Bourbaki

§ 1. Représentations unitaires

Dans ce paragraphe, les espaces vectoriels sont sur K=RK =\mathbf{R} ou C\mathbf{C}.

Rappelons qu’une représentation linéaire d’un groupe G dans un K-espace vectoriel E est un homomorphisme ϱ\varrho de G dans le groupe GL(E)\mathbf{G}\mathbf{L}(E) des automorphismes de E (A, VIII, p. 387, déf. 1). On dit que E est l’espace de la représentation ϱ\varrho, et que la dimension de E est la dimension de ϱ\varrho, que l’on note aussi dim(ϱ\varrho ).

On peut identifier une représentation de G dans un K-espace vectoriel à un K[G]-module (loc. cit.), et on utilisera la terminologie correspondante, par exemple concernant les sommes directes de représentations, les morphismes de représentations ou la représentation sur C\mathbf{C} obtenue à partir d’une représentation dans un R\mathbf{R}-espace vectoriel par extension des scalaires.

Une représentation ϱ:G→GL(E)\varrho : G\rightarrow \mathbf{G}\mathbf{L}(E) est dite fidèle si c’est un homomorphisme injectif.

On prendra garde que cela ne signifie pas que le K[G]-module associé à ϱ\varrho est un K-module fidèle (A, II, p. 28).

Le caractère d’une représentation de G dans un K-espace vectoriel de dimension finie est l’application χϱ\chi_{\varrho} de G dans K telle que χϱ(g)=\chi_{\varrho}(g) = Tr(ϱ(g)\varrho (g)) pour tout g∈Gg\in G, cf. A, VIII, p. 388.

1. Rappels concernant les représentations linéaires continues

Soit G un groupe topologique. On rappelle qu’une représentation linéaire continue de G dans un K-espace vectoriel topologique E est une représentation linéaire ϱ\varrho de G dans E telle que l’application de G×EG\times E dans E définie par (g,x)↦ϱ(g)x(g, x)\mapsto \varrho (g)x est continue (INT, VIII, p. 128, § 2, no1^o1, déf. 1). Cette application définit une action de G sur E et l’image de ϱ\varrho est contenue dans L(E)\mathscr{L}(E). On dit qu’une représentation continue ϱ\varrho est bornée si son image est bornée dans l’espace L(E)\mathscr{L}(E) muni de la topologie de la convergence bornée.

Remarque 038J

Si K=RK =\mathbf{R} et si ϱ\varrho est une représentation linéaire continue de G dans un R\mathbf{R}-espace vectoriel E, alors l’application ϱ(C):g↦1⊗ϱ(g)\varrho_{(\mathbf{C})}:g\mapsto 1\otimes \varrho (g) est une représentation linéaire continue de G dans E(C)E_{(\mathbf{C})}; si ϱ\varrho est bornée, alors ϱ(C)\varrho_{(\mathbf{C})} est bornée.

Pour tout K-espace vectoriel topologique E, l’homomorphisme qui à tout g∈Gg\in G associe 1E1_E est une représentation linéaire continue de G dans E, appelée représentation triviale de G dans E.

Soit H un sous-groupe de G. La restriction de ϱ\varrho à H est une représentation linéaire continue de H dans E, notée ResHG(ϱ)^G_H(\varrho ).

Soient ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 des représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques E1E_1 et E2E_2. Un G-morphisme uu de ϱ1\varrho_1 dans ϱ2\varrho_2 est un morphisme de représentations linéaires qui est continu, c’est-à-dire une application linéaire continue u:E1→E2u: E_1\rightarrow E_2 telle que u∘ϱ1(g)=ϱ2(g)∘uu\circ \varrho_1(g) =\varrho_2(g)\circ u pour tout g∈Gg\in G. On note HomG(ϱ1,ϱ2)_G(\varrho_1, \varrho_2) l’espace vectoriel des G-morphismes de ϱ1\varrho_1 dans ϱ2\varrho_2. C’est un sous-espace fermé de l’espace L(E1;E2)\mathscr{L}(E_1; E_2) muni de la topologie de la convergence simple.

Soit ϱ\varrho une représentation linéaire continue d’un groupe G dans un K-espace vectoriel topologique E. L’application identique 1E1_E de E est un G-morphisme de ϱ\varrho dans ϱ\varrho, qui est noté 1ϱ1_{\varrho}. Si ϱ1,ϱ2\varrho_1,\varrho_2 et ϱ3\varrho_3 sont des représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques E1,E2,E3E_1, E_2, E_3 respectivement, et si u:E1→E2u: E_1\rightarrow E_2 et v:E2→E3v: E_2\rightarrow E_3 sont des G-morphismes, alors v∘uv\circ u est un G-morphisme.

Un G-morphisme uu de ϱ1\varrho_1 dans ϱ2\varrho_2 est un G-isomorphisme s’il existe un G-morphisme vv de ϱ2\varrho_2 dans ϱ1\varrho_1 tel que v∘u=1ϱ1v\circ u= 1_{\varrho_1} et u∘v=1ϱ2u\circ v= 1_{\varrho_2}. Il faut et il suffit pour cela que uu soit un G-morphisme et un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de l’espace de ϱ1\varrho_1 dans l’espace de ϱ2\varrho_2; son inverse v=u−1v=u^{-1} est en effet alors un G-morphisme. S’il existe un G-isomorphisme de ϱ1\varrho_1 dans ϱ2\varrho_2, on dit que ces représentations sont isomorphes.

Définition 1 038K

Soit ϱ\varrho une représentation linéaire continue d’un groupe topologique G dans un espace vectoriel topologique E. Une représentation linéaire continue π\pi de G dans F est une sous-représentation de ϱ\varrho si F est un sous-espace fermé de E et si, pour tout g∈Gg\in G, l’espace F est stable par ϱ(g)\varrho (g) et π(g)\pi (g) est l’endomorphisme de F déduit de ϱ(g)\varrho (g) par passage aux sous-espaces.

Soit ϱ\varrho une représentation linéaire continue d’un groupe topologique G dans un espace vectoriel topologique E. L’adhérence de {0}\{0\} dans E est une sous-représentation de ϱ\varrho. Plus généralement, l’adhérence d’un sous-espace stable par les endomorphismes ϱ(g)\varrho (g) est une sous-représentation de ϱ\varrho.

Une sous-représentation π\pi de ϱ\varrho est déterminée de manière unique par un sous-espace fermé F, stable par tous les endomorphismes ϱ(g)\varrho (g). Cette dernière condition sera souvent énoncée sous la forme « F est un sous-espace G-invariant de E ». On dira alors aussi que F définit une sous-représentation de ϱ\varrho, ou parfois, par abus de langage, que F est une sous-représentation de ϱ\varrho, ou de E.

Soit F un sous-espace de E définissant une sous-représentation π\pi de ϱ\varrho. Pour tout g∈Gg\in G, l’application linéaire ϱ(g)\varrho (g) définit, par passage au quotient, un endomorphisme ϱ~(g)\widetilde{\varrho}(g) de E/FE/F. L’application g↦ϱ~(g)g\mapsto \widetilde{\varrho}(g) est une représentation linéaire continue de G dans E/FE/F et la projection canonique de E dans E/FE/F est un G-morphisme. On dit que ϱ~\widetilde{\varrho} est la représentation quotient de G sur E/FE/F; on la note aussi ϱ/π\varrho /\pi.

Le sous-espace des éléments de E invariants par l’action de G est une sous-représentation triviale de ϱ\varrho. On la note ϱG\varrho^G ou bien EGE^G.

Soit A un sous-ensemble de E. Le sous-espace fermé F engendré par les éléments ϱ(g)x\varrho (g)x, où g∈Gg\in G et x∈Ax\in A, est une sous-représentation de ϱ\varrho, dite sous-représentation de ϱ\varrho engendrée par A ; si F = E, on dit que A engendre ϱ\varrho. Si la sous-représentation F est de dimension finie, on dit que le sous-ensemble A est G-fini.

Supposons que A est réduit à un seul élément x∈Ex\in E. Si A engendre ϱ\varrho, on dit que xx est un vecteur cyclique de ϱ\varrho et que ϱ\varrho est une représentation cyclique ; on dit que xx est un vecteur G-fini si A est G-fini.

L’ensemble des vecteurs G-finis de ϱ\varrho est un sous-espace vectoriel de E stable par ϱ\varrho; il n’est pas nécessairement fermé.

Soit (ϱi)i∈I(\varrho_i)_{i\in I} une famille de représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques localement convexes (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I}. Soit E l’espace somme directe des espaces EiE_i. L’application g↦(ϱi(g))g\mapsto (\varrho_i(g)) est une représentation linéaire de G dans E, dite somme, ou somme directe, des représentations ϱi\varrho_i. Si I est fini, elle est continue.

Si les représentations ϱi\varrho_i sont égales à une représentation ϱ\varrho pour tout i∈Ii\in I, on dit que la somme directe des représentations ϱi\varrho_i est la somme de Card(I) copies de la représentation ϱ\varrho, et on la note aussi ϱCard(I)\varrho^{Card(I)}, ou bien Card(I) ϱ\varrho.

Soient (ϱi)i∈I(\varrho_i)_{i\in I} et (πj)j∈J(\pi_j)_{j\in J} des familles finies de représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} et (Fj)j∈J(F_j)_{j\in J}, respectivement. L’isomorphisme canonique de K-espaces vectoriels

HomK(⨁i∈IEi,⨁j∈JFj)→⨁(i,j)∈I×J_K(\bigoplus_{i\in I}E_i,\bigoplus_{j\in J}F_j)\rightarrow \bigoplus_{(i,j)\in I\times J} HomK(Ei,Fj)_K(E_i,F_j) (A, II, p. 13, cor. 1) induit, par passage aux sous-espaces, un isomorphisme

(1) HomG(⨁i∈Iϱi,⨁j∈Jπj)→⨁(i,j)∈I×J_G(\bigoplus_{i\in I}\varrho_i,\bigoplus_{j\in J}\pi_j)\rightarrow \bigoplus_{(i,j)\in I\times J} HomG(ϱi,πj)_G(\varrho_i, \pi_j)

qui est également dit canonique.

Soient ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 des représentations linéaires de G dans des K-espaces vectoriels topologiques E1E_1 et E2E_2. Pour u∈L(E1;E2)u\in \mathscr{L}(E_1; E_2) et g∈Gg\in G, on pose ϱ(g)u=ϱ2(g)∘u∘ϱ1(g−1)\varrho (g)u=\varrho_2(g)\circ u\circ \varrho_1(g^{-1}). L’application g↦ϱ(g)g\mapsto \varrho (g) est une représentation linéaire de G dans L(E1;E2)\mathscr{L}(E_1; E_2). L’espace des éléments invariants de cette représentation coïncide avec HomG(ϱ1,ϱ2)_G(\varrho_1, \varrho_2).

Soit ϱ\varrho une représentation linéaire continue de G dans un espace localement convexe E. Rappelons (INT, VIII, p. 131, § 2, no2^o2) que la représentation contragrédiente ϱ˘\breve{\varrho} de ϱ\varrho est la représentation linéaire de G dans le dual E′E' de E définie par ϱ˘(g)=tϱ(g−1)\breve{\varrho}(g) =^t\varrho (g^{-1}).

2. Un critère de continuité

Le résultat suivant permet de vérifier que certaines représentations linéaires d’un produit direct de groupes topologiques sont continues.

Lemme 1 038L

Soient G et H des groupes topologiques et E un espace de Banach. Soient ϱ\varrho une représentation bornée de G dans E et π\pi une représentation bornée de H dans E. Supposons que ϱ(g)\varrho (g) est permutable à π(h)\pi (h) pour tout (g,h)∈G×H(g, h)\in G\times H. L’application ϖ\varpi de G×HG\times H dans GL(E)\mathbf{G}\mathbf{L}(E) définie par (g,h)↦ϱ(g)∘π(h)(g, h)\mapsto \varrho (g)\circ \pi (h) est une représentation linéaire continue et bornée de G×HG\times H dans E.

L’application ϖ\varpi est une représentation linéaire de G×HG\times H dans E ; vérifions qu’elle est continue. Comme ∥ϖ(g,h)∥⩽∥ϱ(g)∥∥π(h)∥\|\varpi (g, h)\|\leqslant \|\varrho (g)\|\|\pi (h)\| pour tout (g,h)∈G×H(g, h)\in G\times H, la représentation ϖ\varpi est bornée, donc son image est équicontinue dans L(E)\mathscr{L}(E). Il suffit alors de démontrer que, pour tout x∈Ex\in E, l’application (g,h)↦ϖ(g,h)x(g, h)\mapsto \varpi (g, h)x est continue (remarque 2 de INT, VIII, p. 129, § 2, no1^o1). Soit (g0,h0)∈G×H(g_0, h_0)\in G\times H. Posons y=π(h0)xy=\pi (h_0)x. Pour tout (g,h)∈G×H(g, h)\in G\times H, il vient

∥ϖ(g,h)x−ϖ(g0,h0)x∥⩽∥ϱ(g)(π(h)x−y)∥+∥ϱ(g)y−ϱ(g0)y∥ \|\varpi (g, h)x-\varpi (g_0, h_0)x\|\leqslant \|\varrho (g)(\pi (h)x-y)\|+\|\varrho (g)y-\varrho (g_0)y\|
⩽∥ϱ(g)∥∥π(h)x−y∥+∥ϱ(g)y−ϱ(g0)y∥ \leqslant \|\varrho (g)\| \|\pi (h)x-y\|+\|\varrho (g)y-\varrho (g_0)y\|

Puisque ϱ\varrho est bornée et que ϱ\varrho et π\pi sont continues, cela implique l’assertion.

3. Représentations continues de dimension finie

Soit ϱ\varrho une représentation linéaire continue d’un groupe topologique G dans un K-espace vectoriel topologique séparé E de dimension finie. On munit L(E)\mathscr{L}(E) de son unique structure d’espace vectoriel topologique séparé sur K ; le morphisme ϱ:G→GL(E)\varrho : G\rightarrow \mathbf{G}\mathbf{L}(E) est alors continu puisque la topologie de GL(E)\mathbf{G}\mathbf{L}(E) est induite par la topologie de L\mathscr{L} (E), qui coïncide avec la topologie de la convergence simple (EVT, I, p. 14, th. 2). Par conséquent, le caractère de ϱ\varrho est continu. Si G est un groupe de Lie réel, alors le caractère de ϱ\varrho est une fonction analytique sur G (LIE, III, p. 225, § 8, no1^o1, th. 1). La représentation contragrédiente est également continue lorsque E′E' est muni de son unique topologie d’espace vectoriel topologique séparé sur K. De plus, pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, les représentations Tn(ϱ),Sn(ϱ)\mathsf{T}^n(\varrho ),\mathsf{S}^n(\varrho ) et ∧n(ϱ)(\wedge^n(\varrho ) (loc. cit.) sont continues, lorsque les espaces correspondants sont munis de leurs topologies d’espaces vectoriels topologiques séparés sur K.

Soient ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 des représentations continues d’un groupe topologique G dans des espaces vectoriels topologiques séparés E1E_1 et E2E_2 de dimension finie. La représentation linéaire ϱ1⊗ϱ2\varrho_1\otimes \varrho_2 de G dans E1⊗E2E_1\otimes E_2 (LIE, III, p. 256, Appendice) est continue, l’espace E1⊗E2E_1\otimes E_2 étant muni de sa topologie d’espace vectoriel topologique séparé sur K.

4. Représentations irréductibles

Dans ce numéro, G est un groupe topologique.

Définition 2 038M

Une représentation ϱ\varrho de G dans un K-espace vectoriel topologique E est dite irréductible si {0}\{0\} n’est pas dense dans E et si les seules sous-représentations de ϱ\varrho sont ϱ\varrho et la représentation dans l’adhérence de {0}\{0\}.

Si ϱ\varrho est une représentation irréductible de G dans un espace vectoriel topologique séparé E, alors tout élément non nul de E est un vecteur cyclique pour ϱ\varrho.

Lemme 2 038N

Soient π\pi et ϱ\varrho des représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques séparés. On suppose que π\pi est irréductible. Tout G-morphisme non nul de π\pi dans ϱ\varrho est injectif et tout G-morphisme non nul de ϱ\varrho dans π\pi est d’image dense.

En particulier, si π\pi et ϱ\varrho sont irréductibles et de dimension finie, alors tout G-morphisme non nul de π\pi dans ϱ\varrho est un isomorphisme.

Puisque l’espace de ϱ\varrho est séparé, le noyau d’un G-morphisme uu de π\pi dans ϱ\varrho est fermé, et induit une sous-représentation de π\pi. Si le morphisme uu n’est pas nul, son noyau doit donc être réduit à 0, puisque π\pi est une représentation irréductible dans un espace vectoriel topologique séparé. Similairement, l’adhérence de l’image d’un G-morphisme non nul de ϱ\varrho dans π\pi est une sous-représentation non nulle de π\pi, donc est égale à l’espace de π\pi.

La dernière assertion découle de ce qui précède.

Lemme 3 038O

Soit ϱ\varrho une représentation linéaire continue de G dans un K-espace vectoriel topologique séparé E de dimension finie. Si E est non nul, alors il existe une sous-représentation irréductible de ϱ\varrho.

Puisque E est de dimension finie et non nul, il existe un sous-espace G-invariant F de E qui est non nul et de dimension minimale. Ce sous-espace est fermé dans E et définit une sous-représentation de E ; toute sous-représentation de F est aussi une sous-représentation de E, et la représentation F est donc irréductible par minimalité.

Remarque 038P

Une représentation non nulle E de G ne contient pas toujours de sous-représentation irréductible (cf. V, p. 426, remarque). On verra cependant que c’est le cas si G est compact et si K=CK =\mathbf{C} et si E est un espace localement convexe séparé quasi-complet et non nul sur K (prop. 7 de V, p. 464).

5. Représentations unitaires

Définition 3 038Q

Soient G un groupe topologique et E un espace hilbertien sur K. Une représentation unitaire de G dans E est une représentation linéaire continue ϱ\varrho de G dans E telle que, pour tout gg dans G, l’endomorphisme ϱ(g)\varrho (g) de E soit un endomorphisme unitaire (EVT, V, p. 40) de E.

Autrement dit, une représentation unitaire est une représentation isométrique dans un espace hilbertien. En particulier, une représentation unitaire est bornée.

La représentation triviale d’un groupe topologique dans un espace hilbertien est unitaire. Toute sous-représentation d’une représentation unitaire est unitaire. La restriction à un sous-groupe d’une représentation unitaire est unitaire.

Définition 4 038R

Soit G un groupe topologique et soient ϱ\varrho et π\pi des représentations unitaires de G dans des espaces hilbertiens E et F respectivement. Une forme sesquilinéaire G-invariante sur E×FE\times F est une forme sesquilinéaire continue qq sur E×FE\times F telle que

q(x,y)=q(ϱ(g)x,π(g)y) q(x, y) =q(\varrho (g)x, \pi (g)y)

pour tout g∈Gg\in G et tout (x,y)∈E×F(x, y)\in E\times F.

L’espace vectoriel des formes sesquilinéaires G-invariantes sur E×FE\times F est noté SesqG(ϱ,π)_G(\varrho , \pi ) ou SesqG(E,F)_G(E,F).

Exemple 038S

Soit G un groupe topologique et soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans E. Le produit scalaire qq sur E est une forme sesquilinéaire G-invariante sur E×EE\times E.

Lemme 4 038T

Soit G un groupe topologique et soit ϱ\varrho un homomorphisme de G dans le groupe unitaire U(E)\mathbf{U}(E) d’un espace hilbertien E. Alors ϱ\varrho est une représentation unitaire de G si et seulement si ϱ\varrho est continue en l’élément ee de G pour la topologie de la convergence simple sur U(E)\mathbf{U}(E). Il suffit que cette propriété soit valide pour tout xx dans un sous-ensemble total de E.

La condition est évidemment nécessaire. Elle est suffisante d’après la remarque 2 de INT, VIII, p. 129, § 2, no1^o1, puisque l’image de ϱ\varrho est équicontinue dans L(E)\mathscr{L}(E) et puisque la continuité de l’application g↦ϱ(g)xg\mapsto \varrho (g)x en ee implique sa continuité sur G.

Soit G un groupe topologique. Si ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 sont des représentations unitaires de G et si uu appartient à HomG(ϱ1,ϱ2)_G(\varrho_1, \varrho_2), alors u∗u^* appartient à HomG(ϱ2,ϱ1)_G(\varrho_2, \varrho_1). En effet, puisque ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 sont des représentations unitaires, on a pour tout g∈Gg\in G

u∗∘ϱ2(g)=u∗∘ϱ2(g−1)∗=(ϱ2(g−1)∘u)∗ u^*\circ \varrho_2(g) =u^*\circ \varrho_2(g^{-1})^*= (\varrho_2(g^{-1})\circ u)^*
=(u∘ϱ1(g−1))∗=ϱ1(g)∘u∗ = (u\circ \varrho_1(g^{-1}))^*=\varrho_1(g)\circ u^*

Lemme 5 038U

Soit G un groupe topologique et soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. L’espace HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) est une sous-algèbre stellaire unifère de L(E)\mathscr{L}(E).

Ce qui précède montre que HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) est une sous-algèbre unifère et auto-adjointe de L(E)\mathscr{L}(E). Puisqu’elle est fermée dans L\mathscr{L} (E), c’est une sous-algèbre stellaire de L(E)\mathscr{L}(E).

Lemme 6 038V

Soient π\pi et ϱ\varrho des représentations unitaires d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens E et F respectivement. Soit D un sous-espace dense de E qui est stable par π\pi. Soit uu un opérateur partiel fermé de E dans F de domaine D tel que u∘π(g)=ϱ(g)∘uu\circ \pi (g) =\varrho (g)\circ u pour tout g∈Gg\in G. Alors le domaine de u∗u^* est stable par ϱ\varrho et on a la relation u∗∘ϱ(g)=π(g)∘u∗u^*\circ \varrho (g) =\pi (g)\circ u^* pour tout g∈Gg\in G.

Soient g∈Gg\in G et x∈x\in dom(u∗u^*). Pour tout y∈y\in dom(uu), on a

⟨ϱ(g)x∣u(y)⟩=⟨x∣ϱ(g−1)u(y)⟩=⟨x∣u(π(g−1)y)⟩ \langle \varrho (g)x|u(y)\rangle =\langle x|\varrho (g^{-1})u(y)\rangle =\langle x|u(\pi (g^{-1})y)\rangle
=⟨u∗(x)∣π(g−1)y⟩=⟨π(g)(u∗(x))∣y⟩ =\langle u^*(x)|\pi (g^{-1})y\rangle =\langle \pi (g)(u^*(x))|y\rangle

puisque ϱ(g)∗=ϱ(g)−1=ϱ(g−1)\varrho (g)^*=\varrho (g)^{-1}=\varrho (g^{-1}). Cela démontre que ϱ(g)x∈\varrho (g)x\in dom(u∗u^*) et que u∗(ϱ(g)x)=π(g)(u∗(x))u^*(\varrho (g)x) =\pi (g)(u^*(x)). En particulier, le domaine de u∗∘ϱ(g)u^*\circ \varrho (g) contient le domaine de u∗u^*, et π(g)∘u∗⊂u∗∘ϱ(g)\pi (g)\circ u^*\subset u^*\circ \varrho (g).

Mais de plus, si x∈x\in dom(u∗∘ϱ(g)u^*\circ \varrho (g)), alors x=ϱ(g−1)(ϱ(g)x)x=\varrho (g^{-1})(\varrho (g)x) appartient à dom(u∗u^*) d’après ce qui précède appliqué à g−1g^{-1}. On conclut que u∗∘ϱ(g)=π(g)∘u∗u^*\circ \varrho (g) =\pi (g)\circ u^*.

Proposition 1 038W

Soient ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 des représentations unitaires d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens E1E_1 et E2E_2. L’application de HomG(ϱ1,ϱ2)_G(\varrho_1, \varrho_2) dans SesqG(ϱ2,ϱ1)_G(\varrho_2, \varrho_1) qui à uu associe la forme sesquilinéaire quq_u définie par qu(x,y)=⟨x∣u(y)⟩q_u(x, y) =\langle x|u(y)\rangle est un isomorphisme d’espaces vectoriels.

Si uu est un G-morphisme, alors on a

qu(ϱ2(g)x,ϱ1(g)y)=⟨ϱ2(g)x∣u(ϱ1(g))y⟩ q_u(\varrho_2(g)x, \varrho_1(g)y) =\langle \varrho_2(g)x|u(\varrho_1(g))y\rangle
=⟨ϱ2(g)x∣ϱ2(g)u(y)⟩=⟨x∣u(y)⟩=qu(x,y) =\langle \varrho_2(g)x|\varrho_2(g)u(y)\rangle =\langle x|u(y)\rangle =q_u(x, y)

pour tout g∈Gg\in G et tout (x,y)∈E2×E1(x, y)\in E_2\times E_1, donc l’application indiquée est une application linéaire de HomG(ϱ1,ϱ2)_G(\varrho_1, \varrho_2) dans SesqG(ϱ2,ϱ1)_G(\varrho_2, \varrho_1). D’après EVT, V, p. 16, cor. 2, elle est injective.

Réciproquement, soient qq une forme sesquilinéaire G-invariante et uu l’unique application linéaire de E1E_1 dans E2E_2 telle que q(x,y)=⟨x∣u(y)⟩q(x, y) =\langle x|u(y)\rangle pour tout (x,y)∈E2×E1((x, y)\in E_2\times E_1(loc. cit.). Pour tout gg dans G et tout (x,y)(x, y) dans E2×E1E_2\times E_1, on a

⟨x∣(ϱ2(g)∘u∘ϱ1(g−1))(y)⟩=⟨ϱ2(g−1)x∣u(ϱ1(g−1)y)⟩ \langle x|(\varrho_2(g)\circ u\circ \varrho_1(g^{-1}))(y)\rangle =\langle \varrho_2(g^{-1})x|u(\varrho_1(g^{-1})y)\rangle
=q(ϱ2(g−1)x,ϱ1(g−1)y)=q(x,y)=⟨x∣u(y)⟩ =q(\varrho_2(g^{-1})x, \varrho_1(g^{-1})y) =q(x, y) =\langle x|u(y)\rangle

donc u=ϱ2(g)∘u∘ϱ1(g−1)u=\varrho_2(g)\circ u\circ \varrho_1(g^{-1}). Par conséquent, u∈u\in HomG(ϱ2,ϱ1)_G(\varrho_2, \varrho_1). La proposition en résulte.

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Si K=CK =\mathbf{C}, notons E‾\overline{E} l’espace conjugué de E (EVT, V, p. 6). Si K=RK =\mathbf{R}, posons E‾=E\overline{E}= E. La représentation conjuguée ϱ‾\overline{\varrho} est la représentation de G dans E‾\overline{E} définie par ϱ‾(g)=ϱ(g)\overline{\varrho}(g) =\varrho (g) pour tout g∈Gg\in G. C’est une représentation unitaire de G ; par définition, un sous-espace de E‾\overline{E} est une sous-représentation de E‾\overline{E} si et seulement si c’est une sous-représentation de E.

Proposition 2 038X

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Notons uu l’isomorphisme isométrique de E‾\overline{E} dans E′E' qui à xx associe la forme linéaire y↦⟨x∣y⟩y\mapsto \langle x|y\rangle.

a) L’application uu est un isomorphisme de la représentation conjuguée ϱ‾\overline{\varrho} dans la représentation contragrédiente ϱ˘\breve{\varrho};

b) Munissons E′E' de la structure d’espace hilbertien obtenue par transport de structure à l’aide de uu; la représentation contragrédiente ϱ˘\breve{\varrho} est une représentation unitaire de G dans E′E'.

D’après EVT, V, p. 15, th. 3 et remarque suivante, l’application uu est un isomorphisme isométrique.

Pour tout gg dans G, tout xx dans E‾\overline{E} et tout yy dans E, on a

⟨y,(ϱ˘(g)∘u)(x)⟩=⟨ϱ(g−1)y,u(x)⟩ \langle y,( \breve{\varrho}(g)\circ u)(x)\rangle =\langle \varrho (g^{-1})y, u(x)\rangle
=⟨x∣ϱ(g−1)y⟩=⟨ϱ(g)x∣y⟩=⟨y,u(ϱ‾(g)x)⟩ =\langle x|\varrho (g^{-1})y\rangle =\langle \varrho (g)x|y\rangle =\langle y, u(\overline{\varrho}(g)x)\rangle

donc ϱ˘(g)∘u=u∘ϱ‾(g)\breve{\varrho}(g)\circ u=u\circ \overline{\varrho}(g), ce qui démontre a) ; l’assertion b) en découle aussitôt.

Corollaire 038Y

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) La représentation ϱ\varrho est irréductible ;

(ii) La représentation contragrédiente ϱ˘\breve{\varrho} est irréductible ;

(iii) La représentation conjuguée ϱ‾\overline{\varrho} est irréductible.

Cela résulte de la proposition 2, et de la remarque précédant celle-ci concernant les sous-représentations de E.

Proposition 3 038Z

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Soit π\pi une sous-représentation de E et F l’espace de π\pi. L’orthogonal F∘F^{\circ} de F dans E est une sous-représentation de E telle que E=F⊕F∘E = F\oplus F^{\circ} et F∘F^{\circ} est isomorphe à E/FE/F.

L’espace F∘F^{\circ} est fermé. Pour tout x∈F∘x\in F^{\circ}, tout g∈Gg\in G et tout y∈Fy\in F, on a ⟨ϱ(g)x∣y⟩=⟨x∣ϱ(g−1)y⟩=0\langle \varrho (g)x|y\rangle =\langle x|\varrho (g^{-1})y\rangle = 0 puisque ϱ\varrho est unitaire et que F est une sous-représentation. Donc ϱ(g)x∈F∘\varrho (g)x\in F^{\circ}.

La projection canonique de E sur E/FE/F est un G-morphisme, donc l’application de F∘F^{\circ} dans E/FE/F qui s’en déduit par passage au sous-espace est un G-morphisme de F∘F^{\circ} dans E/FE/F; d’après EVT, V, p. 13, c’est un isomorphisme isométrique.

On notera également π∘\pi^{\circ} la représentation de G dans F∘F^{\circ}.

Proposition 4 0390

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Un sous-espace fermé F de E est une sous-représentation de ϱ\varrho si et seulement si l’orthoprojecteur pp de E d’image F est un G-morphisme de ϱ\varrho dans ϱ\varrho.

Supposons que F est une sous-représentation de ϱ\varrho. Soit x∈Ex\in E et écrivons x=p(x)+yx=p(x) +y où y∈F∘y\in F^{\circ}. Pour tout gg dans G, on a

ϱ(g)x=ϱ(g)(p(x))+ϱ(g)y \varrho (g)x=\varrho (g)(p(x)) +\varrho (g)y

et comme ϱ(g)(p(x))\varrho (g)(p(x)) appartient à F et ϱ(g)y\varrho (g)y à F∘F^{\circ} (prop. 3), on a p(ϱ(g)x)=ϱ(g)(p(x))p(\varrho (g)x) =\varrho (g)(p(x)). Donc pp appartient à HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ).

Réciproquement, si p∈p\in HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) alors 1E−p1_E-p est un G-morphisme, donc F = Ker(1E−p_E-p) est une sous-représentation de ϱ\varrho.

6. Somme directe hilbertienne et produit tensoriel de représentations unitaires

Soit G un groupe topologique. Soit (ϱi)i∈I(\varrho_i)_{i\in I} une famille de représentations unitaires de G dans des espaces hilbertiens EiE_i. Soit E l’espace somme hilbertienne externe des EiE_i (EVT, V, p. 18, déf. 1). Pour tout gg dans G et pour tout x=(xi)i∈Ix= (x_i)_{i\in I} dans E, on a

∑i∥ϱi(g)xi∥2=∑i∥xi∥2=∥x∥2 \sum_i\|\varrho_i(g)x_i\|^2=\sum_i\|x_i\|^2=\|x\|^2

ce qui prouve que (ϱi(g)xi)i∈I(\varrho_i(g)x_i)_{i\in I} est dans E et a même norme que xx. Ainsi l’élément ϱ(g):(xi)i∈I↦(ϱi(g)xi)i∈I\varrho (g) : (x_i)_{i\in I}\mapsto (\varrho_i(g)x_i)_{i\in I} est un élément unitaire de L(E)\mathscr{L}(E).

Lemme 7 0391

L’application g↦ϱ(g)g\mapsto \varrho (g) est une représentation unitaire de G dans E.

D’après le lemme 4 de V, p. 380, il suffit de démontrer que pour tout ii dans I et tout xx dans EiE_i, l’application g↦ϱ(g)xg\mapsto \varrho (g)x est continue en l’élément neutre ee de G. Cette application est la composition de l’application continue g↦ϱi(g)xig\mapsto \varrho_i(g)x_i et de l’injection canonique de EiE_i dans E. Elle est donc continue.

La représentation ϱ\varrho est appelée somme hilbertienne des représentations unitaires (ϱi)i∈I(\varrho_i)_{i\in I}; on la note ϱ=⨁i∈Iϱi\varrho =\bigoplus_{i\in I}\varrho_i.

Soient G et H des groupes topologiques. Soit ϱ1\varrho_1 (resp. ϱ2\varrho_2) une représentation unitaire de G (resp. H) dans un espace hilbertien E1E_1 (resp. E2E_2). Soit E=E1⊗^2E2E = E_1\widehat{\otimes}_2E_2 l’espace hilbertien produit tensoriel de E1E_1 et E2E_2 (EVT, V, p. 28, déf. 1). Pour (g,h)∈G×H(g, h)\in G\times H, soit ϱ(g,h)\varrho (g, h) l’endomorphisme continu ϱ1(g)⊗^2ϱ2(h)\varrho_1(g)\widehat{\otimes}_2\varrho_2(h) de E (EVT, V, p. 28) ; on le notera simplement ϱ1(g)⊗ϱ2(h)\varrho_1(g)\otimes \varrho_2(h) lorsqu’aucune ambiguïté ne sera à craindre.

Lemme 8 0392

a) L’application ϱ:(g,h)↦ϱ(g,h)\varrho : (g, h)\mapsto \varrho (g, h) est une représentation unitaire de G×HG\times H dans E ;

b) Pour toute base orthonormale (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} de E1E_1, l’application de la somme hilbertienne ⨁i∈IE2\bigoplus_{i\in I}E_2 dans E définie par (yi)i∈I↦∑i∈Iei⊗yi(y_i)_{i\in I}\mapsto \sum_{i\in I}e_i\otimes y_i est un H-isomorphisme isométrique de la somme hilbertienne ⨁i∈Iϱ2\bigoplus_{i\in I}\varrho_2 dans Res{e}×HG×H(ϱ)^{G\times H}_{\{e\}\times H}(\varrho );

c) Pour toute base orthonormale (fj)j∈J(f_j)_{j\in J} de E2E_2, l’application de la somme hilbertienne ⨁j∈JE1\bigoplus_{j\in J}E_1 dans E définie par (xj)j∈J↦∑j∈Jxj⊗fj(x_j)_{j\in J}\mapsto \sum_{j\in J}x_j\otimes f_j est un G-isomorphisme isométrique de la somme hilbertienne ⨁j∈Jϱ1\bigoplus_{j\in J}\varrho_1 dans ResG×{e}G×H(ϱ)^{G\times H}_{G\times \{e\}}(\varrho ).

L’application (g,h)↦ϱ(g,h)(g, h)\mapsto \varrho (g, h) est un homomorphisme de G dans GL(E)(\mathbf{G}\mathbf{L}(E) (cf. EVT, V, p. 28, no2)^o2). Soit (ei)i∈I(e_i)_{i\in I} une base orthonormale de E1E_1. D’après EVT, V, p. 29, prop. 3 et cor. 2, l’application

u:(yi)↦∑i∈Iei⊗yi u: (y_i)\mapsto \sum_{i\in I}e_i\otimes y_i

est une isométrie de la somme hilbertienne F2=⨁i∈IE2F_2=\bigoplus_{i\in I}E_2 sur E. Par le truchement de cette isométrie, la représentation ϱH:h↦ϱ(e,h)\varrho_H:h\mapsto \varrho (e, h) de H dans E s’identifie à la représentation somme directe des représentations (ϱ2)i∈I(\varrho_2)_{i\in I} dans F2F_2. En particulier, c’est une représentation unitaire de H dans E (lemme 7). De même, l’homomorphisme ϱG:g↦ϱ(g,e)\varrho_G:g\mapsto \varrho (g, e) est une représentation unitaire de G dans E.

Soit (g,h)∈G×H(g, h)\in G\times H. On a ϱ(g,h)=ϱG(g)∘ϱH(h)\varrho (g, h) =\varrho_G(g)\circ \varrho_H(h), donc ϱ(g,h)\varrho (g, h) est unitaire ; de plus, ϱG(g)\varrho_G(g) et ϱH(h)\varrho_H(h) sont permutables, donc le lemme 1 de V, p. 377 implique que ϱ\varrho est une représentation unitaire de G×HG\times H.

Enfin, les assertions concernant la restriction de ϱ\varrho aux sous-groupes {e}×H\{e\} \times H et G×{e}G\times \{e\} ont été obtenues au cours de l’argument précédent.

La représentation (g,h)↦ϱ1(g)⊗ϱ2(h)(g, h)\mapsto \varrho_1(g)\otimes \varrho_2(h) de G×HG\times H est appelée produit tensoriel externe des représentations unitaires ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2, et notée ϱ1⊠ϱ2\varrho_1\boxtimes \varrho_2.

Soit n∈Nn\in \mathbf{N} et soit (Gi)1⩽i⩽n(G_i)_{1\leqslant i\leqslant n} une famille finie de groupes topologiques. Soit ϱi\varrho_i une représentation unitaire de GiG_i dans un espace hilbertien EiE_i pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. On définit de même une représentation

ϱ1⊠⋯⊠ϱn \varrho_1\boxtimes \cdots \boxtimes \varrho_n

de G1×⋯×GnG_1\times \cdots \times G_n dans l’espace hilbertien E=E1⊗^2⋯⊗^2EnE = E_1\widehat{\otimes}_2\cdots \widehat{\otimes}_2E_n (EVT, V, p. 27).

Supposons que Gi=GG_i= G pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n. Soit Δn:G→Gn\Delta_n: G\rightarrow G^n l’homomorphisme défini par g↦(g,...,g)g\mapsto (g, . . . , g) pour tout g∈Gg\in G. On note ϱ1⊗⋯⊗ϱn\varrho_1\otimes \cdots \otimes \varrho_n la représentation unitaire (ϱ1⊠⋯⊠ϱn)∘Δn(\varrho_1\boxtimes \cdots \boxtimes \varrho_n)\circ \Delta_n de G. On dit que c’est le produit tensoriel des représentations unitaires ϱi\varrho_i.

Pour toute permutation σ\sigma de {1,...,n}\{1, . . . , n\}, l’isomorphisme canonique

E1⊗^2⋯⊗^2En→Eσ(1)⊗^2⋯⊗^2Eσ(n) E_1\widehat{\otimes}_2\cdots \widehat{\otimes}_2E_n\rightarrow E_{\sigma(1)}\widehat{\otimes}_2\cdots \widehat{\otimes}_2E_{\sigma(n)}

(EVT, V, p. 28) est un isomorphisme isométrique

ϱ1⊗⋯⊗ϱn→ϱσ(1)⊗⋯⊗ϱσ(n) \varrho_1\otimes \cdots \otimes \varrho_n\rightarrow \varrho_{\sigma(1)}\otimes \cdots \otimes \varrho_{\sigma(n)}

de représentations de G.

Si ϱi=ϱ\varrho_i=\varrho pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n, où ϱ\varrho est une représentation unitaire de G, on note aussi ϱ⊗n\varrho^{\otimes n} la représentation produit tensoriel des ϱi\varrho_i, et on dit que c’est la nen^e puissance tensorielle de ϱ\varrho.

7. Coefficients matriciels

Définition 5 0393

Soit G un groupe topologique et soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien E. Soient xx et yy des éléments de E. La fonction de G dans K donnée par g↦⟨x∣ϱ(g)y⟩g\mapsto \langle x|\varrho (g)y\rangle est appelée un coefficient matriciel de ϱ\varrho, ou une fonction représentative. Si x=yx=y, on dit que c’est un coefficient matriciel diagonal. Si ϱ\varrho est de dimension finie, on dit que c’est un coefficient matriciel de dimension finie.

Les coefficients matriciels de ϱ\varrho sont des fonctions continues et bornées sur G. On note Υ(G) (resp. Θ(G)) l’ensemble des coefficients matriciels de représentations unitaires complexes (resp. complexes et de dimension finie) de G.

Proposition 5 0394

Soit G un groupe topologique. Les ensembles Θ(G) et Υ(G) sont des sous-algèbres involutives unifères de Cb(G)\mathscr{C}_b(G).

La fonction constante 1 est un coefficient matriciel de la représentation triviale de G sur C\mathbf{C}. Soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G et soient xx et yy des vecteurs de l’espace de ϱ\varrho. Pour tout λ∈C\lambda \in \mathbf{C} et tout g∈Gg\in G, on a λ⟨x∣ϱ(g)y⟩=⟨x∣ϱ(g)(λy)⟩\lambda \langle x|\varrho (g)y\rangle =\langle x|\varrho (g)(\lambda y)\rangle. De plus, on a

⟨x∣ϱ(g)y⟩=⟨ϱ(g−1)x∣y⟩=⟨y∣ϱ(g−1)x⟩‾ \langle x|\varrho (g)y\rangle =\langle \varrho (g^{-1})x|y\rangle =\overline{\langle y|\varrho(g^{-1})x\rangle}

pour tout g∈Gg\in G. Par conséquent, les ensembles Θ(G) et Υ(G) sont stables par multiplication par des scalaires et par conjugaison.

Soient ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 des représentations unitaires de G ; soient (x1,y1)(x_1, y_1) des vecteurs de l’espace de ϱ1\varrho_1 et (x2,y2)(x_2, y_2) des vecteurs de l’espace de ϱ2\varrho_2. Pour tout g∈Gg\in G, on a alors

⟨x1∣ϱ1(g)y1⟩+⟨x2∣ϱ2(g)y2⟩=⟨(x1,x2)∣(ϱ1⊕ϱ2)(g)(y1,y2)⟩ \langle x_1|\varrho_1(g)y_1\rangle +\langle x_2|\varrho_2(g)y_2\rangle =\langle (x_1, x_2)|(\varrho_1\oplus \varrho_2)(g)(y_1, y_2)\rangle
⟨x1∣ϱ1(g)y1⟩⟨x2∣ϱ2(g)y2⟩=⟨x1⊗x2∣(ϱ1⊗ϱ2)(g)(y1⊗y2)⟩ \langle x_1|\varrho_1(g)y_1\rangle \langle x_2|\varrho_2(g)y_2\rangle =\langle x_1\otimes x_2|(\varrho_1\otimes \varrho_2)(g)(y_1\otimes y_2)\rangle

ce qui prouve que Θ(G) et Υ(G) sont stables par addition et par produit. La proposition en résulte.

8. Le lemme de Schur

Dans ce numéro, les espaces hilbertiens sont complexes.

Proposition 6 (Lemme de Schur) 0395

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien non nul E. Alors ϱ\varrho est irréductible si et seulement si HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) est égal à C⋅1E\mathbf{C}\cdot 1_E.

L’espace HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) est une sous-algèbre stellaire unifère de L(E)\mathscr{L}(E) (lemme 5 de V, p. 380). Pour toute sous-représentation F de E, le projecteur orthogonal pp d’image F est un élément idempotent de l’algèbre stellaire HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) (prop. 4 de V, p. 383). Si celle-ci est égale à C⋅1E\mathbf{C}\cdot 1_E, cela signifie que p=0p= 0 ou p=1Ep= 1_E, ce qui veut dire que F = 0 ou F = E. Donc ϱ\varrho est irréductible.

Réciproquement, supposons ϱ\varrho irréductible. Soient uu et vv des éléments permutables de l’algèbre stellaire HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) tels que uv=0uv= 0. Supposons uu non nul. Le noyau F de uu définit alors une sous-représentation de ϱ\varrho différente de E, donc F est réduit à 0 ; comme F contient l’image de vv, on en déduit que v=0v= 0. D’après la proposition 10 de I, p. 113, on a donc HomG(ϱ,ϱ)=C⋅1E_G(\varrho , \varrho ) =\mathbf{C}\cdot 1_E.

Corollaire 1 0396

Soit π\pi une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Soit uu un opérateur partiel fermé sur E. On suppose que uu est à domaine dense, que dom(uu) est stable par π\pi et que u∘π(g)=π(g)∘uu\circ \pi (g) =\pi (g)\circ u pour tout g∈Gg\in G. Alors dom(uu) =E= E et uu est une homothétie.

L’opérateur partiel u∗∘uu^*\circ u est un opérateur partiel auto-adjoint positif sur E (prop. 12 de IV, p. 241), il en est de même pour v=1E+u∗∘uv= 1_E+u^*\circ u et ce dernier est injectif puisque −1∉-1\notin Sp(u∗∘uu^*\circ u) (prop. 17 de IV, p. 248). On a u∗∘π(g)=π(g)∘u∗u^*\circ \pi (g) =\pi (g)\circ u^* pour tout g∈Gg\in G (lemme 6 de V, p. 381), d’où v∘π(g)=π(g)∘vv\circ \pi (g) =\pi (g)\circ v pour tout g∈Gg\in G. Comme vv est injectif, il en résulte que v−1∘π(g)=π(g)∘v−1v^{-1}\circ \pi (g) =\pi (g)\circ v^{-1} pour tout g∈Gg\in G. Mais v−1v^{-1} appartient à L\mathscr{L} (E), donc d’après la prop. 6, il existe λ∈C\lambda \in \mathbf{C} tel que v−1=λ1Ev^{-1}=\lambda 1_E. On a nécessairement λ≠0\lambda \not = 0, ce qui implique que E = Im(v−1v^{-1}) == dom(vv)⊂\subset dom(uu), d’où dom(uu) =E= E. Comme uu est fermé, on a u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E) (EVT, I, p. 19, cor. 5), donc u∈u\in HomG(π,π)_G(\pi , \pi ) et uu est une homothétie d’après la prop. 6.

Corollaire 2 0397

Soient ϱ\varrho et π\pi des représentations unitaires irréductibles d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens E et F respectivement. L’espace HomG(ϱ,π)_G(\varrho , \pi ) est de dimension 1 si ϱ\varrho est isomorphe à π\pi, et est nul sinon. En particulier, si ϱ\varrho est isomorphe à π\pi, tout G-morphisme non nul de ϱ\varrho dans π\pi est un isomorphisme.

Supposons qu’il existe un G-morphisme non nul uu de ϱ\varrho dans π\pi. L’application linéaire u∗∘uu^*\circ u est un élément de HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ), donc il existe un nombre complexe λ\lambda tel que u∗∘u=λ⋅1Eu^*\circ u=\lambda \cdot 1_E (prop. 6). On a alors

⟨u(x)∣u(y)⟩=⟨x∣u∗u(y)⟩=λ⟨x∣y⟩ \langle u(x)|u(y)\rangle =\langle x|u^*u(y)\rangle =\lambda \langle x|y\rangle

pour tous xx et yy dans E. En particulier, λ≠0\lambda \not = 0 puisque uu est non nul. Comme ∥u(x)∥=∣λ∣1/2∥x∥\|u(x)\|=|\lambda |^{1/2}\|x\| pour tout x∈Ex\in E, l’application linéaire uu est injective, et l’image de uu est fermée dans F (lemme 8 de I, p. 107) ; c’est alors une sous-représentation non nulle de la représentation irréductible π\pi, d’où on déduit que uu est surjective. Ainsi, uu est un isomorphisme de ϱ\varrho dans π\pi. L’application v↦u∗∘vv\mapsto u^*\circ v est alors un isomorphisme de l’espace HomG(ϱ,π)_G(\varrho , \pi ) dans l’espace HomG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ), qui est de dimension 1 (prop. 6).

Corollaire 3 0398

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. La représentation ϱ\varrho est irréductible si et seulement si l’espace SesqG(ϱ,ϱ)_G(\varrho , \varrho ) est de dimension 1. Cet espace est alors engendré par le produit scalaire sur E.

Au vu de la prop. 1 de V, p. 381, cela résulte de la prop. 6.

Corollaire 4 0399

Soient ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 des représentations unitaires irréductibles non isomorphes d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens E1E_1 et E2E_2. L’espace SesqG(ϱ1,ϱ2)_G(\varrho_1, \varrho_2) est nul.

D’après la prop. 1 de V, p. 381, cela résulte du cor. 2.

Corollaire 5 039A

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Soit π\pi une représentation irréductible unitaire de G dans un espace hilbertien F.

a) Pour tout G-morphisme uu non nul de π\pi dans ϱ\varrho, il existe λ∈R+∗\lambda \in \mathbf{R}^*_+ tel que λu\lambda u est isométrique ;

b) Tout G-morphisme uu de π\pi dans ϱ\varrho a une image fermée ;

c) Tout G-morphisme non nul vv de ϱ\varrho dans π\pi est surjectif.

Démontrons l’assertion a), qui implique l’assertion b) (lemme 8 de I, p. 107). Puisque le morphisme uu est non nul, il est injectif (lemme 2 de V, p. 378). La formule q(x,y)=⟨u(x)∣u(y)⟩q(x, y) =\langle u(x)|u(y)\rangle pour xx et yy dans F définit alors une forme sesquilinéaire continue sur F. Comme uu est un G-morphisme, on a q(π(g)x,π(g)y)=q(x,y)q(\pi (g)x, \pi (g)y) =q(x, y) pour tous gg dans G et (x,y)∈F×F(x, y)\in F\times F, donc qq est G-invariante. D’après le cor. 3, il existe α∈R+∗\alpha \in \mathbf{R}^*_+ tel que

q(x,y)=⟨u(x)∣u(y)⟩=α⟨x∣y⟩ q(x, y) =\langle u(x)|u(y)\rangle =\alpha \langle x|y\rangle

pour tout (x,y)∈F×F(x, y)\in F\times F, et donc α−1/2u\alpha^{-1/2}u est isométrique.

Démontrons enfin l’assertion c). Puisque π\pi est irréductible, l’image de vv est dense dans F (lemme 2 de V, p. 378), donc l’adjoint v∗v^* est injectif (EVT, V, p. 41, prop. 4). D’après b), l’image H de v∗v^* est un sous-espace fermé de E ; c’est donc une sous-représentation de ϱ\varrho, et v∗v^* induit par passage aux sous-espaces un G-isomorphisme de F dans H. La restriction ww de vv à H définit un G-morphisme de H dans F, qui est injectif car son noyau est l’intersection de H et de Ker(vv) =H∘= H^{\circ} (loc. cit.). L’application ww est donc un isomorphisme (corollaire 2) ; en particulier, vv est surjectif.

Corollaire 6 039B

Soient G1G_1 et G2G_2 des groupes topologiques. Soient ϱ1\varrho_1 une représentation unitaire irréductible de G1G_1 dans un espace hilbertien E1E_1 et ϱ2\varrho_2 une représentation unitaire irréductible de G2G_2 dans un espace hilbertien E2E_2. Le produit tensoriel externe ϱ1⊠ϱ2\varrho_1\boxtimes \varrho_2 est une représentation unitaire irréductible de G1×G2G_1\times G_2 dans E1⊗^2E2E_1\widehat{\otimes}_2E_2.

Le produit tensoriel externe ϱ=ϱ1⊠ϱ2\varrho =\varrho_1\boxtimes \varrho_2 est une représentation unitaire de G=G1×G2G = G_1\times G_2 dans l’espace E=E1⊗^2E2E = E_1\widehat{\otimes}_2E_2 d’après le lemme 8 de V, p. 384.

Soit qq une forme sesquilinéaire (G1×G2(G_1\times G_2)-invariante sur E. Pour tout couple (x1,y1)∈E12(x_1, y_1)\in E^2_1, l’application (x2,y2)↦q(x1⊗x2,y1⊗y2)(x_2, y_2)\mapsto q(x_1\otimes x_2, y_1\otimes y_2) appartient à SesqG2(ϱ2,ϱ2)_{G_2}(\varrho_2, \varrho_2). Notons b(x1,y1)b(x_1, y_1) l’unique nombre complexe tel que

q(x1⊗x2,y1⊗y2)=b(x1,y1)⟨x2∣y2⟩ q(x_1\otimes x_2, y_1\otimes y_2) =b(x_1, y_1)\langle x_2|y_2\rangle

pour tout (x2,y2)∈E22(x_2, y_2)\in E^2_2 (cor. 3). Soit ε∈E2\varepsilon \in E_2 de norme 1, de sorte que b(x1,y1)=q(x1⊗ε,y1⊗ε)b(x_1, y_1) =q(x_1\otimes \varepsilon , y_1\otimes \varepsilon ) pour tout (x1,y1)∈E12(x_1, y_1)\in E^2_1. Cette formule implique que l’application bb est sesquilinéaire sur E1E_1. De plus

∥b(x1,y1)∥⩽∥q∥∥x1⊗ε∥∥y1⊗ε∥=∥q∥∥x1∥∥y1∥ \|b(x_1, y_1)\|\leqslant \|q\| \|x_1\otimes \varepsilon \| \|y_1\otimes \varepsilon \|=\|q\| \|x_1\| \|y_1\|

pour tout (x1,y1)∈E12(x_1, y_1)\in E^2_1 (EVT, V, p. 26, formule (5)), donc bb est continue.

Soient g∈Gg\in G et (x1,y1)∈E12(x_1, y_1)\in E^2_1. Puisque ϱ2\varrho_2 est unitaire et que qq est invariante, il vient

b(ϱ1(g)x1,ϱ1(g)y1)=q(x1⊗ϱ2(g−1)ε,y1⊗ϱ2(g−1)ε)=b(x1,y1) b(\varrho_1(g)x_1, \varrho_1(g)y_1) =q(x_1\otimes \varrho_2(g^{-1})\varepsilon , y_1\otimes \varrho_2(g^{-1})\varepsilon ) =b(x_1, y_1)

de sorte que b∈b\in SesqG1(ϱ1,ϱ1)_{G_1}(\varrho_1, \varrho_1). Il existe donc un unique λ∈C\lambda \in \mathbf{C} tel que b(x1,y1)=λ⟨x1∣y1⟩b(x_1, y_1) =\lambda \langle x_1|y_1\rangle pour tout (x1,y1)∈E12(x_1, y_1)\in E^2_1 (cor. 3), c’est-à-dire

q(x1⊗x2,y1⊗y2)=λ⟨x1∣y1⟩⟨x2∣y2⟩ q(x_1\otimes x_2, y_1\otimes y_2) =\lambda \langle x_1|y_1\rangle \langle x_2|y_2\rangle

pour tout (x1,y1,x2,y2)∈E12×E22(x_1, y_1, x_2, y_2)\in E^2_1\times E^2_2. On en déduit que l’espace SesqG1×G2(ϱ,ϱ)_{G_1\times G_2}(\varrho , \varrho ) est de dimension 1, ce qui implique que la représentation ϱ=ϱ1⊠ϱ2\varrho =\varrho_1\boxtimes \varrho_2 est irréductible (loc. cit.).

On rappelle que U\mathbf{U} désigne le groupe des nombres complexes de module 1.

Corollaire 7 039C

Soit π\pi une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Il existe un homomorphisme continu χ\chi du centre C de G dans U\mathbf{U} tel que π(z)=χ(z)⋅1E\pi (z) =\chi (z)\cdot 1_E pour tout z∈Cz\in C. En particulier, si G est commutatif, on a dim(E) = 1.

Pour z∈Cz\in C, l’application π(z)\pi (z) appartient à HomG(π,π)_G(\pi , \pi ); elle est donc de la forme χ(z)⋅1E\chi (z)\cdot 1_E pour un certain nombre complexe χ(z)\chi (z) (prop. 6). Comme π(z)\pi (z) est une application unitaire, on a ∣χ(z)∣=1|\chi (z)|= 1. De plus, comme π\pi est un homomorphisme, l’application z↦χ(z)z\mapsto \chi (z) est un homomorphisme. Fixons v≠0v\not = 0 dans E ; l’application z↦χ(z)v=π(z)vz\mapsto \chi (z)v=\pi (z)v de C dans U\mathbf{U} est continue, et donc l’homomorphisme χ\chi est continu.

Enfin, si G est commutatif, on a C = G, donc π(g)=χ(g)⋅1E\pi (g) =\chi (g)\cdot 1_E pour tout gg dans G ; tout sous-espace de dimension 1 de E est alors une sous-représentation de π\pi, et puisque π\pi est irréductible, l’espace E doit être de dimension 1.

Définition 6 039D

Soit π\pi une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. L’homomorphisme χ\chi du centre C de G dans U\mathbf{U} tel que π(z)=χ(z)⋅1E\pi (z) =\chi (z)\cdot 1_E pour tout zz dans C est appelé le caractère central de π\pi.

Remarque 039E

Soit π\pi (resp. ϱ\varrho ) une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G (resp. H) dans un espace hilbertien E (resp. F). Notons χ\chi (resp. η\eta ) le caractère central de π\pi (resp. ϱ\varrho ). Le caractère central de la représentation π‾\overline{\pi} est χ‾\overline{\chi}, et le caractère central de la représentation unitaire irréductible π⊠ϱ\pi \boxtimes \varrho de G×HG\times H (cor. 6) est le caractère χ⊠η:(g,h)↦χ(g)η(h)\chi \boxtimes \eta : (g, h)\mapsto \chi (g)\eta (h) de G×HG\times H.

9. Semi-simplicité

Définition 7 039F

Soit ϱ\varrho une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. On dit que ϱ\varrho est semi-simple s’il existe une famille (Fi)i∈I(F_i)_{i\in I} de sous-représentations irréductibles de ϱ\varrho telle que E est la somme hilbertienne des sous-espaces FiF_i.

On dit parfois aussi qu’une représentation unitaire semi-simple admet une décomposition discrète ou est discrètement décomposable.

Si (ϱi)i∈I(\varrho_i)_{i\in I} est une famille de représentations unitaires semi-simples d’un groupe topologique G, alors la somme hilbertienne des représentations ϱi\varrho_i est semi-simple.

Proposition 7 039G

Soit G un groupe topologique et soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. La représentation ϱ\varrho est semi-simple si et seulement si toute sous-représentation non nulle de ϱ\varrho contient une sous-représentation irréductible.

Supposons que ϱ\varrho est semi-simple. Soit (Fi)i∈I(F_i)_{i\in I} une famille de sous-représentations irréductibles de ϱ\varrho telle que E est la somme hilbertienne des sous-espaces FiF_i. Soit F une sous-représentation non nulle de E. Il existe i∈Ii\in I tel que la restriction à F de l’orthoprojecteur d’image FiF_i n’est pas nulle. Cet orthoprojecteur définit alors par passage aux sous-espaces un G-morphisme non nul pip_i de F dans FiF_i (prop. 4 de V, p. 383). D’après le lemme de Schur, le G-morphisme pip_i est surjectif (cor. 5 de V, p. 388). L’orthogonal dans F du noyau de pip_i est une sous-représentation de F isomorphe à FiF_i (prop. 3 de V, p. 383), donc irréductible.

Démontrons l’assertion réciproque. Soit F\mathscr{F} l’ensemble des sous-espaces fermés F de E stables par G tels que la sous-représentation de ϱ\varrho dans F est irréductible. Soit O\mathscr{O} l’ensemble des parties G\mathscr{G} de F\mathscr{F} telles que les sous-espaces appartenant à G\mathscr{G} soient deux à deux orthogonaux.

L’ensemble O\mathscr{O} est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2). Soit alors G\mathscr{G} un élément maximal de O\mathscr{O} (E, III, p. 35, th. 1). Soit E1E_1 le sous-espace de E somme hilbertienne des sous-représentations irréductibles F de G\mathscr{G}. Si on avait E1≠EE_1\not = E, l’orthogonal de E1E_1 ne serait pas nul, et la sous-représentation de G dans E1∘E^{\circ}_1 contiendrait par hypothèse une sous-représentation irréductible. L’espace F de celle-ci serait orthogonal aux éléments de G\mathscr{G}, de sorte que G∪{F}∈O\mathscr{G}\cup \{F\} \in \mathscr{O}; cela contredit la maximalité de G\mathscr{G}, donc E=E1E = E_1, ce qui conclut la preuve.

Corollaire 1 039H

Soit G un groupe topologique et soit ϱ\varrho une représentation unitaire semi-simple de G dans un espace hilbertien complexe E. Toute sous-représentation de ϱ(\varrho (resp. toute représentation quotient de ϱ)\varrho ) est semi-simple.

Si ϱ1\varrho_1 est une sous-représentation de ϱ\varrho, alors toute sous-représentation non nulle de ϱ1\varrho_1 contient une sous-représentation irréductible (prop. 7), donc ϱ1\varrho_1 est semi-simple (loc. cit.).

D’après la prop. 3 de V, p. 383, toute représentation quotient de ϱ\varrho est isomorphe à une sous-représentation de ϱ\varrho, donc est semi-simple.

Corollaire 2 039I

Toute représentation unitaire ϱ\varrho de dimension finie d’un groupe topologique G est semi-simple.

Cela résulte de la prop. 7 et du lemme 3 de V, p. 379.

Corollaire 3 039J

Soient ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 des représentations unitaires de dimension finie d’un groupe topologique G. Les représentations ϱ1\varrho_1 et ϱ2\varrho_2 sont isomorphes si et seulement si χϱ1=χϱ2\chi_{\varrho_1}=\chi_{\varrho_2}.

Cela découle du corollaire 2 et de A, VIII, p. 389, prop. 1, b).

10. Classes de représentations unitaires

Lemme 9 039K

Soit E un espace hilbertien sur K. Soit F⊂EF\subset E un sous-espace vectoriel dense dans E. Alors la dimension hilbertienne de E est inférieure ou égale à la dimension de F.

Si E est de dimension hilbertienne finie, celle-ci est égale à la dimension de E. Supposons que E est de dimension hilbertienne infinie. Le sous-espace F est alors de dimension infinie. Soit B une base orthonormale de E et soit B′B' une base de F. Pour tout x∈Bx\in B, il existe un élément f(x)∈B′f(x)\in B' tel que ⟨x∣f(x)⟩≠0\langle x|f(x)\rangle \not = 0, puisque dans le cas contraire on aurait x∈F∘={0}x\in F^{\circ}=\{0\}. On définit ainsi une application f:B→B′f: B\rightarrow B'.

Pour tout y∈B′y\in B', l’ensemble f−1(y)\overset{-1}{f}(y) est contenu dans l’ensemble des x∈Bx\in B tels que ⟨x∣y⟩≠0\langle x|y\rangle \not = 0, donc est dénombrable (EVT, V, p. 21, prop. 4). Par E, III, p. 50, prop. 4, on obtient Card(B) = Card(f(B)f(B))⩽\leqslant Card(B′').

Notons IsG(π1,π2)Is_G(\pi_1, \pi_2) la relation

« G est un groupe topologique et π1,π2\pi_1,\pi_2 sont des représentations

unitaires isomorphes de G dans des espaces hilbertiens sur K ».

Par rapport à π1\pi_1 et π2\pi_2, il s’agit d’une relation d’équivalence. Pour toute représentation unitaire π\pi de G dans un espace hilbertien sur K, on notera cl(π\pi ) la classe d’équivalence de π(\pi (cf. E, II, p. 47) ; c’est donc une représentation unitaire de G isomorphe à π\pi; on dit que cl(π\pi ) est la classe de π\pi. Des représentations unitaires π1\pi_1 et π2\pi_2 dans des espaces hilbertiens sur K sont isomorphes si et seulement si cl(π1\pi_1) == cl(π2\pi_2).

Soit G un groupe topologique. Soit c\mathfrak{c} un cardinal. La relation

« λ\lambda est une classe de représentation unitaire de G dans

un espace hilbertien complexe de dimension hilbertienne ⩽c\leqslant \mathfrak{c} »

est collectivisante en λ\lambda (E, II, p. 3). En effet, tout espace hilbertien sur K de dimension ⩽c\leqslant \mathfrak{c} est isométriquement isomorphe à un sous-espace hilbertien de ℓ2(c)\ell^2(\mathfrak{c}) (EVT, V, p. 23, cor. 2), et l’assertion résulte alors de E, II, p. 47.

Soit π\pi une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E. Soit xx un élément non nul de E. Puisque π\pi est irréductible, le vecteur xx est un vecteur cyclique de π\pi, ce qui implique que la dimension hilbertienne de E est ⩽\leqslant Card(G) (lemme 9, appliqué au sous-espace dense engendré par les éléments π(g)x\pi (g)x pour g∈Gg\in G). Les classes des représentations unitaires irréductibles de G dans un espace hilbertien sur K appartiennent donc à l’ensemble des classes de représentations unitaires de G dans un espace hilbertien sur K de dimension hilbertienne ⩽\leqslant Card(G) ; par conséquent, elles forment un ensemble.

Définition 8 039L

On note G^\widehat{G} l’ensemble des classes de représentations unitaires irréductibles de G dans un espace hilbertien complexe. On dit que G^\widehat{G} est le dual unitaire de G.

Pour toute représentation unitaire irréductible π\pi de G dans un espace hilbertien complexe, on a donc cl(π\pi )∈G^\in \widehat{G}.

Remarque 1 039M

Supposons que G est un groupe commutatif. D’après le corollaire 7 de V, p. 390, toute représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe est de dimension 1. Si G est localement compact, l’ensemble G^\widehat{G} s’identifie à l’ensemble des caractères unitaires de G (déf. 1 de II, p. 201), et la notation G^\widehat{G} est donc compatible avec celle introduite dans la déf. 2 de II, p. 201.

Remarque 2 039N

Si G est fini, l’ensemble G^\widehat{G} est en bijection avec l’ensemble des classes de C\mathbf{C}[G]-modules simples (A, VIII, p. 47), qui est également noté G^\widehat{G} dans A, VIII, p. 396.

Remarque 3 039O

Pour π∈G^\pi \in \widehat{G}, on identifiera π‾\overline{\pi} avec la classe dans G^\widehat{G} de la représentation conjuguée de π\pi.

Remarque 4 039P

Si π\pi est une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe de dimension finie, son caractère χπ\chi_{\pi} ne dépend que de la classe de π\pi. On peut donc parler de l’ensemble des caractères des représentations unitaires irréductibles complexes de dimension finie de G.

11. Composantes isotypiques

Définition 9 039Q

Soit G un groupe topologique et soit π\pi une représentation continue irréductible de G. Soit ϱ\varrho une représentation continue de G dans un espace localement convexe séparé E. On appelle composante π\pi-isotypique de ϱ\varrho l’adhérence dans E de la somme des espaces de toutes les sous-représentations de ϱ\varrho isomorphes à π\pi. On note Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ) ce sous-espace.

L’espace Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ) est un sous-espace fermé de E, qui définit une sous-représentation de ϱ\varrho. Cet espace ne dépend que de la classe de π\pi dans G^\widehat{G}.

Proposition 8 039R

Soit G un groupe topologique. Soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E.

a) Soient π1\pi_1 et π2\pi_2 des représentations unitaires irréductibles non isomorphes de G. Les sous-espaces Mπ1(ϱ)M_{\pi_1}(\varrho ) et Mπ2(ϱ)M_{\pi_2}(\varrho ) sont orthogonaux ;

b) Soient ϱ′\varrho ' une représentation unitaire de G et uu un G-morphisme de ϱ\varrho dans ϱ′\varrho '. Pour toute représentation unitaire irréductible π\pi de G, on a u(Mπ(ϱ))⊂Mπ(ϱ′)u(M_{\pi}(\varrho ))\subset M_{\pi}(\varrho ').

Soient E1E_1 et E2E_2 des sous-espaces de E définissant des sous-représentations isomorphes à π1\pi_1 et π2\pi_2 respectivement. L’orthoprojecteur de E d’image E2E_2 définit par passage aux sous-espaces un élément de HomG(π1,π2)_G(\pi_1, \pi_2), qui est nul (cor. 2 de V, p. 387), ce qui démontre que E2E_2 est orthogonal à E1E_1. Cela implique l’assertion a).

Pour l’assertion b), notons que Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ) est, par définition, l’adhérence dans E de l’espace engendré par les éléments x∈Ex\in E appartenant à un sous-espace fermé F⊂EF\subset E stable par ϱ\varrho tel que la sous-représentation ϱF\varrho_F de ϱ\varrho dans F soit isomorphe à π\pi. Il suffit donc de démontrer que, dans ce cas, on a u(x)∈Mπ(ϱ′)u(x)\in M_{\pi}(\varrho '). Soit H=u(F)H =u(F); c’est un sous-espace fermé de l’espace de ϱ′\varrho ' (cor. 5 de V, p. 388) stable par ϱ′\varrho ' et uu induit par passage aux sous-espaces un G-morphisme surjectif de F dans H. Si H n’est pas nul, alors ce G-morphisme est un isomorphisme d’après le corollaire 2 de V, p. 387. La représentation de G sur H est donc alors isomorphe à π\pi, d’où il résulte que u(x)u(x) appartient à Mπ(ϱ′)M_{\pi}(\varrho ').

Pour tout espace vectoriel H et toute famille (Hi)i∈I(H_i)_{i\in I} de sous-espaces de H, on dit que les espaces (Hi)i∈I(H_i)_{i\in I} sont en somme directe si la famille (Hi)i∈I(H_i)_{i\in I} vérifie les conditions équivalentes de la prop. 11 de A, II, p. 18.

Proposition 9 039S

Soit G un groupe topologique et soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. Soit π\pi une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe EπE_{\pi}. Notons vv l’application linéaire de HomG(π,ϱ)⊗Eπ_G(\pi , \varrho )\otimes E_{\pi} dans E telle que v(u⊗x)=u(x)v(u\otimes x) =u(x) pour tout (u,x)∈(u, x)\in HomG(π,ϱ)×Eπ_G(\pi , \varrho )\times E_{\pi}.

L’application linéaire vv est injective et son image est la somme des espaces de toutes les sous-représentations de ϱ\varrho qui sont isomorphes à π\pi. En particulier, l’image de vv est dense dans Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ).

Le cor. 5 de V, p. 388 implique que l’image de vv est la somme des espaces de toutes les sous-représentations de ϱ\varrho qui sont isomorphes à π\pi.

Démontrons que vv est injective. Soit (ui)i∈I(u_i)_{i\in I} une base de l’espace vectoriel HomG(π,ϱ)_G(\pi , \varrho ). Pour i∈Ii\in I, notons FiF_i l’image de uiu_i et u~i:Eπ→Fi\widetilde{u}_i: E_{\pi}\rightarrow F_i le G-isomorphisme déduit de uiu_i par passage aux sous-espaces.

Démontrons d’abord, par récurrence sur le cardinal d’un sous-ensemble fini J de I, que les sous-espaces (Fi)i∈J(F_i)_{i\in J} sont en somme directe.

Le cas où J est vide est immédiat. Supposons que J n’est pas vide et que la propriété demandée vaut pour les sous-ensembles de I de cardinal au plus Card(J) −1-1.

Soit jj un élément fixé de J. L’hypothèse de récurrence implique que les sous-espaces FiF_i pour i∈J−{j}i\in J-\{j\} sont en somme directe. Soit F′F' leur somme ; il suffit maintenant de démontrer que Fj∩F′={0}F_j\cap F'=\{0\}.

Supposons que l’intersection de FjF_j et de F′F' ne soit pas réduite à 0 ; cette intersection est une sous-représentation de FjF_j, et comme celle-ci est irréductible, on a donc Fj∩F′=FjF_j\cap F'= F_j, d’où Fj⊂F′F_j\subset F'.

Pour i∈J−{j}i\in J-\{j\}, notons pri:F′→Fi_i: F'\rightarrow F_i la projection et ιi:Fi→F′\iota_i: F_i\rightarrow F' l’inclusion. On a un isomorphisme canonique

HomG(Fj,F′)→⨁i∈J−{j}_G(F_j,F')\rightarrow \bigoplus_{i\in J-\{j\}} HomG(Fj,Fi)_G(F_j,F_i)

(formule (1), p. 377) tel que u:Fj→F′u: F_j\rightarrow F' a pour image la famille (pri∘u_i\circ u)i∈J−{j}_{i\in J-\{j\}} (A, II, p. 13, cor. 1). Le corollaire 2 de V, p. 387 implique que u~i∘u~j−1\widetilde{u}_i\circ \widetilde{u}^{-1}_j, qui est non nul, est une base de l’espace HomG(Fj,Fi)_G(F_j,F_i). Par conséquent, la famille des G-morphismes (ιi∘u~i∘u~j−1)i∈J−{j}(\iota_i\circ \widetilde{u}_i\circ \widetilde{u}^{-1}_j)_{i\in J-\{j\}} est une base de HomG(Fj,F′)_G(F_j,F').

Notons ι\iota l’inclusion de FjF_j dans F′F'; c’est un élément de HomG(Fj,F′)_G(F_j,F'), donc c’est une combinaison linéaire des G-morphismes ιi∘u~i∘u~j−1\iota_i\circ \widetilde{u}_i\circ \widetilde{u}^{-1}_j pour i∈J−{j}i\in J-\{j\}. Il en résulte que uju_j est combinaison linéaire des applications uiu_i pour i≠ji\not =j, ce qui contredit l’indépendance linéaire de la famille (ui)i∈I(u_i)_{i\in I}. L’assertion est donc démontrée par récurrence.

Démontrons maintenant que vv est injective. Soit ww un élément de HomG(π,ϱ)⊗Eπ_G(\pi , \varrho )\otimes E_{\pi}. Il existe une unique famille (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} dans EπE_{\pi} à support fini telle que

w=∑i∈Iui⊗xi w=\sum_{i\in I}u_i\otimes x_i

(A, II, p. 62, cor. 1) et on a alors

v(w)=∑i∈Iui(xi) v(w) =\sum_{i\in I}u_i(x_i)

D’après ce qui précède, la condition v(w)=0v(w) = 0 implique donc que ui(xi)=0u_i(x_i) = 0 pour tout i∈Ii\in I, d’où xi=0x_i= 0 pour tout ii puisque uiu_i est injectif, et donc w=0w= 0.

Proposition 10 039T

Soit G un groupe topologique. Soit π\pi une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe EπE_{\pi} et soit ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E.

Il existe des familles (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} de sous-espaces fermés invariants de E tels que la sous-représentation de ϱ\varrho dans EiE_i soit isomorphe à π\pi pour tout i∈Ii\in I et telle que Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ) soit la somme hilbertienne des espaces EiE_i. De plus, le cardinal de I est indépendant de la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} vérifiant ces propriétés.

Démontrons l’existence de familles vérifiant les conditions indiquées. Soit O\mathscr{O} l’ensemble des parties C de HomG(π,ϱ)−{0}_G(\pi , \varrho )-\{0\} telles que les sous-espaces u(Eπ)u(E_{\pi}) pour u∈Cu\in C soient deux à deux orthogonaux. L’ensemble O\mathscr{O} est ordonné par l’inclusion. Il est non vide car la partie vide est en un élément, et il est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2) puisque C appartient à O\mathscr{O} si et seulement si les ensembles contenant deux éléments de C appartiennent à O\mathscr{O}. D’après E, III, p. 35, th. 1, il existe un élément maximal C de O\mathscr{O}. Soit F l’adhérence du sous-espace engendré par les espaces u(Eπ)u(E_{\pi}) pour u∈Cu\in C; c’est la somme hilbertienne des espaces u(Eπ)u(E_{\pi}) pour u∈Cu\in C. Nous allons démontrer que F=Mπ(ϱ)F = M_{\pi}(\varrho ), ce qui démontrera que la famille (u(Eπ))π∈C(u(E_{\pi}))_{\pi\in C} a les propriétés demandées.

Par définition, u(Eπ)⊂Mπ(ϱ)u(E_{\pi})\subset M_{\pi}(\varrho ) pour tout u∈Cu\in C, donc F est contenu dans Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ). Pour démontrer l’inclusion réciproque, il suffit de démontrer que si vv est un G-morphisme de π\pi dans ϱ\varrho, alors son image est contenue dans F. Soit pp l’orthoprojecteur de E d’image F∘F^{\circ}; c’est un G-morphisme, puisque F est une sous-représentation de E (prop. 4 de V, p. 383). L’image du G-morphisme p∘vp\circ v est orthogonale à F ; elle est donc nulle (sinon C∪{p∘v}∈OC\cup \{p\circ v\} \in \mathscr{O}, ce qui contredit la maximalité de C), et par conséquent l’image de vv est contenue dans F.

Soient maintenant (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} et (Fj)j∈J)(F_j)_{j\in J}) des familles de sous-espaces fermés invariants de E, deux à deux orthogonaux, tels que la sous-représentation de G dans EiE_i (resp. dans FjF_j) est isomorphe à π\pi pour tout i∈Ii\in I (resp. pour tout j∈Jj\in J), et telles que Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ) est somme hilbertienne de la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} et de la famille (Fj)j∈J(F_j)_{j\in J}.

Si I est fini, alors

dim HomG(π,Mπ(ϱ))=_G(\pi ,M_{\pi}(\varrho )) = dim HomG(Eπ,⨁i∈IEi)=_G(E_{\pi},\bigoplus_{i\in I}E_i)= Card(I)

(formule (1) de V, p. 377 et cor. 2 de V, p. 387). Pour tout sous-ensemble fini L de J, on a alors

Card(L) = dim HomG(Eπ,⨁i∈LFj)_G(E_{\pi},\bigoplus_{i\in L}F_j)

⩽\leqslant dim HomG(π,Mπ(ϱ))=_G(\pi ,M_{\pi}(\varrho )) = Card(I)

(loc. cit.). Cela démontre que J est alors fini et que Card(I) = Card(J), comme désiré. De même, si J est fini, alors I est fini et a le même cardinal.

Supposons maintenant que I et J sont infinis. Pour j∈Jj\in J, notons pjp_j l’orthoprojecteur de E d’image FjF_j. Pour i∈Ii\in I, soit xix_i un élément non nul de EiE_i; c’est un vecteur cyclique de EiE_i. Observons que puisque pjp_j induit par passage aux sous-espaces un G-morphisme de EiE_i dans FjF_j, l’espace pj(Ei)p_j(E_i) est nul si et seulement si pj(xi)=0p_j(x_i) = 0 (en effet, l’espace Ei∩E_i\capKer(pjp_j) est soit nul, soit égal à EiE_i).

Pour tout j∈Jj\in J, il existe un élément f(j)∈If(j)\in I tel que pj(Ef(j))p_j(E_{f(j)}) ne soit pas réduit à 0 (dans le cas contraire, l’orthoprojecteur pjp_j serait nul sur Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho )). On a ainsi défini une application ff de J dans I. Pour

−1-1

tout i∈Ii\in I, l’ensemble f(i)f(i) est dénombrable. En effet, cet ensemble est contenu dans l’ensemble des j∈Jj\in J tels que pj(Ei)p_j(E_i) est non nul, c’est-à-dire tels que pj(xi)≠0p_j(x_i)\not = 0. Or (EVT, V, p. 20, cor. 2), on a

∑j∈J∥pj(xi)∥2=∥xi∥2 \sum_{j\in J}\|p_j(x_i)\|^2=\|x_i\|^2

donc l’ensemble des j∈Jj\in J tels que pj(xi)≠0p_j(x_i)\not = 0 est dénombrable. D’après E, III, p. 50, prop. 4, on conclut que Card(J) = Card(f(J)f(J))⩽\leqslant Card(I). En inversant les rôles de I et J, on conclut que Card(I) = Card(J).

Corollaire 039U

Soient G un groupe topologique et ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. La somme hilbertienne des composantes π\pi-isotypiques de G pour π∈G^\pi \in \widehat{G} est la plus grande sous-représentation semi-simple de ϱ\varrho.

En effet, les composantes π\pi-isotypiques de G pour π∈G^\pi \in \widehat{G} sont deux à deux orthogonales (prop. 8, a)), et chacune est semi-simple (prop. 10, a)), donc la somme hilbertienne F des espaces Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ) pour π∈G^\pi \in \widehat{G} définit une sous-représentation semi-simple de ϱ\varrho. Comme par ailleurs toute sous-représentation irréductible de ϱ\varrho est une sous-représentation d’une composante isotypique de ϱ\varrho, le corollaire en résulte.

Définition 10 039V

Soit G un groupe topologique. Soient ϱ\varrho une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E et π\pi une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe.

On appelle multiplicité de π\pi dans ϱ\varrho le cardinal de l’ensemble I pour toute famille (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} de sous-espaces fermés de E stables par G tels que la sous-représentation de ϱ\varrho induite dans EiE_i soit isomorphe à π\pi pour tout I et telle que Mπ(ϱ)M_{\pi}(\varrho ) soit la somme hilbertienne des sous-espaces EiE_i.

Si la multiplicité de π\pi dans ϱ\varrho est finie, alors elle est égale à la dimension de l’espace HomG(π,ϱ)_G(\pi , \varrho ) (resp. à la dimension de HomG(ϱ,π)_G(\varrho , \pi )) d’après la formule (1) de V, p. 377 et le corollaire 2 de V, p. 387. Ce n’est pas toujours le cas en général.

Remarque 039W

Il est possible qu’une représentation unitaire ϱ\varrho soit non nulle mais que toutes les composantes isotypiques de ϱ\varrho relatives à toutes les représentations irréductibles de G soient nulles (cf. V, p. 426, remarque).

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.