§ 1. Représentations unitaires
Dans ce paragraphe, les espaces vectoriels sont sur ou .
Rappelons qu’une représentation linéaire d’un groupe G dans un K-espace vectoriel E est un homomorphisme de G dans le groupe des automorphismes de E (A, VIII, p. 387, déf. 1). On dit que E est l’espace de la représentation , et que la dimension de E est la dimension de , que l’on note aussi dim( ).
On peut identifier une représentation de G dans un K-espace vectoriel à un K[G]-module (loc. cit.), et on utilisera la terminologie correspondante, par exemple concernant les sommes directes de représentations, les morphismes de représentations ou la représentation sur obtenue à partir d’une représentation dans un -espace vectoriel par extension des scalaires.
Une représentation est dite fidèle si c’est un homomorphisme injectif.
On prendra garde que cela ne signifie pas que le K[G]-module associé à est un K-module fidèle (A, II, p. 28).
Le caractère d’une représentation de G dans un K-espace vectoriel de dimension finie est l’application de G dans K telle que Tr() pour tout , cf. A, VIII, p. 388.
1. Rappels concernant les représentations linéaires continues
Soit G un groupe topologique. On rappelle qu’une représentation linéaire continue de G dans un K-espace vectoriel topologique E est une représentation linéaire de G dans E telle que l’application de dans E définie par est continue (INT, VIII, p. 128, § 2, n, déf. 1). Cette application définit une action de G sur E et l’image de est contenue dans . On dit qu’une représentation continue est bornée si son image est bornée dans l’espace muni de la topologie de la convergence bornée.
Remarque 038J
Si et si est une représentation linéaire continue de G dans un -espace vectoriel E, alors l’application est une représentation linéaire continue de G dans ; si est bornée, alors est bornée.
Pour tout K-espace vectoriel topologique E, l’homomorphisme qui à tout associe est une représentation linéaire continue de G dans E, appelée représentation triviale de G dans E.
Soit H un sous-groupe de G. La restriction de à H est une représentation linéaire continue de H dans E, notée Res.
Soient et des représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques et . Un G-morphisme de dans est un morphisme de représentations linéaires qui est continu, c’est-à-dire une application linéaire continue telle que pour tout . On note Hom l’espace vectoriel des G-morphismes de dans . C’est un sous-espace fermé de l’espace muni de la topologie de la convergence simple.
Soit une représentation linéaire continue d’un groupe G dans un K-espace vectoriel topologique E. L’application identique de E est un G-morphisme de dans , qui est noté . Si et sont des représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques respectivement, et si et sont des G-morphismes, alors est un G-morphisme.
Un G-morphisme de dans est un G-isomorphisme s’il existe un G-morphisme de dans tel que et . Il faut et il suffit pour cela que soit un G-morphisme et un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de l’espace de dans l’espace de ; son inverse est en effet alors un G-morphisme. S’il existe un G-isomorphisme de dans , on dit que ces représentations sont isomorphes.
Définition 1 038K
Soit une représentation linéaire continue d’un groupe topologique G dans un espace vectoriel topologique E. Une représentation linéaire continue de G dans F est une sous-représentation de si F est un sous-espace fermé de E et si, pour tout , l’espace F est stable par et est l’endomorphisme de F déduit de par passage aux sous-espaces.
Soit une représentation linéaire continue d’un groupe topologique G dans un espace vectoriel topologique E. L’adhérence de dans E est une sous-représentation de . Plus généralement, l’adhérence d’un sous-espace stable par les endomorphismes est une sous-représentation de .
Une sous-représentation de est déterminée de manière unique par un sous-espace fermé F, stable par tous les endomorphismes . Cette dernière condition sera souvent énoncée sous la forme « F est un sous-espace G-invariant de E ». On dira alors aussi que F définit une sous-représentation de , ou parfois, par abus de langage, que F est une sous-représentation de , ou de E.
Soit F un sous-espace de E définissant une sous-représentation de . Pour tout , l’application linéaire définit, par passage au quotient, un endomorphisme de . L’application est une représentation linéaire continue de G dans et la projection canonique de E dans est un G-morphisme. On dit que est la représentation quotient de G sur ; on la note aussi .
Le sous-espace des éléments de E invariants par l’action de G est une sous-représentation triviale de . On la note ou bien .
Soit A un sous-ensemble de E. Le sous-espace fermé F engendré par les éléments , où et , est une sous-représentation de , dite sous-représentation de engendrée par A ; si F = E, on dit que A engendre . Si la sous-représentation F est de dimension finie, on dit que le sous-ensemble A est G-fini.
Supposons que A est réduit à un seul élément . Si A engendre , on dit que est un vecteur cyclique de et que est une représentation cyclique ; on dit que est un vecteur G-fini si A est G-fini.
L’ensemble des vecteurs G-finis de est un sous-espace vectoriel de E stable par ; il n’est pas nécessairement fermé.
Soit une famille de représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques localement convexes . Soit E l’espace somme directe des espaces . L’application est une représentation linéaire de G dans E, dite somme, ou somme directe, des représentations . Si I est fini, elle est continue.
Si les représentations sont égales à une représentation pour tout , on dit que la somme directe des représentations est la somme de Card(I) copies de la représentation , et on la note aussi , ou bien Card(I) .
Soient et des familles finies de représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques et , respectivement. L’isomorphisme canonique de K-espaces vectoriels
Hom Hom (A, II, p. 13, cor. 1) induit, par passage aux sous-espaces, un isomorphisme
(1) Hom Hom
qui est également dit canonique.
Soient et des représentations linéaires de G dans des K-espaces vectoriels topologiques et . Pour et , on pose . L’application est une représentation linéaire de G dans . L’espace des éléments invariants de cette représentation coïncide avec Hom.
Soit une représentation linéaire continue de G dans un espace localement convexe E. Rappelons (INT, VIII, p. 131, § 2, n) que la représentation contragrédiente de est la représentation linéaire de G dans le dual de E définie par .
2. Un critère de continuité
Le résultat suivant permet de vérifier que certaines représentations linéaires d’un produit direct de groupes topologiques sont continues.
Lemme 1 038L
Soient G et H des groupes topologiques et E un espace de Banach. Soient une représentation bornée de G dans E et une représentation bornée de H dans E. Supposons que est permutable à pour tout . L’application de dans définie par est une représentation linéaire continue et bornée de dans E.
L’application est une représentation linéaire de dans E ; vérifions qu’elle est continue. Comme pour tout , la représentation est bornée, donc son image est équicontinue dans . Il suffit alors de démontrer que, pour tout , l’application est continue (remarque 2 de INT, VIII, p. 129, § 2, n). Soit . Posons . Pour tout , il vient
Puisque est bornée et que et sont continues, cela implique l’assertion.
3. Représentations continues de dimension finie
Soit une représentation linéaire continue d’un groupe topologique G dans un K-espace vectoriel topologique séparé E de dimension finie. On munit de son unique structure d’espace vectoriel topologique séparé sur K ; le morphisme est alors continu puisque la topologie de est induite par la topologie de (E), qui coïncide avec la topologie de la convergence simple (EVT, I, p. 14, th. 2). Par conséquent, le caractère de est continu. Si G est un groupe de Lie réel, alors le caractère de est une fonction analytique sur G (LIE, III, p. 225, § 8, n, th. 1). La représentation contragrédiente est également continue lorsque est muni de son unique topologie d’espace vectoriel topologique séparé sur K. De plus, pour tout entier , les représentations et loc. cit.) sont continues, lorsque les espaces correspondants sont munis de leurs topologies d’espaces vectoriels topologiques séparés sur K.
Soient et des représentations continues d’un groupe topologique G dans des espaces vectoriels topologiques séparés et de dimension finie. La représentation linéaire de G dans (LIE, III, p. 256, Appendice) est continue, l’espace étant muni de sa topologie d’espace vectoriel topologique séparé sur K.
4. Représentations irréductibles
Dans ce numéro, G est un groupe topologique.
Définition 2 038M
Une représentation de G dans un K-espace vectoriel topologique E est dite irréductible si n’est pas dense dans E et si les seules sous-représentations de sont et la représentation dans l’adhérence de .
Si est une représentation irréductible de G dans un espace vectoriel topologique séparé E, alors tout élément non nul de E est un vecteur cyclique pour .
Lemme 2 038N
Soient et des représentations linéaires continues de G dans des K-espaces vectoriels topologiques séparés. On suppose que est irréductible. Tout G-morphisme non nul de dans est injectif et tout G-morphisme non nul de dans est d’image dense.
En particulier, si et sont irréductibles et de dimension finie, alors tout G-morphisme non nul de dans est un isomorphisme.
Puisque l’espace de est séparé, le noyau d’un G-morphisme de dans est fermé, et induit une sous-représentation de . Si le morphisme n’est pas nul, son noyau doit donc être réduit à 0, puisque est une représentation irréductible dans un espace vectoriel topologique séparé. Similairement, l’adhérence de l’image d’un G-morphisme non nul de dans est une sous-représentation non nulle de , donc est égale à l’espace de .
La dernière assertion découle de ce qui précède.
Lemme 3 038O
Soit une représentation linéaire continue de G dans un K-espace vectoriel topologique séparé E de dimension finie. Si E est non nul, alors il existe une sous-représentation irréductible de .
Puisque E est de dimension finie et non nul, il existe un sous-espace G-invariant F de E qui est non nul et de dimension minimale. Ce sous-espace est fermé dans E et définit une sous-représentation de E ; toute sous-représentation de F est aussi une sous-représentation de E, et la représentation F est donc irréductible par minimalité.
Remarque 038P
Une représentation non nulle E de G ne contient pas toujours de sous-représentation irréductible (cf. V, p. 426, remarque). On verra cependant que c’est le cas si G est compact et si et si E est un espace localement convexe séparé quasi-complet et non nul sur K (prop. 7 de V, p. 464).
5. Représentations unitaires
Définition 3 038Q
Soient G un groupe topologique et E un espace hilbertien sur K. Une représentation unitaire de G dans E est une représentation linéaire continue de G dans E telle que, pour tout dans G, l’endomorphisme de E soit un endomorphisme unitaire (EVT, V, p. 40) de E.
Autrement dit, une représentation unitaire est une représentation isométrique dans un espace hilbertien. En particulier, une représentation unitaire est bornée.
La représentation triviale d’un groupe topologique dans un espace hilbertien est unitaire. Toute sous-représentation d’une représentation unitaire est unitaire. La restriction à un sous-groupe d’une représentation unitaire est unitaire.
Définition 4 038R
Soit G un groupe topologique et soient et des représentations unitaires de G dans des espaces hilbertiens E et F respectivement. Une forme sesquilinéaire G-invariante sur est une forme sesquilinéaire continue sur telle que
pour tout et tout .
L’espace vectoriel des formes sesquilinéaires G-invariantes sur est noté Sesq ou Sesq.
Exemple 038S
Soit G un groupe topologique et soit une représentation unitaire de G dans E. Le produit scalaire sur E est une forme sesquilinéaire G-invariante sur .
Lemme 4 038T
Soit G un groupe topologique et soit un homomorphisme de G dans le groupe unitaire d’un espace hilbertien E. Alors est une représentation unitaire de G si et seulement si est continue en l’élément de G pour la topologie de la convergence simple sur . Il suffit que cette propriété soit valide pour tout dans un sous-ensemble total de E.
La condition est évidemment nécessaire. Elle est suffisante d’après la remarque 2 de INT, VIII, p. 129, § 2, n, puisque l’image de est équicontinue dans et puisque la continuité de l’application en implique sa continuité sur G.
Soit G un groupe topologique. Si et sont des représentations unitaires de G et si appartient à Hom, alors appartient à Hom. En effet, puisque et sont des représentations unitaires, on a pour tout
Lemme 5 038U
Soit G un groupe topologique et soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. L’espace Hom est une sous-algèbre stellaire unifère de .
Ce qui précède montre que Hom est une sous-algèbre unifère et auto-adjointe de . Puisqu’elle est fermée dans (E), c’est une sous-algèbre stellaire de .
Lemme 6 038V
Soient et des représentations unitaires d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens E et F respectivement. Soit D un sous-espace dense de E qui est stable par . Soit un opérateur partiel fermé de E dans F de domaine D tel que pour tout . Alors le domaine de est stable par et on a la relation pour tout .
Soient et dom(). Pour tout dom(), on a
puisque . Cela démontre que dom() et que . En particulier, le domaine de contient le domaine de , et .
Mais de plus, si dom(), alors appartient à dom() d’après ce qui précède appliqué à . On conclut que .
Proposition 1 038W
Soient et des représentations unitaires d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens et . L’application de Hom dans Sesq qui à associe la forme sesquilinéaire définie par est un isomorphisme d’espaces vectoriels.
Si est un G-morphisme, alors on a
pour tout et tout , donc l’application indiquée est une application linéaire de Hom dans Sesq. D’après EVT, V, p. 16, cor. 2, elle est injective.
Réciproquement, soient une forme sesquilinéaire G-invariante et l’unique application linéaire de dans telle que pour tout loc. cit.). Pour tout dans G et tout dans , on a
donc . Par conséquent, Hom. La proposition en résulte.
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Si , notons l’espace conjugué de E (EVT, V, p. 6). Si , posons . La représentation conjuguée est la représentation de G dans définie par pour tout . C’est une représentation unitaire de G ; par définition, un sous-espace de est une sous-représentation de si et seulement si c’est une sous-représentation de E.
Proposition 2 038X
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Notons l’isomorphisme isométrique de dans qui à associe la forme linéaire .
a) L’application est un isomorphisme de la représentation conjuguée dans la représentation contragrédiente ;
b) Munissons de la structure d’espace hilbertien obtenue par transport de structure à l’aide de ; la représentation contragrédiente est une représentation unitaire de G dans .
D’après EVT, V, p. 15, th. 3 et remarque suivante, l’application est un isomorphisme isométrique.
Pour tout dans G, tout dans et tout dans E, on a
donc , ce qui démontre a) ; l’assertion b) en découle aussitôt.
Corollaire 038Y
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) La représentation est irréductible ;
(ii) La représentation contragrédiente est irréductible ;
(iii) La représentation conjuguée est irréductible.
Cela résulte de la proposition 2, et de la remarque précédant celle-ci concernant les sous-représentations de E.
Proposition 3 038Z
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Soit une sous-représentation de E et F l’espace de . L’orthogonal de F dans E est une sous-représentation de E telle que et est isomorphe à .
L’espace est fermé. Pour tout , tout et tout , on a puisque est unitaire et que F est une sous-représentation. Donc .
La projection canonique de E sur est un G-morphisme, donc l’application de dans qui s’en déduit par passage au sous-espace est un G-morphisme de dans ; d’après EVT, V, p. 13, c’est un isomorphisme isométrique.
On notera également la représentation de G dans .
Proposition 4 0390
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Un sous-espace fermé F de E est une sous-représentation de si et seulement si l’orthoprojecteur de E d’image F est un G-morphisme de dans .
Supposons que F est une sous-représentation de . Soit et écrivons où . Pour tout dans G, on a
et comme appartient à F et à (prop. 3), on a . Donc appartient à Hom.
Réciproquement, si Hom alors est un G-morphisme, donc F = Ker(1) est une sous-représentation de .
6. Somme directe hilbertienne et produit tensoriel de représentations unitaires
Soit G un groupe topologique. Soit une famille de représentations unitaires de G dans des espaces hilbertiens . Soit E l’espace somme hilbertienne externe des (EVT, V, p. 18, déf. 1). Pour tout dans G et pour tout dans E, on a
ce qui prouve que est dans E et a même norme que . Ainsi l’élément est un élément unitaire de .
Lemme 7 0391
L’application est une représentation unitaire de G dans E.
D’après le lemme 4 de V, p. 380, il suffit de démontrer que pour tout dans I et tout dans , l’application est continue en l’élément neutre de G. Cette application est la composition de l’application continue et de l’injection canonique de dans E. Elle est donc continue.
La représentation est appelée somme hilbertienne des représentations unitaires ; on la note .
Soient G et H des groupes topologiques. Soit (resp. ) une représentation unitaire de G (resp. H) dans un espace hilbertien (resp. ). Soit l’espace hilbertien produit tensoriel de et (EVT, V, p. 28, déf. 1). Pour , soit l’endomorphisme continu de E (EVT, V, p. 28) ; on le notera simplement lorsqu’aucune ambiguïté ne sera à craindre.
Lemme 8 0392
a) L’application est une représentation unitaire de dans E ;
b) Pour toute base orthonormale de , l’application de la somme hilbertienne dans E définie par est un H-isomorphisme isométrique de la somme hilbertienne dans Res;
c) Pour toute base orthonormale de , l’application de la somme hilbertienne dans E définie par est un G-isomorphisme isométrique de la somme hilbertienne dans Res.
L’application est un homomorphisme de G dans cf. EVT, V, p. 28, n. Soit une base orthonormale de . D’après EVT, V, p. 29, prop. 3 et cor. 2, l’application
est une isométrie de la somme hilbertienne sur E. Par le truchement de cette isométrie, la représentation de H dans E s’identifie à la représentation somme directe des représentations dans . En particulier, c’est une représentation unitaire de H dans E (lemme 7). De même, l’homomorphisme est une représentation unitaire de G dans E.
Soit . On a , donc est unitaire ; de plus, et sont permutables, donc le lemme 1 de V, p. 377 implique que est une représentation unitaire de .
Enfin, les assertions concernant la restriction de aux sous-groupes et ont été obtenues au cours de l’argument précédent.
La représentation de est appelée produit tensoriel externe des représentations unitaires et , et notée .
Soit et soit une famille finie de groupes topologiques. Soit une représentation unitaire de dans un espace hilbertien pour . On définit de même une représentation
de dans l’espace hilbertien (EVT, V, p. 27).
Supposons que pour . Soit l’homomorphisme défini par pour tout . On note la représentation unitaire de G. On dit que c’est le produit tensoriel des représentations unitaires .
Pour toute permutation de , l’isomorphisme canonique
(EVT, V, p. 28) est un isomorphisme isométrique
de représentations de G.
Si pour , où est une représentation unitaire de G, on note aussi la représentation produit tensoriel des , et on dit que c’est la puissance tensorielle de .
7. Coefficients matriciels
Définition 5 0393
Soit G un groupe topologique et soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien E. Soient et des éléments de E. La fonction de G dans K donnée par est appelée un coefficient matriciel de , ou une fonction représentative. Si , on dit que c’est un coefficient matriciel diagonal. Si est de dimension finie, on dit que c’est un coefficient matriciel de dimension finie.
Les coefficients matriciels de sont des fonctions continues et bornées sur G. On note Υ(G) (resp. Θ(G)) l’ensemble des coefficients matriciels de représentations unitaires complexes (resp. complexes et de dimension finie) de G.
Proposition 5 0394
Soit G un groupe topologique. Les ensembles Θ(G) et Υ(G) sont des sous-algèbres involutives unifères de .
La fonction constante 1 est un coefficient matriciel de la représentation triviale de G sur . Soit une représentation unitaire de G et soient et des vecteurs de l’espace de . Pour tout et tout , on a . De plus, on a
pour tout . Par conséquent, les ensembles Θ(G) et Υ(G) sont stables par multiplication par des scalaires et par conjugaison.
Soient et des représentations unitaires de G ; soient des vecteurs de l’espace de et des vecteurs de l’espace de . Pour tout , on a alors
ce qui prouve que Θ(G) et Υ(G) sont stables par addition et par produit. La proposition en résulte.
8. Le lemme de Schur
Dans ce numéro, les espaces hilbertiens sont complexes.
Proposition 6 (Lemme de Schur) 0395
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien non nul E. Alors est irréductible si et seulement si Hom est égal à .
L’espace Hom est une sous-algèbre stellaire unifère de (lemme 5 de V, p. 380). Pour toute sous-représentation F de E, le projecteur orthogonal d’image F est un élément idempotent de l’algèbre stellaire Hom (prop. 4 de V, p. 383). Si celle-ci est égale à , cela signifie que ou , ce qui veut dire que F = 0 ou F = E. Donc est irréductible.
Réciproquement, supposons irréductible. Soient et des éléments permutables de l’algèbre stellaire Hom tels que . Supposons non nul. Le noyau F de définit alors une sous-représentation de différente de E, donc F est réduit à 0 ; comme F contient l’image de , on en déduit que . D’après la proposition 10 de I, p. 113, on a donc Hom.
Corollaire 1 0396
Soit une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Soit un opérateur partiel fermé sur E. On suppose que est à domaine dense, que dom() est stable par et que pour tout . Alors dom() et est une homothétie.
L’opérateur partiel est un opérateur partiel auto-adjoint positif sur E (prop. 12 de IV, p. 241), il en est de même pour et ce dernier est injectif puisque Sp() (prop. 17 de IV, p. 248). On a pour tout (lemme 6 de V, p. 381), d’où pour tout . Comme est injectif, il en résulte que pour tout . Mais appartient à (E), donc d’après la prop. 6, il existe tel que . On a nécessairement , ce qui implique que E = Im() dom() dom(), d’où dom() . Comme est fermé, on a (EVT, I, p. 19, cor. 5), donc Hom et est une homothétie d’après la prop. 6.
Corollaire 2 0397
Soient et des représentations unitaires irréductibles d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens E et F respectivement. L’espace Hom est de dimension 1 si est isomorphe à , et est nul sinon. En particulier, si est isomorphe à , tout G-morphisme non nul de dans est un isomorphisme.
Supposons qu’il existe un G-morphisme non nul de dans . L’application linéaire est un élément de Hom, donc il existe un nombre complexe tel que (prop. 6). On a alors
pour tous et dans E. En particulier, puisque est non nul. Comme pour tout , l’application linéaire est injective, et l’image de est fermée dans F (lemme 8 de I, p. 107) ; c’est alors une sous-représentation non nulle de la représentation irréductible , d’où on déduit que est surjective. Ainsi, est un isomorphisme de dans . L’application est alors un isomorphisme de l’espace Hom dans l’espace Hom, qui est de dimension 1 (prop. 6).
Corollaire 3 0398
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. La représentation est irréductible si et seulement si l’espace Sesq est de dimension 1. Cet espace est alors engendré par le produit scalaire sur E.
Au vu de la prop. 1 de V, p. 381, cela résulte de la prop. 6.
Corollaire 4 0399
Soient et des représentations unitaires irréductibles non isomorphes d’un groupe topologique G dans des espaces hilbertiens et . L’espace Sesq est nul.
D’après la prop. 1 de V, p. 381, cela résulte du cor. 2.
Corollaire 5 039A
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Soit une représentation irréductible unitaire de G dans un espace hilbertien F.
a) Pour tout G-morphisme non nul de dans , il existe tel que est isométrique ;
b) Tout G-morphisme de dans a une image fermée ;
c) Tout G-morphisme non nul de dans est surjectif.
Démontrons l’assertion a), qui implique l’assertion b) (lemme 8 de I, p. 107). Puisque le morphisme est non nul, il est injectif (lemme 2 de V, p. 378). La formule pour et dans F définit alors une forme sesquilinéaire continue sur F. Comme est un G-morphisme, on a pour tous dans G et , donc est G-invariante. D’après le cor. 3, il existe tel que
pour tout , et donc est isométrique.
Démontrons enfin l’assertion c). Puisque est irréductible, l’image de est dense dans F (lemme 2 de V, p. 378), donc l’adjoint est injectif (EVT, V, p. 41, prop. 4). D’après b), l’image H de est un sous-espace fermé de E ; c’est donc une sous-représentation de , et induit par passage aux sous-espaces un G-isomorphisme de F dans H. La restriction de à H définit un G-morphisme de H dans F, qui est injectif car son noyau est l’intersection de H et de Ker() (loc. cit.). L’application est donc un isomorphisme (corollaire 2) ; en particulier, est surjectif.
Corollaire 6 039B
Soient et des groupes topologiques. Soient une représentation unitaire irréductible de dans un espace hilbertien et une représentation unitaire irréductible de dans un espace hilbertien . Le produit tensoriel externe est une représentation unitaire irréductible de dans .
Le produit tensoriel externe est une représentation unitaire de dans l’espace d’après le lemme 8 de V, p. 384.
Soit une forme sesquilinéaire )-invariante sur E. Pour tout couple , l’application appartient à Sesq. Notons l’unique nombre complexe tel que
pour tout (cor. 3). Soit de norme 1, de sorte que pour tout . Cette formule implique que l’application est sesquilinéaire sur . De plus
pour tout (EVT, V, p. 26, formule (5)), donc est continue.
Soient et . Puisque est unitaire et que est invariante, il vient
de sorte que Sesq. Il existe donc un unique tel que pour tout (cor. 3), c’est-à-dire
pour tout . On en déduit que l’espace Sesq est de dimension 1, ce qui implique que la représentation est irréductible (loc. cit.).
On rappelle que désigne le groupe des nombres complexes de module 1.
Corollaire 7 039C
Soit une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. Il existe un homomorphisme continu du centre C de G dans tel que pour tout . En particulier, si G est commutatif, on a dim(E) = 1.
Pour , l’application appartient à Hom; elle est donc de la forme pour un certain nombre complexe (prop. 6). Comme est une application unitaire, on a . De plus, comme est un homomorphisme, l’application est un homomorphisme. Fixons dans E ; l’application de C dans est continue, et donc l’homomorphisme est continu.
Enfin, si G est commutatif, on a C = G, donc pour tout dans G ; tout sous-espace de dimension 1 de E est alors une sous-représentation de , et puisque est irréductible, l’espace E doit être de dimension 1.
Définition 6 039D
Soit une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. L’homomorphisme du centre C de G dans tel que pour tout dans C est appelé le caractère central de .
Remarque 039E
Soit (resp. ) une représentation unitaire irréductible d’un groupe topologique G (resp. H) dans un espace hilbertien E (resp. F). Notons (resp. ) le caractère central de (resp. ). Le caractère central de la représentation est , et le caractère central de la représentation unitaire irréductible de (cor. 6) est le caractère de .
9. Semi-simplicité
Définition 7 039F
Soit une représentation unitaire d’un groupe topologique G dans un espace hilbertien E. On dit que est semi-simple s’il existe une famille de sous-représentations irréductibles de telle que E est la somme hilbertienne des sous-espaces .
On dit parfois aussi qu’une représentation unitaire semi-simple admet une décomposition discrète ou est discrètement décomposable.
Si est une famille de représentations unitaires semi-simples d’un groupe topologique G, alors la somme hilbertienne des représentations est semi-simple.
Proposition 7 039G
Soit G un groupe topologique et soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. La représentation est semi-simple si et seulement si toute sous-représentation non nulle de contient une sous-représentation irréductible.
Supposons que est semi-simple. Soit une famille de sous-représentations irréductibles de telle que E est la somme hilbertienne des sous-espaces . Soit F une sous-représentation non nulle de E. Il existe tel que la restriction à F de l’orthoprojecteur d’image n’est pas nulle. Cet orthoprojecteur définit alors par passage aux sous-espaces un G-morphisme non nul de F dans (prop. 4 de V, p. 383). D’après le lemme de Schur, le G-morphisme est surjectif (cor. 5 de V, p. 388). L’orthogonal dans F du noyau de est une sous-représentation de F isomorphe à (prop. 3 de V, p. 383), donc irréductible.
Démontrons l’assertion réciproque. Soit l’ensemble des sous-espaces fermés F de E stables par G tels que la sous-représentation de dans F est irréductible. Soit l’ensemble des parties de telles que les sous-espaces appartenant à soient deux à deux orthogonaux.
L’ensemble est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2). Soit alors un élément maximal de (E, III, p. 35, th. 1). Soit le sous-espace de E somme hilbertienne des sous-représentations irréductibles F de . Si on avait , l’orthogonal de ne serait pas nul, et la sous-représentation de G dans contiendrait par hypothèse une sous-représentation irréductible. L’espace F de celle-ci serait orthogonal aux éléments de , de sorte que ; cela contredit la maximalité de , donc , ce qui conclut la preuve.
Corollaire 1 039H
Soit G un groupe topologique et soit une représentation unitaire semi-simple de G dans un espace hilbertien complexe E. Toute sous-représentation de resp. toute représentation quotient de est semi-simple.
Si est une sous-représentation de , alors toute sous-représentation non nulle de contient une sous-représentation irréductible (prop. 7), donc est semi-simple (loc. cit.).
D’après la prop. 3 de V, p. 383, toute représentation quotient de est isomorphe à une sous-représentation de , donc est semi-simple.
Corollaire 2 039I
Toute représentation unitaire de dimension finie d’un groupe topologique G est semi-simple.
Cela résulte de la prop. 7 et du lemme 3 de V, p. 379.
Corollaire 3 039J
Soient et des représentations unitaires de dimension finie d’un groupe topologique G. Les représentations et sont isomorphes si et seulement si .
Cela découle du corollaire 2 et de A, VIII, p. 389, prop. 1, b).
10. Classes de représentations unitaires
Lemme 9 039K
Soit E un espace hilbertien sur K. Soit un sous-espace vectoriel dense dans E. Alors la dimension hilbertienne de E est inférieure ou égale à la dimension de F.
Si E est de dimension hilbertienne finie, celle-ci est égale à la dimension de E. Supposons que E est de dimension hilbertienne infinie. Le sous-espace F est alors de dimension infinie. Soit B une base orthonormale de E et soit une base de F. Pour tout , il existe un élément tel que , puisque dans le cas contraire on aurait . On définit ainsi une application .
Pour tout , l’ensemble est contenu dans l’ensemble des tels que , donc est dénombrable (EVT, V, p. 21, prop. 4). Par E, III, p. 50, prop. 4, on obtient Card(B) = Card() Card(B).
Notons la relation
« G est un groupe topologique et sont des représentations
unitaires isomorphes de G dans des espaces hilbertiens sur K ».
Par rapport à et , il s’agit d’une relation d’équivalence. Pour toute représentation unitaire de G dans un espace hilbertien sur K, on notera cl( ) la classe d’équivalence de cf. E, II, p. 47) ; c’est donc une représentation unitaire de G isomorphe à ; on dit que cl( ) est la classe de . Des représentations unitaires et dans des espaces hilbertiens sur K sont isomorphes si et seulement si cl() cl().
Soit G un groupe topologique. Soit un cardinal. La relation
« est une classe de représentation unitaire de G dans
un espace hilbertien complexe de dimension hilbertienne »
est collectivisante en (E, II, p. 3). En effet, tout espace hilbertien sur K de dimension est isométriquement isomorphe à un sous-espace hilbertien de (EVT, V, p. 23, cor. 2), et l’assertion résulte alors de E, II, p. 47.
Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien E. Soit un élément non nul de E. Puisque est irréductible, le vecteur est un vecteur cyclique de , ce qui implique que la dimension hilbertienne de E est Card(G) (lemme 9, appliqué au sous-espace dense engendré par les éléments pour ). Les classes des représentations unitaires irréductibles de G dans un espace hilbertien sur K appartiennent donc à l’ensemble des classes de représentations unitaires de G dans un espace hilbertien sur K de dimension hilbertienne Card(G) ; par conséquent, elles forment un ensemble.
Définition 8 039L
On note l’ensemble des classes de représentations unitaires irréductibles de G dans un espace hilbertien complexe. On dit que est le dual unitaire de G.
Pour toute représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe, on a donc cl( ).
Remarque 1 039M
Supposons que G est un groupe commutatif. D’après le corollaire 7 de V, p. 390, toute représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe est de dimension 1. Si G est localement compact, l’ensemble s’identifie à l’ensemble des caractères unitaires de G (déf. 1 de II, p. 201), et la notation est donc compatible avec celle introduite dans la déf. 2 de II, p. 201.
Remarque 2 039N
Si G est fini, l’ensemble est en bijection avec l’ensemble des classes de [G]-modules simples (A, VIII, p. 47), qui est également noté dans A, VIII, p. 396.
Remarque 3 039O
Pour , on identifiera avec la classe dans de la représentation conjuguée de .
Remarque 4 039P
Si est une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe de dimension finie, son caractère ne dépend que de la classe de . On peut donc parler de l’ensemble des caractères des représentations unitaires irréductibles complexes de dimension finie de G.
11. Composantes isotypiques
Définition 9 039Q
Soit G un groupe topologique et soit une représentation continue irréductible de G. Soit une représentation continue de G dans un espace localement convexe séparé E. On appelle composante -isotypique de l’adhérence dans E de la somme des espaces de toutes les sous-représentations de isomorphes à . On note ce sous-espace.
L’espace est un sous-espace fermé de E, qui définit une sous-représentation de . Cet espace ne dépend que de la classe de dans .
Proposition 8 039R
Soit G un groupe topologique. Soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E.
a) Soient et des représentations unitaires irréductibles non isomorphes de G. Les sous-espaces et sont orthogonaux ;
b) Soient une représentation unitaire de G et un G-morphisme de dans . Pour toute représentation unitaire irréductible de G, on a .
Soient et des sous-espaces de E définissant des sous-représentations isomorphes à et respectivement. L’orthoprojecteur de E d’image définit par passage aux sous-espaces un élément de Hom, qui est nul (cor. 2 de V, p. 387), ce qui démontre que est orthogonal à . Cela implique l’assertion a).
Pour l’assertion b), notons que est, par définition, l’adhérence dans E de l’espace engendré par les éléments appartenant à un sous-espace fermé stable par tel que la sous-représentation de dans F soit isomorphe à . Il suffit donc de démontrer que, dans ce cas, on a . Soit ; c’est un sous-espace fermé de l’espace de (cor. 5 de V, p. 388) stable par et induit par passage aux sous-espaces un G-morphisme surjectif de F dans H. Si H n’est pas nul, alors ce G-morphisme est un isomorphisme d’après le corollaire 2 de V, p. 387. La représentation de G sur H est donc alors isomorphe à , d’où il résulte que appartient à .
Pour tout espace vectoriel H et toute famille de sous-espaces de H, on dit que les espaces sont en somme directe si la famille vérifie les conditions équivalentes de la prop. 11 de A, II, p. 18.
Proposition 9 039S
Soit G un groupe topologique et soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe . Notons l’application linéaire de Hom dans E telle que pour tout Hom.
L’application linéaire est injective et son image est la somme des espaces de toutes les sous-représentations de qui sont isomorphes à . En particulier, l’image de est dense dans .
Le cor. 5 de V, p. 388 implique que l’image de est la somme des espaces de toutes les sous-représentations de qui sont isomorphes à .
Démontrons que est injective. Soit une base de l’espace vectoriel Hom. Pour , notons l’image de et le G-isomorphisme déduit de par passage aux sous-espaces.
Démontrons d’abord, par récurrence sur le cardinal d’un sous-ensemble fini J de I, que les sous-espaces sont en somme directe.
Le cas où J est vide est immédiat. Supposons que J n’est pas vide et que la propriété demandée vaut pour les sous-ensembles de I de cardinal au plus Card(J) .
Soit un élément fixé de J. L’hypothèse de récurrence implique que les sous-espaces pour sont en somme directe. Soit leur somme ; il suffit maintenant de démontrer que .
Supposons que l’intersection de et de ne soit pas réduite à 0 ; cette intersection est une sous-représentation de , et comme celle-ci est irréductible, on a donc , d’où .
Pour , notons pr la projection et l’inclusion. On a un isomorphisme canonique
Hom Hom
(formule (1), p. 377) tel que a pour image la famille (pr) (A, II, p. 13, cor. 1). Le corollaire 2 de V, p. 387 implique que , qui est non nul, est une base de l’espace Hom. Par conséquent, la famille des G-morphismes est une base de Hom.
Notons l’inclusion de dans ; c’est un élément de Hom, donc c’est une combinaison linéaire des G-morphismes pour . Il en résulte que est combinaison linéaire des applications pour , ce qui contredit l’indépendance linéaire de la famille . L’assertion est donc démontrée par récurrence.
Démontrons maintenant que est injective. Soit un élément de Hom. Il existe une unique famille dans à support fini telle que
(A, II, p. 62, cor. 1) et on a alors
D’après ce qui précède, la condition implique donc que pour tout , d’où pour tout puisque est injectif, et donc .
Proposition 10 039T
Soit G un groupe topologique. Soit une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe et soit une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E.
Il existe des familles de sous-espaces fermés invariants de E tels que la sous-représentation de dans soit isomorphe à pour tout et telle que soit la somme hilbertienne des espaces . De plus, le cardinal de I est indépendant de la famille vérifiant ces propriétés.
Démontrons l’existence de familles vérifiant les conditions indiquées. Soit l’ensemble des parties C de Hom telles que les sous-espaces pour soient deux à deux orthogonaux. L’ensemble est ordonné par l’inclusion. Il est non vide car la partie vide est en un élément, et il est de caractère fini (E, III, p. 34, déf. 2) puisque C appartient à si et seulement si les ensembles contenant deux éléments de C appartiennent à . D’après E, III, p. 35, th. 1, il existe un élément maximal C de . Soit F l’adhérence du sous-espace engendré par les espaces pour ; c’est la somme hilbertienne des espaces pour . Nous allons démontrer que , ce qui démontrera que la famille a les propriétés demandées.
Par définition, pour tout , donc F est contenu dans . Pour démontrer l’inclusion réciproque, il suffit de démontrer que si est un G-morphisme de dans , alors son image est contenue dans F. Soit l’orthoprojecteur de E d’image ; c’est un G-morphisme, puisque F est une sous-représentation de E (prop. 4 de V, p. 383). L’image du G-morphisme est orthogonale à F ; elle est donc nulle (sinon , ce qui contredit la maximalité de C), et par conséquent l’image de est contenue dans F.
Soient maintenant et des familles de sous-espaces fermés invariants de E, deux à deux orthogonaux, tels que la sous-représentation de G dans (resp. dans ) est isomorphe à pour tout (resp. pour tout ), et telles que est somme hilbertienne de la famille et de la famille .
Si I est fini, alors
dim Hom dim Hom Card(I)
(formule (1) de V, p. 377 et cor. 2 de V, p. 387). Pour tout sous-ensemble fini L de J, on a alors
Card(L) = dim Hom
dim Hom Card(I)
(loc. cit.). Cela démontre que J est alors fini et que Card(I) = Card(J), comme désiré. De même, si J est fini, alors I est fini et a le même cardinal.
Supposons maintenant que I et J sont infinis. Pour , notons l’orthoprojecteur de E d’image . Pour , soit un élément non nul de ; c’est un vecteur cyclique de . Observons que puisque induit par passage aux sous-espaces un G-morphisme de dans , l’espace est nul si et seulement si (en effet, l’espace Ker() est soit nul, soit égal à ).
Pour tout , il existe un élément tel que ne soit pas réduit à 0 (dans le cas contraire, l’orthoprojecteur serait nul sur ). On a ainsi défini une application de J dans I. Pour
tout , l’ensemble est dénombrable. En effet, cet ensemble est contenu dans l’ensemble des tels que est non nul, c’est-à-dire tels que . Or (EVT, V, p. 20, cor. 2), on a
donc l’ensemble des tels que est dénombrable. D’après E, III, p. 50, prop. 4, on conclut que Card(J) = Card() Card(I). En inversant les rôles de I et J, on conclut que Card(I) = Card(J).
Corollaire 039U
Soient G un groupe topologique et une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E. La somme hilbertienne des composantes -isotypiques de G pour est la plus grande sous-représentation semi-simple de .
En effet, les composantes -isotypiques de G pour sont deux à deux orthogonales (prop. 8, a)), et chacune est semi-simple (prop. 10, a)), donc la somme hilbertienne F des espaces pour définit une sous-représentation semi-simple de . Comme par ailleurs toute sous-représentation irréductible de est une sous-représentation d’une composante isotypique de , le corollaire en résulte.
Définition 10 039V
Soit G un groupe topologique. Soient une représentation unitaire de G dans un espace hilbertien complexe E et une représentation unitaire irréductible de G dans un espace hilbertien complexe.
On appelle multiplicité de dans le cardinal de l’ensemble I pour toute famille de sous-espaces fermés de E stables par G tels que la sous-représentation de induite dans soit isomorphe à pour tout I et telle que soit la somme hilbertienne des sous-espaces .
Si la multiplicité de dans est finie, alors elle est égale à la dimension de l’espace Hom (resp. à la dimension de Hom) d’après la formule (1) de V, p. 377 et le corollaire 2 de V, p. 387. Ce n’est pas toujours le cas en général.
Remarque 039W
Il est possible qu’une représentation unitaire soit non nulle mais que toutes les composantes isotypiques de relatives à toutes les représentations irréductibles de G soient nulles (cf. V, p. 426, remarque).
Exercices
See the exercises for § 1.