§ 1. Transformation de Fourier
1. Caractères unitaires d’un groupe localement compact commutatif
Définition 1 02HQ
On appelle caractère unitaire de G un homomorphisme continu de G dans le groupe multiplicatif des nombres complexes de module 1.
Autrement dit, un caractère unitaire est une fonction continue sur G, à valeurs complexes, telle que :
Dans ce chapitre, on dira souvent simplement « caractère » au lieu de « caractère unitaire ».
Soit E un espace hilbertien de dimension 1, et soit un caractère unitaire de G. L’application qui à fait correspondre l’homothétie de rapport dans E est une représentation linéaire continue isométrique de G dans E. Réciproquement, toute représentation linéaire continue bornée de G dans E est obtenue par ce procédé, et en particulier est unitaire.
Il est immédiat que le produit de deux caractères unitaires, l’inverse d’un caractère unitaire, et la fonction constante égale à 1 sont des caractères unitaires. Par suite, l’ensemble des caractères unitaires de G est un groupe pour la multiplication. Ce groupe est commutatif. D’autre part, l’application est continue pour la topologie de la convergence compacte et muni de la topologie de la convergence compacte est un groupe topologique (TG, X, p. 6, corollaire 2 et remarque 1).
Définition 2 02HR
Le groupe topologique est appelé le groupe dual de G.
Puisque G est localement compact, l’application est continue sur (TG, X, p. 28, th. 3).
Rappelons que désigne l’algèbre de Banach involutive unifère des mesures complexes bornées sur G (exemple 4 de I, p. 99). Pour toute mesure complexe bornée et tout , on note
(cf. INT, VIII, §2, n).
Lemme 1 02HS
Pour tout , l’application est un caractère hermitien de l’algèbre de Banach involutive .
D’après INT, VIII, §3, n, prop. 11, l’application est un caractère de l’algèbre de Banach involutive . De plus, on a :
et ce caractère est donc hermitien.
On a ainsi défini une application de dans ; on la qualifiera de canonique.
Soit . La restriction de à est non nulle (cf. INT, VIII, §2, n, prop. 10). Par restriction à la sous-algèbre de Banach involutive , on obtient donc une application de dans , dite canonique. Elle associe à le caractère hermitien
de .
Proposition 1 02HT
L’application canonique de dans est un homéomorphisme.
Notons ev cette application canonique et, pour , notons ev l’image du caractère par ev, c’est-à-dire le caractère hermitien de . Considérée comme une application de dans le dual de , l’application ev est la composée de l’injection de dans , muni de la topologie faible , et de l’injection de dans le dual de , muni de la topologie de la convergence simple. Comme est une partie bornée de , la première application est continue d’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, §3, n, th. 6). La seconde est également continue, par définition. Ceci démontre que l’application ev est continue.
Si et si , on a ev)ev. En prenant telle que ev, on en déduit que l’application ev est injective.
Soit et soit telle que . Définissons une application en posant, pour :
On a . Comme l’application de G dans est continue (INT, VIII, §2, n, prop. 8), l’application est continue. Elle est bornée car, pour tout , on a
(th. 1 de I, p. 29 et INT, VIII, loc. cit.).
Soit maintenant une base du filtre des voisinages de formée de voisinages compacts. Pour tout , soit une fonction continue positive, nulle en dehors de V et d’intégrale égale à 1 (lemme 1 de II, p. 200). Pour toute fonction , on a alors
lim lim,
dans , la limite étant prise suivant le filtre des sections de (INT, VIII, §4, n, prop. 20). En particulier, comme , on en déduit que
lim.
Pour tout , on obtient
lim lim.
Par suite, on a pour :
ce qui démontre que est un homomorphisme de G dans . Comme est borné et continu, c’est un caractère unitaire de G. De plus, si , on a
dans (INT, VIII, §1, n, prop. 7), d’où
ev (INT, VI, §1, n, prop. 1) ce qui montre que ev. Par suite, ev est surjective, donc bijective.
Montrons finalement que l’application réciproque ev est continue. Soit . Soit une fonction telle que . L’ensemble W des tels que est un voisinage ouvert de dans . Pour tout , ce qui précède montre que ev est le caractère
Soit un filtre sur convergeant vers . Puisque l’ensemble est borné, donc équicontinu, dans , la structure uniforme de la convergence simple coïncide avec la structure uniforme de la convergence compacte (TG, X, p. 16, th. 1). Soit K une partie compacte de G. L’ensemble des pour est compact dans (INT, VIII, §2, n, prop. 8). On a donc
lim
uniformément pour . On en déduit que
lim ev ev,
donc ev est continue en . Ceci achève la démonstration de la proposition.
Nous identifierons désormais un caractère unitaire de G au caractère de .
Remarque 1 02HU
La bijectivité de l’application de dans de la prop. 1 est un cas particulier de la correspondance entre représentations continues d’un groupe localement compact H (non nécessairement commutatif) et représentations continues de l’algèbre .
Remarque 2 02HV
L’application canonique de dans n’est pas surjective en général (II, p. 308, exerc. 14).
Corollaire 1 02HW
Tout caractère de est hermitien. L’application canonique de (Stell(G)) (déf. 9 de I, p. 125) dans est un homéomorphisme.
La première assertion résulte de la proposition 1 et du lemme 1 en restriction à . La seconde résulte de la première et du cor. de la prop. 20 de I, p. 124.
Corollaire 2 02HX
Le groupe topologique est localement compact.
En effet, est localement compact (corollaire du théorème 1 de I, p. 29).
Nous identifierons avec et (Stell(G)). Pour et , nous noterons le nombre complexe , qui appartient à .
On dit que et sont orthogonaux si . Soit A une partie de G (resp. de ); l’ensemble des éléments de (resp. de G) orthogonaux à A est un sous-groupe fermé de (resp. de G) qu’on appelle orthogonal de A et qu’on note . L’orthogonal de G est réduit à .
Pour , notons l’application de dans définie par . Par définition de la multiplication dans , l’application est un homomorphisme de groupes. Elle est continue puisque l’application de dans est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Nous avons ainsi défini une application , dite canonique, de G dans le groupe bidual ; c’est un homomorphisme de groupes. De plus, l’application est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Nous démontrerons plus loin (II, p. 220, th. 2) que est un isomorphisme de groupes topologiques de G sur .
Soient G et H des groupes localement compacts commutatifs, et un morphisme de groupes topologiques. Pour tout , l’application est un caractère de G noté . Cette définition se traduit par la formule
quels que soient et . On en déduit que est un morphisme du groupe topologique dans le groupe topologique ; on dit que est le dual du morphisme .
Soient K un groupe localement compact commutatif et un morphisme de groupes topologiques. La définition montre que . Si est l’application identique de G, alors est l’application identique de . En particulier, si est un isomorphisme de groupes topologiques, il en est de même de , et est le dual de .
Lemme 2 02HY
Soient G et H des groupes localement compacts commutatifs et soit un morphisme de groupes topologiques. Le noyau de est l’orthogonal de l’image de .
Par définition, on a Ker() si et seulement si la restriction de à l’image de est triviale.
Proposition 2 02HZ
Soit un entier et soient des groupes commutatifs localement compacts. Soit G le groupe produit des groupes pour . Pour , soit l’injection de dans G qui associe à l’élément tel que si et . L’application
est un isomorphisme de groupes topologiques.
Soit l’application produit de dans , et pour tout tel que , soit la projection de G sur . Soit le morphisme de groupes topologiques de dans , de sorte que
L’application est continue, et on vérifie que et sont des bijections réciproques l’une de l’autre. La proposition en résulte.
Remarque 02I0
Le calcul du groupe dual d’un produit infini de groupes compacts commutatifs est l’objet du corollaire 4 de II, p. 234 ci-dessous. Le cas d’un groupe localement compact commutatif qui est un produit quelconque de groupes localement compacts découle de ces deux énoncés, puisque dans un tel produit, tous les facteurs sauf un nombre fini sont compacts (TG, I, p. 66, prop. 14, b)).
2. Définition de la transformation de Fourier
Définition 3 02I1
Soit une mesure complexe bornée sur G. On appelle transformée de Fourier de la fonction sur définie par
On appelle cotransformée de Fourier de la fonction sur definie par
Lorsque il n’y a pas d’ambiguïté concernant le groupe G considéré, on écrira aussi et . On note aussi parfois .
Proposition 3 02I2
Pour toute mesure , les fonctions et sont continues et bornées. Les applications et sont des morphismes continus de l’algèbre involutive dans l’algèbre involutive des fonctions continues bornées sur (exemple 1 de I, p. 99).
Soit . Pour tout , on a
donc la transformée de Fourier de est bornée. Similairement, on vérifie que est bornée.
Si tend vers dans , la fonction sur G tend vers uniformément sur tout compact en restant bornée par la fonction constante 1 qui appartient à . D’après le théorème de Lebesgue (INT, IV, §3, n, th. 6), il en résulte que tend vers . Donc est continue. Il en est de même de .
Pour tout , l’application est un caractère hermitien de (lemme 1 de II, p. 202). Cela entraîne que et sont des morphismes d’algèbres involutives de dans l’algèbre involutive des fonctions continues bornées sur . L’inégalité (7) démontre que ces morphismes sont continus.
La transformation de Fourier de G (resp. la cotransformation de Fourier de G) est l’application (resp. l’application ) de dans .
Notons quelques formules utiles pour et
(10)
(en particulier ),
(11)
(12)
Les formules (8), (9), (10) et (11) découlent des définitions. Démontrons la première des formules (12), la seconde étant analogue. On a pour tout dans les égalités
Notons par ailleurs que pour tout et toutes mesures et dans , on a
puisque les deux membres de cette égalité sont des fonctions sur dont la valeur en est
Soit H un groupe localement compact commutatif et soit un morphisme continu. Soit . La mesure image est définie (INT, V, §6, n, remarque 1), et il vient cf. INT, V, §6, n, prop. 7).
Par restriction à la sous-algèbre de , on obtient la définition de la transformation de Fourier et de la cotransformation de Fourier sur . On a donc pour et
En particulier, . On a aussi
pour tout et tout .
Soient un automorphisme de G et Δ le module de (INT, VII, §1, n, déf. 4). Pour , on a
(cf. loc. cit., formule (31)).
Si l’on identifie et (prop. 1 de II, p. 202), la cotransformation de Fourier n’est autre que la transformation de Gelfand de l’algèbre de Banach (I, p. 7, déf. 5).
Proposition 4 02I3
La transformation de Fourier et la cotransformation de Fourier sont des morphismes injectifs d’algèbres involutives de dans l’algèbre des fonctions continues nulles à l’infini sur .
La cotransformation de Fourier est un morphisme d’algèbres involutives de dans l’algèbre des fonctions continues bornées sur (prop. 3). Comme elle s’identifie à la transformation de Gelfand, son image est contenue dans (I, p. 37, prop. 5), et son noyau est le radical de (prop. 8 de I, p. 38), qui est nul (cor. de la prop. 22 de I, p. 126).
Nous verrons ultérieurement (corollaire de la proposition 13 de II, p. 221) que la cotransformation de Fourier sur est également injective.
Remarque 02I4
La transformation de Fourier sur l’espace dépend du choix de la mesure de Haar , contrairement à la transformation de Fourier sur . Si l’on remplace par la mesure (avec ), alors pour toute fonction intégrable sur G, la transformée de Fourier de est , où est la transformée de Fourier définie relativement à la mesure .
Considérons l’algèbre stellaire Stell(G) du groupe G (déf. 9 de I, p. 125), et identifions à une sous-algèbre dense de Stell(G) (prop. 22 de I, p. 126).
Proposition 5 02I5
Par continuité, la transformation de Fourier et la cotransformation de Fourier se prolongent de manière unique en des isomorphismes d’algèbres stellaires de Stell(G) sur .
La cotransformation de Fourier se prolonge par continuité en un morphisme d’algèbres stellaires de Stell(G) dans . Si l’on identifie avec (Stell(G)) (cor. 1 de II, p. 204 et prop. 1 de II, p. 202), ce prolongement est la transformation de Gelfand de Stell(G). D’après le th. 1 de I, p. 108, c’est un isomorphisme. L’assertion concernant la transformation de Fourier en découle.
On notera toujours et les isomorphismes de la prop. 5.
Corollaire 02I6
L’image de par la transformation de Fourier de G est dense dans .
Puisque est dense dans Stell(G), cela découle de la proposition 5.
Proposition 6 02I7
Supposons que G est compact. La mesure de Haar normalisée appartient à , et sa transformée de Fourier est , la fonction caractéristique de .
Soit . Puisque pour tout , on a
d’après la formule (11). Si , il existe tel que , donc . Si , alors puisque la mesure est normalisée.
3. Le théorème de Plancherel
On note A(G) le sous-espace vectoriel de engendré par les fonctions pour .
Proposition 7 02I8
L’espace A(G) est un idéal auto-adjoint de . Il est contenu dans , et dans l’image de dans .
Soit . Pour tout , on a (INT, VIII, §4, n, prop. 12). Par conséquent, l’espace est un idéal de , et il en est de même de l’espace A(G). L’idéal A(G) est auto-adjoint.
Soient et dans . Le produit de convolution est alors la classe de la fonction continue donnée par
(INT, VIII, §4, n, prop. 15). La seconde assertion en résulte.
Comme pour et (INT, VIII, §3, n, prop. 6), on a pour tout et . Comme et la représentation linéaire est isométrique sur pour tout (INT, VIII, §2, n, prop. 8), on a pour tous et .
On note l’image de A(G) par la transformation de Fourier. C’est un sous-espace de .
Proposition 8 02I9
Il existe une base de filtre sur telle que les conditions suivantes soient vérifiées :
(i) Pour tout élément d’un ensemble de , on a et ;
(ii) On a
lim
dans l’espace des mesures à support compact sur G muni de la topologie de la convergence uniforme sur les parties compactes de ;
(iii) On a
lim
pour la topologie de la convergence compacte sur ;
(iv) Pour ou , et pour tout , on a A(G) pour tout appartenant à un ensemble de et
lim
dans .
Soit un voisinage compact fixé de dans G. Soit une base du filtre des voisinages de dans G formée de voisinages compacts symétriques contenus dans (cf. TG, III, p. 4). Pour K , soit l’ensemble des fonctions telles que Supp et ; il est non vide (lemme 1 de II, p. 200). Soit l’ensemble des fonctions pour . Il est non vide et contenu dans . L’ensemble dont les éléments sont les ensembles pour K variant dans est une base de filtre sur . Démontrons que vérifie les propriétés demandées.
Si et , on a , donc , ce qui établit la propriété (i).
La propriété (ii) résulte de INT, VIII, § 2, n, corollaire 1 du lemme 4. Une partie compacte de est une partie compacte de , donc (ii) entraîne lim pour la topologie de la convergence
compacte sur , c’est-à-dire (iii).
Finalement, soit ou . Soit . On a dans selon le filtre (INT, VIII, §4, n, prop. 20). De plus, pour tout K dans et , il existe tel que , d’où . On a et , donc .
Corollaire 1 02IA
L’espace A(G) est dense dans et dans . Il est également dense dans Stell(G), et son image par la transformation de Fourier est dense dans .
L’assertion (iv) de la proposition fournit la première assertion. Puisque est dense dans Stell(G), la seconde en résulte, et la dernière découle alors de la prop. 5 de II, p. 209.
Corollaire 2 02IB
Pour , soit l’ensemble des tels que . Les ensembles forment un recouvrement ouvert de .
Cela découle du corollaire précédent puisque, pour tout , l’application est un caractère non nul de .
Rappelons que la représentation régulière gauche de Stell(G) sur (cf. I, p. 125, n) est notée = pour Stell(G) et .
De plus, pour tous et dans A(G), on a l’égalité
entre la mesure de densité par rapport à et la mesure de densité par rapport à .
Soient des éléments de . Pour tout Stell(G), on a et I, p. 126, formule (8)). De plus, on a loc. cit., formule (9)). Cette dernière fonction appartient à l’adhérence de dans (INT, VIII, §4, n, prop. 15). De plus, on a
Puisque les fonctions pour et dans engendrent A(G), on en déduit que pour tous et Stell(G), et que l’application est une forme linéaire continue sur Stell(G). Comme est un isomorphisme de Stell(G) sur (prop. 5 de II, p. 209), la première assertion en résulte.
Soient maintenant et dans A(G). Pour , on a
Comme et comme l’image de par la transformation de Fourier est dense dans (cor. de II, p. 210), on déduit de la formule (19) que la formule (18) est satisfaite pour tous et dans A(G).
Soit . Notons l’ensemble ouvert dans formé des tels que . Soit la fonction caractéristique de . Pour tout , on a alors
compte tenu de la formule (18).
D’après le corollaire 1 de II, p. 212, l’image de A(G) par la transformation de Fourier est dense dans . On déduit alors de la formule précédente que , donc que est concentrée sur (INT, IV, §4, n, déf. 4). Soit la mesure sur de densité par rapport à .
Les ensembles , pour , forment un recouvrement ouvert de (cor. 2). Pour tous et dans A(G), la formule (18) démontre que . Par suite, il existe une unique mesure sur telle que l’on ait pour tout (INT, III, §2, n, prop. 1).
Si , les mesures et sont concentrées sur , et leurs restrictions à sont égales à ; ces mesures sont donc égales.
Puisque est une mesure bornée, la transformée de Fourier appartient à l’espace . Comme, de plus, appartient à , on a aussi .
La formule (17) s’écrit maintenant, pour Stell(G) et : (20) .
En particulier, pour et dans A(G), on a
Proposition 9 02IE
La mesure caractérisée par le lemme 4 est une mesure de Haar sur .
Soit . Pour et dans A(G), appliquons la formule (21) à et . Le membre de droite est inchangé, d’où
D’après les formules (12) de II, p. 208 et (13) de II, p. 208, il vient
On déduit alors de INT, VIII, §4, n, prop. 7 que
c’est-à-dire
Comme l’espace est dense dans (cor. 1), il en résulte l’égalité
Les mesures et coïncident donc sur l’ouvert où est non nulle. D’après le corollaire 2 et INT, III, §2, n, cor. de la prop. 1, ces mesures sont donc égales.
Ceci montre que la mesure est proportionnelle à une mesure de Haar sur . Soit . Prenons dans la formule (21). Elle s’écrit alors
ce qui démontre que la mesure n’est pas nulle. La mesure est donc une mesure de Haar sur .
Définition 4 02IF
La mesure de Haar sur de la proposition 9 est dite mesure duale de la mesure de Haar donnée sur G.
Nous noterons souvent ou la mesure de Haar sur qui est duale de la mesure de Haar .
Remarque 02IG
Soit un nombre réel . Si l’on remplace par la mesure , le produit de convolution des fonctions et est remplacé par . Nous avons vu (II, p. 209, remarque) que est remplacée par . Donc est inchangée et est remplacée par . En particulier, la mesure sur est indépendante du choix de la mesure de Haar sur G.
Lemme 5 02IH
L’espace est dense dans .
Soit un élément de orthogonal à . Pour et dans A(G), on a , donc est orthogonal à . Ainsi, pour tout , la fonction est orthogonale à . Mais , et est dense dans , donc la mesure est nulle, c’est-à-dire que est -localement négligeable (INT, V, §5, n, cor. 2 de la prop. 3). En particulier, est -localement négligeable sur l’ensemble des caractères tels que . D’après le corollaire 2, on en déduit que est -localement négligeable, donc nulle puisque appartient à . Cela conclut la preuve.
Théorème 1 (Plancherel) 02II
La restriction de la transformation de Fourier au sous-espace A(G) de se prolonge de manière unique en une isométrie Φ de sur .
De plus, si , sa transformée de Fourier appartient à et coïncide dans avec .
D’après la formule (22), la restriction de à A(G) est une isométrie du sous-espace A(G) de sur le sous-espace de . Comme A(G) est dense dans (cor. 1 de II, p. 212), la transformation de Fourier se prolonge de manière unique en une isométrie Φ de sur un sous-espace fermé de . Mais puisque son image contient , qui est dense dans (lemme 5), l’application Φ est surjective.
Soit maintenant ; démontrons que sa transformée de Fourier appartient à . D’après la prop. 8, (iv) de II, p. 211, et le fait que A(G) est un idéal de , il existe une base de filtre sur A(G) qui converge vers à la fois dans et dans . On a alors
lim lim dans et lim dans . Il existe donc une
suite dans A(G) telle que converge vers dans et vers dans . D’après INT, IV, §3, n, th. 3 et cor. 1, on a , et en particulier . Ceci achève de prouver le théorème.
On note encore l’isométrie de sur définie dans le théorème 1, et on l’appelle la transformation de Fourier dans . De même, la cotransformation de Fourier admet un unique prolongement isométrique à , encore appelé cotransformation de Fourier et noté .
Corollaire 02IJ
Supposons que G est compact et que est la mesure de Haar normalisée sur G. Alors la famille des caractères unitaires de G est une base orthonormale de .
Puisque G est compact, les caractères de G appartiennent à . Pour et dans , on a
donc la famille des caractères de G est orthonormale (prop. 6 de II, p. 210). Elle est de plus totale car le produit scalaire de et de est égal à , et donc est orthogonale à si et seulement si est nulle dans , si et seulement si est nulle (th. 1).
Remarque 1 02IK
Certaines des formules concernant la transformation de Fourier sur s’étendent à la transformation de Fourier sur . En particulier, pour et , on a
Si est un automorphisme de G et Δ le module de (INT, VII, §1, n, déf. 4), alors pour , on a
dans .
Remarque 2 02IL
Les formules
pour , ou bien
pour et dans , sont appelées « formules de Plancherel ».
Proposition 10 02IM
Soit un entier et soient des groupes commutatifs localement compacts. Soient , pour , des mesures de Haar sur . Soit G le groupe produit des groupes pour . Soit l’isomorphisme de sur de la prop. 2 de II, p. 206. La mesure de Haar sur duale de la mesure de Haar produit sur G s’identifie au produit des mesures de Haar .
En effet, pour toute famille d’éléments non nuls de , la fonction sur G définie par appartient à , et vérifie
d’après la formule de Plancherel, ce qui démontre que la mesure de Haar produit des s’identifie à la mesure de Haar duale de .
4. La formule d’inversion de Fourier
Rappelons que tout élément de A(G) est la classe d’une unique fonction continue (prop. 7, b) de II, p. 210). Pour , on notera la valeur de cette fonction en .
Autrement dit, pour , on a
où désigne l’application canonique de G dans le groupe bidual .
D’après le lemme 4 de II, p. 213 et la proposition 9 de II, p. 214, on a pour toute fonction . D’après la formule de Plancherel (24), pour et dans , on a
Soient et dans et . Puisque la transformation de Fourier est un morphisme involutif, la formule (27) est l’assertion (25) pour la fonction au point . Par linéarité, on en déduit que la formule (25) est valide au point pour toute fonction .
Soient et . Soit . Alors et . Comme de plus pour tout cf. formule (11) de II, p. 208), la formule (25) pour la fonction au point implique la formule (25) pour au point .
Lemme 6 02IO
Soit . Alors appartient à et dans .
La fonction est continue et bornée sur G car . Pour toute fonction , on a
en appliquant le théorème de Lebesgue-Fubini (INT, V, §8, n, th. 1, a)) à la fonction qui est intégrable sur par rapport à la mesure produit . On en déduit que
d’après la formule de Plancherel. La forme linéaire est donc continue sur , et comme est dense dans l’espace hilbertien , on en déduit que appartient à .
En appliquant alors le th. 1 de II, p. 215, on obtient d’autre part
pour tout . Comparant avec (28), on conclut que dans , puisque A(G) est contenu dans et que est dense dans (lemme 5 de II, p. 215).
Proposition 12 (Formule d’inversion de Fourier)
Soit telle que . Alors on a = dans . Autrement dit, pour presque tout , on a
La fonction appartient à , et on obtient la formule désirée en appliquant le lemme.
Corollaire 1 02IP
Pour tout sous-ensemble fermé P de et tout n’appartenant pas à P, il existe une fonction telle que soit nulle sur P et non nulle en .
Comme, d’après (12), on a pour tout , il suffit de considérer le cas où est l’élément neutre de .
Soit U un voisinage compact symétrique de tel que . Soit une fonction continue positive sur , nulle en dehors de U et telle que . La fonction est alors nulle sur P et . Il suffit donc de démontrer que appartient à l’image de la transformation de Fourier sur . Or et appartiennent à . Posons et . Le lemme 6 implique que et appartiennent à et vérifient et . De plus
et donc . Ainsi est bien dans l’image de par la transformation de Fourier.
Corollaire 2 02IQ
L’algèbre de Banach est régulière (I, p. 89, déf. 1).
D’après la prop. 1 de I, p. 88 et l’identification de la transformation de Gelfand de et de la cotransformation de Fourier de G, cela découle du corollaire précédent.
5. Le théorème de dualité de Pontryagin
Théorème 2 (Pontryagin) 02IR
L’application canonique de G dans est un isomorphisme de groupes topologiques. Il transforme la mesure de Haar en la mesure de Haar biduale .
Démontrons d’abord que est injective et stricte. Il suffit pour cela de montrer que pour tout voisinage U de dans G, il existe un voisinage W de dans tel que (lemme 2 de II, p. 200). Or soit V un voisinage compact symétrique de dans G tel que , soit une fonction continue positive sur G, à support contenu dans V, et telle que . Soit . Alors appartient à A(G), son support est contenu dans U et . De plus, d’après la prop. 11 de II, p. 217. L’ensemble W des dans tels que
est un voisinage de dans puisque la fonction est continue sur . Soit . D’après la formule (26), on a
et donc . Cela implique et donc , puisque le support de est contenu dans U. Ainsi .
Démontrons que l’application est surjective. Comme cette application est un homéomorphisme sur son image, le groupe est un sous-groupe localement compact de . Il est donc fermé dans (TG, III, p. 22, cor. 2). Raisonnons par l’absurde et supposons qu’il existe un caractère tel que . Il existe alors (corollaire 1 de II, p. 219) un élément non nul de tel que soit nulle sur . Soit . La fonction appartient à . D’après le th. de Lebesgue-Fubini (INT, V, §8, n, th. 1, a)), il vient donc
Puisque l’image de la transformation de Fourier est dense dans (cor. de la prop 5 de II, p. 209), il en résulte que la mesure est nulle. Cela contredit le fait que dans , et démontre que est surjective.
La mesure image et la mesure duale de la mesure sont des mesures de Haar sur . Soit un élément non nul de A(G) ; en particulier . D’après la prop. 12 de II, p. 219 et l’on a
où la deuxième égalité suit de deux applications de la formule de Plancherel, donc la mesure de Haar duale de est la mesure .
Nous identifierons dorénavant G et par l’isomorphisme . On a alors :
Corollaire 02IS
La cotransformation de Fourier de sur et la transformation de Fourier de sur sont des isométries réciproques l’une de l’autre.
Remarque 02IT
Soient et . En appliquant la formule de Plancherel (24) à et , on obtient la formule
puisque l’on a .
La transformation et la cotransformation de Fourier définies sur sont à valeurs dans l’espace des fonctions continues bornées sur G. Pour et , on a
Les transformations de Fourier de G et sont également transposées l’une de l’autre. Plus précisément :
Proposition 13 02IU
Soient et . On a alors (30)
et en particulier
La formule (30) implique la formule (31) en évaluant les deux côtés de l’identité en . Démontrons (30). Soit . Il vient
La fonction est continue et bornée, donc intégrable sur par rapport à la mesure . D’après le théorème de Lebesgue-Fubini (INT, V, §8, n, th. 1, a)), on obtient
comme désiré.
Corollaire 02IV
La transformation de Fourier est injective sur .
En effet, si vérifie , on déduit de (31) que pour toute ; comme l’image de par la tranformation de Fourier est dense dans (cor. de la prop. 5 de II, p. 209), on a donc .
Il existe des espaces fonctionnels sur G et , autres que et , sur lesquels et sont des isomorphismes inverses l’un de l’autre. Le théorème suivant en donne un exemple. On note B(G) le sous-espace vectoriel de formé des éléments tels que . C’est une sous-algèbre de . En effet, soient et dans B(G). On a et , puisque et .
Théorème 3 02IW
La restriction de la transformation de Fourier à B(G) induit un isomorphisme d’espaces vectoriels de B(G) sur , dont la réciproque est induite par la restriction à de la cotransformation de Fourier.
Soit . Notons . On a . Posons . Pour toute fonction continue à support compact , on a et
en utilisant le théorème de Plancherel et la formule (31). Puisque est dense dans , son image par la transformation de Fourier est dense dans . Par conséquent, on a dans ; cela démontre que .
La formule signifie que la restriction à B(G) de la composition est l’application identique de B(G). En échangeant les rôles de G et , on constate que est l’application identique de , ce qui achève la preuve du théorème.
Corollaire 1 02IX
Soit . Alors si et seulement si appartient à l’image de la transformation de Fourier sur . En particulier, on a .
Le théorème 3 prouve que si , alors , où appartient à . Réciproquement, si , où , alors on a et donc d’après le théorème. La dernière assertion résulte alors de la prop. 11 de II, p. 217.
Corollaire 2 02IY
L’espace vectoriel B(G) est une algèbre à la fois pour la multiplication et pour la convolution. La transformation de Fourier échange convolution et multiplication dans B(G) et .
On a déjà vu que B(G) est une sous-algèbre de . D’autre part, si et appartiennent à B(G), alors puisque et appartient à l’image de la transformation de Fourier sur (corollaire 1). Comme il existe et dans telles que = et (loc. cit.), on a , et donc de nouveau par le corollaire précédent.
Proposition 14 02IZ
Soient et dans . Alors .
L’égalité est vraie si et appartiennent à B(G) (corollaire 2), et en particulier si et appartiennent à A(G) puisque (cor. 1). Comme A(G) est dense dans (cor. 1 de II, p. 212), il suffit de démontrer que les deux membres de l’égalité sont des fonctions continues de à valeurs dans . Or l’application s’obtient en composant l’application continue de dans et la transformation de Fourier de dans , qui est également continue. De même, l’application s’obtient en composant les applications continues de dans et de dans (INT, VIII, §4, n, prop. 15).
Remarque 02J0
Voir le n et les exercices 22 de II, p. 270 et 31 de II, p. 275 pour d’autres exemples d’espaces fonctionnels sur lesquels la transformation de Fourier est un isomorphisme, dans le cas de groupes G particuliers.
6. Propriétés fonctorielles de la dualité
Soient G et H des groupes localement compacts commutatifs. Rappelons que si est un morphisme de groupes topologiques, le morphisme dual est défini par quels que soient et . Cette définition montre que avec les identifications de G (resp. H) et (resp. ) du théorème 2 de II, p. 220.
Soit une application de dans . Pour tout (resp. tout ), soit (resp. ) la fonction de G dans définie par (resp. la fonction de H dans définie par ). Supposons que l’application soit un isomorphisme du groupe topologique G sur le groupe topologique . Pour tout et , on a
c’est-à-dire . D’après le th. 2 de II, p. 220, l’application est donc un isomorphisme du groupe topologique H sur le groupe topologique . Dans ces conditions, nous dirons que met G et H en dualité, ou que G et H sont en dualité relativement à . Nous identifierons alors chacun des groupes G et H au dual de l’autre. On appellera mesure duale de la mesure de Haar la mesure de Haar sur H obtenue par transport de structure à partir de la mesure duale de .
Lemme 7 02J1
Soient et des familles finies de groupes topologiques localement compacts. Pour , soit une application qui met les groupes et en dualité. L’application définie par
met les groupes et en dualité.
Cela résulte de la prop. 2 de II, p. 206 et de la définition qui précède.
Définition 5 02J2
Soient G, H et K des groupes topologiques. Soient et des morphismes de groupes topologiques. On dit que le couple est une suite exacte de groupes topologiques, si c’est une suite exacte de groupes (A, II, p. 10, remarque 5) et si et sont des morphismes stricts.
On représentera une suite exacte par le diagramme
et on dira qu’un diagramme
est exact si chaque couple pour est exact.
Une suite
est exacte si et seulement si est un morphisme injectif strict, est un morphisme surjectif strict, et le noyau de est égal à l’image de . Si K est séparé, l’image de est un sous-groupe fermé de G.
Exemple 1 02J3
Soit G un morphisme injectif strict dont l’image est un sous-groupe distingué. La suite
où est la projection canonique, est exacte. En particulier, si H est un sous-groupe fermé et distingué de G, la suite de groupes topologiques
où est l’inclusion et la projection canonique, est exacte.
Théorème 4 02J5
Une suite
de groupes topologiques localement compacts commutatifs est exacte si, et seulement si, la suite duale
est exacte.
Nous commencerons par démontrer quelques lemmes. On notera que chacun d’entre eux est par ailleurs une conséquence facile de l’assertion du th. 4.
Lemme 8 02J6
Soit un morphisme de groupes topologiques localement compacts commutatifs. Si le morphisme est surjectif et strict, alors est injectif et strict.
Puisque est surjectif, le morphisme est injectif (lemme 2 de II, p. 205). Pour démontrer que est un morphisme strict, il suffit de démontrer que pour tout voisinage U de dans , il existe un voisinage V de dans tel que (lemme 2 de II, p. 200). Soit U un tel voisinage de dans . Par définition de la topologie de , il existe une partie compacte X de K et un nombre tels que U contienne l’ensemble des qui, pour tout , vérifient . Puisque est strict et surjectif, il existe, d’après TG, I, p. 80, prop. 10, une partie compacte de G telle que . Soit V le voisinage de dans formé des éléments tels que,
pour tout , on ait . On a alors . Cela démontre l’assertion.
Lemme 9 02J7
Soit un morphisme de groupes topologiques localement compacts. Si le morphisme est injectif et strict, alors est surjectif et strict.
Supposons que est injectif et strict. Le morphisme induit par passage au quotient un morphisme Ker(). Il s’agit de démontrer que c’est un isomorphisme de groupes topologiques ; par dualité, il suffit pour cela de démontrer que son dual est un isomorphisme.
Notons L le groupe dual de Ker() et Ker() la projection canonique. Nous allons d’abord démontrer que induit, par passage aux sous-espaces, un isomorphisme de L sur .
On a , d’où . L’image de contient donc .
Comme est strict, son image est un sous-groupe localement compact de G, et est donc fermé (TG, III, p. 22, cor. 2). Soit K = et considérons la suite exacte
associée (exemple 1). Par dualité, le morphisme est trivial et donc l’image de est contenue dans Ker() Ker(). Ainsi est le morphisme trivial et, à nouveau par dualité, est aussi trivial. Il en résulte que l’image de est contenue dans le noyau de , qui est égal à . On conclut que l’image de est égale à .
Par ailleurs, puisque est un morphisme surjectif et strict, le morphisme dual est un morphisme injectif strict de L dans G (lemme 8). Il en résulte que induit un isomorphisme de groupes topologiques de L sur . Puisque , et que induit un isomorphisme de H sur son image , le morphisme est un isomorphisme.
Lemme 10 02J8
Soit
une suite exacte de groupes localement compacts commutatifs. Le noyau de est égal à l’image de .
L’homomorphisme est trivial par dualité, donc l’image de est contenue dans le noyau de . Réciproquement, soit dans le noyau de . Cela signifie que Im() Ker() est contenu dans le noyau de , donc qu’il existe un caractère de Im() tel que . Puisque l’inclusion de Im() dans K est stricte, l’application duale de restriction des caractères de K à Im() est surjective (lemme 9). Il existe donc un caractère de K tel que est la restriction de , et il vient . On en conclut que le noyau de est contenu dans l’image de .
Démontrons maintenant le théorème 4. Il suffit par dualité de démontrer que la suite est exacte lorsque la suite l’est. Or, d’après les lemmes 8 et 9, les morphismes et sont stricts et d’après le lemme 10, le noyau de est égal à l’image de .
une suite exacte de groupes topologiques localement compacts commutatifs. Le morphisme induit un isomorphisme entre et , et induit par passage au quotient un isomorphisme entre et .
D’après le théorème 4, la suite
est exacte. Le morphisme induit donc un isomorphisme de sur Ker() (lemme 2 de II, p. 205), et induit par passage au quotient un isomorphisme de sur loc. cit.).
Corollaire 2 02JA
Soit un morphisme de groupes topologiques localement compacts commutatifs. Le morphisme est strict si et seulement si est strict.
D’après la décomposition canonique (E, II, p. 44) d’un morphisme strict, cela résulte des lemmes 8 et 9.
Corollaire 3 02JB
Soit H un sous-groupe de G. On a .
Puisque = , on peut supposer que H est fermé. Soit l’injection canonique et la projection canonique. On a Ker() (lemme 10). Soit l’injection canonique de dans . D’après le théorème 4, le morphisme induit un isomorphisme de groupes topologiques et on a . Par conséquent (corollaire 1), il vient
Ker() Ker( ) Ker() .
Corollaire 4 02JC
Soit I un ensemble et soit une famille de sous-groupes fermés de G. L’orthogonal du sous-groupe fermé engendré par les est . L’orthogonal de est le sous-groupe fermé engendré par les sous-groupes .
La première assertion découle de la définition de l’orthogonal. En appliquant ce résultat et le cor. 3 à la famille de sous-groupes fermés de , on voit que est l’orthogonal du sous-groupe fermé engendré par les sous-groupes , et la seconde assertion est alors obtenue par dualité.
Corollaire 5 02JD
Soit un morphisme de groupes localement compacts commutatifs. Alors le sous-groupe Im( ) de H et le sous-groupe Ker() de sont l’orthogonal l’un de l’autre. En particulier, pour que soit injectif, il faut et il suffit que l’image de soit dense dans H.
On a Ker() (lemme 2 de II, p. 205), d’où le résultat d’après le cor. 3.
Corollaire 6 02JE
Soit . Alors le noyau de l’homomorphisme de G dans G et l’adhérence de l’image du morphisme de dans sont l’orthogonal l’un de l’autre.
Cela résulte du corollaire précédent puisque les morphismes de G dans G et de dans sont duaux l’un de l’autre.
Rappelons (A, X, p. 17) qu’un groupe commutatif A est divisible si, pour tout non nul, l’application de A dans A est surjective.
Corollaire 7 02JF
Soit G un groupe localement compact commutatif.
a) Si G est divisible, alors le groupe dual est sans torsion ;
b) Si le groupe dual est sans torsion, et si est non nul, alors l’image de l’homomorphisme de G dans G est dense dans G ;
c) Supposons G discret ou compact. Pour que G soit divisible il faut et il suffit que soit sans torsion.
Les assertions a) et b) résultent du cor. 6. Si G est discret ou compact, l’image du morphisme de G dans G est fermée, et c) résulte de a) et b).
Remarque 02JG
Il existe des groupes localement compacts commutatifs G qui ne sont pas divisibles et tels que est sans torsion (exercice 63 de II, p. 299).
7. La formule de Poisson
Dans ce numéro, on considère un sous-groupe fermé H de G. On note la mesure de Haar sur G et la mesure de Haar duale sur . On note une mesure de Haar sur H et la mesure de Haar duale sur le groupe dual , que l’on identifie à (théorème 4 de II, p. 226). On identifie aussi à par l’application duale de la projection canonique (loc. cit.).
On désignera par l’image canonique d’un élément de G dans et par l’image canonique d’un élément de dans .
On note la mesure de Haar sur (INT, VII, §2, n, déf. 1 et n, prop. 10), et la mesure de Haar duale sur . Rappelons (INT, VII, §2, n, prop. 5, c)) que la mesure est caractérisée par la propriété suivante : pour toute , la fonction sur H est -intégrable pour -presque tout ; son intégrale ne dépend que de et la fonction définie -presque partout sur par
appartient à et vérifie
Proposition 15 02JH
Soit telle que la restriction à de la fonction continue est intégrable relativement à . Alors, pour presque tout , la fonction sur H est -intégrable, et l’on a :
D’après ce qui précède, la fonction définie presque partout sur par
appartient à . La transformée de Fourier de s’identifie à la fonction sur donnée pour par
d’après la formule (33), appliquée à la fonction intégrable . Par hypothèse, la fonction appartient à , et donc la fonction appartient à l’espace . Il en résulte (th. 3 de II, p. 222) que coïncide presque partout avec . Pour presque tout , on a donc
Cela conclut la preuve.
Corollaire (Formule de Poisson) 02JI
Soit . On suppose que les conditions suivantes sont vérifiées :
(i) La restriction de à est intégrable ;
(ii) Pour tout , la fonction sur H est intégrable ;
(iii) L’application est continue sur G.
Alors on a
En effet, reprenant les notations de la preuve de la proposition précédente, les fonctions et sur sont continues et égales presque partout. Elle sont donc égales partout et en particulier en , ce qui donne la formule (34).
Proposition 16 02JJ
La mesure sur est égale à .
Fixons non nulle. Pour et , posons
La fonction est continue sur (INT, IV, §4, n, cor. 1 du th. 2). Pour fixé, ne dépend que de la classe de dans . Pour fixé, ne dépend que de la classe de dans , et la fonction sur est à support compact.
Soit . La fonction sur est la cotransformée de Fourier de la fonction sur H. Celle-ci est de carré intégrable, donc d’après la formule de Plancherel (23) de II, p. 217, on a
Soit . La fonction appartient à , donc à . Sa cotransformée de Fourier est la fonction sur dont la valeur en est
d’après la formule (33). Donc
par la formule de Plancherel de nouveau.
On calcule alors finalement
(par (23))
(par (33))
(par (35))
(par (36)),
où on a appliqué INT, V, §8, n, prop. 5 à la fonction continue positive sur .
En comparant cette égalité avec la formule d’intégration (33) pour le groupe , on conclut alors que les mesures de Haar et coïncident.
8. Exemples de dualité
Proposition 17 02JK
Soit un entier. Notons le groupe des racines -ièmes de l’unité dans . Les groupes et sont en dualité relativement à l’application induite par passage au quotient de l’application définie par .
Le groupe coïncide avec l’ensemble des homomorphismes de dans . Ceux-ci sont de la forme où est un élément quelconque de tel que , d’où le résultat.
Corollaire 1 02JL
Soit G un groupe fini commutatif. Le groupe dual est isomorphe à G.
Le groupe G est isomorphe à un produit fini de groupes cycliques (A, VII, p. 22, th. 3), et son groupe dual est isomorphe au produit des groupes duaux de ceux-ci (prop. 2 de II, p. 206). On est donc ramené au cas où G est cyclique, qui relève de la proposition 17 puisque le groupe est cyclique d’ordre (A, V, p. 75, th. 1).
Corollaire 2 02JM
Soit G un groupe localement compact commutatif. Le groupe G est fini si et seulement si est fini. Un sous-groupe fermé H de G est d’indice fini si et seulement si son orthogonal est fini.
Par dualité, la première assertion découle du fait que le dual d’un groupe fini est fini (corollaire 1). La seconde en résulte, puisque s’identifie à (th. 4 de II, p. 226).
Proposition 18 02JN
Pour que soit compact, il faut et il suffit que G soit discret. Si G est discret, la mesure duale de la mesure de comptage sur G est la mesure de Haar normalisée sur . Si G est compact, la mesure duale de la mesure de Haar normalisée est la mesure de comptage sur .
Supposons G discret, et soit la mesure de comptage sur G. Soit la fonction caractéristique de . On a sur . Comme tend vers 0 à l’infini, le groupe est compact.
En outre, pour la mesure duale de , la fonction doit être d’intégrale (prop. 12 de II, p. 219). Donc .
Supposons G compact. Alors la mesure de Haar appartient à . Sa transformée de Fourier est strictement positive en et nulle pour (prop. 6 de II, p. 210). Puisque elle est continue sur , le groupe est discret. Si la mesure de G est 1, on déduit par dualité du cas précédent que la mesure duale de la mesure est la mesure de comptage sur .
Corollaire 1 (Relations d’orthogonalité) 02JO
Supposons G discret et muni de la mesure de comptage. Pour et dans G, on a
0 si
1 si .
Cela résulte du cor. du théo. 1 de II, p. 215 et de la dualité.
Corollaire 2 02JP
Soit H un sous-groupe fermé de G.
a) Pour que H soit compact, il faut et il suffit que soit ouvert dans ;
b) Pour que H soit ouvert, il faut et il suffit que soit compact dans .
a) Dire que est ouvert revient à dire que est discret, or est isomorphe à (th. 4 de II, p. 226) ; l’assertion découle donc de la prop. 18. L’assertion b) résulte par dualité de l’assertion a) appliquée à .
Corollaire 3 02JQ
Soit une famille filtrante décroissante de sous-groupes compacts de G. Pour que G s’identifie à la limite projective des groupes , il faut et il suffit que soit réunion des sous-groupes ouverts .
Dire que G s’identifie à la limite projective des revient à dire que (TG, III, p. 60, prop. 2), c’est-à-dire que est dense dans (cor. 4 du th. 4 de II, p. 226). Or est un sous-groupe ouvert, donc fermé, de .
Corollaire 4 02JR
Soit I un ensemble et soit une famille de groupes compacts. Le dual du groupe produit des est le groupe discret somme directe des groupes .
C’est un cas particulier du cor. 3.
Proposition 19 02JS
Soit K un corps localement compact non discret, non nécessairement commutatif, et soit G le groupe additif de K, dont la loi de groupe est notée additivement. Soit un caractère unitaire de G distinct de 1. Pour , posons . Alors G est en dualité avec lui-même relativement à .
Pour , soit l’application de G dans telle que . On a , et il faut démontrer que est un isomorphisme de groupes topologiques de G dans .
L’application est un homomorphisme injectif de G dans ; elle est continue (TG, X, p. 28, th. 3 appliqué à l’application continue de dans ). Démontrons que est un homéomorphisme sur son image. Il suffit (lemme 2 de II, p. 200) de démontrer que pour tout voisinage U de 0 dans K, il existe un voisinage V de dans tel que . Soit une valeur absolue sur K définissant la topologie de K (AC, VI, §9, n, prop. 1), et soit tel que ; notons . Soit U un voisinage de 0 dans K. Il existe tel que U contienne l’ensemble des tels que . Soit V l’ensemble des caractères tels que pour tout élément vérifiant . C’est un voisinage de dans . Si est tel que appartient à V, on a donc pour tout tel que . Par conséquent, on a , et donc , de sorte que .
Puisque est un homéomorphisme sur son image, celle-ci est fermée dans (TG, III, p. 22, cor. 2). Mais par ailleurs l’orthogonal de l’image de est l’ensemble des éléments de G tel que pour tout , et est donc réduit à . L’image de est donc dense dans (corollaire 3 de II, p. 228). On conclut que est surjective.
Corollaire 1 02JT
Soient K un corps localement compact non discret non nécessairement commutatif et un caractère unitaire non trivial du groupe additif de K. Soit E un espace vectoriel topologique de dimension finie sur K. L’application de dans définie par pour met les groupes topologiques E et en dualité.
Soient la dimension de E et une base de E. Elle permet d’identifier E et (EVT, I, p. 14, th. 2). Le résultat découle alors de la prop. 19 et de la prop. 2 de II, p. 206.
On note le groupe .
Corollaire 2 02JU
a) Le groupe est en dualité avec lui-même relativement à l’application exp(2), et la mesure duale de la mesure de Lebesgue est la mesure de Lebesgue ;
b) Les groupes et sont en dualité relativement à l’application obtenue par passage au quotient à partir de l’application de dans telle que exp(2). La mesure de Haar duale de la mesure de comptage sur est la mesure de Haar normalisée sur .
Le groupe est en dualité avec lui-même relativement à l’application exp(2) d’après la prop. 19. Identifions à . L’orthogonal de dans est alors , et b) résulte du th. 4 de II, p. 226.
Soient la mesure de comptage sur et la mesure de Haar normalisée sur . Si désigne la mesure de Lebesgue sur , on a , puisque ces deux mesures de Haar sur sont de masse 1. La mesure de Haar sur est la mesure de Haar normalisée (prop. 18), et la mesure de Haar est la mesure de comptage sur loc. cit.). D’après la prop. 16 de II, p. 231, la mesure duale de est donc la mesure .
Remarque 02JV
On retrouve en particulier la détermination de faite à l’exemple 4 de I, p. 36.
Pour tout entier et , on note
Corollaire 3 02JW
Soit un entier. Le groupe est en dualité avec lui-même relativement à l’application exp(2) et la mesure duale de la mesure de Lebesgue sur est la mesure de Lebesgue. Les groupes et sont en dualité relativement à l’application obtenue par passage au quotient à partir de l’application exp(2), et la mesure de Haar duale de la mesure de comptage sur est la mesure de Haar normalisée sur .
Ceci résulte du lemme 7 de II, p. 225, de la proposition 10 de II, p. 217 et du corollaire 2.
Remarque 02JX
Étant donné un sous-groupe H de , il lui correspond donc son orthogonal , un sous-groupe de , qui n’est autre que le sous-groupe associé à H défini en TG, VII, p. 6, n.
Dans la suite, on identifiera le dual de (resp. de ) avec (resp. avec ) par la dualité du corollaire. En particulier, pour , sa transformée de Fourier s’identifie à la fonction de dans qui à associe
exp().
Corollaire 4 02JY
Le groupe est en dualité avec le groupe par l’application . Le groupe est en dualité avec par l’application .
En effet, l’application , log()) est un isomorphisme de groupes topologiques de sur . L’assertion résulte alors du lemme 7 de II, p. 225, du corollaire 2 et du fait que les caractères unitaires de sont 1 et .
Soit un nombre premier. Le corps des nombres -adiques est le complété de pour la valuation -adique (INT, VII, § 1, n, exemple, et AC, VI, § 3, n, exemple 4). Pour tout , il existe un unique entier et un unique entier vérifiant tels que (A, VII, p. 10, th. 2, appliqué à l’anneau principal et à l’ensemble des entiers tels que ). On note .
Proposition 20 02JZ
L’application exp(2) est un caractère unitaire de dont le noyau est .
Pour et dans , on a par définition . L’application est de plus localement constante puisque si . Il en découle alors que exp(2) est un caractère unitaire de . Comme si et seulement si , le noyau de ce caractère est .
On rappelle qu’on appelle mesure de Haar normalisée sur le groupe additif de l’unique mesure de Haar telle que (INT, VII, §1, n, exemple).
Corollaire 02K0
a) Le groupe est en dualité avec lui-même relativement à l’application exp(2). La mesure de Haar normalisée sur est alors sa propre duale ;
b) Les groupes et sont en dualité relativement à l’application obtenue par passage au quotient à partir de l’application définie par exp(2), et la mesure duale de la mesure de Haar normalisée sur est la mesure de comptage sur .
La démonstration suit pas à pas celle du cor. 2 de la prop. 19.
9. Transformée de Fourier euclidienne et séries de Fourier
Soit . On identifie et son dual comme dans le cor. 3 de II, p. 236. La mesure duale de la mesure de Lebesgue est alors la mesure de Lebesgue. On munit de la norme euclidienne. Pour tout multi-indice , et tout , on notera , et on note la fonction sur .
Soit . Tout morphisme continu de groupes commutatifs de dans est une application linéaire (TG, VII, p. 11, prop. 1). Le morphisme dual s’identifie à l’application linéaire .
La transformation de Fourier dans prend une forme particulièrement pratique dans le cadre de l’espace des fonctions de Schwartz et de son dual (IV, à paraître). Nous en résumons ici les résultats principaux.
Soit l’espace des fonctions indéfiniment dérivables sur , à valeurs complexes, telles que, pour tout multi-indice et tout entier , la fonction
est bornée sur . On munit de la topologie localement convexe définie par les semi-normes
sup.
On dit que est l’espace des fonctions de Schwartz sur .
Pour tout , les applications et sont continues de dans lui-même. L’espace est une algèbre topologique ; c’est un espace de Fréchet et un espace de Montel (EVT IV, p. 18, déf. 4). Pour tout , l’espace est contenu dans et l’injection canonique de dans est continue. L’image de dans est dense si .
Comme toute fonction de Schwartz est intégrable sur , elle admet une transformée de Fourier notée qui s’identifie à la fonction continue sur définie par
exp().
La cotransformée de Fourier de s’identifie, quand à elle, à la fonction continue définie par
exp(2).
Soit . Soit un multi-indice. On a
Proposition 21 02K1
La restriction à de la transformation de Fourier est un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la restriction de la cotransformation de Fourier.
Soit un réseau (TG, VII, p. 4), et soit le réseau associé (TG, VII, p. 6), aussi parfois appelé réseau dual.
On appelle covolume du réseau Λ, et on note V(Λ), la mesure de pour la mesure de Haar induite par la mesure de Lebesgue sur cf. INT, VIII, §5, n, exemple). Pour toute fonction et tout , on a la formule de Poisson
1
exp(2).
V(Λ) \*
Remarque 1 02K2
Plus généralement, d’après le corollaire de la proposition 15 de II, p. 230, cette formule vaut pour toute fonction complexe intégrable sur telle que
pour tout et telle que la fonction sur définie par
est continue et admet une série de Fourier (cf. ci-dessous) absolument convergente.
Remarque 2 02K3
Il existe des fonctions telles que la série diverge (exercice 4 de II, p. 263).
Exemple 02K4
Soit Q une forme quadratique définie positive sur . La fonction définie par exp() appartient à . Il existe GL() tel que pour tout . La transformée de Fourier de est donnée pour tout par
det( ) exp()
où cf. INT, IX, §6, n 4–5 et exercice 1, c) de II, p. 262).
Définition 6 02K5
On appelle espace des distributions tempérées sur l’espace dual de muni de la topologie de la convergence bornée. On le note .
Puisque est bornologique, l’espace est complet et bornologique (EVT, III, p. 24, cor. 1 et 2). Comme est un espace de Montel, il en est de même de (EVT, IV, p. 19, prop. 9).
Soit . On note encore la transposée de l’endomorphisme de , et on note l’endomorphisme de défini par
pour et .
Soit une application linéaire de dans . Alors est une distribution tempérée si, et seulement si, pour toute famille dans , la forme linéaire est bornée sur l’ensemble des fonctions telles que pour tout , on a .
Une suite de distributions tempérées converge vers une distribution tempérée si, et seulement si, on a pour tout .
Exemple 02K6
Une mesure sur est dite tempérée s’il existe un entier positif tel que l’application continue est -intégrable sur . La restriction de à est une distribution tempérée. Elle est nulle si et seulement si la mesure est nulle.
Soit et . Alors la mesure de densité par rapport à la mesure de Lebesgue est tempérée. En particulier, la mesure de Lebesgue sur est tempérée, et toute mesure bornée sur est tempérée.
Pour tout , on peut identifier à un sous-espace de par l’application linéaire ; cette application est continue.
Définition 7 02K7
On appelle transformation de Fourier sur , et on note (resp. on appelle cotransformation de Fourier, et on note ) la transposée de la transformation de Fourier sur (resp. de la cotransformation de Fourier).
Pour , la distribution tempérée (resp. ) est définie par pour (resp. par ).
La transformation de Fourier sur est un automorphisme d’espaces vectoriels topologiques dont l’inverse est la cotransformation de Fourier .
Proposition 22 02K8
Soit une distribution tempérée appartenant à (resp. à ). La transformée de Fourier de dans est la distribution tempérée associée à la transformée de Fourier de dans (resp. dans ). Il en est de même pour la cotransformation de Fourier.
Remarque 02K9
Les formules élémentaires concernant la transformation de Fourier des mesures restent valides pour la transformation de Fourier des distributions tempérées.
Ainsi, si et , on a
Soit . Notons l’endomorphisme de défini par
pour et . Notons le caractère de tel que exp(2). Alors . On a , et plus généralement
pour tout
Soient un entier et , muni de la mesure de Haar normalisée. Le groupe dual de G s’identifie à par l’application , où est le caractère unitaire de obtenu par passage au quotient à partir du caractère exp(2) de (corollaire 3 de II, p. 236). La transformée de Fourier d’une mesure sur s’identifie à la famille où
La série
est appelée la série de Fourier de .
Si est telle que sa série de Fourier converge absolument dans , on a alors et
pour tout (théorème 3 de II, p. 222), où
Pour , la formule d’inversion de Fourier (prop. 12 de II, p. 219) dit que, si la série de terme général converge absolument, on a
pour presque tout dans .
Cependant, même si est continue, la série de Fourier de ne converge en général pas vers pour tout (exerc. 30 de II, p. 274). Le résultat suivant est d’autant plus utile.
Proposition 23 (Théorème de Fejér) 02KA
Soit un entier. Pour tout , on note sup. Soit . Pour tout entier , notons la fonction sur telle que
pour . Alors converge vers dans .
La suite des mesures converge vers dans l’espace muni de la topologie de la convergence compacte dans .
On se ramène au cas en notant que est le produit de mesures du même type pour . Il suffit alors de vérifier que la suite satisfait aux hypothèses du lemme 4 de INT, VIII, §2, n avec .
Pour cela, notons tout d’abord que est la cotransformée de Fourier de l’application sur . Celle-ci s’écrit , où est la fonction caractéristique de l’ensemble défini par . Par conséquent, . Ainsi, est une mesure positive ; on a , ce qui démontre (i) et (iii) dans loc. cit.
Démontrons la condition (ii) de loc. cit. Soit U un voisinage ouvert de 0 dans . Il suffit de démontrer que quand . Soient K un voisinage compact symétrique de 0 tel que et la fonction caractéristique de K. Posons . C’est un élément de à support contenu dans U. Le nombre réel est la mesure de l’ensemble K et donc . De plus, il vient puisque est la mesure de l’ensemble . On a
d’après les propriétés de transposition de la transformation de Fourier (prop. 13 de II, p. 221). Puisque , sa transformée de Fourier appartient à et vérifie la formule d’inversion de Fourier (prop. 11 de II, p. 217). Comme pour tout et , le théorème de Lebesgue (INT, IV, §3, n, th. 6) et la formule d’inversion de Fourier impliquent que
lim inf lim
1 .
Démontrons la proposition. On a pour . La représentation régulière de dans (INT, VIII, §2, n) est continue et vérifie (INT, VIII, §4, n, prop. 5 (iv)). L’application est continue de dans (INT, VI, §1, n, prop. 14). D’après le lemme, on a donc
lim lim lim
dans .
Remarque 02KC
Il existe des fonctions dont la série de Fourier diverge en tout point (théorème de Kolmogorov, cf. exercice 51 de II, p. 289).
Un théorème de Carleson[^1] démontre que les sommes partielles symétriques de la série de Fourier de convergent vers pour presque tout si .
Exercices
See the exercises for § 1.
[^1]: L. Carleson, On convergence and growth of partial sums of Fourier series, Acta Mathematica 116 (1), 1966, p. 135–157.