§ 6. Algèbres stellaires
Dans ce paragraphe, le corps de base est .
1. Involutions semi-linéaires
Soit E un espace vectoriel complexe. Une involution semi-linéaire sur E est une application -linéaire de E dans E telle que Id et pour tout et tout . On note alors le sous-espace vectoriel réel de E formé des éléments tels que .
Lemme 1 02CI
Soient E un espace vectoriel complexe et une involution semi-linéaire sur E. Soit ;posons
Le couple est l’unique élément de tel que .
Les éléments et vérifient et appartiennent à puisque . Inversement, si et dans vérifient , il vient , donc
Proposition 1 02CJ
Soient et des espaces vectoriels complexes, et soient et des involutions semi-linéaires sur et respectivement. Soit une application linéaire de dans . Alors si et seulement si .
Si , on obtient aussitôt . Inversement, supposons que cette condition est satisfaite. Soit E. Écrivons avec (lemme ci-dessus). On a alors et .
2. Algèbres involutives
Définition 1 02CK
Soit A une algèbre sur . On appelle involution dans A une application de A dans A telle que :
quels que soient et . Une algèbre sur munie d’une involution est appelée une algèbre involutive.
Une involution sur A est en particulier un isomorphisme de l’anneau A sur l’anneau opposé .
Soit A une algèbre involutive. On dit que est l’adjoint de . Une partie de A stable pour l’involution est dite auto-adjointe. Si A possède un élément unité , on a ; on dit que est une algèbre unifère involutive. Un élément d’une algèbre unifère involutive est dit unitaire si , autrement dit si est inversible et si son inverse est .
Un élément est dit hermitien si et normal si . Cette terminologie généralise celle de A, IX, § 7, n. Tout élément hermitien est normal, tout élément unitaire est normal. L’ensemble des éléments hermitiens de A est un sous-espace vectoriel réel de A. Si et sont hermitiens et permutables, on a = , donc est hermitien. Pour tout , les éléments et de A sont hermitiens.
Si muni de l’involution , on a .
Lemme 2 02CL
Soient A une algèbre involutive et . Les éléments
sont hermitiens et vérifient . Si avec et hermitiens, alors et . De plus, l’élément est normal si et seulement si et sont permutables.
Les deux premières assertions résultent du lemme 1 de I, p. 95. On calcule que , donc est normal si et seulement si et sont permutables.
Soit A une algèbre unifère involutive. Pour que soit inversible, il faut et il suffit que le soit, et on a alors . Comme pour tout , on en déduit que Sp Sp.
Soient A une algèbre involutive et l’algèbre déduite de A par adjonction d’un élément unité. Il existe dans une unique involution prolongeant celle de A, donnée par pour et . Si , on a Sp Sp.
Soient A et B des algèbres involutives. On appelle morphisme de A dans B un morphisme d’algèbres de A dans B tel que quels que soient et dans A. L’application identique de A est un morphisme d’algèbres involutives. Si C est une algèbre involutive et un morphisme d’algèbres involutives, alors est un morphisme d’algèbres involutives. Si est un isomorphisme d’algèbres, alors est un morphisme d’algèbres involutives, et on dit que est un isomorphisme d’algèbres involutives.
D’après la prop. 1 de I, p. 95, si A et B sont des algèbres involutives, un morphisme d’algèbres de A dans B est un morphisme d’algèbres involutives si et seulement si . On appelle sous-algèbre involutive de A une sous-algèbre auto-adjointe. Le centre de A est une sous-algèbre involutive. Si est un idéal bilatère auto-adjoint de A, l’involution de A définit par passage au quotient une involution dans l’algèbre , et l’application canonique de A sur est un morphisme d’algèbres involutives.
Soit A une algèbre involutive. Le radical de A est égal au radical de l’algèbre opposée (A, VIII, p. 431, prop. 7), et est donc auto-adjoint.
Soit A une algèbre involutive. Si est auto-adjoint, son commutant est une sous-algèbre involutive de A. Si , le bicommutant de est une sous-algèbre involutive contenant et , et cette sous-algèbre est commutative si et seulement si est normal (n de I, p. 5).
Remarque 02CM
Soient A une algèbre involutive et B une sous-algèbre involutive commutative maximale de A. Alors B est une sous-algèbre commutative maximale. En particulier, si A est unifère, alors l’algèbre B est pleine.
En effet, soit un élément permutable à B. Alors est permutable à B. Écrivons avec et hermitiens ; les éléments et sont permutables à B (lemme 2). La sous-algèbre de A engendrée par B et est donc commutative et involutive. Par conséquent, elle est égale à B, de sorte que . De même, on a , et donc finalement .
Soit A une algèbre involutive. Si est une forme linéaire sur A, l’application sur A est une forme linéaire sur A, que l’on note . L’application est une involution semi-linéaire sur . On dit que est hermitienne si . D’après le lemme 1 de I, p. 95, toute forme linéaire sur A a une unique représentation où et sont hermitiennes, à savoir et .
Pour qu’une forme linéaire soit hermitienne, il faut et il suffit que la restriction de à soit à valeurs réelles (proposition 1 de I, p. 95). L’application est un isomorphisme de l’espace vectoriel réel des formes hermitiennes sur l’espace vectoriel dual de l’espace vectoriel réel .
En particulier, on notera (resp. ) l’ensemble des caractères hermitiens de A (resp. l’ensemble des caractères hermitiens non nuls de A). Un caractère est donc hermitien si sa restriction à est à valeurs réelles.
Si A est commutative et si est un caractère de A, alors est un caractère de A, et l’application est un homéomorphisme de sur .
Lemme 3 02CN
Soit A une algèbre involutive commutative. La transformation de Gelfand de A dans est un morphisme d’algèbres involutives si et seulement si tout caractère de A est hermitien.
En effet, dire que est un morphisme d’algèbres involutives revient à dire que, pour tous et , on a
c’est-à-dire que tout est hermitien.
Exemple 1 02CO
Soit A l’algèbre des fonctions à valeurs complexes sur un ensemble X. L’application est une involution dans A. La sous-algèbre des fonctions bornées dans X est une sous-algèbre involutive de A. Si X est un espace topologique localement compact, les sous-algèbres et sont des sous-algèbres involutives de A.
Exemple 2 02CP
Soient X un espace topologique localement compact et une mesure positive sur X. L’application est une involution sur l’algèbre ; elle induit par passage au quotient une involution sur l’algèbre unifère .
Exemple 3 02CQ
Soit E un espace hilbertien complexe. Sur l’algèbre de Banach , l’application (EVT, V, p. 37, prop. 1) est une involution.
Exemple 4 02CR
Soit G un groupe localement compact. Soit l’algèbre de Banach des mesures bornées complexes sur G (exemple 6 de I, p. 19).
L’application de G sur G transforme toute mesure en une mesure (INT, VII, p. 12, formule (13)). On note la mesure complexe conjuguée de . L’application est un isomorphisme isométrique de l’algèbre de Banach sur l’algèbre de Banach (INT, VIII, §3, n, cor. de la prop. 7) donc est une involution isométrique de l’algèbre de Banach .
L’ensemble A des mesures bornées admettant une densité par rapport à une mesure de Haar est une sous-algèbre fermée de stable par l’involution (cf. INT, VIII, §4, n); elle ne dépend pas du choix d’une mesure de Haar.
Soit une mesure de Haar à gauche sur G et notons Δ le module devolution. On munit, où) du produitpour tout et de l’in-. Alors l’application est un isomorphisme de l’algèbre involutive sur A. Cet isomorphisme est isométrique. En particulier, s’identifie à une sous-algèbre involutive de .
Exemple 5 02CS
Soit U une partie ouverte de stable par la conjugaison complexe. Considérons l’algèbre des fonctions holomorphes à valeurs complexes sur U. Pour toute fonction , l’application est une fonction holomorphe sur U. L’application est une involution sur .
Similairement, soit S une partie compacte de stable par la conjugaison complexe. Considérons l’algèbre des germes de fonctions holomorphes à valeurs complexes au voisinage de S. L’application est une involution sur .
La sous-algèbre (resp. la sous-algèbre ) définie dans le n de I, p. 85 est l’ensemble des éléments hermitiens de (resp. de ).
3. Algèbres normées involutives
Définition 2 02CT
On appelle algèbre normée involutive une algèbre normée A munie d’une involution telle que pour tout . Si A est une algèbre de Banach, on dit que A est une algèbre de Banach involutive.
Exemple 1 02CU
Soit X un espace topologique localement compact. L’algèbre de Banach des fonctions complexes continues et bornées sur X, munie de la norme = sup et de l’involution , est une algèbre de Banach involutive. La sous-algèbre des fonctions continues tendant vers 0 à l’infini est une sous-algèbre involutive fermée de .
Exemple 2 02CV
Soient X un espace topologique localement compact et une mesure positive sur X. L’algèbre involutive (exemple 2 de I, p. 99) est une algèbre de Banach involutive, puisque pour tout élément .
Exemple 3 02CW
L’algèbre involutive des endomorphismes continus d’un espace hilbertien complexe E (I, p. 99, exemple 3), munie de la norme
sup
(EVT, III, p. 14) est une algèbre de Banach involutive (EVT, V, p. 37, prop. 1).
Exemple 4 02CX
L’algèbre involutive des mesures bornées sur un groupe localement compact (I, p. 99, exemple 4), munie de la norme usuelle (exemple 6 de I, p. 19), est une algèbre de Banach involutive. Soit une mesure de Haar à gauche sur G. L’algèbre de Banach involutive s’identifie à une sous-algèbre fermée de .
Exemple 5 02CY
Soit une famille d’algèbres normées involutives. Soit A l’algèbre normée produit des (n de I, p. 15). L’algèbre A, munie de l’involution , est une algèbre normée involutive. Si chacune des algèbres est une algèbre de Banach involutive, alors A est une algèbre de Banach involutive. On dit que A est l’algèbre normée involutive (resp. l’algèbre de Banach involutive) produit des .
Exemple 6 02CZ
Soit A une algèbre normée involutive et soit l’algèbre normée déduite de A par adjonction d’un élément unité. Munie de l’involution définie au n, l’algèbre est une algèbre normée involutive. Si A est une algèbre de Banach involutive, alors est également une algèbre de Banach involutive.
Si A est une algèbre normée involutive, l’adhérence d’une sous-algèbre involutive est une sous-algèbre involutive. Si , la plus petite sous-algèbre fermée involutive contenant M est appelée la sous-algèbre fermée involutive engendrée par M ; c’est l’adhérence de la sous-algèbre engendrée par . Si M se réduit à un élément normal, l’algèbre fermée involutive engendrée par M est commutative, et tous ses éléments sont normaux.
De même, si A est une algèbre normée involutive unifère et M un sous-ensemble de A, la plus petite sous-algèbre unifère fermée involutive contenant M est appelée la sous-algèbre unifère fermée involutive engendrée par M ; c’est l’adhérence de la sous-algèbre unifère engendrée par . Si M se réduit à un élément normal, l’algèbre unifère fermée involutive engendrée par M est commutative, et tous ses éléments sont normaux.
Le quotient d’une algèbre normée involutive par un idéal bilatère fermé auto-adjoint, la complétée et l’opposée d’une algèbre normée involutive sont de façon naturelle des algèbres normées involutives.
Si A est une algèbre normée involutive, l’ensemble des éléments hermitiens de A est un espace vectoriel réel normé.
Lemme 4 02D0
Soit A une algèbre normée involutive. Pour toute forme linéaire continue sur A, on a . Si de plus est hermitienne, alors .
La première assertion découle des définitions. Pour la seconde, notons la restriction de à . On a . Montrons l’inégalité réciproque. Pour tout 0, il existe A tel que et . En multipliant par un nombre complexe de module 1, on peut supposer . Alors l’élément appartient à et est de norme . On a
1
2 2
donc . On en déduit que .
On identifiera dans la suite les formes linéaires continues hermitiennes sur A et les formes linéaires continues réelles sur .
Lemme 5 02D1
Soit A une algèbre de Banach involutive.
a) Pour tout , on a exp() exp() ;
b) Soit un élément hermitien. Alors exp() est unitaire.
En effet, puisque l’involution sur A est continue, on a
exp()! ! exp()
pour tout (formule (9) de I, p. 78). Si , il vient alors
exp() exp(()) exp() exp()
(formule (11) de I, p. 78).
4. Algèbres stellaires
Définition 3 02D2
On appelle algèbre stellaire une algèbre de Banach involutive A telle que pour tout .
Si A et B sont des algèbres stellaires, un morphisme, ou morphisme d’algèbres stellaires, de A dans B est un morphisme d’algèbres involutives de A dans B. Un isomorphisme de A dans B est un isomorphisme d’algèbres involutives de A dans B.
Certains auteurs parlent de « -algèbre ».
Soit A une algèbre stellaire. Une sous-algèbre stellaire de A est une sous-algèbre involutive fermée de A.
Exemple 1 02D3
L’algèbre de Banach involutive des endomorphismes continus d’un espace hilbertien complexe (exemple 3 de I, p. 100) est une algèbre stellaire (EVT, V, p. 39, prop. 2).
Exemple 2 02D4
Soit X un espace topologique localement compact. L’algèbre de Banach involutive des fonctions continues et bornées à valeurs complexes sur X (exemple 1 de I, p. 100) est une algèbre stellaire. En effet, pour toute fonction , on a , et donc .
Soit la sous-algèbre de Banach involutive des fonctions tendant vers 0 à l’infini. C’est une sous-algèbre stellaire de . Pour toute fonction , on a , puisque Sp.
Soient X et Y des espaces topologiques localement compacts. Pour toute application partielle propre de X dans Y (déf. 1 de I, p. 33), le morphisme d’algèbres de dans (prop. 3 de I, p. 34) est un morphisme d’algèbres involutives. Réciproquement, tout morphisme d’algèbres stellaires est de cette forme (loc. cit.).
Exemple 3 02D5
Soient X un espace topologique compact et un élément fixé de X. La sous-algèbre de des fonctions continues telles que est une algèbre stellaire.
Exemple 4 02D6
Soient X un espace topologique séparé et une mesure positive sur X. L’algèbre de Banach involutive est une algèbre stellaire commutative unifère.
Exemple 5 02D7
Soit une famille d’algèbres stellaires. L’algèbre de Banach involutive A produit des (exemple 5 de I, p. 101) est une algèbre stellaire, appelée algèbre stellaire produit des .
Exemple 6 02D8
Soit A une algèbre stellaire. Si B est une sous-algèbre involutive fermée de A, alors B est une algèbre stellaire. On verra (V, à paraître) que toute algèbre stellaire est isomorphe à une sous-algèbre involutive fermée de l’algèbre stellaire des endomorphismes d’un espace hilbertien (exemple 1).
Exemple 7 02D9
Soit A une algèbre stellaire. Si est une partie quelconque, alors la sous-algèbre fermée involutive de A engendrée par M est une algèbre stellaire, appelée sous-algèbre stellaire de A engendrée par M. Si A est de plus unifère, alors la sous-algèbre unifère fermée involutive engendrée par M est une algèbre stellaire unifère, appelée sous-algèbre stellaire unifère de A engendrée par M.
Exemple 8 02DA
En général, l’algèbre de Banach involutive (exemple 4 de I, p. 100) n’est pas une algèbre stellaire (I, p. 181, exerc. 8).
Lemme 6 02DB
Soit A une algèbre de Banach munie d’une involution vérifiant
pour tout . Alors A est une algèbre stellaire.
Soit . On a alors , d’où . En échangeant le rôle de et , on voit que . Ainsi et l’hypothèse implique l’égalité .
Lemme 7 02DC
Soit A une algèbre stellaire.
a) La représentation regulière de A (déf. 1 de I, p. 16) est isométrique, c’est-à-dire
sup,
pour tout ;
b) Pour tout , on a
Soit . On a sup. Pour prouver que sup, on peut supposer . Alors, l’élément = vérifie , et , d’où l’assertion a).
Supposons que est hermitien. Il vient , d’où par récurrence pour tout entier , d’où l’assertion b) d’après la prop. 1 de I, p. 20.
Remarque 1 02DD
Soit A une algèbre stellaire unifère. On a
donc la norme est nulle ou égale à 1. Si , on en déduit . Par suite, pour tout élément unitaire de A, on a .
Remarque 2 02DE
Soit A une algèbre normée involutive. Si pour tout , la complétée de A est une algèbre stellaire.
Proposition 2 02DF
Soit A une algèbre de Banach involutive, soit B une algèbre stellaire et soit un morphisme d’algèbres involutives de A dans B. On a pour tout , et en particulier est continu.
Pour tout , on a Sp Sp, donc . Comme , on a (formule (2)), donc
Proposition 3 02DG
Soit A une algèbre stellaire et soit l’algèbre involutive déduite de A par adjonction d’un élément unité. Il existe une unique norme sur prolongeant celle de A et faisant de une algèbre stellaire.
L’unicité d’une telle norme résulte de la prop. 2. Montrons maintenant son existence. Notons l’élément unité de .
Supposons d’abord que A possède un élément unité . Le produit des algèbres normées involutives A et s’identifie à et est une algèbre stellaire (exemple 5). La norme sur prolonge celle de A, d’où l’assertion.
Supposons désormais que A ne possède pas d’élément unité. Pour tout , soit l’opérateur de multiplication de A dans A, et posons . L’application est une semi-norme sur . Pour tous et de , on a . De plus, d’après le lemme 7, on a pour tout .
Montrons que l’application est une norme sur . Soient et tels que = 0. Si , la condition pour tout implique que est un élément unité à gauche dans A. De même, l’élément est un élément unité à droite. Ainsi, l’algèbre A possèderait alors un élément unité, contrairement à l’hypothèse. On a donc . Mais alors , et donc .
Comme A est complet et de codimension 1 dans , l’espace muni de la norme est complet. Pour conclure, il est donc suffisant de montrer que l’on a pour tout (lemme 6). On peut supposer que . Pour tout nombre réel , il existe donc tel que et . Comme , on a
On en déduit que , et donc l’algèbre involutive munie de la norme est une algèbre stellaire.
Définition 4 02DH
On dit que , munie de la norme de la prop. 3, est l’algèbre stellaire déduite de A par adjonction d’un élément unité.
Lorsque , la norme d’algèbre stellaire sur l’algèbre normée involutive n’est pas celle considérée dans l’exemple 6 de I, p. 101 (cf. exercice 10 de I, p. 181).
Proposition 4 02DI
Soit A une algèbre stellaire.
a) Si A possède un élément unité et si est un élément unitaire de A, alors Sp();
b) Si est un élément hermitien de A, alors Sp.
On peut supposer que A est non nulle. Démontrons l’assertion a). Soit un élément unitaire de A. On a (remarque 1), donc Sp()I, p. 26, cor. 3). Pour démontrer b), on peut supposer que A est unifère (prop. 3). Soit un élément hermitien de A. Alors exp() est unitaire (lemme 5 de I, p. 102). Ainsi, d’après le cor. 2 de I, p. 67 et a), on a exp( Sp()) Sp(exp()), ce qui signifie que Sp().
Proposition 5 02DJ
Soient A une algèbre stellaire unifère et B une sous-algèbre stellaire de A contenant l’élément unité de A. Alors B est une sous-algèbre pleine de A. En particulier, on a Sp Sp pour tout dans B.
Soit un élément hermitien de B. Comme Sp (prop. 4), la prop. 6 de I, p. 28 montre que Sp Sp. En particulier, est inversible dans B si et seulement si il est inversible dans A.
Soit maintenant un élément quelconque dans B inversible dans A. Alors est inversible dans A, et est inversible dans A. Comme est hermitien, ce qui précède montre que est inversible dans B. Cela implique que est inversible à droite dans B. De même, on vérifie que est inversible à gauche dans B, et par suite que est inversible dans B. Ainsi, B est une sous-algèbre pleine de A.
Corollaire 02DK
Soit A une algèbre stellaire et soit B une sous-algèbre stellaire de A. Alors on a Sp Sp pour tout dans B.
Par adjonction d’un élément unité (prop. 3), cela résulte de la prop. 5.
Proposition 6 (Théorème de Fuglede–Putnam)
Soit A une algèbre stellaire unifère. Soient et des éléments normaux de A. Si vérifie , alors .
L’hypothèse implique pour tout entier et tout , donc (formule (9) de I, p. 78). Considérons la fonction de dans A définie par . C’est une fonction holomorphe sur , dont la dérivée vérifie
pour tout . Puisque , on peut écrire
Puisque et sont normaux, les éléments et de A sont unitaires pour tout (lemme 5 de I, p. 102), donc de norme 1. Par conséquent, on a pour tout . La fonction est donc constante (VAR, R1, 3.3.6, p. 29), c’est-à-dire que pour tout . Mais alors .
Corollaire 02DL
Soit A une algèbre stellaire et un élément normal de A. Le commutant (resp. le bicommutant) de coïncide avec le commutant (resp. le bicommutant) de .
Il suffit de prendre dans la proposition.
5. Algèbres stellaires commutatives
Lemme 8 02DM
Soient X et Y des espaces métriques, l’espace X étant complet. Soit une application de X dans Y telle que
pour tous et dans X et telle que le graphe de est fermé dans . Alors est une application fermée.
Soit F une partie fermée de X et soit une suite dans qui converge vers . Pour tout , soit tel que . L’hypothèse implique que la suite est une suite de Cauchy ; soit sa limite ; c’est un élément de F, car F est fermé. On a de plus dans . Comme le graphe de est fermé, il en découle que appartient à .
Lemme 9 02DN
Soit A une algèbre stellaire commutative. Tout caractère de A est hermitien et la transformation de Gelfand est un morphisme d’algèbres stellaires de A dans .
Il suffit de démontrer la première assertion (proposition 7 de I, p. 38 et lemme 3 de I, p. 98). Soit un caractère de A. Pour tout élément hermitien de A, on a Sp (prop. 4 de I, p. 106). Par conséquent, le caractère est hermitien (prop. 1 de I, p. 95).
Théorème 1 02DO
Soit A une algèbre stellaire commutative. La transformation de Gelfand est un isomorphisme isométrique de l’algèbre stellaire A sur l’algèbre stellaire des fonctions continues sur tendant vers 0 à l’infini.
La transformation de Gelfand est un morphisme d’algèbres involutives de A dans (lemme 9). Soit B son image. C’est une sous-algèbre involutive de . Les éléments de B séparent les points de par définition. Soit . Il existe tel que , donc est un élément de B tel que . D’après TG, X, p. 40, cor. 2, la sous-algèbre B est donc dense dans .
Pour tout élément hermitien de A, on a (prop. 7 de I, p. 38 et formule (2) de I, p. 104), d’où, pour tout , les égalités
Ainsi est isométrique, et son image B est donc fermée (lemme 8). On conclut que .
Corollaire 1 02DP
Soient A une algèbre stellaire et un élément normal de A. Alors .
Comme la sous-algèbre stellaire de A engendrée par et est commutative, on peut supposer que A est commutative. Dans ce cas, le cor. résulte du th. 1, de l’exemple 2 de I, p. 102 et du th. 1 de I, p. 24.
Corollaire 2 02DQ
Soit A une algèbre stellaire commutative.
a) Il existe un espace topologique localement compact X tel que A est isomorphe à l’algèbre stellaire ;
b) Soit B une algèbre stellaire commutative. L’application est une bijection de l’ensemble des morphismes d’algèbres stellaires de A dans B sur l’ensemble des applications partielles propres de dans (déf. 1 de I, p. 33).
Le théorème 1 établit la première assertion, et la seconde assertion découle de la prop. 3 de I, p. 34 et de l’exemple 2 de I, p. 102.
Corollaire 3 02DR
Soit A une algèbre stellaire commutative unifère.
a) Il existe un espace topologique compact X tel que A est isomorphe à l’algèbre stellaire ;
b) Soit B une algèbre stellaire commutative unifère. L’application est une bijection de l’ensemble des morphismes unifères d’algèbres stellaires dans l’ensemble des applications continues de dans .
Cela découle de ce qui précède et de la prop. 4 de I, p. 35.
Remarque 02DS
Soit la catégorie dont les objets sont les espaces localement compacts et dont les morphismes sont les applications partielles propres (déf. 1 de I, p. 33), et soit la catégorie des algèbres stellaires commutatives, dont les morphismes sont les morphismes d’algèbres involutives. Considérons le foncteur de dans la catégorie opposée qui associe à une algèbre stellaire commutative A l’espace localement compact des caractères non nuls de A, et à un morphisme d’algèbres stellaires commutatives l’application continue . Le th. 1 et le cor. 2 signifient que ce foncteur est une équivalence de catégories, et qu’un quasi-inverse de ce foncteur est le foncteur qui associe à un espace topologique localement compact X l’algèbre stellaire commutative .
De même, le corollaire 3 signifie que la catégorie opposée de la catégorie des espaces compacts est équivalente à la catégorie des algèbres stellaires commutatives unifères.
6. Calcul fonctionnel dans les algèbres stellaires unifères
Dans ce numéro, A est une algèbre stellaire unifère et est un élément normal de A.
Soit B la sous-algèbre stellaire unifère de A engendrée par ; elle est commutative et contenue dans le bicommutant de , donc dans le bicommutant de (cor. de la prop. 6 de I, p. 106). La transformation de Gelfand est un isomorphisme d’algèbres stellaires (th. 1 de I, p. 108). On a Sp Sp (prop. 5 de I, p. 106).
Lemme 10 02DT
L’application ev induit un homéomorphisme de sur Sp.
L’application de dans est continue, et son image est égale à Sp d’après la prop. 6 de I, p. 37, donc à Sp. Comme les caractères de B sont hermitiens (lemme 9 de I, p. 107), des caractères de B qui coïncident en sont également égaux en , donc sont égaux sur la sous-algèbre stellaire unifère B engendrée par . Cela prouve que l’application ev est injective. Comme est compact et est séparé, elle induit un homéomorphisme de sur son image, d’où le lemme.
On déduit du lemme un isomorphisme d’algèbres stellaires (Sp). Il applique une fonction (Sp) sur la fonction . L’application est un isomorphisme de l’algèbre stellaire (Sp) sur B.
Définition 5 02DU
Le morphisme involutif de (Sp) dans A est appelé application de calcul fonctionnel continu de dans A. On le note .
Remarque 02DV
L’application est isométrique ; son image est la sous-algèbre stellaire unifère B engendrée par , qui est contenue dans le bicommutant de .
Si est la restriction à Sp d’une fonction de la forme , où est un polynôme, alors on a au sens algébrique usuel.
Exemple 1 02DW
Supposons qu’il existe tel que Sp est réduit à . On a alors . En effet, la fonction identique de Sp est égale à , donc son image par l’application de calcul fonctionnel, c’est-à-dire , est égale à .
Exemple 2 02DX
Pour que soit hermitien, il faut et il suffit que Sp soit contenu dans . En effet, soit l’application continue sur Sp donnée par . Alors est hermitien si et seulement si , c’est-à-dire si est nulle, c’est-à-dire si Sp est contenu dans .
Exemple 3 02DY
Pour que soit unitaire, il faut et il suffit que son spectre soit contenu dans le cercle unité de . En effet, soit (Sp) la fonction définie par ; l’élément est unitaire si et seulement si , c’est-à-dire si est nulle.
Proposition 7 02DZ
L’application est l’unique morphisme unifère d’algèbres involutives de (Sp) dans A tel que l’application identique de Sp ait pour image .
En effet, la sous-algèbre unifère de (Sp) engendrée par les éléments et de (Sp) est dense dans (Sp) (TG, X, p. 40, cor. 1). Puisque tout morphisme d’algèbres involutives de (Sp) dans A est continu (I, p. 104, prop. 2), il existe au plus un morphisme d’algèbres involutives de (Sp) dans A qui applique sur .
Le corollaire suivant montre que lorsque est la restriction d’une fonction holomorphe au voisinage de Sp, la définition de coïn-cide avec celle du calcul fonctionnel holomorphe en une variable du numéro 9 de I, p. 74.
Corollaire 1 02E0
Soit (Sp) un germe de fonction holomorphe au voisinage de Sp et soit (Sp) la fonction continue sur Sp associée à . On a , où est l’élément de A donné par le calcul fonctionnel holomorphe.
En effet, l’application est un morphisme unifère continu de (Sp) dans A qui applique le germe de la fonction identique au voisinage de Sp sur . Le résultat est alors conséquence du th. 5 de I, p. 74.
Corollaire 2 02E1
Soit (Sp).
a) On a
Sp(Sp) ;
b) Pour tout (Sp), on a .
Comme appartient à la sous-algèbre pleine B de A, on a Sp Sp (prop. 5 de I, p. 106). L’isomorphisme de (Sp) dans B préserve le spectre ; on a donc Sp Sp(Sp) (exemple 3 de I, p. 17). Cela démontre l’assertion a).
L’application est un morphisme unifère d’algèbres involutives de (Sp) dans A qui transforme la fonction identique de Sp en . D’après la prop. 7, on a donc pour tout (Sp).
Exemple 4 02E2
Soit X un espace localement compact et soit l’algèbre stellaire unifère commutative des fonctions continues et bornées sur X (exemple 2 de I, p. 102). Soit ; son spectre S est l’adhérence dans de l’ensemble des valeurs de (exemple 3 de I, p. 17). L’application de calcul fonctionnel de est alors l’application , pour . En effet, cette application est un morphisme unifère d’algèbres stellaires tel que l’application identique de S a pour image .
Dans le cas où X est compact, on a et .
Soit un morphisme unifère d’algèbres stellaires unifères. L’élément de est normal et son spectre relativement à est contenu dans Sp. On a alors :
Proposition 8 02E3
Soit (Sp). Notant encore la restriction de à Sp, on a l’égalité . En particulier, pour tout , on a .
Soit l’application identique de Sp. Les applications définies par et sont des morphismes unifères continus d’algèbres involutives de (Sp) dans B qui appliquent sur . Ces morphismes coïncident donc sur la sous-algèbre involutive unifère de (Sp) engendrée par . Comme celle-ci est dense dans (Sp) (TG, X, p. 40, cor. 1), ces morphismes sont égaux.
Corollaire 02E4
Supposons que A est commutative. Pour tout (Sp), on a .
Il suffit d’appliquer la prop. 8 à la transformation de Gelfand de A dans et de remarquer (exemple ci-dessus) que .
7. Applications du calcul fonctionnel
Proposition 9 02E5
Tout morphisme injectif d’algèbres stellaires est isométrique et, en particulier, d’image fermée.
Soient A et des algèbres stellaires et soit un morphisme d’algèbres involutives de A dans .
Supposons d’abord que A et sont unifères et que est unifère. On a (prop. 2). Supposons qu’il existe dans A tel que . Soit ; c’est un élément hermitien de A. Puisque A et sont des algèbres stellaires, on a , c’est-à-dire (lemme 7 de I, p. 104). En particulier, Sp est un sous-ensemble fermé de Sp, distinct de Sp (remarque 6 de I, p. 3 et th. 1 de I, p. 24). Il existe alors une fonction non nulle (Sp) telle que Sp (TG, IX, p. 13, prop. 3). Soit A. On a puisque , mais puisque est nulle sur Sp (prop. 8). Donc n’est pas injective.
Traitons maintenant le cas général. Soient et les algèbres stellaires déduites de A et de respectivement par adjonction d’un élément unité (déf. 4 de I, p. 106). Il existe un unique morphisme unifère d’algèbres involutives prolongeant . Ce morphisme est injectif, donc est isométrique d’après ce qui précède. Pour tout , on a alors .
Lemme 11 02E6
Soit X un espace topologique complètement régulier, c’est-à-dire uniformisable et séparé (TG, IX, p. 8, déf. 4), contenant au moins deux points. Il existe des fonctions continues non nulles et dans telles que .
Soient des points distincts de X. Soient U et V des voisinages ouverts de et , respectivement, tels que U et V sont disjoints. Puisque X est uniformisable, d’après TG, IX, p. 7, th. 2, il existe une fonction telle que et - U = 0. De même, il existe telle que et - V = 0. On a alors .
Proposition 10 02E7
Soit A une algèbre stellaire unifère. On suppose que pour tout couple d’éléments permutables de A, la condition implique que ou . Alors .
Si A n’est pas égale à , il existe un élément hermitien dans A qui n’appartient pas à (lemme 2 de I, p. 96). Soit B la sous-algèbre stellaire unifère de A engendrée par . Elle est commutative, et isomorphe à (Sp) (I, p. 110, remarque). Comme n’est pas scalaire, son spectre dans B n’est pas réduit à un seul élément (exemple 1 de I, p. 110). Il existe donc des fonctions continues et non nulles et sur Sp telles que (lemme 11). Les éléments et de A sont non nuls, permutables, et vérifient dans A.
Proposition 11 02E8
Soient A une algèbre stellaire unifère, et des éléments de A. On suppose que et sont normaux. Si , alors on a pour toute fonction continue dans la réunion du spectre de et du spectre de . En particulier, on a pour toute fonction (Sp).
Soit S = Sp() Sp(). La proposition 6 de I, p. 106 implique que . Par conséquent, il vient pour toute fonction qui est de la forme , où est un polynôme. Puisque l’ensemble des fonctions vérifiant est une sous-algèbre fermée de , elle coïncide avec d’après TG, X, p. 40, cor. 1.
La seconde assertion est une conséquence de la première, appliquée aux éléments hermitiens et , compte tenu du fait que Sp Sp (prop. 1 de I, p. 5).
8. Calcul fonctionnel dans une algèbre non unifère
Soit A une algèbre stellaire et soit l’algèbre stellaire unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité . Notons le caractère hermitien de dans ; on a Ker( ) .
Soit un élément normal. Il est normal dans et Sp Sp. Notons (Sp) l’algèbre stellaire des fonctions continues sur Sp telles que .
Soit (Sp). Comme (prop. 8 de I, p. 112), on a si et seulement si . L’application définit un morphisme d’algèbres involutives de l’algèbre stellaire (Sp) dans A pour lequel l’image de l’application identique de Sp est . Ce morphisme est isométrique et son image est la sous-algèbre stellaire de A engendrée par .
Proposition 12 02E9
L’application est l’unique morphisme d’algèbres involutives de l’algèbre stellaire (Sp) dans A tel que l’application identique de Sp ait pour image .
Les éléments et de (Sp) engendrent une sous-algèbre dense de (Sp) (cf. TG, X, p. 40, cor. 2). Puisque tout morphisme d’algèbres involutives de l’algèbre stellaire (Sp) dans l’algèbre stellaire A est continu (I, p. 104, prop. 2), le résultat en découle.
Les résultats du numéro précédent concernant le calcul fonctionnel s’étendent au cas général. Nous les énoncerons simplement et laisserons aux lecteurs le soin de compléter les démonstrations, mutatis mutandis.
Proposition 13 02EA
On a les propriétés suivantes :
a) Pour tout (Sp), on a Sp(Sp) ;
b) Pour tout (Sp) et pour tout (Sp), on a ;
c) Soit une algèbre stellaire et soit un morphisme de A dans ; alors est normal dans , on a Sp Sp et pour tout (Sp);
d) Si A est commutative, et si (Sp), alors .
Remarque 02EB
Soit A une algèbre stellaire unifère et soit l’algèbre stellaire unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité . Pour tout , on a Sp Sp. Soit un élément normal de A. C’est alors un élément normal de et l’on dispose donc de deux applications de calcul fonctionnel dans A, la première définie sur (Sp) et la seconde sur (Sp). Soit (Sp); si l’on note sa restriction à Sp, on a alors .
9. Éléments positifs dans les algèbres stellaires
Définition 6 02EC
Soit A une algèbre stellaire. Un élément de A est dit positif s’il est hermitien et si Sp. On note l’ensemble des éléments positifs de A. C’est un sous-ensemble de .
On note si .
Si l’algèbre stellaire A est unifère, son élément unité est positif.
Si B est une sous-algèbre stellaire de A, on a (cor. de la prop. 5 de I, p. 106).
Si B est un morphisme d’algèbres stellaires, alors .
Exemple 1 02ED
Soit X un espace localement compact. Dans l’algèbre stellaire des fonctions continues sur X et tendant vers 0 à l’infini, resp. dans l’algèbre stellaire des fonctions continues bornées sur X, une fonction est un élément positif si et seulement si elle est à valeurs réelles et si pour tout (cf. exemple 3 de I, p. 17).
Exemple 2 02EE
Soit A une algèbre stellaire commutative. Soit dans A. Puisque Sp est la réunion de et de l’image de la transformée de Gelfand (prop. 6 de I, p. 37), l’élément est positif si, et seulement si, la transformée de Gelfand est une fonction positive.
Exemple 3 02EF
Soit E un espace hilbertien complexe. Un élément de l’algèbre stellaire (exemple 1 de I, p. 102) est positif si et seulement si c’est un endomorphisme positif de E au sens de EVT, V, p. 45, déf. 6 (prop. 8 de I, p. 138).
Lemme 12 02EG
Soit A une algèbre stellaire unifère et soit un élément hermitien.
a) L’élément est positif si et seulement si ;
b) Si , alors est positif si et seulement si ;
c) Si est positif, alors est positif si et seulement si ;
d) Si est positif et si est permutable à , alors est positif.
L’élément est hermitien, donc normal. En considérant la sous-algèbre stellaire engendrée par , qui est commutative, on se ramène au cas où l’algèbre A est commutative, c’est-à-dire au cas où A = pour un espace topologique localement compact X (th. 1 de I, p. 108). Les trois premières assertions découlent alors immédiatement de l’exemple 1 ci-dessus. De même, pour montrer l’assertion d), on peut considérer la sous-algèbre stellaire engendrée par et , qui est commutative.
Proposition 14 02EH
Soit A une algèbre stellaire. L’ensemble est un cône convexe fermé pointé saillant dans l’espace de Banach réel (EVT, II, p. 11).
Soit l’algèbre stellaire déduite de A par adjonction d’un élément unité. Puisque , il suffit de démontrer la proposition pour . On peut donc supposer que A possède un élément unité.
On a . Pour tout et tout , on a Sp Sp, ce qui implique que est un cône dans l’espace de Banach réel .
Pour montrer que est convexe, il suffit de montrer que si et sont positifs, alors (EVT, II, p. 11, prop. 10). Par homothétie, il suffit de démontrer que si et vérifient de plus , , alors l’élément est positif. Or on a
d’après l’assertion b) du lemme 12, et cette même assertion montre alors que est positif.
Enfin, l’assertion a) du lemme 12 implique également que est fermé.
Puisque est un cône pointé dans , il est saillant si et seulement si est réduit à 0. Mais si , on a Sp , donc , et comme est hermitien (lemme 7, (2) de I, p. 104), d’où .
La proposition 14 signifie que la relation « » est une relation d’ordre sur (EVT, II, p. 13, prop. 13).
Proposition 15 02EI
Soit A une algèbre stellaire. Soit un élément normal de A.
a) Supposons que A soit unifère et soit une fonction continue de Sp dans . Pour que soit positif, il faut et il suffit que l’image de soit contenue dans ;
b) Soit une fonction continue de Sp dans telle que 0. Pour que soit un élément positif de A, il faut et il suffit que l’image de soit contenue dans .
L’assertion a) découle de l’assertion a) du cor. 2 de I, p. 111, et l’assertion b) découle de la prop. 13 de I, p. 114.
Soit un élément hermitien de l’algèbre stellaire A. Son spectre est contenu dans (prop. 4 de I, p. 106). Considérons les fonctions continues de Sp dans définies par
sup() sup().
On note
Comme les fonctions sont à valeurs réelles positives et s’annulent en 0, les éléments et sont des éléments positifs de A (prop. 15, a)) qui appartiennent à la sous-algèbre stellaire de A engendrée par .
On a pour tout , ainsi que les relations et . Il en découle les relations :
Comme l’application de calcul fonctionnel est isométrique, on a
Soit un élément positif de A. Il est hermitien, donc normal. Soit , et soit la restriction à Sp de la fonction ; on note . C’est un élément positif de la sous-algèbre stellaire de A engendrée par . Soient et dans . Comme l’application de calcul fonctionnel est un morphisme d’algèbres, et d’après la prop. 13 de I, p. 114, on a
On écrira aussi .
Proposition 16 02EJ
Soit un élément positif de A. Soit . Alors est l’unique élément positif de A tel que .
On a vu ci-dessus que vérifie les propriétés demandées. Inversement, soit un élément positif de A tel que . D’après la formule (5), on a , ce qu’il fallait démontrer.
Lemme 13 02EK
Soit A une algèbre stellaire unifère. Tout élément de A est somme d’éléments unitaires.
D’après le lemmeSoit un élément hermitien de12, c), on a . Supposons d’abord que. Soit ..
On a , donc et est somme de deux éléments unitaires. Dans le cas général, soit un entier tel que ; l’élément est alors somme de éléments unitaires. D’après le lemme 2 de I, p. 96, le lemme en résulte.
Théorème 2 02EL
Soit A une algèbre stellaire. Un élément de A est positif si et seulement s’il existe tel que .
Supposons que soit positif. Soit ; c’est un élément hermitien de A et on a .
Réciproquement, soit un élément de A et posons . C’est un élément hermitien de A. Montrons que est positif. Notons pour cela et posons . On a alors
Comme , on a , et on en déduit que Sp. Écrivons par ailleurs où et sont hermitiens (lemme 2 de I, p. 96). Les éléments et sont positifs. On a , et la prop. 14 montre donc que est positif. Comme Sp Sp (I, p. 5, prop. 1), qui est contenu dans , on conclut que Sp. Puisque est hermitien, cela implique (cor. 1 de I, p. 108) que , donc que . Puisque est hermitien, on a . Ainsi, est positif.
Remarque 02EM
Soit A une algèbre stellaire et soit . L’élément de A est positif ; on pose alors . On a , donc .
Lorsque est normal, on a également , où est l’application de dans , nulle en 0, donnée par . En particulier, lorsque est hermitien, coïncide avec l’élément défini par la formule (3).
Supposons de plus que A soit unifère et que soit inversible. Alors est également inversible, l’élément est unitaire et l’on a (« décomposition polaire » ; voir aussi I, p. 139, n pour le cas des endomorphismes des espaces hilbertiens).
Lemme 14 02EN
Soit A une algèbre stellaire, et soient et des éléments hermitiens de A.
a) Si , alors pour tout élément de A, on a . En particulier, si , on a ;
b) Supposons que A est unifère. Si et si est inversible, alors est inversible et ;
c) Si alors .
Soit . On a , et l’assertion a) résulte du th. 2.
Démontrons l’assertion b). Supposons d’abord que . Soit B la sous-algèbre stellaire unifère engendrée par . Par l’isomorphisme de Gelfand, correspond à une fonction continue sur l’espace compact . Cette fonction est donc inversible et son inverse est . Ceci implique que est inversible et . Dans le cas général, on observe que d’après a), donc le cas précédent implique que est inversible et . Ainsi, est inversible et d’après a) encore.
Pour démontrer l’assertion c), on peut supposer que A est unifère (prop. 3 de I, p. 105). Supposons d’abord que est inversible. Notons
. D’après a), les conditions impliquent , donc par le lemme 12, c) de I, p. 116. On a alors
Dans le cas général, pour tout réel , l’élément est inversible et . D’après ce qui précède, on a donc pour tout nombre réel , d’où le résultat.
Remarque 02EO
En général, si et sont des éléments positifs d’une algèbre stellaire A, la condition n’implique pas cf. exercice 15 de I, p. 182).
10. Unités approchées dans les algèbres stellaires
Définition 7 02EP
Soit A une algèbre normée. Une unité approchée de A est une base de filtre sur la boule unité de A telle que, pour tout dans A, les bases de filtre et sur A convergent vers , autrement dit :
lim lim.
Si A est une algèbre stellaire, une unité approchée est dite croissante si est une base de filtre sur .
Soit A une algèbre stellaire. On note (resp. ) l’ensemble des éléments positifs de A de norme (resp. de norme ) ; ce sont les éléments hermitiens de A dont le spectre est contenu dans (resp. dans ).
Proposition 17 02EQ
Soit A une algèbre stellaire, soit une base de filtre sur . Pour que soit une unité approchée croissante de A, il faut et il suffit que l’on ait
lim
pour tout élément positif de A.
La condition est évidemment nécessaire ; démontrons qu’elle est suffisante. Soit l’algèbre stellaire déduite de A par adjonction d’un élément unité. Soit un élément de A et soit . On a
car (lemme 12, c) de I, p. 116). On a donc
lim sup lim sup. Comme est positif (th. 2 de I, p. 118), l’hypothèse implique que
lim sup,
de sorte que
lim.
Comme l’involution de A est continue et comme est une base de filtre sur , il vient
lim lim lim.
La proposition en résulte.
Proposition 18 02ER
Soit A une algèbre stellaire. L’ensemble ordonné est filtrant à droite (E, III, p. 12, déf. 7) et le filtre de ses sections (TG, I, p. 38, exemple 2) est une unité approchée croissante de A.
Soit l’algèbre stellaire déduite de A par adjonction d’un élément unité noté 1 (déf. 4 de I, p. 106).
Soit la fonction de dans définie par . C’est une bijection continue croissante, sa bijection réciproque étant donnée par .
Démontrons que l’ensemble ordonné est filtrant à droite. Soient et des éléments de . Puisque et puisque Sp et Sp sont contenus dans , les éléments et sont définis ; ils sont positifs, de sorte que . On peut donc former l’élément de A. On a Sp, et donc .
On a , d’où . L’assertion b) du lemme 14 de I, p. 119 implique que et sont inversibles et que . Par suite, . De même, on a . En conséquence, majore et dans . L’ensemble ordonné est donc filtrant à droite. Notons le filtre de ses sections
Soit un élément positif de A. Pour tout entier , soit ; on a . Soit la fonction continue sur définie pour tout par . On a pour tout , et donc . En particulier, tend vers 0 quand tend vers l’infini.
Soit un nombre réel. Soit un entier tel que . Pour tout tel que , on a alors
Par ailleurs, puisque , il vient (lemme 12, d) de I, p. 116), donc . Comme , il vient . D’après le lemme 14, a) et c) de I, p. 119, il s’ensuit
On a donc lim pour tout . Le filtre est donc une unité approchée de A d’après la proposition 17.
11. Quotient par un idéal bilatère fermé
Lemme 15 02ES
Soit A une algèbre stellaire et soit I un idéal bilatère fermé de A. Alors I est auto-adjoint.
Soit . L’ensemble J est un idéal bilatère auto-adjoint de A, qui contient . En particulier, J est une algèbre stellaire. Soit une unité approchée croissante de J (prop. 18 de I, p. 121). Pour tout et tout , on a
Comme , on a donc
lim.
Comme pour tout et comme J est fermé, cela implique que . Donc I = J, et l’idéal I est auto-adjoint.
Proposition 19 02ET
Soit A une algèbre stellaire et soit I un idéal bilatère fermé de A. Alors l’algèbre de Banach involutive quotient est une algèbre stellaire.
L’idéal I est auto-adjoint (lemme 15). On considère l’algèbre stellaire déduite de A par adjonction d’un élément unité (déf. 4 de I, p. 106). Dans cette algèbre, l’ensemble I est un idéal bilatère auto-adjoint fermé, et s’identifie à une sous-algèbre involutive fermée de . On peut donc supposer que A est unifère.
L’algèbre de Banach est involutive. Soit la projection canonique. L’idéal bilatère auto-adjoint I est une sous-algèbre stellaire de A. Soit une unité approchée croissante de I (prop. 18 de I, p. 121). Montrons d’abord que pour tout , on a
(6) lim.
D’une part, comme pour tout , on a
inf lim inf.
D’autre part, pour tout , on a
et donc, puisque (lemme 12 de I, p. 116) et , on en déduit
lim sup.
Ainsi, il vient lim sup puisque est arbitraire dans I. La formule (6) est donc démontrée.
Soit maintenant un élément de A. D’après la formule (6), on a
lim lim
= lim lim.
Le lemme 6 de I, p. 103 entraîne alors que l’algèbre de Banach involutive est une algèbre stellaire.
12. Algèbre stellaire enveloppante d’une algèbre de Banach involutive
Lemme 16 02EU
Soit A une algèbre involutive et soit une semi-norme sur A. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) On a et quels que soient ;
(ii) L’ensemble R des éléments de A tels que est un idéal bilatère auto-adjoint de A, et la semi-norme sur déduite de fait de une algèbre normée involutive dont la complétée est une algèbre stellaire;
(iii) Il existe une algèbre stellaire B et un morphisme d’algèbres involutives de A dans B tel que pour tout .
Les implications (i) (ii) (iii) (i) sont toutes élémentaires.
Une semi-norme satisfaisant aux conditions du lemme 16 sera appelée une semi-norme stellaire sur l’algèbre involutive A.
Soit A une algèbre normée involutive et soit S l’ensemble des semi-normes stellaires sur A. On a pour tout et tout (I, p. 104, prop. 2). L’application sup est une
semi-norme stellaire sur A. C’est la plus grande semi-norme stellaire sur A.
Soit R l’ensemble des tels que . C’est un idéal bilatère fermé de A. On note Stell(A) l’algèbre stellaire complétée de pour la norme déduite de (lemme 16, (ii)). L’application canonique de A dans Stell(A) est continue, son image est dense dans Stell(A) et son noyau est égal à R.
Définition 8 02EV
L’algèbre stellaire Stell(A) est appelée l’algèbre stellaire enveloppante de l’algèbre normée involutive A.
Si A est commutative, alors Stell(A) est commutative ; si A est unifère, alors Stell(A) est unifère.
Proposition 20 02EW
Soit A une algèbre normée involutive et soit le morphisme canonique de A dans Stell(A). Pour toute algèbre stellaire B et pour tout morphisme d’algèbres involutives de A dans B, il existe un unique morphisme d’algèbres stellaires de Stell(A) dans B tel que .
Notons la norme sur Stell(A). Soit R le noyau de . L’application est une semi-norme stellaire sur A. On a donc pour tout . Le morphisme définit donc par passage au quotient un morphisme continu de dans B, qui se prolonge par continuité en un morphisme de Stell(A) dans B vérifiant . L’unicité de résulte de ce que l’image de est dense dans Stell(A).
Corollaire 02EX
Soient A une algèbre de Banach involutive commutative et le morphisme canonique de A dans Stell(A). L’application est un homéomorphisme de (Stell(A)) sur le sous-espace de formé des caractères hermitiens de A.
Les caractères hermitiens de A sont les morphismes d’algèbres involutives de A dans l’algèbre stellaire . La prop. 20 entraîne donc que est une bijection de (Stell(A)) sur . Comme est un homéomorphisme sur son image (cf. I, p. 10), le corollaire en résulte.
On identifie (Stell(A)) à par l’application . Pour tout A, l’application n’est autre que la restriction à de .
Proposition 21 02EY
Soient A une algèbre de Banach involutive et le morphisme canonique de A dans Stell(A). Le radical de A est contenu dans le noyau de .
Soit un élément du radical de A. Alors appartient au radical de A, et donc SpI, p. 5, remarque 3). Puisque Sp Sp, on a donc Sp, d’où (formule (2) de I, p. 104), et donc .
13. Algèbre stellaire d’un groupe localement compact
Définition 9 02EZ
Soit G un groupe localement compact et soit A l’algèbre de Banach involutive des mesures bornées sur G admettant une densité par rapport à une mesure de Haar sur G (exemple 4 de I, p. 99). On appelle algèbre stellaire de G l’algèbre stellaire enveloppante de l’algèbre de Banach involutive A. On la note Stell(G).
Remarque 02F0
Soit une mesure de Haar à gauche sur G et soit Δ son module. L’application est un isomorphisme isométrique de l’algèbre sur A (loc. cit.). On peut donc aussi définir Stell(G) comme l’algèbre stellaire enveloppante de l’algèbre normée involutive .
Soit G un groupe localement compact et soit une mesure de Haar à gauche sur G. Pour et , on a (INT, VIII, §4, prop. 6). Notons alors l’endomorphisme de . L’application est une représentation de l’algèbre dans l’algèbre de Banach des endomorphismes continus de (INT, VIII, §4, cor. de la prop. 6). D’autre part, est la transposée de l’endomorphisme (INT, VIII, §4, n, prop. 8). Il en résulte que est l’endomorphisme adjoint de , et donc que l’application est un morphisme d’algèbres involutives de dans l’algèbre stellaire , appelé la représentation régulière gauche de dans . D’après INT, VIII, §4, n, prop. 19, cette représentation est fidèle.
Soit l’application canonique de dans Stell(G). Par restriction à , la représentation régulière définit un morphisme injectif d’algèbres involutives de dans , appelé représentation régulière gauche de dans . D’après la prop. 20, il existe un unique morphisme Stell(G) tel que . On dit que est la représentation régulière gauche de Stell(G) dans . Par abus de notation, nous noterons encore
pour et Stell(G). On a
Remarque 02F1
En général, la représentation régulière gauche de Stell(G) dans n’est pas fidèle. On peut démontrer qu’elle l’est si et seulement si il existe sur une forme linéaire positive telle que et pour tout (on dit alors que le groupe G est moyennable, cf. EVT, IV, p. 73, exercice 4).
Proposition 22 02F2
L’application canonique de dans Stell(G) est injective et d’image dense.
L’image de est dense par définition de l’algèbre stellaire enveloppante d’une algèbre normée involutive. Puisque la représentation régulière gauche est fidèle, l’injectivité de résulte de l’égalité .
Corollaire 02F3
L’algèbre est sans radical.
Ceci résulte de la prop. 21 de I, p. 125 et de la prop. 22.
On peut donc identifier à une sous-algèbre involutive dense de Stell(G), et l’injection canonique de dans Stell(G) est alors continue.
Supposons maintenant que le groupe G soit unimodulaire (INT, VII, §1, n, déf. 3). On peut alors répéter les mêmes arguments à partir de la représentation régulière droite de dans . On définit alors un morphisme de Stell(G) dans tel que , et on note pour et Stell(G).
Pour Stell(G), on a , c’est-à-dire
pour tout . En effet, cette formule est vraie pour , et les applications et sont des applications bilinéaires continues de Stell(G) Stell(G) dans .
Exercices
See the exercises for § 6.