinie ; on choisit pour (en)n⩾M(e_n)_{n\geqslant M} une famille orthonormale dans F∘F^{\circ}.

Pour tout x∈Ex\in E, on a

u(x)=∑j∈J′λj⟨fj∣x⟩fj=∑0⩽n<Mλn(u)⟨en∣x⟩en u(x) =\sum_{j\in J'}\lambda_j\langle f_j|x\rangle f_j=\sum_{0\leqslant n<M}\lambda_n(u)\langle e_n|x\rangle e_n

puisque u(fj)=0u(f_j) = 0 lorsque j∈Jj\in J - J′J'. Si n∈In\in I vérifie n⩾Mn\geqslant M, on a λn(u)=0\lambda_n(u) = 0, et on obtient la première formule de la proposition. La seconde en résulte.

Proposition 4 02WM

Soit uu un endomorphisme compact positif de E. Soit f∈C(R+)f\in \mathscr{C}(\mathbf{R}_+) une application continue croissante telle que f(0)=0f(0) = 0.

L’endomorphisme f(u)f(u) est compact et positif et, pour tout n∈IEn\in I_E, on a λn(f(u))=f(λn(u))\lambda_n(f(u)) =f(\lambda_n(u)).

L’endomorphisme f(u)f(u) est compact et positif d’après la prop. 6, b) de III, p. 91 et la prop. 15, a) de I, p. 117. Le spectre de f(u)f(u) est l’image par ff du spectre de uu (cor. 2 de I, p. 111). Si λ∈\lambda \in Sps(f(u))_s(f(u)), la multiplicité spectrale de λ\lambda est la somme des multiplicités spectrales des μ∈\mu\in Sp(uu) tels que f(μ)=λf(\mu) =\lambda (cor. 2 de III, p. 84). Comme ff est croissante, la suite (f(λn(u)))n∈IE(f(\lambda_n(u)))_{n\in I_E} est décroissante. L’assertion résulte alors de la définition de la suite (λn(f(u)))n∈IE(\lambda_n(f(u)))_{n\in I_E}.

4. Caractérisations variationnelles des valeurs propres

Dans ce numéro, on suppose que K=CK =\mathbf{C}.

Soient uu un endomorphisme compact et positif de E et (λn(u))n∈IE(\lambda_n(u))_{n\in I_E} la suite décroissante des valeurs propres de uu. On pose I=IEI = I_E.

Pour tout sous-espace fermé F de E, on note

rF(u)=r_F(u) = inf ⟨x∣u(x)⟩2,RF(u)=\frac{\langle x|u(x)\rangle}{2},R_F(u) = sup ⟨x∣u(x)⟩2\frac{\langle x|u(x)\rangle}{2},

x∈F−{0}∥x∥x∈F∘−{0}∥x∥ _{x\in F-\{0\}}\|x\|x_{\in F^{\circ-}\{0\}}\|x\|

où la borne inférieure (resp. la borne supérieure) est prise dans [0,+∞][0,+\infty ].

Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on note Fn\mathscr{F}_n l’ensemble des sous-espaces vectoriels F⊂EF\subset E de dimension nn. On dit qu’un sous-espace F∈FnF\in \mathscr{F}_n est adapté à uu s’il admet une base orthonormale (fi)0⩽i⩽n−1(f_i)_{0\leqslant i\leqslant n-1} telle que u(fi)=λi(u)fiu(f_i) =\lambda_i(u)f_i pour 0⩽i⩽n−10\leqslant i\leqslant n-1.

Proposition 5 02WN

Soit n∈In\in I.

a) Pour tout sous-espace F∈Fn+1F\in \mathscr{F}_{n+1} adapté à uu, on a λn(u)=rF(u)\lambda_n(u) =r_F(u);

b) Pour tout sous-espace F∈FnF\in \mathscr{F}_n adapté à uu, on a λn(u)=RF(u)\lambda_n(u) = R_F(u).

Soit F∈Fn+1F\in \mathscr{F}_{n+1} un sous-espace adapté à uu, et (fi)0⩽i⩽n(f_i)_{0\leqslant i\leqslant n} une base orthonormale de F telle que u(fi)=λi(u)fiu(f_i) =\lambda_i(u)f_i pour tout ii. Pour tout xx dans F, on a

⟨x∣u(x)⟩=∑0⩽i⩽nλi(u)∣⟨fi∣x⟩∣2⩾λn(u)∑0⩽i⩽n∣⟨fi∣x⟩∣2=λn(u)∥x∥2 \langle x|u(x)\rangle =\sum_{0\leqslant i\leqslant n}\lambda_i(u)|\langle f_i|x\rangle |^2\geqslant \lambda_n(u)\sum_{0\leqslant i\leqslant n}|\langle f_i|x\rangle |^2=\lambda_n(u)\|x\|^2

avec égalité si x=fnx=f_n. Cela implique que rF(u)=λn(u)r_F(u) =\lambda_n(u), d’où l’assertion a).

Soit F∈FnF\in \mathscr{F}_n un sous-espace adapté à uu. Le sous-espace fermé F∘F^{\circ} est non nul (car n=n= dim(F) << dim(E)) et stable par uu; l’endomorphisme u~\widetilde{u} de F∘F^{\circ} déduit de uu par passage aux sous-espaces est compact et positif.

On a Sp(u~\widetilde{u})⊂\subset Sp(uu). On a de plus Sp(u~\widetilde{u})⊂[0,λn(u)]\subset [0, \lambda_n(u)]. En effet, il suffit de vérifier que λ⩽λn(u)\lambda \leqslant \lambda_n(u) pour tout λ∈\lambda \in Sps(u~)_s(\widetilde{u}). Le nombre λ\lambda est alors une valeur propre de uu, donc il existe j∈Ij\in I tel que λ=λj(u)\lambda =\lambda_j(u). L’espace propre de uu relatif à λj(u)\lambda_j(u) n’est donc pas contenu dans F, ce qui implique que λj(u)⩽λn(u)\lambda_j(u)\leqslant \lambda_n(u).

Supposons que λn(u)>0\lambda_n(u)>0. L’espace propre de uu relatif à λn(u)\lambda_n(u) n’est alors pas contenu dans F, et λn(u)\lambda_n(u) appartient donc au spectre sensible de u~\widetilde{u}. On en déduit que sup(Sp(u~\widetilde{u})) =λn(u)=\lambda_n(u). Si λn(u)=0\lambda_n(u) = 0, on a le même résultat puisque le spectre de u~\widetilde{u} est alors réduit à {0}\{0\}.

Par ailleurs, on a par définition RF(u)=R{0}(u~)R_F(u) = R_{\{0\}}(\widetilde{u}), et finalement R{0}(u~)=R_{\{0\}}(\widetilde{u}) = sup(Sp(u~\widetilde{u})) d’après la prop. 9 de I, p. 139, a). L’assertion b) est démontrée.

Proposition 6 02WO

Pour tout n∈In\in I, on a

λn(u)=\lambda_n(u) = supF∈Fn+1rF(u)=_{F\in\mathscr{F}_{n+1}}r_F(u) = infF∈FnRF(u)_{F\in\mathscr{F}_n}R_F(u).

Soit (en)n∈I(e_n)_{n\in I} une famille orthonormale ayant la propriété de la prop. 3 de IV, p. 152. Pour tout entier tel que 1⩽n<M+11\leqslant n <M + 1, soit Fn∈FnF_n\in \mathscr{F}_n le sous-espace de dimension nn de E engendré par (e0,...,en−1)(e_0, . . . , e_{n-1}); par construction, l’espace FnF_n est adapté à uu. D’après la prop. 5, on a donc

λn(u)=rFn+1(u)=RFn(u)(2) \lambda_n(u) =r_{F_{n+1}}(u) = R_{F_n}(u) \tag{2}

Soit n∈In\in I. Soit F∈Fn+1F\in \mathscr{F}_{n+1}. La restriction à F de l’orthoprojecteur sur FnF_n n’est pas injective, donc il existe x≠0x\not = 0 dans F orthogonal à FnF_n. Comme x∈Fn∘x\in F^{\circ}_n, on a alors (prop. 3 de IV, p. 152)

⟨x∣u(x)⟩=∑m∈Iλm(u)∣⟨em∣x⟩∣2 \langle x|u(x)\rangle =\sum_{m\in I}\lambda_m(u)|\langle e_m|x\rangle |^2
m⩾nm\geqslant n
⩽λn(u)∑mm⩾∈nI∣⟨em∣x⟩∣2=λn(u)∥x∥2 \leqslant \lambda_n(u)\sum_{mm\geqslant\in nI}|\langle e_m|x\rangle |^2=\lambda_n(u)\|x\|^2

Cela démontre que rF(u)⩽λn(u)r_F(u)\leqslant \lambda_n(u), d’où en particulier l’inégalité

(3) Fsup∈Fn+1rF(u)⩽λn(u)_{\in\mathscr{F}_{n+1}}r_F(u)\leqslant \lambda_n(u).

Soit F∈FnF\in \mathscr{F}_n. La restriction à Fn+1F_{n+1} de l’orthoprojecteur sur F n’est pas injective, donc il existe un vecteur x≠0x\not = 0 dans Fn+1F_{n+1} orthogonal à F. Comme x∈Fn+1x\in F_{n+1}, on a (loc. cit.)

⟨x∣u(x)⟩=∑0⩽m⩽nλm(u)∣⟨em∣x⟩∣2 \langle x|u(x)\rangle =\sum_{0\leqslant m\leqslant n}\lambda_m(u)|\langle e_m|x\rangle |^2
⩾λn(u)∑0⩽m⩽n∣⟨em∣x⟩∣2=λn(u)∥x∥2 \geqslant \lambda_n(u)\sum_{0\leqslant m\leqslant n}|\langle e_m|x\rangle |^2=\lambda_n(u)\|x\|^2

et donc RF(u)⩾λn(u)R_F(u)\geqslant \lambda_n(u). En particulier, il vient

(4) Finf∈FnRF(u)⩾λn(u)_{\in\mathscr{F}_n}R_F(u)\geqslant \lambda_n(u).

Au vu des formules (2), (3) et (4), la proposition est démontrée.

5. Applications de la caractérisation variationnelle des valeurs propres

Dans ce numéro, on considère des espaces hilbertiens sur C\mathbf{C}.

Proposition 7 02WP

Soient uu et vv des endomorphismes compacts positifs de E.

a) On a ∣λn(u)−λn(v)∣⩽∥u−v∥|\lambda_n(u)-\lambda_n(v)|\leqslant \|u-v\| pour tout n∈In\in I;

b) Si u⩽vu\leqslant v, alors λn(u)⩽λn(v)\lambda_n(u)\leqslant \lambda_n(v) pour tout n∈In\in I.

Soit n∈In\in I et soit F un sous-espace vectoriel de dimension nn de E. Pour tout x∈Fx\in F, on a

∣⟨x∣v(x)⟩−⟨x∣u(x)⟩∣⩽∥u−v∥∥x∥2 |\langle x|v(x)\rangle - \langle x|u(x)\rangle |\leqslant \|u-v\| \|x\|^2

donc les inégalités

RF(v)−∥u−v∥⩽RF(u)⩽RF(v)+∥u−v∥ R_F(v)- \|u-v\|\leqslant R_F(u)\leqslant R_F(v) +\|u-v\|

L’assertion a) en découle d’après la proposition 6 de IV, p. 154.

Si u⩽vu\leqslant v, on a ⟨x∣u(x)⟩⩽⟨x∣v(x)⟩\langle x|u(x)\rangle \leqslant \langle x|v(x)\rangle pour tout x∈Ex\in E. Pour tout n∈In\in I et tout sous-espace F de dimension nn, on a donc RF(u)⩽RF(v)R_F(u)\leqslant R_F(v), d’où λn(u)⩽λn(v)(\lambda_n(u)\leqslant \lambda_n(v) (loc. cit.).

Proposition 8 02WQ

Soit uu un endomorphisme compact positif de E. Soient H un sous-espace fermé de E et iH:H→Ei_H: H\rightarrow E l’injection canonique. Notons uHu_H l’endomorphisme iH∗uiHi^*_Hui_H de H. Il est compact et positif.

a) On a IH⊂IEI_H\subset I_E et λn(uH)⩽λn(u)\lambda_n(u_H)\leqslant \lambda_n(u) pour tout n∈IHn\in I_H;

b) Si H est de codimension finie k∈Nk\in \mathbf{N} dans E, alors on a IH+k⊂IEI_H+k\subset I_E et λn+k(u)⩽λn(uH)\lambda_{n+k}(u)\leqslant \lambda_n(u_H) pour tout n∈IHn\in I_H.

L’endomorphisme uHu_H est compact (prop. 3 de III, p. 5). Il est positif car ⟨x∣uH(x)⟩=⟨iH(x)∣u(iH(x))⟩⩾0\langle x|u_H(x)\rangle =\langle i_H(x)|u(i_H(x))\rangle \geqslant 0 pour tout x∈Hx\in H.

Soit n∈IH⊂IEn\in I_H\subset I_E. Soit F un sous-espace de dimension n+1n+ 1 de H adapté à uHu_H. On a donc λn(uH)=rF(uH)\lambda_n(u_H) =r_F(u_H) (prop 5 de IV, p. 153, a)), et comme de plus rF(uH)=rF(u)⩽λn(u)r_F(u_H) =r_F(u)\leqslant \lambda_n(u) (prop. 6 de IV, p. 154), on obtient l’assertion a).

Supposons que H est de codimension k∈Nk\in \mathbf{N} dans E et que n∈IHn\in I_H. Soit F un sous-espace de H de dimension nn adapté à uHu_H. Son orthogonal dans H est égal à H∩F∘H\cap F^{\circ}, et c’est l’orthogonal dans E du sous-espace F+H∘F + H^{\circ} de dimension n+kn+k. Donc n+k∈IEn+k\in I_E et (prop 5 de IV, p. 153, b))

λn(uH)=\lambda_n(u_H) = sup ⟨x∣uH(x)⟩2=RF+H∘(u)\frac{\langle x|u_H(x)\rangle}{2}= R_{F+H^{\circ}}(u)

x∈H∩F∘∥x∥ _{x\in H\cap F^{\circ}}\|x\|
x≠0x\not =0

d’où λn(uH)⩽λn+k(u)\lambda_n(u_H)\leqslant \lambda_{n+k}(u) (prop. 6 de IV, p. 154).

Définition 3 02WR

Soit F un espace hilbertien et soit uu une application linéaire compacte de E dans F.

Pour tout entier n∈IEn\in I_E on note αn(u)=λn(u∗∘u)\alpha_n(u) =\lambda_n(u^*\circ u). Soit J l’ensemble des n∈IEn\in I_E tels que αn(u)>0\alpha_n(u)>0. La famille (αn(u))n∈J(\alpha_n(u))_{n\in J} est appelée la suite des valeurs singulières de uu répétées avec multiplicité.

On dit que la suite (αn(u))n∈IE(\alpha_n(u))_{n\in I_E} est la suite élargie des valeurs singulières de uu.

La suite (αn(u))n∈IE(\alpha_n(u))_{n\in I_E} est bien définie puisque l’endomorphisme u∗∘uu^*\circ u de E est compact (III, p. 5, prop. 3) ; c’est une famille décroissante de nombres réels positifs puisque u∗∘uu^*\circ u est positif.

Proposition 9 02WS

Soit F un espace hilbertien et soit uu une application linéaire compacte de E dans F.

a) Pour n∈IEn\in I_E, on a

αn(u)=\alpha_n(u) = supF∈Fn+1_{F\in\mathscr{F}_{n+1}} infx∈F−{0}∥u(x)∥∥x∥=_{x\in F-\{0\}}\frac{\|u(x)\|}{\|x\|}= infF∈Fn_{F\in\mathscr{F}_n} supx∈F∘−{0}∥u(x)∥∥x∥_{x\in F^{\circ-}\{0\}}\frac{\|u(x)\|}{\|x\|}.

b) Soit J l’ensemble des n∈IEn\in I_E tels que αn(u)≠0\alpha_n(u)\not = 0. Il existe des familles orthonormales (en)n∈J(e_n)_{n\in J} dans E et (fn)n∈J(f_n)_{n\in J} dans F telles que pour tout x∈Ex\in E, on a

u(x)=∑n∈Jαn(u)⟨en∣x⟩fn u(x) =\sum_{n\in J}\alpha_n(u)\langle e_n|x\rangle f_n

Comme ⟨x∣u∗u(x)⟩=∥u(x)∥2\langle x|u^*u(x)\rangle =\|u(x)\|^2 pour tout x∈Ex\in E, les définitions et la prop. 6 de IV, p. 154, a), impliquent l’égalité de la première assertion.

Soit (en)n∈IE(e_n)_{n\in I_E} une famille orthonormale de E vérifiant les conclusions de la prop. 3 de IV, p. 152 appliquée à l’endomorphisme compact positif u∗∘uu^*\circ u de E. Posons fn=αn−1u(en)f_n=\alpha^{-1}_nu(e_n) pour n∈Jn\in J. En raisonnant comme dans la preuve du corollaire 2 de IV, p. 150, on obtient l’assertion c).

Corollaire 02WT

Soient F un espace hilbertien et uu une application linéaire compacte de E dans F. Soient w∈L(E)w\in \mathscr{L}(E) et v∈L(F)v\in \mathscr{L}(F). Pour tout n∈IEn\in I_E, on a αn(w∘u∘v)⩽∥v∥∥w∥αn(u)\alpha_n(w\circ u\circ v)\leqslant \|v\| \|w\|\alpha_n(u).

C’est une conséquence de l’assertion a) de la proposition précédente.

Remarque 1 02WU

La suite (αn(u))n∈IE(\alpha_n(u))_{n\in I_E} étant décroissante, l’ensemble J est, soit égal à IEI_E, soit égal à un segment {0,...,m}\{0, . . . , m\} dans IEI_E où m∈Nm\in \mathbf{N}. Ce dernier cas vaut si et seulement si uu est de rang fini.

Remarque 2 02WV

Comme ∥u(x)∥=∥∣u∣(x)∥\|u(x)\|=\||u|(x)\| pour tout x∈E(x\in E (I, p. 139, prop. 10), on a αn(u)=αn(∣u∣)\alpha_n(u) =\alpha_n(|u|) pour tout n∈IEn\in I_E.

Remarque 3 02WW

Si uu est positif, alors αn(u)=λn(u)\alpha_n(u) =\lambda_n(u) pour tout n∈IEn\in I_E (en effet, on a alors αn(u)2=λn(u∗u)=λn(u2)=λn(u)2\alpha_n(u)^2=\lambda_n(u^*u) =\lambda_n(u^2) =\lambda_n(u)^2 d’après la prop. 4 de IV, p. 153).

Remarque 4 02WX

Il est possible que αn(v∘u∘w)=0\alpha_n(v\circ u\circ w) = 0 même si αn(u)\alpha_n(u) est non nul ; dans ce cas, αn(v∘u∘w)\alpha_n(v\circ u\circ w) n’est pas une valeur singulière de v∘u∘wv\circ u\circ w.

6. Inégalités de Weyl

Dans ce numéro, on considère des espaces hilbertiens sur K=CK =\mathbf{C}.

Soit E un espace hilbertien. Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, on rappelle qu’on a défini la puissance extérieure hilbertienne ∧^nE\widehat{\wedge}^nE dans EVT, V, p. 34. Pour tout espace hilbertien F et pour u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F), on a également défini l’application linéaire ∧^nu∈L(∧^nE;∧^nF)(\widehat{\wedge}^nu\in \mathscr{L}(\widehat{\wedge}^nE;\widehat{\wedge}^nF) (loc. cit.). Ces constructions sont fonctorielles : pour tout espace hilbertien G et pour toute application linéaire v∈L(F;G)v\in \mathscr{L}(F; G), la formule

∧^nv∘∧^nu=∧^n(v∘u) \widehat{\wedge}^nv\circ \widehat{\wedge}^nu=\widehat{\wedge}^n(v\circ u)

est valide (loc. cit., formule (28)).

Soient H un sous-espace fermé de E et iHi_H l’injection canonique de H dans E. Pour tout endomorphisme uu de E, on note uHu_H l’endomorphisme iH∗uiHi^*_Hui_H de H.

Lemme 2 02WY

Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. L’application ∧^niH\widehat{\wedge}^ni_H est une application linéaire isométrique de ∧^nH\widehat{\wedge}^nH dans ∧^nE\widehat{\wedge}^nE.

Soit (ej)j∈J(e_j)_{j\in J} une base orthonormée de H et (ej)j∈J′(e_j)_{j\in J'} une base orthonormale de E, où J⊂J′J\subset J'. Munissons J′J' d’une structure d’ordre total. Les éléments ej1∧⋯∧ejne_{j_1}\wedge \cdots \wedge e_{j_n} pour j1<⋯<jnj_1<\cdots < j_n dans J′J' (resp. dans J) forment une base orthonormale de ∧^nE\widehat{\wedge}^nE (resp. de ∧^nH\widehat{\wedge}^nH) d’après la prop. 5 de EVT, V, p. 34, prop. 5. Le lemme en résulte.

Dans la suite, on identifiera ∧^nH\widehat{\wedge}^nH à un sous-espace fermé de ∧^nE\widehat{\wedge}^nE par le truchement de l’application ∧^niH\widehat{\wedge}^ni_H.

Lemme 3 02WZ

Soient F un espace hilbertien et u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). Soit n∈Nn\in \mathbf{N}.

a) On a (∧^nu)∗=∧^n(u∗)(\widehat{\wedge}^nu)^*=\widehat{\wedge}^n(u^*);

b) Si F = E et uu est hermitien (resp. positif, normal, unitaire), alors ∧^nu\widehat{\wedge}^nu est hermitien (resp. positif, normal, unitaire) ;

c) On a ∣∧^nu∣=∧^n∣u∣|\widehat{\wedge}^nu|=\widehat{\wedge}^n|u|;

d) Soit H un sous-espace fermé de E. La restriction (∧^nu)∣∧^nH(\widehat{\wedge}^nu)|\widehat{\wedge}^nH de ∧^nu\widehat{\wedge}^nu à ∧^nH\widehat{\wedge}^nH est égale à ∧^n(u∣H)(\widehat{\wedge}^n(u|H) (égalité dans L(∧^nH;∧^nF))\mathscr{L}(\widehat{\wedge}^nH;\widehat{\wedge}^nF));

e) Supposons F = E. Soit H un sous-espace fermé de E. On a (∧^nu)∧^nH=∧^n(uH)(\widehat{\wedge}^nu)_{\widehat{\wedge}^nH}=\widehat{\wedge}^n(u_H) dans L(∧^nH)\mathscr{L}(\widehat{\wedge}^nH).

L’assertion a) résulte de EVT, V, p. 39, formule (13). Elle implique aussitôt que ∧^nu\widehat{\wedge}^nu est hermitien (resp. unitaire) lorsque uu est hermitien (resp. unitaire). Si uu est positif, alors u1/2u^{1/2} est hermitien, donc aussi ∧^n(u1/2)\widehat{\wedge}^n(u^{1/2}); la relation ∧^nu=(∧^nu1/2)2\widehat{\wedge}^nu=(\widehat{\wedge}^nu^{1/2})^2 implique que ∧^nu\widehat{\wedge}^nu est positif (I, p. 138, prop. 8). Cela démontre b).

Ce qui précède permet de calculer que

(∧^n∣u∣)2=∧^n(∣u∣2)=∧^n(u∗u) (\widehat{\wedge}^n|u|)^2=\widehat{\wedge}^n(|u|^2) =\widehat{\wedge}^n(u^*u)
=∧^nu∗∧^nu=(∧^nu)∗(∧^nu)=∣∧^nu∣2 =\widehat{\wedge}^nu^*\widehat{\wedge}^nu=(\widehat{\wedge}^nu)^*(\widehat{\wedge}^nu) =|\widehat{\wedge}^nu|^2

Comme ∧^n∣u∣\widehat{\wedge}^n|u| est positif d’après b), il résulte de la prop. 16 de I, p. 118 que ∧^n∣u∣=∣∧^nu∣\widehat{\wedge}^n|u|=|\widehat{\wedge}^nu|, d’où c).

Soit iHi_H l’injection canonique de H dans E. L’espace ∧^nH\widehat{\wedge}^nH est identifié à un sous-espace fermé de ∧^nE\widehat{\wedge}^nE par l’application ∧^niH\widehat{\wedge}^ni_H, d’où

(∧^nu)∣∧^nH=∧^nu∘∧^niH=∧^n(u∘iH)=∧^n(u∣H) (\widehat{\wedge}^nu)|\widehat{\wedge}^nH =\widehat{\wedge}^nu\circ \widehat{\wedge}^ni_H=\widehat{\wedge}^n(u\circ i_H) =\widehat{\wedge}^n(u|H)

et

(∧^nu)∧^nH=(∧^niH)∗∘∧^nu∘∧^niH=∧^n(iH∗uiH)=∧^n(uH) (\widehat{\wedge}^nu)_{\widehat{\wedge}^nH}= (\widehat{\wedge}^ni_H)^*\circ \widehat{\wedge}^nu\circ \widehat{\wedge}^ni_H=\widehat{\wedge}^n(i^*_Hui_H) =\widehat{\wedge}^n(u_H)

ce qui démontre d) et e).

Soit F un espace hilbertien, et soit u∈Lc(E;F)u\in \mathscr{L}^c(E; F). Comme dans le numéro 3 de IV, p. 151, on note IEI_E l’ensemble des dimensions des sous-espaces de dimension finie F de E tels que F≠EF\not = E. On rappelle que (αn(u))n∈IE(\alpha_n(u))_{n\in I_E} désigne la suite élargie des valeurs singulières de uu (déf. 3 de IV, p. 156).

Proposition 10 02X0

On a l’égalité

∏i=0nαi(u)=∥∧n+1u∥ \prod_{i=0}^n\alpha_i(u) =\|\wedge^{n+1}u\|

pour tout n∈IEn\in I_E.

Le lemme 3, c) démontre que ∥∧^n+1u∥=∥∧^n+1∣u∣∥\|\widehat{\wedge}^{n+1}u\|=\|\widehat{\wedge}^{n+1}|u|\|; comme de plus αi(u)=αi(∣u∣)\alpha_i(u) =\alpha_i(|u|) pour tout i∈IEi\in I_E (remarque 5 de IV, p. 157, (2)), il suffit de démontrer l’assertion pour ∣u∣|u|. Cela permet de supposer que F = E et que uu est positif.

Soit alors B=(ej)j∈JB = (e_j)_{j\in J} une base orthonormale de E telle que uu est diagonalisable dans la base B (théorème 1 de IV, p. 149), et soit (λj)j∈J(\lambda_j)_{j\in J} la famille des valeurs propres de uu dans la base B. Munissons J d’un ordre total, et notons JnJ_n l’ensemble des familles strictement croissantes (j0,...,jn)∈Jn+1(j_0, . . . , j_n)\in J^{n+1} d’éléments de J. Les vecteurs

eι=ej0∧⋯∧ejn e_{\iota}=e_{j_0}\wedge \cdots \wedge e_{j_n}

pour ι=(j0,...,jn)∈Jn\iota = (j_0, . . . , j_n)\in J_n forment une base orthonormale BnB_n de ∧^n+1E\widehat{\wedge}^{n+1}E (EVT, V, p. 34, prop. 5). Pour tout ι=(j0,...,jn)∈Jn\iota = (j_0, . . . , j_n)\in J_n, notons

λι=∏j=0nλij \lambda_{\iota}=\prod_{j=0}^n\lambda_{i_j}

Il vient (∧^n+1u)eι=λιeι(\widehat{\wedge}^{n+1}u)e_{\iota}=\lambda_{\iota}e_{\iota}, donc ∧^n+1u\widehat{\wedge}^{n+1}u est diagonal dans la base BnB_n. Par conséquent, on a

∥∧^n+1u∥=\|\widehat{\wedge}^{n+1}u\|= supι∈Inλι_{\iota\in I_n}\lambda_{\iota}

(lemme 1 de IV, p. 147), qui est égal au produit λ0(u)⋯λn(u)\lambda_0(u)\cdots \lambda_n(u) des n+1n+ 1 plus grandes valeurs propres de uu. La formule désirée en résulte puisque λi(u)=αi(u)\lambda_i(u) =\alpha_i(u) pour tout i∈IEi\in I_E lorsque uu est positif (remarque 5 de IV, p. 157, (3)).

En particulier, si α1(u)<α0(u)=∥u∥\alpha_1(u)< \alpha_0(u) =\|u\|, on voit que l’inégalité ∥∧^n(u)∥⩽∥u∥n\|\widehat{\wedge}^n(u)\|\leqslant \|u\|^n (EVT, V, p. 34, formule (29)) n’est pas une égalité en général si n⩾2n\geqslant 2.

Corollaire 02X1

Soit G un espace hilbertien et v∈Lc(F;G)v\in \mathscr{L}^c(F; G). On a

∏i=0nαi(v∘u)⩽∏i=0nαi(u)αi(v) \prod_{i=0}^n\alpha_i(v\circ u)\leqslant \prod_{i=0}^n\alpha_i(u)\alpha_i(v)

pour tout n∈IEn\in I_E.

Il suffit de remarquer que

∥∧^n+1(vu)∥=∥∧^n+1v∘∧^n+1u∥⩽∥∧^n+1v∥∥∧^n+1u∥ \|\widehat{\wedge}^{n+1}(vu)\|=\|\widehat{\wedge}^{n+1}v\circ \widehat{\wedge}^{n+1}u\|\leqslant \|\widehat{\wedge}^{n+1}v\| \|\widehat{\wedge}^{n+1}u\|

et d’appliquer la proposition 10.

Lemme 4 02X2

Soit A un anneau. Soient n∈Nn\in \mathbf{N} et (ai)0⩽i⩽n(a_i)_{0\leqslant i\leqslant n} et (bi)0⩽i⩽n(b_i)_{0\leqslant i\leqslant n} des familles d’éléments de A. Pour 0⩽j⩽n0\leqslant j\leqslant n, posons

Aj=∑i=0jai A_j=\sum_{i=0}^ja_i

On a

∑i=0naibi=Anbn−∑i=0n−1Ai(bi+1−bi) \sum_{i=0}^na_ib_i= A_nb_n-\sum^{n-1}_{i=0}A_i(b_{i+1}-b_i)

Posons A−1=0A_{-1}= 0. On a ai=Ai−Ai−1a_i= A_i-A_{i-1} pour 0⩽i⩽n0\leqslant i\leqslant n, donc

∑i=0naibi=∑i=0n(Ai−Ai−1)bi=∑i=0n−1Ai(bi−bi+1)+Anbn \sum_{i=0}^na_ib_i=\sum_{i=0}^n(A_i-A_{i-1})b_i=\sum^{n-1}_{i=0}A_i(b_i-b_{i+1}) + A_nb_n

comme désiré.

Soit I un intervalle de R‾\overline{\mathbf{R}} ne contenant pas +∞+\infty. Rappelons (FVR, I, p. 38, remarque) qu’une fonction continue f:I→[−∞,+∞[f: I\rightarrow [-\infty ,+\infty [ est dite convexe si sa restriction à l’intérieur de I est une fonction convexe à valeurs dans R\mathbf{R}; elle a alors une limite (finie ou infinie) à droite en inf I. Dans les énoncés ci-dessous, le produit de 0 et d’un élément de {−∞,+∞}\{-\infty ,+\infty \} est par convention égal à 0.

Lemme 5 02X3

Soient I⊂R‾I\subset \overline{\mathbf{R}} un intervalle ne contenant pas +∞+\infty et ff une fonction convexe croissante de I dans [−∞,+∞[[-\infty ,+\infty [.

Soient nn un entier naturel et

a0⩾a1⩾⋯⩾an,b0⩾b1⩾⋯⩾bn a_0\geqslant a_1\geqslant \cdots \geqslant a_n,b_0\geqslant b_1\geqslant \cdots \geqslant b_n

des éléments de I.

Soient ϱ0⩾ϱ1⩾⋯⩾ϱn\varrho_0\geqslant \varrho_1\geqslant \cdots \geqslant \varrho_n des nombres réels positifs. Supposons que

∑i=0jai⩽∑i=0jbi(5) \sum_{i=0}^ja_i\leqslant \sum_{i=0}^jb_i \tag{5}

pour tout entier jj tel que 0⩽j⩽n0\leqslant j\leqslant n. On a alors

∑i=0nϱif(ai)⩽∑i=0nϱif(bi)(6) \sum_{i=0}^n\varrho_if(a_i)\leqslant \sum_{i=0}^n\varrho_if(b_i) \tag{6}

Supposons d’abord que ai∈I˚a_i\in \mathring{I}, et donc f(ai)∈Rf(a_i)\in \mathbf{R}, pour tout ii. Soit ii tel que 0⩽i⩽n0\leqslant i\leqslant n, et soient (αi,βi)(\alpha_i, \beta_i) des nombres réels tels que la droite d’équation y=αix+βiy=\alpha_ix+\beta_i est une droite d’appui du graphe de ff au point (ai,f(ai))(a_i, f(a_i)) (FVR, I, p. 37). On a par conséquent f(ai)=αiai+βif(a_i) =\alpha_ia_i+\beta_i et f(bi)⩾αibi+βif(b_i)\geqslant \alpha_ib_i+\beta_i puisque le graphe de ff est au dessus de la droite d’appui, d’où

f(bi)−f(ai)⩾αi(bi−ai)(7) f(b_i)-f(a_i)\geqslant \alpha_i(b_i-a_i) \tag{7}

Par ailleurs, si i<ni < n, on a

αi⩾fg′(ai)⩾fd′(ai+1)⩾αi+1 \alpha_i\geqslant f'_g(a_i)\geqslant f'_d(a_{i+1})\geqslant \alpha_{i+1}

(loc. cit. et FVR, I, p. 36, cor. 1) ; de plus αi⩾0\alpha_i\geqslant 0 puisque ff est croissante (FVR, I, p. 22, corollaire), d’où ϱiαi⩾ϱi+1αi+1⩾0\varrho_i\alpha_i\geqslant \varrho_{i+1}\alpha_{i+1}\geqslant 0 pour 0⩽i<n0\leqslant i < n.

Soit jj un entier tel que 0⩽j⩽n0\leqslant j\leqslant n. Posons

Aj=∑i=0j(bi−ai) A_j=\sum_{i=0}^j(b_i-a_i)

de sorte que Aj⩾0A_j\geqslant 0 par l’hypothèse (5). En appliquant l’inégalité (7) puis le lemme 4, on en déduit

∑i=0nϱi(f(bi)−f(ai))⩾∑i=0nϱiαi(bi−ai) \sum_{i=0}^n\varrho_i(f(b_i)-f(a_i))\geqslant \sum_{i=0}^n\varrho_i\alpha_i(b_i-a_i)
=ϱnαnAn+∑j=0n−1(ϱjαj−ϱj+1αj+1)Aj⩾0 =\varrho_n\alpha_nA_n+\sum^{n-1}_{j=0}(\varrho_j\alpha_j-\varrho_{j+1}\alpha_{j+1})A_j\geqslant 0

Considérons le cas cas général, et raisonnons par récurrence sur nn. Si l’un des aia_i n’appartient pas à l’intérieur de I, on a nécessairement a0=a_0= sup I ou an=a_n= inf I.

Supposons d’abord que ana_n = inf I. On a alors an⩽bna_n\leqslant b_n et donc ϱnf(an)⩽ϱnf(bn)\varrho_nf(a_n)\leqslant \varrho_nf(b_n). L’hypothèse de récurrence, appliquée aux familles (a0,...,an−1),(b0,...,bn−1)(a_0, . . . , a_{n-1}), (b_0, . . . , b_{n-1}) et (ϱ0,...,ϱn−1)(\varrho_0, . . . , \varrho_{n-1}), implique

∑i=0n−1ϱif(ai)⩽∑i=0n−1ϱif(bi) \sum^{n-1}_{i=0}\varrho_if(a_i)\leqslant \sum^{n-1}_{i=0}\varrho_if(b_i)

d’où l’inégalité désirée en ajoutant ϱnf(an)\varrho_nf(a_n). Le cas où a0=a_0= sup I est traité de manière similaire.

Proposition 11 (Inégalités de Weyl) 02X4

Soient G un espace hilbertien et v∈Lc(F;G)v\in \mathscr{L}^c(F; G). Soit g:R+→[−∞,+∞[g:\mathbf{R}_+\rightarrow [-\infty ,+\infty [ une fonction croissante telle que la fonction g∘g\circ exp est convexe. On a

∑i=0ng(αi(v∘u))⩽∑i=0ng(αi(v)αi(u)) \sum_{i=0}^ng(\alpha_i(v\circ u))\leqslant \sum_{i=0}^ng(\alpha_i(v)\alpha_i(u))

pour tout n∈IE∩IFn\in I_E\cap I_F.

Posons I=[−∞,+∞[I = [-\infty ,+\infty [ et f=g∘f=g\circ exp. Il est loisible d’appliquer le lemme 5 avec

ai=a_i= log(αi(v∘u)\alpha_i(v\circ u))∈I,bi=\in I,b_i= log(αi(v)αi(u)\alpha_i(v)\alpha_i(u))∈I\in I

et ϱi=1\varrho_i= 1 pour 0⩽i⩽n0\leqslant i\leqslant n, puisque

∑i=0jai=\sum_{i=0}^ja_i= log(∏i=0jαi(v∘u))⩽(\prod_{i=0}^j\alpha_i(v\circ u))\leqslant log(∏i=0jαi(v)αi(u))=∑i=0jbi(\prod_{i=0}^j\alpha_i(v)\alpha_i(u))=\sum_{i=0}^jb_i

pour 0⩽j⩽n0\leqslant j\leqslant n d’après le cor. de la prop. 10. L’inégalité (6) est alors la conclusion recherchée.

Lemme 6 02X5

Soient gg et hh des fonctions convexes définies sur des intervalles I et J de R\mathbf{R}, respectivement. Si gg est croissante et définie sur l’image de hh, alors la fonction g∘hg\circ h est convexe sur J.

En effet, pour t∈[0,1]t\in [0,1] et (x,y)∈J×J(x, y)\in J\times J, on a

g(h(tx+(1−t)y))⩽g(th(x)+(1−t)h(y)) g(h(tx+ (1-t)y))\leqslant g(th(x) + (1-t)h(y))
⩽tg(h(x))+(1−t)g(h(y)) \leqslant tg(h(x)) + (1-t)g(h(y))

Corollaire 02X6

Soient G un espace hilbertien et v∈Lc(F;G)v\in \mathscr{L}^c(F; G). Soit n∈IE∩IFn\in I_E\cap I_F.

a) Soit r∈R+∗r\in \mathbf{R}^*_+. On a

∑i=0nαi(v∘u)r⩽∑i=0nαi(v)rαi(u)r \sum_{i=0}^n\alpha_i(v\circ u)^r\leqslant \sum_{i=0}^n\alpha_i(v)^r\alpha_i(u)^r

b) Soient p,q,r∈R+∗p, q, r\in \mathbf{R}_+^* tels que 1p+1q=1r\frac{1}{p}+\frac{1}{q}=\frac{1}{r}. Alors

(∑i=0nαi(v∘u)r)1/r⩽(∑i=0nαi(v)p)1/p(∑i=0nαi(u)q)1/q (\sum_{i=0}^n\alpha_i(v\circ u)^r)^{1/r}\leqslant (\sum_{i=0}^n\alpha_i(v)^p)^{1/p}(\sum_{i=0}^n\alpha_i(u)^q)^{1/q}

c) Supposons que F = E. Pour tout entier m⩾2m\geqslant 2, on a

∑i=0nαi(um)⩽(∑i=0nαi(u)2)m/2 \sum_{i=0}^n\alpha_i(u^m)\leqslant (\sum_{i=0}^n\alpha_i(u)^2)^{m/2}

Soit r∈R+∗r\in \mathbf{R}^*_+ et soit gg la fonction définie sur R+\mathbf{R}_+ par g(x)=xrg(x) =x^r. La fonction g∘g\circ exp est convexe (lemme 6), donc l’assertion a) résulte de la prop. 11 appliquée à la fonction gg.

L’assertion b) résulte de a) et de l’inégalité de Hölder (INT, I, prop. 4).

Soit m⩾2m\geqslant 2 un entier. Appliquons b) avec r=1,p=q=2r= 1,p=q= 2 et v=um−1v=u^{m-1}. On trouve

∑i=0nαi(um)⩽(∑i=0nαi(um−1)2)1/2(∑i=0nαi(u)2)1/2 \sum_{i=0}^n\alpha_i(u^m)\leqslant (\sum_{i=0}^n\alpha_i(u^{m-1})^2)^{1/2}(\sum_{i=0}^n\alpha_i(u)^2)^{1/2}

Démontrons c) par récurrence sur m⩾2m\geqslant 2. L’inégalité précédente établit l’assertion lorsque m=2m= 2. Supposons que m⩾3m\geqslant 3 et que l’assertion est valide pour m−1m-1; puisque on a

∑i=0nαi(um−1)2⩽(∑i=0mαi(um−1))2 \sum_{i=0}^n\alpha_i(u^{m-1})^2\leqslant (\sum_{i=0}^m\alpha_i(u^{m-1}))^2

l’inégalité ci-dessus implique

∑i=0nαi(um)⩽(∑i=0nαi(um−1))1/2(∑i=0nαi(u)2)1/2⩽(∑i=0nαi(u)2)m/2 \sum_{i=0}^n\alpha_i(u^m)\leqslant (\sum_{i=0}^n\alpha_i(u^{m-1}))^{1/2}(\sum_{i=0}^n\alpha_i(u)^2)^{1/2}\leqslant (\sum_{i=0}^n\alpha_i(u)^2)^{m/2}

en appliquant l’hypothèse de récurrence.

7. Endomorphismes de trace finie

On rappelle qu’un endomorphisme positif uu de E est de trace finie si et seulement s’il existe une base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} de E telle que

∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩<+∞ \sum_{i\in I}\langle e_i|u(e_i)\rangle <+\infty

(EVT, V, p. 48, lemme 3 et p. 49, déf. 7). Si K=CK =\mathbf{C}, l’espace L1(E)\mathscr{L}_1(E) des endomorphismes de trace finie de E est l’espace vectoriel engendré par l’ensemble des endomorphismes positifs de trace finie (EVT, V, p. 50, déf. 8) ; si K=RK =\mathbf{R}, l’espace L1(E)\mathscr{L}_1(E) est défini comme l’intersection L(E)∩L1(E(C))\mathscr{L}(E)\cap \mathscr{L}_1(E_{(\mathbf{C})}) (EVT, V, p. 50).

Si u∈L1u\in \mathscr{L}_1(E), alors la série

∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩ \sum_{i\in I}\langle e_i|u(e_i)\rangle

converge pour toute base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} de E et sa somme est indépendante de la base orthonormale ; on dit que c’est la trace Tr(uu) de uu (EVT, V, p. 50). Si K=RK =\mathbf{R}, on a Tr(uu) == Tr(u(C)u_{(\mathbf{C})}).

Soit u∈L1(E)u\in \mathscr{L}_1(E). On a u∗∈L1(E)u^*\in \mathscr{L}_1(E) et Tr(u∗u^*) == Tr(uu) ((loc. cit.).

Proposition 12 02X7

Soit B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de E. Soit u∈DB(E)u\in \mathscr{D}_B(E) et notons λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I} la famille de ses valeurs propres. L’endomorphisme uu est de trace finie si et seulement si la famille λ\lambda est sommable dans K. On a alors Tr(uu) =∑λi=\sum\lambda_i.

Quitte à remplacer uu par u(C)u_{(\mathbf{C})}, on peut supposer que K=CK =\mathbf{C}.

Supposons d’abord que uu est de trace finie. D’après EVT, V, p. 50 et p. 49, formule (25), la famille (⟨ei∣u(ei)⟩)i∈I=(λi)i∈I(\langle e_i|u(e_i)\rangle )_{i\in I}= (\lambda_i)_{i\in I} est sommable.

Réciproquement, supposons que la famille λ\lambda est sommable.

Chacune des familles (R(λi)+),(R(λi)−),(I(λi)+),(I(λi)−)(\mathscr{R}(\lambda_i)^+), (\mathscr{R}(\lambda_i)^-), (\mathscr{I}(\lambda_i)^+), (\mathscr{I}(\lambda_i)^-) est alors sommable. L’endomorphisme uu est combinaison linéaire des éléments de DB(E)\mathscr{D}_B(E) dont ces familles sont les valeurs propres. Ces éléments de DB(E)\mathscr{D}_B(E) sont positifs. Puisque, par définition, l’espace des endomorphismes de trace finie est engendré par les endomorphismes positifs de trace fini, on peut donc supposer que λi⩾0\lambda_i\geqslant 0 pour tout ii. Comme ⟨ei∣u(ei)⟩=λi\langle e_i|u(e_i)\rangle =\lambda_i, la famille (⟨ei∣u(ei)⟩)i∈I(\langle e_i|u(e_i)\rangle )_{i\in I} est sommable, donc uu est de trace finie (EVT, V, p. 48, lemme 3).

Enfin, si uu est de trace finie, alors d’après EVT, V, p. 50, on a

Tr(uu) =∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩=∑i∈Iλi=\sum_{i\in I}\langle e_i|u(e_i)\rangle =\sum_{i\in I}\lambda_i.

Corollaire 1 02X8

Soit uu un endomorphisme de trace finie de E.

a) L’endomorphisme uu est compact;

b) Soient B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de l’espace initial Ker(uu)∘^{\circ} de u,C=(fi)i∈Iu,C = (f_i)_{i\in I} une famille orthonormale de E et (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} une famille dans (R+∗)I(\mathbf{R}^*_+)^I telles que u(ei)=αifiu(e_i) =\alpha_if_i pour tout i∈Ii\in I (cor. 2 de IV, p. 150). On a

Tr(uu) =∑i∈Iαi⟨ei∣fi⟩=\sum_{i\in I}\alpha_i\langle e_i|f_i\rangle.

Pour démontrer a), on peut supposer que K=CK =\mathbf{C} (EVT, V, p. 50 et remarque 4 de III, p. 2) et que uu est positif (EVT, V, p. 50, déf. 8).

D’après EVT, V, p. 56, cor. 1, il existe une base orthonormale B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} de E tel que uu est diagonal dans la base B et de plus la famille λ\lambda des valeurs propres de uu appartient à R+I\mathbf{R}^I_+ et est sommable. La famille λ\lambda appartient donc à C0(I;K)\mathscr{C}_0(I; K) (TG, III, p. 38, prop. 1), et par conséquent l’endomorphisme uu est compact (prop. 2 de IV, p. 148).

Démontrons b). Soit (ei)i∈J(e_i)_{i\in J} une base orthonormale de E prolongeant la famille B, de sorte que u(ei)=0u(e_i) = 0 si i∈Ji\in J - I. Il vient

Tr(uu) =∑i∈J⟨ei∣u(ei)⟩=∑i∈I⟨ei∣u(ei)⟩=∑i∈Iαi⟨ei∣fi⟩=\sum_{i\in J}\langle e_i|u(e_i)\rangle =\sum_{i\in I}\langle e_i|u(e_i)\rangle =\sum_{i\in I}\alpha_i\langle e_i|f_i\rangle.

Corollaire 2 02X9

Soit F un espace hilbertien. Soit u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F) une application de Hilbert–Schmidt. Alors uu est une application linéaire compacte.

Soit (j,∣u∣)(j,|u|) la décomposition polaire de u(u(I, p. 140, déf. 4). Par définition (EVT, V, p. 50, déf. 9) l’endomorphisme u∗uu^*u est de trace finie,√\surd donc est compact (corollaire 1, a)) ; il en est de même de ∣u∣=u∗u|u|=u^*u (prop. 6 de III, p. 91, b)) et de u=j∣u∣u=j|u| (prop. 3 de III, p. 5).

Corollaire 3 02XA

Supposons que K=CK =\mathbf{C}. Soit uu un endomorphisme compact positif de E. L’endomorphisme uu est de trace finie si et seulement si la famille décroissante de ses valeurs propres (λn(u))n∈IE(\lambda_n(u))_{n\in I_E} est sommable ; la trace de uu est alors la somme de cette famille.

D’après le th. 1 de IV, p. 149, cela résulte de la proposition précédente et de la définition de la suite (λn(u))n∈IE(\lambda_n(u))_{n\in I_E} (no3^o3 de IV, p. 151), compte tenu de la formule (28) de EVT, V, p. 49.

Corollaire 4 02XB

Soit F un espace hilbertien. Soit u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F) une application linéaire compacte. Soient B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de l’espace initial Ker(uu)∘^{\circ} de u,C=(fi)i∈Iu,C = (f_i)_{i\in I} une famille orthonormale de F et (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} une famille dans (R+∗)I(\mathbf{R}^*_+)^I telles que u(ei)=αifiu(e_i) =\alpha_if_i pour tout i∈Ii\in I (cor. 2 de IV, p. 150).

L’endomorphisme ∣u∣|u| de E est de trace finie si et seulement si la famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} est sommable. On a alors u∈L2(E;F)u\in \mathscr{L}_2(E; F) et

(8) Tr(∣u∣|u|) =∑i∈Iαi,∥u∥22==\sum_{i\in I}\alpha_i,\|u\|^2_2= Tr(u∗uu^*u) =∑i∈Iαi2=\sum_{i\in I}\alpha^2_i,

et en particulier ∥u∥2⩽\|u\|_2\leqslant Tr(∣u∣|u|).

La famille des valeurs propres non nulles de ∣u∣|u| est (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I}, donc ∣u∣|u| est de trace finie si et seulement si la famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} est sommable (prop. 12). Si c’est le cas, la famille (αi2)(\alpha^2_i) des valeurs propres non nulles de u∗u=∣u∣2u^*u=|u|^2 est sommable, et les formules (8) résultent de loc. cit.

Lemme 7 02XC

Soit λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I} une famille de nombres complexes. Pour tout t∈C∗t\in \mathbf{C}^*, soit ntn_t le cardinal de l’ensemble des i∈Ii\in I tels que λi=t\lambda_i=t. La famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} est sommable si et seulement si ntn_t est fini pour tout t∈C∗t\in \mathbf{C}^* et si la famille (ntt)t∈C∗(n_tt)_{t\in\mathbf{C}^*} est sommable. Dans ce cas, les sommes de ces deux familles sont égales.

Supposons que la famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} est sommable. Pour tout t∈Ct\in \mathbf{C}, soit ItI_t l’ensemble des i∈Ii\in I tels que λi=t\lambda_i=t. D’après TG, III, p. 39, th. 2, appliqué à la partition de I par les ensembles ItI_t, l’ensemble ItI_t est fini pour tout t∈C∗t\in \mathbf{C}^*, et de plus la famille (ntt)t∈C∗(n_tt)_{t\in\mathbf{C}^*} est sommable de somme égale à celle de la famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I}.

Réciproquement, supposons que ntn_t est fini pour tout t∈C∗t\in \mathbf{C}^* et que la famille (ntt)t∈C∗(n_tt)_{t\in\mathbf{C}^*} est sommable. Soient J une partie finie de I et Λ l’ensemble des λi\lambda_i pour i∈Ji\in J. On a

∣∑i∈Jλi∣⩽∑t∈Λ−{0}nt∣t∣⩽∑t∈C∗nt∣t∣ |\sum_{i\in J}\lambda_i|\leqslant \sum_{t\in\Lambda-\{0\}}n_t|t|\leqslant \sum_{t\in\mathbf{C}^*}n_t|t|

donc la famille (λi)i∈I(\lambda_i)_{i\in I} est sommable (TG, VII, p. 17, corollaire).

Proposition 13 02XD

Supposons que K=CK =\mathbf{C}. Soit uu un endomorphisme normal compact de E. Pour t∈t\in Sps(u)_s(u), soit nt⩾1n_t\geqslant 1 la multiplicité spectrale de la valeur propre tt de uu. Pour que uu soit de trace finie, il faut et il suffit que la famille (ntt)t∈Sps(u)(n_tt)_{t\in Sp_s(u)} soit sommable. La trace de uu est alors la somme de cette famille.

Soit B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de E telle que uu soit diagonal dans la base B (th. 1 de IV, p. 149), et soit λ=(λi)i∈I\lambda = (\lambda_i)_{i\in I} la famille de ses valeurs propres. Puisque, pour t∈t\in Sps(u)_s(u), la multiplicité ntn_t est égale au nombre d’éléments i∈Ii\in I tels que λi=t\lambda_i=t et que les éléments non nuls de λ\lambda appartiennent à Sps(u)_s(u), l’assertion résulte alors de la prop. 12 et du lemme précédent.

8. Applications nucléaires

Dans ce numéro, F désigne un espace hilbertien sur K. Lorsque K=CK =\mathbf{C}, on rappelle (I, p. 139√139\surd,déf. 3) que pour u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F), on note ∣u∣|u| l’endomorphisme positif u∗∘uu^*\circ u de E. Lorsque K=RK =\mathbf{R}, l’élément ∣u(C)∣|u_{(\mathbf{C})}| de L(E(C))\mathscr{L}(E_{(\mathbf{C})}) est de la forme v(C)v_{(\mathbf{C})} pour un unique endomorphisme v∈Lv\in \mathscr{L} (E), qui est encore noté ∣u∣(|u|(cf. I, p. 87).

On note (u,v)↦⟨u∣v⟩=(u, v)\mapsto \langle u|v\rangle = Tr(u∗vu^*v) le produit scalaire dans l’espace hilbertien L2(E;F)\mathscr{L}_2(E; F) (EVT, V, p. 53, remarques 1 et 2).

Pour tout u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F), on note ∥u∥1=\|u\|_1= Tr(∣u∣|u|) si ∣u∣|u| est de trace finie et ∥u∥1=+∞\|u\|_1= +\infty si ce n’est pas le cas. On a donc ∥u∥1∈R+∪{+∞}\|u\|_1\in \mathbf{R}_+\cup \{+\infty \}. Puisque ∥u∥=∥∣u∣∥\|u\|=\| |u| \| (prop. 10, a) de I, p. 139) et que, si vv est positif et de trace finie, alors Tr(vv)⩾∥v∥\geqslant \|v\| (EVT, V, p. 49, formule (24bis) et p. 44, prop. 9), il vient

∥u∥⩽∥u∥1(9) \|u\|\leqslant \|u\|_1 \tag{9}

Si ∥u∥1\|u\|_1 est fini, alors uu est une application de Hilbert–Schmidt et ∥u∥2⩽∥u∥1\|u\|_2\leqslant \|u\|_1 (cor. 4 de IV, p. 165).

Proposition 14 02XE

Soit u∈L2(E;F)u\in \mathscr{L}_2(E; F). On a

∥u∥1=\|u\|_1= supv∈L2(E;F)∣⟨v∣u⟩∣_{v\in\mathscr{L}_2(E;F)}|\langle v|u\rangle |,

∥v∥⩽1\|v\|\leqslant 1

la borne supérieure étant calculée dans R+∪{+∞}\mathbf{R}_+\cup \{+\infty \}.

Soient B=(ei)i∈IB = (e_i)_{i\in I} une base orthonormale de l’espace initial Ker(uu)∘^{\circ} de u,C=(fi)i∈Iu, C = (f_i)_{i\in I} une famille orthonormale de F et (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} une famille dans (R+∗)I(\mathbf{R}^*_+)^I telles que u(ei)=αifiu(e_i) =\alpha_if_i pour tout i∈Ii\in I (cor. 2 de IV, p. 150). La famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} est de carré sommable puisque uu appartient à L2(E;F)\mathscr{L}_2(E; F) (cor. 4 de IV, p. 165). Soit (ej)j∈J(e_j)_{j\in J} une base orthonormale de E qui prolonge (ei)i∈I(e_i)_{i\in I}.

Soit L une partie finie de I. Soit vLv_L l’application linéaire continue de rang fini de E dans F définie par

vL(x)=∑i∈L⟨ei∣x⟩fi v_L(x) =\sum_{i\in L}\langle e_i|x\rangle f_i

pour tout xx dans E. On a ∥vL∥⩽1\|v_L\|\leqslant 1 et vL∈L2(E;F)v_L\in \mathscr{L}_2(E; F). De plus, pour tout j∈Jj\in J, on a vL(ej)=0v_L(e_j) = 0 si j∉Lj \notin L et vL(ej)=fjv_L(e_j) =f_j si j∈Lj\in L. Ainsi

∣⟨vL∣u⟩∣=∣|\langle v_L|u\rangle |=|Tr(vL∗uv^*_Lu)∣=∣∑j∈J⟨vL(ej)∣u(ej)⟩∣=∑j∈Lαj|=|\sum_{j\in J}\langle v_L(e_j)|u(e_j)\rangle |=\sum_{j\in L}\alpha_j.

D’après loc. cit., on en déduit que

(10) ∥u∥1=\|u\|_1= supL∑j∈Lαj⩽_L\sum_{j\in L}\alpha_j\leqslant supv∈∥Lv2∥(E;F)⩽1∣⟨v∣u⟩∣_{v\in\|\mathscr{L}v^2\|(E;F)\leqslant 1}|\langle v|u\rangle |

dans R+∪{+∞}\mathbf{R}_+\cup \{+\infty \}.

Cela implique l’égalité de la proposition lorsque ∥u∥1=+∞\|u\|_1= +\infty.

Supposons que ∥u∥1\|u\|_1 est fini. Pour tout i∈Ii\in I, soit pip_i l’application linéaire de E dans F telle que pi(ei)=fip_i(e_i) =f_i et pi(x)=0p_i(x) = 0 pour tout x∈ei∘x\in e^{\circ}_i. Pour tous jj et kk dans I, on a

⟨pj∣pk⟩=\langle p_j|p_k\rangle = Tr(pj∗pkp^*_jp_k) =∑i∈J⟨pj(ei)∣pk(ei)⟩=\sum_{i\in J}\langle p_j(e_i)|p_k(e_i)\rangle,

qui est nul sauf si j=kj=k, auquel cas cette quantité vaut ∥fk∥2=1\|f_k\|^2= 1. La famille (pi)i∈I(p_i)_{i\in I} est donc orthonormale dans L2(E;F)\mathscr{L}_2(E; F). Par conséquent, la famille (αipi)i∈I(\alpha_ip_i)_{i\in I} est sommable dans L2(E;F)\mathscr{L}_2(E; F); sa somme est égale à uu puisque ces deux applications linéaires continues coïncident sur les éléments eie_i pour tout i∈Ji\in J.

Soit v∈L2(E;F)v\in \mathscr{L}_2(E; F). Pour tout i∈Ii\in I, il vient

⟨v∣pi⟩=\langle v|p_i\rangle = Tr(v∗piv^*p_i) =∑j∈J⟨v(ej)∣pi(ej)⟩=⟨v(ei)∣fi⟩=\sum_{j\in J}\langle v(e_j)|p_i(e_j)\rangle =\langle v(e_i)|f_i\rangle.

Si ∥v∥⩽1\|v\|\leqslant 1, on majore alors

∣⟨v∣u⟩∣=∣⟨v∣∑i∈Iαipi⟩∣⩽∑i∈Iαi∣⟨v∣pi⟩∣ |\langle v|u\rangle |=|\langle v|\sum_{i\in I}\alpha_ip_i\rangle |\leqslant \sum_{i\in I}\alpha_i|\langle v|p_i\rangle |

=∑i∈Iαi∣⟨v(ei)∣fi⟩∣⩽∑i∈Iαi==\sum_{i\in I}\alpha_i|\langle v(e_i)|f_i\rangle |\leqslant \sum_{i\in I}\alpha_i= Tr(∣u∣|u|),

d’où l’inégalité

supv∈∥Lv2∥(E;F)⩽1∣⟨v∣u⟩∣⩽∥u∥1_{v\in\|\mathscr{L}v^2\|(E;F)\leqslant 1}|\langle v|u\rangle |\leqslant \|u\|_1,

ce qui, combiné avec la formule (10), conclut la preuve de la proposition.

Il résulte de cette proposition que l’ensemble L1(E;F)\mathscr{L}_1(E; F) des applications linéaires continues uu de E dans F telles que ∥u∥1\|u\|_1 est fini est un sous-espace vectoriel de L2(E;F)\mathscr{L}_2(E; F) et que l’application u↦∥u∥1u\mapsto \|u\|_1 est une semi-norme sur L1(E;F)\mathscr{L}_1(E; F); l’inégalité (9) démontre que c’est une norme.

Définition 4 02XF

On dit que l’espace vectoriel L1(E;F)\mathscr{L}_1(E; F) muni de la norme u↦∥u∥1u\mapsto \|u\|_1 est l’espace des applications nucléaires de E dans F. Si u∈L1(E;F)u\in \mathscr{L}_1(E; F), on dit que uu est nucléaire.

Remarque 1 02XG

Supposons que K=RK =\mathbf{R}. Soit u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). On a u∈L1(E;F)u\in \mathscr{L}_1(E; F) si et seulement si u(C)∈L1(E(C);F(C))u_{(\mathbf{C})}\in \mathscr{L}_1(E_{(\mathbf{C})}; F_{(\mathbf{C})}); dans ce cas, on a ∥u∥1=∥u(C)∥1\|u\|_1=\|u_{(\mathbf{C})}\|_1.

Remarque 2 02XH

Soit uu une application nucléaire de E dans F. L’application uu étant de Hilbert–Schmidt, elle est compacte (cor. 2 de IV, p. 165). De plus, la proposition 14 implique que pour tout v∈L2(E;F)v\in \mathscr{L}_2(E; F), on a

∣⟨v∣u⟩∣⩽∥v∥∥u∥1(11) |\langle v|u\rangle |\leqslant \|v\| \|u\|_1 \tag{11}

Remarque 3 02XI

Supposons que K=CK =\mathbf{C}. Soit u∈L1(E;E)u\in \mathscr{L}_1(E; E) tel que uu est positif. La norme ∥u∥1\|u\|_1 de uu est la somme de la suite (λn(u))n∈IE(\lambda_n(u))_{n\in I_E} (cor. 3 de IV, p. 165).

Remarque 4 02XJ

L’inclusion canonique de L1(E;F)\mathscr{L}_1(E; F) dans L(E;F)\mathscr{L}(E; F) est de norme ⩽1\leqslant 1 (inégalité (9), p. 167).

Proposition 15 02XK

Soit G un espace hilbertien sur K. L’application (u,v)↦v∘u(u, v)\mapsto v\circ u de L(E;F)×L(F;G)\mathscr{L}(E; F)\times \mathscr{L}(F; G) dans L(E;G)\mathscr{L}(E; G) définit par passage aux sous-espaces une application bilinéaire continue de norme ⩽1\leqslant 1 de L2(E;F)×L2(F;G)\mathscr{L}_2(E; F)\times \mathscr{L}_2(F; G) dans L1(E;G)\mathscr{L}_1(E; G).

Soient u∈L2(E;F)u\in \mathscr{L}_2(E; F) et v∈L2(F;G)v\in \mathscr{L}_2(F; G). Soit w∈L2(E;G)w\in \mathscr{L}_2(E; G). Il vient ⟨uv∣w⟩=\langle uv|w\rangle = Tr(v∗u∗wv^*u^*w) =⟨v∣u∗w⟩=\langle v|u^*w\rangle d’où

∣⟨uv∣w⟩∣⩽∥v∥2∥u∗w∥2⩽∥v∥2∥u∥2∥w∥ |\langle uv|w\rangle |\leqslant \|v\|_2\|u^*w\|_2\leqslant \|v\|_2\|u\|_2\|w\|

d’après l’inégalité de Cauchy–Schwarz et la formule (37) de EVT, V, p 52. Le résultat découle donc de la prop. 14.

Lemme 8 02XL

L’application u↦u∗u\mapsto u^* de L(E;F)\mathscr{L}(E; F) dans L(F;E)\mathscr{L}(F; E) définit par passage aux sous-espaces une application linéaire isométrique de L1(E;F)\mathscr{L}_1(E; F) dans L1(F;E)\mathscr{L}_1(F; E).

Soit u∈L1(E;F)u\in \mathscr{L}_1(E; F). Comme uu est une application de Hilbert–Schmidt, il en est de même de u∗u^* (EVT, V, p. 54). L’application v↦v∗v\mapsto v^* est une bijection de l’ensemble des v∈L2(E;F)v\in \mathscr{L}_2(E; F) tels que ∥v∥⩽1\|v\|\leqslant 1 dans l’ensemble des w∈L2(F;E)w\in \mathscr{L}_2(F; E) tels que ∥w∥⩽1\|w\|\leqslant 1; pour tout v∈L2(E;F)v\in \mathscr{L}_2(E; F) avec ∥v∥⩽1\|v\|\leqslant 1, on a ⟨v∣u⟩=⟨u∗∣v∗⟩\langle v|u\rangle =\langle u^*|v^*\rangle (EVT, V, p. 54, formule (42)), d’où le résultat d’après la prop. 14.

Proposition 16 02XM

Soient E1E_1 et F1F_1 des espaces hilbertiens. Soient uu dans L1(E;F),v\mathscr{L}_1(E; F),v dans L(E1;E)\mathscr{L}(E_1; E) et v2v_2 dans L(F;F1)\mathscr{L}(F; F_1). On a alors v2uv1∈L1(E1;F1)v_2uv_1\in \mathscr{L}_1(E_1; F_1) et ∥v2uv1∥1⩽∥v2∥∥v1∥∥u∥1\|v_2uv_1\|_1\leqslant \|v_2\| \|v_1\| \|u\|_1.

Soit w∈L2(E;F1)w\in \mathscr{L}_2(E; F_1) tel que ∥w∥⩽1\|w\|\leqslant 1. On a v2u∈L2(E;F1)v_2u\in \mathscr{L}_2(E; F_1) (EVT, V, p. 52, formule (36)). Comme v2∗w∈L2(E;F)(v^*_2w\in \mathscr{L}_2(E; F) (loc. cit.), il vient

∣⟨w∣v2u⟩∣=∣⟨v2∗w∣u⟩∣⩽∥v2∥∥u∥1 |\langle w|v_2u\rangle |=|\langle v^*_2w|u\rangle |\leqslant \|v_2\| \|u\|_1

(formule (11)), d’où v2u∈L1(E;F1)v_2u\in \mathscr{L}_1(E; F_1) et ∥v2u∥1⩽∥v2∥∥u∥1\|v_2u\|_1\leqslant \|v_2\|\|u\|_1 (prop. 14).

Soit v1∈L(E1;E)v_1\in \mathscr{L}(E_1; E); puisque uv1=(v1∗u∗)∗uv_1= (v^*_1u^*)^*, on a uv1∈L1(E1;F)uv_1\in \mathscr{L}_1(E_1; F) et ∥uv1∥1⩽∥v1∗∥∥u∗∥1=∥v1∥∥u∥1\|uv_1\|_1\leqslant \|v^*_1\| \|u^*\|_1=\|v_1\| \|u\|_1 (lemme 8).

La proposition résulte aussitôt de ces inégalités.

Proposition 17 02XN

L’espace L1(E;E)\mathscr{L}_1(E; E) coïncide avec l’espace L1(E)\mathscr{L}_1(E) des endomorphismes de trace finie de E, et on a ∣|Tr(uu)∣⩽∥u∥1|\leqslant \|u\|_1 pour tout endomorphisme uu de E de trace finie.

On peut supposer que K=CK =\mathbf{C}. L’espace L1(E;E)\mathscr{L}_1(E; E) contient par définition l’ensemble des endomorphismes positifs de trace finie, et donc L1(E)⊂L1(E;E)\mathscr{L}_1(E)\subset \mathscr{L}_1(E; E) (EVT, p. 50, déf. 8). Réciproquement, démontrons que L1(E;E)\mathscr{L}_1(E; E) est contenu dans L1(E)\mathscr{L}_1(E).

Soit u∈L1(E;E)u\in \mathscr{L}_1(E; E). On a u∗∈L1(E;E)u^*\in \mathscr{L}_1(E; E) (lemme 8) ; il suffit donc de démontrer que les éléments hermitiens de L1(E;E)\mathscr{L}_1(E; E) sont de trace finie (lemme 2 de I, p. 96).

Soit uu un tel endomorphisme. Il est compact (remarque 2, p. 169). Soit B une base orthonormale de E telle que uu soit diagonal dans la base B (th. 1 de IV, p. 149) et soit λ\lambda la famille des valeurs propres de uu relativement à B. L’endomorphisme ∣u∣|u| est diagonalisable dans la base B et la famille de ses valeurs propres est ∣λ∣|\lambda | (prop. 1, d) de IV, p. 147). Puisque ∣u∣|u| est de trace finie, cette dernière famille est sommable (prop. 12 de IV, p. 164), donc la famille λ\lambda est sommable. Par conséquent, uu est de trace finie (loc. cit.), et on a ∣|Tr(uu)∣⩽|\leqslant Tr(∣u∣|u|) =∥u∥1=\|u\|_1.

En conséquence, l’espace L1(E)\mathscr{L}_1(E) est un idéal bilatère auto-adjoint de l’algèbre stellaire L(E)\mathscr{L}(E). Si E est de dimension infinie, cet idéal n’est pas fermé dans L(E)\mathscr{L}(E).

Les propositions 17 et 16 démontrent que l’application bb de L1(E;F)×L(F;E)\mathscr{L}_1(E; F)\times \mathscr{L}(F; E) dans C\mathbf{C} définie par b(u,v)=b(u, v) = Tr(vuvu) est une forme bilinéaire continue qui met les espaces L1(E;F)\mathscr{L}_1(E; F) et L(F;E)\mathscr{L}(F; E) en dualité.

Lemme 9 02XO

Soit u∈L1(E;F)u\in \mathscr{L}_1(E; F). On a

∥u∥1=\|u\|_1= supv∈Lc(F;E)∣b(u,v)∣_{v\in\mathscr{L}_c(F;E)}|b(u, v)|.

∥v∥⩽1\|v\|\leqslant 1

Puisque toute application de Hilbert–Schmidt est compacte (cor. 2 de IV, p. 165), on a

∥u∥1⩽\|u\|_1\leqslant supv∈∥Lv∥c(E;F)⩽1∣_{v\in\|\mathscr{L}v\|^c(E;F)\leqslant 1}|Tr(vuvu)∣=|= supv∈L∥vc∥(F;E)⩽1∣b(u,v)∣_{v\in\mathscr{L}\|v^c\|(F;E)\leqslant 1}|b(u, v)|

d’après la prop. 14.

Soit v∈Lc(E;F)v\in \mathscr{L}^c(E; F) de norme ⩽\leqslant 1. Comme L2(E;F)\mathscr{L}_2(E; F) est dense dans Lc(E;F)\mathscr{L}^c(E; F), il existe une suite (vn)n∈N(v_n)_{n\in\mathbf{N}} dans L2(E;F)\mathscr{L}_2(E; F) qui converge vers vv dans L(E;F)\mathscr{L}(E; F). La suite (b(u,vn))n∈N(b(u, v_n))_{n\in\mathbf{N}} converge vers b(u,v)b(u, v); comme ∣b(u,vn)∣|b(u, v_n)| = ∣|Tr(vnuv_nu)∣| = ∣⟨vn∗∣u⟩∣⩽∥u∥1|\langle v_n^*|u\rangle |\leqslant \|u\|_1 (prop. 14) pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, il en résulte que ∣b(u,v)∣⩽∥u∥1|b(u, v)|\leqslant \|u\|_1.

Notons θ\theta l’application linéaire continue

θ:L1(E;F)→Lc(F;E)′ \theta :\mathscr{L}_1(E; F)\rightarrow \mathscr{L}^c(F; E)'

telle que θ(u)(v)=b(u,v)\theta (u)(v) =b(u, v).

Proposition 18 02XP

L’application θ\theta est un isomorphisme isométrique.

D’après le lemme 9, l’application θ\theta est isométrique, et il suffit de démontrer que θ\theta est surjective.

Soit λ∈Lc(F;E)′\lambda \in \mathscr{L}^c(F; E)'. Puisque ∥v∥⩽∥v∥2\|v\|\leqslant \|v\|_2 pour tout v∈L2(F;E)v\in \mathscr{L}_2(F; E) (EVT, V, p. 52, formule (33)), la restriction de λ\lambda au sous-espace L2(F;E)\mathscr{L}_2(F; E) est une forme linéaire continue sur l’espace hilbertien L2(F;E)\mathscr{L}_2(F; E). Il existe donc un élément uu de L2(F;E)\mathscr{L}_2(F; E) tel que λ(v)=⟨u∣v⟩\lambda (v) =\langle u|v\rangle pour tout v∈L2(F;E)v\in \mathscr{L}_2(F; E) (EVT, V, p. 15, th. 3).

Pour tout w∈L2(E;F)w\in \mathscr{L}_2(E; F) de norme ⩽1\leqslant 1, on a ∣⟨w∣u⟩∣=∣λ(w)∣⩽∥λ∥|\langle w|u\rangle |=|\lambda (w)|\leqslant \|\lambda \|. Par conséquent, uu est une application nucléaire de E dans F (prop. 14).

Les formes linéaires continues λ\lambda et θ(u)\theta (u) sont égales sur le sous-espace dense L2(F,E)\mathscr{L}_2(F,E) de Lc(F;E)\mathscr{L}^c(F; E). Il en résulte que λ=θ(u)\lambda =\theta (u), ce qui conclut la démonstration.

Corollaire 02XQ

L’espace normé L1(E;F)\mathscr{L}_1(E; F) est un espace de Banach.

L’assertion résulte de la proposition et de EVT, III, p. 24, cor. 2 puisque l’espace Lc(F;E)\mathscr{L}^c(F; E) est un espace normé.

9. Opérateurs intégraux de Hilbert–Schmidt

Dans ce numéro, X et Y sont des espaces topologiques localement compacts. Soient μ\mu une mesure positive sur X et ν\nu une mesure positive sur Y. On note L2L^2(X), L2(Y)L^2(Y) et L2(X×Y)L^2(X\times Y) les espaces L2(X,μ),L2(Y,ν)L^2(X, \mu), L^2(Y, \nu ) et L2(X×Y,μ⊗ν)L^2(X\times Y, \mu\otimes \nu ) respectivement, et de même pour L2\mathscr{L}^2(X), L2(Y)\mathscr{L}^2(Y) et L2(X×Y)\mathscr{L}^2(X\times Y).

On rappelle (cf. no4^o4 de III, p. 26) que pour tout N∈L2(X×Y)N\in \mathscr{L}^2(X\times Y), il existe une unique application linéaire continue uNu_N de L2(X)L^2(X) dans L2(Y)L^2(Y) telle que

⟨g∣uN(f)⟩=∫X×Yg(y)N(x,y)f(x)d(μ⊗ν)(x,y)(12) \langle g|u_N(f)\rangle =\int_{X\times Y}g(y)N(x, y)f(x)d(\mu\otimes \nu )(x, y) \tag{12}

pour tout f∈L2(X)f\in L^2(X) et tout g∈L2(Y)g\in L^2(Y). L’application uNu_N est compacte (cor. 1 de III, p. 33). L’application N↦uNN\mapsto u_N induit par passage aux quotients une application linéaire continue et injective de L2(X×Y)L^2(X\times Y) dans L(L2(X);L2(Y))\mathscr{L}(L^2(X); L^2(Y)) (prop. 5 de III, p. 30).

On note θ\theta l’unique application linéaire de L2(X)⊗L2(Y)\mathscr{L}^2(X)\otimes \mathscr{L}^2(Y) dans L2(X×Y)\mathscr{L}^2(X\times Y) qui pour tous f∈L2(X)f\in \mathscr{L}^2(X) et g∈L2(Y)g\in \mathscr{L}^2(Y) associe à f⊗gf\otimes g la fonction définie par (x,y)↦f(x)g(y)(x, y)\mapsto f(x)g(y).

Lemme 10 02XR

L’application θ\theta définit par passage aux quotients une application linéaire θ~\widetilde{\theta} de L2(X)⊗L2(Y)L^2(X)\otimes L^2(Y) dans L2(X×Y)L^2(X\times Y), et il existe un unique isomorphisme isométrique de L2(X)⊗^2L2(Y)L^2(X)\widehat{\otimes}_2L^2(Y) sur L2(X×Y)L^2(X\times Y) qui coïncide avec celle-ci sur L2(X)⊗L2(Y)L^2(X)\otimes L^2(Y).

La première assertion est élémentaire. Démontrons la seconde.

Soient (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} et (gj)j∈J(g_j)_{j\in J} des bases orthonormales de L2(X)L^2(X) et L2L^2(Y), respectivement. La famille (fi⊗gj)(i,j)∈I×J(f_i\otimes g_j)_{(i,j)\in I\times J} est une base orthonormale de L2(X)⊗^2L2(Y)L^2(X)\widehat{\otimes}_2L^2(Y) (EVT, V, p. 29, cor. 1) et la famille (θ~(f‾i⊗gj))(i,j)∈I×J(\widetilde{\theta}(\overline{f}_i\otimes g_j))_{(i,j)\in I\times J} est orthonormale dans L2(X×Y)L^2(X\times Y) (INT, V, p. 95, § 8, no3^o3, cor. 2). L’application θ~\widetilde{\theta} s’étend donc par continuité en une application linéaire isométrique de L2(X)⊗^2L2(Y)L^2(X)\widehat{\otimes}_2L^2(Y) dans L2(X×Y)L^2(X\times Y). Il reste à démontrer que cette extension est surjective.

Pour cela il suffit de prouver que l’image de θ~\widetilde{\theta} est dense dans L2(X×Y)L^2(X\times Y). Soit N un élément de L2(X×Y)L^2(X\times Y) orthogonal à l’image de θ~\widetilde{\theta}. Pour tous i∈Ii\in I et j∈Jj\in J, on a ⟨gj∣uN(fi)⟩=⟨θ~(f‾i⊗gj)∣N⟩=0\langle g_j|u_N(f_i)\rangle =\langle \widetilde{\theta}(\overline{f}_i\otimes g_j)|N\rangle = 0 (formule (12)), d’où uN=0u_N= 0, et donc N = 0.

Le lemme précédent établit l’assertion énoncée dans EVT, V, p. 29, exemple 2.

On identifiera dans la suite L2(X)⊗^2L2(Y)L^2(X)\widehat{\otimes}_2L^2(Y) et L2(X×Y)L^2(X\times Y) par l’isomorphisme isométrique du lemme 10.

Proposition 19 02XS

L’application N↦uNN\mapsto u_N est un isomorphisme isométrique de L2(X×Y)L^2(X\times Y) sur l’espace L2(L2(X);L2(Y))\mathscr{L}_2(L^2(X); L^2(Y)) des applications

de Hilbert–Schmidt deL’application linéaire de LL2(X)2L^2(X)_2dans(Y)⊗LL2(Y)2(X)(Y)\otimes L\overset{2}{L}(Y)_2(X) dans. L2(L2(X);L2(Y))\mathscr{L}_2(L^2(X); L^2(Y)) qui associe à g⊗fg\otimes f l’application de Hilbert–Schmidt h↦⟨f∣h⟩gh\mapsto \langle f|h\rangle g se prolonge en un isomorphisme isométrique θ1\theta_1 de L2(Y)⊗^2L2(X)L^2(Y)\widehat{\otimes}_2L^2(X) sur L2(L2(X);L2(Y))\mathscr{L}_2(L^2(X); L^2(Y)) (EVT, V, p. 52, th. 1).

Notons par ailleurs θ2\theta_2 l’isomorphisme isométrique de L2(X)⊗^2L2(Y)L^2(X)\widehat{\otimes}_2L^2(Y) sur L2(Y)⊗^2L2(X)L^2(Y)\widehat{\otimes}_2L^2(X) qui à f⊗gf\otimes g associe g⊗f‾g\otimes \overline{f} pour tout f∈L2(X)f\in L^2(X) et tout g∈L2(Y)g\in L^2(Y).

L’application linéaire θ3=θ1∘θ2\theta_3=\theta_1\circ \theta_2 s’identifie à un isomorphisme isométrique de L2(X×Y)L^2(X\times Y) sur L2(L2(X);L2(Y))\mathscr{L}_2(L^2(X); L^2(Y)).

Soient f∈L2(X)f\in L^2(X) et g∈L2g\in L^2(Y), et soit N l’élément de L2(X×Y)L^2(X\times Y) identifié à f⊗gf\otimes g. D’après INT, V, p. 95, § 8, no3^o3, cor. 2 et la formule (12) on a

⟨g1∣uN(f1)⟩=⟨f‾∣f1⟩⟨g1∣g⟩ \langle g_1|u_N(f_1)\rangle =\langle \overline{f}|f_1\rangle \langle g_1|g\rangle

pour tous f1∈L2(X)f_1\in L^2(X) et g1∈L2(Y)g_1\in L^2(Y). L’application u=θ3(N)u=\theta_3(N) est l’application linéaire θ1(g⊗f)\theta_1(g\otimes f); elle vérifie donc u(h)=⟨f∣h⟩gu(h) =\langle f|h\rangle g pour tout h∈L2(X)h\in L^2(X). Par conséquent, quels que soient f1∈L2(X)f_1\in L^2(X) et g1∈L2g_1\in L^2(Y), il vient

⟨g1∣u(h1)⟩=⟨f‾∣h1⟩⟨g1∣g⟩=⟨g1∣uN(h1)⟩ \langle g_1|u(h_1)\rangle =\langle \overline{f}|h_1\rangle \langle g_1|g\rangle =\langle g_1|u_N(h_1)\rangle

d’où θ3(N)=uN\theta_3(N) =u_N. Puisque θ3\theta_3 et N↦uNN\mapsto u_N sont continues, on conclut que θ3(N)=uN\theta_3(N) =u_N pour tout N∈L2(X×Y)N\in L^2(X\times Y), ce qui conclut la preuve.

Corollaire 02XT

Pour tout N∈L2(X×Y)N\in L^2(X\times Y), l’application linéaire uNu_N est une application de Hilbert–Schmidt et on a Tr(uN∗uNu^*_Nu_N) =∥N∥2=\|N\|^2.

En effet, on a ∥u∥2=√\|u\|_2=\surdTr(u∗uu^*u) pour tout u∈L2(L2(X);L2(Y))u\in \mathscr{L}_2(L^2(X); L^2(Y)).

Remarque 02XU

Soit N∈L2(X×Y)N\in L^2(X\times Y). D’après le corollaire 2 de IV, p. 150, il existe un ensemble dénombrable I, des familles orthonormales (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} dans L2(X)L^2(X) et (gi)i∈I(g_i)_{i\in I} dans L2L^2(Y), ainsi qu’une famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} dans R+∗\mathbf{R}^*_+, tels que

uN(f)=∑i∈Iαi⟨fi∣f⟩gi u_N(f) =\sum_{i\in I}\alpha_i\langle f_i|f\rangle g_i

pour tout f∈L2f\in L^2(X), où la série converge dans L2(Y)L^2(Y). D’après le cor. 4 de IV, p. 165 et le corollaire ci-dessus, on a

∑i∈Iαi2=\sum_{i\in I}\alpha^2_i= Tr(uN∗uNu^*_Nu_N) =∥uN∥22=∫X×Y∣N(x,y)∣2d(μ⊗ν)(x,y)=\|u_N\|^2_2=\int_{X\times Y}|N(x, y)|^2d(\mu\otimes \nu )(x, y).

Notons de plus hi,j=f‾i⊗gj∈L2(X×Y)h_{i,j}=\overline{f}_i\otimes g_j\in L^2(X\times Y) pour tout (i,j)∈I×I(i, j)\in I\times I. On a alors

N=∑i∈Iαihi,i N =\sum_{i\in I}\alpha_ih_{i,i}

dans L2(X×Y)L^2(X\times Y).

En effet, soient (fj)j∈J(f_j)_{j\in J} et (gk)k∈K(g_k)_{k\in K} des bases orthonormales de L2(X)L^2(X) et L2L^2(Y), respectivement, prolongeant les familles (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} et (gi)i∈I(g_i)_{i\in I}. Posons hj,k=f‾j⊗gkh_{j,k}=\overline{f}_j\otimes g_k pour tout (j,k)∈J×K(j, k)\in J\times K. D’après le lemme 10, la famille (hj,k)(j,k)∈J×K(h_{j,k})_{(j,k)\in J\times K} est une base orthonormale de L2(X×Y)L^2(X\times Y). On a ⟨hj,k∣N⟩=⟨gk∣uN(fj)⟩\langle h_{j,k}|N\rangle =\langle g_k|u_N(f_j)\rangle pour tout (j,k)∈J×K(j, k)\in J\times K. Si j∉Ij \notin I, cette quantité est nulle. Si j∈Ij\in I, elle est égale à αj⟨gk∣gj⟩\alpha_j\langle g_k|g_j\rangle, donc est nulle sauf si k=jk=j, auquel cas ⟨hj,j∣N⟩=αj\langle h_{j,j}|N\rangle =\alpha_j. Par conséquent

N=∑(j,k)∈J×K⟨hj,k∣N⟩hj,k=∑i∈Iαihi,i N =\sum_{(j,k)\in J\times K}\langle h_{j,k}|N\rangle h_{j,k}=\sum_{i\in I}\alpha_ih_{i,i}

10. Trace des opérateurs intégraux à noyau continu

Dans ce numéro, on garde les conventions du numéro précédent avec Y = X et ν=μ\nu =\mu. On suppose que X est un espace topologique localement compact dénombrable à l’infini (TG, I, p. 68, déf. 5).

En particulier, on identifie les espaces L2(X×X)L^2(X\times X) et L2(X)⊗^2L2(X)L^2(X)\widehat{\otimes}_2L^2(X) (lemme 10 de IV, p. 172). On notera f~\widetilde{f} la classe dans L2(X)L^2(X) (resp. dans L2(X×X)L^2(X\times X)) d’une fonction f∈L2(X)f\in \mathscr{L}^2(X) (resp. dans L2(X×X)\mathscr{L}^2(X\times X)).

Proposition 20 02XV

Soit (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite d’applications mesurables de X dans un espace métrisable F. On suppose que la limite de fn(x)f_n(x) existe dans le complémentaire d’une partie μ\mu-négligeable de X. Il existe une suite (Cm)m∈N(C_m)_{m\in\mathbf{N}} de parties compactes de X dont la réunion X~\widetilde{X} vérifie ∣μ∣(X−X~)=0|\mu|(X-\widetilde{X}) = 0, telle que les fonctions fnf_n sont continues dans CmC_m pour tout n∈Nn\in \mathbf{N} et tout m∈Nm\in \mathbf{N}, et la suite (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbf{N}} converge uniformément vers ff dans CmC_m pour tout m∈Nm\in \mathbf{N}.

Il résulte du th. 2 de INT, IV, p. 175, § 5, no4^o4 et de la prop. 12, b) de INT, IV, p. 188, § 5, no8^o8, que l’ensemble des parties compactes C de X telles que les fonctions fnf_n sont continues dans C pour tout nn, et que (fn)(f_n) converge uniformément vers ff dans C, est μ\mu-dense dans X (INT, IV, p. 189, § 5, no8^o8, déf. 6). L’assertion résulte alors de la remarque de INT, IV, p. 189, §5, no8^o8.

Soit N une fonction appartenant à L2(X×X)\mathscr{L}^2(X\times X) et uNu_N l’application de Hilbert–Schmidt de L2(X)L^2(X) dans L2(X)L^2(X) de noyau N (prop. 19 de IV, p. 173). Puisque l’application uNu_N est compacte, il existe d’après la prop. 9 de IV, p. 156 un élément M de N\mathbf{N} et, en notant I l’ensemble des entiers n∈Nn\in \mathbf{N} tels que n⩽Mn\leqslant M, des familles orthonormales (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} et (gi)i∈I(g_i)_{i\in I} dans L2(X)\mathscr{L}^2(X) et une famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} dans R+∗\mathbf{R}^*_+ telles que

uN(f)=∑i∈Iαi⟨f~i∣f⟩g~i(13) u_N(f) =\sum_{i\in I}\alpha_i\langle \widetilde{f}_i|f\rangle \widetilde{g}_i \tag{13}

pour tout f∈L2f\in L^2(X), où la série converge dans L2(X)L^2(X).

Pour tout i∈Ii\in I, on note hi∈L2(X×X)h_i\in \mathscr{L}^2(X\times X) la fonction définie par hi(x,y)=fi(x)gi(y)h_i(x, y) =f_i(x)g_i(y), de sorte que h~i\widetilde{h}_i est la classe de fi⊗gif_i\otimes g_i. D’après la remarque 9 de IV, p. 173, la série de terme général αihi\alpha_ih_i converge vers N dans L2(X×X)L^2(X\times X).

Dans la suite de ce numéro, on suppose que N est une fonction continue.

Proposition 21 02XW

Supposons que uNu_N est de trace finie. Il existe alors un ensemble X~⊂X\widetilde{X}\subset X dont le complémentaire X −X~-\widetilde{X} est μ\mu-négligeable et une fonction H∈L2(X×X)H\in \mathscr{L}^2(X\times X) vérifiant les conditions suivantes :

(i) Pour tout (x,y)∈X~×X~(x, y)\in \widetilde{X}\times \widetilde{X}, la famille (αifi(x)gi(y))i∈I(\alpha_if_i(x)g_i(y))_{i\in I} est sommable dans C\mathbf{C} et sa somme est N(x,y)N(x, y);

(ii) Pour toute partie finie J de I et tout (x,y)∈X~×X~(x, y)\in \widetilde{X}\times \widetilde{X}, on a

∣∑i∈Jαihi(x,y)∣⩽H(x,y)(14) |\sum_{i\in J}\alpha_ih_i(x, y)|\leqslant H(x, y) \tag{14}

(iii) La fonction x↦H(x,x)x\mapsto H(x, x) appartient à L1(X)\mathscr{L}^1(X).

Puisque uNu_N est de trace finie, la famille (αi)(\alpha_i) est sommable (cor. 4 de IV, p. 165). Les séries

∑i∈Iαi∣fi∣2,∑i∈Iαi∣gi∣2 \sum_{i\in I}\alpha_i|f_i|^2,\sum_{i\in I}\alpha_i|g_i|^2

convergent donc dans L1(X)\mathscr{L}^1(X) et par suite μ\mu-presque partout (INT, IV, p. 128, § 3, no3^o3, prop. 6). Notons F et G, respectivement, les fonctions définies μ\mu-presque partout par la somme de ces séries, en posant F(x)=0F(x) = 0 et G(x)=0G(x) = 0 pour tout xx tel que la série correspondante ne converge pas. Comme F et G appartiennent à L1\mathscr{L}^1(X), la fonction H définie par H(x,y)=√F(x)G(y)H(x, y) =\surd F(x)G(y) appartient à L2(X×X)\mathscr{L}^2(X\times X) (INT, V, p. 95, § 8, no3^o3, cor. 2).

Appliquons la prop. 20 à l’espace X, à F=C2F =\mathbf{C}^2, et aux applications mesurables

sn:x↦(∑i∈Iαi∣fi(x)∣2,∑i∈Iαi∣gi(x)∣2) s_n:x\mapsto (\sum_{i\in I}\alpha_i|f_i(x)|^2,\sum_{i\in I}\alpha_i|g_i(x)|^2)
i⩽ni⩽ni\leqslant ni\leqslant n

définies sur X. Il existe donc une suite (Cm)m∈N(C_m)_{m\in\mathbf{N}} de parties compactes de X vérifiant les conditions suivantes :

(1) la réunion X~\widetilde{X} vérifie μ(X−X~)=0\mu(X-\widetilde{X}) = 0;

(2) pour tout m∈Nm\in \mathbf{N} et tout n∈Nn\in \mathbf{N}, les fonctions sns_n sont continues dans CmC_m;

(3) pour tout m∈Nm\in \mathbf{N}, les séries ∑αi∣fi∣2\sum\alpha_i|f_i|^2 et ∑αi∣gi∣2\sum\alpha_i|g_i|^2 convergent uniformément sur CmC_m vers F et G, respectivement ;

(4) le support de la mesure induite par μ\mu sur CmC_m est égal à CmC_m (quitte à remplacer CmC_m par le support de cette mesure).

Démontrons que l’ensemble X~\widetilde{X} et la fonction H vérifient les conditions (i), (ii) et (iii).

Soit (x,y)∈X~×X~(x, y)\in \widetilde{X}\times \widetilde{X}. Pour tout sous-ensemble fini J⊂IJ\subset I, on a

∣∑i∈Jαifi(x)‾gi(y)∣⩽(∑i∈Jαi∣fi(x)∣2)1/2(∑i∈Jαi∣gi(y)∣2)1/2(15) |\sum_{i\in J}\alpha_i\overline{f_i(x)}g_i(y)|\leqslant (\sum_{i\in J}\alpha_i|f_i(x)|^2)^{1/2}(\sum_{i\in J}\alpha_i|g_i(y)|^2)^{1/2} \tag{15}

d’où également

∣∑i∈Jαifi(x)‾gi(y)∣⩽H(x,y)(16) |\sum_{i\in J}\alpha_i\overline{f_i(x)}g_i(y)|\leqslant H(x, y) \tag{16}

ce qui établit dores et déjà la propriété (ii).

D’après l’inégalité (15), la série ∑iαihi\sum_i\alpha_ih_i converge uniformément sur Km×KnK_m\times K_n pour tout (m,n)∈N2(m, n)\in \mathbf{N}^2. Soit N~\widetilde{N} la fonction sur X×XX\times X définie par

N~(x,y)=∑i∈Iαihi(x,y)=∑i∈Iαifi(x)‾gi(y) \widetilde{N}(x, y) =\sum_{i\in I}\alpha_ih_i(x, y) =\sum_{i\in I}\alpha_i\overline{f_i(x)}g_i(y)

pour tout (x,y)∈X~×X~(x, y)\in \widetilde{X}\times \widetilde{X} et par N~(x,y)=0\widetilde{N}(x, y) = 0 sinon. La fonction N~\widetilde{N} est mesurable (INT, IV, p. 175, § 5, no4^o4, th. 2), et elle est continue sur Km×KnK_m\times K_n pour tout (m,n)∈N2(m, n)\in \mathbf{N}^2.

D’après (16), on a ∣N~(x,y)∣⩽H(x,y)|\widetilde{N}(x, y)|\leqslant H(x, y) pour tout (x,y)∈X×X(x, y)\in X\times X, et en particulier N~\widetilde{N} appartient à L2(X×X)\mathscr{L}^2(X\times X) (INT, IV, p. 84, § 5, no6^o6, th. 5).

Démontrons que N=N~N =\widetilde{N} sur X~×X~\widetilde{X}\times \widetilde{X}, ce qui établira la propriété (i). Soient ff et gg des éléments de L2(X)\mathscr{L}^2(X). On a

⟨g∣uN~(f)⟩=∫X×XN~(x,y)f(x)g(y)‾d(μ⊗μ)(x,y) \langle g|u_{\widetilde{N}}(f)\rangle =\int_{X\times X}\widetilde{N}(x, y)f(x)\overline{g(y)}d(\mu\otimes \mu)(x, y)

(formule (12) de IV, p. 172). Pour tout (x,y)∈X~×X~(x, y)\in \widetilde{X}\times \widetilde{X} et toute partie finie J de I, on a

∣∑i∈Jαifi(x)‾gi(y)f(x)g(y)‾∣⩽∣f(x)g(y)∣H(x,y) |\sum_{i\in J}\alpha_i\overline{f_i(x)}g_i(y)f(x)\overline{g(y)}|\leqslant |f(x)g(y)|H(x, y)

par la formule (16). Comme le membre de droite de cette inégalité est intégrable sur X×XX\times X (INT, V, p. 95, § 8, no3^o3, cor. 2), on peut appliquer le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6) et la formule (13) pour en déduire que

⟨g∣uN~(f)⟩=∑i∈Iαi∫X×Xfi(x)‾gi(y)f(x)g(y)‾d(μ⊗μ)(x,y) \langle g|u_{\widetilde{N}}(f)\rangle =\sum_{i\in I}\alpha_i\int_{X\times X}\overline{f_i(x)}g_i(y)f(x)\overline{g(y)}d(\mu\otimes \mu)(x, y)
=∑i∈Iαi⟨fi∣f⟩⟨g∣gi⟩=⟨g∣uN(f)⟩ =\sum_{i\in I}\alpha_i\langle f_i|f\rangle \langle g|g_i\rangle =\langle g|u_N(f)\rangle

Par conséquent, il vient uN~=uNu_{\widetilde{N}}=u_N, d’où N=N~N =\widetilde{N} dans L2(X×X)L^2(X\times X) (prop. 3 de III, p. 28, b)).

Pour tout (m,n)∈N2(m, n)\in \mathbf{N}^2, les fonctions N et N~\widetilde{N} sont continues dans Km×KnK_m\times K_n donc sont égales sur Km×KnK_m\times K_n (prop. 9 de INT, III, p. 69, § 2, no2^o2) puisque le support de la mesure induite par μ⊗μ\mu\otimes \mu sur Km×KnK_m\times K_n est égal à Km×KnK_m\times K_n. Donc N coïncide avec N~\widetilde{N} sur X~×X~\widetilde{X}\times \widetilde{X}.

√ \surd

Finalement, la majoration FG ⩽(F+G)/2\leqslant (F + G)/2 entraîne que la fonction x↦√F(x)G(x)=H(x,x)x\mapsto \surd F(x)G(x) = H(x, x) est intégrable sur X, d’où la propriété (iii).

Dans la suite de ce numéro, on garde les notations de la proposition.

Théorème 2 02XX

Supposons que uNu_N est de trace finie. Alors la fonction x↦N(x,x)x\mapsto N(x, x) appartient à L1(X)\mathscr{L}^1(X) et l’on a

Tr(uNu_N) =∫XN(x,x)dμ(x)=\int_XN(x, x)d\mu(x).

D’après les conditions (i) et (ii), on a ∣N(x,x)∣⩽H(x,x)|N(x, x)|\leqslant H(x, x) pour x∈X~x\in \widetilde{X}, donc la fonction x↦N(x,x)x\mapsto N(x, x) appartient à L1(X)\mathscr{L}^1(X) d’après la condition (iii).

La condition (i) démontre l’égalité

N(x,x)=∑i∈Iαifi(x)‾gi(x) N(x, x) =\sum_{i\in I}\alpha_i\overline{f_i(x)}g_i(x)

pour tout x∈X~x\in \widetilde{X}. D’après les conditions (ii) et (iii), on peut appliquer le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7^o7, th. 6), dont il résulte que

∫XN(x,x)dμ(x)=∑i∈Iαi∫Xfi(x)‾gi(x)dμ(x) \int_XN(x, x)d\mu(x) =\sum_{i\in I}\alpha_i\int_X\overline{f_i(x)}g_i(x)d\mu(x)

=∑i∈Iαi⟨fi∣gi⟩==\sum_{i\in I}\alpha_i\langle f_i|g_i\rangle = Tr(uNu_N),

la dernière égalité résultant du cor. de la prop. 17 de IV, p. 170.

Lemme 11 02XY

Si l’endomorphisme uNu_N de L2(X)L^2(X) est positif, alors N(x,x)⩾0N(x, x)\geqslant 0 pour tout xx dans le support de μ\mu.

Puisque uNu_N est positif, les familles (fi)(f_i) et (gi)(g_i) peuvent être choisies de sorte que fi=gif_i=g_i pour tout i∈Ii\in I (remarque 3 de IV, p. 151). Pour tout x∈X~x\in \widetilde{X}, on a alors

N(x,x)=∑i∈Iαi∣fi(x)∣2⩾0 N(x, x) =\sum_{i\in I}\alpha_i|f_i(x)|^2\geqslant 0

Puisque N est continue, et que μ(X−X~)=0\mu(X-\widetilde{X}) = 0, la fonction N est positive sur le support de μ\mu.

Remarque 02XZ

L’assertion réciproque du lemme n’est pas valide (exercice 14 de IV, p. 316).

Proposition 22 02Y0

On suppose que uNu_N est un endomorphisme positif de L2(X)L^2(X). Alors l’endomorphisme uNu_N est de trace finie si et seulement si la fonction x↦N(x,x)x\mapsto N(x, x) est μ\mu-intégrable. Dans ce cas, on a

Tr(uNu_N) =∫XN(x,x)dμ(x)=\int_XN(x, x)d\mu(x).

Si uNu_N est de trace finie, le théorème 2 implique que x↦N(x,x)x\mapsto N(x, x) est intégrable sur X et que son intégrale est la trace de uNu_N.

Réciproquement, supposons que la fonction x↦N(x,x)x\mapsto N(x, x) est intégrable. Puisque uNu_N est positif, les familles orthonormales (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} et (gi)i∈I(g_i)_{i\in I} peuvent être choisies de sorte que fi=gif_i=g_i pour tout i∈Ii\in I (remarque 3 de IV, p. 151). Pour tout x∈X~x\in \widetilde{X}, on a

N(x,x)=∑i∈Iαi∣fi(x)∣2 N(x, x) =\sum_{i\in I}\alpha_i|f_i(x)|^2

d’où, pour toute partie finie J de I, on déduit

∑i∈Jαi=∑i∈Jαi∫X∣fi(x)∣2dμ(x) \sum_{i\in J}\alpha_i=\sum_{i\in J}\alpha_i\int_X|f_i(x)|^2d\mu(x)
=∫X∑i∈Jαi∣fi(x)∣2dμ(x)⩽∫XN(x,x)dμ(x) =\int_X\sum_{i\in J}\alpha_i|f_i(x)|^2d\mu(x)\leqslant \int_XN(x, x)d\mu(x)

La famille (αi)i∈I(\alpha_i)_{i\in I} est donc sommable, ce qui implique que l’endomorphisme uNu_N est de trace finie (prop. 12 de IV, p. 164).

Remarque 02Y1

Même lorsque X est compact et N continu, l’endomorphisme uNu_N de L2(X)L^2(X) n’est pas toujours de trace finie (cf. exercice 8 de IV, p. 314).

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.