Soit B=(ei)i∈I une base orthonormale de E. Un endomorphisme u est dit diagonal dans la base B ou diagonal relativement à B s’il existe une famille λ=(λi)i∈I d’éléments de K tels que u(ei)=λiei pour tout i∈I.
Soit B=(ei)i∈I une base orthonormale de E. On note DB(E) l’ensemble des endomorphismes de E qui sont diagonaux relativement à B. C’est une sous-algèbre commutative unifère fermée de L(E). Soit u∈DB(E). La famille λ=(λi)i∈I telle que u(ei)=λiei est déterminée de manière unique par u et par la base B, et on dit que c’est la famille des valeurs propres de u relativement à B.
Supposons que K=R et identifions E à un sous-espace de E(C). Soit B=(ei)i∈I une base orthonormée de E. Notons B(C) la base orthonormée (1⊗ei)i∈I de E(C)(cf. EVT, V, p. 29, cor. 1). L’application u↦u(C) induit un morphisme injectif d’algèbres de DB(E) dans DB(C)(E(C)); son image est l’ensemble des u∈DB(C)(E(C)) tel que u(E)⊂E, autrement dit l’ensemble des u diagonaux dans la base B(C) dont les valeurs propres sont réelles.
Pour tout i∈I, on note pi l’orthoprojecteur de E d’image Kei. On a ∥pi∥=1 pour tout i∈I. L’endomorphisme pi est diagonal dans la base B, la famille de ses valeurs propres est la famille (δij)j∈I (symbole de Kronecker, cf. A, II, p. 24).
Soit B′=(fi)i∈I une base orthonormale de E et u:E→E l’isomorphisme isométrique tel que u(fi)=ei. Alors DB′(E)=u−1DB(E)u.
On munit I de la topologie discrète et on note B(I)=Cb(I;K) l’algèbre de Banach unifère des fonctions bornées sur I à valeurs dans K (exemple 2 de I, p. 17) ; si K=C, c’est une algèbre stellaire (exemple 2 de I, p. 102).
a) L’application α de DB(E) dans B(I) qui à un endomorphisme diagonal u associe la famille des valeurs propres de u est un isomorphisme isométrique d’algèbres de Banach sur K. Si K=C, c’est un morphisme d’algèbres involutives ;
b) Pour toute famille bornée λ=(λi)i∈I, la famille (λipi)i∈I est sommable dans l’espace L(E) muni de la topologie de la convergence simple, et la somme de cette famille est l’unique application u∈DB(E) telle que α(u)=λ;
c) Soit u∈DB(E) et soit λ la famille de ses valeurs propres relativement à B. Le spectre de u est l’adhérence dans K de l’ensemble des valeurs de λ;
d) Si K = C, alors l’application de calcul fonctionnel continu de C (Sp(u)) dans L(E) associe à une fonction continue f∈C (Sp(u)) l’endomorphisme α(f∘λ) dans DB(E).
D’après le lemme 1, la famille des valeurs propres d’un endomorphisme diagonal dans B est bornée et l’application de DB(E) dans B(I) ainsi définie est un morphisme continu isométrique d’algèbres de Banach unifères.
Soit i∈I. Pour tout j∈I, on a ⟨u∗(ei)∣ej⟩=λj⟨ei∣ej⟩=⟨λjei∣ej⟩. Il en résulte que u∗(ei)=λiei. L’adjoint de u est donc l’endomorphisme diagonal dans la base B dont (λi)i∈I est la famille des valeurs propres. L’assertion a) en résulte.
Soit λ=(λi)i∈I∈B(I). Pour tout x∈E, la famille (∣⟨ei∣x⟩∣2)i∈I est sommable, de somme ∥x∥2 (EVT, V, p. 22, prop. 5), d’où, pour tout sous-ensemble fini J de I :
Par conséquent, la famille (λipi) est sommable dans L(E) muni de la topologie de la convergence simple. Sa somme uλ vérifie uλ(ei)=λiei; c’est donc un endomorphisme diagonal dans la base B, de valeurs propres λ. L’assertion b) en résulte.
Les dernières assertions résultent de a), de l’exemple 3 de I, p. 17 et de l’exemple 4 de I, p. 111.
L’algèbre de Banach DB(E) est une sous-algèbre fermée commutative maximale de L(E). En effet, soit u un endomorphisme de E qui commute avec DB(E). Soit i∈I. Comme le projecteur orthogonal pi est diagonal dans la base B, on a pi(u(ei))=u(pi(ei))=u(ei), ce qui implique que u(ei) est proportionnel à ei. Ainsi u est diagonal dans la base B.
Si E est de dimension infinie, il existe des sous-algèbres involutives commutatives maximales de L(E) qui ne sont pas isomorphes à DB(E) (exercice 5 de IV, p. 314).
Soient u∈DB(E) et λ=(λi)i∈I la famille de ses valeurs propres.
a) Les conditions suivantes sont équivalentes:
(i) On a λ∈C0(I;K);
(ii) L’endomorphisme u est compact ;
(iii) La famille (λipi)i∈I est sommable dans l’espace de Banach
L(E). Sa somme est alors égale à u.
b) Supposons que u est compact et notons Λ l’ensemble des valeurs de λ. L’ensemble des i∈I tels que λi=0 est dénombrable. Si E est de dimension infinie, on a Sps(u)=Λ−{0} et Sp(u) =Λ∪{0}. Si E est de dimension finie, alors Sps(u)= Sp(u) =Λ.
D’après le lemme 1, on a ∥∑j∈Jλjpj∥= supj∈J∣λj∣ pour toute partie finie J de I. Il en résulte, d’après le critère de Cauchy, que la famille (λipi) est sommable dans L(E) si et seulement si la famille λ tend vers 0 à l’infini, ce qui implique que les conditions (i) et (iii) sont équivalentes.
La condition (iii) implique que u est compact (corollaire de la proposition 2 de III, p. 4). Réciproquement, supposons que l’endomorphisme u est compact. La famille B étant bornée dans E, son image par u dans E est relativement compacte dans E (III, p. 2), donc précompacte. Soit ε>0 et J un sous-ensemble fini de I tel que l’image de B par u est contenue dans la réunion des boules de rayon ε et de centre u(ej) pour j∈J. Soit i∈I - J. Il existe j∈J tel que ∥u(ei)−u(ej)∥⩽ε, donc
∣λi∣2⩽∣λi∣2+∣λj∣2=∥u(ei)−u(ej)∥2⩽ε2
Par conséquent, on a λ∈C0(I;K), c’est-à-dire la condition (i).
Enfin, le spectre de u et son spectre sensible sont calculés en fonction de λ en utilisant la prop. 1, c) et la proposition 5 de III, p. 90.
Lorsque I est infini, la condition λ∈C0(I;K) peut aussi s’énoncer « la famille λ tend vers 0 selon le filtre des complémentaires des parties finies de I. »
Supposons K=C. Soit u un endomorphisme compact et normal de E. Il existe une base orthonormale B de E telle que u est diagonal dans la base B.
L’ensemble Sps(u) est dénombrable, et il ne contient pas 0 si E est de dimension infinie (III, p. 90, prop. 5, b)). Pour tout élément λ∈ Sps(u), notons Nλ le nilespace de u−λ1E. Il est de dimension finie (loc. cit.) et, puisque u est normal, il coïncide avec l’espace propre de u relatif à λ (EVT, V, p. 43, cor. de la prop. 8). Les espaces Nλ sont deux à deux orthogonaux (I, p. 132, no5).
Soit F le sous-espace de E somme hilbertienne des espaces Nλ pour λ∈ Sps(u)−{0}. C’est un espace de type dénombrable, stable par u puisque chaque sous-espace Nλ est stable par u. Comme Nλ est aussi l’espace propre de u∗ relatif à λ (EVT, V, loc. cit.), l’endomorphisme u induit un endomorphisme u de F∘ par passage aux sous-espaces. L’endomorphisme u est compact (prop. 3 de III, p. 5) et normal (lemme 4 de I, p. 135). Par construction, le spectre sensible de u est contenu dans {0} (en effet, tout vecteur propre pour u en serait un pour u, donc appartiendrait à l’un des espaces Nλ si la valeur propre correspondante était non nulle). Ainsi le rayon spectral de u est nul, d’où u=0 puisque u est normal (cor. 1 de I, p. 108). On a donc F∘⊂ Ker(u).
Pour tout λ∈ Sps(u), soit Bλ une base orthonormale de Nλ et (ej)j∈J la famille réunion des Bλ; c’est une base orthonormale de F. Soit B la réunion de (ej)j∈J et d’une base orthonormale de F∘. C’est une base orthonormale de E et u est diagonal dans la base B.
Soit u un endomorphisme compact hermitien de E. Il existe une base orthonormale B de E telle que u est diagonal dans la base B et ses valeurs propres sont réelles.
Si K=C, cela résulte aussitôt du théorème. Supposons K=R. L’espace E est une R-structure sur E(C)(cf. A, II, p. 119). L’endomorphisme u(C) de E(C) est compact (remarque 4 de III, p. 2) et hermitien. Soient B=(ej)j∈J une base orthonormale de E(C) telle que u(C)∈DB(E(C)) et λ la famille des valeurs propres de u(C) (théorème 1). On a λ∈RJ(I, p. 106, prop. 4) ; comme l’application linéaire u(C) est R-rationnelle, le sous-espace propre de u(C) relatif à λj est R-rationnel pour tout j∈J(cf. A, V, p. 60, prop. 6). Il en existe donc une base appartenant à E, et a fortiori, il en existe une base orthonormale dans E. La réunion de ces bases est une base orthonormale BR de E telle que u∈DBR(E).
Soit F un espace hilbertien et soit u une application linéaire continue compacte de E dans F. Il existe un ensemble dénombrable I, une base orthonormale (ei)i∈I de l’espace initial Ker(u)∘ de u, une famille orthonormale (fi)i∈I de F et une famille (αi)i∈I∈(R+∗)I telles que u(ei)=αifi pour tout i∈I.
Soit v=u∗∘u. C’est un endomorphisme compact (III, p. 5, prop. 3) et positif, donc hermitien, de E. D’après le corollaire 1, il existe une base orthonormale (ej)j∈J de E telle que v est diagonal dans cette base. La famille (λj)j∈J de ses valeurs propres est contenue dans R+J. Posons αj=√λj pour tout j∈J. Soit I l’ensemble des j∈J tels que αj=0. C’est un ensemble dénombrable puisque v est compact. La famille (ei)i∈I est une base orthonormale de l’espace initial de v, qui est l’espace initial Ker(u)∘ de u (EVT, V, p. 43, prop. 8). Posons fi=αi1u(ei) pour i∈I. Quels que soient i et j dans I, on a
Avec les notations du corollaire, la famille (αi)i∈I est la famille des valeurs singulières de u, relative à la base orthonormale (ei)i∈I de l’espace initial de u.
Soit u un endomorphisme compact positif de E. Soit B=(fi)i∈I une base orthonormale de E telle que u est diagonal dans la base B (théorème 1), et soit (λi)i∈I la famille des valeurs propres de u dans cette base. Soit J l’ensemble des i∈I tels que λi>0; la famille (ei)i∈J est une base orthonormale de l’espace Ker(u)∘. Pour tout i∈J, posons ei=fi et αi=λi. Il vient u(ei)=αifi: la famille (αi)i∈J est la famille des valeurs singulières de u relative à la base (ei)i∈J.
3. Suite décroissante des valeurs propres
Dans ce numéro, on suppose que K=C.
On note N=N∪{+∞}⊂R. Dans ce numéro, on dira qu’un espace vectoriel E est de dimension +∞∈N si E n’est pas de dimension finie.
Soit IE⊂N l’ensemble des dimensions des sous-espaces de dimension finie F de E tels que F=E. On a IE=N si E est de dimension infinie, et sinon IE={0,..., dim(E) −1}. On notera I=IE lorsqu’aucune confusion ne pourra en résulter.
Soit u un endomorphisme compact et positif (en particulier hermitien) de E. Le spectre sensible de u est l’ensemble des valeurs d’une suite strictement décroissante (νk)0⩽k<Card(Sps(u)) de nombres réels positifs (cf. prop. 5 de III, p. 90). Pour tout entier k tel que 0⩽k< Card(Sps(u)), on note nk⩾1 la multiplicité spectrale de νk. Soit M∈N la somme des multiplicités spectrales nk; c’est la dimension de l’image de u. On a M⩽ Card(I).
Pour 0⩽n<M, on définit λn(u)=νk, où k⩾0 est l’unique entier tel que
n0+⋯+nk−1⩽n<n0+⋯+nk
On pose λn(u)=0 si n∈I vérifie n⩾M. Ce cas ne peut se présenter que si I=N et si Sps(u) est fini (ou, ce qui revient au même, si E est de dimension infinie et u est de rang fini).
La suite (λn(u))n∈I est décroissante ; pour tout λ∈ Sps(u), le nombre d’entiers n tels que λn(u)=λ est égal à la multiplicité spectrale de la valeur propre λ de u.
On dit, par abus de langage, que (λn(u))n∈J est la suite décroissante des valeurs propres de u répétées avec leurs multiplicités.
Soit B=(fj)j∈J une base orthonormale de E dans laquelle u est diagonal (cor. 1 de IV, p. 150) et (λj)j∈J la famille des valeurs propres de u dans la base B. Soit J′ l’ensemble des j∈J tels que λj appartient au spectre sensible de u.
Pour chaque λ∈ Sps(u), il existe une bijection entre les entiers n tels que 0⩽n<M et λn(u)=λ et les j∈J′ tels que λj=λ, car ces deux ensembles ont comme cardinal la multiplicité spectrale de λ. Un choix de telles bijections pour tout λ définit une bijection ι de l’ensemble des entiers tels que 0⩽n<M dans l’ensemble J′. On définit la suite (en)0⩽n<M dans E en posant en=fι(n) pour 0⩽n<M. C’est une famille orthonormale dans E.
Dans le cas où M < Card(I) =+∞, l’espace F engendré par {e0,...,eM−1} est de dimension finie et son orthogonal F∘ est de dimension infinie ; on choisit pour (en)n⩾M une famille orthonormale dans F∘.
Pour tout x∈E, on a
u(x)=j∈J′∑λj⟨fj∣x⟩fj=0⩽n<M∑λn(u)⟨en∣x⟩en
puisque u(fj)=0 lorsque j∈J - J′. Si n∈I vérifie n⩾M, on a λn(u)=0, et on obtient la première formule de la proposition. La seconde en résulte.
Soit u un endomorphisme compact positif de E. Soit f∈C(R+) une application continue croissante telle que f(0)=0.
L’endomorphisme f(u) est compact et positif et, pour tout n∈IE, on a λn(f(u))=f(λn(u)).
L’endomorphisme f(u) est compact et positif d’après la prop. 6, b) de III, p. 91 et la prop. 15, a) de I, p. 117. Le spectre de f(u) est l’image par f du spectre de u (cor. 2 de I, p. 111). Si λ∈ Sps(f(u)), la multiplicité spectrale de λ est la somme des multiplicités spectrales des μ∈ Sp(u) tels que f(μ)=λ (cor. 2 de III, p. 84). Comme f est croissante, la suite (f(λn(u)))n∈IE est décroissante. L’assertion résulte alors de la définition de la suite (λn(f(u)))n∈IE.
4. Caractérisations variationnelles des valeurs propres
Dans ce numéro, on suppose que K=C.
Soient u un endomorphisme compact et positif de E et (λn(u))n∈IE la suite décroissante des valeurs propres de u. On pose I=IE.
Pour tout sous-espace fermé F de E, on note
rF(u)= inf 2⟨x∣u(x)⟩,RF(u)= sup 2⟨x∣u(x)⟩,
x∈F−{0}∥x∥x∈F∘−{0}∥x∥
où la borne inférieure (resp. la borne supérieure) est prise dans [0,+∞].
Pour tout n∈N, on note Fn l’ensemble des sous-espaces vectoriels F⊂E de dimension n. On dit qu’un sous-espace F∈Fn est adapté à u s’il admet une base orthonormale (fi)0⩽i⩽n−1 telle que u(fi)=λi(u)fi pour 0⩽i⩽n−1.
avec égalité si x=fn. Cela implique que rF(u)=λn(u), d’où l’assertion a).
Soit F∈Fn un sous-espace adapté à u. Le sous-espace fermé F∘ est non nul (car n= dim(F) < dim(E)) et stable par u; l’endomorphisme u de F∘ déduit de u par passage aux sous-espaces est compact et positif.
On a Sp(u)⊂ Sp(u). On a de plus Sp(u)⊂[0,λn(u)]. En effet, il suffit de vérifier que λ⩽λn(u) pour tout λ∈ Sps(u). Le nombre λ est alors une valeur propre de u, donc il existe j∈I tel que λ=λj(u). L’espace propre de u relatif à λj(u) n’est donc pas contenu dans F, ce qui implique que λj(u)⩽λn(u).
Supposons que λn(u)>0. L’espace propre de u relatif à λn(u) n’est alors pas contenu dans F, et λn(u) appartient donc au spectre sensible de u. On en déduit que sup(Sp(u)) =λn(u). Si λn(u)=0, on a le même résultat puisque le spectre de u est alors réduit à {0}.
Par ailleurs, on a par définition RF(u)=R{0}(u), et finalement R{0}(u)= sup(Sp(u)) d’après la prop. 9 de I, p. 139, a). L’assertion b) est démontrée.
Soit (en)n∈I une famille orthonormale ayant la propriété de la prop. 3 de IV, p. 152. Pour tout entier tel que 1⩽n<M+1, soit Fn∈Fn le sous-espace de dimension n de E engendré par (e0,...,en−1); par construction, l’espace Fn est adapté à u. D’après la prop. 5, on a donc
λn(u)=rFn+1(u)=RFn(u)(2)
Soit n∈I. Soit F∈Fn+1. La restriction à F de l’orthoprojecteur sur Fn n’est pas injective, donc il existe x=0 dans F orthogonal à Fn. Comme x∈Fn∘, on a alors (prop. 3 de IV, p. 152)
⟨x∣u(x)⟩=m∈I∑λm(u)∣⟨em∣x⟩∣2
m⩾n
⩽λn(u)mm⩾∈nI∑∣⟨em∣x⟩∣2=λn(u)∥x∥2
Cela démontre que rF(u)⩽λn(u), d’où en particulier l’inégalité
(3) Fsup∈Fn+1rF(u)⩽λn(u).
Soit F∈Fn. La restriction à Fn+1 de l’orthoprojecteur sur F n’est pas injective, donc il existe un vecteur x=0 dans Fn+1 orthogonal à F. Comme x∈Fn+1, on a (loc. cit.)
⟨x∣u(x)⟩=0⩽m⩽n∑λm(u)∣⟨em∣x⟩∣2
⩾λn(u)0⩽m⩽n∑∣⟨em∣x⟩∣2=λn(u)∥x∥2
et donc RF(u)⩾λn(u). En particulier, il vient
(4) Finf∈FnRF(u)⩾λn(u).
Au vu des formules (2), (3) et (4), la proposition est démontrée.
5. Applications de la caractérisation variationnelle des valeurs propres
Dans ce numéro, on considère des espaces hilbertiens sur C.
Soient u et v des endomorphismes compacts positifs de E.
a) On a ∣λn(u)−λn(v)∣⩽∥u−v∥ pour tout n∈I;
b) Si u⩽v, alors λn(u)⩽λn(v) pour tout n∈I.
Soit n∈I et soit F un sous-espace vectoriel de dimension n de E. Pour tout x∈F, on a
∣⟨x∣v(x)⟩−⟨x∣u(x)⟩∣⩽∥u−v∥∥x∥2
donc les inégalités
RF(v)−∥u−v∥⩽RF(u)⩽RF(v)+∥u−v∥
L’assertion a) en découle d’après la proposition 6 de IV, p. 154.
Si u⩽v, on a ⟨x∣u(x)⟩⩽⟨x∣v(x)⟩ pour tout x∈E. Pour tout n∈I et tout sous-espace F de dimension n, on a donc RF(u)⩽RF(v), d’où λn(u)⩽λn(v)(loc. cit.).
Soit u un endomorphisme compact positif de E. Soient H un sous-espace fermé de E et iH:H→E l’injection canonique. Notons uH l’endomorphisme iH∗uiH de H. Il est compact et positif.
a) On a IH⊂IE et λn(uH)⩽λn(u) pour tout n∈IH;
b) Si H est de codimension finie k∈N dans E, alors on a IH+k⊂IE et λn+k(u)⩽λn(uH) pour tout n∈IH.
L’endomorphisme uH est compact (prop. 3 de III, p. 5). Il est positif car ⟨x∣uH(x)⟩=⟨iH(x)∣u(iH(x))⟩⩾0 pour tout x∈H.
Soit n∈IH⊂IE. Soit F un sous-espace de dimension n+1 de H adapté à uH. On a donc λn(uH)=rF(uH) (prop 5 de IV, p. 153, a)), et comme de plus rF(uH)=rF(u)⩽λn(u) (prop. 6 de IV, p. 154), on obtient l’assertion a).
Supposons que H est de codimension k∈N dans E et que n∈IH. Soit F un sous-espace de H de dimension n adapté à uH. Son orthogonal dans H est égal à H∩F∘, et c’est l’orthogonal dans E du sous-espace F+H∘ de dimension n+k. Donc n+k∈IE et (prop 5 de IV, p. 153, b))
Soit F un espace hilbertien et soit u une application linéaire compacte de E dans F.
Pour tout entier n∈IE on note αn(u)=λn(u∗∘u). Soit J l’ensemble des n∈IE tels que αn(u)>0. La famille (αn(u))n∈J est appelée la suite des valeurs singulières de u répétées avec multiplicité.
On dit que la suite (αn(u))n∈IE est la suite élargie des valeurs singulières de u.
La suite (αn(u))n∈IE est bien définie puisque l’endomorphisme u∗∘u de E est compact (III, p. 5, prop. 3) ; c’est une famille décroissante de nombres réels positifs puisque u∗∘u est positif.
b) Soit J l’ensemble des n∈IE tels que αn(u)=0. Il existe des familles orthonormales (en)n∈J dans E et (fn)n∈J dans F telles que pour tout x∈E, on a
u(x)=n∈J∑αn(u)⟨en∣x⟩fn
Comme ⟨x∣u∗u(x)⟩=∥u(x)∥2 pour tout x∈E, les définitions et la prop. 6 de IV, p. 154, a), impliquent l’égalité de la première assertion.
Soit (en)n∈IE une famille orthonormale de E vérifiant les conclusions de la prop. 3 de IV, p. 152 appliquée à l’endomorphisme compact positif u∗∘u de E. Posons fn=αn−1u(en) pour n∈J. En raisonnant comme dans la preuve du corollaire 2 de IV, p. 150, on obtient l’assertion c).
Soient F un espace hilbertien et u une application linéaire compacte de E dans F. Soient w∈L(E) et v∈L(F). Pour tout n∈IE, on a αn(w∘u∘v)⩽∥v∥∥w∥αn(u).
C’est une conséquence de l’assertion a) de la proposition précédente.
La suite (αn(u))n∈IE étant décroissante, l’ensemble J est, soit égal à IE, soit égal à un segment {0,...,m} dans IE où m∈N. Ce dernier cas vaut si et seulement si u est de rang fini.
Il est possible que αn(v∘u∘w)=0 même si αn(u) est non nul ; dans ce cas, αn(v∘u∘w) n’est pas une valeur singulière de v∘u∘w.
6. Inégalités de Weyl
Dans ce numéro, on considère des espaces hilbertiens sur K=C.
Soit E un espace hilbertien. Pour tout n∈N, on rappelle qu’on a défini la puissance extérieure hilbertienne ∧nE dans EVT, V, p. 34. Pour tout espace hilbertien F et pour u∈L(E;F), on a également défini l’application linéaire ∧nu∈L(∧nE;∧nF)(loc. cit.). Ces constructions sont fonctorielles : pour tout espace hilbertien G et pour toute application linéaire v∈L(F;G), la formule
∧nv∘∧nu=∧n(v∘u)
est valide (loc. cit., formule (28)).
Soient H un sous-espace fermé de E et iH l’injection canonique de H dans E. Pour tout endomorphisme u de E, on note uH l’endomorphisme iH∗uiH de H.
Soit n∈N. L’application ∧niH est une application linéaire isométrique de ∧nH dans ∧nE.
Soit (ej)j∈J une base orthonormée de H et (ej)j∈J′ une base orthonormale de E, où J⊂J′. Munissons J′ d’une structure d’ordre total. Les éléments ej1∧⋯∧ejn pour j1<⋯<jn dans J′ (resp. dans J) forment une base orthonormale de ∧nE (resp. de ∧nH) d’après la prop. 5 de EVT, V, p. 34, prop. 5. Le lemme en résulte.
Dans la suite, on identifiera ∧nH à un sous-espace fermé de ∧nE par le truchement de l’application ∧niH.
Soient F un espace hilbertien et u∈L(E;F). Soit n∈N.
a) On a (∧nu)∗=∧n(u∗);
b) Si F = E et u est hermitien (resp. positif, normal, unitaire), alors ∧nu est hermitien (resp. positif, normal, unitaire) ;
c) On a ∣∧nu∣=∧n∣u∣;
d) Soit H un sous-espace fermé de E. La restriction (∧nu)∣∧nH de ∧nu à ∧nH est égale à ∧n(u∣H)(égalité dans L(∧nH;∧nF));
e) Supposons F = E. Soit H un sous-espace fermé de E. On a (∧nu)∧nH=∧n(uH) dans L(∧nH).
L’assertion a) résulte de EVT, V, p. 39, formule (13). Elle implique aussitôt que ∧nu est hermitien (resp. unitaire) lorsque u est hermitien (resp. unitaire). Si u est positif, alors u1/2 est hermitien, donc aussi ∧n(u1/2); la relation ∧nu=(∧nu1/2)2 implique que ∧nu est positif (I, p. 138, prop. 8). Cela démontre b).
Ce qui précède permet de calculer que
(∧n∣u∣)2=∧n(∣u∣2)=∧n(u∗u)
=∧nu∗∧nu=(∧nu)∗(∧nu)=∣∧nu∣2
Comme ∧n∣u∣ est positif d’après b), il résulte de la prop. 16 de I, p. 118 que ∧n∣u∣=∣∧nu∣, d’où c).
Soit iH l’injection canonique de H dans E. L’espace ∧nH est identifié à un sous-espace fermé de ∧nE par l’application ∧niH, d’où
(∧nu)∣∧nH=∧nu∘∧niH=∧n(u∘iH)=∧n(u∣H)
et
(∧nu)∧nH=(∧niH)∗∘∧nu∘∧niH=∧n(iH∗uiH)=∧n(uH)
ce qui démontre d) et e).
Soit F un espace hilbertien, et soit u∈Lc(E;F). Comme dans le numéro 3 de IV, p. 151, on note IE l’ensemble des dimensions des sous-espaces de dimension finie F de E tels que F=E. On rappelle que (αn(u))n∈IE désigne la suite élargie des valeurs singulières de u (déf. 3 de IV, p. 156).
Le lemme 3, c) démontre que ∥∧n+1u∥=∥∧n+1∣u∣∥; comme de plus αi(u)=αi(∣u∣) pour tout i∈IE (remarque 5 de IV, p. 157, (2)), il suffit de démontrer l’assertion pour ∣u∣. Cela permet de supposer que F = E et que u est positif.
Soit alors B=(ej)j∈J une base orthonormale de E telle que u est diagonalisable dans la base B (théorème 1 de IV, p. 149), et soit (λj)j∈J la famille des valeurs propres de u dans la base B. Munissons J d’un ordre total, et notons Jn l’ensemble des familles strictement croissantes (j0,...,jn)∈Jn+1 d’éléments de J. Les vecteurs
eι=ej0∧⋯∧ejn
pour ι=(j0,...,jn)∈Jn forment une base orthonormale Bn de ∧n+1E (EVT, V, p. 34, prop. 5). Pour tout ι=(j0,...,jn)∈Jn, notons
λι=j=0∏nλij
Il vient (∧n+1u)eι=λιeι, donc ∧n+1u est diagonal dans la base Bn. Par conséquent, on a
∥∧n+1u∥= supι∈Inλι
(lemme 1 de IV, p. 147), qui est égal au produit λ0(u)⋯λn(u) des n+1 plus grandes valeurs propres de u. La formule désirée en résulte puisque λi(u)=αi(u) pour tout i∈IE lorsque u est positif (remarque 5 de IV, p. 157, (3)).
En particulier, si α1(u)<α0(u)=∥u∥, on voit que l’inégalité ∥∧n(u)∥⩽∥u∥n (EVT, V, p. 34, formule (29)) n’est pas une égalité en général si n⩾2.
Soit I un intervalle de R ne contenant pas +∞. Rappelons (FVR, I, p. 38, remarque) qu’une fonction continue f:I→[−∞,+∞[ est dite convexe si sa restriction à l’intérieur de I est une fonction convexe à valeurs dans R; elle a alors une limite (finie ou infinie) à droite en inf I. Dans les énoncés ci-dessous, le produit de 0 et d’un élément de {−∞,+∞} est par convention égal à 0.
Soient I⊂R un intervalle ne contenant pas +∞ et f une fonction convexe croissante de I dans [−∞,+∞[.
Soient n un entier naturel et
a0⩾a1⩾⋯⩾an,b0⩾b1⩾⋯⩾bn
des éléments de I.
Soient ϱ0⩾ϱ1⩾⋯⩾ϱn des nombres réels positifs. Supposons que
i=0∑jai⩽i=0∑jbi(5)
pour tout entier j tel que 0⩽j⩽n. On a alors
i=0∑nϱif(ai)⩽i=0∑nϱif(bi)(6)
Supposons d’abord que ai∈I˚, et donc f(ai)∈R, pour tout i. Soit i tel que 0⩽i⩽n, et soient (αi,βi) des nombres réels tels que la droite d’équation y=αix+βi est une droite d’appui du graphe de f au point (ai,f(ai)) (FVR, I, p. 37). On a par conséquent f(ai)=αiai+βi et f(bi)⩾αibi+βi puisque le graphe de f est au dessus de la droite d’appui, d’où
f(bi)−f(ai)⩾αi(bi−ai)(7)
Par ailleurs, si i<n, on a
αi⩾fg′(ai)⩾fd′(ai+1)⩾αi+1
(loc. cit. et FVR, I, p. 36, cor. 1) ; de plus αi⩾0 puisque f est croissante (FVR, I, p. 22, corollaire), d’où ϱiαi⩾ϱi+1αi+1⩾0 pour 0⩽i<n.
Soit j un entier tel que 0⩽j⩽n. Posons
Aj=i=0∑j(bi−ai)
de sorte que Aj⩾0 par l’hypothèse (5). En appliquant l’inégalité (7) puis le lemme 4, on en déduit
i=0∑nϱi(f(bi)−f(ai))⩾i=0∑nϱiαi(bi−ai)
=ϱnαnAn+j=0∑n−1(ϱjαj−ϱj+1αj+1)Aj⩾0
Considérons le cas cas général, et raisonnons par récurrence sur n. Si l’un des ai n’appartient pas à l’intérieur de I, on a nécessairement a0= sup I ou an= inf I.
Supposons d’abord que an = inf I. On a alors an⩽bn et donc ϱnf(an)⩽ϱnf(bn). L’hypothèse de récurrence, appliquée aux familles (a0,...,an−1),(b0,...,bn−1) et (ϱ0,...,ϱn−1), implique
i=0∑n−1ϱif(ai)⩽i=0∑n−1ϱif(bi)
d’où l’inégalité désirée en ajoutant ϱnf(an). Le cas où a0= sup I est traité de manière similaire.
Soient g et h des fonctions convexes définies sur des intervalles I et J de R, respectivement. Si g est croissante et définie sur l’image de h, alors la fonction g∘h est convexe sur J.
c) Supposons que F = E. Pour tout entier m⩾2, on a
i=0∑nαi(um)⩽(i=0∑nαi(u)2)m/2
Soit r∈R+∗ et soit g la fonction définie sur R+ par g(x)=xr. La fonction g∘ exp est convexe (lemme 6), donc l’assertion a) résulte de la prop. 11 appliquée à la fonction g.
L’assertion b) résulte de a) et de l’inégalité de Hölder (INT, I, prop. 4).
Soit m⩾2 un entier. Appliquons b) avec r=1,p=q=2 et v=um−1. On trouve
Démontrons c) par récurrence sur m⩾2. L’inégalité précédente établit l’assertion lorsque m=2. Supposons que m⩾3 et que l’assertion est valide pour m−1; puisque on a
On rappelle qu’un endomorphisme positif u de E est de trace finie si et seulement s’il existe une base orthonormale (ei)i∈I de E telle que
i∈I∑⟨ei∣u(ei)⟩<+∞
(EVT, V, p. 48, lemme 3 et p. 49, déf. 7). Si K=C, l’espace L1(E) des endomorphismes de trace finie de E est l’espace vectoriel engendré par l’ensemble des endomorphismes positifs de trace finie (EVT, V, p. 50, déf. 8) ; si K=R, l’espace L1(E) est défini comme l’intersection L(E)∩L1(E(C)) (EVT, V, p. 50).
Si u∈L1(E), alors la série
i∈I∑⟨ei∣u(ei)⟩
converge pour toute base orthonormale (ei)i∈I de E et sa somme est indépendante de la base orthonormale ; on dit que c’est la trace Tr(u) de u (EVT, V, p. 50). Si K=R, on a Tr(u) = Tr(u(C)).
Soit u∈L1(E). On a u∗∈L1(E) et Tr(u∗) = Tr(u) (loc. cit.).
Soit B=(ei)i∈I une base orthonormale de E. Soit u∈DB(E) et notons λ=(λi)i∈I la famille de ses valeurs propres. L’endomorphisme u est de trace finie si et seulement si la famille λ est sommable dans K. On a alors Tr(u) =∑λi.
Quitte à remplacer u par u(C), on peut supposer que K=C.
Supposons d’abord que u est de trace finie. D’après EVT, V, p. 50 et p. 49, formule (25), la famille (⟨ei∣u(ei)⟩)i∈I=(λi)i∈I est sommable.
Réciproquement, supposons que la famille λ est sommable.
Chacune des familles (R(λi)+),(R(λi)−),(I(λi)+),(I(λi)−) est alors sommable. L’endomorphisme u est combinaison linéaire des éléments de DB(E) dont ces familles sont les valeurs propres. Ces éléments de DB(E) sont positifs. Puisque, par définition, l’espace des endomorphismes de trace finie est engendré par les endomorphismes positifs de trace fini, on peut donc supposer que λi⩾0 pour tout i. Comme ⟨ei∣u(ei)⟩=λi, la famille (⟨ei∣u(ei)⟩)i∈I est sommable, donc u est de trace finie (EVT, V, p. 48, lemme 3).
Enfin, si u est de trace finie, alors d’après EVT, V, p. 50, on a
b) Soient B=(ei)i∈I une base orthonormale de l’espace initial Ker(u)∘ de u,C=(fi)i∈I une famille orthonormale de E et (αi)i∈I une famille dans (R+∗)I telles que u(ei)=αifi pour tout i∈I (cor. 2 de IV, p. 150). On a
Tr(u) =∑i∈Iαi⟨ei∣fi⟩.
Pour démontrer a), on peut supposer que K=C (EVT, V, p. 50 et remarque 4 de III, p. 2) et que u est positif (EVT, V, p. 50, déf. 8).
D’après EVT, V, p. 56, cor. 1, il existe une base orthonormale B=(ei)i∈I de E tel que u est diagonal dans la base B et de plus la famille λ des valeurs propres de u appartient à R+I et est sommable. La famille λ appartient donc à C0(I;K) (TG, III, p. 38, prop. 1), et par conséquent l’endomorphisme u est compact (prop. 2 de IV, p. 148).
Démontrons b). Soit (ei)i∈J une base orthonormale de E prolongeant la famille B, de sorte que u(ei)=0 si i∈J - I. Il vient
Soit F un espace hilbertien. Soit u∈L(E;F) une application de Hilbert–Schmidt. Alors u est une application linéaire compacte.
Soit (j,∣u∣) la décomposition polaire de u(I, p. 140, déf. 4). Par définition (EVT, V, p. 50, déf. 9) l’endomorphisme u∗u est de trace finie,√ donc est compact (corollaire 1, a)) ; il en est de même de ∣u∣=u∗u (prop. 6 de III, p. 91, b)) et de u=j∣u∣ (prop. 3 de III, p. 5).
Supposons que K=C. Soit u un endomorphisme compact positif de E. L’endomorphisme u est de trace finie si et seulement si la famille décroissante de ses valeurs propres (λn(u))n∈IE est sommable ; la trace de u est alors la somme de cette famille.
D’après le th. 1 de IV, p. 149, cela résulte de la proposition précédente et de la définition de la suite (λn(u))n∈IE (no3 de IV, p. 151), compte tenu de la formule (28) de EVT, V, p. 49.
Soit F un espace hilbertien. Soit u∈L(E;F) une application linéaire compacte. Soient B=(ei)i∈I une base orthonormale de l’espace initial Ker(u)∘ de u,C=(fi)i∈I une famille orthonormale de F et (αi)i∈I une famille dans (R+∗)I telles que u(ei)=αifi pour tout i∈I (cor. 2 de IV, p. 150).
L’endomorphisme ∣u∣ de E est de trace finie si et seulement si la famille (αi)i∈I est sommable. On a alors u∈L2(E;F) et
(8) Tr(∣u∣) =∑i∈Iαi,∥u∥22= Tr(u∗u) =∑i∈Iαi2,
et en particulier ∥u∥2⩽ Tr(∣u∣).
La famille des valeurs propres non nulles de ∣u∣ est (αi)i∈I, donc ∣u∣ est de trace finie si et seulement si la famille (αi)i∈I est sommable (prop. 12). Si c’est le cas, la famille (αi2) des valeurs propres non nulles de u∗u=∣u∣2 est sommable, et les formules (8) résultent de loc. cit.
Soit λ=(λi)i∈I une famille de nombres complexes. Pour tout t∈C∗, soit nt le cardinal de l’ensemble des i∈I tels que λi=t. La famille (λi)i∈I est sommable si et seulement si nt est fini pour tout t∈C∗ et si la famille (ntt)t∈C∗ est sommable. Dans ce cas, les sommes de ces deux familles sont égales.
Supposons que la famille (λi)i∈I est sommable. Pour tout t∈C, soit It l’ensemble des i∈I tels que λi=t. D’après TG, III, p. 39, th. 2, appliqué à la partition de I par les ensembles It, l’ensemble It est fini pour tout t∈C∗, et de plus la famille (ntt)t∈C∗ est sommable de somme égale à celle de la famille (λi)i∈I.
Réciproquement, supposons que nt est fini pour tout t∈C∗ et que la famille (ntt)t∈C∗ est sommable. Soient J une partie finie de I et Λ l’ensemble des λi pour i∈J. On a
∣i∈J∑λi∣⩽t∈Λ−{0}∑nt∣t∣⩽t∈C∗∑nt∣t∣
donc la famille (λi)i∈I est sommable (TG, VII, p. 17, corollaire).
Supposons que K=C. Soit u un endomorphisme normal compact de E. Pour t∈ Sps(u), soit nt⩾1 la multiplicité spectrale de la valeur propre t de u. Pour que u soit de trace finie, il faut et il suffit que la famille (ntt)t∈Sps(u) soit sommable. La trace de u est alors la somme de cette famille.
Soit B=(ei)i∈I une base orthonormale de E telle que u soit diagonal dans la base B (th. 1 de IV, p. 149), et soit λ=(λi)i∈I la famille de ses valeurs propres. Puisque, pour t∈ Sps(u), la multiplicité nt est égale au nombre d’éléments i∈I tels que λi=t et que les éléments non nuls de λ appartiennent à Sps(u), l’assertion résulte alors de la prop. 12 et du lemme précédent.
8. Applications nucléaires
Dans ce numéro, F désigne un espace hilbertien sur K. Lorsque K=C, on rappelle (I, p. 139√,déf. 3) que pour u∈L(E;F), on note ∣u∣ l’endomorphisme positif u∗∘u de E. Lorsque K=R, l’élément ∣u(C)∣ de L(E(C)) est de la forme v(C) pour un unique endomorphisme v∈L (E), qui est encore noté ∣u∣(cf. I, p. 87).
On note (u,v)↦⟨u∣v⟩= Tr(u∗v) le produit scalaire dans l’espace hilbertien L2(E;F) (EVT, V, p. 53, remarques 1 et 2).
Pour tout u∈L(E;F), on note ∥u∥1= Tr(∣u∣) si ∣u∣ est de trace finie et ∥u∥1=+∞ si ce n’est pas le cas. On a donc ∥u∥1∈R+∪{+∞}. Puisque ∥u∥=∥∣u∣∥ (prop. 10, a) de I, p. 139) et que, si v est positif et de trace finie, alors Tr(v)⩾∥v∥ (EVT, V, p. 49, formule (24bis) et p. 44, prop. 9), il vient
∥u∥⩽∥u∥1(9)
Si ∥u∥1 est fini, alors u est une application de Hilbert–Schmidt et ∥u∥2⩽∥u∥1 (cor. 4 de IV, p. 165).
Soient B=(ei)i∈I une base orthonormale de l’espace initial Ker(u)∘ de u,C=(fi)i∈I une famille orthonormale de F et (αi)i∈I une famille dans (R+∗)I telles que u(ei)=αifi pour tout i∈I (cor. 2 de IV, p. 150). La famille (αi)i∈I est de carré sommable puisque u appartient à L2(E;F) (cor. 4 de IV, p. 165). Soit (ej)j∈J une base orthonormale de E qui prolonge (ei)i∈I.
Soit L une partie finie de I. Soit vL l’application linéaire continue de rang fini de E dans F définie par
vL(x)=i∈L∑⟨ei∣x⟩fi
pour tout x dans E. On a ∥vL∥⩽1 et vL∈L2(E;F). De plus, pour tout j∈J, on a vL(ej)=0 si j∈/L et vL(ej)=fj si j∈L. Ainsi
Cela implique l’égalité de la proposition lorsque ∥u∥1=+∞.
Supposons que ∥u∥1 est fini. Pour tout i∈I, soit pi l’application linéaire de E dans F telle que pi(ei)=fi et pi(x)=0 pour tout x∈ei∘. Pour tous j et k dans I, on a
⟨pj∣pk⟩= Tr(pj∗pk) =∑i∈J⟨pj(ei)∣pk(ei)⟩,
qui est nul sauf si j=k, auquel cas cette quantité vaut ∥fk∥2=1. La famille (pi)i∈I est donc orthonormale dans L2(E;F). Par conséquent, la famille (αipi)i∈I est sommable dans L2(E;F); sa somme est égale à u puisque ces deux applications linéaires continues coïncident sur les éléments ei pour tout i∈J.
ce qui, combiné avec la formule (10), conclut la preuve de la proposition.
Il résulte de cette proposition que l’ensemble L1(E;F) des applications linéaires continues u de E dans F telles que ∥u∥1 est fini est un sous-espace vectoriel de L2(E;F) et que l’application u↦∥u∥1 est une semi-norme sur L1(E;F); l’inégalité (9) démontre que c’est une norme.
On dit que l’espace vectoriel L1(E;F) muni de la norme u↦∥u∥1 est l’espace des applications nucléaires de E dans F. Si u∈L1(E;F), on dit que u est nucléaire.
Soit u une application nucléaire de E dans F. L’application u étant de Hilbert–Schmidt, elle est compacte (cor. 2 de IV, p. 165). De plus, la proposition 14 implique que pour tout v∈L2(E;F), on a
Soit G un espace hilbertien sur K. L’application (u,v)↦v∘u de L(E;F)×L(F;G) dans L(E;G) définit par passage aux sous-espaces une application bilinéaire continue de norme ⩽1 de L2(E;F)×L2(F;G) dans L1(E;G).
Soient u∈L2(E;F) et v∈L2(F;G). Soit w∈L2(E;G). Il vient ⟨uv∣w⟩= Tr(v∗u∗w) =⟨v∣u∗w⟩ d’où
∣⟨uv∣w⟩∣⩽∥v∥2∥u∗w∥2⩽∥v∥2∥u∥2∥w∥
d’après l’inégalité de Cauchy–Schwarz et la formule (37) de EVT, V, p 52. Le résultat découle donc de la prop. 14.
L’application u↦u∗ de L(E;F) dans L(F;E) définit par passage aux sous-espaces une application linéaire isométrique de L1(E;F) dans L1(F;E).
Soit u∈L1(E;F). Comme u est une application de Hilbert–Schmidt, il en est de même de u∗ (EVT, V, p. 54). L’application v↦v∗ est une bijection de l’ensemble des v∈L2(E;F) tels que ∥v∥⩽1 dans l’ensemble des w∈L2(F;E) tels que ∥w∥⩽1; pour tout v∈L2(E;F) avec ∥v∥⩽1, on a ⟨v∣u⟩=⟨u∗∣v∗⟩ (EVT, V, p. 54, formule (42)), d’où le résultat d’après la prop. 14.
Soient E1 et F1 des espaces hilbertiens. Soient u dans L1(E;F),v dans L(E1;E) et v2 dans L(F;F1). On a alors v2uv1∈L1(E1;F1) et ∥v2uv1∥1⩽∥v2∥∥v1∥∥u∥1.
Soit w∈L2(E;F1) tel que ∥w∥⩽1. On a v2u∈L2(E;F1) (EVT, V, p. 52, formule (36)). Comme v2∗w∈L2(E;F)(loc. cit.), il vient
∣⟨w∣v2u⟩∣=∣⟨v2∗w∣u⟩∣⩽∥v2∥∥u∥1
(formule (11)), d’où v2u∈L1(E;F1) et ∥v2u∥1⩽∥v2∥∥u∥1 (prop. 14).
Soit v1∈L(E1;E); puisque uv1=(v1∗u∗)∗, on a uv1∈L1(E1;F) et ∥uv1∥1⩽∥v1∗∥∥u∗∥1=∥v1∥∥u∥1 (lemme 8).
La proposition résulte aussitôt de ces inégalités.
L’espace L1(E;E) coïncide avec l’espace L1(E) des endomorphismes de trace finie de E, et on a ∣Tr(u)∣⩽∥u∥1 pour tout endomorphisme u de E de trace finie.
On peut supposer que K=C. L’espace L1(E;E) contient par définition l’ensemble des endomorphismes positifs de trace finie, et donc L1(E)⊂L1(E;E) (EVT, p. 50, déf. 8). Réciproquement, démontrons que L1(E;E) est contenu dans L1(E).
Soit u∈L1(E;E). On a u∗∈L1(E;E) (lemme 8) ; il suffit donc de démontrer que les éléments hermitiens de L1(E;E) sont de trace finie (lemme 2 de I, p. 96).
Soit u un tel endomorphisme. Il est compact (remarque 2, p. 169). Soit B une base orthonormale de E telle que u soit diagonal dans la base B (th. 1 de IV, p. 149) et soit λ la famille des valeurs propres de u relativement à B. L’endomorphisme ∣u∣ est diagonalisable dans la base B et la famille de ses valeurs propres est ∣λ∣ (prop. 1, d) de IV, p. 147). Puisque ∣u∣ est de trace finie, cette dernière famille est sommable (prop. 12 de IV, p. 164), donc la famille λ est sommable. Par conséquent, u est de trace finie (loc. cit.), et on a ∣Tr(u)∣⩽ Tr(∣u∣) =∥u∥1.
En conséquence, l’espace L1(E) est un idéal bilatère auto-adjoint de l’algèbre stellaire L(E). Si E est de dimension infinie, cet idéal n’est pas fermé dans L(E).
Les propositions 17 et 16 démontrent que l’application b de L1(E;F)×L(F;E) dans C définie par b(u,v)= Tr(vu) est une forme bilinéaire continue qui met les espaces L1(E;F) et L(F;E) en dualité.
Soit v∈Lc(E;F) de norme ⩽ 1. Comme L2(E;F) est dense dans Lc(E;F), il existe une suite (vn)n∈N dans L2(E;F) qui converge vers v dans L(E;F). La suite (b(u,vn))n∈N converge vers b(u,v); comme ∣b(u,vn)∣ = ∣Tr(vnu)∣ = ∣⟨vn∗∣u⟩∣⩽∥u∥1 (prop. 14) pour tout n∈N, il en résulte que ∣b(u,v)∣⩽∥u∥1.
D’après le lemme 9, l’application θ est isométrique, et il suffit de démontrer que θ est surjective.
Soit λ∈Lc(F;E)′. Puisque ∥v∥⩽∥v∥2 pour tout v∈L2(F;E) (EVT, V, p. 52, formule (33)), la restriction de λ au sous-espace L2(F;E) est une forme linéaire continue sur l’espace hilbertien L2(F;E). Il existe donc un élément u de L2(F;E) tel que λ(v)=⟨u∣v⟩ pour tout v∈L2(F;E) (EVT, V, p. 15, th. 3).
Pour tout w∈L2(E;F) de norme ⩽1, on a ∣⟨w∣u⟩∣=∣λ(w)∣⩽∥λ∥. Par conséquent, u est une application nucléaire de E dans F (prop. 14).
Les formes linéaires continues λ et θ(u) sont égales sur le sous-espace dense L2(F,E) de Lc(F;E). Il en résulte que λ=θ(u), ce qui conclut la démonstration.
L’assertion résulte de la proposition et de EVT, III, p. 24, cor. 2 puisque l’espace Lc(F;E) est un espace normé.
9. Opérateurs intégraux de Hilbert–Schmidt
Dans ce numéro, X et Y sont des espaces topologiques localement compacts. Soient μ une mesure positive sur X et ν une mesure positive sur Y. On note L2(X), L2(Y) et L2(X×Y) les espaces L2(X,μ),L2(Y,ν) et L2(X×Y,μ⊗ν) respectivement, et de même pour L2(X), L2(Y) et L2(X×Y).
On rappelle (cf. no4 de III, p. 26) que pour tout N∈L2(X×Y), il existe une unique application linéaire continue uN de L2(X) dans L2(Y) telle que
⟨g∣uN(f)⟩=∫X×Yg(y)N(x,y)f(x)d(μ⊗ν)(x,y)(12)
pour tout f∈L2(X) et tout g∈L2(Y). L’application uN est compacte (cor. 1 de III, p. 33). L’application N↦uN induit par passage aux quotients une application linéaire continue et injective de L2(X×Y) dans L(L2(X);L2(Y)) (prop. 5 de III, p. 30).
On note θ l’unique application linéaire de L2(X)⊗L2(Y) dans L2(X×Y) qui pour tous f∈L2(X) et g∈L2(Y) associe à f⊗g la fonction définie par (x,y)↦f(x)g(y).
L’application θ définit par passage aux quotients une application linéaire θ de L2(X)⊗L2(Y) dans L2(X×Y), et il existe un unique isomorphisme isométrique de L2(X)⊗2L2(Y) sur L2(X×Y) qui coïncide avec celle-ci sur L2(X)⊗L2(Y).
La première assertion est élémentaire. Démontrons la seconde.
Soient (fi)i∈I et (gj)j∈J des bases orthonormales de L2(X) et L2(Y), respectivement. La famille (fi⊗gj)(i,j)∈I×J est une base orthonormale de L2(X)⊗2L2(Y) (EVT, V, p. 29, cor. 1) et la famille (θ(fi⊗gj))(i,j)∈I×J est orthonormale dans L2(X×Y) (INT, V, p. 95, § 8, no3, cor. 2). L’application θ s’étend donc par continuité en une application linéaire isométrique de L2(X)⊗2L2(Y) dans L2(X×Y). Il reste à démontrer que cette extension est surjective.
Pour cela il suffit de prouver que l’image de θ est dense dans L2(X×Y). Soit N un élément de L2(X×Y) orthogonal à l’image de θ. Pour tous i∈I et j∈J, on a ⟨gj∣uN(fi)⟩=⟨θ(fi⊗gj)∣N⟩=0 (formule (12)), d’où uN=0, et donc N = 0.
Le lemme précédent établit l’assertion énoncée dans EVT, V, p. 29, exemple 2.
On identifiera dans la suite L2(X)⊗2L2(Y) et L2(X×Y) par l’isomorphisme isométrique du lemme 10.
L’application N↦uN est un isomorphisme isométrique de L2(X×Y) sur l’espace L2(L2(X);L2(Y)) des applications
de Hilbert–Schmidt deL’application linéaire de LL2(X)2dans(Y)⊗LL2(Y)2(X) dans. L2(L2(X);L2(Y)) qui associe à g⊗f l’application de Hilbert–Schmidt h↦⟨f∣h⟩g se prolonge en un isomorphisme isométrique θ1 de L2(Y)⊗2L2(X) sur L2(L2(X);L2(Y)) (EVT, V, p. 52, th. 1).
Notons par ailleurs θ2 l’isomorphisme isométrique de L2(X)⊗2L2(Y) sur L2(Y)⊗2L2(X) qui à f⊗g associe g⊗f pour tout f∈L2(X) et tout g∈L2(Y).
L’application linéaire θ3=θ1∘θ2 s’identifie à un isomorphisme isométrique de L2(X×Y) sur L2(L2(X);L2(Y)).
Soient f∈L2(X) et g∈L2(Y), et soit N l’élément de L2(X×Y) identifié à f⊗g. D’après INT, V, p. 95, § 8, no3, cor. 2 et la formule (12) on a
⟨g1∣uN(f1)⟩=⟨f∣f1⟩⟨g1∣g⟩
pour tous f1∈L2(X) et g1∈L2(Y). L’application u=θ3(N) est l’application linéaire θ1(g⊗f); elle vérifie donc u(h)=⟨f∣h⟩g pour tout h∈L2(X). Par conséquent, quels que soient f1∈L2(X) et g1∈L2(Y), il vient
⟨g1∣u(h1)⟩=⟨f∣h1⟩⟨g1∣g⟩=⟨g1∣uN(h1)⟩
d’où θ3(N)=uN. Puisque θ3 et N↦uN sont continues, on conclut que θ3(N)=uN pour tout N∈L2(X×Y), ce qui conclut la preuve.
Soit N∈L2(X×Y). D’après le corollaire 2 de IV, p. 150, il existe un ensemble dénombrable I, des familles orthonormales (fi)i∈I dans L2(X) et (gi)i∈I dans L2(Y), ainsi qu’une famille (αi)i∈I dans R+∗, tels que
uN(f)=i∈I∑αi⟨fi∣f⟩gi
pour tout f∈L2(X), où la série converge dans L2(Y). D’après le cor. 4 de IV, p. 165 et le corollaire ci-dessus, on a
Notons de plus hi,j=fi⊗gj∈L2(X×Y) pour tout (i,j)∈I×I. On a alors
N=i∈I∑αihi,i
dans L2(X×Y).
En effet, soient (fj)j∈J et (gk)k∈K des bases orthonormales de L2(X) et L2(Y), respectivement, prolongeant les familles (fi)i∈I et (gi)i∈I. Posons hj,k=fj⊗gk pour tout (j,k)∈J×K. D’après le lemme 10, la famille (hj,k)(j,k)∈J×K est une base orthonormale de L2(X×Y). On a ⟨hj,k∣N⟩=⟨gk∣uN(fj)⟩ pour tout (j,k)∈J×K. Si j∈/I, cette quantité est nulle. Si j∈I, elle est égale à αj⟨gk∣gj⟩, donc est nulle sauf si k=j, auquel cas ⟨hj,j∣N⟩=αj. Par conséquent
N=(j,k)∈J×K∑⟨hj,k∣N⟩hj,k=i∈I∑αihi,i
10. Trace des opérateurs intégraux à noyau continu
Dans ce numéro, on garde les conventions du numéro précédent avec Y = X et ν=μ. On suppose que X est un espace topologique localement compact dénombrable à l’infini (TG, I, p. 68, déf. 5).
En particulier, on identifie les espaces L2(X×X) et L2(X)⊗2L2(X) (lemme 10 de IV, p. 172). On notera f la classe dans L2(X) (resp. dans L2(X×X)) d’une fonction f∈L2(X) (resp. dans L2(X×X)).
Soit (fn)n∈N une suite d’applications mesurables de X dans un espace métrisable F. On suppose que la limite de fn(x) existe dans le complémentaire d’une partie μ-négligeable de X. Il existe une suite (Cm)m∈N de parties compactes de X dont la réunion X vérifie ∣μ∣(X−X)=0, telle que les fonctions fn sont continues dans Cm pour tout n∈N et tout m∈N, et la suite (fn)n∈N converge uniformément vers f dans Cm pour tout m∈N.
Il résulte du th. 2 de INT, IV, p. 175, § 5, no4 et de la prop. 12, b) de INT, IV, p. 188, § 5, no8, que l’ensemble des parties compactes C de X telles que les fonctions fn sont continues dans C pour tout n, et que (fn) converge uniformément vers f dans C, est μ-dense dans X (INT, IV, p. 189, § 5, no8, déf. 6). L’assertion résulte alors de la remarque de INT, IV, p. 189, §5, no8.
Soit N une fonction appartenant à L2(X×X) et uN l’application de Hilbert–Schmidt de L2(X) dans L2(X) de noyau N (prop. 19 de IV, p. 173). Puisque l’application uN est compacte, il existe d’après la prop. 9 de IV, p. 156 un élément M de N et, en notant I l’ensemble des entiers n∈N tels que n⩽M, des familles orthonormales (fi)i∈I et (gi)i∈I dans L2(X) et une famille (αi)i∈I dans R+∗ telles que
uN(f)=i∈I∑αi⟨fi∣f⟩gi(13)
pour tout f∈L2(X), où la série converge dans L2(X).
Pour tout i∈I, on note hi∈L2(X×X) la fonction définie par hi(x,y)=fi(x)gi(y), de sorte que hi est la classe de fi⊗gi. D’après la remarque 9 de IV, p. 173, la série de terme général αihi converge vers N dans L2(X×X).
Dans la suite de ce numéro, on suppose que N est une fonction continue.
Supposons que uN est de trace finie. Il existe alors un ensemble X⊂X dont le complémentaire X −X est μ-négligeable et une fonction H∈L2(X×X) vérifiant les conditions suivantes :
(i) Pour tout (x,y)∈X×X, la famille (αifi(x)gi(y))i∈I est sommable dans C et sa somme est N(x,y);
(ii) Pour toute partie finie J de I et tout (x,y)∈X×X, on a
∣i∈J∑αihi(x,y)∣⩽H(x,y)(14)
(iii) La fonction x↦H(x,x) appartient à L1(X).
Puisque uN est de trace finie, la famille (αi) est sommable (cor. 4 de IV, p. 165). Les séries
i∈I∑αi∣fi∣2,i∈I∑αi∣gi∣2
convergent donc dans L1(X) et par suite μ-presque partout (INT, IV, p. 128, § 3, no3, prop. 6). Notons F et G, respectivement, les fonctions définies μ-presque partout par la somme de ces séries, en posant F(x)=0 et G(x)=0 pour tout x tel que la série correspondante ne converge pas. Comme F et G appartiennent à L1(X), la fonction H définie par H(x,y)=√F(x)G(y) appartient à L2(X×X) (INT, V, p. 95, § 8, no3, cor. 2).
Appliquons la prop. 20 à l’espace X, à F=C2, et aux applications mesurables
sn:x↦(i∈I∑αi∣fi(x)∣2,i∈I∑αi∣gi(x)∣2)
i⩽ni⩽n
définies sur X. Il existe donc une suite (Cm)m∈N de parties compactes de X vérifiant les conditions suivantes :
(1) la réunion X vérifie μ(X−X)=0;
(2) pour tout m∈N et tout n∈N, les fonctions sn sont continues dans Cm;
(3) pour tout m∈N, les séries ∑αi∣fi∣2 et ∑αi∣gi∣2 convergent uniformément sur Cm vers F et G, respectivement ;
(4) le support de la mesure induite par μ sur Cm est égal à Cm (quitte à remplacer Cm par le support de cette mesure).
Démontrons que l’ensemble X et la fonction H vérifient les conditions (i), (ii) et (iii).
Soit (x,y)∈X×X. Pour tout sous-ensemble fini J⊂I, on a
D’après l’inégalité (15), la série ∑iαihi converge uniformément sur Km×Kn pour tout (m,n)∈N2. Soit N la fonction sur X×X définie par
N(x,y)=i∈I∑αihi(x,y)=i∈I∑αifi(x)gi(y)
pour tout (x,y)∈X×X et par N(x,y)=0 sinon. La fonction N est mesurable (INT, IV, p. 175, § 5, no4, th. 2), et elle est continue sur Km×Kn pour tout (m,n)∈N2.
D’après (16), on a ∣N(x,y)∣⩽H(x,y) pour tout (x,y)∈X×X, et en particulier N appartient à L2(X×X) (INT, IV, p. 84, § 5, no6, th. 5).
Démontrons que N=N sur X×X, ce qui établira la propriété (i). Soient f et g des éléments de L2(X). On a
⟨g∣uN(f)⟩=∫X×XN(x,y)f(x)g(y)d(μ⊗μ)(x,y)
(formule (12) de IV, p. 172). Pour tout (x,y)∈X×X et toute partie finie J de I, on a
∣i∈J∑αifi(x)gi(y)f(x)g(y)∣⩽∣f(x)g(y)∣H(x,y)
par la formule (16). Comme le membre de droite de cette inégalité est intégrable sur X×X (INT, V, p. 95, § 8, no3, cor. 2), on peut appliquer le théorème de Lebesgue (INT, IV, p. 137, § 3, no7, th. 6) et la formule (13) pour en déduire que
Par conséquent, il vient uN=uN, d’où N=N dans L2(X×X) (prop. 3 de III, p. 28, b)).
Pour tout (m,n)∈N2, les fonctions N et N sont continues dans Km×Kn donc sont égales sur Km×Kn (prop. 9 de INT, III, p. 69, § 2, no2) puisque le support de la mesure induite par μ⊗μ sur Km×Kn est égal à Km×Kn. Donc N coïncide avec N sur X×X.
√
Finalement, la majoration FG ⩽(F+G)/2 entraîne que la fonction x↦√F(x)G(x)=H(x,x) est intégrable sur X, d’où la propriété (iii).
Dans la suite de ce numéro, on garde les notations de la proposition.
Si l’endomorphisme uN de L2(X) est positif, alors N(x,x)⩾0 pour tout x dans le support de μ.
Puisque uN est positif, les familles (fi) et (gi) peuvent être choisies de sorte que fi=gi pour tout i∈I (remarque 3 de IV, p. 151). Pour tout x∈X, on a alors
N(x,x)=i∈I∑αi∣fi(x)∣2⩾0
Puisque N est continue, et que μ(X−X)=0, la fonction N est positive sur le support de μ.
On suppose que uN est un endomorphisme positif de L2(X). Alors l’endomorphisme uN est de trace finie si et seulement si la fonction x↦N(x,x) est μ-intégrable. Dans ce cas, on a
Tr(uN) =∫XN(x,x)dμ(x).
Si uN est de trace finie, le théorème 2 implique que x↦N(x,x) est intégrable sur X et que son intégrale est la trace de uN.
Réciproquement, supposons que la fonction x↦N(x,x) est intégrable. Puisque uN est positif, les familles orthonormales (fi)i∈I et (gi)i∈I peuvent être choisies de sorte que fi=gi pour tout i∈I (remarque 3 de IV, p. 151). Pour tout x∈X, on a
N(x,x)=i∈I∑αi∣fi(x)∣2
d’où, pour toute partie finie J de I, on déduit
i∈J∑αi=i∈J∑αi∫X∣fi(x)∣2dμ(x)
=∫Xi∈J∑αi∣fi(x)∣2dμ(x)⩽∫XN(x,x)dμ(x)
La famille (αi)i∈I est donc sommable, ce qui implique que l’endomorphisme uN est de trace finie (prop. 12 de IV, p. 164).