Bourbaki

§ 1. Transformation de Fourier

1. Caractères unitaires d’un groupe localement compact commutatif

Définition 1 02HQ

On appelle caractère unitaire de G un homomorphisme continu de G dans le groupe multiplicatif U\mathbf{U} des nombres complexes de module 1.

Autrement dit, un caractère unitaire est une fonction continue χ\chi sur G, à valeurs complexes, telle que :

χ(xy)=χ(x)χ(y),∣χ(x)∣=1(x,y∈G) \chi (xy) =\chi (x)\chi (y),|\chi (x)|= 1(x, y\in G)

Dans ce chapitre, on dira souvent simplement « caractère » au lieu de « caractère unitaire ».

Soit E un espace hilbertien de dimension 1, et soit χ\chi un caractère unitaire de G. L’application qui à x∈Gx\in G fait correspondre l’homothétie de rapport χ(x)\chi (x) dans E est une représentation linéaire continue isométrique de G dans E. Réciproquement, toute représentation linéaire continue bornée de G dans E est obtenue par ce procédé, et en particulier est unitaire.

Il est immédiat que le produit de deux caractères unitaires, l’inverse d’un caractère unitaire, et la fonction constante égale à 1 sont des caractères unitaires. Par suite, l’ensemble G^\widehat{G} des caractères unitaires de G est un groupe pour la multiplication. Ce groupe est commutatif. D’autre part, l’application (χ1,χ2)↦χ1χ2−1=χ1χ‾2(\chi_1, \chi_2)\mapsto \chi_1\chi^{-1}_2=\chi_1\overline{\chi}_2 est continue pour la topologie de la convergence compacte et G^\widehat{G} muni de la topologie de la convergence compacte est un groupe topologique (TG, X, p. 6, corollaire 2 et remarque 1).

Définition 2 02HR

Le groupe topologique G^\widehat{G} est appelé le groupe dual de G.

Puisque G est localement compact, l’application (x,χ)↦χ(x)(x, \chi )\mapsto \chi (x) est continue sur G×G^G\times \widehat{G} (TG, X, p. 28, th. 3).

Rappelons que M1(G)\mathscr{M}^1(G) désigne l’algèbre de Banach involutive unifère des mesures complexes bornées sur G (exemple 4 de I, p. 99). Pour toute mesure complexe bornée μ∈M1(G)\mu\in \mathscr{M}^1(G) et tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, on note

χ(μ)=∫Gχ(x)dμ(x)(1) \chi (\mu) =\int_G\chi (x)d\mu(x) \tag{1}

(cf. INT, VIII, §2, no6^o6).

Lemme 1 02HS

Pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, l’application μ↦χ(μ)\mu\mapsto \chi (\mu) est un caractère hermitien de l’algèbre de Banach involutive M1(G)\mathscr{M}^1(G).

D’après INT, VIII, §3, no3^o3, prop. 11, l’application μ↦χ(μ)\mu\mapsto \chi (\mu) est un caractère de l’algèbre de Banach involutive M1(G)\mathscr{M}^1(G). De plus, on a :

χ(μ∗)=∫Gχ(x−1)dμ(x)=∫Gχ(x)‾dμ(x)=χ(μ)‾ \chi (\mu^*) =\int_G\chi (x^{-1})d\mu(x) =\int_G\overline{\chi(x)}d\mu(x) =\overline{\chi(\mu)}

et ce caractère est donc hermitien.

On a ainsi défini une application de G^\widehat{G} dans X(M1(G))\mathsf{X}(\mathscr{M}^1(G)) ; on la qualifiera de canonique.

Soit χ∈G^\chi \in \widehat{G}. La restriction de μ↦χ(μ)\mu\mapsto \chi (\mu) à L1(G)L^1(G) est non nulle (cf. INT, VIII, §2, no7^o7, prop. 10). Par restriction à la sous-algèbre de Banach involutive L1(G)L^1(G), on obtient donc une application de G^\widehat{G} dans X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)), dite canonique. Elle associe à χ∈G^\chi \in \widehat{G} le caractère hermitien

f↦χ(f)=χ(f⋅dx)=∫Gf(x)χ(x)dx(f∈L1(G))(2) f\mapsto \chi (f) =\chi (f\cdot dx) =\int_Gf(x)\chi (x)dx(f\in L^1(G)) \tag{2}

de L1(G)L^1(G).

Proposition 1 02HT

L’application canonique de G^\widehat{G} dans X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)) est un homéomorphisme.

Notons ev cette application canonique et, pour χ∈G^\chi \in \widehat{G}, notons evχ_{\chi} l’image du caractère χ\chi par ev, c’est-à-dire le caractère hermitien f↦χ(f)f\mapsto \chi (f) de L1(G)L^1(G). Considérée comme une application de G^\widehat{G} dans le dual de L1(G)L^1(G), l’application ev est la composée de l’injection de G^\widehat{G} dans L∞(G)L^{\infty}(G), muni de la topologie faible σ(L∞(G),L1(G))\sigma (L^{\infty}(G),L^1(G)), et de l’injection de L∞(G)L^{\infty}(G) dans le dual de L1(G)L^1(G), muni de la topologie de la convergence simple. Comme G^\widehat{G} est une partie bornée de L∞(G)L^{\infty}(G), la première application est continue d’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, §3, no7^o7, th. 6). La seconde est également continue, par définition. Ceci démontre que l’application ev est continue.

Si χ∈G^\chi \in \widehat{G} et si f∈L1(G)f\in L^1(G), on a evχ(εx∗f)=χ(x_{\chi}(\varepsilon_x*f) =\chi (x)evχ(f)_{\chi}(f). En prenant ff telle que evχ(f)≠0_{\chi}(f)\not= 0, on en déduit que l’application ev est injective.

Soit ζ∈X(L1(G))\zeta \in \mathsf{X}(L^1(G)) et soit f∈L1(G)f\in L^1(G) telle que ζ(f)≠0\zeta (f)\not= 0. Définissons une application χ:G→C\chi : G\rightarrow \mathbf{C} en posant, pour x∈Gx\in G :

χ(x)=ζ(εx∗f)ζ(f)(3) \chi (x) =\frac{\zeta(\varepsilon_x*f)}{\zeta(f)} \tag{3}

On a χ(e)=1\chi (e) = 1. Comme l’application x↦εx∗f=γ(x)(f)x\mapsto \varepsilon_x*f=\boldsymbol{\gamma }(x)(f) de G dans L1(G)L^1(G) est continue (INT, VIII, §2, no5^o5, prop. 8), l’application χ\chi est continue. Elle est bornée car, pour tout x∈Gx\in G, on a

∣χ(x)∣⩽∥εx∗f∥∣ζ(f)∣=∥f∥∣ζ(f)∣ |\chi (x)|\leqslant \frac{\|\varepsilon_x*f\|}{|\zeta(f)|}=\frac{\|f\|}{|\zeta(f)|}

(th. 1 de I, p. 29 et INT, VIII, loc. cit.).

Soit maintenant B\mathfrak{B} une base du filtre des voisinages de ee formée de voisinages compacts. Pour tout V∈BV\in \mathfrak{B}, soit gVg_V une fonction continue positive, nulle en dehors de V et d’intégrale égale à 1 (lemme 1 de II, p. 200). Pour toute fonction h∈L1(G)h\in L^1(G), on a alors

εx∗h=\varepsilon_x*h= limV,B(εx∗h)∗gV=_{V,\mathfrak{B}}(\varepsilon_x*h)*g_V= limV,B(εx∗gV∗h)_{V,\mathfrak{B}}(\varepsilon_x*g_V*h),

dans L1(G)L^1(G), la limite étant prise suivant le filtre des sections de B\mathfrak{B} (INT, VIII, §4, no7^o7, prop. 20). En particulier, comme ζ(εx∗gV∗f)=\zeta (\varepsilon_x*g_V*f) = ζ(εx∗gV)ζ(f)\zeta (\varepsilon_x*g_V)\zeta (f), on en déduit que

χ(x)=\chi (x) = limV,Bζ(εx∗gV)_{V,\mathfrak{B}}\zeta (\varepsilon_x*g_V).

Pour tout h∈L1(G)h\in L^1(G), on obtient

ζ(εx∗h)=\zeta (\varepsilon_x*h) = limV,Bζ(εx∗gV∗h)=ζ(h)_{V,\mathfrak{B}}\zeta (\varepsilon_x*g_V*h) =\zeta (h) limV,Bζ(εx∗gV)=χ(x)ζ(h)_{V,\mathfrak{B}}\zeta (\varepsilon_x*g_V) =\chi (x)\zeta (h).

Par suite, on a pour x,y∈Gx, y\in G :

χ(xy)=ζ(εx∗εy∗f)ζ(f)=χ(x)ζ(εy∗f)ζ(f)=χ(x)χ(y) \chi (xy) =\frac{\zeta(\varepsilon_x*\varepsilon_y*f)}{\zeta(f)}=\frac{\chi(x)\zeta(\varepsilon_y*f)}{\zeta(f)}=\chi (x)\chi (y)

ce qui démontre que χ\chi est un homomorphisme de G dans C∗\mathbf{C}^*. Comme χ\chi est borné et continu, c’est un caractère unitaire de G. De plus, si g∈L1(G)g\in L^1(G), on a

g∗f=∫G(εx∗f)g(x)dx g*f=\int_G(\varepsilon_x*f)g(x)dx

dans L1(G)L^1(G) (INT, VIII, §1, no5^o5, prop. 7), d’où

ζ(g)ζ(f)=ζ(g∗f)=∫Gζ(εx∗f)g(x)dx \zeta (g)\zeta (f) =\zeta (g*f) =\int_G\zeta (\varepsilon_x*f)g(x)dx

=ζ(f)∫Gχ(x)g(x)dx==\zeta (f)\int_G\chi (x)g(x)dx= evχ(g)ζ(f)_{\chi}(g)\zeta (f) (INT, VI, §1, no1^o1, prop. 1) ce qui montre que ζ=\zeta = evχ_{\chi}. Par suite, ev est surjective, donc bijective.

Montrons finalement que l’application réciproque ev−1^{-1} est continue. Soit ζ∈X(L1(G))\zeta \in \mathsf{X}(L^1(G)). Soit f∈L1(G)f\in L^1(G) une fonction telle que ζ(f)≠0\zeta (f)\not= 0. L’ensemble W des ξ∈X(L1(G))\xi \in \mathsf{X}(L^1(G)) tels que ξ(f)≠0\xi (f)\not= 0 est un voisinage ouvert de ζ\zeta dans X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)). Pour tout ξ∈W\xi \in W, ce qui précède montre que ev−1(ξ)^{-1}(\xi ) est le caractère

x↦ξ(εx∗f)ξ(f) x\mapsto \frac{\xi(\varepsilon_x*f)}{\xi(f)}

Soit F\mathfrak{F} un filtre sur W⊂X(L1(G))W\subset \mathsf{X}(L^1(G)) convergeant vers ζ\zeta. Puisque l’ensemble X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)) est borné, donc équicontinu, dans L∞(G)L^{\infty}(G), la structure uniforme de la convergence simple coïncide avec la structure uniforme de la convergence compacte (TG, X, p. 16, th. 1). Soit K une partie compacte de G. L’ensemble des εx∗f\varepsilon_x*f pour x∈Kx\in K est compact dans L1(G)L^1(G) (INT, VIII, §2, no5^o5, prop. 8). On a donc

limξ,Fξ(εx∗f)=ζ(εx∗f)_{\xi ,\mathfrak{F}}\xi (\varepsilon_x*f) =\zeta (\varepsilon_x*f)

uniformément pour x∈Kx\in K. On en déduit que

limξ,F_{\xi ,\mathfrak{F}} ev−1(ξ)=^{-1}(\xi ) = ev−1(ζ)^{-1}(\zeta ),

donc ev−1^{-1} est continue en ζ\zeta. Ceci achève la démonstration de la proposition.

Nous identifierons désormais un caractère unitaire χ\chi de G au caractère f↦∫Gf(x)χ(x)dxf\mapsto \int_Gf(x)\chi (x)dx de L1(G)L^1(G).

Remarque 1 02HU

La bijectivité de l’application de G^\widehat{G} dans X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)) de la prop. 1 est un cas particulier de la correspondance entre représentations continues d’un groupe localement compact H (non nécessairement commutatif) et représentations continues de l’algèbre L1(H)L^1(H).

Remarque 2 02HV

L’application canonique de G^\widehat{G} dans X(M1(G))\mathsf{X}(\mathscr{M}^1(G)) n’est pas surjective en général (II, p. 308, exerc. 14).

Corollaire 1 02HW

Tout caractère de L1(G)L^1(G) est hermitien. L’application canonique de X\mathsf{X}(Stell(G)) (déf. 9 de I, p. 125) dans X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)) est un homéomorphisme.

La première assertion résulte de la proposition 1 et du lemme 1 en restriction à L1(G)L^1(G). La seconde résulte de la première et du cor. de la prop. 20 de I, p. 124.

Corollaire 2 02HX

Le groupe topologique G^\widehat{G} est localement compact.

En effet, X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)) est localement compact (corollaire du théorème 1 de I, p. 29).

Nous identifierons G^\widehat{G} avec X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)) et X\mathsf{X}(Stell(G)). Pour x∈Gx\in G et χ∈G^\chi \in \widehat{G}, nous noterons ⟨χ,x⟩\langle \chi , x\rangle le nombre complexe χ(x)\chi (x), qui appartient à U\mathbf{U}.

On dit que xx et χ\chi sont orthogonaux si ⟨χ,x⟩=1\langle \chi , x\rangle = 1. Soit A une partie de G (resp. de G^\widehat{G}); l’ensemble des éléments de G^\widehat{G} (resp. de G) orthogonaux à A est un sous-groupe fermé de G^\widehat{G} (resp. de G) qu’on appelle orthogonal de A et qu’on note A⊥A^{\bot}. L’orthogonal de G est réduit à ee.

Pour x∈Gx\in G, notons η(x)\eta (x) l’application de G^\widehat{G} dans U\mathbf{U} définie par χ↦\chi \mapsto ⟨χ,x⟩\langle \chi , x\rangle. Par définition de la multiplication dans G^\widehat{G}, l’application η(x)\eta (x) est un homomorphisme de groupes. Elle est continue puisque l’application (x,χ)↦⟨χ,x⟩(x, \chi )\mapsto \langle \chi , x\rangle de G×G^G\times \widehat{G} dans U\mathbf{U} est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Nous avons ainsi défini une application η\eta, dite canonique, de G dans le groupe bidual G^^\widehat{\widehat{G}}; c’est un homomorphisme de groupes. De plus, l’application η\eta est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Nous démontrerons plus loin (II, p. 220, th. 2) que η\eta est un isomorphisme de groupes topologiques de G sur G^^\widehat{\widehat{G}}.

Soient G et H des groupes localement compacts commutatifs, et φ:G→H\varphi : G\rightarrow H un morphisme de groupes topologiques. Pour tout χ∈H^\chi \in \widehat{H}, l’application χ∘φ\chi \circ \varphi est un caractère de G noté φ^(χ)\widehat{\varphi}(\chi ). Cette définition se traduit par la formule

⟨χ,φ(x)⟩=⟨φ^(χ),x⟩(4) \langle \chi , \varphi (x)\rangle =\langle \widehat{\varphi}(\chi ), x\rangle \tag{4}

quels que soient χ∈H^\chi \in \widehat{H} et x∈Gx\in G. On en déduit que φ^\widehat{\varphi} est un morphisme du groupe topologique H^\widehat{H} dans le groupe topologique G^\widehat{G}; on dit que φ^\widehat{\varphi} est le dual du morphisme φ\varphi.

Soient K un groupe localement compact commutatif et ψ:H→K\psi : H\rightarrow K un morphisme de groupes topologiques. La définition montre que ψ^∘φ=φ^∘ψ^\widehat{\psi}\circ \varphi =\widehat{\varphi}\circ \widehat{\psi}. Si φ\varphi est l’application identique de G, alors φ^\widehat{\varphi} est l’application identique de G^\widehat{G}. En particulier, si φ\varphi est un isomorphisme de groupes topologiques, il en est de même de φ^\widehat{\varphi}, et φ^−1\widehat{\varphi}^{-1} est le dual de φ−1\varphi^{-1}.

Lemme 2 02HY

Soient G et H des groupes localement compacts commutatifs et soit f:H→Gf: H\rightarrow G un morphisme de groupes topologiques. Le noyau de f^\widehat{f} est l’orthogonal de l’image de ff.

Par définition, on a χ∈\chi \in Ker(f^\widehat{f}) si et seulement si la restriction de χ\chi à l’image de ff est triviale.

Proposition 2 02HZ

Soit n⩾0n\geqslant 0 un entier et soient G1,...,GnG_1, . . . ,G_n des groupes commutatifs localement compacts. Soit G le groupe produit des groupes GjG_j pour 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n. Pour 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n, soit λj\lambda_j l’injection de GjG_j dans G qui associe à x∈Gjx\in G_j l’élément (xk)(x_k) tel que xk=ex_k=e si k≠jk\not=j et xj=xx_j=x. L’application

(λ^j)1⩽j⩽n:G^→∏1⩽j⩽nG^j (\widehat{\lambda}_j)_{1\leqslant j\leqslant n}:\widehat{G}\rightarrow \prod_{1\leqslant j\leqslant n}\widehat{G}_j

est un isomorphisme de groupes topologiques.

Soit mm l’application produit de G^n\widehat{G}^n dans G^\widehat{G}, et pour tout jj tel que 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n, soit πj\pi_j la projection de G sur GjG_j. Soit μ\mu le morphisme de groupes topologiques m∘(π^j)jm\circ (\widehat{\pi}_j)_j de ∏G^j\prod\widehat{G}_j dans G^\widehat{G}, de sorte que

⟨μ((χj)),(xj)⟩=∏j=1n⟨χj,xj⟩ \langle \mu((\chi_j)),(x_j)\rangle =\prod_{j=1}^n\langle \chi_j, x_j\rangle

L’application μ\mu est continue, et on vérifie que μ\mu et (λ^j)(\widehat{\lambda}_j) sont des bijections réciproques l’une de l’autre. La proposition en résulte.

Remarque 02I0

Le calcul du groupe dual d’un produit infini de groupes compacts commutatifs est l’objet du corollaire 4 de II, p. 234 ci-dessous. Le cas d’un groupe localement compact commutatif qui est un produit quelconque de groupes localement compacts découle de ces deux énoncés, puisque dans un tel produit, tous les facteurs sauf un nombre fini sont compacts (TG, I, p. 66, prop. 14, b)).

2. Définition de la transformation de Fourier

Définition 3 02I1

Soit μ∈M1(G)\mu\in \mathscr{M}^1(G) une mesure complexe bornée sur G. On appelle transformée de Fourier de μ\mu la fonction FG(μ)\mathscr{F}_G(\mu) sur G^\widehat{G} définie par

FG(μ)(x^)=∫G⟨x^,x⟩‾dμ(x)(5) \mathscr{F}_G(\mu)(\widehat{x}) =\int_G\overline{\langle\widehat{x}, x\rangle}d\mu(x) \tag{5}

On appelle cotransformée de Fourier de μ\mu la fonction F‾G(μ)\overline{\mathscr{F}}_G(\mu) sur G^\widehat{G} definie par

F‾G(μ)(x^)=∫G⟨x^,x⟩dμ(x)(6) \overline{\mathscr{F}}_G(\mu)(\widehat{x}) =\int_G\langle \widehat{x}, x\rangle d\mu(x) \tag{6}

Lorsque il n’y a pas d’ambiguïté concernant le groupe G considéré, on écrira aussi F(μ)\mathscr{F}(\mu) et F‾(μ)\overline{\mathscr{F}}(\mu). On note aussi parfois μ^=FG(μ)\widehat{\mu}=\mathscr{F}_G(\mu).

Proposition 3 02I2

Pour toute mesure μ∈M1(G)\mu\in \mathscr{M}^1(G), les fonctions FG(μ)\mathscr{F}_G(\mu) et F‾G(μ)\overline{\mathscr{F}}_G(\mu) sont continues et bornées. Les applications FG:μ↦\mathscr{F}_G:\mu\mapsto FG(μ)\mathscr{F}_G(\mu) et F‾G:μ↦F‾G(μ)\overline{\mathscr{F}}_G:\mu\mapsto \overline{\mathscr{F}}_G(\mu) sont des morphismes continus de l’algèbre involutive M1(G)\mathscr{M}^1(G) dans l’algèbre involutive des fonctions continues bornées sur G^\widehat{G} (exemple 1 de I, p. 99).

Soit μ∈M1(G)\mu\in \mathscr{M}^1(G). Pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, on a

∣F(μ)(χ)∣=∣∫G⟨χ,x⟩‾dμ(x)∣⩽∥μ∥1(7) |\mathscr{F}(\mu)(\chi )|=|\int_G\overline{\langle\chi , x\rangle}d\mu(x)|\leqslant \|\mu\|_1 \tag{7}

donc la transformée de Fourier de μ\mu est bornée. Similairement, on vérifie que F‾(μ)\overline{\mathscr{F}}(\mu) est bornée.

Si χ\chi tend vers χ0\chi_0 dans G^\widehat{G}, la fonction χ\chi sur G tend vers χ0\chi_0 uniformément sur tout compact en restant bornée par la fonction constante 1 qui appartient à L1(G,μ)L^1(G, \mu). D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, §3, no7^o7, th. 6), il en résulte que F(μ)(χ)\mathscr{F}(\mu)(\chi ) tend vers F(μ)(χ0)\mathscr{F}(\mu)(\chi_0). Donc F(μ)\mathscr{F}(\mu) est continue. Il en est de même de F‾(μ)\overline{\mathscr{F}}(\mu).

Pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, l’application μ↦χ(μ)=∫⟨χ,x⟩dμ(x)\mu\mapsto \chi (\mu) =\int\langle \chi , x\rangle d\mu(x) est un caractère hermitien de M1(G)\mathscr{M}^1(G) (lemme 1 de II, p. 202). Cela entraîne que F\mathscr{F} et F‾\overline{\mathscr{F}} sont des morphismes d’algèbres involutives de M1(G)\mathscr{M}^1(G) dans l’algèbre involutive des fonctions continues bornées sur G^\widehat{G}. L’inégalité (7) démontre que ces morphismes sont continus.

La transformation de Fourier de G (resp. la cotransformation de Fourier de G) est l’application μ↦FG(μ)\mu\mapsto \mathscr{F}_G(\mu) (resp. l’application μ↦\mu\mapsto F‾G(μ)\overline{\mathscr{F}}_G(\mu)) de M1(G)\mathscr{M}^1(G) dans Cb(G^)\mathscr{C}_b(\widehat{G}).

Notons quelques formules utiles pour μ∈M1(G),x∈G\mu\in \mathscr{M}^1(G),x\in G et χ∈G^:\chi \in \widehat{G}:

F‾(μ)(χ)=F(μ)(χ−1)=F(μ‾)(χ)‾(8) \overline{\mathscr{F}}(\mu)(\chi ) =\mathscr{F}(\mu)(\chi^{-1}) =\overline{\mathscr{F}(\overline{\mu})(\chi)} \tag{8}
∥F(μ)∥∞=∥F‾(μ)∥∞⩽∥μ∥1(9) \|\mathscr{F}(\mu)\|_{\infty}=\|\overline{\mathscr{F}}(\mu)\|_{\infty}\leqslant \|\mu\|_1 \tag{9}
F(εx)(χ)=⟨χ,x⟩‾ \mathscr{F}(\varepsilon_x)(\chi ) =\overline{\langle\chi , x\rangle}

(10)

F‾(εx)(χ)=⟨χ,x⟩ \overline{\mathscr{F}}(\varepsilon_x)(\chi ) =\langle \chi , x\rangle

(en particulier F(εe)=F‾(εe)=1\mathscr{F}(\varepsilon_e) =\overline{\mathscr{F}}(\varepsilon_e) = 1),

F(εx∗μ)(χ)=⟨χ,x⟩‾F(μ)(χ) \mathscr{F}(\varepsilon_x*\mu)(\chi ) =\overline{\langle\chi , x\rangle}\mathscr{F}(\mu)(\chi )

(11)

F‾(εx∗μ)(χ)=⟨χ,x⟩F‾(μ)(χ) \overline{\mathscr{F}}(\varepsilon_x*\mu)(\chi ) =\langle \chi , x\rangle \overline{\mathscr{F}}(\mu)(\chi )
F(χ⋅μ)=εχ∗F(μ) \mathscr{F}(\chi \cdot \mu) =\varepsilon_{\chi}*\mathscr{F}(\mu)

(12)

F‾(χ⋅μ)=εχ−1∗F‾(μ) \overline{\mathscr{F}}(\chi \cdot \mu) =\varepsilon_{\chi^{-1}}*\overline{\mathscr{F}}(\mu)

Les formules (8), (9), (10) et (11) découlent des définitions. Démontrons la première des formules (12), la seconde étant analogue. On a pour tout ξ\xi dans G^\widehat{G} les égalités

F(χ⋅μ)(ξ)=∫G⟨ξ,x⟩⟨χ,x⟩dμ(x)=∫G⟨ξχ−1,x⟩‾dμ(x) \mathscr{F}(\chi \cdot \mu)(\xi ) =\int_G\langle \xi , x\rangle \langle \chi , x\rangle d\mu(x) =\int_G\overline{\langle\xi \chi^{-1}, x\rangle}d\mu(x)
=F(μ)(ξχ−1)=(εχ∗F(μ))(ξ) =\mathscr{F}(\mu)(\xi \chi^{-1}) = (\varepsilon_{\chi}*\mathscr{F}(\mu))(\xi )

Notons par ailleurs que pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G} et toutes mesures μ\mu et ν\nu dans M1(G)\mathscr{M}^1(G), on a

(εχ∗F(μ))(εχ∗F(ν))=εχ∗(F(μ)F(ν))(13) (\varepsilon_{\chi}*\mathscr{F}(\mu))(\varepsilon_{\chi}*\mathscr{F}(\nu )) =\varepsilon_{\chi}*(\mathscr{F}(\mu)\mathscr{F}(\nu )) \tag{13}

puisque les deux membres de cette égalité sont des fonctions sur G^\widehat{G} dont la valeur en ξ∈G^\xi \in \widehat{G} est

F(μ)(ξχ−1)F(ν)(ξχ−1) \mathscr{F}(\mu)(\xi \chi^{-1})\mathscr{F}(\nu )(\xi \chi^{-1})

Soit H un groupe localement compact commutatif et soit φ:G→H\varphi : G\rightarrow H un morphisme continu. Soit μ∈M1(G)\mu\in \mathscr{M}^1(G). La mesure image φ(μ)\varphi (\mu) est définie (INT, V, §6, no1^o1, remarque 1), et il vient FH(φ(μ))=FG(μ)∘\mathscr{F}_H(\varphi (\mu)) =\mathscr{F}_G(\mu)\circ φ^(\widehat{\varphi}(cf. INT, V, §6, no4^o4, prop. 7).

Par restriction à la sous-algèbre L1(G)L^1(G) de M1(G)\mathscr{M}^1(G), on obtient la définition de la transformation de Fourier et de la cotransformation de Fourier sur L1(G)L^1(G). On a donc pour f∈L1(G)f\in L^1(G) et χ∈G^:\chi \in \widehat{G}:

(14)FG(f)(χ)=∫G⟨χ,x⟩‾f(x)dx,F‾G(f)(χ)=∫G⟨χ,x⟩f(x)dx (14)\mathscr{F}_G(f)(\chi ) =\int_G\overline{\langle\chi , x\rangle}f(x)dx,\overline{\mathscr{F}}_G(f)(\chi ) =\int_G\langle \chi , x\rangle f(x)dx

En particulier, FG(f)=F‾G(f‾)‾\mathscr{F}_G(f) =\overline{\overline{\mathscr{F}}_G(\overline{f})}. On a aussi

F‾(f)(χ)=χ(f)(15) \overline{\mathscr{F}}(f)(\chi ) =\chi (f) \tag{15}

pour tout f∈L1(G)f\in L^1(G) et tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}.

Soient σ\sigma un automorphisme de G et Δ le module de σ\sigma (INT, VII, §1, no4^o4, déf. 4). Pour f∈L1(G)f\in L^1(G), on a

F(f∘σ)=Δ−1F(f)∘σ^−1(16) \mathscr{F}(f\circ \sigma ) = \Delta^{-1}\mathscr{F}(f)\circ \widehat{\sigma}^{-1} \tag{16}

(cf. loc. cit., formule (31)).

Si l’on identifie G^\widehat{G} et X(L1(G))\mathsf{X}(L^1(G)) (prop. 1 de II, p. 202), la cotransformation de Fourier n’est autre que la transformation de Gelfand de l’algèbre de Banach L1(G)L^1(G) (I, p. 7, déf. 5).

Proposition 4 02I3

La transformation de Fourier et la cotransformation de Fourier sont des morphismes injectifs d’algèbres involutives de L1(G)L^1(G) dans l’algèbre C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}) des fonctions continues nulles à l’infini sur G^\widehat{G}.

La cotransformation de Fourier est un morphisme d’algèbres involutives de L1(G)L^1(G) dans l’algèbre des fonctions continues bornées sur G^\widehat{G} (prop. 3). Comme elle s’identifie à la transformation de Gelfand, son image est contenue dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}) (I, p. 37, prop. 5), et son noyau est le radical de L1(G)L^1(G) (prop. 8 de I, p. 38), qui est nul (cor. de la prop. 22 de I, p. 126).

Nous verrons ultérieurement (corollaire de la proposition 13 de II, p. 221) que la cotransformation de Fourier sur M1(G)\mathscr{M}^1(G) est également injective.

Remarque 02I4

La transformation de Fourier sur l’espace L1(G)L^1(G) dépend du choix de la mesure de Haar dxdx, contrairement à la transformation de Fourier sur M1(G)\mathscr{M}^1(G). Si l’on remplace dxdx par la mesure a⋅dxa\cdot dx (avec a>0a >0), alors pour toute fonction ff intégrable sur G, la transformée de Fourier de ff est af^a\widehat{f}, où f^\widehat{f} est la transformée de Fourier définie relativement à la mesure dxdx.

Considérons l’algèbre stellaire Stell(G) du groupe G (déf. 9 de I, p. 125), et identifions L1(G)L^1(G) à une sous-algèbre dense de Stell(G) (prop. 22 de I, p. 126).

Proposition 5 02I5

Par continuité, la transformation de Fourier et la cotransformation de Fourier se prolongent de manière unique en des isomorphismes d’algèbres stellaires de Stell(G) sur C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}).

La cotransformation de Fourier se prolonge par continuité en un morphisme d’algèbres stellaires de Stell(G) dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}). Si l’on identifie G^\widehat{G} avec X\mathsf{X}(Stell(G)) (cor. 1 de II, p. 204 et prop. 1 de II, p. 202), ce prolongement est la transformation de Gelfand de Stell(G). D’après le th. 1 de I, p. 108, c’est un isomorphisme. L’assertion concernant la transformation de Fourier en découle.

On notera toujours F‾\overline{\mathscr{F}} et F\mathscr{F} les isomorphismes de la prop. 5.

Corollaire 02I6

L’image de L1(G)L^1(G) par la transformation de Fourier de G est dense dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}).

Puisque L1(G)L^1(G) est dense dans Stell(G), cela découle de la proposition 5.

Proposition 6 02I7

Supposons que G est compact. La mesure de Haar normalisée dxdx appartient à M1(G)\mathscr{M}^1(G), et sa transformée de Fourier est φe\varphi_e, la fonction caractéristique de {e}\{e\}.

Soit χ∈G^\chi \in \widehat{G}. Puisque εy∗dx=dx\varepsilon_y*dx=dx pour tout y∈Gy\in G, on a

F(dx)(χ)=⟨χ,y⟩‾F(dx)(χ) \mathscr{F}(dx)(\chi ) =\overline{\langle\chi , y\rangle}\mathscr{F}(dx)(\chi )

d’après la formule (11). Si χ≠1\chi \not= 1, il existe y∈Gy\in G tel que ⟨χ,y⟩≠1\langle \chi , y\rangle \not= 1, donc F(dx)(χ)=0\mathscr{F}(dx)(\chi ) = 0. Si χ=1\chi = 1, alors F(dx)(χ)=∫Gdx=1\mathscr{F}(dx)(\chi ) =\int_Gdx= 1 puisque la mesure dxdx est normalisée.

3. Le théorème de Plancherel

On note A(G) le sous-espace vectoriel de L1(G)L^1(G) engendré par les fonctions f∗gf*g pour f,g∈L1(G)∩L2(G)f, g\in L^1(G)\cap L^2(G).

Proposition 7 02I8

L’espace A(G) est un idéal auto-adjoint de L1(G)L^1(G). Il est contenu dans L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G), et dans l’image de C(G)\mathscr{C}(G) dans L1(G)L^1(G).

Soit f∈L1(G)f\in L^1(G). Pour tout g∈L2(G)g\in L^2(G), on a f∗g∈L1(G)f*g\in L^1(G) (INT, VIII, §4, no5^o5, prop. 12). Par conséquent, l’espace L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G) est un idéal de L1(G)L^1(G), et il en est de même de l’espace A(G). L’idéal A(G) est auto-adjoint.

Soient ff et gg dans L2(G)L^2(G). Le produit de convolution f∗gf*g est alors la classe de la fonction continue donnée par

y↦∫Gf(yx−1)g(x)dx y\mapsto \int_Gf(yx^{-1})g(x)dx

(INT, VIII, §4, no5^o5, prop. 15). La seconde assertion en résulte.

Comme χ(f∗g)=(χf)∗(χg)\chi (f*g) = (\chi f)*(\chi g) pour χ∈G^,f∈L1(G)\chi \in \widehat{G},f\in L^1(G) et g∈L1(G)g\in L^1(G) (INT, VIII, §3, no1^o1, prop. 6), on a χh∈A(G)\chi h\in A(G) pour tout h∈A(G)h\in A(G) et χ∈G^\chi \in \widehat{G}. Comme εx∗f=γ(x)f\varepsilon_x*f=\boldsymbol{\gamma }(x)f et la représentation linéaire γ\boldsymbol{\gamma } est isométrique sur Lp(G)L^p(G) pour tout pp (INT, VIII, §2, no5^o5, prop. 8), on a εx∗f∈A(G)\varepsilon_x*f\in A(G) pour tous x∈Gx\in G et f∈A(G)f\in A(G).

On note A^(G)\widehat{A}(G) l’image de A(G) par la transformation de Fourier. C’est un sous-espace de C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}).

Proposition 8 02I9

Il existe une base de filtre B\mathfrak{B} sur A(G)∩K+(G)A(G)\cap \mathscr{K}_+(G) telle que les conditions suivantes soient vérifiées :

(i) Pour tout élément φ\varphi d’un ensemble de B\mathfrak{B}, on a ∥φ∥1=1\|\varphi \|_1= 1 et ∥F(φ)∥∞⩽1\|\mathscr{F}(\varphi )\|_{\infty}\leqslant 1 ;

(ii) On a

limφ,Bφ⋅dx=εe_{\varphi ,\mathfrak{B}}\varphi \cdot dx=\varepsilon_e

dans l’espace C′(G)\mathscr{C}'(G) des mesures à support compact sur G muni de la topologie de la convergence uniforme sur les parties compactes de C(G)\mathscr{C}(G) ;

(iii) On a

limφ,BF(φ)=1_{\varphi ,\mathfrak{B}}\mathscr{F}(\varphi ) = 1

pour la topologie de la convergence compacte sur G^\widehat{G};

(iv) Pour p=1p= 1 ou p=2p= 2, et pour tout f∈Lp(G)f\in L^p(G), on a φ∗f∈\varphi *f\in A(G) pour tout φ\varphi appartenant à un ensemble de B\mathfrak{B} et

limφ,Bφ∗f=f_{\varphi ,\mathfrak{B}}\varphi *f=f

dans Lp(G)L^p(G).

Soit K0K_0 un voisinage compact fixé de ee dans G. Soit B0\mathfrak{B}_0 une base du filtre des voisinages de ee dans G formée de voisinages compacts symétriques contenus dans K0K_0 (cf. TG, III, p. 4). Pour K ∈B0\in \mathfrak{B}_0, soit XK′X'_K l’ensemble des fonctions ψ∈K+(G)\psi \in \mathscr{K}_+(G) telles que Supp(ψ)⊂K(\psi )\subset K et ∫ψ(x)dx=1\int\psi (x)dx= 1 ; il est non vide (lemme 1 de II, p. 200). Soit XKX_K l’ensemble des fonctions ψ∗ψ\psi *\psi pour ψ∈XK′\psi \in X'_K. Il est non vide et contenu dans A(G)∩K+(G)A(G)\cap \mathscr{K}_+(G). L’ensemble B\mathfrak{B} dont les éléments sont les ensembles XKX_K pour K variant dans B0\mathfrak{B}_0 est une base de filtre sur A(G)∩K+(G)A(G)\cap \mathscr{K}_+(G). Démontrons que B\mathfrak{B} vérifie les propriétés demandées.

Si X∈BX\in \mathfrak{B} et φ∈X\varphi \in X, on a ∥φ∥1=∫Gφ(x)dx=1\|\varphi \|_1=\int_G\varphi (x)dx= 1, donc ∥F(φ)∥∞⩽1\|\mathscr{F}(\varphi )\|_{\infty}\leqslant 1, ce qui établit la propriété (i).

La propriété (ii) résulte de INT, VIII, § 2, no7^o7, corollaire 1 du lemme 4. Une partie compacte de G^\widehat{G} est une partie compacte de C(G)\mathscr{C}(G), donc (ii) entraîne limφ,BF(φ)=1_{\varphi ,\mathfrak{B}}\mathscr{F}(\varphi ) = 1 pour la topologie de la convergence

compacte sur G^\widehat{G}, c’est-à-dire (iii).

Finalement, soit p=1p= 1 ou p=2p= 2. Soit f∈Lp(G)f\in L^p(G). On a φ∗f→f\varphi *f\rightarrow f dans Lp(G)L^p(G) selon le filtre B\mathfrak{B} (INT, VIII, §4, no7^o7, prop. 20). De plus, pour tout K dans B0\mathfrak{B}_0 et φ∈XK\varphi \in X_K, il existe ψ∈XK′\psi \in X'_K tel que φ=ψ∗ψ\varphi =\psi *\psi, d’où φ∗f=ψ∗(ψ∗f)\varphi *f=\psi *(\psi *f). On a ψ∈L1(G)∩L2(G)\psi \in L^1(G)\cap L^2(G) et ψ∗f∈L1(G)∩L2(G)\psi *f\in L^1(G)\cap L^2(G), donc φ∗f∈A(G)\varphi *f\in A(G).

Corollaire 1 02IA

L’espace A(G) est dense dans L1(G)L^1(G) et dans L2(G)L^2(G). Il est également dense dans Stell(G), et son image A^(G)\widehat{A}(G) par la transformation de Fourier est dense dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}).

L’assertion (iv) de la proposition fournit la première assertion. Puisque L1(G)L^1(G) est dense dans Stell(G), la seconde en résulte, et la dernière découle alors de la prop. 5 de II, p. 209.

Corollaire 2 02IB

Pour f∈A(G)f\in A(G), soit Ωf\Omega_f l’ensemble des χ∈G^\chi \in \widehat{G} tels que F(f)(χ)≠0\mathscr{F}(f)(\chi )\not= 0. Les ensembles Ωf\Omega_f forment un recouvrement ouvert de G^\widehat{G}.

Cela découle du corollaire précédent puisque, pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, l’application f↦F(f)(χ)f\mapsto \mathscr{F}(f)(\chi ) est un caractère non nul de L1(G)L^1(G).

Rappelons que la représentation régulière gauche γ\boldsymbol{\gamma } de Stell(G) sur L2(G)L^2(G) (cf. I, p. 125, no13^o13) est notée γ(φ)f\boldsymbol{\gamma }(\varphi )f = φ∗f\varphi *f pour φ∈\varphi \in Stell(G) et f∈L2(G)f\in L^2(G).

Lemme 3 02IC

Pour tout f∈A(G)f\in A(G), il existe une unique mesure bornée μf\mu_f sur G^\widehat{G} telle que

(φ∗f)(e)=∫G^F(φ)dμf(17) (\varphi *f)(e) =\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(\varphi )d\mu_f \tag{17}

quel que soit φ∈\varphi \in Stell(G).

De plus, pour tous ff et gg dans A(G), on a l’égalité

F(f)⋅μg=F(g)⋅μf(18) \mathscr{F}(f)\cdot \mu_g=\mathscr{F}(g)\cdot \mu_f \tag{18}

entre la mesure de densité F(f)\mathscr{F}(f) par rapport à μg\mu_g et la mesure de densité F(g)\mathscr{F}(g) par rapport à μf\mu_f.

Soient f,gf,g des éléments de L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G). Pour tout φ∈\varphi \in Stell(G), on a φ∗f∈L2(G)\varphi *f\in L^2(G) et ∥φ∗f∥2⩽∥φ∥∗∥f∥2(\|\varphi *f\|_2\leqslant \|\varphi \|_*\|f\|_2(I, p. 126, formule (8)). De plus, on a φ∗(f∗g)=(φ∗f)∗g(\varphi *(f*g) = (\varphi *f)*g(loc. cit., formule (9)). Cette dernière fonction appartient à l’adhérence C0(G)\mathscr{C}_0(G) de K(G)\mathscr{K}(G) dans C(G)\mathscr{C}(G) (INT, VIII, §4, no5^o5, prop. 15). De plus, on a

∥φ∗(f∗g)∥∞⩽∥φ∗f∥2∥g∥2⩽∥φ∥∗∥f∥2∥g∥2 \|\varphi *(f*g)\|_{\infty}\leqslant \|\varphi *f\|_2\|g\|_2\leqslant \|\varphi \|_*\|f\|_2\|g\|_2

Puisque les fonctions f∗gf*g pour ff et gg dans L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G) engendrent A(G), on en déduit que φ∗f∈C0(G)\varphi *f\in \mathscr{C}_0(G) pour tous f∈A(G)f\in A(G) et φ∈\varphi \in Stell(G), et que l’application φ↦(φ∗f)(e)\varphi \mapsto (\varphi *f)(e) est une forme linéaire continue sur Stell(G). Comme F\mathscr{F} est un isomorphisme de Stell(G) sur C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}) (prop. 5 de II, p. 209), la première assertion en résulte.

Soient maintenant ff et gg dans A(G). Pour φ∈L1(G)\varphi \in L^1(G), on a

(F(f)⋅μg)(F(φ))=∫G^F(φ)F(f)dμg=∫G^F(φ∗f)dμg (\mathscr{F}(f)\cdot \mu_g)(\mathscr{F}(\varphi )) =\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(\varphi )\mathscr{F}(f)d\mu_g=\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(\varphi *f)d\mu_g
=((φ∗f)∗g)(e)(19) = ((\varphi *f)*g)(e) \tag{19}

Comme (φ∗f)∗g=(φ∗g)∗f(\varphi *f)*g= (\varphi *g)*f et comme l’image de L1(G)L^1(G) par la transformation de Fourier est dense dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}) (cor. de II, p. 210), on déduit de la formule (19) que la formule (18) est satisfaite pour tous ff et gg dans A(G).

Lemme 4 02ID

Il existe une unique mesure ν\nu sur G^\widehat{G} telle que

μf=F(f)⋅ν \mu_f=\mathscr{F}(f)\cdot \nu

pour tout f∈A(G)f\in A(G). Pour f∈A(G)f\in A(G), on a F(f)∈L1(G^,ν)∩L2(G^,ν)\mathscr{F}(f)\in L^1(\widehat{G}, \nu )\cap L^2(\widehat{G}, \nu ).

Soit f∈A(G)f\in A(G). Notons Ωf\Omega_f l’ensemble ouvert dans G^\widehat{G} formé des χ∈G^\chi \in \widehat{G} tels que F(f)(χ)≠0\mathscr{F}(f)(\chi )\not= 0. Soit φ\varphi la fonction caractéristique de G^−Ωf\widehat{G}-\Omega_f. Pour tout g∈A(G)g\in A(G), on a alors

∫G^F(g)d(φ⋅μf)=∫G^φF(f)dμg=0 \int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(g)d(\varphi \cdot \mu_f) =\int_{\widehat{G}}\varphi \mathscr{F}(f)d\mu_g= 0

compte tenu de la formule (18).

D’après le corollaire 1 de II, p. 212, l’image A^(G)\widehat{A}(G) de A(G) par la transformation de Fourier est dense dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}). On déduit alors de la formule précédente que φ⋅μf=0\varphi \cdot \mu_f= 0, donc que μf\mu_f est concentrée sur Ωf\Omega_f (INT, IV, §4, no7^o7, déf. 4). Soit νf\nu_f la mesure sur Ωf\Omega_f de densité F(f)−1\mathscr{F}(f)^{-1} par rapport à μf∣Ωf\mu_f|\Omega_f.

Les ensembles Ωf\Omega_f, pour f∈A(G)f\in A(G), forment un recouvrement ouvert de G^\widehat{G} (cor. 2). Pour tous ff et gg dans A(G), la formule (18) démontre que νf∣(Ωf∩Ωg)=νg∣(Ωf∩Ωg)\nu_f|(\Omega_f\cap \Omega_g) =\nu_g|(\Omega_f\cap \Omega_g). Par suite, il existe une unique mesure ν\nu sur G^\widehat{G} telle que l’on ait νf=ν∣Ωf\nu_f=\nu |\Omega_f pour tout f∈A(G)f\in A(G) (INT, III, §2, no1^o1, prop. 1).

Si f∈A(G)f\in A(G), les mesures μf\mu_f et F(f)⋅ν\mathscr{F}(f)\cdot \nu sont concentrées sur Ωf\Omega_f, et leurs restrictions à Ωf\Omega_f sont égales à F(f)⋅νf\mathscr{F}(f)\cdot \nu_f; ces mesures sont donc égales.

Puisque μf\mu_f est une mesure bornée, la transformée de Fourier F(f)\mathscr{F}(f) appartient à l’espace L1(G^,ν)L^1(\widehat{G}, \nu ). Comme, de plus, F(f)\mathscr{F}(f) appartient à C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}), on a aussi F(f)∈L2(G^,ν)\mathscr{F}(f)\in L^2(\widehat{G}, \nu ).

La formule (17) s’écrit maintenant, pour φ∈\varphi \in Stell(G) et f∈A(G)f\in A(G) : (20) (φ∗f)(e)=∫G^F(φ)F(f)dν(\varphi *f)(e) =\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(\varphi )\mathscr{F}(f)d\nu.

En particulier, pour ff et gg dans A(G), on a

∫G^F(f)F(g)dν=(f∗g)(e)=∫Gf(x)g(x−1)dx(21) \int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(f)\mathscr{F}(g)d\nu = (f*g)(e) =\int_Gf(x)g(x^{-1})dx \tag{21}

Proposition 9 02IE

La mesure ν\nu caractérisée par le lemme 4 est une mesure de Haar sur G^\widehat{G}.

Soit χ∈G^\chi \in \widehat{G}. Pour ff et gg dans A(G), appliquons la formule (21) à χf\chi f et χg\chi g. Le membre de droite est inchangé, d’où

ν(F(f)F(g))=ν(F(χf)F(χg)) \nu (\mathscr{F}(f)\mathscr{F}(g)) =\nu (\mathscr{F}(\chi f)\mathscr{F}(\chi g))

D’après les formules (12) de II, p. 208 et (13) de II, p. 208, il vient

ν(F(f)F(g))=ν(εχ∗(F(f)F(g))) \nu (\mathscr{F}(f)\mathscr{F}(g)) =\nu (\varepsilon_{\chi}*(\mathscr{F}(f)\mathscr{F}(g)))

On déduit alors de INT, VIII, §4, no3^o3, prop. 7 que

ν(F(f)F(g))=(εχ−1∗ν)(F(f)F(g)) \nu (\mathscr{F}(f)\mathscr{F}(g)) = (\varepsilon_{\chi^{-1}}*\nu )(\mathscr{F}(f)\mathscr{F}(g))

c’est-à-dire

(F(f)⋅ν)(F(g))=(F(f)⋅(εχ−1∗ν))(F(g)) (\mathscr{F}(f)\cdot \nu )(\mathscr{F}(g)) = (\mathscr{F}(f)\cdot (\varepsilon_{\chi^{-1}}*\nu ))(\mathscr{F}(g))

Comme l’espace A^(G)\widehat{A}(G) est dense dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}) (cor. 1), il en résulte l’égalité

F(f)⋅ν=F(f)⋅(εχ−1∗ν) \mathscr{F}(f)\cdot \nu =\mathscr{F}(f)\cdot (\varepsilon_{\chi^{-1}}*\nu )

Les mesures ν\nu et εχ−1∗ν\varepsilon_{\chi^{-1}}*\nu coïncident donc sur l’ouvert Ωf\Omega_f où F(f)\mathscr{F}(f) est non nulle. D’après le corollaire 2 et INT, III, §2, no1^o1, cor. de la prop. 1, ces mesures sont donc égales.

Ceci montre que la mesure ν\nu est proportionnelle à une mesure de Haar sur G^\widehat{G}. Soit f∈A(G)f\in A(G). Prenons g=f~g=\widetilde{f} dans la formule (21). Elle s’écrit alors

∫G^∣F(f)∣2dν=∫G∣f∣2dx(22) \int_{\widehat{G}}|\mathscr{F}(f)|^2d\nu =\int_G|f|^2dx \tag{22}

ce qui démontre que la mesure ν\nu n’est pas nulle. La mesure ν\nu est donc une mesure de Haar sur G^\widehat{G}.

Définition 4 02IF

La mesure de Haar ν\nu sur G^\widehat{G} de la proposition 9 est dite mesure duale de la mesure de Haar dxdx donnée sur G.

Nous noterons souvent dχd\chi ou dx^d\widehat{x} la mesure de Haar sur G^\widehat{G} qui est duale de la mesure de Haar dxdx.

Remarque 02IG

Soit aa un nombre réel >0>0. Si l’on remplace dxdx par la mesure a⋅dxa\cdot dx, le produit de convolution des fonctions ff et g∈L1(G)g\in L^1(G) est remplacé par a(f∗g)a(f*g). Nous avons vu (II, p. 209, remarque) que F(f)\mathscr{F}(f) est remplacée par aF(f)a\mathscr{F}(f). Donc μf\mu_f est inchangée et ν\nu est remplacée par a−1⋅νa^{-1}\cdot \nu. En particulier, la mesure dx⊗dx^dx\otimes d\widehat{x} sur G×G^G\times \widehat{G} est indépendante du choix de la mesure de Haar sur G.

Lemme 5 02IH

L’espace A(G^)A(\widehat{G}) est dense dans L2(G^)L^2(\widehat{G}).

Soit hh un élément de L2(G^)L^2(\widehat{G}) orthogonal à A^(G)\widehat{A}(G). Pour ff et gg dans A(G), on a F(f)⋅F(g)=F(f∗g)∈A^(G)\mathscr{F}(f)\cdot \mathscr{F}(g) =\mathscr{F}(f*g)\in \widehat{A}(G), donc h⋅F(f)‾h\cdot \overline{\mathscr{F}(f)} est orthogonal à F(g)\mathscr{F}(g). Ainsi, pour tout f∈A(G)f\in A(G), la fonction h⋅F(f)h\cdot \mathscr{F}(f) est orthogonale à A^(G)\widehat{A}(G). Mais h⋅F(f)∈L1(G^)h\cdot \mathscr{F}(f)\in L^1(\widehat{G}), et A^(G)\widehat{A}(G) est dense dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}), donc la mesure hF(f)⋅νh\mathscr{F}(f)\cdot \nu est nulle, c’est-à-dire que hF(f)h\mathscr{F}(f) est ν\nu-localement négligeable (INT, V, §5, no3^o3, cor. 2 de la prop. 3). En particulier, hh est ν\nu-localement négligeable sur l’ensemble Ωf\Omega_f des caractères χ\chi tels que F(f)(χ)≠0\mathscr{F}(f)(\chi )\not= 0. D’après le corollaire 2, on en déduit que hh est ν\nu-localement négligeable, donc nulle puisque hh appartient à L2(G^)L^2(\widehat{G}). Cela conclut la preuve.

Théorème 1 (Plancherel) 02II

La restriction de la transformation de Fourier au sous-espace A(G) de L2(G)L^2(G) se prolonge de manière unique en une isométrie Φ de L2(G)L^2(G) sur L2(G^)L^2(\widehat{G}).

De plus, si f∈L1(G)∩L2(G)f\in L^1(G)\cap L^2(G), sa transformée de Fourier appartient à L2(G^)L^2(\widehat{G}) et coïncide dans L2(G^)L^2(\widehat{G}) avec Φ(f)\Phi (f).

D’après la formule (22), la restriction de F\mathscr{F} à A(G) est une isométrie du sous-espace A(G) de L2(G)L^2(G) sur le sous-espace A^(G)\widehat{A}(G) de L2(G^)L^2(\widehat{G}). Comme A(G) est dense dans L2(G)L^2(G) (cor. 1 de II, p. 212), la transformation de Fourier se prolonge de manière unique en une isométrie Φ de L2(G)L^2(G) sur un sous-espace fermé de L2(G^)L^2(\widehat{G}). Mais puisque son image contient A^(G)\widehat{A}(G), qui est dense dans L2(G^)L^2(\widehat{G}) (lemme 5), l’application Φ est surjective.

Soit maintenant f∈L1(G)∩L2(G)f\in L^1(G)\cap L^2(G); démontrons que sa transformée de Fourier appartient à L2(G^)L^2(\widehat{G}). D’après la prop. 8, (iv) de II, p. 211, et le fait que A(G) est un idéal de L1(G)L^1(G), il existe une base de filtre B\mathfrak{B} sur A(G) qui converge vers ff à la fois dans L1(G)L^1(G) et dans L2(G)L^2(G). On a alors

Φ(f)=\Phi (f) = limg,BΦ(g)=_{g,\mathfrak{B}}\Phi (g) = limg,BF(g)_{g,\mathfrak{B}}\mathscr{F}(g) dans L2(G^)L^2(\widehat{G}) et F(f)=\mathscr{F}(f) = limg,BF(g)_{g,\mathfrak{B}}\mathscr{F}(g) dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}). Il existe donc une

suite (gn)(g_n) dans A(G) telle que F(gn)\mathscr{F}(g_n) converge vers Φ(f)\Phi (f) dans L2(G^)L^2(\widehat{G}) et vers F(f)\mathscr{F}(f) dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}). D’après INT, IV, §3, no4^o4, th. 3 et cor. 1, on a F(f)=Φ(f)\mathscr{F}(f) = \Phi (f), et en particulier F(f)∈L2(G^)\mathscr{F}(f)\in L^2(\widehat{G}). Ceci achève de prouver le théorème.

On note encore F\mathscr{F} l’isométrie de L2(G)L^2(G) sur L2(G^)L^2(\widehat{G}) définie dans le théorème 1, et on l’appelle la transformation de Fourier dans L2(G)L^2(G). De même, la cotransformation de Fourier admet un unique prolongement isométrique à L2(G)L^2(G), encore appelé cotransformation de Fourier et noté F‾\overline{\mathscr{F}}.

Corollaire 02IJ

Supposons que G est compact et que dxdx est la mesure de Haar normalisée sur G. Alors la famille des caractères unitaires de G est une base orthonormale de L2(G)L^2(G).

Puisque G est compact, les caractères de G appartiennent à L2(G)L^2(G). Pour χ\chi et ξ\xi dans G^\widehat{G}, on a

∫G⟨χ,x⟩⟨ξ,x⟩dx=FG(dx)(χξ−1) \int_G\langle \chi , x\rangle \langle \xi , x\rangle dx=\mathscr{F}_G(dx)(\chi \xi^{-1})

donc la famille des caractères de G est orthonormale (prop. 6 de II, p. 210). Elle est de plus totale car le produit scalaire de χ∈G^\chi \in \widehat{G} et de f∈L2(G)f\in L^2(G) est égal à FG(f)(χ)\mathscr{F}_G(f)(\chi ), et donc ff est orthogonale à G^\widehat{G} si et seulement si FG(f)\mathscr{F}_G(f) est nulle dans L2(G^)L^2(\widehat{G}), si et seulement si ff est nulle (th. 1).

Remarque 1 02IK

Certaines des formules concernant la transformation de Fourier sur L1(G)L^1(G) s’étendent à la transformation de Fourier sur L2(G)L^2(G). En particulier, pour f∈L2(G)f\in L^2(G) et χ∈G^\chi \in \widehat{G}, on a

F‾(f)=(χ↦F(f)(χ−1))=F(f‾)‾ \overline{\mathscr{F}}(f) = (\chi \mapsto \mathscr{F}(f)(\chi^{-1})) =\overline{\mathscr{F}(\overline{f})}
F(εx∗f)=η(x−1)F(f),F‾(εx∗f)=η(x)F(f) \mathscr{F}(\varepsilon_x*f) =\eta (x^{-1})\mathscr{F}(f),\overline{\mathscr{F}}(\varepsilon_x*f) =\eta (x)\mathscr{F}(f)
F(χf)=εχ∗F(f),F‾(χf)=εχ∗F(f) \mathscr{F}(\chi f) =\varepsilon_{\chi}*\mathscr{F}(f),\overline{\mathscr{F}}(\chi f) =\varepsilon_{\chi}*\mathscr{F}(f)

Si σ\sigma est un automorphisme de G et Δ le module de σ\sigma (INT, VII, §1, no4^o4, déf. 4), alors pour f∈L2(G)f\in L^2(G), on a

F(f∘σ)=Δ−1F(f)∘σ^−1 \mathscr{F}(f\circ \sigma ) = \Delta^{-1}\mathscr{F}(f)\circ \widehat{\sigma}^{-1}

dans L2(G)L^2(G).

Remarque 2 02IL

Les formules

∥F‾(f)∥2=∥f∥2(23) \|\overline{\mathscr{F}}(f)\|^2=\|f\|^2 \tag{23}

pour f∈L2(G)f\in L^2(G), ou bien

∫Gf(x)g(x)‾dx=∫G^F(f)(χ)F(g)(χ)‾dχ(24) \int_Gf(x)\overline{g(x)}dx=\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(f)(\chi )\overline{\mathscr{F}(g)(\chi)}d\chi \tag{24}

pour ff et gg dans L2(G)L^2(G), sont appelées « formules de Plancherel ».

Proposition 10 02IM

Soit n⩾0n\geqslant 0 un entier et soient G1,⋯ ,GnG_1,\cdots ,G_n des groupes commutatifs localement compacts. Soient μj\mu_j, pour 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n, des mesures de Haar sur GjG_j. Soit G le groupe produit des groupes GjG_j pour 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n. Soit β\beta l’isomorphisme de G^\widehat{G} sur ∏G^j\prod\widehat{G}_j de la prop. 2 de II, p. 206. La mesure de Haar sur G^\widehat{G} duale de la mesure de Haar produit μ=μ1⊗⋯⊗μn\mu=\mu_1\otimes \cdots \otimes \mu_n sur G s’identifie au produit des mesures de Haar μ^j\widehat{\mu}_j.

En effet, pour toute famille (fj)(f_j) d’éléments non nuls de L2(Gj)\mathscr{L}^2(G_j), la fonction ff sur G définie par (xj)↦∏fj(xj)(x_j)\mapsto \prod f_j(x_j) appartient à L2(G)\mathscr{L}^2(G), et vérifie

∫G∣f∣2dμ=∏j∫Gj∣fj∣2dμj=∏j∫G^j∣FGj(f)∣2dμ^j \int_G|f|^2d\mu=\prod_j\int_{G_j}|f_j|^2d\mu_j=\prod_j\int_{\widehat{G}_j}|\mathscr{F}_{G_j}(f)|^2d\widehat{\mu}_j

d’après la formule de Plancherel, ce qui démontre que la mesure de Haar produit des μ^j\widehat{\mu}_j s’identifie à la mesure de Haar duale de μ\mu.

4. La formule d’inversion de Fourier

Rappelons que tout élément ff de A(G) est la classe d’une unique fonction continue (prop. 7, b) de II, p. 210). Pour x∈Gx\in G, on notera f(x)f(x) la valeur de cette fonction en xx.

Proposition 11 02IN

Soit f∈A(G)f\in A(G). Alors F(f)∈L1(G^)\mathscr{F}(f)\in L^1(\widehat{G}) et, pour tout x∈Gx\in G, on a

f(x)=∫G^⟨x^,x⟩F(f)(x^)dx^(25) f(x) =\int_{\widehat{G}}\langle \widehat{x}, x\rangle \mathscr{F}(f)(\widehat{x})d\widehat{x} \tag{25}

Autrement dit, pour f∈A(G)f\in A(G), on a

f=F‾G^(FG(f))∘η(26) f=\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\mathscr{F}_G(f))\circ \eta \tag{26}

où η\eta désigne l’application canonique de G dans le groupe bidual G^^\widehat{\widehat{G}}.

D’après le lemme 4 de II, p. 213 et la proposition 9 de II, p. 214, on a F(f)∈L1(G^)\mathscr{F}(f)\in L^1(\widehat{G}) pour toute fonction f∈A(G)f\in A(G). D’après la formule de Plancherel (24), pour ff et gg dans L2(G)L^2(G), on a

(f∗g~)(e)=∫G^F(f)(χ)F(g)(χ)‾dx^(χ)(27) (f*\widetilde{g})(e) =\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}(f)(\chi )\overline{\mathscr{F}(g)(\chi)}d\widehat{x}(\chi ) \tag{27}

Soient ff et gg dans L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G) et h=f∗g~∈A(G)h=f*\widetilde{g}\in A(G). Puisque la transformation de Fourier est un morphisme involutif, la formule (27) est l’assertion (25) pour la fonction hh au point x=ex=e. Par linéarité, on en déduit que la formule (25) est valide au point x=ex=e pour toute fonction h∈A(G)h\in A(G).

Soient x∈Gx\in G et h∈A(G)h\in A(G). Soit h1=εx−1∗hh_1=\varepsilon_{x^{-1}}*h. Alors h1∈A(G)h_1\in A(G) et h1(e)=h(x)h_1(e) =h(x). Comme de plus F(h1)(χ)=⟨χ,x⟩‾F(f)(χ)\mathscr{F}(h_1)(\chi ) =\overline{\langle\chi , x\rangle}\mathscr{F}(f)(\chi ) pour tout χ∈G^(\chi \in \widehat{G}(cf. formule (11) de II, p. 208), la formule (25) pour la fonction h1h_1 au point ee implique la formule (25) pour hh au point xx.

Lemme 6 02IO

Soit φ∈L1(G^)∩L2(G^)\varphi \in L^1(\widehat{G})\cap L^2(\widehat{G}). Alors f=F‾G^(φ)∘ηf=\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\varphi )\circ \eta appartient à L2(G)L^2(G) et FG(f)=φ\mathscr{F}_G(f) =\varphi dans L2(G^)L^2(\widehat{G}).

La fonction ff est continue et bornée sur G car φ∈L1(G^)\varphi \in L^1(\widehat{G}). Pour toute fonction g∈L1(G)∩L2(G)g\in L^1(G)\cap L^2(G), on a

∫Gg(x)f(x)dx=∫Gg(x)(∫G^⟨χ,x⟩φ(χ)dx^(χ))dx \int_Gg(x)f(x)dx=\int_Gg(x)(\int_{\widehat{G}}\langle \chi , x\rangle \varphi (\chi )d\widehat{x}(\chi ))dx
=∫G^F‾G(g)(χ)φ(χ)dx^(χ)(28) =\int_{\widehat{G}}\overline{\mathscr{F}}_G(g)(\chi )\varphi (\chi )d\widehat{x}(\chi ) \tag{28}

en appliquant le théorème de Lebesgue-Fubini (INT, V, §8, no4^o4, th. 1, a)) à la fonction (x,χ)↦g(x)φ(χ)⟨χ,x⟩(x, \chi )\mapsto g(x)\varphi (\chi )\langle \chi , x\rangle qui est intégrable sur G×G^G\times \widehat{G} par rapport à la mesure produit dx⊗dx^dx\otimes d\widehat{x}. On en déduit que

∣∫Gg(x)f(x)dx∣⩽∥F‾G(g)∥2∥φ∥2=∥g∥2∥φ∥2 |\int_Gg(x)f(x)dx|\leqslant \|\overline{\mathscr{F}}_G(g)\|_2\|\varphi \|_2=\|g\|_2\|\varphi \|_2

d’après la formule de Plancherel. La forme linéaire g↦∫Gfgg\mapsto \int_Gf g est donc continue sur L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G), et comme L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G) est dense dans l’espace hilbertien L2(G)L^2(G), on en déduit que ff appartient à L2(G)L^2(G).

En appliquant alors le th. 1 de II, p. 215, on obtient d’autre part

∫Gg(x)f(x)dx=∫G^FG(g‾)(χ)‾FG(f)(χ)dx^(χ) \int_Gg(x)f(x)dx=\int_{\widehat{G}}\overline{\mathscr{F}_G(\overline{g})(\chi)}\mathscr{F}_G(f)(\chi )d\widehat{x}(\chi )
=∫G^F‾G(g)(χ)FG(f)(χ)dx^(χ) =\int_{\widehat{G}}\overline{\mathscr{F}}_G(g)(\chi )\mathscr{F}_G(f)(\chi )d\widehat{x}(\chi )

pour tout g∈L2(G)g\in L^2(G). Comparant avec (28), on conclut que φ=FG(f)\varphi =\mathscr{F}_G(f) dans L2(G^)L^2(\widehat{G}), puisque A(G) est contenu dans L1(G)∩L2(G)L^1(G)\cap L^2(G) et que A^(G)\widehat{A}(G) est dense dans L2(G^)L^2(\widehat{G}) (lemme 5 de II, p. 215).

Proposition 12 (Formule d’inversion de Fourier)

Soit f∈L2(G)f\in L^2(G) telle que FG(f)∈L1(G^)\mathscr{F}_G(f)\in L^1(\widehat{G}). Alors on a ff = F‾G(FG(f))∘η\overline{\mathscr{F}}_G(\mathscr{F}_G(f))\circ \eta dans L2(G)L^2(G). Autrement dit, pour presque tout x∈Gx\in G, on a

f(x)=∫G^⟨x^,x⟩FG(f)(x^)dx^ f(x) =\int_{\widehat{G}}\langle \widehat{x}, x\rangle \mathscr{F}_G(f)(\widehat{x})d\widehat{x}

La fonction φ=FG(f)\varphi =\mathscr{F}_G(f) appartient à L1(G^)∩L2(G^)L^1(\widehat{G})\cap L^2(\widehat{G}), et on obtient la formule désirée en appliquant le lemme.

Corollaire 1 02IP

Pour tout sous-ensemble fermé P de G^\widehat{G} et tout χ∈G^\chi \in \widehat{G} n’appartenant pas à P, il existe une fonction f∈L1(G)f\in L^1(G) telle que F(f)\mathscr{F}(f) soit nulle sur P et non nulle en χ\chi.

Comme, d’après (12), on a F(χf)=εχ∗F(f)\mathscr{F}(\chi f) =\varepsilon_{\chi}*\mathscr{F}(f) pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, il suffit de considérer le cas où χ\chi est l’élément neutre de G^\widehat{G}.

Soit U un voisinage compact symétrique de e∈G^e\in \widehat{G} tel que U2∩P=∅U^2\cap P =\emptyset. Soit φ\varphi une fonction continue positive sur G^\widehat{G}, nulle en dehors de U et telle que φ(e)=1\varphi (e) = 1. La fonction φ1=φ∗φ\varphi_1=\varphi *\varphi est alors nulle sur P et φ1(e)>0\varphi_1(e)>0. Il suffit donc de démontrer que φ1\varphi_1 appartient à l’image de la transformation de Fourier sur L1(G)L^1(G). Or φ\varphi et φ1\varphi_1 appartiennent à L1(G^)∩L2(G^)L^1(\widehat{G})\cap L^2(\widehat{G}). Posons f=F‾(φ)∘ηf=\overline{\mathscr{F}}(\varphi )\circ \eta et f1=F‾(φ1)∘ηf_1=\overline{\mathscr{F}}(\varphi_1)\circ \eta. Le lemme 6 implique que ff et f1f_1 appartiennent à L2(G)L^2(G) et vérifient φ=F(f)\varphi =\mathscr{F}(f) et φ1=F(f1)\varphi_1=\mathscr{F}(f_1). De plus

f1=F‾(φ∗φ)∘η=(F‾(φ)∘η)2=f2 f_1=\overline{\mathscr{F}}(\varphi *\varphi )\circ \eta = (\overline{\mathscr{F}}(\varphi )\circ \eta )^2=f^2

et donc f1∈L1(G)f_1\in L^1(G). Ainsi φ1=F(f1)\varphi_1=\mathscr{F}(f_1) est bien dans l’image de L1(G)L^1(G) par la transformation de Fourier.

Corollaire 2 02IQ

L’algèbre de Banach L1(G)L^1(G) est régulière (I, p. 89, déf. 1).

D’après la prop. 1 de I, p. 88 et l’identification de la transformation de Gelfand de L1(G)L^1(G) et de la cotransformation de Fourier de G, cela découle du corollaire précédent.

5. Le théorème de dualité de Pontryagin

Théorème 2 (Pontryagin) 02IR

L’application canonique η\eta de G dans G^^\widehat{\widehat{G}} est un isomorphisme de groupes topologiques. Il transforme la mesure de Haar dxdx en la mesure de Haar biduale dx^^d\widehat{\widehat{x}}.

Démontrons d’abord que η\eta est injective et stricte. Il suffit pour cela de montrer que pour tout voisinage U de ee dans G, il existe un voisinage W de ee dans G^^\widehat{\widehat{G}} tel que η−1(W)⊂U\overset{-1}{\eta}(W)\subset U (lemme 2 de II, p. 200). Or soit V un voisinage compact symétrique de ee dans G tel que V2⊂UV^2\subset U, soit ff une fonction continue positive sur G, à support contenu dans V, et telle que f(e)>0f(e)>0. Soit g=f~∗fg=\widetilde{f}*f. Alors gg appartient à A(G), son support est contenu dans U et g(e)>0g(e)>0. De plus, FG(g)∈L1(G^)\mathscr{F}_G(g)\in L^1(\widehat{G}) d’après la prop. 11 de II, p. 217. L’ensemble W des ξ\xi dans G^^\widehat{\widehat{G}} tels que

∣F‾G^(FG(g))(ξ)−F‾G^(FG(g))(e)∣<12g(e) |\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\mathscr{F}_G(g))(\xi )-\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\mathscr{F}_G(g))(e)|<\frac{1}{2}g(e)

est un voisinage de ee dans G^^\widehat{\widehat{G}} puisque la fonction F‾G^(FG(g))\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\mathscr{F}_G(g)) est continue sur G^^\widehat{\widehat{G}}. Soit x∈η−1(W)x\in \overset{-1}{\eta}(W). D’après la formule (26), on a

F‾G^(FG(g))(η(x))=g(x) \overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\mathscr{F}_G(g))(\eta (x)) =g(x)

et donc ∣g(x)−g(e)∣<12g(e)|g(x)-g(e)|<\frac{1}{2}g(e). Cela implique g(x)≠0g(x)\not= 0 et donc x∈Ux\in U, puisque le support de gg est contenu dans U. Ainsi η−1(W)⊂U\overset{-1}{\eta}(W)\subset U.

Démontrons que l’application η\eta est surjective. Comme cette application est un homéomorphisme sur son image, le groupe η(G)\eta (G) est un sous-groupe localement compact de G^^\widehat{\widehat{G}}. Il est donc fermé dans G^^\widehat{\widehat{G}} (TG, III, p. 22, cor. 2). Raisonnons par l’absurde et supposons qu’il existe un caractère ξ∈G^^\xi \in \widehat{\widehat{G}} tel que ξ∉η(G)\xi \notin \eta (G). Il existe alors (corollaire 1 de II, p. 219) un élément ff non nul de L1(G^)L^1(\widehat{G}) tel que FG^(f)\mathscr{F}_{\widehat{G}}(f) soit nulle sur η(G)\eta (G). Soit g∈L1(G)g\in L^1(G). La fonction (x,χ)↦g(x)f(χ)⟨χ,x⟩(x, \chi )\mapsto g(x)f(\chi )\langle \chi , x\rangle appartient à L1(G×G^)L^1(G\times \widehat{G}). D’après le th. de Lebesgue-Fubini (INT, V, §8, no4^o4, th. 1, a)), il vient donc

∫G^f(χ)FG(g)(χ)dχ=∫Gg(x)(∫G^f(χ)⟨χ,x⟩‾dχ)dx \int_{\widehat{G}}f(\chi )\mathscr{F}_G(g)(\chi )d\chi =\int_Gg(x)(\int_{\widehat{G}}f(\chi )\overline{\langle\chi , x\rangle}d\chi )dx
=∫Gg(x)FG^(f)(η(x))dx=0 =\int_Gg(x)\mathscr{F}_{\widehat{G}}(f)(\eta (x))dx= 0

Puisque l’image de la transformation de Fourier est dense dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}) (cor. de la prop 5 de II, p. 209), il en résulte que la mesure f⋅dχf\cdot d\chi est nulle. Cela contredit le fait que f≠0f\not= 0 dans L1(G^)L^1(\widehat{G}), et démontre que η\eta est surjective.

La mesure image η(dx)\eta (dx) et la mesure ν\nu duale de la mesure dχd\chi sont des mesures de Haar sur G^^\widehat{\widehat{G}}. Soit ff un élément non nul de A(G) ; en particulier f∈L2(G)f\in L^2(G). D’après la prop. 12 de II, p. 219,FG(f)∈L1(G^),\mathscr{F}_G(f)\in L^1(\widehat{G}) et l’on a

∫G^^∣F‾G^(FG(f))∣2η(dx)=∫G∣f∣2dx=∫G^^∣F‾G^(FG(f))∣2dν \int_{\widehat{\widehat{G}}}|\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\mathscr{F}_G(f))|^2\eta (dx) =\int_G|f|^2dx=\int_{\widehat{\widehat{G}}}|\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\mathscr{F}_G(f))|^2d\nu

où la deuxième égalité suit de deux applications de la formule de Plancherel, donc la mesure de Haar duale de dχd\chi est la mesure η(dx)\eta (dx).

Nous identifierons dorénavant G et G^^\widehat{\widehat{G}} par l’isomorphisme η\eta. On a alors :

Corollaire 02IS

La cotransformation de Fourier de L2(G^)L^2(\widehat{G}) sur L2(G)L^2(G) et la transformation de Fourier de L2(G)L^2(G) sur L2(G^)L^2(\widehat{G}) sont des isométries réciproques l’une de l’autre.

Remarque 02IT

Soient f∈L2(G)f\in L^2(G) et g∈L2(G^)g\in L^2(\widehat{G}). En appliquant la formule de Plancherel (24) à ff et FG^(g)‾\overline{\mathscr{F}_{\widehat{G}}(g)}, on obtient la formule

∫Gf(x)FG^(g)(x)dx=∫G^FG(f)(χ)g(χ)dx^(χ)(29) \int_Gf(x)\mathscr{F}_{\widehat{G}}(g)(x)dx=\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}_G(f)(\chi )g(\chi )d\widehat{x}(\chi ) \tag{29}

puisque l’on a FG(FG^(g))=FG(F‾G^(g‾))=g‾\mathscr{F}_G(\mathscr{F}_{\widehat{G}}(g)) =\mathscr{F}_G(\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\overline{g})) =\overline{g}.

La transformation et la cotransformation de Fourier définies sur M1(G^)\mathscr{M}^1(\widehat{G}) sont à valeurs dans l’espace des fonctions continues bornées sur G. Pour β∈M1(G^)\beta \in \mathscr{M}^1(\widehat{G}) et x∈Gx\in G, on a

FG^(β)(x)=∫G^⟨χ,x⟩‾dβ(χ),F‾G^(β)(x)=∫G^⟨χ,x⟩dβ(χ) \mathscr{F}_{\widehat{G}}(\beta )(x) =\int_{\widehat{G}}\overline{\langle\chi , x\rangle}d\beta (\chi ),\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\beta )(x) =\int_{\widehat{G}}\langle \chi , x\rangle d\beta (\chi )

Les transformations de Fourier de G et G^\widehat{G} sont également transposées l’une de l’autre. Plus précisément :

Proposition 13 02IU

Soient α∈M1(G)\alpha \in \mathscr{M}^1(G) et β∈M1(G^)\beta \in \mathscr{M}^1(\widehat{G}). On a alors (30) FG(F‾G^(β)⋅α)=β∗FG(α)\mathscr{F}_G(\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\beta )\cdot \alpha ) =\beta *\mathscr{F}_G(\alpha )

et en particulier

∫GFG^(β)(x)dα(x)=∫G^FG(α)(χ)dβ(χ)(31) \int_G\mathscr{F}_{\widehat{G}}(\beta )(x)d\alpha (x) =\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}_G(\alpha )(\chi )d\beta (\chi ) \tag{31}

La formule (30) implique la formule (31) en évaluant les deux côtés de l’identité en χ=1\chi = 1. Démontrons (30). Soit χ∈G^\chi \in \widehat{G}. Il vient

(FG(F‾G^(β)⋅α))(χ)=∫G⟨χ,x⟩‾F‾G^(β)(x)dα(x) (\mathscr{F}_G(\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\beta )\cdot \alpha ))(\chi ) =\int_G\overline{\langle\chi , x\rangle}\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\beta )(x)d\alpha (x)
=∫G⟨χ,x⟩‾(∫G^⟨ξ,x⟩dβ(ξ))dα(x) =\int_G\overline{\langle\chi , x\rangle}(\int_{\widehat{G}}\langle \xi , x\rangle d\beta (\xi ))d\alpha (x)

La fonction (x,ξ)↦⟨χ,x⟩⟨ξ,x⟩(x, \xi )\mapsto \langle \chi , x\rangle \langle \xi , x\rangle est continue et bornée, donc intégrable sur G×G^G\times \widehat{G} par rapport à la mesure α⊗β\alpha \otimes \beta. D’après le théorème de Lebesgue-Fubini (INT, V, §8, no4^o4, th. 1, a)), on obtient

(FG(F‾G^(β)⋅α))(χ)=∫G^(∫G⟨χξ−1,x⟩‾dα(x))dβ(ξ) (\mathscr{F}_G(\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\beta )\cdot \alpha ))(\chi ) =\int_{\widehat{G}}(\int_G\overline{\langle\chi \xi^{-1}, x\rangle}d\alpha (x))d\beta (\xi )
=∫G^FG(α)(χξ−1)dβ(ξ)=(β∗FG(α))(χ) =\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}_G(\alpha )(\chi \xi^{-1})d\beta (\xi ) = (\beta *\mathscr{F}_G(\alpha ))(\chi )

comme désiré.

Corollaire 02IV

La transformation de Fourier FG\mathscr{F}_G est injective sur M1(G)\mathscr{M}^1(G).

En effet, si α∈M1(G)\alpha \in \mathscr{M}^1(G) vérifie FG(α)=0\mathscr{F}_G(\alpha ) = 0, on déduit de (31) que α(FG(f))=0\alpha (\mathscr{F}_G(f)) = 0 pour toute f∈L1(G^)f\in L^1(\widehat{G}) ; comme l’image de L1(G^)L^1(\widehat{G}) par la trans^\widehat{s}formation de Fourier est dense dans C0(G)\mathscr{C}_0(G) (cor. de la prop. 5 de II, p. 209), on a donc α=0\alpha = 0.

Il existe des espaces fonctionnels sur G et G^\widehat{G}, autres que L2(G)L^2(G) et L2(G^)L^2(\widehat{G}), sur lesquels F\mathscr{F} et F‾\overline{\mathscr{F}} sont des isomorphismes inverses l’un de l’autre. Le théorème suivant en donne un exemple. On note B(G) le sous-espace vectoriel de L1(G)L^1(G) formé des éléments f∈L1(G)f\in L^1(G) tels que FG(f)∈L1(G^)\mathscr{F}_G(f)\in L^1(\widehat{G}). C’est une sous-algèbre de L1(G)L^1(G). En effet, soient ff et gg dans B(G). On a f∗g∈L1(G)f*g\in L^1(G) et FG(f∗g)=FG(f)FG(g)∈L1(G^)\mathscr{F}_G(f*g) =\mathscr{F}_G(f)\mathscr{F}_G(g)\in L^1(\widehat{G}), puisque FG(f)∈L1(G^)\mathscr{F}_G(f)\in L^1(\widehat{G}) et FG(g)∈C0(G^)\mathscr{F}_G(g)\in \mathscr{C}_0(\widehat{G}).

Théorème 3 02IW

La restriction de la transformation de Fourier à B(G) induit un isomorphisme d’espaces vectoriels de B(G) sur B(G^)B(\widehat{G}), dont la réciproque est induite par la restriction à B(G^)B(\widehat{G}) de la cotransformation de Fourier.

Soit f∈B(G)f\in B(G). Notons g=FG(f)g=\mathscr{F}_G(f). On a g∈L1(G^)∩C0(G^)⊂g\in L^1(\widehat{G})\cap \mathscr{C}_0(\widehat{G})\subset L1(G^)∩L2(G^)L^1(\widehat{G})\cap L^2(\widehat{G}). Posons f1=F‾G^(g)∈L2(G)f_1=\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(g)\in L^2(G). Pour toute fonction continue à support compact h∈K(G^)h\in \mathscr{K}(\widehat{G}), on a h∈L1(G^)∩L2(G^)h\in L^1(\widehat{G})\cap L^2(\widehat{G}) et

∫Gf1(x)FG^(h)(x)dx=∫GF‾G^(g)(x)F‾G^(h‾)(x)‾dx \int_Gf_1(x)\mathscr{F}_{\widehat{G}}(h)(x)dx=\int_G\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(g)(x)\overline{\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}(\overline{h})(x)}dx
=∫G^g(χ)h(χ)dx^(χ) =\int_{\widehat{G}}g(\chi )h(\chi )d\widehat{x}(\chi )
=∫G^FG(f)(χ)h(χ)dx^(χ)=∫Gf(x)FG^(h)(x)dx =\int_{\widehat{G}}\mathscr{F}_G(f)(\chi )h(\chi )d\widehat{x}(\chi ) =\int_Gf(x)\mathscr{F}_{\widehat{G}}(h)(x)dx

en utilisant le théorème de Plancherel et la formule (31). Puisque K(G^)\mathscr{K}(\widehat{G}) est dense dans L2(G^)L^2(\widehat{G}), son image par la transformation de Fourier est dense dans L2(G)L^2(G). Par conséquent, on a f1=ff_1=f dans L1(G)L^1(G) ; cela démontre que g∈B(G^)g\in B(\widehat{G}).

La formule f1=ff_1=f signifie que la restriction à B(G) de la composition F‾G^∘FG\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}}\circ \mathscr{F}_G est l’application identique de B(G). En échangeant les rôles de G et G^\widehat{G}, on constate que FG∘FG^\mathscr{F}_G\circ \mathscr{F}_{\widehat{G}} est l’application identique de B(G^)B(\widehat{G}), ce qui achève la preuve du théorème.

Corollaire 1 02IX

Soit f∈L1(G)f\in L^1(G). Alors f∈B(G)f\in B(G) si et seulement si ff appartient à l’image de la transformation de Fourier FG^\mathscr{F}_{\widehat{G}} sur L1(G^)L^1(\widehat{G}). En particulier, on a A(G)⊂B(G)A(G)\subset B(G).

Le théorème 3 prouve que si f∈B(G)f\in B(G), alors f=FG^(F‾G(f))f=\mathscr{F}_{\widehat{G}}(\overline{\mathscr{F}}_G(f)), où FG(f)\mathscr{F}_G(f) appartient à L1(G^)L^1(\widehat{G}). Réciproquement, si f=FG^(g)f=\mathscr{F}_{\widehat{G}}(g), où g∈L1(G^)g\in L^1(\widehat{G}), alors on a g∈B(G^)g\in B(\widehat{G}) et donc f∈B(G)f\in B(G) d’après le théorème. La dernière assertion résulte alors de la prop. 11 de II, p. 217.

Corollaire 2 02IY

L’espace vectoriel B(G) est une algèbre à la fois pour la multiplication et pour la convolution. La transformation de Fourier échange convolution et multiplication dans B(G) et B(G^)B(\widehat{G}).

On a déjà vu que B(G) est une sous-algèbre de L1(G)L^1(G). D’autre part, si ff et gg appartiennent à B(G), alors fg∈L1(G)f g\in L^1(G) puisque f∈L1(G)f\in L^1(G) et gg appartient à l’image de la transformation de Fourier sur L1(G^)L^1(\widehat{G}) (corollaire 1). Comme il existe f1f_1 et g1g_1 dans L1(G^)L^1(\widehat{G}) telles que ff = FG^(f1)\mathscr{F}_{\widehat{G}}(f_1) et g=FG^(g1)g=\mathscr{F}_{\widehat{G}}(g_1) (loc. cit.), on a fg=FG^(f1∗g1)f g=\mathscr{F}_{\widehat{G}}(f_1*g_1), et donc fg∈B(G)f g\in B(G) de nouveau par le corollaire précédent.

Proposition 14 02IZ

Soient ff et gg dans L2(G)L^2(G). Alors FG(fg)=\mathscr{F}_G(f g) = FG(f)∗FG(g)\mathscr{F}_G(f)*\mathscr{F}_G(g).

L’égalité est vraie si ff et gg appartiennent à B(G) (corollaire 2), et en particulier si ff et gg appartiennent à A(G) puisque A(G)⊂B(G)A(G)\subset B(G) (cor. 1). Comme A(G) est dense dans L2(G)L^2(G) (cor. 1 de II, p. 212), il suffit de démontrer que les deux membres de l’égalité sont des fonctions continues de (f,g)∈L2(G)×L2(G)(f, g)\in L^2(G)\times L^2(G) à valeurs dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}). Or l’application (f,g)↦FG(fg)(f, g)\mapsto \mathscr{F}_G(f g) s’obtient en composant l’application continue (f,g)↦fg(f, g)\mapsto f g de L2(G)×L2(G)L^2(G)\times L^2(G) dans L1(G)L^1(G) et la transformation de Fourier FG\mathscr{F}_G de L1(G)L^1(G) dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}), qui est également continue. De même, l’application (f,g)↦FG(f)∗FG(g)(f, g)\mapsto \mathscr{F}_G(f)*\mathscr{F}_G(g) s’obtient en composant les applications continues (f,g)↦(FG(f),FG(g))(f, g)\mapsto (\mathscr{F}_G(f),\mathscr{F}_G(g)) de L2(G)×L2(G)L^2(G)\times L^2(G) dans L2(G^)×L2(G^)L^2(\widehat{G})\times L^2(\widehat{G}) et (h1,h2)↦h1∗h2(h_1, h_2)\mapsto h_1*h_2 de L2(G^)×L2(G^)L^2(\widehat{G})\times L^2(\widehat{G}) dans C0(G^)\mathscr{C}_0(\widehat{G}) (INT, VIII, §4, no5^o5, prop. 15).

Remarque 02J0

Voir le no9^o9 et les exercices 22 de II, p. 270 et 31 de II, p. 275 pour d’autres exemples d’espaces fonctionnels sur lesquels la transformation de Fourier est un isomorphisme, dans le cas de groupes G particuliers.

6. Propriétés fonctorielles de la dualité

Soient G et H des groupes localement compacts commutatifs. Rappelons que si φ:G→H\varphi : G\rightarrow H est un morphisme de groupes topologiques, le morphisme dual φ^:H^→G^\widehat{\varphi}:\widehat{H}\rightarrow \widehat{G} est défini par ⟨χ,φ(x)⟩=⟨φ^(χ),x⟩\langle \chi , \varphi (x)\rangle =\langle \widehat{\varphi}(\chi ), x\rangle quels que soient χ∈H^\chi \in \widehat{H} et x∈Gx\in G. Cette définition montre que φ^^=φ\widehat{\widehat{\varphi}}=\varphi avec les identifications de G (resp. H) et G^^\widehat{\widehat{G}} (resp. H^^\widehat{\widehat{H}}) du théorème 2 de II, p. 220.

Soit θ\theta une application de G×HG\times H dans U\mathbf{U}. Pour tout x∈Gx\in G (resp. tout y∈Hy\in H), soit θx\theta_x (resp. θy\theta^y) la fonction de G dans U\mathbf{U} définie par y↦y\mapsto θ(x,y)\theta (x, y) (resp. la fonction de H dans U\mathbf{U} définie par x↦θ(x,y)x\mapsto \theta (x, y)). Supposons que l’application α:x↦θx\alpha :x\mapsto \theta_x soit un isomorphisme du groupe topologique G sur le groupe topologique H^\widehat{H}. Pour tout y∈Hy\in H et x∈Gx\in G, on a

θy(x)=θ(x,y)=⟨α(x),y⟩=⟨x,α^(y)⟩ \theta^y(x) =\theta (x, y) =\langle \alpha (x), y\rangle =\langle x,\widehat{\alpha}(y)\rangle

c’est-à-dire θy=α^(y)\theta^y=\widehat{\alpha}(y). D’après le th. 2 de II, p. 220, l’application β:y↦θy\beta :y\mapsto \theta^y est donc un isomorphisme du groupe topologique H sur le groupe topologique G^\widehat{G}. Dans ces conditions, nous dirons que θ\theta met G et H en dualité, ou que G et H sont en dualité relativement à θ\theta. Nous identifierons alors chacun des groupes G et H au dual de l’autre. On appellera mesure duale de la mesure de Haar dxdx la mesure de Haar sur H obtenue par transport de structure à partir de la mesure duale de dxdx.

Lemme 7 02J1

Soient (Gi)i∈I(G_i)_{i\in I} et (Hi)i∈I(H_i)_{i\in I} des familles finies de groupes topologiques localement compacts. Pour i∈Ii\in I, soit θi:Gi×Hi→U\theta_i: G_i\times H_i\rightarrow \mathbf{U} une application qui met les groupes GiG_i et HiH_i en dualité. L’application θ\theta définie par

θ((gi),(hi))=∏i∈Iθi(gi,hi) \theta ((g_i),(h_i)) =\prod_{i\in I}\theta_i(g_i, h_i)

met les groupes ∏Gi\prod G_i et ∏Hi\prod H_i en dualité.

Cela résulte de la prop. 2 de II, p. 206 et de la définition qui précède.

Définition 5 02J2

Soient G, H et K des groupes topologiques. Soient f:H→Gf: H\rightarrow G et g:G→Kg: G\rightarrow K des morphismes de groupes topologiques. On dit que le couple (f,g)(f, g) est une suite exacte de groupes topologiques, si c’est une suite exacte de groupes (A, II, p. 10, remarque 5) et si ff et gg sont des morphismes stricts.

On représentera une suite exacte par le diagramme

H⟶fG⟶gK H\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K

et on dira qu’un diagramme

G1⟶f1G2⟶f2G3→⋯→Gn⟶fnGn+1 G_1\longrightarrow^{f_1}G_2\longrightarrow^{f_2}G_3\rightarrow \cdots \rightarrow G_n\longrightarrow^{f_n}G_{n+1}

est exact si chaque couple (fi,fi+1)(f_i, f_{i+1}) pour 1⩽i⩽n−11\leqslant i\leqslant n-1 est exact.

Une suite

1→H⟶fG⟶gK→1 1\rightarrow H\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K\rightarrow 1

est exacte si et seulement si ff est un morphisme injectif strict, gg est un morphisme surjectif strict, et le noyau de gg est égal à l’image de ff. Si K est séparé, l’image de ff est un sous-groupe fermé de G.

Exemple 1 02J3

Soit f:H→f: H\rightarrow G un morphisme injectif strict dont l’image est un sous-groupe distingué. La suite

1→H⟶fG⟶pG/f(H)→1 1\rightarrow H\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{p}{\longrightarrow}G/f(H)\rightarrow 1

où pp est la projection canonique, est exacte. En particulier, si H est un sous-groupe fermé et distingué de G, la suite de groupes topologiques

1→H⟶jG⟶pG/H→1 1\rightarrow H\overset{j}{\longrightarrow}G\overset{p}{\longrightarrow}G/H\rightarrow 1

où jj est l’inclusion et pp la projection canonique, est exacte.

Exemple 2 02J4

Soit g:G→Kg: G\rightarrow K un morphisme surjectif strict. La suite

1→1\rightarrow Ker(gg)⟶jG⟶gK→1\overset{j}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K\rightarrow 1,

où jj est l’inclusion, est exacte

Théorème 4 02J5

Une suite

H⟶fG⟶gK H\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K

de groupes topologiques localement compacts commutatifs est exacte si, et seulement si, la suite duale

K^⟶^gG^⟶^fH^ \widehat{K}\widehat{\longrightarrow}^g\widehat{G}\widehat{\longrightarrow}^f\widehat{H}

est exacte.

Nous commencerons par démontrer quelques lemmes. On notera que chacun d’entre eux est par ailleurs une conséquence facile de l’assertion du th. 4.

Lemme 8 02J6

Soit g:G→Kg: G\rightarrow K un morphisme de groupes topologiques localement compacts commutatifs. Si le morphisme gg est surjectif et strict, alors g^\widehat{g} est injectif et strict.

Puisque gg est surjectif, le morphisme g^\widehat{g} est injectif (lemme 2 de II, p. 205). Pour démontrer que g^\widehat{g} est un morphisme strict, il suffit de démontrer que pour tout voisinage U de ee dans K^\widehat{K}, il existe un voisinage V de ee dans G^\widehat{G} tel que g^−1(V)⊂U\overset{-1}{\widehat{g}}(V)\subset U (lemme 2 de II, p. 200). Soit U un tel voisinage de ee dans K^\widehat{K}. Par définition de la topologie de K^\widehat{K}, il existe une partie compacte X de K et un nombre ε>0\varepsilon >0 tels que U contienne l’ensemble des z^∈K^\widehat{z}\in \widehat{K} qui, pour tout z∈Xz\in X, vérifient ∣⟨z^,z⟩−1∣<ε|\langle \widehat{z}, z\rangle -1|< \varepsilon. Puisque gg est strict et surjectif, il existe, d’après TG, I, p. 80, prop. 10, une partie compacte X0X_0 de G telle que g(X0)=Xg(X_0) = X. Soit V le voisinage de ee dans G^\widehat{G} formé des éléments χ∈G^\chi \in \widehat{G} tels que,

pour tout x∈X0x\in X_0, on ait ∣⟨χ,x⟩−1∣<ε|\langle \chi , x\rangle -1|< \varepsilon. On a alors g^−1(V)⊂U\overset{-1}{\widehat{g}}(V)\subset U. Cela démontre l’assertion.

Lemme 9 02J7

Soit f:H→Gf: H\rightarrow G un morphisme de groupes topologiques localement compacts. Si le morphisme ff est injectif et strict, alors f^\widehat{f} est surjectif et strict.

Supposons que ff est injectif et strict. Le morphisme f^\widehat{f} induit par passage au quotient un morphisme q:G^/q:\widehat{G}/ Ker(f^\widehat{f})→H^\rightarrow \widehat{H}. Il s’agit de démontrer que c’est un isomorphisme de groupes topologiques ; par dualité, il suffit pour cela de démontrer que son dual q^\widehat{q} est un isomorphisme.

Notons L le groupe dual de G^/\widehat{G}/ Ker(f^\widehat{f}) et p:G^→G^/p:\widehat{G}\rightarrow \widehat{G}/ Ker(f^\widehat{f}) la projection canonique. Nous allons d’abord démontrer que p^\widehat{p} induit, par passage aux sous-espaces, un isomorphisme de L sur f(H)f(H).

On a q∘p=f^q\circ p=\widehat{f}, d’où p^∘q^=f\widehat{p}\circ \widehat{q}=f. L’image de p^\widehat{p} contient donc f(H)f(H).

Comme ff est strict, son image f(H)f(H) est un sous-groupe localement compact de G, et est donc fermé (TG, III, p. 22, cor. 2). Soit K = G/f(H)G/f(H) et considérons la suite exacte

1→H⟶fG⟶gK→1 1\rightarrow H\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K\rightarrow 1

associée (exemple 1). Par dualité, le morphisme f^∘g^\widehat{f}\circ \widehat{g} est trivial et donc l’image de g^\widehat{g} est contenue dans Ker(f^\widehat{f}) == Ker(pp). Ainsi p∘g^p\circ \widehat{g} est le morphisme trivial et, à nouveau par dualité, g∘p^g\circ \widehat{p} est aussi trivial. Il en résulte que l’image de p^\widehat{p} est contenue dans le noyau de gg, qui est égal à f(H)f(H). On conclut que l’image de p^\widehat{p} est égale à f(H)f(H).

Par ailleurs, puisque pp est un morphisme surjectif et strict, le morphisme dual p^\widehat{p} est un morphisme injectif strict de L dans G (lemme 8). Il en résulte que p^\widehat{p} induit un isomorphisme de groupes topologiques de L sur f(H)f(H). Puisque p^∘q^=f\widehat{p}\circ \widehat{q}=f, et que ff induit un isomorphisme de H sur son image f(H)f(H), le morphisme q^\widehat{q} est un isomorphisme.

Lemme 10 02J8

Soit

H⟶fG⟶gK H\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K

une suite exacte de groupes localement compacts commutatifs. Le noyau de f^\widehat{f} est égal à l’image de g^\widehat{g}.

L’homomorphisme f^∘g^\widehat{f}\circ \widehat{g} est trivial par dualité, donc l’image de g^\widehat{g} est contenue dans le noyau de f^\widehat{f}. Réciproquement, soit χ\chi dans le noyau de f^\widehat{f}. Cela signifie que Im(ff) == Ker(gg) est contenu dans le noyau de χ\chi, donc qu’il existe un caractère η\eta de Im(gg) tel que η∘g=χ\eta \circ g=\chi. Puisque l’inclusion de Im(gg) dans K est stricte, l’application duale de restriction des caractères de K à Im(gg) est surjective (lemme 9). Il existe donc un caractère β\beta de K tel que η\eta est la restriction de β\beta, et il vient χ=β∘g=g^(β)\chi =\beta \circ g=\widehat{g}(\beta ). On en conclut que le noyau de f^\widehat{f} est contenu dans l’image de g^\widehat{g}.

Démontrons maintenant le théorème 4. Il suffit par dualité de démontrer que la suite K^⟶^gG^⟶^fH^\widehat{K}\widehat{\longrightarrow}^g\widehat{G}\widehat{\longrightarrow}^f\widehat{H} est exacte lorsque la suite H⟶fG⟶gKH\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K l’est. Or, d’après les lemmes 8 et 9, les morphismes f^\widehat{f} et g^\widehat{g} sont stricts et d’après le lemme 10, le noyau de f^\widehat{f} est égal à l’image de g^\widehat{g}.

Corollaire 1 02J9

Soit

1→H⟶fG⟶gK→1 1\rightarrow H\overset{f}{\longrightarrow}G\overset{g}{\longrightarrow}K\rightarrow 1

une suite exacte de groupes topologiques localement compacts commutatifs. Le morphisme g^\widehat{g} induit un isomorphisme entre K^\widehat{K} et f(H)⊥f(H)^{\bot}, et f^\widehat{f} induit par passage au quotient un isomorphisme entre G^/f(H)⊥\widehat{G}/f(H)^{\bot} et H^\widehat{H}.

D’après le théorème 4, la suite

1→K^⟶^gG^⟶^fH^→1(32) 1\rightarrow \widehat{K}\widehat{\longrightarrow}^g\widehat{G}\widehat{\longrightarrow}^f\widehat{H}\rightarrow 1 \tag{32}

est exacte. Le morphisme g^\widehat{g} induit donc un isomorphisme de K^\widehat{K} sur Ker(f^\widehat{f}) =f(H)⊥=f(H)^{\bot} (lemme 2 de II, p. 205), et f^\widehat{f} induit par passage au quotient un isomorphisme de G^/Ker(f^)=G^/f(H)⊥\widehat{G}/Ker(\widehat{f}) =\widehat{G}/f(H)^{\bot} sur H^(\widehat{H}(loc. cit.).

Corollaire 2 02JA

Soit f:G→Hf: G\rightarrow H un morphisme de groupes topologiques localement compacts commutatifs. Le morphisme ff est strict si et seulement si f^\widehat{f} est strict.

D’après la décomposition canonique (E, II, p. 44) d’un morphisme strict, cela résulte des lemmes 8 et 9.

Corollaire 3 02JB

Soit H un sous-groupe de G. On a (H⊥)⊥=H(H^{\bot})^{\bot}= H.

Puisque H⊥H^{\bot} = H‾⊥\overline{H}^{\bot}, on peut supposer que H est fermé. Soit f:H→Gf: H\rightarrow G l’injection canonique et p:G→G/Hp: G\rightarrow G/H la projection canonique. On a H⊥=H^{\bot}= Ker(f^\widehat{f}) (lemme 10). Soit kk l’injection canonique de H⊥H^{\bot} dans G^\widehat{G}. D’après le théorème 4, le morphisme p^\widehat{p} induit un isomorphisme p^H:G^/H→H⊥\widehat{p}_H:\widehat{G}/H\rightarrow H^{\bot} de groupes topologiques et on a k∘p^H=p^k\circ \widehat{p}_H=\widehat{p}. Par conséquent (corollaire 1), il vient

(H⊥)⊥=(H^{\bot})^{\bot}= Ker(k^\widehat{k}) == Ker( p^^H∘k^\widehat{\widehat{p}}_H\circ \widehat{k}) == Ker(pp) =H= H.

Corollaire 4 02JC

Soit I un ensemble et soit (Hi)i∈I(H_i)_{i\in I} une famille de sous-groupes fermés de G. L’orthogonal du sous-groupe fermé engendré par les HiH_i est ⋂i∈IHi⊥\bigcap_{i\in I}H^{\bot}_i. L’orthogonal de ⋂iHi\bigcap_iH_i est le sous-groupe fermé engendré par les sous-groupes Hi⊥H^{\bot}_i.

La première assertion découle de la définition de l’orthogonal. En appliquant ce résultat et le cor. 3 à la famille de sous-groupes fermés (Hi⊥)i∈I(H^{\bot}_i)_{i\in I} de G^\widehat{G}, on voit que ⋂iHi\bigcap_iH_i est l’orthogonal du sous-groupe fermé engendré par les sous-groupes Hi⊥H^{\bot}_i, et la seconde assertion est alors obtenue par dualité.

Corollaire 5 02JD

Soit φ:G→H\varphi : G\rightarrow H un morphisme de groupes localement compacts commutatifs. Alors le sous-groupe Im(φ\varphi ) de H et le sous-groupe Ker(φ^\widehat{\varphi}) de H^\widehat{H} sont l’orthogonal l’un de l’autre. En particulier, pour que φ^\widehat{\varphi} soit injectif, il faut et il suffit que l’image de φ\varphi soit dense dans H.

On a Ker(φ^\widehat{\varphi}) =φ(G)⊥=\varphi (G)^{\bot} (lemme 2 de II, p. 205), d’où le résultat d’après le cor. 3.

Corollaire 6 02JE

Soit k∈Zk\in \mathbf{Z}. Alors le noyau de l’homomorphisme x↦xkx\mapsto x^k de G dans G et l’adhérence de l’image du morphisme χ↦χk\chi \mapsto \chi^k de G^\widehat{G} dans G^\widehat{G} sont l’orthogonal l’un de l’autre.

Cela résulte du corollaire précédent puisque les morphismes x↦xkx\mapsto x^k de G dans G et χ↦χk\chi \mapsto \chi^k de G^\widehat{G} dans G^\widehat{G} sont duaux l’un de l’autre.

Rappelons (A, X, p. 17) qu’un groupe commutatif A est divisible si, pour tout n∈Zn\in \mathbf{Z} non nul, l’application a↦ana\mapsto a^n de A dans A est surjective.

Corollaire 7 02JF

Soit G un groupe localement compact commutatif.

a) Si G est divisible, alors le groupe dual G^\widehat{G} est sans torsion ;

b) Si le groupe dual G^\widehat{G} est sans torsion, et si k∈Zk\in \mathbf{Z} est non nul, alors l’image de l’homomorphisme x↦xkx\mapsto x^k de G dans G est dense dans G ;

c) Supposons G discret ou compact. Pour que G soit divisible il faut et il suffit que G^\widehat{G} soit sans torsion.

Les assertions a) et b) résultent du cor. 6. Si G est discret ou compact, l’image du morphisme x↦xkx\mapsto x^k de G dans G est fermée, et c) résulte de a) et b).

Remarque 02JG

Il existe des groupes localement compacts commutatifs G qui ne sont pas divisibles et tels que G^\widehat{G} est sans torsion (exercice 63 de II, p. 299).

7. La formule de Poisson

Dans ce numéro, on considère un sous-groupe fermé H de G. On note β=dx\beta =dx la mesure de Haar sur G et β^\widehat{\beta} la mesure de Haar duale sur G^\widehat{G}. On note α\alpha une mesure de Haar sur H et α^\widehat{\alpha} la mesure de Haar duale sur le groupe dual H^\widehat{H}, que l’on identifie à G^/H⊥\widehat{G}/H^{\bot} (théorème 4 de II, p. 226). On identifie aussi G^/H\widehat{G}/H à H⊥H^{\bot} par l’application duale de la projection canonique G→G/HG\rightarrow G/H (loc. cit.).

On désignera par x˙\dot{x} l’image canonique d’un élément xx de G dans G/HG/H et par χ˙\dot{\chi} l’image canonique d’un élément χ\chi de G^\widehat{G} dans G^/H⊥\widehat{G}/H^{\bot}.

On note γ\gamma la mesure de Haar β/α\beta /\alpha sur G/HG/H (INT, VII, §2, no2^o2, déf. 1 et no7^o7, prop. 10), et γ^\widehat{\gamma} la mesure de Haar duale sur H⊥H^{\bot}. Rappelons (INT, VII, §2, no3^o3, prop. 5, c)) que la mesure γ\gamma est caractérisée par la propriété suivante : pour toute f∈L1(G)f\in \mathscr{L}^1(G), la fonction y↦f(xy)y\mapsto f(xy) sur H est α\alpha-intégrable pour β\beta-presque tout x∈Gx\in G ; son intégrale ne dépend que de x˙\dot{x} et la fonction définie γ\gamma-presque partout sur G/HG/H par

f♭:x˙↦∫Hf(xh)dα(h) f^{\flat}: \dot{x}\mapsto \int_Hf(xh)d\alpha (h)

appartient à L1(G/H,γ)L^1(G/H, \gamma ) et vérifie

∫G/Hf♭dγ=∫Gfdβ(33) \int_{G/H}f^{\flat}d\gamma =\int_Gf d\beta \tag{33}

Proposition 15 02JH

Soit f∈L1(G)f\in L^1(G) telle que la restriction à H⊥H^{\bot} de la fonction continue FG(f)\mathscr{F}_G(f) est intégrable relativement à γ^\widehat{\gamma}. Alors, pour presque tout x∈Gx\in G, la fonction y↦f(xy)y\mapsto f(xy) sur H est α\alpha-intégrable, et l’on a :

∫Hf(xy)dα(y)=∫H⊥⟨χ,x⟩FG(f)(χ)dγ^(χ) \int_Hf(xy)d\alpha (y) =\int_{H^{\bot}}\langle \chi , x\rangle \mathscr{F}_G(f)(\chi )d\widehat{\gamma}(\chi )

D’après ce qui précède, la fonction f♭f^{\flat} définie presque partout sur G/HG/H par

f♭(x˙)=∫Hf(xy)dα(y) f^{\flat}( \dot{x}) =\int_Hf(xy)d\alpha (y)

appartient à L1(G/H)L^1(G/H). La transformée de Fourier de f♭f^{\flat} s’identifie à la fonction sur H⊥=G^/HH^{\bot}=\widehat{G}/H donnée pour χ∈H⊥\chi \in H^{\bot} par

FG/H(f♭)(χ)=∫G/H⟨χ,x˙⟩‾f♭(x˙)dγ(x˙) \mathscr{F}_{G/H}(f^{\flat})(\chi ) =\int_{G/H}\overline{\langle\chi ,\dot{x}\rangle}f^{\flat}( \dot{x})d\gamma ( \dot{x})
=∫G⟨χ,x⟩‾f(x)dβ(x)=FG(f)(χ) =\int_G\overline{\langle\chi , x\rangle}f(x)d\beta (x) =\mathscr{F}_G(f)(\chi )

d’après la formule (33), appliquée à la fonction intégrable x↦x\mapsto ⟨χ,x⟩‾f(x)\overline{\langle\chi , x\rangle}f(x). Par hypothèse, la fonction F(f)∣H⊥=FG/H(f♭)\mathscr{F}(f)|H^{\bot}=\mathscr{F}_{G/H}(f^{\flat}) appartient à L1(H⊥)L^1(H^{\bot}), et donc la fonction f♭f^{\flat} appartient à l’espace B(G/H)B(G/H). Il en résulte (th. 3 de II, p. 222) que f♭f^{\flat} coïncide presque partout avec F‾G^/H(FG/H(f♭))\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}/H}(\mathscr{F}_{G/H}(f^{\flat})). Pour presque tout x˙∈G/H\dot{x}\in G/H, on a donc

f♭(x˙)=∫H⊥⟨χ,x⟩FG/H(f♭)(χ)dγ^(χ)=∫H⊥⟨χ,x⟩FG(f)(χ)dγ^(χ) f^{\flat}( \dot{x}) =\int_{H^{\bot}}\langle \chi , x\rangle \mathscr{F}_{G/H}(f^{\flat})(\chi )d\widehat{\gamma}(\chi ) =\int_{H^{\bot}}\langle \chi , x\rangle \mathscr{F}_G(f)(\chi )d\widehat{\gamma}(\chi )

Cela conclut la preuve.

Corollaire (Formule de Poisson) 02JI

Soit f∈L1(G)f\in \mathscr{L}^1(G). On suppose que les conditions suivantes sont vérifiées :

(i) La restriction de FG(f)\mathscr{F}_G(f) à H⊥H^{\bot} est intégrable ;

(ii) Pour tout x∈Gx\in G, la fonction y↦f(xy)y\mapsto f(xy) sur H est intégrable ;

(iii) L’application x↦∫Hf(xy)dα(y)x\mapsto \int_Hf(xy)d\alpha (y) est continue sur G.

Alors on a

∫Hf(y)dα(y)=∫H⊥FG(f)(χ)dγ^(χ)(34) \int_Hf(y)d\alpha (y) =\int_{H^{\bot}}\mathscr{F}_G(f)(\chi )d\widehat{\gamma}(\chi ) \tag{34}

En effet, reprenant les notations de la preuve de la proposition précédente, les fonctions f♭f^{\flat} et F‾G^/H(FG/H(f♭))\overline{\mathscr{F}}_{\widehat{G}/H}(\mathscr{F}_{G/H}(f^{\flat})) sur G/HG/H sont continues et égales presque partout. Elle sont donc égales partout et en particulier en ee, ce qui donne la formule (34).

Proposition 16 02JJ

La mesure α^\widehat{\alpha} sur H^=G^/H⊥\widehat{H} =\widehat{G}/H^{\bot} est égale à β/^γ^\widehat{\beta /}\widehat{\gamma}.

Fixons f∈K(G)f\in \mathscr{K}(G) non nulle. Pour x∈Gx\in G et χ∈G^\chi \in \widehat{G}, posons

φ(x,χ)=∫Hf(xy)⟨χ,y⟩dα(y) \varphi (x, \chi ) =\int_Hf(xy)\langle \chi , y\rangle d\alpha (y)

La fonction φ\varphi est continue sur G×G^G\times \widehat{G} (INT, IV, §4, no3^o3, cor. 1 du th. 2). Pour xx fixé, φ(x,χ)\varphi (x, \chi ) ne dépend que de la classe de χ\chi dans G^/H⊥=H^\widehat{G}/H^{\bot}=\widehat{H}. Pour χ\chi fixé, ⟨χ,x⟩φ(x,χ)\langle \chi , x\rangle \varphi (x, \chi ) ne dépend que de la classe de xx dans G/HG/H, et la fonction x˙↦⟨χ,x⟩φ(x,χ)\dot{x}\mapsto \langle \chi , x\rangle \varphi (x, \chi ) sur G/HG/H est à support compact.

Soit x∈Gx\in G. La fonction χ˙↦φ(x,χ)\dot{\chi}\mapsto \varphi (x, \chi ) sur H^\widehat{H} est la cotransformée de Fourier de la fonction y↦f(xy)y\mapsto f(xy) sur H. Celle-ci est de carré intégrable, donc d’après la formule de Plancherel (23) de II, p. 217, on a

∫G^/H⊥∣φ(x,χ)∣2dα^(χ˙)=∫H∣f(xy)∣2dα(y)(35) \int_{\widehat{G}/H^{\bot}}|\varphi (x, \chi )|^2d\widehat{\alpha}( \dot{\chi}) =\int_H|f(xy)|^2d\alpha (y) \tag{35}

Soit χ∈G^\chi \in \widehat{G}. La fonction x˙↦⟨χ,x⟩φ(x,χ)\dot{x}\mapsto \langle \chi , x\rangle \varphi (x, \chi ) appartient à K(G/H)\mathscr{K}(G/H), donc à L1(G/H)L^1(G/H). Sa cotransformée de Fourier est la fonction sur H⊥H^{\bot} dont la valeur en ξ∈H⊥\xi \in H^{\bot} est

∫G/H⟨ξ,x˙⟩⟨χ,x⟩φ(x,χ)dγ(x˙)=∫G/H(∫H⟨χξ,xy⟩f(xy)dα(y))dγ(x˙) \int_{G/H}\langle \xi ,\dot{x}\rangle \langle \chi , x\rangle \varphi (x, \chi )d\gamma ( \dot{x}) =\int_{G/H}(\int_H\langle \chi \xi , xy\rangle f(xy)d\alpha (y))d\gamma ( \dot{x})
=∫G⟨χξ,x⟩f(x)dβ(x)=F‾G(f)(χξ) =\int_G\langle \chi \xi , x\rangle f(x)d\beta (x) =\overline{\mathscr{F}}_G(f)(\chi \xi )

d’après la formule (33). Donc

∫G/H∣φ(x,χ)∣2dγ(x˙)=∫H⊥∣F‾G(f)(χξ)∣2dγ^(ξ)(36) \int_{G/H}|\varphi (x, \chi )|^2d\gamma ( \dot{x}) =\int_{H^{\bot}}|\overline{\mathscr{F}}_G(f)(\chi \xi )|^2d\widehat{\gamma}(\xi ) \tag{36}

par la formule de Plancherel de nouveau.

On calcule alors finalement

∫G^∣F‾G(f)∣2dβ^=∫G∣f∣2dβ\int_{\widehat{G}}|\overline{\mathscr{F}}_G(f)|^2d\widehat{\beta}=\int_G|f|^2d\beta (par (23))

=∫G/Hdγ(x˙)∫H∣f(xy)∣2dα(y)=\int_{G/H}d\gamma ( \dot{x})\int_H|f(xy)|^2d\alpha (y) (par (33))

=∫G/Hdγ(x˙)∫G^/H⊥∣φ(x,χ)∣2dα^(χ˙)=\int_{G/H}d\gamma ( \dot{x})\int_{\widehat{G}/H^{\bot}}|\varphi (x, \chi )|^2d\widehat{\alpha}( \dot{\chi}) (par (35))

=∫G^/H⊥dα^(χ˙)∫G/H∣φ(x,χ)∣2dγ(x˙) =\int_{\widehat{G}/H^{\bot}}d\widehat{\alpha}( \dot{\chi})\int_{G/H}|\varphi (x, \chi )|^2d\gamma ( \dot{x})

=∫G^/H⊥dα^(χ˙)∫H⊥∣F‾G(f)(χξ)∣2dγ^(ξ)=\int_{\widehat{G}/H^{\bot}}d\widehat{\alpha}( \dot{\chi})\int_{H^{\bot}}|\overline{\mathscr{F}}_G(f)(\chi \xi )|^2d\widehat{\gamma}(\xi ) (par (36)),

où on a appliqué INT, V, §8, no3^o3, prop. 5 à la fonction continue positive (x˙,χ˙)↦∣φ(x,χ)∣2( \dot{x},\dot{\chi})\mapsto |\varphi (x, \chi )|^2 sur G/H×G^/H⊥G/H\times \widehat{G}/H^{\bot}.

En comparant cette égalité avec la formule d’intégration (33) pour le groupe G^\widehat{G}, on conclut alors que les mesures de Haar α^\widehat{\alpha} et β/^γ^\widehat{\beta /}\widehat{\gamma} coïncident.

8. Exemples de dualité

Proposition 17 02JK

Soit n⩾1n\geqslant 1 un entier. Notons μn\boldsymbol{\mu}_n le groupe des racines nn-ièmes de l’unité dans C\mathbf{C}. Les groupes Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z} et μn\boldsymbol{\mu}_n sont en dualité relativement à l’application induite par passage au quotient de l’application Z×μn→U\mathbf{Z}\times \boldsymbol{\mu}_n\rightarrow \mathbf{U} définie par (m,z)↦zm(m, z)\mapsto z^m.

Le groupe Z/n^Z\mathbf{Z}\widehat{/n}\mathbf{Z} coïncide avec l’ensemble des homomorphismes χ\chi de Z/nZ\mathbf{Z}/n\mathbf{Z} dans U\mathbf{U}. Ceux-ci sont de la forme m↦χ(1)mm\mapsto \chi (1)^m où χ(1)\chi (1) est un élément quelconque de U\mathbf{U} tel que χ(1)n=1\chi (1)^n= 1, d’où le résultat.

Corollaire 1 02JL

Soit G un groupe fini commutatif. Le groupe dual G^\widehat{G} est isomorphe à G.

Le groupe G est isomorphe à un produit fini de groupes cycliques (A, VII, p. 22, th. 3), et son groupe dual est isomorphe au produit des groupes duaux de ceux-ci (prop. 2 de II, p. 206). On est donc ramené au cas où G est cyclique, qui relève de la proposition 17 puisque le groupe μn\boldsymbol{\mu}_n est cyclique d’ordre nn (A, V, p. 75, th. 1).

Corollaire 2 02JM

Soit G un groupe localement compact commutatif. Le groupe G est fini si et seulement si G^\widehat{G} est fini. Un sous-groupe fermé H de G est d’indice fini si et seulement si son orthogonal est fini.

Par dualité, la première assertion découle du fait que le dual d’un groupe fini est fini (corollaire 1). La seconde en résulte, puisque G^/H\widehat{G}/H s’identifie à H⊥H^{\bot} (th. 4 de II, p. 226).

Proposition 18 02JN

Pour que G^\widehat{G} soit compact, il faut et il suffit que G soit discret. Si G est discret, la mesure duale de la mesure de comptage sur G est la mesure de Haar normalisée sur G^\widehat{G}. Si G est compact, la mesure duale de la mesure de Haar normalisée est la mesure de comptage sur G^\widehat{G}.

Supposons G discret, et soit α\alpha la mesure de comptage sur G. Soit φ\varphi la fonction caractéristique de e∈Ge\in G. On a FG(φ)=1\mathscr{F}_G(\varphi ) = 1 sur G^\widehat{G}. Comme FG(φ)\mathscr{F}_G(\varphi ) tend vers 0 à l’infini, le groupe G^\widehat{G} est compact.

En outre, pour la mesure duale α^\widehat{\alpha} de α\alpha, la fonction FG(φ)\mathscr{F}_G(\varphi ) doit être d’intégrale φ(e)=1\varphi (e) = 1 (prop. 12 de II, p. 219). Donc α^(G^)=1\widehat{\alpha}(\widehat{G}) = 1.

Supposons G compact. Alors la mesure de Haar dxdx appartient à M1(G)\mathscr{M}^1(G). Sa transformée de Fourier est strictement positive en χ=e\chi =e et nulle pour χ≠0\chi \not= 0 (prop. 6 de II, p. 210). Puisque elle est continue sur G^\widehat{G}, le groupe G^\widehat{G} est discret. Si la mesure de G est 1, on déduit par dualité du cas précédent que la mesure duale de la mesure dxdx est la mesure de comptage sur G^\widehat{G}.

Corollaire 1 (Relations d’orthogonalité) 02JO

Supposons G discret et muni de la mesure de comptage. Pour xx et yy dans G, on a

∫\int 0 si x≠yx\not=y

χ(x)χ(y)dχ= \chi (x)\chi (y)d\chi =

G^_{\widehat{G}} 1 si x=yx=y.

Cela résulte du cor. du théo. 1 de II, p. 215 et de la dualité.

Corollaire 2 02JP

Soit H un sous-groupe fermé de G.

a) Pour que H soit compact, il faut et il suffit que H⊥H^{\bot} soit ouvert dans G^\widehat{G} ;

b) Pour que H soit ouvert, il faut et il suffit que H⊥H^{\bot} soit compact dans G^\widehat{G}.

a) Dire que H⊥H^{\bot} est ouvert revient à dire que G^/H⊥\widehat{G}/H^{\bot} est discret, or G^/H⊥\widehat{G}/H^{\bot} est isomorphe à H^\widehat{H} (th. 4 de II, p. 226) ; l’assertion découle donc de la prop. 18. L’assertion b) résulte par dualité de l’assertion a) appliquée à H⊥H^{\bot}.

Corollaire 3 02JQ

Soit (Hi)i∈I(H_i)_{i\in I} une famille filtrante décroissante de sous-groupes compacts de G. Pour que G s’identifie à la limite projective des groupes G/HiG/H_i, il faut et il suffit que G^\widehat{G} soit réunion des sous-groupes ouverts Hi⊥H^{\bot}_i.

Dire que G s’identifie à la limite projective des G/HiG/H_i revient à dire que ⋂iHi={e}\bigcap_iH_i=\{e\} (TG, III, p. 60, prop. 2), c’est-à-dire que ⋃iHi⊥\bigcup_iH^{\bot}_i est dense dans G^\widehat{G} (cor. 4 du th. 4 de II, p. 226). Or ⋃iHi⊥\bigcup_iH^{\bot}_i est un sous-groupe ouvert, donc fermé, de G^\widehat{G}.

Corollaire 4 02JR

Soit I un ensemble et soit (Hi)i∈I(H_i)_{i\in I} une famille de groupes compacts. Le dual du groupe produit des HiH_i est le groupe discret somme directe des groupes H^i\widehat{H}_i.

C’est un cas particulier du cor. 3.

Proposition 19 02JS

Soit K un corps localement compact non discret, non nécessairement commutatif, et soit G le groupe additif de K, dont la loi de groupe est notée additivement. Soit χ\chi un caractère unitaire de G distinct de 1. Pour x,y∈Gx, y\in G, posons θ(x,y)=χ(xy)\theta (x, y) =\chi (xy). Alors G est en dualité avec lui-même relativement à θ\theta.

Pour y∈Gy\in G, soit χy\chi_y l’application de G dans U\mathbf{U} telle que χy(x)=\chi_y(x) = χ(xy)\chi (xy). On a χy∈G^\chi_y\in \widehat{G}, et il faut démontrer que β:y↦χy\beta :y\mapsto \chi_y est un isomorphisme de groupes topologiques de G dans G^\widehat{G}.

L’application β\beta est un homomorphisme injectif de G dans G^\widehat{G}; elle est continue (TG, X, p. 28, th. 3 appliqué à l’application continue θ\theta de G×GG\times G dans C\mathbf{C}). Démontrons que θ\theta est un homéomorphisme sur son image. Il suffit (lemme 2 de II, p. 200) de démontrer que pour tout voisinage U de 0 dans K, il existe un voisinage V de ee dans G^\widehat{G} tel que β−1(V)⊂U\overset{-1}{\beta}(V)\subset U. Soit x↦∣x∣x\mapsto |x| une valeur absolue sur K définissant la topologie de K (AC, VI, §9, no1^o1, prop. 1), et soit x0∈Kx_0\in K tel que χ(x0)≠1\chi (x_0)\not= 1 ; notons η=∣χ(x0)−1∣>0\eta =|\chi (x_0)-1|>0. Soit U un voisinage de 0 dans K. Il existe δ>0\delta >0 tel que U contienne l’ensemble des y∈Ky\in K tels que ∣y∣<δ|y|< \delta. Soit V l’ensemble des caractères ξ∈G^\xi \in \widehat{G} tels que ∣⟨ξ,x⟩−1∣<η|\langle \xi , x\rangle -1|< \eta pour tout élément x∈Kx\in K vérifiant ∣x∣⩽∣x0∣/δ|x|\leqslant |x_0|/\delta. C’est un voisinage de ee dans G^\widehat{G}. Si y≠0y\not= 0 est tel que β(y)\beta (y) appartient à V, on a donc ∣χ(xy)−1∣<∣χ(x0)−1∣|\chi (xy)-1|<|\chi (x_0)-1| pour tout xx tel que ∣x∣⩽∣x0∣/δ|x|\leqslant |x_0|/\delta. Par conséquent, on a ∣x0y−1∣>∣x0∣/δ|x_0y^{-1}|>|x_0|/\delta, et donc ∣y∣<δ|y|< \delta, de sorte que y∈Uy\in U.

Puisque β\beta est un homéomorphisme sur son image, celle-ci est fermée dans G^\widehat{G} (TG, III, p. 22, cor. 2). Mais par ailleurs l’orthogonal de l’image de β\beta est l’ensemble des éléments xx de G tel que χ(xy)=1\chi (xy) = 1 pour tout y∈Gy\in G, et est donc réduit à {0}\{0\}. L’image de β\beta est donc dense dans G^\widehat{G} (corollaire 3 de II, p. 228). On conclut que β\beta est surjective.

Corollaire 1 02JT

Soient K un corps localement compact non discret non nécessairement commutatif et χ\chi un caractère unitaire non trivial du groupe additif de K. Soit E un espace vectoriel topologique de dimension finie sur K. L’application θ\theta de E×E′E\times E' dans U\mathbf{U} définie par θ(x,λ)=χ(⟨λ,x⟩)\theta (x, \lambda ) =\chi (\langle \lambda , x\rangle ) pour (λ,x)∈E′×E(\lambda , x)\in E'\times E met les groupes topologiques E et E′E' en dualité.

Soient nn la dimension de E et (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n) une base de E. Elle permet d’identifier E et KnK^n (EVT, I, p. 14, th. 2). Le résultat découle alors de la prop. 19 et de la prop. 2 de II, p. 206.

On note T\mathbf{T} le groupe R/Z\mathbf{R}/\mathbf{Z}.

Corollaire 2 02JU

a) Le groupe R\mathbf{R} est en dualité avec lui-même relativement à l’application (x,y)↦(x, y)\mapsto exp(2iπxyi\pi xy), et la mesure duale de la mesure de Lebesgue est la mesure de Lebesgue ;

b) Les groupes Z\mathbf{Z} et T\mathbf{T} sont en dualité relativement à l’application obtenue par passage au quotient à partir de l’application de Z×R\mathbf{Z}\times \mathbf{R} dans U\mathbf{U} telle que (n,x)↦(n, x)\mapsto exp(2iπnxi\pi nx). La mesure de Haar duale de la mesure de comptage sur Z\mathbf{Z} est la mesure de Haar normalisée sur R/Z\mathbf{R}/\mathbf{Z}.

Le groupe R\mathbf{R} est en dualité avec lui-même relativement à l’application (x,y)↦(x, y)\mapsto exp(2iπxyi\pi xy) d’après la prop. 19. Identifions R^\widehat{\mathbf{R}} à R\mathbf{R}. L’orthogonal de Z\mathbf{Z} dans R^=R\widehat{\mathbf{R}}=\mathbf{R} est alors Z\mathbf{Z}, et b) résulte du th. 4 de II, p. 226.

Soient α\alpha la mesure de comptage sur Z\mathbf{Z} et γ\gamma la mesure de Haar normalisée sur T\mathbf{T}. Si β\beta désigne la mesure de Lebesgue sur R\mathbf{R}, on a γ=β/α\gamma =\beta /\alpha, puisque ces deux mesures de Haar sur R/Z\mathbf{R}/\mathbf{Z} sont de masse 1. La mesure de Haar α^\widehat{\alpha} sur Z^=T\widehat{\mathbf{Z}}=\mathbf{T} est la mesure de Haar normalisée (prop. 18), et la mesure de Haar γ^\widehat{\gamma} est la mesure de comptage sur Z(\mathbf{Z}(loc. cit.). D’après la prop. 16 de II, p. 231, la mesure duale de β\beta est donc la mesure β\beta.

Remarque 02JV

On retrouve en particulier la détermination de X(L1(Z))\mathsf{X}(L^1(\mathbf{Z})) faite à l’exemple 4 de I, p. 36.

Pour tout entier n⩾0n\geqslant 0 et (x,y)∈Rn×Rn(x, y)\in \mathbf{R}^n\times \mathbf{R}^n, on note

x⋅y=∑j=1nxjyj x\cdot y=\sum_{j=1}^nx_jy_j

Corollaire 3 02JW

Soit n⩾1n\geqslant 1 un entier. Le groupe Rn\mathbf{R}^n est en dualité avec lui-même relativement à l’application (x,y)↦(x, y)\mapsto exp(2iπx⋅yi\pi x\cdot y) et la mesure duale de la mesure de Lebesgue sur Rn\mathbf{R}^n est la mesure de Lebesgue. Les groupes Zn\mathbf{Z}^n et Tn=Rn/Zn\mathbf{T}^n=\mathbf{R}^n/\mathbf{Z}^n sont en dualité relativement à l’application obtenue par passage au quotient à partir de l’application (n,x)↦(n, x)\mapsto exp(2iπx⋅yi\pi x\cdot y), et la mesure de Haar duale de la mesure de comptage sur Zn\mathbf{Z}^n est la mesure de Haar normalisée sur (R/Z)n(\mathbf{R}/\mathbf{Z})^n.

Ceci résulte du lemme 7 de II, p. 225, de la proposition 10 de II, p. 217 et du corollaire 2.

Remarque 02JX

Étant donné un sous-groupe H de Rn\mathbf{R}^n, il lui correspond donc son orthogonal H⊥H^{\bot}, un sous-groupe de R^n=Rn\widehat{\mathbf{R}}^n=\mathbf{R}^n, qui n’est autre que le sous-groupe associé à H défini en TG, VII, p. 6, no3^o3.

Dans la suite, on identifiera le dual de Rn\mathbf{R}^n (resp. de Tn\mathbf{T}^n) avec Rn\mathbf{R}^n (resp. avec Zn\mathbf{Z}^n) par la dualité du corollaire. En particulier, pour f∈L1(Rn)f\in L^1(\mathbf{R}^n), sa transformée de Fourier s’identifie à la fonction de Rn\mathbf{R}^n dans C\mathbf{C} qui à y∈Rny\in \mathbf{R}^n associe

F(f)(y)=∫Rnf(x)\mathscr{F}(f)(y) =\int_{\mathbf{R}^n}f(x) exp(−2iπx⋅y-2i\pi x\cdot y)dxdx.

Corollaire 4 02JY

Le groupe R∗\mathbf{R}^* est en dualité avec le groupe {−1,1}×R\{-1,1\} \times \mathbf{R} par l’application (x,(σ,t))↦σ(x/∣x∣)∣x∣it(x,(\sigma , t))\mapsto \sigma (x/|x|)|x|^{it}. Le groupe R+∗\mathbf{R}^*_+ est en dualité avec R\mathbf{R} par l’application (x,t)↦xit(x, t)\mapsto x^{it}.

En effet, l’application x↦(x/∣x∣x\mapsto (x/|x|, log(∣x∣|x|)) est un isomorphisme de groupes topologiques de R∗\mathbf{R}^* sur {−1,1}×R\{-1,1\} \times \mathbf{R}. L’assertion résulte alors du lemme 7 de II, p. 225, du corollaire 2 et du fait que les caractères unitaires de {−1,1}\{-1,1\} sont 1 et x↦xx\mapsto x.

Soit pp un nombre premier. Le corps Qp\mathbf{Q}_p des nombres pp-adiques est le complété de Q\mathbf{Q} pour la valuation pp-adique (INT, VII, § 1, no6^o6, exemple, et AC, VI, § 3, no4^o4, exemple 4). Pour tout x∈Qpx\in \mathbf{Q}_p, il existe un unique entier ν⩾0\nu \geqslant 0 et un unique entier qq vérifiant 0⩽q<pν0\leqslant q < p^{\nu} tels que qp−ν−x∈Zpqp^{-\nu}-x\in \mathbf{Z}_p (A, VII, p. 10, th. 2, appliqué à l’anneau principal Zp\mathbf{Z}_p et à l’ensemble RpR_p des entiers jj tels que 0⩽j<p0\leqslant j < p). On note λ(x)=qp−ν\lambda (x) =qp^{-\nu}.

Proposition 20 02JZ

L’application x↦x\mapsto exp(2iπλ(x)i\pi \lambda (x)) est un caractère unitaire de Qp\mathbf{Q}_p dont le noyau est Zp\mathbf{Z}_p.

Pour x1x_1 et x2x_2 dans Qp\mathbf{Q}_p, on a par définition λ(x1+x2)−λ(x1)−λ(x2)∈\lambda (x_1+x_2)-\lambda (x_1)-\lambda (x_2)\in Zp∩Q=Z\mathbf{Z}_p\cap \mathbf{Q}=\mathbf{Z}. L’application λ\lambda est de plus localement constante puisque λ(x+y)=λ(x)\lambda (x+y) =\lambda (x) si y∈Zpy\in \mathbf{Z}_p. Il en découle alors que x↦x\mapsto exp(2iπλ(x)i\pi \lambda (x)) est un caractère unitaire de Qp\mathbf{Q}_p. Comme λ(x)∈Z\lambda (x)\in \mathbf{Z} si et seulement si x∈Zpx\in \mathbf{Z}_p, le noyau de ce caractère est Zp\mathbf{Z}_p.

On rappelle qu’on appelle mesure de Haar normalisée sur le groupe additif de Qp\mathbf{Q}_p l’unique mesure de Haar μ\mu telle que μ(Zp)=1\mu(\mathbf{Z}_p) = 1 (INT, VII, §1, no6^o6, exemple).

Corollaire 02K0

a) Le groupe Qp\mathbf{Q}_p est en dualité avec lui-même relativement à l’application (x,y)↦(x, y)\mapsto exp(2iπλ(xy)i\pi \lambda (xy)). La mesure de Haar normalisée sur Qp\mathbf{Q}_p est alors sa propre duale ;

b) Les groupes Zp\mathbf{Z}_p et Qp/Zp\mathbf{Q}_p/\mathbf{Z}_p sont en dualité relativement à l’application obtenue par passage au quotient à partir de l’application définie par (z,x)↦(z, x)\mapsto exp(2iπλ(zx)i\pi \lambda (zx)), et la mesure duale de la mesure de Haar normalisée sur Zp\mathbf{Z}_p est la mesure de comptage sur Qp/Zp\mathbf{Q}_p/\mathbf{Z}_p.

La démonstration suit pas à pas celle du cor. 2 de la prop. 19.

9. Transformée de Fourier euclidienne et séries de Fourier

∗* Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. On identifie Rn\mathbf{R}^n et son dual comme dans le cor. 3 de II, p. 236. La mesure duale de la mesure de Lebesgue est alors la mesure de Lebesgue. On munit Rn\mathbf{R}^n de la norme euclidienne. Pour tout multi-indice α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, et tout x=(x1,...,xn)∈Rnx= (x_1, . . . , x_n)\in \mathbf{R}^n, on notera xα=x1α1⋯xnαnx^{\alpha}=x^{\alpha_1}_1\cdots x^{\alpha_n}_n, et on note XαX^{\alpha} la fonction x↦xαx\mapsto x^{\alpha} sur Rn\mathbf{R}^n.

Soit m∈Rmm\in \mathbf{R}^m. Tout morphisme continu de groupes commutatifs de Rm\mathbf{R}^m dans Rn\mathbf{R}^n est une application linéaire σ∈L(Rn,Rm)\sigma \in \mathscr{L}(\mathbf{R}^n,\mathbf{R}^m) (TG, VII, p. 11, prop. 1). Le morphisme dual σ^\widehat{\sigma} s’identifie à l’application linéaire tσ^t\sigma.

La transformation de Fourier dans Rn\mathbf{R}^n prend une forme particulièrement pratique dans le cadre de l’espace des fonctions de Schwartz et de son dual (IV, à paraître). Nous en résumons ici les résultats principaux.

Soit S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) l’espace des fonctions indéfiniment dérivables φ\varphi sur Rn\mathbf{R}^n, à valeurs complexes, telles que, pour tout multi-indice α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et tout entier k∈Nk\in \mathbf{N}, la fonction

x↦∥x∥k∂αφ(x) x\mapsto \|x\|^k\partial^{\alpha}\varphi (x)

est bornée sur Rn\mathbf{R}^n. On munit S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) de la topologie localement convexe définie par les semi-normes

pk,α:φ↦p_{k,\alpha}:\varphi \mapsto supx∈Rn∥x∥k∣∂αφ(x)∣_{x\in\mathbf{R}^n}\|x\|^k|\partial^{\alpha}\varphi (x)|.

On dit que S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est l’espace des fonctions de Schwartz sur Rn\mathbf{R}^n.

Pour tout α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, les applications φ↦∂αφ\varphi \mapsto \partial^{\alpha}\varphi et φ↦Xαφ\varphi \mapsto X^{\alpha}\varphi sont continues de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans lui-même. L’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est une algèbre topologique ; c’est un espace de Fréchet et un espace de Montel (EVT IV, p. 18, déf. 4). Pour tout p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ], l’espace S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est contenu dans Lp(Rn)\mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n) et l’injection canonique de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans Lp(Rn)\mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n) est continue. L’image de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n) est dense si p≠+∞p\not= +\infty.

Comme toute fonction de Schwartz φ\varphi est intégrable sur Rn\mathbf{R}^n, elle admet une transformée de Fourier notée φ^\widehat{\varphi} qui s’identifie à la fonction continue sur Rn\mathbf{R}^n définie par

y↦∫Rnφ(x)y\mapsto \int_{\mathbf{R}^n}\varphi (x) exp(−2iπx⋅y-2i\pi x\cdot y)dxdx.

La cotransformée de Fourier de φ\varphi s’identifie, quand à elle, à la fonction continue définie par

y↦∫Rnφ(x)y\mapsto \int_{\mathbf{R}^n}\varphi (x) exp(2iπx⋅yi\pi x\cdot y)dxdx.

Soit φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Soit α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n un multi-indice. On a

F(∂αφ)=(2iπ)∣α∣XαF(φ) \mathscr{F}(\partial^{\alpha}\varphi ) = (2i\pi )^{|\alpha|}X^{\alpha}\mathscr{F}(\varphi )
F(Xαφ)=(−2iπ)−∣α∣∂α(F(φ)) \mathscr{F}(X^{\alpha}\varphi ) = (-2i\pi )^{-|\alpha|}\partial^{\alpha}(\mathscr{F}(\varphi ))

Proposition 21 02K1

La restriction à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) de la transformation de Fourier est un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la restriction de la cotransformation de Fourier.

Soit Λ⊂Rn\Lambda \subset \mathbf{R}^n un réseau (TG, VII, p. 4), et soit Λ∗⊂Rn\Lambda^*\subset \mathbf{R}^n le réseau associé (TG, VII, p. 6), aussi parfois appelé réseau dual.

On appelle covolume du réseau Λ, et on note V(Λ), la mesure de Rn/Λ\mathbf{R}^n/\Lambda pour la mesure de Haar induite par la mesure de Lebesgue sur Rn(\mathbf{R}^n(cf. INT, VIII, §5, no5^o5, exemple). Pour toute fonction f∈f\in S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) et tout y∈Rny\in \mathbf{R}^n, on a la formule de Poisson

1

∑f(x+y)=∑f^(z)\sum f(x+y) =\sum\widehat{f}(z) exp(2iπy⋅zi\pi y\cdot z).

V(Λ) \*

x∈Λz∈Λx\in \Lambda z\in \Lambda

Remarque 1 02K2

Plus généralement, d’après le corollaire de la proposition 15 de II, p. 230, cette formule vaut pour toute fonction complexe intégrable sur Rn\mathbf{R}^n telle que

∑x∈Λ∣f(x+y)∣<+∞ \sum_{x\in\Lambda}|f(x+y)|<+\infty

pour tout y∈Rny\in \mathbf{R}^n et telle que la fonction sur Tn\mathbf{T}^n définie par

y↦∑x∈Λf(x+y) y\mapsto \sum_{x\in\Lambda}f(x+y)

est continue et admet une série de Fourier (cf. ci-dessous) absolument convergente.

Remarque 2 02K3

Il existe des fonctions f∈B(R)f\in B(\mathbf{R}) telles que la série ∑n∈Zf(n)\sum_{n\in\mathbf{Z}}f(n) diverge (exercice 4 de II, p. 263).

Exemple 02K4

Soit Q une forme quadratique définie positive sur Rn\mathbf{R}^n. La fonction définie par φ(x)=\varphi (x) = exp(−πQ(x)-\pi Q(x)) appartient à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Il existe σ∈\sigma \in GL(n,Rn,\mathbf{R}) tel que Q(x)=∥σ(x)∥2Q(x) =\|\sigma (x)\|^2 pour tout x∈Rnx\in \mathbf{R}^n. La transformée de Fourier de φ\varphi est donnée pour tout y∈Rny\in \mathbf{R}^n par

φ^(y)=∣\widehat{\varphi}(y) =|det(1σ1\sigma )∣| exp(−πQ∗(y)-\pi Q^*(y))

où Q∗(y)=∥tσ−1(y)∥2(Q^*(y) =\|^t\sigma^{-1}(y)\|^2(cf. INT, IX, §6, no^o 4–5 et exercice 1, c) de II, p. 262).

Définition 6 02K5

On appelle espace des distributions tempérées sur Rn\mathbf{R}^n l’espace dual de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) muni de la topologie de la convergence bornée. On le note S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n).

Puisque S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est bornologique, l’espace S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est complet et bornologique (EVT, III, p. 24, cor. 1 et 2). Comme S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est un espace de Montel, il en est de même de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) (EVT, IV, p. 19, prop. 9).

Soit α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n. On note encore f↦Xαff\mapsto X^{\alpha}f la transposée de l’endomorphisme φ↦Xαφ\varphi \mapsto X^{\alpha}\varphi de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n), et on note f↦∂αff\mapsto \partial^{\alpha}f l’endomorphisme de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) défini par

⟨∂αf,φ⟩=(−1)∣α∣⟨f,∂αφ⟩ \langle \partial^{\alpha}f, \varphi \rangle = (-1)^{|\alpha|}\langle f, \partial^{\alpha}\varphi \rangle

pour f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) et φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

Soit ff une application linéaire de S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) dans C\mathbf{C}. Alors ff est une distribution tempérée si, et seulement si, pour toute famille (Mk,α)(k,α)∈N×Nn(M_{k,\alpha})_{(k,\alpha)\in\mathbf{N}\times\mathbf{N}^n} dans R+\mathbf{R}_+, la forme linéaire ff est bornée sur l’ensemble des fonctions φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) telles que pour tout (k,α)∈N×Nn(k, \alpha )\in \mathbf{N}\times \mathbf{N}^n, on a pk,α(φ)⩽Mk,αp_{k,\alpha}(\varphi )\leqslant M_{k,\alpha}.

Une suite (fm)m∈N(f_m)_{m\in\mathbf{N}} de distributions tempérées converge vers une distribution tempérée ff si, et seulement si, on a ⟨fm,φ⟩→⟨f,φ⟩\langle f_m, \varphi \rangle \rightarrow \langle f, \varphi \rangle pour tout φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n).

Exemple 02K6

Une mesure ν\nu sur Rn\mathbf{R}^n est dite tempérée s’il existe un entier positif rr tel que l’application continue x↦(1+∥x∥)−rx\mapsto (1+\|x\|)^{-r} est ν\nu-intégrable sur Rn\mathbf{R}^n. La restriction de ν\nu à S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) est une distribution tempérée. Elle est nulle si et seulement si la mesure ν\nu est nulle.

Soit p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ] et f∈Lp(Rn)f\in \mathscr{L}^p(\mathbf{R}^n). Alors la mesure f⋅dxf\cdot dx de densité ff par rapport à la mesure de Lebesgue est tempérée. En particulier, la mesure de Lebesgue μ\mu sur Rn\mathbf{R}^n est tempérée, et toute mesure bornée sur Rn\mathbf{R}^n est tempérée.

Pour tout p∈[1,+∞]p\in [1,+\infty ], on peut identifier Lp(Rn)L^p(\mathbf{R}^n) à un sous-espace de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) par l’application linéaire f↦f⋅dxf\mapsto f\cdot dx; cette application est continue.

Définition 7 02K7

On appelle transformation de Fourier sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n), et on note F\mathscr{F} (resp. on appelle cotransformation de Fourier, et on note F‾\overline{\mathscr{F}}) la transposée de la transformation de Fourier sur S(Rn)\mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (resp. de la cotransformation de Fourier).

Pour f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n), la distribution tempérée F(f)\mathscr{F}(f) (resp. F‾(f)\overline{\mathscr{F}}(f)) est définie par φ↦⟨f,F(φ)⟩\varphi \mapsto \langle f,\mathscr{F}(\varphi )\rangle pour φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n) (resp. par φ↦\varphi \mapsto ⟨f,F‾(φ)⟩\langle f,\overline{\mathscr{F}}(\varphi )\rangle ).

La transformation de Fourier sur S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la cotransformation de Fourier F‾\overline{\mathscr{F}}.

Proposition 22 02K8

Soit ff une distribution tempérée appartenant à M1(Rn)\mathscr{M}^1(\mathbf{R}^n) (resp. à L2(Rn)L^2(\mathbf{R}^n)). La transformée de Fourier de ff dans S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) est la distribution tempérée associée à la transformée de Fourier de ff dans C0(Rn)\mathscr{C}_0(\mathbf{R}^n) (resp. dans L2(Rn)L^2(\mathbf{R}^n)). Il en est de même pour la cotransformation de Fourier.

Remarque 02K9

Les formules élémentaires concernant la transformation de Fourier des mesures restent valides pour la transformation de Fourier des distributions tempérées.

Ainsi, si α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n et f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n), on a

F(∂αf)=(2iπ)∣α∣XαF(f) \mathscr{F}(\partial^{\alpha}f) = (2i\pi )^{|\alpha|}X^{\alpha}\mathscr{F}(f)
F(Xαf)=(−2iπ)−∣α∣∂α(F(f)) \mathscr{F}(X^{\alpha}f) = (-2i\pi )^{-|\alpha|}\partial^{\alpha}(\mathscr{F}(f))

Soit y∈Rny\in \mathbf{R}^n. Notons γ(y)\boldsymbol{\gamma }(y) l’endomorphisme de S′(Rn)\mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) défini par

⟨γ(y)f,φ⟩=⟨f,γ(−y)φ⟩ \langle \boldsymbol{\gamma }(y)f, \varphi \rangle =\langle f,\boldsymbol{\gamma }(-y)\varphi \rangle

pour f∈S′(Rn)f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n) et φ∈S(Rn)\varphi \in \mathscr{S}(\mathbf{R}^n). Notons eye_y le caractère de Rn\mathbf{R}^n tel que ey(x)=e_y(x) = exp(2iπx⋅yi\pi x\cdot y). Alors ey∈S′(Rn)e_y\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n). On a F(ey)=εy\mathscr{F}(e_y) =\varepsilon_y, et plus généralement

F(eyf)=γ(y)F(f) \mathscr{F}(e_yf) =\boldsymbol{\gamma }(y)\mathscr{F}(f)

pour tout f∈S′(Rn).∗f\in \mathscr{S}'(\mathbf{R}^n).*

Soient n⩾1n\geqslant 1 un entier et G=TnG =\mathbf{T}^n, muni de la mesure de Haar normalisée. Le groupe dual de G s’identifie à Zn\mathbf{Z}^n par l’application h↦χhh\mapsto \chi_h, où χh\chi_h est le caractère unitaire de Tn\mathbf{T}^n obtenu par passage au quotient à partir du caractère x↦x\mapsto exp(2iπh⋅xi\pi h\cdot x) de Rn\mathbf{R}^n (corollaire 3 de II, p. 236). La transformée de Fourier d’une mesure μ\mu sur Tn\mathbf{T}^n s’identifie à la famille (μ^(h))h∈Zn(\widehat{\mu}(h))_{h\in\mathbf{Z}^n} où

μ^(h)=∫Tne−2iπh⋅xdμ(x) \widehat{\mu}(h) =\int_{\mathbf{T}^n}e^{-2i\pi h\cdot x}d\mu(x)

La série

∑h∈Znμ^(h)χh \sum_{h\in\mathbf{Z}^n}\widehat{\mu}(h)\chi_h

est appelée la série de Fourier de μ\mu.

Si f∈L1(Tn)f\in L^1(\mathbf{T}^n) est telle que sa série de Fourier converge absolument dans L1(Zn)L^1(\mathbf{Z}^n), on a alors f∈C(Tn)f\in \mathscr{C}(\mathbf{T}^n) et

f(x)=∑h∈Znf^(h)e2iπh⋅x f(x) =\sum_{h\in\mathbf{Z}^n}\widehat{f}(h)e^{2i\pi h\cdot x}

pour tout x∈Tnx\in \mathbf{T}^n (théorème 3 de II, p. 222), où

f^(h)=∫Tnf(x)e−2iπh⋅xdx,h∈Zn \widehat{f}(h) =\int_{\mathbf{T}^n}f(x)e^{-2i\pi h\cdot x}dx,h\in \mathbf{Z}^n

Pour f∈L2(Tn)f\in L^2(\mathbf{T}^n), la formule d’inversion de Fourier (prop. 12 de II, p. 219) dit que, si la série de terme général f^(h)\widehat{f}(h) converge absolument, on a

f(x)=∑h∈Znf^(h)e2iπh⋅x f(x) =\sum_{h\in\mathbf{Z}^n}\widehat{f}(h)e^{2i\pi h\cdot x}

pour presque tout xx dans Tn\mathbf{T}^n.

Cependant, même si ff est continue, la série de Fourier de ff ne converge en général pas vers f(x)f(x) pour tout xx (exerc. 30 de II, p. 274). Le résultat suivant est d’autant plus utile.

Proposition 23 (Théorème de Fejér) 02KA

Soit n⩾1n\geqslant 1 un entier. Pour tout h=(hi)∈Znh= (h_i)\in \mathbf{Z}^n, on note ∣h∣=|h|= supi∣hi∣_i|h_i|. Soit f∈C(Tn)f\in \mathscr{C}(\mathbf{T}^n). Pour tout entier N⩾1N\geqslant 1, notons fNf_N la fonction sur Tn\mathbf{T}^n telle que

fN(x)=∑h∈Zn∣h∣⩽Nf^(h)e2iπh⋅x∏j=1n(1−∣hj∣N) f_N(x) =\sum_{\substack{h\in\mathbf{Z}^n\\|h|\leqslant N}}\widehat{f}(h)e^{2i\pi h\cdot x}\prod_{j=1}^n\left(1-\frac{|h_j|}{N}\right)

pour x∈Tnx\in \mathbf{T}^n. Alors fNf_N converge vers ff dans C(Tn)\mathscr{C}(\mathbf{T}^n).

Lemme 11 02KB

Pour tout N⩾1N\geqslant 1, soit μN\mu_N la mesure sur Tn\mathbf{T}^n de densité l’application continue

FN:x↦∑h∈Zn∣h∣⩽Ne2iπh⋅x∏j=1n(1−∣hj∣N). F_N:x\mapsto \sum_{\substack{h\in\mathbf{Z}^n\\|h|\leqslant N}}e^{2i\pi h\cdot x}\prod_{j=1}^n\left(1-\frac{|h_j|}{N}\right).

La suite des mesures (μN)N⩾1(\mu_N)_{N\geqslant 1} converge vers ε0\varepsilon_0 dans l’espace M1(Tn)\mathscr{M}^1(\mathbf{T}^n) muni de la topologie de la convergence compacte dans C(Tn)\mathscr{C}(\mathbf{T}^n).

On se ramène au cas n=1n= 1 en notant que μN\mu_N est le produit de mesures du même type pour n=1n= 1. Il suffit alors de vérifier que la suite (μN)(\mu_N) satisfait aux hypothèses du lemme 4 de INT, VIII, §2, no7^o7 avec a=0a= 0.

Pour cela, notons tout d’abord que FNF_N est la cotransformée de Fourier de l’application φN:h↦(1−∣h∣/N)\varphi_N:h\mapsto (1- |h|/N) sur Z\mathbf{Z}. Celle-ci s’écrit φN=\varphi_N= N−1ψN∗ψ~NN^{-1}\psi_N*\widetilde{\psi}_N, où ψN\psi_N est la fonction caractéristique de l’ensemble défini par −N/2<∣h∣⩽N/2-N/2<|h|\leqslant N/2. Par conséquent, FN=N−1∣F(ψN)∣2⩾0F_N= N^{-1}|\mathscr{F}(\psi_N)|^2\geqslant 0. Ainsi, μN\mu_N est une mesure positive ; on a μN(T)=1\mu_N(\mathbf{T}) = 1, ce qui démontre (i) et (iii) dans loc. cit.

Démontrons la condition (ii) de loc. cit. Soit U un voisinage ouvert de 0 dans T\mathbf{T}. Il suffit de démontrer que μN(U)→1\mu_N(U)\rightarrow 1 quand N→+∞N\rightarrow +\infty. Soient K un voisinage compact symétrique de 0 tel que K2⊂UK^2\subset U et ψ\psi la fonction caractéristique de K. Posons φ=ψ∗ψ\varphi =\psi *\psi. C’est un élément de A(T)A(\mathbf{T}) à support contenu dans U. Le nombre réel m=φ(0)m=\varphi (0) est la mesure de l’ensemble K et donc m>0m >0. De plus, il vient 0⩽φ⩽m0\leqslant \varphi \leqslant m puisque φ(x)\varphi (x) est la mesure de l’ensemble K∩xKK\cap xK. On a

μN(U)⩾1m∫Tφ(x)μN(x)=1m∑F(φ)(h)φN(h) \mu_N(U)\geqslant \frac{1}{m}\int_{\mathbf{T}}\varphi (x)\mu_N(x) =\frac{1}{m}\sum\mathscr{F}(\varphi )(h)\varphi_N(h)
h∈Zh\in \mathbf{Z}

d’après les propriétés de transposition de la transformation de Fourier (prop. 13 de II, p. 221). Puisque φ∈A(T)\varphi \in A(\mathbf{T}), sa transformée de Fourier appartient à L1(Z)L^1(\mathbf{Z}) et φ\varphi vérifie la formule d’inversion de Fourier (prop. 11 de II, p. 217). Comme φN(h)→1\varphi_N(h)\rightarrow 1 pour tout h∈Zh\in \mathbf{Z} et ∣φN(h)∣⩽1|\varphi_N(h)|\leqslant 1, le théorème de Lebesgue (INT, IV, §3, no7^o7, th. 6) et la formule d’inversion de Fourier impliquent que

lim infN→+∞μN(U)⩾1m_{N\rightarrow+\infty}\mu_N(U)\geqslant \frac{1}{m} limN→+∞∑h∈ZF(φ)(h)φN(h)=_{N\rightarrow+\infty}\sum_{h\in\mathbf{Z}}\mathscr{F}(\varphi )(h)\varphi_N(h) =

1 ∑F(φ)(h)=1φ(0)=1\sum\mathscr{F}(\varphi )(h) =1\varphi (0) = 1.

mh∈Zm m_{h\in\mathbf{Z}}m

Démontrons la proposition. On a f∗FN=fNf*F_N=f_N pour N⩾1N\geqslant 1. La représentation régulière γ\boldsymbol{\gamma } de Tn\mathbf{T}^n dans C(Tn)\mathscr{C}(\mathbf{T}^n) (INT, VIII, §2, no3^o3) est continue et vérifie f∗FN=γ(μN)ff*F_N=\boldsymbol{\gamma }(\mu_N)f (INT, VIII, §4, no5^o5, prop. 5 (iv)). L’application μ↦γ(μ)f\mu\mapsto \boldsymbol{\gamma }(\mu)f est continue de M1(Tn)\mathscr{M}^1(\mathbf{T}^n) dans C(Tn)\mathscr{C}(\mathbf{T}^n) (INT, VI, §1, no6^o6, prop. 14). D’après le lemme, on a donc

limN→+∞fN=_{N\rightarrow+\infty}f_N= limN→+∞f∗FN=_{N\rightarrow+\infty}f*F_N= limN→+∞γ(μN)f=γ(ε0)(f)=f_{N\rightarrow+\infty}\boldsymbol{\gamma }(\mu_N)f=\boldsymbol{\gamma }(\varepsilon_0)(f) =f

dans C(Tn)\mathscr{C}(\mathbf{T}^n).

Remarque 02KC

Il existe des fonctions f∈L1(T)f\in L^1(\mathbf{T}) dont la série de Fourier diverge en tout point x∈Tx\in \mathbf{T} (théorème de Kolmogorov, cf. exercice 51 de II, p. 289).

Un théorème de Carleson[^1] démontre que les sommes partielles symétriques de la série de Fourier de ff convergent vers f(x)f(x) pour presque tout x∈Tx\in \mathbf{T} si f∈L2(T)f\in \mathscr{L}^2(\mathbf{T}).

Exercices

See the exercises for § 1.

[^1]: L. Carleson, On convergence and growth of partial sums of Fourier series, Acta Mathematica 116 (1), 1966, p. 135–157.

Transcribed from the printed volume. Not translated.