§ 2. Représentations des groupes localement compacts
Dans ce paragraphe, les espaces vectoriels sont sur le corps ou . On note G un groupe localement compact muni d’une mesure de Haar à gauche . On notera et pour tout .
1. Continuité de certaines représentations
Proposition 1 03A4
Soit H un groupe localement compact. Soit (resp. ) une représentation continue de G (resp. de H) dans un K-espace vectoriel localement convexe séparé (resp. ). Notons F l’espace muni de la topologie de la convergence compacte. La représentation de dans F définie par pour est continue.
Notons l’espace muni de la topologie de la convergence compacte. Soient (resp. ) un filtre dans G convergeant vers (resp. un filtre dans convergeant vers 0, un filtre dans H convergeant vers ). Comme G et H sont localement compacts, il existe des éléments et qui sont relativement compacts. L’ensemble est équicontinu dans cf. INT, VIII, p. 129, § 2, n, rem. 2, a. D’après la prop. 9 de EVT, III, p. 33 et la prop. 4 de EVT, III, p. 31, l’application définie par de dans est continue. La base de filtre converge donc vers 0 dans . L’ensemble est équicontinu dans cf. INT, VIII, p. 129, § 2, n, rem. 2), et pour tout , l’ensemble est relativement compact. Par conséquent, est relativement compact dans muni de la topologie de la convergence compacte (TG, X, p. 18, cor. 1). L’application définie par de dans est continue d’après la prop. 9 de EVT, III, p. 33 et la prop. 4 de EVT, III, p. 31. Donc la base de filtre converge vers 0 dans . Cela entraîne l’assertion.
Corollaire 03A5
Soit une représentation continue de G un K-espace vectoriel localement convexe séparé E. La représentation contragrédiente est continue lorsque est muni de la topologie de la convergence compacte.
Cela résulte de la proposition en prenant et la représentation triviale sur K.
Remarque 03A6
La représentation contragrédiente n’est pas nécessairement continue lorsque est muni de la topologie forte (cf. INT, VIII, p. 191, § 2, exercice 3, d)). On peut montrer qu’elle l’est si l’espace E est semi-réflexif (loc. cit., c)).
2. Extension de représentations à des espaces de mesures
Dans ce numéro, on suppose que .
Soit une représentation linéaire continue de G dans un espace localement convexe séparé quasi-complet E. Notons l’espace des mesures à support compact sur G muni de la topologie de la convergence compacte ; c’est le dual de l’espace . Pour toute mesure (G), posons
C’est un élément de . En particulier, on a pour tout .
D’après INT, VIII, p. 136, § 2, n, l’application est une application linéaire continue de dans l’espace muni de la topologie de la convergence compacte. D’après INT, VIII, p. 145, § 3, n, prop. 11, c’est un morphisme d’algèbres unifères.
Soit . L’application de dans E définie par est continue lorsque est muni de la topologie de la convergence compacte (INT, VI, p. 27, § 1, n 7, prop. 16 et EVT, III, p. 31, prop. 4).
Pour nulle en dehors d’une partie compacte de G, la mesure est à support compact et l’on notera , ou lorsqu’aucune ambiguïté n’est possible, l’endomorphisme de E. Cet endomorphisme ne dépend que de la classe de dans (G), et on le notera aussi ou .
De manière analogue, soit une représentation linéaire continue et bornée de G dans un espace de Banach E. Pour toute mesure bornée (G), on pose
D’après INT, VIII, loc. cit., l’application est un morphisme unifère continu d’algèbres de Banach de l’algèbre des mesures complexes bornées sur G dans l’algèbre de Banach .
Soit la fonction sur G ; l’algèbre notée dans INT, VIII, p. 145, prop. 11 (dont les éléments sont les mesures telles que ) coïncide avec l’algèbre de Banach . En effet, posons M = sup . On a puisque , et puisque pour tout ; ainsi si et seulement si est une mesure bornée.
Si (G), on notera aussi ou simplement l’endomorphisme , et de même pour la classe de dans .
Lemme 1 03A7
Soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien E. L’application de dans est un morphisme unifère d’algèbres de Banach involutives.
D’après ce qui précède, il suffit de démontrer que le morphisme est involutif. Soit . La mesure est la mesure conjuguée de la mesure I, p. 99, exemple 4). D’après la définition de la mesure conjuguée (INT, III, p. 52, § 1, n), on calcule
pour tous et dans E, d’où .
Soit une représentation linéaire continue (resp. continue et bornée) de G dans un espace localement convexe quasi-complet E (resp. un espace de Banach E). Si F est un sous-espace fermé de E définissant une sous-représentation de , alors pour toute mesure (resp. ) l’application linéaire laisse stable le sous-espace F et coïncide avec sur F.
Réciproquement, soit un sous-espace fermé, stable par les applications linéaires pour toute fonction . Alors F définit une sous-représentation de (INT, VIII, p. 139, § 2, n, prop. 10).
Rappelons (A, VIII, p. 388) qu’une fonction est dite centrale si, pour tous et dans G, on a . Cela revient à dire que est invariante par conjugaison.
Définition 1 03A8
Une mesure bornée est dite centrale si on a pour tout .
Si G est unimodulaire et est -intégrable, la mesure est centrale si et seulement si est centrale.
Soit une représentation continue bornée de G dans un espace de Banach E (resp. une représentation continue de G dans un espace localement convexe séparé quasi-complet E). Pour toute mesure centrale bornée sur G (resp. toute mesure centrale à support compact sur G), l’application linéaire est un G-morphisme de dans . En effet, pour tout , on a
3. Critère de semi-simplicité
Proposition 2 03A9
Soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. Soit une base de filtre sur convergeant vers la mesure pour la topologie de la convergence compacte. On suppose qu’il existe tel que soit un endomorphisme compact de E pour tout .
La représentation unitaire est alors semi-simple et toute représentation unitaire irréductible de G est de multiplicité finie dans .
Démontrons d’abord un lemme.
Lemme 2 03AA
Soit une représentation unitaire non nulle de G isomorphe à une sous-représentation de . Il existe une mesure telle que soit un endomorphisme compact hermitien non nul de l’espace de . En particulier, il existe un nombre réel non nul tel que le sous-espace propre de relatif à n’est pas nul.
On peut supposer que est une sous-représentation de . Soit son espace. Pour toute mesure , l’endomorphisme est déduit de par passage aux sous-espaces. L’hypothèse et la prop. 3 de III, p. 5 impliquent donc que est compact.
Puisque converge vers la mesure dans muni de la topologie de la convergence compacte et que l’espace n’est pas nul, il existe telle que est un endomorphisme non nul de (cf. n de V, p. 400). L’endomorphisme est égal à (lemme 1 de V, p. 401) ; il est donc non nul (EVT, V, p. 39, prop. 2), hermitien et compact, puisque est compact.
Comme est hermitien et non nul, son spectre n’est pas réduit à zéro (exemple 1 de I, p. 110). Enfin, puisque est compact, tout Sp() est une valeur propre de (prop. 2 de III, p. 83).
Démontrons maintenant la proposition.
Nous utiliserons la prop. 7 de V, p. 391 pour établir que est semi-simple. Soit une sous-représentation non nulle de et son espace ; nous devons démontrer que contient une sous-représentation irréductible.
Soit tel que est un endomorphisme compact hermitien non nul de l’espace de , et soit non nul tel que le sous-espace propre F de relatif à est non nul (lemme 2). L’espace F est de dimension finie (prop. 5 de III, p. 90). Il existe une sous-représentation de sur un sous-espace de tel que est non nul et de dimension minimale. Soit un élément non nul de , et soit la sous-représentation de engendrée par . On a alors , d’où par minimalité de la dimension de .
Démontrons que la représentation est irréductible. Soit un sous-espace fermé stable par G. On a , où désigne l’orthogonal de dans (en effet, si , soit sa projection orthogonale sur ; puisque et sont stables par , le vecteur est la projection orthogonale de sur , d’où , ce qui signifie que , et l’assertion en résulte). La minimalité de la dimension de implique alors que, soit , soit . Dans le premier cas, on a , d’où , et dans le second, on a , d’où et . La représentation est donc irréductible.
On conclut d’après la prop. 7 de V, p. 391 que la représentation est semi-simple.
Soit une représentation unitaire irréductible de G dont la multiplicité dans est non nulle ; soit son espace. Il existe une mesure et un nombre réel non nul tels que est un endomorphisme compact hermitien non nul de et que le sous-espace propre de relatif à est non nul (lemme 2). Soit F le sous-espace propre de relatif à . Pour toute sous-représentation de E isomorphe à , l’endomorphisme de déduit de par passage aux sous-espaces s’identifie à , donc l’intersection de et de F n’est pas nulle. Ainsi, la multiplicité de dans est inférieure à la dimension de l’espace F, qui est finie (prop. 5 de III, p. 90).
Exemple 03AB
On suppose que G est unimodulaire, par exemple que G est un groupe de Lie réel semi-simple. Soit un sous-groupe discret tel que le quotient est compact. Le groupe G agit à droite par multiplication sur X. On note la mesure de comptage sur Γ et on pose (INT, VII, p. 44, § 2, n, déf. 1) ; c’est une mesure bornée G-invariante sur X.
Pour tout et tout G, on définit la fonction par . L’application est une application linéaire continue, qui induit par passage aux quotients une application unitaire sur , encore notée . L’application est une représentation unitaire de G dans (INT, VII, p. 135, § 2, n, prop. 8).
Soit . Pour toutes parties compactes et de G, l’intersection T de Γ et de l’ensemble compact Supp( ) est finie. Pour tout , la série coïncide avec la somme
finie . Puisque G est localement compact, la somme de
cette série, notée , est une fonction continue sur .
Soit et soit . On a , donc définit par passage au quotient une fonction continue sur , que l’on note . On a de plus , puisque l’espace X est supposé compact.
On note l’image dans X d’un élément de G par la projection canonique. Soit . Pour et , on a
(INT, VII, p. 46, § 2, n, prop. 5). Comme appartient à l’espace , il en résulte que l’endomorphisme de coïncide avec l’endomorphisme de Hilbert–Schmidt de noyau ; cet endomorphisme est donc compact (cor. 1 de III, p. 33)
Il existe une suite de fonctions dans d’intégrale 1 telle que converge vers dans muni de la topologie de la convergence compacte (INT, VIII, p. 139, § 2, n, cor. 2). La prop. 2 implique par conséquent que la représentation est semi-simple et que les multiplicités des représentations unitaires irréductibles de G dans sont finies.
Les représentations unitaires irréductibles de G dont la multiplicité dans n’est pas nulle sont appelées représentations Γ-automorphes du groupe G.
4. Représentations régulières
Soient un nombre réel et une mesure de Haar à droite sur G.
Pour tout et toute fonction , on note la fonction sur G. L’application est une représentation linéaire continue de G dans . Elle induit par passage aux quotients une représentation linéaire continue isométrique de G dans (INT, VIII, p. 135, § 2, n, prop. 8), notée .
De même, pour tout et toute fonction , on note la fonction sur G. L’application est une représentation linéaire continue de G dans . Elle induit par passage aux quotients une représentation linéaire continue isométrique de G dans cf. INT, VIII, p. 136, § 2, n.
On dit que est la représentation régulière gauche de G dans ou et que est la représentation régulière droite de G dans ou .
Lemme 3 03AC
Soit un nombre réel . La représentation régulière gauche (resp. droite) de G dans resp. dans est fidèle.
Plus précisément, soit l’exposant conjugué de et soit un élément de G tel que .
a) Il existe une fonction , positive et non nulle dans , telle que ;
b) Il existe une fonction , positive et non nulle dans , telle que .
Considérons le cas de la représentation régulière gauche , celui de la représentation régulière droite étant similaire. L’assertion a) implique que est fidèle, car si est un élément de G, et si est comme dans a), on a puisque .
Démontrons donc a). Soit dans G. Soit C un voisinage compact symétrique de tel que et soit une fonction continue positive d’intégrale 1 à support contenu dans C ; la fonction est non nulle dans . Comme , on a
Soit une représentation continue et bornée de G dans un espace de Banach E. Pour tout (resp. ) et tout , on a
(1) ,
(2)
(INT, VIII, p. 144, § 3, n, formule (5)).
Supposons G unimodulaire, et posons . La représentation birégulière de G dans (resp. dans ) est la représentation de dans (resp. dans ) telle que
C’est une représentation linéaire continue (lemme 1 de V, p. 377). Elle vérifie
pour tout (G), tout et tout .
Remarque 03AD
La représentation birégulière de G dans n’est pas nécessairement fidèle ; son noyau est l’image du centre de G par l’application (exercice 4 de V, p. 487).
Lorsque , la représentation régulière gauche de G dans l’espace hilbertien complexe est unitaire, puisqu’elle est isométrique. De même, la représentation régulière droite dans est unitaire.
On notera simplement et , et on appellera ces représentations les représentations régulières gauche et droite de G.
Si G est unimodulaire, la représentation birégulière de dans est unitaire. On la notera simplement .
Lemme 4 03AE
Soit un nombre réel . Pour , l’application linéaire coïncide avec l’endomorphisme de défini par .
Cela résulte de INT, VIII, p. 157, § 4, n, prop. 6, compte tenu de la formule (14) de INT, VIII, p. 165.
Remarque 03AF
Rappelons que, pour toute fonction sur G, on définit la fonction sur G par pour tout (INT, VII, p. 12, § 1, n, formule (12)).
On vérifie que si (G), l’application linéaire vérifie la relation
pour tout .
5. Fonctions équivariantes
Dans ce numéro, on fixe un sous-groupe fermé H de G. On note la projection canonique de G dans .
En sus de la mesure de Haar sur G, on fixe une mesure de Haar à gauche sur H.
D’après INT, VII, p. 56, § 2, n, th. 2, il existe une fonction continue telle que quel que soit . On fixe une telle fonction . On note la mesure sur ; d’après loc. cit., c’est une mesure positive non nulle quasi-invariante par G. Son support est égal à (INT, VII, p. 10, § 1, n). D’après INT, VII, p. 43, § 2, n, prop. 4, la mesure est l’unique mesure sur telle que la mesure sur G soit égale à . On munit l’espace de la mesure (de sorte qu’on note, par exemple, ).
On dira qu’un ensemble est négligeable modulo H si est -négligeable. Cette condition ne dépend pas du choix des mesures de Haar sur G et sur H. Elle implique que S est localement -négligeable (INT, VII, p. 47, § 2, n, prop. 6, a)). On dira qu’une propriété d’un élément de G est vraie presque partout modulo H si l’ensemble des éléments de G pour lesquels cette propriété ne vaut pas est négligeable modulo H.
Soit une représentation unitaire de H dans un espace hilbertien E. On note l’espace vectoriel des fonctions sur G à valeurs dans E telles que pour tout . On dit que les éléments de sont les fonctions -équivariantes sur G.
L’espace associé à la représentation triviale de G sur s’identifie à l’espace des fonctions à valeurs complexes sur par l’application de dans .
Pour toute fonction dans (G), la fonction appartient à puisque est unitaire. Ceci permet d’identifier à une fonction sur , et on écrira par exemple pour la valeur de cette fonction en un élément de .
Une fonction de sera dite nulle en dehors d’un compact modulo H si est nulle en dehors d’une partie compacte de . Il revient au même de dire qu’il existe une partie compacte K de G telle que est nulle en dehors de (TG, III, p. 33, prop. 10).
On note l’espace des fonctions continues sur G appartenant à qui sont à support compact modulo H.
Un espace analogue à a été défini dans INT, VII, p. 39, §2, n, lorsque est un homomorphisme continu de H dans .
Soit . Pour tout (G), on note
C’est un nombre réel ou . On note , ou simplement (G), le sous-espace des fonctions telles que est fini. L’espace muni de l’application est un espace semi-normé.
L’espace est contenu dans . Son adhérence dans est notée , ou simplement ; on dit que c’est l’espace des fonctions -équivariantes sur G de puissance intégrable modulo H.
Les assertions de la proposition suivante sont, lorsque est la représentation triviale de dimension 1, conséquences de INT, IV, p. 128, § 3, n, prop. 6 et p. 131, §3, n, th. 3.
converge. Alors la série de terme général est absolument convergente pour en dehors d’un ensemble T qui est négligeable modulo H. Soit la fonction sur G à valeurs dans E qui est égale à la somme de cette série sur G - T et égale à 0 sur T. On a alors et la série de terme général converge vers dans l’espace ;
b) Soit une suite convergeant dans vers une fonction . Il existe une suite extraite de telle que converge vers pour tout en dehors d’un ensemble négligeable modulo H ;
c) Les espaces semi-normés et sont complets.
Dans l’assertion a), dire que la série de terme général converge vers dans l’espace signifie que la suite des sommes partielles converge vers dans . On dit alors aussi que est une somme de cette série.
Démontrons a). D’après la prop. 6 de INT, IV, p. 128, § 3, n, il existe un ensemble -négligeable tel que la série de terme général converge absolument pour . De plus, la fonction qui est égale à la somme de cette série pour et qui est nulle pour vérifie .
L’ensemble est négligeable modulo H. Pour tout , la série de terme général est absolument convergente dans E. Définissons pour et sinon. On a . Notons que pour tout , d’où . On a donc . De manière similaire, il vient
pour tout , donc la série converge vers dans . L’assertion a) est démontrée.
Démontrons b). La suite converge vers 0 dans l’espace . D’après INT, IV, p. 131, § 4, n, th. 3, il existe une suite extraite qui converge -presque partout vers 0. La suite converge alors vers pour tout en dehors d’un ensemble négligeable modulo H.
Démontrons finalement c). Soit une suite de Cauchy dans . Il existe une suite strictement croissante d’entiers telle que pour tout . Pour tout , posons = . D’après a), la série de terme général converge dans ; notons sa somme. Pour tout , il vient
donc est valeur d’adhérence de la suite . Celle-ci est donc convergente (TG, II, p. 14, cor. 2 de la prop. 5). Ainsi l’espace est complet ; comme l’espace est fermé dans (G), il est également complet.
Corollaire 03AH
Soit une suite de Cauchy dans et soit tels que converge vers presque partout modulo H. Alors et converge vers dans .
En effet, la fonction coïncide presque partout modulo H avec la limite de la suite dans .
On note l’espace vectoriel topologique séparé normé associé à l’espace semi-normé ; c’est un espace de Banach.
Soit une fonction sur G à valeurs dans E. On note l’ensemble des tels que la fonction sur H n’appartient pas à . On a pour tout .
Soit G - . Comme est une représentation unitaire, la fonction est mesurable (comme composition de l’application de H dans qui est alors mesurable et de l’application continue de dans E, cf. INT, IV, p. 174, § 5, n, th. 1), et elle est intégrable sur H.
On définit une fonction sur G en posant
pour - et si .
Proposition 4 03AI
Soit .
a) L’ensemble est négligeable modulo H et ;
b) Soit C une partie compacte de G. Si est continue et à support contenu dans C, alors est vide, la fonction appartient à et son support est contenu dans .
La première partie de a) résulte de INT, VII, p. 57, § 2, n, c). Soit . Si - , alors - et
tandis que si , alors . La fonction appartient donc à .
Supposons maintenant que est continue et à support contenu dans C. Pour tout , l’application appartient alors à (H), donc est intégrable, ce qui démontre que .
Démontrons que est continue. Soit . Soit U un voisinage ouvert relativement compact de dans G.
Pour tout , on a
sup,
et la continuité de résulte alors de la continuité uniforme de sur G.
Enfin, si vérifie , il existe tel que ; ainsi appartient à C et appartient à . Comme est fermé dans G, on en conclut que le support de est inclus dans .
Soit C une partie compacte de G. Soit une fonction telle que pour tout . Soit la fonction sur G définie par
pour tout ; avec les notations précédentes, on a , correspondant à la représentation triviale de dimension 1 de H. La fonction est continue et positive ; elle appartient à (G), son support est contenu dans Supp() et on a
(5) inf
(INT, VII, p. 39–40, § 2, n, prop. 1 et lemme 1, a)).
Lemme 5 03AJ
Soit une fonction -mesurable nulle en dehors de telle que la fonction est -intégrable sur . Soit la fonction sur G à valeurs dans E telle que
si
0 si - .
a) La fonction est -mesurable ; elle appartient à et est nulle en dehors de ;
b) La fonction appartient à et presque partout modulo H.
La fonction est nulle en dehors de par définition ; elle est -mesurable puisque la fonction est -mesurable et que pour tout (INT, IV, p. 193, § 5, n, prop. 16). On a parce que .
La fonction est localement -intégrable, puisque est une fonction -intégrable (INT, VII, p. 47, § 2, n, prop. 6, c), en notant que la mesure est équivalente à , donc la fonction l’est également d’après la formule (5). La fonction est mesurable et nulle en dehors d’une partie compacte de G ; puisque est bornée, il en résulte que est -intégrable.
Pour tout - , on a
puisque ; la dernière assertion en résulte d’après la prop. 4, a).
Lorsque et est de dimension 1, la proposition suivante n’est autre que INT, IV, p. 184, § 5, n, th. 5.
Proposition 5 03AK
Soit . L’espace est l’espace des fonctions telles que est -mesurable et que la fonction appartient à .
Soit . C’est la limite dans d’une suite d’éléments de . D’après la prop. 3, b) et le théorème d’Egoroff (INT, IV, p. 175, § 5, n, th. 2), la fonction est donc -mesurable ; par conséquent, la fonction sur est -mesurable (INT, VII, p. 47, § 2, n, prop. 6, b)). Comme est fini, la fonction appartient à (INT, IV, p. 184, § 5, n, th. 5).
Démontrons l’assertion réciproque. Soit une fonction -mesurable appartenant à telle que . Soit . Démontrons qu’il existe telle que
ce qui conclura la démonstration.
Supposons d’abord qu’il existe une partie compacte C de G telle que est nulle en dehors de . Soit une fonction telle que pour tout et définissons comme ci-dessus. Notons la fonction caractéristique du support de .
Soit l’exposant conjugué de . Si , soit la fonction constante sur G égale à sup. Si , définissons
pour tout . Dans tous les cas, la fonction est continue et positive ; elle appartient à (prop. 4 appliquée à la représentation triviale de dimension 1 et à la fonction ) donc elle est bornée sur G. On pose W = sup.
Soit la fonction sur G à valeurs dans E définie par le lemme 5 appliqué à . Posons . La fonction est -mesurable, et vérifie inf. Puisque est nulle en dehors du support de et que est continue, on a . Soit une fonction dans telle que
W
On a , donc presque partout modulo H (lemme 5, b)). Soit ; on a (prop. 4, b)). Pour tout - , on obtient
d’où
grâce à l’inégalité de Hölder dans le cas . Comme est négligeable modulo H, il vient alors
d’après INT, VII, p. 46, § 2, n, prop. 5, b), qui est applicable car est nulle en dehors d’une partie compacte de G. Cela implique la propriété demandée lorsque est nulle en dehors d’une partie compacte modulo H.
Considérons maintenant le cas général. Comme par hypothèse, il existe une partie compacte L de telle que
2
(cf. INT, IV, p. 152, § 4, n, th. 4). Soit la fonction caractéristique de L et posons . On a
2
La fonction est -mesurable et nulle en dehors d’un ensemble compact modulo H. Elle appartient à (G), donc d’après le cas précédent, il existe telle que , d’où
comme désiré.
Considérons le cas . Pour et dans (G), la fonction appartient à puisque la représentation est unitaire, et définit donc par passage au quotient une fonction sur , que l’on identifie comme précédemment à . On a la majoration dans .
Si et appartiennent à (G), alors la fonction appartient à . En particulier, elle est intégrable sur . L’application
est une forme hermitienne positive sur ; la semi-norme associée est la semi-norme . En particulier, l’espace est un espace préhilbertien et est l’espace hilbertien associé à .
6. Représentations induites
On garde les notations et conventions du numéro précédent concernant les mesures sur H et sur , ainsi que la fonction .
Il existe une fonction continue de dans telle que
pour tout , et pour (INT, VII, p. 56, § 2, n, th. 2, c)).
Soit et soit une représentation unitaire de H dans un espace hilbertien complexe E.
On vérifie sans peine que . Comme
et que , on obtient .
Il résulte de ce lemme qu’il existe une représentation continue et isométrique de G dans telle que pour et , l’élément soit la classe de la fonction définie ci-dessus. Si , alors cette représentation est unitaire.
Définition 2 03AM
On dit que la représentation unitaire de G dans l’espace ainsi définie est la représentation unitaire de G induite par la représentation de H relativement à . On la note Ind, ou simplement Ind.
Remarque 1 03AN
Soit une représentation unitaire de H dans un espace hilbertien complexe F et soit un H-morphisme. Pour toute fonction (G), notons la fonction de G dans F ; elle appartient à et vérifie . L’application linéaire de dans qui à associe s’étend donc en un H-morphisme continu de Ind dans Ind qui est noté Ind. On a Ind. Soit une représentation unitaire de H et soit un H-morphisme ; on a Ind Ind Ind.
Autrement dit, la construction qui à associe Ind et à associe Ind est un foncteur de la catégorie des représentations unitaires de H dans celle des représentations unitaires de G (cf. CAT, I, § 2, en préparation).
Remarque 2 03AO
Soit telle que
pour tout . Soit la mesure quasi-invariante sur . La fonction définit par passage aux quotients une fonction continue telle que . L’endomorphisme de défini par vérifie
et permet d’identifier les espaces et , ainsi que les espaces et . De plus, induit un isomorphisme isométrique des représentations Ind et Ind.
7. Cas d’un sous-groupe fermé central
Dans ce numéro, on suppose que le groupe G est unimodulaire.
On considère un sous-groupe fermé Z du centre de G, et on note une mesure de Haar sur Z. On munit le groupe quotient de la mesure de Haar . Soit un caractère unitaire de Z. Le groupe quotient est unimodulaire d’après INT, VII, p. 61, § 2, n, cor. de la prop. 11.
Ces formules sont conséquences des définitions.
Pour tout et tout (G), les fonctions et appartiennent à . On les note respectivement et . Les applications et sont des représentations linéaires de G dans . Pour tout , on a
Soient et ; on a
où toutes les fonctions apparaissant dans ces égalités sont identifiées à des fonctions sur .
Le sous-espace de est stable par et . Soit un nombre réel . Les formules (8) impliquent que les représentations et , restreintes à (G), s’étendent en des représentations linéaires continues et isométriques de G dans (G), qui seront
notées et . Par passage aux quotients, ces représentations définissent également des représentations isométriques de G dans (G), notées de la même manière.
Les représentations et dans sont unitaires, et seront notées simplement et , respectivement, lorsqu’aucune confusion avec les représentations dans ne sera possible. On note aussi la représentation continue de dans ou définie par
pour tout cf. lemme 1 de V, p. 377).
La représentation sur n’est autre que la représentation induite Ind.
Lorsque , le lemme suivant résulte de INT, VIII, p. 166, § 4, n, prop. 12, puisque G est unimodulaire.
Lemme 8 03AQ
Soient et .
a) La fonction sur G définie par pour tout appartient à et vérifie ;
b) La fonction sur G définie par pour tout appartient à et vérifie .
Démontrons a), la preuve de l’assertion b) étant similaire. La fonction est continue, donc -mesurable. Pour tout et tout , on a
(formule (7), p. 417), donc . La prop. 5 de V, p. 413 implique qu’il suffit maintenant de démontrer que .
Supposons d’abord que appartient à . Pour tout , on a par définition
où la fonction est identifiée à une fonction sur .
Définissons une fonction sur G en posant si et sinon. La fonction appartient à et vérifie ; elle est -mesurable et nulle en dehors d’un compact modulo Z, puisque l’est. Comme (G), il vient
pour tout .
Soit . D’après l’inégalité de Cauchy–Schwarz, on a
Comme on a dans , on en déduit en intégrant sur que
La fonction sur déduite de la fonction
par passage aux quotients est )-mesurable et à support compact, donc elle est )-modérée (INT, V, p. 4, § 5, n, déf. 2). D’après la prop. 7 de INT, V, p. 93, § 8, n, il vient
Par conséquent, on a , ce qui établit la propriété demandée dans ce cas.
Considérons le cas général. Notons l’application linéaire de dans qui à associe . Soit et soit une suite dans qui converge vers dans . Soit ; la suite est de Cauchy dans puisque le cas précédent implique que pour tous et dans . Soit telle que converge vers (prop. 3, c) de V, p. 409). Comme pour tout , il vient .
Il existe une suite extraite telle que converge vers pour tout en dehors d’une partie de G négligeable modulo Z (loc. cit., b)). Mais par ailleurs, pour tout , on a
Par conséquent, on a pour tout en dehors d’une partie de G négligeable modulo Z. Puisque et que , le lemme est démontré.
8. Représentations de carré intégrable
Dans ce numéro, les espaces hilbertiens considérés sont complexes. On suppose que G est unimodulaire et on note C son centre. Pour tout sous-groupe fermé Z de C, on note une mesure de Haar sur Z, et on munit de la mesure de Haar (INT, VII, p. 44, § 2, n, déf. 1).
Soient une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E et son caractère central (déf. 6 de V, p. 390). Pour tous et dans E, on note le coefficient matriciel ; c’est une fonction continue sur G à valeurs complexes.
Soient et dans E. Pour et , on a
donc appartient à l’espace V, p. 408). De plus, pour tout et tout , on a
La relation (9) justifie la définition qui suit.
Définition 3 03AR
Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E. On dit que est de carré intégrable modulo le centre si la fonction sur déduite de la fonction par passage au quotient appartient à pour tout .
Cette condition ne dépend pas du choix d’une mesure de Haar sur .
Si les coefficients matriciels de appartiennent à (G), on dit que est de carré intégrable ; l’existence d’une représentation unitaire irréductible de G de carré intégrable implique que le centre de G est compact (exercice 5 de V, p. 487).
Il existe des groupes G qui n’admettent aucune représentation de carré intégrable, même modulo le centre (cf. exercice 32 de V, p. 516).
Proposition 6 03AS
Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E. Soit le caractère central de . Alors est de carré intégrable modulo le centre si et seulement s’il existe des éléments non nuls et de E tels que la fonction sur déduite de par passage au quotient appartient à .
Supposons qu’il existe des éléments et non nuls de E tels que . Il suffit de démontrer que est alors de carré intégrable modulo le centre.
Soit F l’ensemble des éléments tels que appartient à . C’est un sous-espace vectoriel de E ; il contient , donc n’est pas nul. La relation (10) ci-dessus implique que F est stable par ; comme la représentation est irréductible, l’espace F est donc dense dans E.
Soit . Puisque appartient à et est -mesurable, et que , on a (prop. 5 de V, p. 413 appliquée à Z = C). Notons l’opérateur partiel de E dans dont le domaine est F et qui associe à la classe de dans .
Démontrons que l’opérateur partiel est fermé. Soit une suite d’éléments du graphe de qui converge dans . Soit la limite de et soit une fonction dont la classe est la limite de la suite .
La fonction est la classe du coefficient matriciel . Pour tout , on a
quand . On a donc et presque partout modulo C (cor. de la prop. 3 de V, p. 409) ; cela signifie que est la classe de dans . On a donc démontré que est fermé.
Le domaine F de est stable par , et la relation (10) démontre que vérifie pour tout . On a par conséquent aussi l’égalité pour tout (lemme 6 de V, p. 381), d’où . Or l’opérateur partiel est auto-adjoint (prop. 12 de IV, p. 241), et en particulier fermé (prop. 7 de IV, p. 236), donc le cor. 1 de V, p. 387 implique que le domaine de est égal à E. A fortiori, on a F = E, c’est-à-dire que la fonction appartient à pour tout .
Soient . On a . On démontre mutatis mutandis, en utilisant la représentation au lieu de , que l’ensemble des tels que la fonction appartient à est égal à E. La proposition en résulte.
Dans la suite de ce numéro, on fixe un sous-groupe fermé Z de C tel que est compact.
Lemme 9 03AT
Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E qui est de carré intégrable modulo le centre. Soit la restriction à Z du caractère central de . Pour tous et dans E, on a .
La fonction est continue donc -mesurable. On a d’après la formule (9), p. 420. De plus, d’après INT, VII, p. 64, § 2, n, cor. 1, c), on a puisque est compact et que . L’assertion résulte donc de la proposition 5 de V, p. 413.
Proposition 7 03AU
Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E qui est de carré intégrable modulo le centre. Soit la restriction à Z du caractère central de .
Il existe un nombre réel et un unique -morphisme isométrique de la représentation unitaire dans tels que, pour tout , l’élément est la classe dans de la fonction .
Pour tout , on a (lemme 9). Notons l’unique application linéaire de dans telle que est la classe de pour tout .
Nous démontrerons ci-dessous le lemme suivant.
Lemme 10 03AV
Il existe un nombre réel tel que l’application linéaire est isométrique.
Ce lemme étant supposé valide, remarquons que la formule (10), p. 420, s’écrit
pour tout et tout . L’application linéaire isométrique de dans admet un prolongement continu, encore noté , à . Par continuité et linéarité, la formule (11) implique que est un G)-morphisme de dans (G), ce qui conclut la démonstration de la proposition.
Démontrons le lemme. Pour tout , on note l’application linéaire de E dans . On a Hom (formule (10)). D’après le cor. 5 de V, p. 388, il existe un nombre réel tel que est isométrique.
Soient et dans E. On a
puisque est unimodulaire (lemme 7 de V, p. 417). En notant que , on obtient
Cela signifie que le nombre réel positif est indépendant du choix de l’élément non nul de E. Il est strictement positif puisque, pour tout non nul, la fonction est continue et prend la valeur en , d’où . Notons ce nombre réel.
Pour tout , il vient
En utilisant EVT, V, p. 29, cor. 1, on en déduit que l’application linéaire de dans est isométrique, comme désiré.
Corollaire 03AW
Soit une représentation unitaire irréductible de G et soit la restriction à Z de son caractère central. La représentation est de carré intégrable modulo le centre si et seulement si elle est isomorphe à une sous-représentation de la représentation de G dans (resp. de la représentation de G dans ).
Démontrons l’assertion concernant , la seconde étant démontrée de manière similaire.
Supposons d’abord qu’il existe une sous-représentation E de la représentation isomorphe à . Comme l’espace E n’est pas nul, il existe une fonction dont la classe n’est pas orthogonale à E. On a . Notons la projection orthogonale de sur E ; c’est un élément non nul de E. Soit par ailleurs non nulle. L’application est un coefficient matriciel de . Pour tout , on a puisque est orthogonale à E. D’après le lemme 8 de V, p. 418, la fonction appartient à (G), donc la proposition 6 implique que est de carré intégrable modulo le centre.
Réciproquement, supposons que est de carré intégrable modulo le centre. Soit un vecteur non nul. D’après la prop. 7 et la formule (10), l’application est un G-morphisme injectif de dans .
Définition 4 03AX
Soit Z un sous-groupe fermé de C tel que est compact. Soit une représentation unitaire irréductible de G qui est de carré intégrable modulo le centre. L’unique nombre réel qui vérifie la propriété de la proposition 7 est appelé le degré formel de relatif à Z. On le note .
Le degré formel dépend du choix de la mesure de Haar sur Z. Si la mesure de Haar sur Z est multipliée par un nombre réel , alors la mesure sur est multipliée par , et le degré formel de est multiplié par .
Le degré formel est caractérisé par la propriété suivante :
Proposition 8 (Relations d’orthogonalité) 03AY
Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E qui est de carré intégrable modulo le centre. On a
pour tout .
Notons le morphisme de la prop. 7. On a
et d’après loc. cit., il vient
d’où le résultat.
En complément de la proposition précédente, on a aussi les relations suivantes pour des représentations irréductibles de carré intégrable non isomorphes.
Proposition 9 03AZ
Soient et des représentations unitaires irréductibles non isomorphes de G dans des espaces hilbertiens et . On suppose que et sont de carré intégrable modulo le centre et que les restrictions à Z de leurs caractères centraux coïncident. Alors
pour tout .
Pour , notons le morphisme de la proposition 7 pour la représentation . D’après le lemme 8, b) de V, p. 384 et l’assertion b) de la proposition 8 de V, p. 394, l’image de est contenue dans la composante -isotypique de . D’après l’assertion a) de loc. cit., l’image de est donc orthogonale à l’image de . Par conséquent, il vient pour tout , ce qui est la formule demandée.
Remarque 03B0
Les relations d’orthogonalité des prop. 8 et 9 généralisent celles de A, VIII, p. 399 (voir aussi le cas où G est compact dans le § 2 de V, p. 457).
9. Sous-représentations de la représentation régulière d’un groupe commutatif
Dans ce numéro, G est un groupe localement compact commutatif et une mesure de Haar sur G. On note le groupe dual de G (déf. 2 de II, p. 201) et la mesure de Haar duale de sur (déf. 4 de II, p. 214). Les notions de mesurabilité seront toujours relatives à et .
On se propose de déterminer toutes les sous-représentations de la représentation régulière gauche de G dans . Comme G est commutatif, on a d’ailleurs , donc ces sous-représentations sont aussi les sous-représentations de la représentation régulière droite.
Pour toute partie mesurable M de , on note l’ensemble des telles que la transformée de Fourier est nulle presque partout sur M (cf. n de II, p. 210). C’est le noyau de l’application linéaire continue de dans , où désigne la fonction caractéristique de M (cf. th. 1 de II, p. 215), et c’est donc un sous-espace fermé dans .
On dit que des parties mesurables M et N de sont égales à un ensemble localement négligeable près si - est localement négligeable. De manière équivalente, des parties mesurables M et N sont égales à un ensemble localement négligeable près si et seulement si les fonctions caractéristiques de M et N sont égales dans .
Proposition 10 03B1
a) Soit M une partie mesurable de . L’espace est une sous-représentation de la représentation ;
b) Soient M et N des parties mesurables de . On a si et seulement si M et N sont égales à un ensemble localement négligeable près;
c) Toute sous-représentation de est de la forme pour une partie mesurable M de .
Soit l’application canonique de G dans cf. II, p. 216, remarque 1). Comme est fermé, l’assertion a) découle des formules
pour et .
Soient M et N des parties mesurables égales à un ensemble localement négligeable près. Comme est alors égale à dans , cette condition implique que .
Supposons réciproquement que M et N ne sont pas égales à un ensemble localement négligeable près. Quitte éventuellement à échanger le rôle de M et N, il existe alors un sous-ensemble compact K tel que l’ensemble - n’est pas négligeable. Soit la classe de la fonction caractéristique de L, et posons ; on a (cor. du th. 2 de II, p. 220). Alors appartient à , puisque est vide, mais pas à , puisque . On a donc , ce qui prouve b).
Soit maintenant E une sous-représentation de . Soit l’orthoprojecteur de d’image E et soit . Le projecteur appartient à Hom (prop. 4 de V, p. 383), donc il commute avec pour tout cf. V, p. 401). Cela signifie qu’il commute avec les endomorphismes pour (lemme 4 de V, p. 407). Par conséquent, l’endomorphisme de commute avec l’endomorphisme de multiplication par pour toute fonction appartenant à l’image de la transformation de Fourier de dans (prop. 14 de II, p. 223). Puisque l’image de la transformation de Fourier est dense dans (corollaire de la prop. 5 de II, p. 209), la continuité du morphisme implique que commute avec pour toute fonction .
D’après le corollaire de la proposition 7 de IV, p. 188, il existe donc une fonction telle que . Comme , on a , d’où dans (prop. 5 de IV, p. 186) ; cela signifie que est égale dans à la classe de la fonction caractéristique d’un sous-ensemble mesurable N de . Posons N. Soit . On a si et seulement si , si et seulement si , ce qui équivaut à .
Remarque 03B2
Soit un caractère de G. Si G n’est pas compact, la composante -isotypique de la représentation régulière de G dans est triviale. Si G est compact, la composante -isotypique de la représentation régulière de G est de dimension 1 et la fonction en est une base.
10. Représentations unitaires du groupe R
Dans ce numéro, E désigne un espace hilbertien complexe. On munit le groupe de la mesure de Lebesgue.
Lemme 11 03B3
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Pour , posons . Alors l’application est une représentation unitaire de .
L’opérateur est défini par le calcul fonctionnel universellement mesurable (déf. 5 de IV, p. 272) ; c’est un endomorphisme de E puisque la fonction est bornée sur Sp() (prop. 5, a) de IV, p. 275).
D’après la prop. 5 de IV, p. 275, on a pour tout et pour tous et dans . En particulier, l’endomorphisme est unitaire pour tout . Pour tout , l’application de dans E définie par est continue en d’après la prop. 6 de IV, p. 276, donc est une représentation unitaire de dans E (V, p. 380, lemme 4).
Lemme 12 03B4
Soit une représentation unitaire de dans E. Soit D l’ensemble des éléments de E tels que l’application est dérivable en 0. L’application de D dans E donnée par définit un opérateur partiel symétrique sur E.
Soient et . Posons . Pour tout , on a
La fonction de dans définie par est indéfiniment dérivable ; sa dérivée par rapport à est la fonction définie par , qui est bornée par . Lorsque , cette dérivée est nulle pour en dehors d’un ensemble compact. Comme pour tout , on déduit de la prop. 2 de IV, p. 197 que la fonction est dérivable en 0 et que sa dérivée est donnée par
On a donc . Comme l’espace est dense dans (prop. 4 de IV, p. 202) on déduit de INT, VIII, p. 139, § 2, n, prop. 10 que l’espace D est dense dans E.
Soient et dans D. On calcule
lim
= lim .
Par conséquent, l’opérateur partiel est symétrique.
Définition 5 03B5
Soit une représentation unitaire de dans E. L’opérateur partiel symétrique défini dans le lemme 12 est appelé le générateur infinitésimal de .
Théorème 1 (Stone) 03B6
L’application qui à une représentation unitaire de dans E associe son générateur infinitésimal définit une bijection de l’ensemble des représentations unitaires de dans E dans l’ensemble des opérateurs partiels auto-adjoints sur E. La bijection réciproque associe à un opérateur partiel auto-adjoint la représentation unitaire .
Démontrons d’abord quelques lemmes.
Lemme 13 03B7
Soit une représentation unitaire de dans E et soit son générateur infinitésimal.
a) Le domaine de est l’ensemble des tels que l’application est dérivable sur ;
b) Pour tout et tout dom(), on a dom() et ;
c) L’opérateur partiel est essentiellement auto-adjoint.
Pour tout , notons l’application de dans E définie par . Pour tout et tout , on a
ce qui démontre que dom() est l’espace des éléments tels que est dérivable sur et établit que pour tout .
Soient E et . On a pour tout . Par conséquent, on a dom() si dom(), et de plus d’après a). On obtient alors l’assertion b).
Démontrons c). Soit Ker(). Démontrons que . Soit dom(), et soit la fonction sur définie par pour . La fonction est bornée puisque pour tout ; elle est dérivable dans et, pour tout , l’assertion b) implique
puisque . On a donc pour tout (FVR, IV, p. 27). Puisque est bornée, la fonction est nulle et, en particulier, on a . Comme l’espace dom() est dense dans E, on conclut que . De même, on démontre que Ker() est réduit à 0. D’après le cor. 3 de IV, p. 261, l’opérateur partiel est donc essentiellement auto-adjoint.
Lemme 14 03B8
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E et soit la représentation unitaire de définie par . Le générateur infinitésimal de est égal à .
Soit dom(). Posons pour tout . Pour tout nombre réel non nul, on a
Lorsque tend vers 0, on a
1
pour tout . De plus,
Il résulte alors de la prop. 6 de IV, p. 276 que la fonction est dérivable sur et vérifie pour tout . Par conséquent, le domaine de est inclus dans l’ensemble des tels que est dérivable en 0 et qu’on a alors . Cela signifie par définition que le générateur infinitésimal de est une extension de . Ces deux opérateurs sont donc égaux puisqu’ils sont symétriques et que est auto-adjoint (IV, p. 238, remarque 5).
Lemme 15 03B9
Soit une représentation unitaire de dans E. Alors le générateur infinitésimal de est auto-adjoint et pour tout .
D’après le lemme 13, c), l’opérateur partiel est essentiellement auto-adjoint. Sa fermeture est donc un opérateur auto-adjoint. Notons la représentation unitaire de définie par (lemme 11).
Pour tout , notons (resp. ) l’application de dans E définie par (resp. par ).
D’après le lemme 13, a) et b), l’espace dom() est le sous-espace de E formé des éléments tels que l’application est dérivable sur , et pour tout dom() et tout , on a . De même, l’espace dom() est le sous-espace de E formé des éléments tels que l’application est dérivable sur , et pour tout dom() et tout , on a .
Soit dom() dom(). Posons . C’est une fonction dérivable de dans E. Pour tout , il vient
puisque dom() et . Posons ; c’est une application dérivable de dans telle que . Pour , on obtient d’après FVR, I, p. 28, prop. 2
puisque est auto-adjoint. On a donc , d’où pour tout . Les endomorphismes continus et de E coïncident sur dom(), et sont donc égaux pour tout . Ainsi, on a ; comme est le générateur infinitésimal de (lemme. 14), on a , ce qui démontre que est auto-adjoint.
Nous pouvons maintenant démontrer le th. 1.
Les applications et sont bien définies (lemme 15 et lemme 11, respectivement).
Soit une représentation unitaire de . Notons son générateur infinitésimal. La relation pour tout (lemme 15) démontre que est l’application identique.
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E. Le lemme 14 démontre que le générateur infinitésimal de la représentation unitaire est égal à , donc est l’application identique.
Soit un opérateur partiel auto-adjoint sur E et soit pour la représentation unitaire de dans E qui lui est associée. Soit dom(). L’équation qui est alors satisfaite (lemme 13, b)) est appelée l’équation de Schrödinger.
Corollaire 03BA
Soit une représentation unitaire de dans un espace hilbertien E. Il existe un espace localement compact X, une mesure positive sur X et une fonction continue sur X à valeurs réelles tels que est isomorphe à la représentation de dans définie par pour tout et tout .
Soit l’opérateur auto-adjoint sur E tel que pour tout (théorème 1). Il existe un espace localement compact X, une mesure positive sur X, un isomorphisme isométrique de sur E et une fonction continue sur X à valeurs réelles tels que (th. 1 de IV, p. 266). L’assertion résulte de la formule (lemme 4 de IV, p. 269).
Remarque 03BB
Supposons que est un endomorphisme de E. La représentation unitaire de dans E définie par vérifie alors l’inégalité pour tout , et l’application de dans l’espace de Banach est l’unique solution de l’équation différentielle linéaire
(cf. FVR, IV, p. 26, §6).
Exemple 03BC
Soit la représentation régulière de dans . Le générateur infinitésimal de est la fermeture de l’opérateur différentiel de domaine défini par .
Exercices
Dans les exercices de ce paragraphe, sauf mention du contraire, G désigne un groupe topologique localement compact, muni d’une mesure de Haar à gauche qui est notée .
See the exercises for § 2.